LIYEE XIX. CHAPITRE III
Quelques àutrjes fpntaines furent établies à Paris sous le gouvernement de Juillet, savoir :
La fontaine de la place fjiuvois ou Rickeljieu^ sur remplacement de l'ancien théâtre de l'Opéra, en face à^ la Bibliothèque impériale. Cette fontaine monumentale fut construite en i835. Elle se compose d'un vaste bassin de pierre de forme circulaire , avec un piédestal orné de bas-reliefs en bronze ; ce [ûédeslal sjupporte un autre bassin garni de gueules d'où l'eau s'élance. Au milieu sont les figures en bronze de la Seine ^ de la Saône, de la Loire et de la Garonne.
Lia fontaine Cwier^ ou du Jardin des Plantes^ au coin des rues Cuvier et Saint- Victor. Elle fut construite par Vigoureux, pour remplacer celle que Bernini avait élevée, en 1/761 , au même endroit. Ce monument se compose d'un piédestal semi-circulîjire, supportant deux colonnes ioniques avec un entablement où se lisent les mots i^ Georges Cuvier. Le Génie de l'histoire naturelle, représenté par une statue de femme, occupe une niche placée entre les deux colonnes. Les volutes des chapiteaux sont formées de coquillages. Le haut du piédestal, orné de diverses têtes d'animaux, se trouve entouré d'une espèce de frise.
La fontaine Molière ^ rue Richelieu, près de la rue du Hasard. Cette fontaine se compose d'un piédestal dans le style delà Renaissance, d'un bassin, d'une grande niche, d'un fronton et d'un attique de forme académique. La statue en bronze de Molière assis est de Seurre \ les Muses de la comédie légère et de la comédie grave, qui accostent, à droite et à gauche, le grand socle de marbre, sont dues au ciseau de.Pradier. Malgré la beauté incontestable
96 HISTOIRE DE PARIS. (!8S0-l84Jd
de ses détails et de son exécution, Tensemble de ce monument n'offre pas d'intérêt, à cause de sa situation et de son entourage; en effet il se trouve adossé, d^une façon brusque et sans aucun motif, à des maisons privées de style, entre des rues peu spacieuses, où il manque de développement et d'accessoires convenables.
TjSl fontaine Notre-Dame^ près du chevet de la ca* thédrale. Ce joli monument gothique a été construit par Vigoureux en i845; il se compose de deux bassins hexagones superposés , ayant un piédestal triangulaire à leur centre. Les trois archanges vengeurs se trouvent adossés aux angles; ils sont debout, avec leurs épéesd'or, sur des dragons à trois têtes qui versent de l'eau. Un clocheton gothique tout dentelé, et reposant sur trois colonnes corinthiennes, est supporté par le piédestal. Ce cloclieton abrite la statue de la sainte Vierge tenant entre ses bras son divin Fils.
Durant la même période le gouvernement, d'accord avec l'administration municipale de Paris, se prœccupa vivement d'accroître le nombre des ponts, des quais et des ports de la ville, et d'ordonner, dans la même sphère de constructions, les travaux d'agrandissement et de consolidation que les circonstances rendaient nécessaires.
On construisit le />on/ de Bercf ou de la Gare, destiné à mettre en communication la Gare et Bercy. Bientôt après le pont Louis-Philipve^ reconstruit de nos jours par ordre de Napoléon III, établit une communication entre les îles Saint-Louis, de la Cité et le port au Blé. En i834 fut bâti, par l'ingénieur Polonceau, le pont du Carrousel ou des Saints-Pères^ qui a deux piles en pierres et deux culées. Les trois arcades de ce pont, d'as-
(m#-IM8) LIVRE XIX. CHAPITRE 111. 97
pect un peu lourd, sont formées par des tuyaux en fonte et réunis entre eux par des anneaux également en fonte. Le plancher est en bois recouvert de sable sur une couche de béton.
Le pont de Constantine^ aboutissant du quai de Béthune au quai Saint-Bernard, et le pont de Damiette^ aboutissant du quai des Cétestins au quai d'Anjou , sont suspendus et ne peuvent être traversés que par des- piétons. Ils n'ont été entièrement terminés qu'en 1837.
Le Poni-aU' Double^ qui conduit de la rue de la Bûcherie au parvis Notre-Dame, fut construit en i634; il n'est composé que de deux arches. Dans l'origine on payait un double tournois ou deux deniers pour le traverser, et c'est de là qu'est venu son nom. Une grande partie de la largeur de ce pont était autrefois occupée par les dépendances de l'Hotel-Dieu; l'autre partie était publique et servait aux piétons. Depuis ï83o ce pont est livré en entier au public.
Ijepont Saint-Charles^ qui suivait le même trajet que le précédent et qui en était voisin, était entièrement occupé par une galerie vitrée servant de promenade aux malades de l'Hôtel-Dieu,
On restaura, on embellit plusieurs quais, tels que le quai du Louvre au Pont-Neuf, celui qui va du Pont- Neuf au Pont-au-Change, du pont Notre-Dame à la Grève, de la Grève au Pont-Marie ; les quais qui longent le canal Saint-Martin , depuis la barrière de Pantin jusqu'à la place de la Bastille; le quai des Grands-Degrés , vis-àvis l'Hotel-Dieu ; celui qui va de la porte des Bons-Hommes jusqu'à Sèvres ; les quais de la Mégisserie, Pelletier et de Grève furent entièrement reconstruits; celui de
HI8T. DE PAEI8. — T. Y. 7
98 HISTOIRE DE PARIS. (iSM-lBU)
rÉcoIe ftit élargi et redressé. Ces quais, vastes, plantés d'arbres, garais de trottoirs, éclairés au gaz, devinrent dès lors une des promenades les plus agréables de Paris. Depuis l'Empire le service ordinaire du pavé de la capitale se trouvait divisé en deux parties; la première, comprenant les traverses de premer ordre, classées au nom bre des routes impériales ou royales, était entretenue aux frais du trésor, au moyen d'un crédit annuel qui s'élevait à 358,700 fr. en i83i, et qui, en 1848, avait été porté, en différentes reprises, à 5oo,ooo fr. Il est aujourd'hui de 85o,ooo fr., à raison de l'augmentation des dépenses qu'entraîne l'entretien du cailloutage. L'ancienne distinc* tion n'existe plus. La seconde partie comprenait les voies municipales et demeurait entièrement à la charge de la ville. En i83o l'administration municipale y consacrait 456,000 fr. Depuis cette époque ce chiffre a été porté successivement jusqu'à i, i5q, 000 fr. ; ainsi l'entretien ordinaire du pavé de Paris coûte 2 millions. Dans cette somme ne sont pas compris les frais d'établisseaient des voies, grandes ou petites, nouvellement macadamisées, comme les boulevards, les rues de Rivoli, de la Paix, Castiglione, les avenues des Champs-Elysées, de Montaigne, les quais, etc. Ce système, qui n'est qu'à l'état d'essai, n'a pu dire encore ni ce qu'il vaut, ni même tout ce qu'il coûte d'entretien. Dans la même somme ne se trouvent pas compris non plus les crédits spéciaux accordés par l'État ou par la ville, les dépenses faites pou r des pavages neufs ou pour des relevés à bout exigés par des services particuliers. Chaque année, depuis i83o, les travaux considérables exécutés dans la capitale, tant pour le percement de nouveaux égouts que pour la réparation
(l8M48ft9 LIVRE XIX» CHAPITHS lïl. gg
OU la reconstruction des anciens^ la pose de nouvelles conduites d'eau et les nombreux essais du système de ma-* cadamisage , ont fait attribuer des sommes fort importantes au chapitre du pavé de Paris, en sus des crédits ordinaires d'entretien.
Mais ces divers travaux ont puissamment contribué aussi à l'assainissement de la ville ; la construction sur* tout de nouveaux embranchements d'égouts a apporté desaméliorations sensibles dans le pavage, en facilitant l'écoulement souterrain des eaux dans chaque localité. I^'on a pu ainsi remanier les chaussées d'un grand nombre de rues pour en régulariser les pentes et les assainir. En opérant les remaniements ou en exécutant des pavages neufs, l'on est enfin parvenu à réaliser le |[)rojet,. suivi systématiquement durant plusieurs années, de disposer les surfaces de toutes les rues en chaussées bombées. Ce mode de construction, favorable à la propreté de la voie publique et à la circulation des nombreuses voitures qui parcourent la ville dans tous les sens, produit en outre une économie certaine pour l'entretien du pavé. L'on, a voulu également faire couler les ruisseaux sous les trottoirs , mais cette innovation^ n'ayant pas donné ce qu'elle promettait, a été abandonnée.
Quoique la sûreté des piétons, au milieu du va-et-vient incessant des voitures, fît désirer vivement l'augmentation des trottoirs , on en voyait fort peu s'établir avant l'année 18:28. A cette époque l'administration municipale crut devoir encourager cette construction en accordant des primes. Ce moyen ne fut pas sans produire quelque effet. Jusqu'ici toutefois Tensemble des propriétaires
de maisons s'est montré peu disposé à les border de trot-
lOO HISTOIRE DE PAEIS. (im.1848)
toirs. Dans leur propre intérêt bien compris, comnœ dans celui du public, il est à désirer qu'une loi spéciale, prenant en considération le prix si élevé des locations à Paris, vienne les contraindre à opérer sans relard cette importante amélioration (i).
Depuis i832 l'administration municipale s'est mise à l'œuvre pour établir dans Paris un ensemble général et combiné d'égouts. Après avoir relevé le plan des anciens égouts l'on a dressé un projet systématique pour les nouveaux. On a opéré des nivellements dans toutes les directions, afin d'étudier les meilleures voies pour faire écouler les eaux et de déterminer, dans de justes proportions avec les besoins de chaque quartier, les parties d'égout qui devaient être faites en grande, en moyenne et en petite section. En effet la différence des sections d'égout dépend de leur grandeur, et cette grandeur est calculée d'à* près deux éléments : l'élévation de la voûte et la largeur du radier. L'égout de petite section a 2 mètres de hauteur et 60 centimètres de radier ; celui de moyenne section porte 2t mètres de hauteur et 80 centimètres de radier; enfin l'égout de grande section, appelé égout-gaterie, a 2 mètres de haut sur i mètre de radier. Le dernier grand égout, construit rue de Rivoli et nommé égout de ceinture, porte 2 mètres de hauteur et 2 mètres de radier. L'égout-galerie contient une ou plusieurs conduites d'eau posées sur des consoles. On a dû supprimer les conduites de gaz, qu'on avait voulu d'abord y placer.
Les grands travaux exécutés pour la construction du système d'égout qui s'étend sous Paris tout entier ont eu
(i) M. A.-J. Meindre, Histoire de Paris et de son influence en Europe.
{t830<lM8) LlVKli: XIX. CHAPITRE Itl. 10I
pour but nou-seutement Tabsorption des eaux pluviales et ménagères, mais encore l'amélioration des pentes et la disposition des chaussées et des ruisseaux des rues, dans l'intérêt de la circulation et du lavage de la voie publique par les bornes-fontaines. Indépendamment de ces objets principaux, un gmnd nombre d'égouts servent au placement des conduites principales pour la distribution des eaux, et concourent ainsi au projet, suivi systématiquement depuis un grand nombre d'années, de répandre ces eaux dans toutes les rues de Paris (i).
Sept conduites-maîtresses , partant de l'aqueduc de ceinture ou du bassin même de la Villette, aboutissent à de grands réservoirs placés sur la rive gauche de la Seine et fonctionnent pendant la nuit pour les remplir. L'on compte à Paris, intra muros^ cinq grands réservoirs d'eau de rOurcq : deux sur la rive droite : le réservoir de Monceaux, à l'extrémité ouest de l'aqueduc de ceinture, de 1 0,000 mètres cubes de capacité , et le réservoir de Ménilmontant, près de l'abattoir de ce nom, de 2,000 mètres cubes seulement de contenance ; trois sur la rive gauche : le double réservoir sur la rive Saint- Victor, près de la halle aux Vins : il contient 6,000 mètres cubes d'eau ; le triple réservoir Racine, près del'Odéon, d'une capacité de 6,000 mètres cubes, et le double réservoir Vaugirard, près du boulevard des Invalides, pouvant contenir 10,000 mètres cubes. C'est à ces trois réservoirs de la partie méridionale de Paris qu'aboutissent les sept conduites-maîtresses, après avoir traversé la rivière au pont d'Austerlitz, au pont de la Tournelle, au Pont-au-
(i)Id.,iAw/.
lOa HISTOIRE DE PARIS. (188M8a8)
Change, au Pont-Neuf, au Pont- Royal et au pont de la Concorde. Au moyen de ces réservoirs, qui s'emplissent pendant la nuit, on parvient à faire couler l'eau sur plusieurs points élevés des quartiers sud de la ville et à y opérer un lavage régulier. On a eu soin de placer les bornes- fontaines sur les points culminants du sol pavé. L*établissement de tous les réservoirs a coûté BSS^igS fr* 71 c. ; ils contiennent ensemble 28)600,000 litres d*eau (f).
(i) M. A*-J. Meindre, Bistoire de Pan$ et de som influence en Europe,