CHAPITRE PREMIER
Paris MNu la Moonde république (1848 — 1852).
Un gouvernement provisoire avait été proclamé ^ le !k4 février 1848, dans l'enceinte du Palais-Bourbon, oit siégeaient encore les députés de la gauche, associés à un assez grand nombre d'insurgés victorieux qui courbaient la majorité sous leurs menaces. Dès que ce gouvernement entra à l'hôtel de ville il en rencontra un autre, installé par l'émeute , qui déjà fonctionnait , et entendait bien garder ses pouvoirs. Les deux comités, au lieu d'engager entre eux une lutte sans issue probable, se mirent d'accord et fusionnèrent. Telle fut l'origine du gouvernement provisoire de t848, qui compta dans son sein des hommes tels que MM. Dupont de l'Eure , de Lamartine , Ledru- Rollin, Marie, Arago, Crémieux, Armand Marrast, Louis filanc, Flocon, Garnier-Pagès, et un ouvrier nommé Albert. Nul ne lui demanda compte de sa dictature et de la légitimité de son mandat; toutle.mondeobeit.il a été de mode, depuis la chute de ces dictateurs , de déverser sur eux beaucoup d'injures; quand l'heure de la peur est passée, les partis ont pour habitude de se venger de la
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piisillaiiimité dont ils ont fait preuve en exagérant la malveillance et la calomnie. Portés par une tempête au faîte du pouvoir, les hommes du gouvernement provisoire ne manquèrent ni de courage, ni de capacité. Ils commirent de grandes fautes sans doute , ils ouvrirent la porte à de déplorables expériences, ils éveillèrent ou entretinrent dans le cœur des multitudes de fausses idées sur le travail, de dangereuses théories sur les salaires; parmi eux les uns n'eurent pas la force, d'autres n'eurent pas la vo-' lonté de faire face à la désorganisation qui menaçait toutes les hiérarchies politiques et sociales de la France; mais, s'ils se laissèrent trop souvent déborder ou entraîner par le torrent, ils n'en rendirent pas moins au pays des services réels, trop promptement oubliés. Ils maintinrent la France en paix au dehors ; malgré la pénurie du trésor et la suspension des affaires, ils refusèrent avec énergie de recourir à la fatale ressource du papier-monnaie ; ils abolirent la peine de mort en matière politique; ils instituèrent le suffrage universel ; ils protégèrent la liberté des cultes et respectèrent la propriété.
Paris était placé dans des conditions dont il n'y avait pas souvenir depuis les déplorables scènes de la première république. Les capitaux se cachaient ; beaucoup de personnes riches, redoutant la multitude, s'étaient hâtées de fuir ; les ouvriers manquaient de travail, et les fabricants, exposés à une ruine imminente, avaient fermé leurs ateliers. Il fallait faire vivre ce peuple qui manquait de tout et sentait sa force. On eut recours à dedésastreux expédients, qui furent autant de nécessités. On leva l'imposition extraordinaire des /|5 centimes supplémentaires. On installa au palais du Luxembourg une assemblée d'ouvriers de
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tous les corps d'états, qui eurent pour mission de discuter, sous ia présidence de M. Louis Blanc, tous les problèmes qui se rattachaient à l'organisation du travail . A la longue les ouvriers auraient reconnu que des théories ne suffisaient point à les faire vivre; le gouvernement provisoire, pour les calmer et les nourrir, eut recours à un expédient désastreux : il institua au Champ de Mars et sur d'autres points de prétendus ateliers nationaux auxquels pouvaient se rendre les citoyens sans pain et sans travail, et on garantit aux frais du trésor le payement des journées. On fut contraint à d'immenses sacrifices d'argent qui ne produisirent rien, et le budget de la paresse (ut, sous la république, un abus plus onéreux encore que les anciens budgets de cour. Sur ces entrefaites on déclamait, on dénonçait dans les clubs, et la portion violente du parti socialiste commençait tout haut à demander des réformes plus radicales; la révolution en était chaque jour à enfanter quelque manifes* tation démagogique, et l'on parlait d'instituer un comité de Salut public sur les ruines du pouvoir dictatorial organisé le 24 février. Le 16 avril 1848 les ateliers nationaux, dirigés par les conspirateurs et les clubistes, se soulevèrent pour accomplir ce changement sinistre , et parmi les chefs du mouvement figurait la minorité ardente du gouvernement provisoire. Par ordre de M. de Lamartine , et malgré les retards calculés de M. Ledru-Rollin, le rappel fut battu dans tous les quartiers de Paris et la garde nationale tout entière prit les armes. Deux cent cinquante mille baïonnettes, en moins de deux heures, se trouvèrent au service de Tordre, et les factieux, reculant devant les hasards d'une lutte inégale, se confondirent silencieusement dans la foule.
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Le ao avril i848y jour du jeudi saint, les membres du gouvernement provisoire, siégeant sur une estrade établie en avant de l'arc de triomphe de TÉtoile, passèi^ènt en revue les gardes nationales du département de la Seine et quelques régiments destinés à tenir garnison autour de Paris. On compta sous les armes près de quatre cent mille hommes, et le défilé, commencé de bonne- heure y dura jusqu'au soir. On appela cet ineident lafêt» de la Fraternité, Trois jours après, à Paris efc dans toute la France , le peuple procéda par le suffrage universel à l'élection d'une assemblée nationale commuante ^ qui se réunit le 4 n^^î au Palais législatif et reçut l'abdication du gouvernement provisoire.
Une commission executive composée de cinq membres fut nommée pour administrer le pays SsOiÀs la surveillance de l'Assemblée, et on décréta la dispersion des ateliers nationaux du Champ de Mars» Les socialistes et lés anarchistes s'indignèrent des tendances modérées et équitables que manifestait rAssemblée, et la commission executive, dont Élisait partie M. Ledru-RoUm^ ne se montrait guère disposée à sévir contre la démagogie. Le i5 mai des rassemblements se formèrent à Paris et des masses de factieux envahirent le palais de l'Assemblée nationale. Pendant deux heures les révolutionnaires se virent maîtres de la situation. A la fin la garde nationale de Paris, profondément indignée, prit spontanément les armes^ chassa les rebelles et établit l'Assemblée constituante^
Six jours après, le 21 mai, eut lieu au Champ de Mars une manifestation pacifique , organisée parle pouvoir exécîutif , et qui reçut la dénomination de fête de la Con" corde. Personne ne prenait au sérieux Une pareille so-
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lennité^ car plus que jamais on sentait que la concorde était absente des cœurs, et l'on pressentait de nouvelles luttes. La commission des Cinq parodiait volontiers les fêtes de l'ancien Directoire, comme les ho mmes des clubs singeaient, plus maladroitement encore, les jacobins et les cordeliers de Tan IL Quoi qu'il en soit, un cortège destiné à honorer l'industrie et le travail, et condiûsant les machines et les instruments symboliques du labeur des classes ouvrières, parcourut pompeusement le Champ de Mars et stationna au pied des effigies colossales dont on avait décoré cette vaste plaine. En tête du cortège mar-* chaient processionnellement cinq cents jeunes filles , vé-^ tues de blanc , couronnées de feuilles de chêne, portant ou accompagnant des bannières. Venaient ensuite les cor« porations ouvrières, les délégués de chaque corps d'état, avec les attributs de leurs professions respectives et promenant d'une manière triomphale les chefs-d'œuvre dus à leur intelligence. Le Champ de Mars était parsemé de drapeaux, de bannières, d'oriflammes et de banderoles, et la multitude, d'ailleurs peu nombreuse, considérait avec une froide curiosité les gigantesques statues en plâtre qui représentaient l'Égalité, la Liberté, le Commerce, la Marine, la République, etc. Ces imitations des fêtes de la Grèce païenne, ces jeunes fiUes.dont on critiquait la parure ou la beauté^ et auxquelles on avait délivré des livrets de caisse d'épargne, ces affectations mensongères de fraternité, émanant de gens ennemis et à la veille de re* commencer la guerre civile , rien de tout cela ne parais «^ sait propre à satisfaire le cœur et à faire surgir l'espérance. Le soir tout fut terminé par des illuminations , et le lendemain le^^parchiiste^, secrètement encouragés par
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des hommes qui disposaient de Tautorité, recommencèrent à mettre en péril l'ordre et les lois.
Trois ou quatre élections eurent lieu à Paris pour remplacer un pareil nombre de députés démissionnaires; parmi ceux qui furent nommés représentants du peuple, à Paris, on vit figurer le prince Louis-Napoléon Bonaparte, alors en exil. Cette élection ayant vivement inquiété le parti républicain, le prince refusa d'accepter le mandat de député.
Ce sacrifice à la cause de l'union et de la paix ne calma point les violences des partis. Le nZ juin éclata dans Paris une insurrection des plus formidables. Sur tous les points la grande capitale fut transformée en champ de bataille, et cette abominable guerre civile se prolongea durant quatre jours. Tandis que la lutte était arrivée au plus haut degré de fureur, l'Assemblée nationale mit Paris en état de siège et confia au général Eugène Cavaignac l'exercice du pouvoir exécutif. Cependant Paris fut arrosé de sang. De part et d'autre on déploya un acharnement et un courage dont le peuple français, sous tous les drapeaux, peut seul donner l'exemple. On disputa pied à pied les rues, les carrefours, les maisons, leâ ponts susceptibles d'attaque ou de défense, La Garde mobile, composée d'enfants de Paris autrefois habitués à la guerre des barricades, se rangea du côté de l'ordre et des lois, en dépit des suggestions de la révolte. Son intervention contribua pour beaucpup au tripmphe du gouvernement. Il y eut des actes de guerrre déplorables, des représailles à jamais odieuses^ et toutes les horreurs de la guerre civile se déchaînèrent sur Paris. Dans la journée du a 5 juin une victime illustre entre toutes, M^' AfFre,
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archevêque de Paris, se dirigea vers le théâtre de Tinsurrection et alla porter aux insurgés des paroles de paix. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis j disait-il, et il accomplit jusqu'au bout cet engagement. Comme il parlait aux insurgés, étant debout sur une barricade et invitant ces hommes égarés à poser les armes, il tomba mortellement blessé d'un coup de fusil.
Ce douloureux événement fut <;omme le signal de la paix. Consternés, saisis de remords, accablés sous le sentiment de leur impuissance, les factieux cessèrent la lutte, et Tautorilé des lois prévalut de nouveau. Durant le combat on avait arrêté plusieurs milliers d'hommes , la plupart dans les rangs de l'émeute, un assez grand nombre sur de simples indices grossis par la peur, sur la foi de dénonciations vagues, parmi les curieux obstinés à se rapprocher du théâtre de la lutte. Il était impossible de procéder au jugement de ces multitudes. L'Assemblée constituante prit une détermination inouïe qui rappelait les votes de la Convention ; elle décréta la transportation en masse de tous ceux qui avaient été arrêtés les armes à la main, et ce décret fut appliqué à une foule d'hommes soupçonnésoususpects.En attendant l'heurede leur départ on les entassa dans les prisons et jusque dans le souterrain de la terrasse du bord de l'eau. Les premiers jours de leur détention furent très-douloureux; la plupart d'entre eux manquaient d'air et de pain : c'étaient là les tristes conséquences de la guerre civile. Cependant l'état de siège fut maintenu jusqu'au retour complet de la sécurité publique, et, durant ce régime de transition, la police et l'action judiciaire appartinrent à l'épée; différents journaux furent supprimés ou suspendus ; on ferma les
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clubs<; on mit Finsurrection au ban de la France, et la population paisible espéra trn meilleur avenir.
Quant cessa le régime militaire, plusieurs lois décrétées par l'Assemblée nationale avaient entouré l'ordre de garanties et confié des moyens de répression au gouvernement régulier. L'administration de Paris organisa des cérémonies funèbres très-imposantes en mémoire de ceux qui avaient péri pour la cause des lois, et un service fut célébré sur la place de la Concorde. Longtemps encore on maintint à Paris des masses considérables de troupes; on les fît camper sous des tentes ou sous des abris élevés à la hâte. Paris présenta l'aspect d'une immense place en état de guerre. C^te situation se prolongea jusqu'au mois de septembre.
L'Assemblée nationale discuta et vota une constitution qui confiait le gouvernement de la république à un citoyen élu, pour quatre ans, par le peuple français ; les pouvoirs législatifs devaient continuer d'appartenir à une chambre également élue dans les comices où s'exerçait le suffrage universel. Au mois de novembre 1848 l'Assemblée inaugura son œuvre par une cérémonie qui eut lieu, en plein air, sur la place de la Concorde. Peu de jours après les collèges électoraux de la France turent convoqués pour élire le futur président de la République. Alors la nation osa prendre sa revaïiohe de la surprise qui lui avait été faite le 124 février. On lui avait imposé la république, dont elle ne voulait j>as ; libre d'exprimer ses sympathies, elle allait faire sortir de l'urne la condamnation de cette république usurpatrice. Vainement on étalait sous ses yeux le tableau des services que lui avait rendus le- général Cavaignac danslesterribles journées de juin; la France n'était pas
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ingrate^ mais elle ne voulait pas êlre confisquée au profit d'une ambition isolée^ et, en remontant dans son histoire, elle trouvait d'autres motifs de reconnaissance qui la i*a* menaient au i8 brumaire, alors que, grâce à Dieu et par le génie d'un homme providentiel, elle s'était vue affranchie de la première république. Tout le pays officiel, les fonctionnaires publics , les chefs de la garde nationale, la majorité de l'Assemblée nationale, la bourgeoisie travaillaient à faire élire le généfal Cavaignac; le peuple résista à cet entraînement et porta ailleurs ses suffrages, et, sur sept millions de votants, cinq millions quatre cent trentequatre mille voix acclamèrent le prince Louis-Napoléon Bonaparte, qui fut investi des pouvoirs et du titre de président delà république française {10-20 décembre).
L'Assemblée constituante était secrètement hostile au président de la république; le prince Louis*Napoléon, tout en gardant envers elle de justes ménagements j se passa autant que possible de sou concours et la laissa à sa sourde malveillance. Parmi les ministres dont il s'entoura, dès les premiers mois do son avènement, on remarqua MM. Odilon Barrot et Léon Faucher, deux hommes autrefois séduits par les doctrines du libéralisme, mais qui, après tout, étaient remarquables par leur honnêteté et leur intelligence. Le commandement de l'armée de Paris fut donné au général Changariiier ; c'était un hooapie de guerre très-capable et qui plaisait au soldat ; maisy au lieu de s'associer à la pensée du président, il eut l'idée de faire route à part, de se poser comme l'héritier du généraK]lavaignac, et d'aspirer, pour une autre époque, aux honneurs de la présidence.
La démocratie était encore en possession de la presse
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et des clubs ; elle avait pour instrument la classe ouvrière des grandes villes. Comme elle entrevit une défaite inévitable, elle essaya de s'y soustraire et organisa des résistances armées^ 'des mouvements 'séditieux, des manifestations révolutionnaires. Partout elle échoua, grâce à l'union des bons citoyens , qui, à cette époque , faisant taire toutes leurs dissidences, se ralliaient au gouvernement et marchaient à sa suite.
Â:insi se passa Thiver de 1849* ^^ ^^^^ ^^ ^^^ "^^ nouvelle assemblée nationale fut élue ; elle comptait moins de socialistes que l'autre, mais, en revanche, un très-grand nombre de légitimistes et d'orléanistes.
Le gouvernement ayant chargé une armée française de rétablir à Rome l'autorité du souverain Pontife, les démagogues s'insurgèrent à Paris, au mois de juin 1849. Les habiles et vigoureuses dispositions du général Changarnier firent échouer cette tentative, et les chefs du parti montagnard, les fauteurs de la république rouge^ cernés au Conservatoire des Arts et Métiers, s'échappèrent clandestinement et se réfugièrent en Angleterre pour se soustraire aux vengeances de la loi.
En cette même année 1 849 le choléra asiatique envahit de nouveau Paris et la France, et Ton vit se reproduire les sinistres calamités qui, en r83â , avaient signalé la présence du fléau. Parmi les plus illustres victimes qui succombèrent on doit citer le maréchal Bugeaud , duc d'Isly, Thomme de guerre en qui la nation avait foi. On eût dit que Dieu désarmait la société.
L'année suivante le prince Louis-Napoléon inaugura ^au palais du Luxembourg le congrès général de l'agriculture, des manufactures et du commerce, assemblée pa-
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cifique destinée à éclairer le pays sur les besoins de Tindus^ trie et de la culture. En se rappelant qu'au même lieu, sur les mêmes bancs, deux ans auparavant , siégeaient les délégués socialistes de la classe ouvrière , étudiant avec Louis Blanc et Albert les moyens d'introduire le communisme dans nos lois, on s'étonnait des pas immenses que la société française avait faits pour revenir aux principes de la justice et de l'ordre, et un sentiment de reconnaissance instinctive se portait vers le chef de la république, à qui revenait une bonne part de ce progrès.
Cependant le pays ne se faisait point illusion sur l'avenir ; on jouissait du présent, on se sentait heureux du retour de la sécurité , mais on se disait que tout cela ne durerait qu'un jour, et l'on envisageait avec une juste inquiétude les incertitudes du lendemain. La constitution avait dit que le président de la République ne pouvait rester aux affaires au delà de quatre ans , et la nation française, épouvantée du sort que lui réservaient les incertitudes électorales, voulait continuer le mandat dont elle avait investi le prince Louis-Napoléon. Il y avait donc lutte entre le pays et la loi. Une partie de l'année i85o, les premiers mois de l'année i85i se passèrent au milieu des alternatives de crainte et de sécurité qui naissaient de cet antagonisme.
, Insensiblement l'anxiété redoubla; chaque jour on s'attendait à un conflit à main armée. Partagée entre plusieurs opinions rivales, l'Assemblée législative avait une majorité de coalition toujours prête à repousser toutes les solutions proposées; pour faire prévçiloir une combinaison de salut elle ne trouvait que des minorités éparses et jalouses. De part et d'autre les pouvoirs s'observèrent;
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ils se dirent que la situation ne se dénouerait que par un coup décisif et que l'avantage appartiendrait au premier qui oserait faire appel à la force. Les socialistes se tenaient prêts à recueillir les fruits de ce conflit lamentable, et ils nous menaçaient de la présidence des citoyens Miot ou Nadaud, les plus exaltés d'entre leurs chefs ; les républicains se ralliaient à la candidature du général Cavaignac ; les orléanistes et les légitimistes se mettaient à la suite du général Changarnier. Bientôt les meneurs cessèrent de dissimuler ; faisant un crime au prince Louis- Napoléon des sympathies nationales qui se manifestaient en sa faveur, ils laissaient entrevoir Tarrière-pensée d'une tentative contre les pouvoirs du chef de l'État, et, dans leur style dédaigneux et dérisoire, ils parlaient de conduire Monsieur Bonaparte au donjon de Vincennes. Or le prince avait la conviction profonde d'être investi d'une mission providentielle; il se disait qu'aucun complot, qu'aucun texte plus ou moins légal ne l'empêcheraient de sauver le pays dont il avait l'honneur d'être chef. Quant au parti communiste, il organisait visiblement une jacquerie dans les campagnes. Dans ces conditions la victoire ne pouvait appartenir qu'à l'homme qui rassurerait le pays et engagerait le premier le combat .
Le président de la République résolut de déconcerter et de surprendre ses ennemis. Quand tout fut prêt il agit. Dans la nuit du i"au 2 décembre i85i le prince assigna à chacun sa missibn ; le 2, avant l'aube, le préfet de police, M. de Maupas, associé l'un des premiers au secret du coup d'État, donna des ordres aux commissaires et aux officiers de police, et sur-le-champ, à la même heure, dans les divers quartiers de Paris, les chefs politiques et
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militaires de FAssemblée législative furent mis en état d'arrestation. De ce nombre furent MM. Cavaignac, Changamier, Bedeau, Lamoricière, Thiers, Charras, Lagrange, Greppo, Miot, Nadaud, etc. Le palais de l'Assemblée fut occupé militairement par le colonel Espinasse, un des plus intrépides officiers de notre jeune armée et qui avait fait ses preuves à Tassaut de Roiiie et dans les campagnes d'Afrique. Dans l'enceinte législative furent arrêtés MM. Le Flô et Baze, questeurs de l'Assemblée. Surpris par l'homme dont ils avaient eux-mêmes médité l'arrestation, ils firent preuve d'une vive irritation et s'exhalèrent en menaces. M. de Persigny, qui avait activement secondé l'élan de la troupe, vint rendre compte au président de l'exécution de ses ordres. Il était à peine sept heures du matin, et déjà les principaux postes de la capitale étaient au pouvoir du prince, et M. de Morny, déjà installé au ministère de l'intérieur, transmettait dans tous les départements les ordres que la circonstance réclamait. En peu d'instants, sur tous les murs de la capitale , on lisait les décrets et les proclamations qui manifestaient à la France le vœu, l'ordre et les appels du prince Louis-Napoléon.
Les citoyens de Paris et Farmée se montrèrent profondément émus de la situation nouvelle que leur révélaient ces actes. On s*y était attendu, mais on ne se trouvait pas sans inquiétude témoin d'une révolution dont on ne pouvait pressentir les phases. Les soldats et leurs chefs se trouvèrent fiers, selon l'expression du prince, d'avoir à relever l'honneur et la puissance du pays ; les habitants paisibles, les citadins, habitués à fronder tous les gouvernements, à leur obéir, à les desservir, eurent un mo-
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ment peur pour eux-mêmes, et ne se montrèrent disposés à adhérer à Tinitiative du neveu de l'empereur qu'autant qu*îl remporterait la victoire. Le parti républicain, pris au dépourvu, soutint la lutte avec une énergie désespérée. Sur plusieurs points de. Paris le sang coula et de douloureuses représailles consternèrent Thumanité. Mais c'était une question qui, entre les partis et |e pouvoir, ne pouvait désormais se résoudre que par l'épée. Les députés qui essayèrent de se réunir à la mairie du faubourg Saint-Germain furent enveloppés et emprisonnés. Le prince, escorté de son état-major, parcourut la ville , salué par les acclamations des masses, et sa présence exalta le courage de ses défenseurs. Le 4 décembre au matin la bataille prit un caractère décisif. Par les soins du général Magnan, tous les quartiers insurgés, déjà enfermés comme dans un cercle de fçr, furent simultanément attaqués par la troupe. Les généraux Carrelet, Bourgon, de Cotte, Canrobert, Dulac, Reybell, la division Levasseur, les brigades Herbillon, Marulaz, Courtigis, la division Korte attaquèrent l'insurrection dans ses retranchements et sur son terrain ; les divisions et les brigades, infanterie et cavalerie, habilement dirigées, opérèrent un mouvement convergent destiné à envelopper les rebelles, à les refouler successivement, à ne leur laisser aucune issue. En moins de trois heures la résistance républicaine et socialiste fut partout vaincue. Les barricades des rues Saint-Denis ^ Rambuteau et Saint-Martin furent attaquées avec le canon, mais presque partout on se borna à la fusillade et à la baïonnette. Le combat fut long, vif et meurtrier aux abords du Palais-de-Justice et dans la rue Constantine ; mais enfin les insurgés de la Cité furent partout dispersés