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OU tués. Il fallut cinq quarts d'heure d'efforts vigoureux pour enlever les barricades de la rue Rambuteau. Enfin ceux qui les défendaient succombèrent. D'autres barrir cades très-solides avaient été élevées auprès du passage^ du Saumon, à Tangle delà rueMandar, rue Saint-Sauveur, à l'angle de cette rue et de la rue Bourbon-Villeneuve, aux abords de l'hôtel des Postes et de la Banque. Ces dernières furent d'abord attaquées et enlevées. A dix heures du soir le colonel de Lourmel, avec le 5i* de ligne, dégagea la rue du Petit-Carreau , la rue Montorgueil et le passage du Saumon. Les insurgés tinrent longtemps à l'angle de la rue du Cadran; ils étaient commandés par Gaston Dussoubs, frère d'un représentant montagnard. A la fin la barricade fut emportée, et le chef des insurgés fut tué avec plusieurs de ceux qu il avait excités à combattre.
En ce moment la lutte se terminait sur tous les points de Paris ; les républicains, qui l'avaient engagée, étaient tués, blessés ou pris ; les autres se dispersaient au hasard, à la faveur de la nuit, et le champ de bataille restait partout au pouvoir de la force militaire. Durant cette journée, livrée à toutes les chances de la guerre civile, un certain nombre de citoyens de tovit âge et de tout sexe périrent par le seul fait de leur imprudence et pour avoir voulu assister de trop près au spectacle de la lutte armée. Des deux côtés on s'accorda à déplorer la mort accidentelle de ces malheureux ; mais il est douteux que leur exemple serve de leçon aux bourgeois de Paris, toujours curieux d'émotions de ce genre, si, ce qu'à Dieu ne plaise, de nouveaux combats venaient à s'engager dans la rue. Au risque de la vie le Parisien veut voir de près l'émeute et
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en raconter les épisodes, et cette déplorable curiosité, en donnant lieu à de regrettables accidents, favorise bien souvent les tentatives des rebelles, en ce qu'elle contribue , à dissimuler leur petit nombre, à leur faire un rempart de la foule et à faciliter leur évasion.
Nous n'avons point à raconter les diverses phases de l'insurrection dans les provinces ; il est des souvenirs de crime ou de deuil que nous ne cherchons pas à rappeler, et notre mission se borne à parler de Paris. En attendant le jour oïl le peuple français s'assemblerait dans ses comices pour ratifier l'acte du a décembre, les mesures de réparation et d'ordre se succédèrent. Le 6 décembre le prince Louis-Napoléon rendit au culte catholique le Panthéon et lui restitua le nom glorieux d'église Sainte- Geneviève. La 5® légion qui s'était laissé désarmer à domicile par les rebelles, dans la dernière émeute , fut dissoute et licenciée; on interdit aux repris de justice en surveillance la faculté de résider à Paris ; quatre commissions militaires furent instituées pour juger les vaincus et provoquer à leur égard des mesures de sûreté générale. La jacquerie socialiste ayant été vaincue dans [les provinces, la France fut convoquée dans ses comices; près de huit millions de suffrages, émis librement et au scrutin secret, adhérèrent au coup d'État et confièrent au prince Louis-Napoléon les destinées de la France. Fort des suffrages du peuple, respecté de toute l'Europe, salué partout comme un libérateur, le prince modifia la constitution, selon le droit que lui avait attribué le plébiscite national, et il 1 donna à la France une organisation qui /sous plusieurs rapports, rappelait les constitutions consulaires promulguées vers le cohimencement du
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dix-neuvième siècle. Ce sont, sauf quelques modifications essentielles, les lois fondamentales qui régissent aujourd'hui notre pays.
Durant le cours de Tannée i85a, la dictature ayant cessé avec la crise qui l'avait motivée, le prince Louisr Napoléon gouverna la France avec vigueur, modération et sagesse, et acquit des droits éclatants à la reconnaissance du peuple et aux sympathies du monde civilisé. Après avoir contraint la révolution à rétrograder il imprima une vive impulsion à tous les ressorts de la prospérité pjblique ; il ordonna des travaux gigantesques pour renouveler la face de Paris, il développa de tous ses efforts la fortune de la France. Comme pour jouir du spectacle de ces grandes transformations, il entreprit, à travers les départements de" l'Est, du Sud et du Centre, un voyage durant lequel le gouvernement interrogea le vœu national. Sur tous les points le peuple français se montra disposé à compléter l'œuvre du ao décembre i85i et à consacrer entre les mains de Louis-Napoléon l'exercice d'un pouvoir fort et modérateur.
Les sentiments du pays s'étaient ouvertement manifestés dans les provinces; à Paris ils éclatèrent à leur tour avec une énergie inattendue le 16 octobre i852, jour oîi le prince, de retour de son excursion triomphale, devait faire son entrée solennelle dans la capitale. Ce jour là eut lieu l'une des fêtes populaires les plus meveilleuses dont l'histoire ait gardé le souvenir. Du chemin de fer d'Orléans à la place de la Concorde, l'immense ligne des boulevards était ornée de faisceaux d'armes, de drapeaux, de bannières flottant au vent, d'arcs de triomphe décoré? d'inscriptions en lettres d'or, tandis que
des deux côtés de cette inagni6que voie se déployaient deux longues files de gardes nationaux et de soldats. T^ foule, profondément émue, se pressait aux fenêtres, sur les toits, encombrait les trottoirs, les places et les rues; toutes les corporations des ouvriers de Paris, chacune rangée sous sa bannière ; des groupes innombrables d'enfants et de jeunes filles, avec leurs couronnes et leurs robes blanches;, puis, sur la chaussée, escorté et précédé de Télite des troupes, artillerie et cavalerie, s'avançait à cheval le prince Louis-Napoléon, salué à chaque instant du cri de vwe V empereur ! Vers le soir, salué par les acclamations de l'armée et des citoyens, le chef de l'État, noblement ému par la conscience de son avenir et de sa mission , fit sa rentrée aux Tuileries, et dès ce moment il fut hors de doute que la seconde république avait cessé d'être.
Le peuple français fut convoqué dans ses comices ; on soumit à la sanction du vote national un sénatus-consulte qui avait pour but de rétablir l'empire et de déférer la couronne au prince Louis-Napoléon, Le :2i novembre le scrutin fut ouvert à Paris et dans toute la France ; puis, le i" décembre, le dépouillement du vote ayant constaté que près de huit millions de suffrages librement émis par les citoyens avaient acclamé l'empire, le Sénat et le Corps législatif se rendirent en grande pompe à Saint- Cloud et vinrent y saluer le prince-président du nom d'empereur.
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