LIVRE XX. CHAPITRE II
de palais et d'hôtels ; on donna la plus vive impulsion à rachèvement du Louvre et de la place du Palais-Royal ; puis, vers le milieu des Champs-Elysées, on continua, sur un immense espace, la construction d'un palais destiné aux expositions permanentes des industries nationales. Au mois de septembre de cette même année le service de la police municipale de Paris fut réorganisé sur de larges bases, afin que la police parisienne ne restât pas inférieure à celle de Londres. Ce qui constitue le principe fondamental de cette police de Londres, si justement admirée, c'est la présence partout, jour et nuit, à toute heure, de nombreux agents donl; chacun, chargé de la surveillance exclusive d'un espace très-circonscrit , le parcourt constamment, en connaît à fond la population et les habitudes, se trouve toujours là, prêt à donner son appui à qui le réclame, et, par ses allées et venues continuelles, ne laisse aux malfaiteurs le loisir ni de consommer, ni même de préparer sur place leurs coupables projets. Il y a incontestablement , dans les mailles si serrées de cette vigilance tutélaire , une grande garantie de sécurité pour les citoyens. Le gouvernement eut l'heureuse pensée d'en doter Paris; il ne recula point devant les dépenses occasionnées par l'accroissement du personnel, et le service de surveillance continue des douze arrpndissements fut fondé, sur la division topographique des sections en un certain nombre d'îlots confiés à la surveillance active d'un nombre égal d'agents, se prêtant main-forte les uns aux autres et appuyés au besoin par la garde de Paris. Cette amélioration importante, due en même temps à l'initiative de l'empereur et à l'administration intelligente et habile de M. Billault, ministre de
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l'intérieur, fut promptement réalisée, et depuis lors Paris a continué de jouir nuit et jour d'une sécurité sans exemple.
Entrons à cet égard dans quelques détails rétrospectifs.
Depuis le Consulat, et malgré les perfectionnements qu'y avaient successivement apportés les préfets, la police de Paris, pendant la nuit , avait pour type la patrouille. Quelques agents réunis et des escouades appartenant à l'armée ou à la garde municipale parcouraient les rues à de longs intervalles, et ce simple passage des agents de la force publique ne pouvait protéger d'une manière efficace ni les biens, ni les personnes. Les assassinats étaient fréquents et le vol s'exerçait avec une liberté presque sans limites. Les personnes attardées ne regagnaient pas sans appréhension leur domicile, surtout lorsqu'elles habitaient les quartiers éloignés du centre de la ville. Les plaintes étaient incessantes , et divers projets relatifs 5 une organisation spéciale de la police nocturne furent présentés, surtout depuis i84o. C'est ainsi que M. Aimé Lucas proposait, en i843, de créer un corps de i,ïo8 agents destinés àce service et qui auraient été entretenus au moyen d'un centime additionnel par jour et par habitant, en exceptant la classe indigente. Mais ces projets n'eurent point de suite. La police de jour, moins importante à certains égards, était meilleure; cependant elle était encore insuffisante. Paris était divisé, comme aujourd'hui, en quarante-huit quartiers possédant chacun un commissaire de police entretenant des relations journalières et directes aVec le préfet ; il y avait en outre dans chaque arrondissement un officier de paix sous les ordres duquel était
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placée une brigade composée de sergents de ville et d'inspecteurs chargés d'explorer en tous sens l'arrondissement pour faire exécuter les lois et ordonnances, constater les contraventions , réprimer les désordres, arrêter les malfaiteurs, porter des secours où le besoin l'exigeait, assurer la circulation, etc. Ces brigades fonctionnaient depuis le matin jusqu'à minuit. Mais en i854 le service de la police ne comprenait que 760 sergents de ville, dont 45o seulement, y compris ceux qui étaient en congé et les malades, étaient employés à la surveillance des douze arrondissements ; les 3oo autres étaient affectés à des services spéciaux ou extraordinaires. Or, on le comprend, 45o hommes ne protégeaient pas suffisamment une ville telle que Paris. 11 n'était pas possible surtout, avec un personnel si restreint , d'établir la marche et la surveillance continues, de jour et de nuit, qui, seules , permettent à la police de sauvegarder convenablement l'ordre, les individus et les propriétés. Un homme, en effet, ne pouvant rester en marche plus de huit heures par jour, il aurait fallu, pour établir avec ces 45o agents une marche continue dans les divers quartiers, répartir entre eux le service de manière h ménager à chacun un repos nécessaire, d'où il suit qu'on n'aurait pu avoir que i5o sergents sur pied à la fois, c'est-à-dire 3 pour chacune des quarante-huit sections delà capitale.
Le ministre de l'intérieur présenta donc à l'empereur, au mois de septembre i854, un projet d'organisation nouvelle de la police, dont l'exécution fut décrétée le 17 du même mois. Le personnel de la police municipale, augmenté dans une grande proportion, fut mis en rapport avec lesf besoins du service.
En réorganisant la police on a fait de louables efforts pour la rendre digne de la sympathie des habitants ; telle était la pensée de Tempereur. La police fut composée, comme à Londres, d'hommes d'une honnêteté avérée. Oa n'y peut être admis qu'aux conditions suivantes : être âgé de vingt et un ans au moins et de trente au plus (les militaires sont reçus jusqu'à trente-cinq ans), avoir au moins la taille de i mètre 66 centimètres, être de bonne constitution, savoir lire et écrire, avoir l'intelligence et l'aptitude nécessaires pour faire un bon service, justifier d'un certificat de bonne conduite et subir un examen de capacité.
M. Piétri, auquel était réservé l'honneur d'opérer cette rénovation, attendue depuis tant d'années, possédait à un degré éminent toutes les qualités propres à réconcilier la police municipale avec les préjugés populaires. C'est dire en même temps qu'il en avait parfaitement compris le vrai but et apprécié avec une grande sagacité toute la portée de la force protectrice dont la direction lui avait été confiée. Nous en voyons la preuve dans les paroles remarquables qu'il adressait à ses subordonnés le 29 mai 1 852, plus de deux ans avant le décret de réorganisation : « A côté des mesures de rigueur qu'elle est obligée de prendre la police doit être essentiellement protectrice, et son action ne doit jamais se montrer tracassière. Ainsi soyez fermes, mais bienveillants ; que tous les agents sachent bien qu'ils doivent s'acquitter dé leur iache avec toute la modération compatible avec les nécessités du service, et que l'administration leur tiendra compte de la convenance des formes aussi bien que de l'activité et de l'énergie. Accueillez toutes les réclamations, toutes les