‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 21 sur 96 · LIVRE XX. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE XX. CHAPITRE II

plaintes avec bonté ; faites que chacun aille à vous avec confiance ; descendez au fond de toutes les misères ; soyez les bienvenus dans la mansarde et dans l'atelier ; mettez en œuvre, pour découvrir un malheureux à secourir, un homme de bien à encourager, un ouvrier laborieux à aider, autant de soins, de zèle et d'intelligence que pour rechercher un coupable que la loi doit frapper. Ne vous bornez pas à signaler le bien qu'on peut faire à des individus isolés ; préoccupez-vous également de celui qu'il est possible de répandre sur des classes entières. Vous êtes en contact immédiat avec la population; mieux que pei*sonne vous connaissez ses besoins, ses intérêts, ses sentiments ; étudiez-les avec sollicitude, et prenez l'initiative de tous les abus à réprimer, de toutes les améliorations, de tous les progrès à réaliser. Rien à cet égard ne doit vous rester étranger. »

En i855 les glorieuses préoccupations de la guerre d'Orient dominèrent à Paris le sentiment public ; il y eut des fêtes, des réunions, des cérémonies officielles, mais tous les regards étaient tournés vers l'armée alors employée au siège de Sébastopol, et qui endurait, en face de l'ennemi, les rigueurs de l'hiver et les souffrances d'un siège sans exemple. L^administration de Paris n'en poursuivait pas moins l'exécution des vastes projets d'amélioration et d'assainissement qui devaient transformer la capitale de la France, déjà privilégiée sous tant de rapports. M. le préfet de la Seine et la commission municipale étudiaient les moyens d'amener à Paris, à l'altitude de 80 mètres au-dessus du niveau de la mer, des eaux de sources dérivées en quantité suffisante pour le service de toutes les habitations, d'assurer la distribution de ces eaux dans la

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ville, de compléter etd'améliorer le régime des égouts. Vers le même temps, la commission municipale venait de mettre à la disposition de M. le préfet les crédits nécessaires pour le payement des immeubles alors compris dans le périmètre de la plaine deLongchamps, annexée au bois de Boulogne^ et pour les travaux d'appropriation, comme hippodrome, de cette plaine, destinée à être close, au nord et au sud , par des sauts-de-loup longeant la rigole de Boulogne et la route conduisant au popt de Suresnes. On terminait alorsrégliseSainte-Clotilde, bel édifice commencé eu 1847, conçu et continué dans le style gothique du quatorzième siècle. On restaurait la tour de Saint-Germain des Prés, massif de pierres dont la construction remonte au sixième siècle, et qui, après le palais des Thermes, est le plus ancien édifice dont s'enorgueillisse Paris. On remettait à neuf la façade de l'hôtel des Monnaies; on entreprenait les travaux de terrassement du boulevard de l'Impératrice, magnifique avenue de loo mètres de largeur, destinée à relier Paris au bois de Boulogne. On poursuivait la restauration de la tour Saint- Jacques, merveilleux monument dont la population semblait ignorer l'existence alors que d'innombrables maisons, basses et laides , aujourd'hui démolies, le dérobaient de toutes parts à la vue. Tandis que l'on continuait de vastes quais de halage, trèsutiles au commerce, sur les deux rives de la Seine, la rapidité avec laquelle s'élevaient et s'achevaient les constructions de la rue de Rivoli offrait un spectacle dont l'histoire architectonique de la capitale n'avait point encore présenté l'exemple. Des travaux non moins importants diangeaient l'aspect de la place de la Concorde ; on faisait disparaître les rues immondes qui obstruaient les

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abords rie la place du Châtelet et de l'hôtel de ville ; on élevait, sur de vastes emplacements déblayés, l'immense caserne Napoléon, et l'on dégageait le portail célèbre de Saint-Gervais, ce chef-d'œuvre classique de l'architecte de Brosse, que personne n'avait vu depuis plusieurs années et que tout le monde admirait sur parole. L'étrange aspect des grandes démolitions qu'entraînèrent tant de travaux ne sera jamais oublié de ceux qui l'ont vu. Des constructions anciennes ou nouvelles, des rues entières disparaissaient comme par enchantement sous le marteau des démolisseurs et se trouvaient presque immédiatement remplacées par des quartiers splendides. C'était partout des avalanches de charpentes, des écroulements de moellons , des pans de murs qui se renversaient d'un morceau. Partout les quais se redressaient, s'aplanissaient, se consolidaient^ se plantaient d'arbres, et déjà de l'arc de triomphe à la Bastille, s'étendait une voie sa^ crée sans égale au monde, plus belle et plus bordée de monuments que celle de l'ancienne de Rome.

En i855 eut lieu à Paris, durant quatre mois, la grande exposition universelle des produits des arts et de l'industrie. Ce fiit un rendez-vous donné par la France à toute l'Europe intelligente et laborieuse, et on put voir à quel haut degré de progrès et d'amélioration toutes les branches de l'art et de l'industrie étaient parvenues dans c^tte splendide capitale dont nous i^sumons l'histoire.

Ce fut une période solennelle pour l'histoire de l'esprit humain. Le travail et l'intelligence tinrent leurs assises dans Paris, et, à l'exception de la Russie, alors en guerre avec nous, toutes les contrées civilisées' essayèrent de rivaliser avec la France sous le rapport des découvertes

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scientifiques et des produits manufacturiers. Le nombre des industriels étrangers qui répondirent à l'appel s'élevait à 9,932, et celui des producteurs français h 10,725. Le palais construit pour cette circonstance, et qui s'élève au milieu des élégants parterres des Champs-Elysées, fut reconnu trop étroit pour contenir les objets envoyés à l'exposition; d'immenses annexes furent établies qui se développaient le long du Cours-la-Reine, sur le quai et au travers de la promenade. Ces constructions provisoires ne tardèrent pas à disparaître lorsque l'empereur eut, en grande pompe, distribué aux exposants de toutes nations les récompenses d'honneur dont le jury les avait jugés dignes.

Ce jour-là l'Intérieur du palais de l'industrie avait été splendidement décoré. Le trône s'élevait au fond du transept sur une estrade à cinq degrés recouverte d'un tapis de velours cramoisi ; il était surmonté d'un dais delà même étoffe semé d'abeilles d'or.

La famille impériale, tous les corps officiels de l'État et les foiictionnairesencostumesegroupaientautour du trône. L'empereur y ayant pris place avec l'impératrice, le prince Napoléon lut un rapport auquel Sa Majesté répondit, d'une voix énergîquement accentuée, par le discours suivant :

« Messieurs, l'exposition qui va finir offre au monde un grand spectacle. C'est pendant une guerre sérieuse que de tous les points de l'univers sont accourus à Paris, pour y exposer leurs travaux, les hommes les plus distingués de la science, des arts et de l'industrie. Ce concours , dans des circonstances semblables, est du, j'aime à le croire, à cotte conviction générale que la guerre entreprise ne menaçait que ceux qui l'avaient provoquée, qu'elle était poursuivie dans l'intérêt de tous, et que l'Europe,

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loin (l'y voir un danger pour l'avenir, y trouvait plutôt un gage d'indépendance et de sécurité.

a Néanmoins^ à la vue de tant de merveilles étalées à nos yeux, la première impression est un désir de paix. La paix seule, en effet, peut développer encore ces remarquables produits de l'intelligence humaine. Vous devez donc tous souhaiter, comme moi, que cette paix soit prompte et durable. A l'époque de civilisation où nous somm.es, les succès des armes^ quelque brillants qu'ils soient , ne sont que passagers; c'est, en définitive, l'opinion publique qui remporte toujours la dernière victoire*

ce Vous tous donc qui pensez que les progrès de l'agriculture, de l'industrie, du commerce d'une nation con* tribuent au bien-être de toutes les autres, et que, plus les rapports réciproques se multiplient, plus les préjugés nationaux tendent à s'effacer, dites à vos concitoyens, en retournant dans votre patrie, que la France n'a de haine contre aucun peuple, qu'elle a de la sympathie pour tous ceux qui veulent, comme elle, le triomphe du droit et de la justice ; dites-leur que, s'ils désirent la paix, il faut qu'oùvertement ils fassent des vœux pour ou contre nous ; car, au milieu d'un grand conflit européen, l'indifférence est un mauvais calcul et le silence une erreur.

<c Quant à nous, peuples alliés pour le triomphe d'une grande cause, forgeons des armes sans ralentir nos usines, sans arrêter nos métiers; soyons grands parles arts delà paix comme par ceux de la guerre ; soyons forts par la concorde, et mettons notre confiance en Dieu pour nous faire triompher des difficultés du jour et des chances de Tavenir, » {Moniteur^ i6 novembre i855.)

A ce 'discours, dont l'effet fut immense, succéda le dé*

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filé des exposants devant l'empereur, qui leur distribua lui-même les croix et les médailles décernées par le jury. Leurs Majestés, précédées et suivies d'un brillant cortège, passèrent ensuite devant les plus beaux trophées'.de l'industrie et se retirèrent aux acclamations de la foule, qui salua leur départ aussi chaleureusement qu'elle avait accueilli leur arrivée.

En cette même année i855 S. M. la reine d'Angleterre, accompagnée de S. A. R. le prince de Galles et de plusieurs illustres personnages de la Grande-Bretagne, vint visiter Paris e* l'empereur ; elle y fut reçue avec la pompe due à son rang et que pouvait seule déployer la nation française si puissante et si riche. La reine Yictorîa ne fit parmi nous qu'un séjour de courte durée, mais il fiit signalé par des fêtes d'une magnificence inouïe. Les illustres hôtes de Paris et de Tempereur ne purent retenir leur surprise au spectacle du bal qui leur fut offert à l'Hôtel de Ville et dont aucune description ne saurait donner l'idée, et, en partant pour leur pays, ils se montrèrent pénétrés d'une admiration sans bornes pour la puissance de la France et la splendeur de Paris. Cette hospitalité, aussi brillante que cordiale, parut resserrer l'alliance qui, sur tous les champs de bataille comme dans les conseils, faisait la force des deux gouvernements. L'incident qui fut le plus remarqué fut une visite faite par S. M. la reine d'Angleterre à la chapelle des Invalides, au mausolée sous lequel sont déposés les restes du captif de Sainte^Hélène. Le lendemain, aSaoût, Sa Majesté et ses enfants allèrent visiter, à Saint-Germain, le tombeau de Jacques II, mort en exil à la suite de la révolution de 1688, qui avait détrôné lesStuarts. Cette circonstance

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fut également de nature à impressionner l'opinion publique : il y a des rapprochements que le temps seul rend possibles et qu'il suffît d'indiquer.

D'autres émotions se révélaient encore à Paris. Depuis plus de onze mois les armées françaises^ unies aux troupes alliées, combattaient généreusement soiis les murs de Sebastopol et enduraient de glorieuses souffrances. La France et TAngleterre commençaient à s'étonner de la longueur d'un siège qui coûtait un sang si précieux , et l'on attendait avec une inquiétude mêlée d'impatience que la victoire vînt enfin couronner tant de sacrifices. Durant le séjour de la reine d'Angleterre à Paris on avait appris, avec un juste orgueil , le beau fait d'armes de laTschernaïa. Peu de jours après, le 9 septembre, le télégraphe annonça enfin la prise de Malakoff, et le lendemain, sur tous les murs de Paris, on pouvait lire la grande noi|velle de l'entrée des troupes alliées dans les murs de Sébastopol. Sur-le-champ la population improvisa une fête vraiment nationale et qui laissera dans les fastes de la capitale de durables souvenirs. Le i3 septembre, à midi, un Te Deum fut solennellement chanté à Notre-Dame en présence de l'Empereur et des grands corps de l'État. L'ex-émir Abd-el-Kader, sincèrement dévoué à la cause de la France, assistait à cette cérémonie religieuse. M^' l'archevêque de Paris , qui avait appris à Valence la victoire de nos armes, s'était empressé d'accourir et n'avait voulu céder à personne l'honneur d'officier et de rendre grâces à la Providence divine.

Vers le milieu d'octobre LL. AA. RR. le duc et la duchesse de Brabant vinrent à leur tour visiter Paris. L'héritier du trône de Belgique fut reçu avec le§ honneurs

dus à son rang, et sa présence sur le territoire français parut une nouvelle garantie de sécurité et de paix.

Le 29 décembre i855 eut lieu Tune de ces grandes cérémonies nationales qui semblent empruntées aux fastes du premier empire. Ce jour-là les troupes qui revenaient d'Orient firent à Paris leur entrée solennelle ; la population entière s'était portée sur leur passage pour les acclamer au nom de la France. Les rues, les boulevards, les places que devaient traverser nos soldats victorieux étaient ornés d'emblèmes significatifs et pavoises à tous les étages de drapeaux français, anglais et sardes. Sur la place de la Bastille un arc de triomphe gigantesque, surmonté de deux aigles aux ailes déployées et d'une couronne de lauriers, portait cette inscription en grandes lettres d'or : A la Gloire de l'Armée d'Orient. Les noms des victoires remportées en Crimée étaient également écrits sur diverses faces de l'arc de triomphe. Le défilé de la gfirde impériale eut lieu sous les yeux de l'empereur, et les troupes vinrent passer au pied de la colonne de la Grande-Armée. En avant de chaque corps marchaient les blessés, dont l'aspect excitait particulièrement les émotions patriotiques de la foule. Sur le passage de chaque régiment la population jetait des couronnes et faisait entendre des cris d'admiration et de sympathie.

Le 16 mars i856 Sa Majesté l'impératrice donna le jour à un prince dont la naissance fut saluée par les acclamations de la France. Le baptême de l'enfant impérial eut lieu à Paris, au mois de juin, en très-grande pompe. Sa Sainteté Pie IX avait bien voulu être parrain du nouveau-né et s'était fait représenter à la cérémonie par un prince de l'Église,

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Vers la fin de cette même année le recensement quinquennal, publié par ordre du gouvernement, constata que le département de la Seine était peuplé de 1,787,000 habitants, dont i, 174,600 pour la ville de Paris; c'était, pour la capitale et dans une période de cinq ans, une augmentation de Tao,ooo âmes.

L'année 1867 s'ouvrit à Paris par un crime exécrable, douloureux privilège que l'année i858 ne tarda pas à lui disputer. Le samedi 3 janvier, au moment oîiM«' Sibour, archevêque de Paris, présidait, à Saint-Étienne du Mont, aux solennités de la fête de Sainte-Geneviève, un prêtre interdit (ce misérable se nommait Verger) lui porta avec violence un coup de couteau dans la région du cœur. Le prélat^ ainsi frappé, recula de quelques pas et s'affaissa dans les bras du serviteur qui le suivait ; on se hâta de lui donner l'absolution suprême, et peu d'instants après il rendait le dernier soupir. Rien ne saurait exprimer l'impression causée par ce crime dans tous les rangs de la société. On s'étonnait au spectacle de cet héritage de douleur et de cette croix sanglante que, depuis trente années, les archevêques de Paris semblaient se transmettre l'un à l'autre; on se rappelait les vertus de l'illustre victime ; la douceur et la mansuétude formaient le fond de son caractère, sans exclure le mâle courage qui ne fléchit pas devant les difficultés. Lorsqu'à la suite de l'émotion causée par les guerres civiles et par l'héroïque sacrifice de son prédécesseur il avait été appelé à succéder à M^'Affre, on lui avait entendu prononcer ces paroles, qui renfermaient une lugubre prophétie : « En des temps ordinaires j'aurais décliné une dignité si élevée; mais dans le moment présent qu'est le siège de Paris, sinon

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un Calvaire? Je regarderais comme une faiblesse de refuser d'y monter en portant ma croix. » Sa charité pour les pauvres était inépuisable, et ceux qui l'ont connu garderont toujours avec respect le souvenir de ses lumières et de ses vertus. Ses obsèques furent célébrées avec une juste pompe y que rehaussait la manifestation unanime de la douleur publique. Le 3o janvier l'assassin, condamné à mort par la cour d'assises de la Seine, expia sur Téchafaud son abominable forfait ; il mourut en témoignant du repentir et des remords.

L'empereur désigna pour occuper le siège métropolitain de Paris M*"^ Morlot, cardinal et archevêque de Tours. Le aS avril, ce choix ayant été confirmé par le souverain Pontife , l'installation de M*' Morlot eut lieu à Notre-Dame.

EniSSy un événement important dans l'histoire de l'art et dans les fastes de Paris fut l'inauguration solennelle du nouveau Louvre. Cette cérémonie eut lieu le i4 août, sous la présidence de l'empereur et en grande pompe. La première pierre de ce magnifique édifice avait été posée le ^5 juillet 1862; en moins de cinq ans on avait mené à terme l'œuvre que tant de rois avaient rêvée et qui suffirait à elle seule à la gloire d'une époque de paix et de prospérité. Nous décrirons ailleurs ce monument tel qu'il se présente aujourd'hui à nos regards.

L'année suivante, le 1 4 janvier i858, un abominable attentat fut dirigé, aux abords de l'Opéra , contre la vie de l'empereur, et coûta la vie à plus de soixante personnes. Les auteurs de ce forfait sans exemple étaient des Italiens qui furent jugés et condamnés par la cour

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d'assises de la Seine ; ils avaient agi à Tinstigation du trop fameux Mazzini, qui semble jouer à Londres l'ancien rôle du a Tieux de la Montagne. »

Le 5 avril fut inauguré à Paris le boulemrd de Sebastopoly achevé sur la rive droite de la Seine avec une rapidité sans exemple. Leurs Majestés Impériales , entourées des princes et des princesses de leur maison, présidèrent à cette imposante cérémonie. L'armée et la garde nationale, rangées sur deux immenses lignes, formaient une double haie depuis le fleuve jusqu'à l'embarcadère de Strasbourg; la population de Paris, attirée par ce merveilleux spectacle, se déroulait sur toutes les voies et manifestait une curiosité sympathique. Le soir la ville fut illuminée, et nul ne s'étonnait de cette émotion causée par l'inauguration de la voie nouvelle. Le boulevard de Sébastopol résumait en lui seul la pensée qui , depuis dix ans, présidait aux embellissements de Paris. Tout y portait l'empreinte de la grandeur; proportions vastes, beauté de l'aspect, soin du détail , constructions variées et cependant assujetties à de certaines règles qui maintiennent l'harmonie de l'ensemble; canaux souterrains et gigantesques, centre de tous les égouts et de tout le système de l'assainissement public, rien ne manquait à ce grand travail de ce qui a toujours droit de fixer l'attention du pays. Ce boulevard, sur la rive droite, avait 2,33o mètres de développement, et ne devait pas tarder à en avoir 2,000 de plus en s' étendant du Pont-au- Change à l'Observatoire.

Puisque nous parlons des travaux opérés en i858 pour ajouter à la splendeur de Paris, nous ne devons pas omettre de mentionner le déplacement de la fontaine du

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Palmier, ëlevce sur les débris de l'ancien Châtelet, et qui fut à ia fois exhaussée d'environ 5 mètres et conduite dans Taxe de la nouvelle place. Cette entreprise, qui présentait d'énormes difBcultés , fut menée à bonne fin par les soins habiles de M. Davioud, architecte de la ville , sous la direction et le contrôle de M. Alphand , ingénieur du service des ponts et cliaussées.

Une entreprise bien autrement colossale était celle de Vegout collecteur de Paris à Asnières. Avant 1806 il n'existait à Paris que a3,53o mètres de galeries d'égout; en i858 on en comptait 180,000. Or tous ces travaux , exécutés au prix de tant d'efibrts et de sacrifices , ne répondaient pas suffisamment aux besoins de Tédilité parisienne et devaient être complétés par l'ouvrage gigantesque achevé en i858, et qui, sous la dénomination d'égout collecteur, améliore le système de canalisation du sol parisien et affranchit tous les quartiers de la rive droite des ibondations périodiques qui les envahissaient dans les saisons pluvieuses.

En 1 869 les événements militaires dont l'Italie fut le théâtre préoccupèrent très-vivement la population de Paris. On célébra par des acclamations et des fêtes les grandes victoires de nos armées; on se montra heureux lorsque -la paix de Yiltafranca, dont les espérances ne de* vaient pas entièrement se réaliser, permit à nos vaillantes légions de rentrer en France. Aucune pompe nationale n'éveilla l'enthousiasme dans les cœurs autant que le défilé du i4 août 1869. Ce jour-là l'empereur, à cheval près de la colonne, entouré des siens et de l'élite de la France, vit passer devant lui l'armée d'Italie avec ses trophées. Un peuple immense, profondément ému au sou-

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venir de tant de souffrances et au spectacle de tant de gloire, acclama de cris unanimes les légions de retour, les soldats aux visages bronzés , les drapeaux noircis et déchirés dans les batailles, les blessés de toute arme qui marchaient en tête comme un éloquent témoignage de ce que peut la valeur unie à Tamour de la patrie. Les sympathies publiques se reportèrent à plusieurs reprises sur le jeune prince impérial, revêtu de Tuniforme de la garde, et qui assistait comme spectateur, aux bras de sa mère, à cette imposante cérémonie.

Les relations contemporaines nous ont conservé des détails circonstanciés sur cette magnifique journée qui rappelait aux habitants de Paris les pompes triompliales du premier empire . ^

Dès la barrière du Trône les maisons se paraient, se pavoisaient ; les mâts vénitiens soutenaient d'un côté de la rue à l'autre des guirlandes de fleurs et faisaient comme une voie sacrée aux héros de Magenta et de Solférino. Un arc de triomphe, imitant par la disposition de ses lignes la façade du Dôme de Milan, s'élevait à l'entrée du boule^ vard, sur la place de la Bastille. Dans son vaste triangle de marbre blanc s'ouvraient trois arcades , celle du milieu d'un diamètre immense, les deux autres plus petites. Au-dessus de la porte principale était figurée une statue de la Paix tenant d'une main le rameau d'olivier et de l'autre la corne d'abondance. Au-dessous de la Paix on lisait sur un cartouche, en lettres lapidaires ; A VEmpe^ reur, à V Armée dltalie^ la Ville de Paris ! Un second cartouche contenait les noms des victoires remportées : Solférino j Mélégnano^ Magenta, Turbigo^ Pales tro, Montébello. Au soubassement de l'arc des statues à

formes vigoureuses soutenaient les nervures qui divisaient la façade et encadraient la liste des régiments. Sur une frise transversale étaient inscrits ces mots : Infanterie^ Cavalerie^ Artillerie, Génie, Des bas-reliefs représentant des sujets religieux, des saints dans des niches, des pignons à crosses surmontés de statuettes, complétaient la ressemblance et la décoration.

L'autre façade offrait la même disposition architecturale, à cette différence près qu'une statue de la Guerre remplaçait la statue de la Paix. Cet arc de triomphe, d un effet grandiose, était de M. Bal tard, architecte de la ville.

Plus loin, à la hauteur du cirque Napoléon , un grand portique bleu et or découpait ses trois arcades, dont la principale avait dix mètres d'ouverture en hauteur et «►neuf mètres en largeur. Cette arcade était surmontée d'une aigle d'or gigantesque, aux ailes éployées, de dix mètres d'envergure. Elle tenait dans une de ses serres le laurier, syiûbole de la gloire , et l'épée de la France, et dans l'autre le drapeau national décoré de la croix de la Légion d'honneur, sur lequel étaient inscrits les numéros et les noms des régiments qui l'avaient obtenue. Au sommet de chaque colonne ou pilier était posé un blason impérial avec le manteau d'hermine, le sceptre et la main de justice en sautoir. Une circonstance touchante, qui se rattachait à ce monument improvisé, ne doit pas être passée sous silence ; il était fait tout entier par les artistes du Cirque ; l'un d'eux avait donné le dessin de l'élévation, un autre avait modelé l'aigle, un troisième avait peint les blasons ; chacun avait voulu coopérer de ses mains à l'œuvre générale^ témoignage de sympathie pour

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notre brave armée. Le portique était combiné de manière à pouvoir être splendidement illuminé. Le soir des cordons de feu en accusaient les lignes, et trois grands lustres, éclairés en verres de couleur, pendaient de la clef de voûte des arcades et en remplissaient le vide par des girandoles étincelantes.

Des aigles dorées, des écussons aux chiffres de l'empereur et de l'impératrice décoraient la façade du cirque Napoléon.

Le long des boulevards , à des mâts peints et dorés, plantés de distance en distance, flottaient des banderoUes aux couleurs nationales et se trouvaient suspendus des faisceaux de drapeaux tricolores ayant pour centre un disque à fond vert ou bleu, alternativement historié d'un N ou d'un E couronné. Des mâts plus hauts et d'ijne ornementation plus riche se dressaient aux angles de chacune des rues qui viennent couper la ligne du boulevard.

Au boulevard du Temple deux colonnes cannelées supportaient le chiffre impérial placé au centre d'un trophée d'armes et des cartouches contenant des noms de victoires.

Deux grands mâts formant colonnes , ornés de faisceaux, de boucliers et d'inscriptions, étaient placés de chaque côté du boulevard à la hauteur du théâtre de la Porte-Saint-Martin,

Les fenêtres des maisons et les maisons elles-mêmes jusqu'aux toits étaient pavoisées de drapeaux. Partout se lisait le chiffre impérial dans des cercles d'or ou de feuillage. Devant le Gymnase des mâts vénitiens splendidement

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ornés soutenaient, sur un câble tendu d'un côté du boulevard à l'autre, un grand panonceau de velours pourpre avec ces mots : A l'Empereur! à l'Armée d'Italie !

La façade du théâtre des Variétés était décorée d'une Victoire offrant des couronnes, de drapeaux tricolores , de trophées d'armes, de guirlandes et d'écussons.

A l'angle de l'Opéra-Comique une colonne or et blanc^ ornée de lauriers d'or et de drapeaux, reproduisait sur des cartouches les noms glorieux des victoires remportées par l'armée d'Italie.

Des transparents, des étendards, des courtines en riches étoffes, des guirlandes, des banderolles revêtaient du haut en bas les façades des maisons et des hôtels.

Au milieu de la chaussée , dans l'axe de la rue de la Paix, un monument dessiné par M. Baltard attirait les yeux. La guerre avait fourni à l'architecte un glorieux et nouvel ordre : des canons autrichiens plantés debout formaient les colonnes d'un large socle portant sur des marches de granit. D'autres canons posés de champ, et présentant tour à tour leur culasse et leur gueule gorgée de boulets, composaient entre les fûts de bronze une ornementation héroïque. Un cartouche contenait ce mot significatif : — Villafranca^ — écrit en lettres d'or. — Sur une des faces du socle on lisait : — Palestro^ 3® zouaves^ un canon; — Magenta^ 45® de ligne ^ un drapeau; 2® zouai^es, un drapeau; 3* grenadiers garde impériale^ un canon. Sur l'autre face étaient burinées les inscriptions suivantes : — Solférino, cliasseurs à pied garde impériale^ un drapeau; 76* de ligne , un drapeau; vol" (igeurs garde impériale, treize canons. — i**" corps: camlerie, quatre canons; V corps ^ 2* division^ deux

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canons; 2® de ligne ^ un canon; 55' de ligne^ un cûmn.

Sur ce socle posait une large plinthe de granit rouge, comme toutes les parties solides du monument , servant de support au siège, ep hémicycle, où était assise la statue de la Paix couronnée d'olivier, tenant d'une main un glaive au fourreau et de l'autre le traité de Villafranca. La statue, de M. G)rtot, était en marbre bktnc; l'épée, la couronne et le traité étaient dorés. Aux pieds de la Paix se couchait un grand lion de bronze, symbole de la modération dans la force. Deux aigles d'or battaient des ailes de chaque côté du siège ; des lauriers dorés s'en* trelaçaient sur cette plinthe. Autour du monument on avait improvisé un jardin ; des gazons et des fleurs en encadraient la base.

L'entrée de la rue de la Paix était marquée par deux obélisques de granit gris et rouge.

A l'endroit oii la rue de la Paix débouche dans la place Vendôme quatre groupes de colonnes formaient une espèce de portique triomphal. Ces colonnes , de grande proportion, avaient des socles de marbre blant? veiné ; une gaîne richement ornementée et dorée les enveloppait jusqu'au tiers de leur hauteur ; le reste du fût était en marbre rouge antique cannelé et surmonté d'un chapiteau corinthien. Chacune de ces colonnes, au nombre dehuit, couplées deux par deux, servait de piédestal à une statue de la Victoire^ les bras étendus et offrant des couronnes de chaque main. Ces Victoires, entièrement dorées, d'une grande fierté de tournure, étaient de M. Diébolt. A chaque colonne on voyait suspendu un grand bouclier de bronze au chiffre impérial, derrière lequel se croisaient une branche de laurier et une palme nouées par une ban-

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delelte tricolore, dont les bouts retombaient avec une gra-> cieuse symétrie.

La même décoration avec tojuSkSès détails était répétée à Tautre entrée de la place Vendôme par la rue CastigKoiie. i . Dans la place méme^ des courtines de velours cramoisi, avec N, abeilles et crépines d'or^, drapaient les balcoas de tous les étages. Rattc^ch^s à des mâts peints et <lorés d'où pendaient des oriflammes ^ des guirbndes de feuiU lages marquaient et ornaient k ligne des toits. Â la pointe des frontons un trophée de drafieaux tricolores ; à deux angles des aigles dorées ; entre chaque mansarde un médaillon au chiffre impérial complétaient la décoration de la place.

La tribune occupée par l'impératrice, devant rhotel du garde des sceaux, était supportée par iun avant-corps d'architecture d'ordre tosean orne de trophées dans des oidhes ; des hampes dorées soutenaient lin vélarium rayé de poui^re et d'or. Une riche tenture avec &isceaux de drapeaux aux couleurs nationales revêtaitlefond. Une draperie de velours tramoîsi relevée par des câbles d'or^ ornée du blaison et du chiffre impérial, retombait ^ur le hialcon. : Autour de Is^ place^ dont ils laissaient le milieu Ubre, s'étageaient en gradins de vastes amphithéâtres' capa*blés dei contenir 1^,000 spectateurs. Ainsi dispiosée, ayant au centre cette magnifique cdbnne'Trajaœ faite du bronze ennemi et surmontée de l'image radieosé de Tilapoléon^ la place .Vendôme. avait l'air d'un cirque romain un jour de triomphe. :

Des hampes dorées avec flammes tricolores étiaient plantées autour de k colonne. Aux quatre. angles du sodé on avait suspendu des guirlandes ayant pour point

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de dépariées Gouronnes dé lauriers d'or passées au cou des aigles. La grille qui entourait la colonne était chargée de festons, de couronnes et de bouquets d'immortelles.

Paris, du reste, n'avait pas attendu le jour de l'en* trée solennelle pour exprimer ^a sympathie aux héros de Magenta et de Solférino; il envahissait le camp de Saint-Maur dans sa curiosité et son admiration naïves^ se faisant raconter par les soldats, narrateurs modestes et complaisants, qui n'oublient qu'eux-mêmes, les rapides exploits de la dernière campagne.

Sur tout le parcours du défilé l'af&uence était incalculable ; de la barrière du Trône à la place Vendôme les chaussées latérales étaient encombrées de monde. Sur les échafaudages, aux fenêtres, aux balcons, jusque sur les toits , entre les cheminées , fourmillaient les têtes avides de voir. Le faîte des maisons semhiait aussi peuplé que la rue. Des spectateurs intrépides, faute de meilleure place, restaient plongés dans le bassin du Château«d'Eau, trempés jusqu'à la ceinture.

A l'heurç prescrite, quoique matinale et malgré la difficulté de circuler en voiture , les gradins des amphithéâtres élevés place Yendôme étaient couverts d'une foule immense, parée et choisie, qui regrettait de ne pouvoir courir au-devant des troupes jusqu'à la Bastille, où l'empereur était allé se mettre à leur tête.

Des tribunes spéciales, promptement remplies, avaient été réservées pour les maisons de Ijcurs Majestés, le corps diplomatique , le sénat , le corps législatif, le conseil municipal delà Seine.

Saluée d'une acclamation universelle, la voiture de l'impératrice traversa la place. Sa Majesté s'assit, avec le

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prince impérial en uniforme des grenadiers de la garde^ à la tribune élevée pour elle.

Bientôt les* cent-gardes, avec timbales et trompettes , apparurent entre les colonnes surmontées de Victoires d'or, précédant de quelques pas l'empereur, monté sur un magnifique cheval alezan. Les cris de : Fwe V empereur ! parlaient de tous les gradins; les mouchoirs s'agitaient ainsi que les chapeaux ; tout le monde restait debout et découvert.

Après un peloton de guides, dont le kolback était devenu roux à l'ardent soleil d'Italie, arrivèrent les blessés des différents corps assez avî^ncés en convalescence pour supporter les fatigues du triomphe ; grenadiers, voltigeurs, soldats de ligne, zouaves , tirailleurs algériens , chaque ré* giment avait fourni son contingent. Eux aussi pouvaient dire^ comme Jeanne d'Arc en parlant de son drapeau : V Puisqu'il a été à la peine, il est juste qu'il soit à l'honneur. » Ils s'avançaient, pâlis sous le haie, parla souffrance, éclopés, cicatrisés, manchots, s'appuyantsur le bâton, mais tendant la jambe, cherchant à marquer le rhythme , avec •un stoïcisme tout militaire, souriant naïvement à la foulequi les acclamait , étonnés de leur succès, comme si l'héroïsme 'était la chose du monde la plus naturelle. Plus heureux ^ue, les autres, ils avaient reçu pour la France une de ces nobles blessures qui embellissent le soldat ; leurs mains mutilées pouvaient à peine tenir les couronnes , les bouquets, les palmes , les guirlandes que le peuple enthou- •fiiasmé jetait sur leur passage.

Trois aumôniers précédaient le groupe des blessés.

Le: défilé des troupes s'acheva dans l'ordre prescrit. La musique de chaque régiment se massait au pied de la

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colonne et jouait pendant qu'il défilait, jusqu a oecpxleUe: fût remplacée par la musique d'un autre corps. En pas* sant devant l'empereur les régiments de la garde lui re«* mettaient leurs drapeaux; plusieurs de ces drapeaux,, comme du reste ceux des autres troupes, troués de balles, criblés de mitraille, noirs de poudre, décolorés, n'étaient plus que des lambeaux sublimes; ils étaient salués par les plus vifs applaudissements. La ligne, cette troupe coura* geuse et modeste, le peuple de Tarmée, était l'objet des plus touchantes ovations. On accueillait avec une bruyante sympathie les zouaves à la martiale désinvolture, à l'uniforme pittoresque ; l'on souriait en voyant leur chien, qu'ils s'étaient amusés, en grands enfants, à parer de fleurs, et sur lequel ils avaient planté un petit guidon tricolore. L'artillerie de chaque corps , dans sa mâle et sévère tenue , passait avec ses canons festonnés de guirlandes; parfois un œillet, une rose enelouaient gracieusement la lumière.

Les tirailleurs algériens, ces anciens ennemis de la France, qui maintenant combattent pour elle, marchaient derrière trois aumôniers qu'ils respectaient malgré la différ rence de religion. Leur costume oriental bleu de ciel, soutaché de jaune, leurs types, qui résument toutes les races du nord de l'Afrique, depuis le nègre jusqu'à l'Arabe, en passant par toutes les nuances , inspiraient une bienveil»lante curiosité. Sur leurs guidons figuraient le croissant de l'islam et la main ouverte, préservatif du mauvais œil encore sculpté à la clef de voûte de la première porte del'Alhambra.

Après la garde on vit paraître les quatre drapeaux pris aux Autrichiens, glorieux trophées de la campagne, en

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assea mauvais ëtat, à Texception d'un seul prescpie neuf; ils tëmoignaient d'une lutte acharnée. Un chasseur à pied de la garde, accompagné de deux soldats, portait le premier ; des soldats du i^% du 3* et du 4* corps portaient les trois autres. Les drapeaux forent présentés à Tempereur et remis à un ceni*garde.

Les quarante canons enlevés aux Autrichien^ venaieott ensuite ; on avait conservé leur mode d'attelage.

Le maréchal Regnaud de Saint-Jean-d'Angély, commandant la^arde, ouvrait la marche, au milieu des cris les plus enthousiastes, des acclamations les plus chaleureuses, qui ne se ralentissaient pas pendant tout le défilé, dans l'ordre suivant : le i*' corps, commandé par S. Exe. le maréchal Baraguey d'Hilliers ; le 3* corps, par S. Exe. le duc de Magenta ; le 3® corps, par S. Exe. le maréchal Niel.

Toutes les troupes, acclamées à leur passage, portaient des bouquets, des^ branches de laurier dans le canon de leurs fusils. Leur marche du camp à Is^ place Vendôme ne (ut qu'une longue ovation.

On nous pardonnera d'avoir consigné ici, trop minutieusement peut-être, ces détails empruntés aux historiographes officiels; ils. ont au moins le mérite de rappeler le souvenir d'une pompe nationale dont Paris tout entier fut témoin et à laquelle chacun de nous se trouva fier d'être associé. Ce jour-là tous les cœurs s'ouvraient aU£ espérances de la paix et rêvai^it la reconstitution de l'Italie selon la pensée de Yillafranca. On ne tarda pas à voir disparaître cette glorieuse illusion et à comprendre que les épreuves de l'Italie allaient recommencer sous une autre forme; ce ne fîit pas la faute de la France.

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