CHAPITRE UI
Boîte du régne de Napoléon UI. — Annexion de la lianlîeue. — Noi»vciDe oneenite. — Grands Iravttaz. — PrenSers mperfUM des trant. delà viUe.
En 1859 une loi consacra plus de cent millions à de vastes travaux destinés à ouvrir de nouvdies rues et de nouveaux boulevards; ces projets^ dont rachèvemeol exigera de longues années d'efforts et de sacrifices, au^*' ront pour résultat, lorsqu'ils seront terminés, de mettre en communication, par de nouvelles et larges voies, les quartiers du centre avec les extrémités de la capitale , et de doter Paris de plusieurs grandes routes stratégiques trè»utiles au double point de vue de la circulation et de la défense intérieure.
. En cette même année un décret impérial, qui ne tarda pas à être confirmé par une loi, doubla la surface de Paris en réunissant à cette immense ville tous les territoires des communes de la banlieue qui se trouvaient enclavées entre les fortifications et le mur d'octroi. A dater de ce jour une ëre nouvelle allait commencer pour la capitale de la France. Ije i" janvier 1860 Paris absorba onze grandes communes du département de h Sein^, paruiii lesquelles il s'en- trouvait plusieurs qui comptaient irpnte ou quarante mille habitants; cqs comnjiunes fièrent A^teuîJ, Passy, BatignoUes-Monceaux, Montmartre, la Chapelle ^ la Villette, Belleville^ Charoane, Bercy , Vaugirard et Grenelle. On adjoignit eDçope à Paris des sections consi-
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dërables détachées de Neuilly, des Prés-Saint-Gervais, de Sàint-Mandé, d'Ivry, de Gentilly * et de Montrouge, et des parcelles plus ou moins importantes enlevées aux communes de Clichy , Saînt-Ouen, Aubervillers, Pantin, Bagnolet, Issy et Vanves. Ainsi agrandie, la capitale fut divisée en vingt arrondissements, subdivisés à leur tour en quatre-vingts quartiers. Son périmètre , qui embrassait seulement 3,^88 hectares, en comprit dès lors 7,088 (plus du double), et sa population, en y comprenant celle de la nouvelle banlieue, qu'on appelle le département de la Seine, atteignit bientôt le chiffre de près de deux millions d'âmes. Ajoutons que le bois de Boulogne fait désormais partie de la ville.
Et ici qu'on nous permette de reproduire quelques détails rétrospectifs et des considérations générales empruntées aux sources officielles, en vue de bien faire comprendre à nos lecteurs l'importance de la nouvelle mesure et les précédents historiques de cette transformation de la grande cité.
En t84ï, lorsqu'on résolut de protéger Paris contre toute chance d'agression extérieure par une fortification continue, tout le monde pensa que les groupes d'habi^ tations déjà considérables qui se pressaient autour du mur d'octroi, bien qu'ayant une administration municipale distincte, n'en feraient pas moins partie intégrante de l'agglomération parisienne.
Rien n'eût été plus facile, plus opportun peut-être, que d'effectuer du même coup la réunion en une seule commune de tous les territoires enfermés dans la ligne des fortifications. Le bons sens public ne comprenait pas qu'une ville eût deux murailles, et qu'au sein d'une
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même population il existât à la fois divers régimes admi* nistratifs et financiers.
Mais les intérêts qui s'étaient fondés sur cette diversité dans les communes suburbaines s^agitèrent; le gouvernement, attaqué par les partis au sujet de la fortification même^ et le parlement, affaibli par les divisions intestines^ s'entendirent pour dégager la grande affaire de la défense nationale de toute difficulté relativement secondaire, et l'organisation définitive du nouveau Paris fut ajournée. Un article de la loi du 3 avril i84i régla que Toctroi de Paris, c'est-à-dire l'administration parisienne, dont l'octroi est l'expression, parce qu'il est la source de sa richesse, ne pourrait être reporté aux fortifications qu'en vertu d'une loi spéciale/
La construction d'une nouvelle enceinte impliquait toutefois si clairement la destruction d^ l'ancienne, l'an-» nexion à Paris des communes comprises entre les deux lignes semblait sortir comme une conséquence si naturelle, si directe de la loi des fortifications, que, un délai de vingt années ayant été demandé à la chambre des Députés, l'amendement souleva des exclamations et fut rejeté sans débat.
Cependant chaque année, en s'écoulant, ajoutait aux difficultés de l'annexion.
En 1 806 les territoires compris dans la zone suburbaine ne contenaient en tout que 13,227 âmes. En 1841^ lors de l'adoption du projet des fortifications de Paris, la population était de 11 4^3 1 5 habitants. En 1 856 elle s'élevait à 361,596.
Montmartre y figurait pour 36,ooo.
Batignolles, sur des terrains qui étiaiént encore en
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culture il y a trente ans, représentait im diifïre de 44)000 •
BelleviUe ep comptait 58,ooo.
La Villette, la Chapelle, Passy, Grenelle, etc., avaient suivi, dans leur développement, une progression ëquiva* lente.
C'étaient là des groupes d'habitations considérables, su* périeurspar leur population à la plupart des villes diefe* lieux des départements de l'empire.
Mais, quand on examinait{les ijioses de près, on reconnaissait promptement qu'on ne les pouvait comparer aux cités importantes avec lesquelles, si Ton s'arrête au chiffre delà population, elles pouvaient rivaliser ; que, loin de pou* voir être considérées comme des. villes, elles manquaient du principe constitutif detouteadministrationcommunaie, une existence indépendante , et qu'avec une organi^tion municipale distincte elles n'étaient en fait et en réalité ^ue d'intenses faubourgs de la cité qui leur avait dbnné naissance. Tous leurs intérêts gravitaient vers Parisi.
Que seraient-elles devenues, en effet, séparées du tronc qui les soutenait et les nourrissait? Où étaient leurs monuments publics, leurs établissements militaires, leurs tribunaux, leurs prisons etc., etc.? Tout ce qu'une ville isolée est obligée de construire et d'entretenir, n'eét^ce pas dans les murs de Paris qu^elles le trouvaient? N'estce pas là qu'étaient les intérêts d'affaires, ks. occupation^ de toute sorte, et jusqu'aux délassements les plus haMtuels de leur population ?
Les communes issues de Paris s'étaient d'abord, groupées auprès des barrières, puis étendues le long des routes impériales, où les habitations se pressaient maintenant
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sans aucun intervalle. Plus tard les maisons s'étaient ëta« blies sqr les chemins vicinaux, mais en cherchant toujours les communications les moins diffiâles avec la barrière de Paris la plus voisine. On n'avait bâti ^ d'une barrière à l'autre, le long du boulevard extérieur et au delà, que faute de meilleurs emplacements, et alors on l'avait &it sans autre règle que la convenance de chacun , sans le moindre souci de ce qui pouvait exister de l'autre coté de l'obstacle infranchissable du mur d'octroi.
De même chaque commune, en grandissant, avait très* peu songé à combiner ses percements avec ceux des com* munes voisines. Toutes ayant leurs tendances vers Paris^ elles avaient concentré leurs efforts dans la direction des barrières qui leur étaient respectivement ouvertes, et elles en avaient peu Ëiit pour se relier entre elles. Cependant déjà elles se touchaient^ elles se confondaient, et de leur juxtaposition résultait un informe assemblage de belles rues sans but, de ruelles et d'impasses immondes, de quartiers modernes plus ou moins bien dessinés, de groupes d'habitations entassés sans ordre et de lacunes impraticables.
Quelle dépense ne fallait-il pas désormais s'imposer pour régulariser convenablement la zone qui entourait la ville? Mais l'entreprise serait devenue tout à fait ina* bordable pour peu qu'on eût laissé se développer sans règle le mouvement prodigieux de constructions signalé dans cette zone depuis quelques années.
Insistons pour faire bien comprendre les embarras de cette situation. Les plus étranges inégalités de conditions résultaient souvent de la diversité des juridictions administratives pour les habitants de localités contiguës, quoique les intérêts fussent identiques, les habitudes uni*-
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formes, et qu'ils pussent se considérer comme du même quartier. Le pavage, les trottoirs , leségouts ne se prolongeaient d'une commune à l'autre^ quelquefois du côté droit au côté gauche d'une même rue, qu'au moyen de négociations compliquées. Les distributions d'eau et de gaz, très-incomplétement assurées partout, l'étaient en gé« ncral d'une façon différente. La répartition des contribu-» tions n'était point assise sur des évaluations de revenu oucfe loyers absolument conformes, et l'égalité proportionnelle des cotisations, si parfaite entre tous les points de Paris, était loin d'exister avec la même précision entre les maisons voisines qui appartenaient à deux communes subur* baines. Évidemment un seul moyen existait d'échapper à ces tiraillements et de sauvegarder les intérêts de l'avenir ; c'était de réunir sous la même administration tout ce qu'enfermait le mur des fortifications.
11 était une raison plus grave encore de hâier l'an* nexion.
La surface de Paris, si l'on en retranchait le lit de la Seine, était alors de 3,a88 hectares ; la population qui la couvrait, de 1,174^346 habitants. Depuis sa dernière organisation la police de Paris était faite par 3,260 agents environ, en comptant le personnel auxiliaire. La ville était divisée en îlots que surveillaient jour et nuit des sergents de ville, à Tinstar des 6,600 constables de Londres. Paris avait donc environ un surveillant par hectare superficiel et pour 36o habitants. ^
Or la surface alors comprise entre le mur d'octroi et les fortifications, déduction faite du sol occupé par la route stratégique et la fortification même, était de 3, 800 hectares; sa population était de 35i, 189 habitants. Dans
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cette vaste zone ia police ne comptait que 68 agents , brigadiers ou appariteurs, faisant fonctions de sergents de ville et d'inspecteurs de police.. C'était un agent par 56 hectares environ et pour 5,i65 habitants! Or comment , avec un personnel si restreint, exercer une surveillance e& fîcace? Et cependant aucun point de la France n'appelait une police plus vigilante et plus ferme. ÏjB. population, en majeure partie mobile, se recrutait, tantôt des ouvriers de la province et de l'étranger, tantôt de ceux qui refluaient de l'intérieur de Paris , et au milieu de cette foule qui vit le jour dans Paris et la nuit dehors, qui passait incessamment d'une commune à l'autre, se dispersait et se renouvelait sans cesse, venaient se cacher naturellement les existences douteuses et les industries suspectes.
La plupart des communes, frappées de l'inefficacité de la- police, avaient adressé à l'autorité publique des récla* mations pressantes, soit par l'intermédiaire des magistrats municipaux, soit sous la forme de pétitions. Elles déclaraient que l'absence de ressources financières les ré* duisait à l'impuissance de remédier elles-mêmes à une situation intolérable. De quelle autre raison était-il besoin pour justifier le projet de rattacher les populations, dont on ne pouvait plus garantir la sécurité , à une orga* nisation plus sérieuse et plus forte ?
La principale objection que rencontrait la mesure projetée était empruntée à la différence existant entre les taxes perçues aux barrières de Paris et celles auxquelles était assujettie la zone suburbaine.
Il est impossible assurément de méconnaître que nombre de personnes avaient fondé sur cette différence dans les perceptions de l'octroi le calcul de leur vie. Une masse
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d^ouvrîcrs et' de petits employés cherdiaiént <lans la ban« lieue une existence économique et du travail, et, même en face.des intérêts généraux les plus élevés^ cette considération ne pouvait être négligée, car c'eut été oublier la sol* licitude paternelle du gouvernement pour les classes laborieuses.
Mais il ne fallait pas s'exagérer la difficulté.
Quand on rapprochait du chifïre de la population recensée dans Paris en i856, le montant des droits de toute espèce perçus aux barrières pendant la même année, on trouvait une moyenne de 53 fr. 08 c. par individu , tandis que le montant des droits indirects de toute nature perçus, également en i856, dans la zone comprise entre le mur d'octroi et l'enceinte fortifiée, divisé par la population de cette zone, ne donnait que 28 fr. 81 c, d'où il semblait naturel de conclure que, toutes choses égales d'ailleurs, l'annexion à Paris des territoires qu'elle embrassait devait &ire supporter à chaque habitant, du chef des droits indirects, une surcharge de ^4 &• 27 c.
Cette conséquence, mathématiquement exacte^ avait pour base un raisonnement eironé.
La moyenne de 2S fr. 81 c, qui représentait bien pour la zone comprise entre les deux enceintes le produit des taxes portant sur des consommations personnelles, se composait, pour 2^ fr. 89 c, de droits d'entrée, de consommation, de circulation, de licence et de détail, prélevés au profit du Trésor sur les boissons, et, pour 6 fv. 4îi c. seulement, de droits d'octroi perçus par les communes à peu près exclusivement sur les boissons et sur la viande.
Il en était autrement du chiffre de 53 fr. 08 c. appK-
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cable à Paris; c^lui-ci st compose, pour i4 fr. 1 1 c, de droits d*eiitrëe recueillis par le Trésor sur les boissons, et de 38 fr. 97 c. de droits d*octroi perçus par la ville.
' Or ^ de cette dernière somme on retranchait les taxes afférentes :
i^ Aux matériaux de construction ; a® A la houille consommée dans les usines; 3* Aux objets qu'emploie l'industrie ; 4^ Aux fourrages, dont la dépense est inconnue dans les petits méaàges ;
5^ Aux objets de consommation de luxe, tels que truffes, pâtés de foie^ gibier, volaille et poissons de choix, huîtres, ^lace^ a rafraîchir, etc., toutes choses qui ne sont pas à la portfe dés ouvriers, artisans, employés et petits rentiers delà banlieue, c'est-à-dire de la classe qui excite à si juste titre la préoccupation de l'empereur, la différence «ntre l'habitant de Paris et celui de la zone suburbaine n'était plus que de 1 1 fr. 67 c.
A Pàm le principal delà contribution foncière n'est grevé d*aucune adjonction de centimes communaux extraordinaires, et dans la banlieue il en supportait de notables. Dans'la plupart des communes, en effet, la contribution foncière, comme les autres contributions directes^ était frappée de 3o centimes extraordinaires; dans plusieurs la surcharge s'élevait à 4o centimes et au delà. Or qui ne sait que l'impôt direct est pour la population pauvre le plus lourd et le plus importun des impôts ? La même classe qui paye sans effort sa part des 60 millions que rapporte l'octroi ne peut fournir son contingent dans Icar 7 millions qui forment l'impôt personnel et mobilier
l6o HISTOIRE DE PARIS. (tS&MW)
de Paris; le trésor municipal ea acquitte annuellement une portion notable.
Ces résultats proMventassez que, loin de causer un pré* judice aux existences modestes dont s'est peuplée la banlieue^ l'annexion tendait à diminuer les charges qui les grevaient.
Une autre préoccupation réclamait un examen sérieux. On paraissait craindre qu'en perdant leur individualité les communes suburbaines ne fussent sacrifiées, et qu'entraînées dans le mouvement qui emportait Tédilité parisienne leurs finances ne fussent absorbées par des tra* vaux dont la banlieue ne pouvait attendre un avantage actuel.
Or, un fait qui ne pouvait être contesté, c'est que, malgré le zèle et l'initiative intelligente des administrations locales, la plupart des services communaux de la zone suburbaine étaient incomplètement dotés. En dehors des routes impériales et départementales la voie publique est mal pavée, souvent pas du tout. Couverte de fange en temps d'humidité, de poussière en temps de sécheresse , eUe accusait l'absence de toute organisation régulière du balayage et surtout de l'arrosage publics. L'eau circulait sous quelques rues seulement dans des tuyaux de petit diamètre qui , après avoir desservi des concessions particulières, ne dispensaient qu'un filet avare aux orifices d'assainissement ou d'incendie. Le gaz se montrait à peine le long des principales voies et laissait dans une obscurité dangereuse les ruelles et les impasses. Les églises les plus nécessaires ne s'élevaient que par des moyens héroïques ou demeuraient éternellement en projet. Les écoles manquaient , l'assistance publique était aux abois.
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Ëh ! sait^oQ ce qu'il en pouvait coûter à la ville de Paris pouï* étendre aux sfervices dès territoii^s annexés; sou régime et ses avantages ?
Des calculs faits avec la plus scrupuleuse exactitude établissent que la dépense annuelle, y compris l'intérêt des dettes que la ville devait prendre à sa charge, ne pou* vait être inférieure à i2,35o,ooo fr. Or les accroissements de recettes, en supposant que la plus-value future de l'octroi ne laissât pas de mécompte, s'élèveraient à 12^4^1^571 fr., c'est-à*dire que la recette et la dépense ordinaires se balanceraient à 60,000 fr. près , et que, pour l'exécution des travaux extraordinaires que réclamait la zone annexée, c'était avec la dotation des travaux publics de Paris qu'on y pourvoirait.
Ce n'était donc pas en vue d'aJTTcrter aux ressources de la ville de Paris que l'annexion était proposée; elle n'aurait pas ce résultat. La ville de Paris d'ailleurs n'avait nul^ besoin de recourir à la conquête des contribuables de la banlieue pour accomplir ses obligations; ses finances n'avaient pas d'insuffisance à couvrir. Si une objection sérieuse contre l'annexion pouvait s'élever quelque part , ce devait être au sein du conseil municipal de Paris.
Mais ce conseil ne pouvait ignorer que, sk la mesure était ajournée, le mal s'aggraverait ; les constructions se multiplieraient sans règle fixe et le dédale existant deviendrait inextricable ; la surveillance faisant défaut au milieu de populations mobiles, agglomérées sans lien administratif puissant, les moeurs et les idées se pervertiraient ; un danger pour l'ordre public en sortirait peutêtre, et la capitale de la France serait comme assiégée
H1ST. DB PABIS. — T. V. il
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par des masses flottantes n'appartenant , à proprement parler, nia Paris^ ni à la provinee. Il fallait donc que la ville de Paris., en étendant la ferme et bienfaisante organisation de ses services sur cette zone \ is^empàrât de ràvehir, qu'elle le réglât; qu'elle écrivît sur là sol, par un bon système de v oirlfe, son UQÎté, sa grandeur, sa force; qu'elle assurât, par une bolme police, rorià^e, la tranquillité, la prospérité à ses nouvfiàuk et à- ifes future administrés. ' ' M' V'
Plusieurs personnes se préoccupaietît? d'ailléCrrs à juste titre du sort des usines de la banlieue- qui consommaient la]houille et des entrepôts privés qui y étaiietit affectés au commerce en gros des matières et des deivréès assujetties dans Paris au droit d'octr4>i( Il n'jétàit pais douteux que, du jour où le tarif parisien leiur $ëràit appKlqtié , les frais de febricatf on mi d'exploitation s'auguiènteraient. Afeîs tous lies tempéraments dèvaiei^t être apportés dauâ Fexécutioti^ de l'acte>du gouveràeïnèbt ^ ansst lég^hne que néeessaire, dont l'empereur avait luiiméme ' ékidié lés conditions , et, afin que l'annexion ne vînt sUrptendre inopinément aucun intérêt privé, on devait accorder des délais, des méiiagemlents, des facilités de tout genre, permettant aux établissements divers qui existaient aux abords de Paris de s'asseoir^ sa^s tsecomse,- daiis les conditions nouvelles^ ou de chercher aillQCrrs,'saû8 pré^ eipitàtion, un régime tnoins onéreux/ .
Jja limite exlérteure de Paris allait dés^ormais enve^ ltippi3r:U(»i«seulef}ien%.]es ouvrages dont -se je<${npostnt la ligne fotlti^éè, ikâië kneofe^h^^tcmé ^^î^i^Urë^^skèM^ jrittie: à la sërvittfde militaire.^ Cette 'dî|pc«îtioii étîaltf analogue à celle qui fiiit prise en 17% Ws die la ^bàsti^UcS'
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tjon du mur d^octroi. Indépendamment du chemin de ronde intérieur, large de 6 toi^s^ on comprit alors dans le territoire de Paris un boulevard extérieur d'une largeur de 1 5 t(»ses ; on institua , en outre^ une servitude prohibitive de toute construction nouvelle dans un rayon de 5o toises ; on voulait rendre plus facile et plus sûre la sur* veillance de l'octroi (ordonnance du bureau des finances du i6 janvier 1789, décret du 6 juin 1790, décret du 1 1 janvier i(}o8 ) ; mais on commit la faute de ne point porter les limites de Paris jusqu'à l'extrémité de cette zone de servitude ; aussi la prohibition ne fut point observée, et, par la concession, la connivence ou l'oubli des administrations du dehors , les maisons particulières se pressèrent de toutes parts vers Paris et ne respectèrent que l'alignement du boulevard placé sous la juridiction parisienne. La blinde de terrain séparant les constructions de la ville des constructions extérieures, qui devait avoir une largeur totale de 71 toises (environ 142 mètres), fiit réduite à 21 toises (un peu moins de 43 mètres). L'extension qui fut faite, en iSSg, du territoire de Paris jusqu'à l'extrême limite de la zone militaire, en réservant à une autorité plus élevée, plus ferme, la délivrance des autorisations de construire, dut avoir pour effet d'assurer le service de l'octroi et de venir en aide aux officiers du génie pour le maintien des servitudes défensives. La ville allait être ainsi entourée d'une zone inaccessible aux constructions privées, large en tout de 870 mètres, en y comprenant les fortifications et la route militaire intérieure. Les exploitations fondées sur l'exemption des droite d'octroi se trouveraient ainsi tenues à une distance assez considérable de Paris, et la reconstruction de nouveaux fàu-
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bourgs extérieurs, au détriment des territoires annexés, serait rendue plus diffîcile*
En résumé, que Tannexion des communes suburbaines n la ville de Paris dût s'effectuer tôt ou tard, personne ne le contestait ; c'était une nécessité qui pénétrait les esprits les moins clairvoyants. Or l'opération devait-elle être plus facile dans un an, dans deux ans^ dans dix ans? Était-ce une de ces questions dont le temps prépare et assure lasolution? Loin.de là, chaque année qui s'écoulait, chaque mois, ciiaque jour, pour ainsi dire, aggravait et compliquait les embarras. Des intérêts nouveaux se créaient, les établissements se multipliaient^ la population s'accroissait avec une effrayante rapidité. Elle était en i856 de 35 i,ooo habitants, elle devait être d'un million dix ans plus tard,.et alors la mesure ne serait plus possible. Pourquoi donc différer, et, par un sentiment de pusillanimité, rejeter les conseils de la prudence? C'était une faute de remettre au lendemain les mesures quand l'intérêt du pays les réclamait. Ces considérations prévalurent, et l'annexion fut consommée.
Le i3 août i86x Tempereur inaugura en grande pompe le boulevard Malesherbes , dont la création se rattachait au vaste ensemble de travaux utiles accomplis sous le règne de Napoléon IIL
Ce jour-là Tempereur arriva en voiture découverte par la rue de Rivoli et la rue Royale à l'entrée du nouveau boulevard, dont une brillante décoration rehaussait l'aspect grandiose. Partout une foule pressée occupait les abords de la voie, tandis que des milliers de curieux avaient pris place aux croisées et presque sur les toits des m^isoqs voisines. A droite de la chaussée la garde na-
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tionale de Paris et à gauche la garde impériale formaient la haie. Au delà du point culminant du boulevard la haie était faite par la troupe de ligne.
Le préfet , accompagné du secrétaire général de la préfecture de la Seine et ayant à ses côtés le préfet de police^M. Dumas, sénateur, président du conseil municipal, MM. Ferdinand Barrot, sénateur, et Chaix d'Estange, procureur général, vice-présidents du conseil municipal, M. Langlois, conseiller d'État, secrétaire, prononça le discours suivant :
« SlKB,
Le boulevard Malesherbes, que Votre Majesté daigne inaugurer, a été décrété une première fois en 1808. L'empereur Napoléon P' n'attribuait pas seulement à cette voie magistrale, dont le projet est contemporain du plan de la Madeleine, le mérite de répéter dlune manière exactement symétrique, à droite du monument, la ligne des boulevards intérieurs qui vient y aboutir à gauche, et de donner un débouché normal à des quartiers perdus au delà d'un dédale de rues étroites, sur les escarpements des coteaux qui limitaient alors Paris. Ce merveilleux génie, à qui rien n* échappait^ avait aussi compris qu'une large communication, dirigée vers le point le moins élevé de l'obstacle, à douze mètres environ plus bas que la place de l'Étoile, était appelée indubitablement à une importance commerciale de premier ordre. En effet , au delà de ce seuil, aujourd'hui si facile à franchir, et dans le prolongement même du nouveau boulevard que nous venons d'y percer, on retrouve la Seine, ramenée vers Pari» après un long détour, et à une distance si peu considé-
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rable que la plage d'Asoières, située à i6 kilomètres au^ dessous du port de Grenelle,, ne va- pas être désormais plus éloignée que celui-ci de la place de la Madeleine, et deviendra, selon toute apparence, pour Tapprovisionneraent des quartiers de la rive droite en provenances de la basse Seine, un utile auxiliaire du bassin de la YiHette;
« Chargée par Votre Majesté, dès 1 854, de reprendre le programme de l'empereur Napoléon I", l'administra^tion municipale de Paris à considéré une pente aussi faible que possible comme la condition essentieUe de la voie projetée, et c'est pour cela que le tracé primitif a été légèrement dévié entre la rue de la Pépinière et Tancien boulevard extérieur, et qu'on n'a pas reculé devant la nécessité d'énormes déblais et de raccordements laborieux pour établir la chaussée suivant une inclinaison uniforme (17 millimètres par mètre seulem^it).
« Toutefois, de la place de la Madeleine à la rue de la Pépinière» d'autres difficultés bien autrement sérieuses nous attendaient. Là on voyait encore, en 18:29, ^^ vastes terrains, libres de toute construction, sur lesquels il eût été facile de réaliser à peu de^^ frais ou tout au moins de ménager l'exécution du plan de i8q8. Par quelle singulière préoccupation méconnut-on alors l'importance capitale d'un tel projet? Je ne saurais le dire. Toujours est-il qu'à dater de cette époque furent édifiées les dix-sept belles maisons des rues de la YiHe-l'Évéque, de la Made« leinè, Lavoisier et Rumfort, que nous avons dû exproprier à grands frais, et dont on nous reproche si amèrement la démolition alors qu'il serait plus juste de s'en prendre à ceux qui les ont imprudemment laissé construire 1
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« Quoi qu'il en soit, en ajoutant à ces 17 maisons a2 anciennes constructions plus ou moins importantes que le tracé du boulevard a renversées, entre la place de la Madeleine et la rue de la Pépinière, et 45 masures qui eustaient entre cette rue et Vancien boulevard extérieur, on trouve un total de 84 habitations pour expression^ du sacrifice qu'a imposé à la population de Paris l'ouverture d'un bouleyardde i,55o mètres de long sur 34 mètres de large, dont le prolongement à travers la vaste plaine de Monceaux jusqu'à la porte de l'enceinte fortifiée, oii commence la route d'Asnières, n'a pas moins de 1^270 mètres* de parcours et n'a coûté que la démolition d'une douzaine de constructions misérables.
« Or les maisons nouvelles^ en cours d'exécution ou en projet , qui borderont avant la fin de l'année prochaine les deux cotés du boulevard dans l'ancien Paris, sont au nombre de 1 14> et il est impossible de prévoir combien iii. pourra s'en élever sur les immenses terrain^ qui bordeot les rues transversales et qui sont demeurés inutiles jusqu'à ce jour^ faute d'issues. Quant à la plaine de Monceaux, ce n'est pas un quartier nouveau , c'est une ville entière qui s'y fonde, et nul ne saurait en calculer le développement.
a En effets s'il a fallu plus d'un demi-siècle pour mettre en évidence la grandeur de la conception de 1 808, il n'e$t personne ajujourd'bui que ne frappe le rapprochement qui vient d'être subitement opéré entre des points que la difficulté seule des communications tenait éloignes jusqu'à présent les uns des autres. L'emplacement de l'église Saint-Augustin n'est pas plus distant de la Madeloinç que le pont dç )a Concorde ou l'entrée
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de la rue de ia Chaussée- d'Antin; la grille du parc de Monceaux, que le rond-point des Champs-Elysées ou l'entrée du faubourg Montmartre ; enfin , la place où se termine le prolongement du boulevard Malesherbes près de l'enceinte fortifiée , que l'entrée de l'avenue de l'Impératrice ou la porte Saint-Martin.
« Le percement de la rue de Rivoli, entre la place du Louvre et l'hôtel de ville, sur un parcours de 940 mètres et une largeur réduite de 22 mètres, a fait disparaître 23o maisons et n'a donné lieu qu'à 89 reconstructions. L'ouverture du boulevard de Sébastopol entre la place du Châtelet et le boulevard Saint-Denis, sur un parcours de 1 ,400 mètres et une largeur de 3o mètres, a enlevé 458 jnaisons et n'en a fait reccmstruire que 204. Personne aujourd'hui, cependant, ne regrette ces opérations ; chacun sait, en effet, que toute voie de grande circulation, indépendamment des édifices qui . s'élèvent sur ses bords, fait surgir des milliers d'habitations dans les quartiers extrêmes qu'elle dessert. Les grands travaux commencés en i853 dans le centre de la ville ont nécessité, en huit ans, 2,494 démolitions, mais ils ont provoqué 17,821 reconstructions ou constructions nouvelles.
a Néanmoins, après avoir fait exécuter à travers le vieux Paris les grands percements qu'il était impérieusement nécessaire d'y entreprendre sans retard. Votre Majesté a permis que l'administration municipale concentrât ses efforts sur les portions du plan général d'améliorations dû à votre féconde initiative qui devaient exiger de moins douloureux sacrifices. C'est dans cet esprit qu'a été conçu le système de travaux sanctionné par la loi du 28 mai r858, et dont le boulevard Malesherbes est le