‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 23 sur 96 · LIVR£ XX. CHAPITRE IIX · texte numérisé non relu

LIVR£ XX. CHAPITRE IIX

premier résuhat. Gependant, chose étrange ! cette entreprise a été le point de mire des déclamations les plus ardentes !

oc Lorsque des populations industrieuses et commerçantes ont été profondément troublées dans leurs intérêts par l'ouverture de la rue de Rivoli et du boulevard de Sebastopol, elles ont subi, avec respect pour Futilité publique régulièrement déclarée et sans vains murmures contre l'autorité qui en était l'organe, les déplacements les plus pénibles, et cette année^ lorsqu'il a fallu, non plus bouleverser des ateliers et des magasins, dont la clientèle et la prospérité tiennent souvent à une situation donnée, mais seulement déranger les habitudes de personnes favorisées de la fortune , pour lesquelles un changement de domicile n'est qu'un ennui passager, nous avons dû subir des violences de langage sans exemple!

« On conçoit que ces personnes, peu familiarisées avec les dures nécessités que les devoirs de la vie réservent à d'autres, aient éprouvé, en matière d'expropriation, une surprise désagréable de la règle démocratique de l'égalité de tous devant la loi; mais que leurs doléances aient trouvé des' échos passionnés parmi ceux qui se pi*étendent libéraux par excellence, c'est un fait que l'intention systématique de contredii'e tous les actes de l'administration suffit à peine à expliquer. ,

« Avant un an l'ouverture du boulevard du Prince- Eugène, sur un parcours de 3,5oo mètres, de la place du Château-d^Eau à la place du Trône, et le règlement de l'esplanade de i,6oo mètres de long sur 60 mètres de large qui remplace déjà le canal Saint-Martin, de la rue de la Tour à la Bastille , auront produit une transfor-

lyO .HISTOIRE P£ PARIS.. (18524865)

mation noii'moios radicale clés espaces iacoramensura* blés qui éUti^iit. naguère, ^oore à Tétat de culture ma** raîchère, au nord-est de la ville, que le boulevard Malesberbas de la plaine de Monceaux. Nous aurions été en me^re de livrer aussi dès à présent ces. grandes artères à la circulation si nouis n'avions craint de troubler les plaisirs des classes laborieuses en démolissant ks théâtres qu'elles préfèrent ava^t la reconstruction de nouvelles salles.

<c Sur la rive gauche, le prolongement du boulevard de Sébastppol^ l'ouverture du boulevard Saint^Marcel et le percement des lignes projetées des deux côtés de la montagne Sainte^Geneviève, dans la direction de cette vallée de la Bièvre qui est tout à la fois inabordable et insalubre, doivent causer aussi une révolution complète, qui s'annonce déjà par la construction du nouveau quartier Bollin.

« Plus à roue$t le prolongement de l'avenue àe L^atour-Maubourg et l'ouverture du boulevard de l'Aima feront cesser l'isolement actuel des terrains situés derrière les Invalides et l'École militaire , en les reliant directement aux Champs-Elysées, et appelleront de ce coté encore le mouvement et la vie , tandis qu'en face les percements projetés dans Chaillot et l'achèvement des avenues rayonnant autour de la place de l'Étoile compléteront le JVest ^/lûf du Paris nouveau.

c Ainsi, dans toutes les directions, la population exubérante de Paris trouvera bientôt des quartiers neufs, aussi vastes que beaucoup de villes, et pourra se répartir entre eux selon ses besoins et ses goûts; car la spéculation, qui possède à merveille l'intelligence de ses intérêts.

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cessera certainement d'élever des maisons de. luxe dès qu'il sera vrai que la ville ea^ renferme a^sez,

ce Au reste, il s'en faut bien qu'aujour4'hui elle coa^struise exclusivement pour les classes. ri^^hes^ cominq on Taffirine avec tant d'assurance. Satfô doute, dur les tet*^ rains de haut prix bordant les grande^ vpies de circulation que chacun fréquente^^on ne voit guère que de^ çonstructioi^s . de. cet ordre^ et cela se comprend facile* ment; mais il n'en est pas de même partout. ,]\ifi4heureu*o sèment on l'ignore, parce que ceux qui font l'opinion , ceux qui parlent ou qui écrivent, ne vont pas beaucoup plus que le beau monde, dans les quartiers^ où se trouvent les habitations destinées aux classes laborieuses.

ce 9,023 logements nouveaux ont été, je ue dis pa$ seulement achevés, mais encore occupés, pendant l'année 1 860, et sont devenus passibles de la contribution mo-^ bilière. Or, si l'on compare les rôles de 1861, qîi ils figurent, et ceux de 1860, oii ils n'étaient pas, encore, on trouve que, d'une année à l'autre, les diverses catégories de contribuables se sont accrues de la manière suivant^ : on a taxé G71 logements de plus daiïs celle de i,5oo fr, de loyer et au-dessus; 33ç dans celle 'de 1,000 à i,5oo francs; i,o3o dans celle de 5oQ à 1,000 fr., et 6,370 dans celle de aSo à Soofr. On a complètement exonéré, d'ailleurs, de toute contribution, 197^2 logements ,de plus que par le passé, comme ne payant qu un loyer in* férieurà 25o fr.

tf Ces chiffres sont, je le sais, de nature à contrarier bien des partis pris; mais ils spnt irrécusaUes, et ils dé* montrent avec évidence que l'on bâtit encore plus à Paris pour les classes peu aisées que pour le;» autres..

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« En vain prétendrait-on que les accroissements de nombre constatés dans chaque catégorie de contribuables peuvent provenir de l'élévation des loyers, qui aurait fait monter, de catégorie certains logements. Comme le total d'aucune classe n'a diminué, l'argument irait contre son but ; car, plus on voudrait que le mouvement ascensionnel eût été considérable , plus on devrait admettre que la production des petits logements eût été grande, au bas de l'échelle.

a II faudra bien qu'on finisse par avouer que les grands travaux de Paris, loin d'avoir causé la cherté des loyers dont on se plaint^ ont eu et ont incessamment pour effet de la tempérer, autant que possible, en excitant la construction sur une foule de nouveaux points, et en provoquant peu à peu une concurrence qui ne peut manquer de tourner finalement à l'avantage des locataires.

« Au reste renchérissement des loyers n'est pas un fait propre à Paris; il est général en France, et doit être attribué, dès lors, à des causes communes qu'il ne m'appartient pas de rechercher, et non à des circonstances particulières dont l'administration municipale de Paris soit responsable. S'il coïncide ici avec un prodigieux accroissement de population (près de 5oo,ooo âmes en dix ans !), il faut même se féliciter qu'il n'y ait pas été groportionnellement beaucoup plus grave que sur certains autres points de l'empire.

(c Une autre accusation non moins injuste est adressée avec non moins de persévérance aux grands travaux de Paris : c'est celle de ruiner la ville! A en croire certaines personnes, dont la presse étrangère reproduit avec complaisance les assertions, nous en se-

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nous déjà aux expédients pour faire (ace à nos engage- « ments à mesure qu'ils deviennent exigibles. — Il est aisé, fort heureusement, de dissiper ces calomnies.

« Les dépenses des grands travaux de Paris sont Pobjet d'une comptabilité spéciale. On y fait face au moyen de ressources de crédit limitées annuellement par la loi de finances, et remboursées graduellement au moyen de la réalisation des prix de revente de terrains et de matériaux, des subventions dues par l'État, et, enfin , des prélèvements opérés sur les revenus de la ville dans la mesure (les besoins. La comptabilité spéciale, dont le bilan n^nsuel se contrôle aux ministères de l'intériein:* et des finances ) est soumise tous les ans au Corps législatif, en même temps que la situation des travaux, et il y a deux mois à peine que cette assemblée, par l'organe de sa commission du budget, se déclarait pleinement satisfaite de Tune et de l'autre justification

(c Votre Majesté excusera les détails dans lesquels j'ai cru nécessaire d'entrer devant elle sur la bonne, situation financière de la ville. C'est notre honneur de l'avoir maintenue intacte jusqu'à ce jour, en poursuivant tout à la fois l'accompHssement des nombreuses et importantes améliorations que réclament les divers services publics et l'exécution des vastes plans conçus par l'empereur pour l'assainissement, l'embellissement et l'agrandissement de sa capitale; nous saurons la sauvegarder efficacement dans l'avenir comme dans le passé. Plus nous sommes certains que l'histoire, qui jugera les choses de notre époque avec justice, tiendra cette transformation de Paris pour l'un des actes les plus mémorables du présent règne ^ plus nous mettrons de vigilance à ne donner aux détrac-

leurs de -Sa Majesté aucun prétexte pour Taccaser d'avoir sacrifie la fortune de la Ville à Téclat de sa gloire.

« Dans l'ancienne Rome les grands travaux d'édilitë ont, de toot temps, été comptés au nombre des titres les plus importants des chefs de l'État, rois, consuls et empereurs, à la reconnaissance publique ; les deux principales charges d'édile avaient rang parmi les magistratures eurules ; la préfecture urbaine, création des anciens rois, rétablie par l'empereur Auguste, était une dignité réservée aux personnages consulaires, et l'éloge suprême qu'on a décerné au neveu de César est d'avoir embelli le siège de l'empire : Urberrij neque pro majestate imperii orna^

tam^ excoluit adeo ut jure sit gloriatus

marmormm se relinquere quam lateritiam ajccepisset.

a Sire , nos descendants , ,qui recueilleront les fruits de la constante sollicitude de Vôtre Majesté pour tout ce qui se rapporte à l'édilité parisienne, constateront que, chez 'nous aussi, le neveu de César à renouvelé la ville impériale, mais surtout afin d'accroître le bien-être de ses sujets, et que , par sa persévérance dans cette laborieuse entreprise, au milieu des soucis du gouvernement d'un grand peuple. Votre Majesté a bien mérité de son temps et de la postérité. »

Nous avons dû reproduire ce discours ; les détails statistiques qu'il renferme sont précieux pour l'histoire de Paris et nous permettent d'apprécier en pleiiie connaissance de cause les diverses phases de la transformation de cette grande capitale.

" Ij^emperèur avait inauguré en grande phmpè' le "boulevard Malesherbès, l'une des grandes 'àrtërés^ déf Pans , qui, d'une extrémité à l'autre, partage les quartiers du

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nord-ouest. Le 7 décembre iSGi^t; Sa.Maje^ié procéda à la même cérémonie à l'occasion d'une ailtre voie non moins belle et plus utile encore aux intérêts parisiens; nous Tdulons parier du houleçafd dw Pritice^Eujgkne. Ce jour-là donc un immense appareil de fête fut déployé sous les yéux des habitants. La garde nationale formait la haie des deu^ cotés du nouveau boulevard, depuis l'arc de triomphe élevé à son point de raccordement avec le boulevard du Temple jusqu'à son interaction avec l'élégante promenade établie sur la voûte du catial Saint-» Martin, et qui portera le nom de boulevard Richard'^ Lenoir. La haie était prolongée, à partir de ce dernier point jusqu'à la place du Trône , du côté droit par l'infanterie de la garde impériale, et du côté gauche par les troupes à pied du i*' corps d'armée. Indépendamment des troupes formant la haie, des dcputations des anciens soldats du premier empire, de la garde nationale et des divers corps del'ariiiée, étaient réunies sur la place du Trône , en avant de la colonnade.

L'empereur ftit reçu à l'entrée du boulevard du Frince- Eugène par S. £xc. le maréchal * Magnan, commandant en chef les troupes réunies, et par le général marc^iiis de lîawœstine, commandant les gardes nationales de la Seine. A ce moment le triplo vélum semé d'abeilles d'or qui masquait l'entrée de la voie ftitcécarté pour livrer passage au cortège impérial. Sa Majesté pafc'couriit toute l'étendue du boulevard, en passant devant le front des troupes, et s'arrêta sur la place du Trône devant la tente élevée pouf la cérémonie, et bù sé trouvaient' téiïnis les ministres et lé' ôonseil mutiicipail de Pai^s , ayant à sa tête le préfet de lia Seine et lepréfet de policei

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Plus. de dix mille personnes occupaient le portique circulaire. La majeure partie de l'assistance se composait d'habitants et d'ouvriers du quartier. Deux élégantes estrades placées à l'entrée du boulevard avaient reçujes enfants des écoles de l'arrondissement. Une autre estrade était réservée aux jeunes orphelines de la maison Eugène^ Napoléon. Au delà du portique une foule innombrable couvrait les abords de la place.

Des acclamations unanimes, des cris enthousiastes de Vwe V Empereur ! partis de tous les points et de la garde nationale, et de la troupe^ et des rangs des spectateurs, saluèrent l'arrivée de Sa Majesté. L'empereur mit pied à terre, ainsi que les maréchaux et les officiers de sa maison. Quelques instants après une nouvelle explosion d'enthousiasme accueillait l'arrivée de l'impératrice. Leurs Ma* jestés prirent place sous la tente.

Le préfet de la Seine prononça alors cet autre discours, résumant une fois de plus un mouvement et des progrès dont les détails seraient trop promptement oubliés si l'histoire n'en conservait pas le souvenir inscrit dans les annales du municipe.

ce Le premier plan de la voie magistrale dont Votre Majesté daigne faire aujourd'hui l'inauguration date de plus de neuf années; c'est en septembre i853y à Dieppe, que je le plaçai sous ses yeux. Dès cette époque, où la rue de Rivoli était à peine ouverte du Louvre à l'hôtel de ville , oîi le boulevard de Sébastopol et le boulevard Malesherbes étaient encore en projet^ comme tant d'autres qui ont été successivement livrés à la circulation, l'empereur se préoccupait des moyens de provoquer la formation de nouveaux quartiers» Il voulait assurer d'à-

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