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à Vincennes il faut traverser des espaces qu'on ne peut abréger qu'en prenant la voie de fer, à moins qu'on ne veuille se fatiguer par une longue et interminable course dont la Bastille, la barrière du Trône et Saint-Mandé sont les étapes successives. Pour bien jouir des magnificence^ du Bois de Boulogne il faut être l'un des privilégiés de la fortune, avoir beaucoup de loisirs, et ne ménager ni son temps, ni ses chevaux. On ne se promène aux Champs-Elysées et aux Tuileries qu'en toilette de ville ou pour être vu; les étudiants, trop nombreux, vous gâtent un peu le Luxembourg , et les vieux soldats qui peuplent les Invalides attirent autour d'eux une de ces multitudes peu ennemies des casernes dont les vertueux citadins redoutent le contact. Par bonheur il est d'autres promenades dont le Parisien aime les sentiers et qui réjouissent les vieillards et les enfants. Dans la plupart des quartiers de Paris ^'administration , bien dirigée par Tempereur, a établi de petits jardins carrés qu'on désigne sous la dénomination aLUg]a\se de squares ; ce sont des centres de végétation et d'ombre qui assainissent la capitale et lui servent d'embellissements.
Autrefois il n'existait dans Paris d'autres squares que le jardin du Palais-Royal et l'intérieur de la place Royale; de nos jours on a successivement doté la ville du square du Temple^ vaste et mélancolique emplacement dont les vieux arbres ont abrité Marie-Antoinette et dont le nom rappelle les plus douloureux souvenirs ; les familles d'ouvriers, les femmes endimanchées et les jolis enfants qui se promènent le long de ces gazons ne se doutent pas même des calamités dont ce jardin fut autrefois le théâtre. Non loin de là les populations laborieuses du quartier Saint-
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Martin hantent le square des Ârt^-et-Métiers. A mesure qu'on s'avance vers le centrede Paris on rencontre d'autres promenades du même ordre, etTon admire particulièrement le square de la tour SaintJacques et celui jdes //^nocents^ le square de la place Louvois , celui de la place MorUkolon^ celui de la. place Saint e^Clotilde^ et plusieurs autres dont la mention serait peut-^être trop longue.
Le moins spacieux de ces squares, celui des Innocents, s'étend sur la portion de l'ancien marché de ce. nom comprise entre la rue Saint^Denis et la rue desHailçs prolongée ; il comprend une surface de près de 2,000 mètres carrés. Le centre est occupé par l'ancienne fontaine du marché, dont le déplacement a été rendu nécessaire par les dispositions adoptées pour les abords des Halles centrales. Ce square, entouré d'une belle grille en fer forgé, sera pourvu de massifs d'arbus(esetde fleurs^ de pelouses, de grands arbres isolés et de bancs, comme celui du Temple, La partie capitale est Xa fontaine des Innocents , œuvre de Pierre Lescot et de Jean Goujon^ et que. nous avons déjà décrite en racontant les annales de Paris sous la Renaissance.
La fontaine des Innocents, comme on Ta vu plus haut, n'occupait pasautrefpis remplacement où elle a^été transportée en des temps plus modernes. En. lui assignant une autre place, en l'entourant d'une décoration nouvelle, on a dû procéder avec beaucoup de ménagemciats., pour ne compromettre en rien ce gracieux souvenir d'une autre époque et pour lui conserver son caractère artistique.
Un soubassement en forme de piédestal,, . réduit à la hauteur exacte de celui de l'andeaAe fontaine des.JH^O)-
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phes, supporte la partie haute du monument, seule due à Pierre Lescot et Jean Goujon L'effet d'eau supérieur a été rétabli , et une série de vasques adossées au piédestal sur chacune des quatre faces conduit Teau des cascades jusqu'au bassin inférieur creusé dans la pelouse centrale du square.
En ce qui concerne la partie supérieure du monument qu'il s'agissait de conserver précieusement, les profils, chapiteaux, frises et ornements de toute nature, moulés avec un soin religieux, ont été reproduits dans la construction nouvelle , qui a été faite en pierre dure et en état de résister aux détériorations du temps aussi bien qu'à l'usure incesssante résultant du jeu des eaux.
La copie s'est donc bornée à la partie purement ornementale du monument. Quant aux sculptures, les six Naïades et les trois bas-reliefs de l'attique, seuls dus au ciseau de Jean fcoujon, la bonne qualité de la pierre a permis de les déposer avec toutes les précautions possibles, et l'œuvre originale du maître elle-même revit sur le nouveau monument. Les sujets de celles des qua très faces qui ne sont pas de Jean Goujon ont éié seuls sculptés à nouveau.
Tous ces travaux ont été exécutés sous la direction de M. Alphand, le chef habik du service des promenades et des plantations de la ville de Paris.
Le square Loavois^ dont Pétendue est un peu moins restreinte que celle du square des Innocents , existe en face de la Bibliothèque impériale et sur le coté gauche de la rue Richelieu.
Sous Louis XlV le fameux Louvois occupait un hôtel bâti sur le même emplacement ; en 1 784 l'un de ses des-
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cendants, le marquis de Louvois, en aliéna une partie pour le percement de la rue qui a pris son nom ; le reste fut démoli pendant la Terreur , et un théâtre , bâti par Louis pour la troupe de la fameuse Montansier, en prit la place. Pendant plus d'un an Ton y joua les plus furieuses sans^ciilottides; puis, ce genre hideux ayant cessé de faire fortune, l'Opéra vint le remplacer. On l'appelait alors le théâtre des Arts, Il resta là depuis 1794 jusqu'au i3 février 1820, c'est-à-dire jusqu'au jour de l'assassinat du duc de Berry par Louvel. Depuis longtemps déjà le voisinage de la Bibliothèque, pour laquelle il semblait être une continuelle menace d'incendie, avait fait demander son déplacement , qui était même résolu ; mais Dieu sait quand on serait passé du projet à l'exécution. Le crime de Louvel, commis près de la porte qui donnait sur la rue Rameau^ en décida. Maudit désormais, le théâtre ne rouvrit plus; il fut rasé, et Ton s'occupa d'élever à la place un monument à la mémoire de l'auguste victime. Les vdix ans qui s'écoulèrent depuis l'assassinat jusqu'au mois de juillet i83o ne suffirent pas pour la complète maturité de cette idée expiatoire. Quand la révolution arriva le monument n'était encore qu'ébauché , et on ne le termina point. Aujourd'hui une fontaine lavant de ses eaux jaillissantes la place ensanglantée semble seule y rappeler une pensée de purification.
Elle a été élevée en i835, d'après les dessins de M. Visconti, à qui l'on devait déjà alors la jolie fontaine de\sL place Gaillon, L'aspect en est on ne peut plus gracieux, les formes charmantes et d'une proportion parfaite. Des enfants à cheval sur des dauphins, et adossés à une sorte de piédestal quadrangulaire, qui soutiennent une