‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 39 sur 96 · SM865) LIVRE XXI. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

SM865) LIVRE XXI. CHAPITRE I

large vasque, composent le premier groupe au-dessus du bassin. Un autre surmonte la vasque et semble s'en élancer ; ce sont les nymphes de quatre de nos principaux fleuves, la Garonne, la Seine^ la Saône j la Loire j se pressant, comme les trois Charités de Germain Pilon, autour d*un fût qu'une seconde vasque couronne. Un vase est au sommet, ayant pour faces quatre masques énormes de la bouche desquels l'eau s'élance en jets abondants dans la vasque inférieure, d'où elle retombe par vingt ouvertures dans la plus grande, et de là dans le bassin de pierre. Ce monument a quelque chose de svelte et d'agile que ses grandes dimensions ne semblaient pas permettre, et qui ajoute d'une façon charmante à l'effet de l'ensemble. Les artistes de la Renaissance italienne n'eussent pas fait mieux; il paraît, du reste, que Visconti, pour les égaler plus sûrement, s'est inspiré de l'un de leurs plus gracieux dessins. Klagman a donné le modèle des grandes figures, toutes quatre d'un bon style et parfaitement en harmonie avec le caractère de l'architecture. Elles sont de fonte, métal économique dont il faut ici regretter l'emploi. Quand une figure appelle l'immortalité par la grâce de ses formes, elle mérite bien qu'on lui consacre une matière précieuse et impérissable. Il est vrai qu'ainsi faite de fonte et de pierre, au lieu de marbre et de bronze, la fontaine Louvois n'a pas coûté plus de 88,000 francs. Pour bien des gens ce sera un argument sans ré-> plique(i).

Quant au square Louvois, le désir de conserver les arbres existant aujourd'hui et l'espace occupé par la belle

(t) M. Edouard Fourniefi Promenade dans Paris*

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fontaine de Visconti ont fait adopter les dispositions suivantes.

Une balustrade basse en ler forge' , d'un modèle élégant,' accompagnée d'une plate-bande d'arbustes à feuilles persistantes ( rhododendrons , kalmîas et mahoniers ), forme la principale décoration du square et lui sert de clôture. Cette balustrade s'aligne dans le prolongement des rues latérales sur trois faces; dans la rue de Richelieu elle est placée à 1 5 mètres de la façade de la Bibliothèque impériale.

Les deux lignes d'arbres qui s'étendent de .chaque coté de la fontaine ont été maintenues ; les arbres placés en façade sur la rue Richelieu ont été enlevés, et ceux qui se trouvaient du côté de la rue Lulli ont été transplantés circulairement pour former un rideau de verdure autour de la fontaine. Une pelouse avec bordure de lierre, dont le centre est occupé par la grande vasque du monument , quatre massifs de rhododendrons de premier choix et des bancs à dossier du modèle de ceux du bois de Boulogne, complètent la nouvelle décoration de la place Louvois et du square.

Lorsqu'en i853 on entreprit de prolonger la rue de Rivoli jusqu'aux abords de la Bastille, les démolisseurs rencontrèrent près de leur chemin un magnifique débris de Tancien Paris ; nous voulons parler de la tour Saint- Jacques. Ils eurent ordre de respecter ce monument, de le restaurer, de le consolider, et de créer tout à l'entour le square dont nous avons fait mention. Et ici qu'on nous permette quelques détails rétrospectifs.

Déjà paroissiale au commencement du douzième siècle, l'église de Sainte Jacques de la Boucherie présentait ,

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dans les derniers temps de son existence, .uh'assemblage décottStroctions oh. chacun des siècles suivants , du treizième au seizième, avait marqué son passage. Les parties lèspliis i*écëntes appartenaient encore au style gothique , mais à celui de la période la plus extrême; «Iles s'étaient âcvéés dans les premières années du règne de François V^. LVglise était riche eh tombeaux et en monuments de sculpture ; on en a recueilli de nombreux débris dans le cours des travaux de nivellement delà rue de Rivoli, qui traverse une partie de Tancien emplacement de la nef. Ces fragments ont été déposés au nausée de Cluny, avec de belles bases de colonnes du treizième siècle qui se sont retrouvées encore en place'. L'édifice fut aliéné, en 1797, par Tadministration du doitiaine national , et complètement démoli peu dé temps après, à la seule exception de la tour qui accompagnait lé portail. Notre gravure reproduit l'ensemble de la façade occidentale , avec la tour placée à l'angle sud-ouedi, Sainû-Jacyues de la Boucherie a feu son historien, l'abbé 'Villain, membre dd'clergé de la paroisse, qui publia^ en 1 758, le résultat de ses recherches dans les archives locales. C'est par hii que nous satonsla* date précisé et jusqu'au prix des matériaux de cette belle tour si heureusement conservée. Commencée sous le règne de Louis Xll, en î5o8, elle ne fut terminée qu'au bout de quatorze années, en i Saa. Dans les premiers temps de la construction, en 1 5 1 o^ la pierre de liaisemployée coûtait 20 sous le chariot et le moellon 20 deniers. La maind'oÈluvre «tait payée» à raison de i4 sous parisis la toise. Le tailleur d'images Rault, qui sculpta la figure colossale de Saint- Jacques leMajeur, debout au sommet de la tour, avec celles de Taigle , du fion et du bœuf symboliques,

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reçut 20 livres tournois pour les avoir faites et mises en place. La statue de Saint-Jacques fut précipitée sur le pavé par les révolutionnaires; on a eu soin de la rétablir et de restaurer les grands animaux posés sur les autres angles de la balustrade.

Un marché de friperie , appelé la cour du Commerce^ occupa longtemps le sol devenu libre après la destruction de l'église. Une fabrique de plomb de chasse s'installa dans Tétage le plus élevé de la tour. Enfin cette tour fut mise en vente par la succession de son dernier propriétaire, en i83d, au moment où la faveur publique revenait aux monuments du moyen âge, délaissés depuis tajit d'années. L'administration municipale s'en rendit adjudicataire au prix de 260,000 francs. Par un bonheur inespéré, la tour Saint-Jacques ne s'est trouvée sur aucun de ces alignements inflexibles que rien ne peut faire dévier. Elle continuera de dominer le vieux Paris, au milieu duquel sa structure élégante et fine forme la perspective la plus pittoresque. Sa plate-forme atteint une hauteur d'environ i5o pieds. On y monte par 291 degrés, et de là, comme le dit Sauvai, en promenant ses regards sur la ville, on voit la distribution et le cours de toutes les rues, comme les veines dans le corps humain.

Au lieu du labyrinthe que formait jadis, autour de ce monument , un amas inextricable de vieilles rues et de masures, M. l'ingénieur Alphand a disposé à sa base un square de deux arpents environ, où le magnolia à grandes feuilles, le tilleul argenté et les sapins du Canada, le criptoméria du Japon, le cèdre de l'Himalaya viennent, par les soins de l'habile jardinier, M. Masson, se marier dans les massifs, sur le bord de^ larges allées sablées^ à l'arau-

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caria du Brésil, au pin de T Autriche, "et aux chênes verts de TAlgérie. La haute pyramide gothique semble ainsi s*ëlancer du milieu d'une touffe immense de feuillage , qui ajoute à ce qu'elle a de gracieux et jette je ne sais quel charme de fraîche perspective sur ce point si important de la grande ville, où viennent se confondre, à deux pas de la Seine, la ligne du boulevard de Sébastopol et celle die la rue de Rivoli. Le hasard a fait là ce qu'avec les plans les mieux combinés on n'eût peut-être pas obtenu pour donner à cette tour sa merveilleuse position. C'est le palladium de l'ancienne ville, resté debout pour la^rappeler au milieu des splendeurs de la nouvelle ; au sein du Paris reconstruit, c'est le Panthéon du Paris disparu. Dans les réparations qui, en rajeunissant la tour Saint-Jacques, l'ont faite ce qu'elle est aujourd'hui, l'on a mis un tel art, un tel soin, une telle entente, du sentiment historique, que tout, jusqu'à la moindre pierre, jusqu'à la moindre figure, y est un souvenir. Cette statue de Pascal due à M. Cavelier, et que l'on voit sous la voûte du rez-de-chaussée de la tour, rappelle Içs expériences barométriques que le grand homme fit au sommet en i653. La plupart des dix-neuf statues placées dans les niches extérieures ont aussi leur signification. Celle de saint Louis , roi de France, sculptée par M. Dan tan aîné , est un hommage au patron des bouchers, dont la puissante confrérie trônait dans cette paroisse de Saint- Jacques la Boucherie, depuis V Apport-Paris et la rue de la Lanterne , qui lui servait de tuerie , jusqu'à \ Archet'SainUMerry et jusqu'à la rue des Lombards. Le saint Georges de M, Protat rappelle la confrérie des armuriers et des haumiers, dont l'industrie faisait

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tapage à deux pas de cette tour^ dans la rue de la Uaur merie, démolie en 1 855 , de même que la statue de saint Jean-Baptiste, parM. Gordier, fait penser aux couteliers^ qu'il avait sous son patronage ; corporation nombreuse qui pullula pei^dant des siècles dans l'une des rues du dédale renversé pour faire place à Vai^enue Victoria^ entre le Châtelet et l'hôtel de ville. Le saint Michel de* M. Froget est un souvenir intelligent de la confrérie des aumussiers, dont il était le patron, et qui- peuplait quelques-unes des rues voisines , notamment celle des Lombards, que cette population de gens de couture fit appeler pendant quelque temps rue de la Pour pointeriez Enfin saint Jean l'Évangéliste^ sculpté par M. Diéboldt, est mis là comme étant le patron des peintres et des marchands de couleurs, dont le nombre est encore si grand de ce coté, dans la rue de la Ferrerie^ dans la rue Saint-Bon^ h,. rue des BilletteSj etc.

!Nous mettons le pied sur la Motte aux Papelards^ appelée plus tard le Terrain j puis jardin de VArck^r i>êché. C'est aujourd'hui un square charmant , dont les ombrages égayent de leur fraîcheur le chevet de la vieille Notre-Dame. A.u milieu s'élève une fontaine , façon gothique ^ qui voudrait bien passer pour ancienne , en dépit des jeunes arbres , ses contemporains , tandis qu'auprès , sur la droite, tout un quartier, réellement vieux, s'efforce de devenir neuf. C'est l'ancien cloître où^ peadant le seizième siècle, il était de mode de chercher une retraite, où logèrent de Thou , Pontchartrain , 3oileau , Ménage , Marmontel , et, bien avant eux , où avait logé Fulbert ( i),

(i) M. Edouard Fournier, Promenade dans Paris^

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