‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 47 sur 96 · HUT. DE PAM8. — T · texte numérisé non relu

HUT. DE PAM8. — T

:a74 HISTOIRE de paris. [îssua»

celle qu'avait démolie le marteau rëvolutioimaLre. Elle fut élevëe à rextrémitë orientale de l'ëglise, et, afin de se procurer l'emplacement convenable, on eut la regrettable idée de détruire quelques constructions en harmonie avec le reste de l'édifice, pour leur substituer vne chapelle d'architecture romane du plus mauvais goût.

En résumé^ après tant de vicissitudiçs diverses, Féglise de Saint-Germain des Prés a environ cçnt ai.ètres de Iongeur sur environ vingt-trois mètres de largeur. On y arrive^ à l'occident, en passant sous la grande tour mérovingienne qui fiit épargnée, en 1822, lorsque l'on, sup-^ prima les deux autres clochers. Un porche', dans le style encore à la mode sous le règne de Henri lY, précède la porte ancienne, qui, jusqu'en 17.93, fut ornée de statues du douzième siècle. Un bas-relief représentant, la G^e^t quelques chapiteaux mutilés sont les seul$ restes de son ancienne ornementation. Lorsqu'on a franchi la partie, inférieure du clocher, on eptre dans la nef principale^ séparée des collatéraux par des. arcades en, {Jein cintre <pd sputi^nnent des chapiteaux dont le style appartient à la péripde romane; au delà s'élèyentles tra^ept^ et lessanc-* tuaire, dans lesquels la présence de l'arc aigu caractérise l'architecture du douzième siècle. Toute cette partie de l'église est ^c;lairé,e pairde g|?ande$ fenêtres jen^/OgfiVf , geir-» ni^s de vitraux modernes, à travers lesquels passjS.up jour myst.érieux. Vers, je mijUeu du sanctuaire se :^roi(ye «ui|e petite galçrie décorée de çplonnettes 4^: marbre etide* chapiteajya yariép; plus l^as s!élèvent les.gran^ ^rp$<4u. rpud-poin^ dont; les fpr^, piliers et les riches, §culpt:mw s'allient heijirçjLij^çn^ent. avec la peinture des Q^urs veiti*cai^x. Derrière cette colonnade la circttlati$a s'établit ,pfir

une galerie qui conduit aux chapelles du ptartour, qui tonte^V àl^etceptîon^de la chapelle de la Vierge, osuvre dVrt fort médiocre et peu en harmome avec le reste de l'édifice, sont ornées de faisceaux de colonnettes, de chapiteaux et de fenêtres du douzième siècle.

La ville dé Paris, fièrede posséder un sîheau déinris de rarchitectuk^éduinoyenâge, justement indignée des altérations qu'on lui a tant de fois fait subir, a récemment ordonne une restauration complète, intelligente et sa* vante de cçt édifice. Cette iHission a été confiée à des artistes habiles,' qui ont dignement répondu aux espérances des savants et des archéologues chrétiens. M. Victor Baltard, architecte^ a remplacé par des diapiteaux dans le style de la nef tous ceux qUi, en i644r Avaient été placés sur les hauts piliet*s pour supporter . les nervures de Ja voûte^ paitôut ailleurs ona'est attaché' à restituer au monument' son caractère primitif si longtemps méconnu.

Si maintenant,) interrompant notre course artistique commencée à l'intérieur de l'église Saint-Germain- des Prés, nous nous reportons pouti un iKioment au dehors, nous y trouverons'de nouveauxsiqets d'étude.

Certes tout a bien changé autour de c^te église depuis 1 789, et les générations éteintes, si elles reparaissaient de nos - jbwt^y ne '■ récbniiaîtraient ^ plus bien leur route alors qiâf'elles ^e dirigeraient vers* l»tdurhybridei et ma»sâve qiié nous- avons déjà décrites, et qui signale: de 1^ à nés regards l^églfee de Saint^Germaiù des. Prés- > . j .

Il iiè^^èste' que peu èe v^tiges dé cèttà àbbaye^i qui aVait dies privilèges pfresque royaux: et qui était comme itei château fort ayant ji^idictiou sûr les quartiers- vKwiins duPi^-ëuxl-^GIén^ fet sUi*'le feubôurg Sabt^Germain.'Ellè

H'jQ HISTOIRE DE PARIS. (185M889)

était ceinte àe murailles flanquées de tours. La principale entrée était située à Test, vers remplacement oîi fut plus tard construite la prison militaire de l'Abbaye, et qui, de nos jours, est à peine occupé par des barraques de planches servant de café et de bazar provisoires, en attendant que la rue de Rennes soit prolongée sur cet espace et se croise avec le boulevard Saint-Grermain. Une entrée moins fréquentée s'ouvrait dans la rue Saint-Benoît; on la nommait porte Papale; elle était flanquée de deux tours rondes, et ou y arrivait au moyen d'unpont-levis. Vers l'endroit où la rue de Furstemberg aboutit à celle du Colombier s'élevait une vieille tour ronde ; de cette tour le mur de clôture, très-élevé, s'étendait en ligne droite jusque vers le bas de la rue Saint-Benoît ; à l'angle de cette rue était une seconde tour pareille à la précédente. A ce point le mur, retournant presque à angle droit, rencontrait la porte Papale et aboutissait à une troisième tour ronde. Là se présentait un angle rentrant^ qui laissait une petite place dont on voit encore la trace aux extrémités des rues Saint-Benoît et Sainte-Marguerite. Le mur d'enceinte suivait ensuite la direction aujourd'hui indiquée par la rue Sainte-Marguerite, jusqu'à la forteresse où se trouvait l'entrée principale du monastère. Ce mur était crénelé, soutenu par des piliers buttants, et, de distance en distance, garni de tourelles. Il était en outre protégé par le fossé qu'alimentait le canal dont nous avons parlé et qui était désigné sous le tiom de Petite-Seine. A l'intérieur de cet enclos on remarquait la chapelle de Saint-Symphorien, où saint Germain avait d'abord été enseveli; on rencontrait, vers le nord de l'église, la sacristie, où l'on conservait une re-

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lique dite la ceinture de sainte Marguerite ; on y remarquait également une croix d'or à double traverse, haute de huit pouces, non compris le pied ; elle était bordée de diamants et d'améthistes et renfermait du bois delà vraie croix. Le nom de Manuel Comnène, gravé sur cette croix d'or, indiquait qu'elle avait appartenu à cet empereur, qui en avait fait don à uii prince de Pologne. On conservait encore dans la sacristie une croix d'argent, haute de trois pieds, œuvre admirable de goût et de trâ^ vail, et qui était enrichie d'une multitude de pierres précieuses. Le réfectoire, situé à quelque distance de la sa*cristie, avait été construit en laSg par Pierre de Montreuil. Sa longeur était de cent quinze pieds, sa largeur de trente-deux, sa hauteur de quarante-huit, et il était soutenu de tous côtés par une multitude de petites colonnes se prolongeant en faisceaux et en nervures jusque sous la voûte. Sur les vitraux, admirablement coloriés, les armes de Castille attestaient que ce magnifique réfectoire datait de la régence de la reine Blanche, mère de saint Louis. La chapelle dédiée à la sainte Vierge avait été construite par les soins de l'abbé Hugues VII, dit Hugues d'Issy; Pierre de Montreuil était également l'architecte à qui l'on devait ce beau monument, et on l'y avait inhumé après sa mort, arrivée en 1^66. Lorsquecette chapelleftitdétruite, sous la Révolution, on éleva sur son emplacement la rue Neuve-deJ' Abbaye. Déjà à diverses époques, sur les autres parties de l'enclos, on avait ouvert la rue Bourbon-le-Château, la rue de Fur^ temberg, la rue Childebert et la rue Sainte-Marthe ,

Dans la cours de ce livre nous avoùs bien souvent raconté les conflits qui s'élevèrent^ durant le moyen âge «t

278 BISXOœBBM PÀAI&.. (1^-iW)

SQU9 la renaissance, tantôt entre Tabbaye S^int^GerinaUi des Prés et les écoliers de l'université de Paris, tantôt entre le prieur dq cette communauté et les puissanoçs spirituelles et temporelles de la ville et du diocèse. Nous ne reviendrons pas sur ces incidents déjà mentionnés et qui ne trouveraient plus ici leur place. Nous nous bornerons à dire qu'en 1693 l'abbaye de Saint-Germain des Prés fut confirmée dans toute la juridiction temporelle sur le bourg et Fenclos> juridiction exercée par un bailli^.ua procureur fiscal, un greffier et deux huissiers. Le bailli de l'abbaye connut des appellations des jugements rendus en ^latière civile par les juge$ des hautes justices dépendantes du taraporelde Tabbaye, situées hors 4e la banlieue fjije Paris.

Ce fut dui^apt la seconde moitié du dix-septi^e siècle et le(s commencements du dix-huitième qi;e ^s'achevèrent au sein de l'abbaye les immenses travaux historiques qui fout la gloire de cette maison célèbre. Cette période vit s'illi|strer, parmi les Bénédictins de Saint-Maur^ des homm^ doM }) suffit de citer les noms, les j)ubreuil, les ]V(abillon , les MontfaucQn, et avec eux Hugues Ménapd, d'Achery, Michel Germain, Ruinart, Denis de Sai^te-^arth^^ Fëlibi^n, jj^uillard, Martenne, Clément.^ Bouquet, Lobineau. Pourquoi. faut-il que plus tard les religieux de. cet ordre s^ soient montrés beaucoup t;^9p indi^lgents pour les erreurs du jansénisme? Cette /fail?lesse mêlée d'orgueil ne les préserva point de voir détruire leur institut et )eurs privilèges à l'époque où la Révolution cpnfisqua toutes les abbayçs et supprima tous les monastères.

Depuis lors l'église ab]|)atiale de . Saint^Germain des Prés a été restituée au culte, c$ttholique et est devenue la .première ^succursale de Saint-Sulpice.

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* Eûtrons de nouveau dans cette église si màgnifîque- 'inetit restaurée dans les vraies conditions du style rômano* byzantin et admirons les peintures ifnuralès dont Ta revêtue un grand artiste^ M. Hipp. Flàndriti^ sî promptement enlève aux arts. • ^' l

Sur des'fonds d'or, imitant les mosaïques' des antiques églises dé l'Orient et celles que reproduisirent les artistes occidentaux, le peintre a rappelé les riches compositions de feuillages eùroulés, les palmiers, les attributs, les figures qui ornent les vieilles basiliques de Ronie; Il a ^su Ifes mettre enharmonie avec le caractère de Tarchitecture romane. Les voûtes, peintes en bleu d'azur, sont couvertes de brillantes étoiles; toutes les nervures qui les divisent en se croisant sous leurs clefs sont détachées elles-mêmes par des tons délicats qui reposent l'œil. Le chœur, entouré de stalles richement sculptées, présente sur ses parois deux vastes compositions; les sujets sont puisés dans le Nouveau Testament. Sur la muraille septentrionale l'artiste a peint l'entrée triomphale de Jésus-Christ dans Jérusalem; le peuple, qui l'escorte, porte des palmes et crie : Hosannal Des femmes et des enfants le précèdent. C'est une magnifique page d'histoire sacrée. En regard, sur la muraille méridionale, Notre-Seigneur est représenté ehafgé desa croix et suivant la voie douloureuse du Calvaire ; il ^st conduit par des soldats, et sa très-sainte Mère ëvanopie est entourée de quelques pieuses femmes. II y a une grande et salutaire pensée daf)sla réunion de ces deux images placées en face ï'une de l'autre ; les chrétiens la comprendront.

^les peintîires de la nef «ont également fort remarquables, quoique moins éclatantes. M. Hipp. Flandrin a

38o aiSTOUUS DE 1»ARIS. (1892-U65)

développé sur les deux murailles cette pensée mystique : a Jésus-Christ dévoilé aux chrétiens après avoir été présenté aux Hébreux sous des voiles. » En d'autres termes, il a voulu placer les principaux faits mentionnés par le Nouveau Testament en regard des faits bibliques qui les annoncent et les symbolisent. Une pareille idée ne semblait pas se prêter à la peinture, qui n'exprime bien que les objets sensibles ; M. Hipp. Flandrin a su la rendre intelligible aux fidèles en respectant la tradition religieuse et en se maintenant dans les règles de l'art. En entrant dans l'église, à gauche et sur la première arcade, le peintre a représenté t Annonciation. La figure de Marie est empreinte d'un chaste recueillement ; la Vierge pleine de grâces, vêtue d'une robe rose et drapée d'un manteau bleu, se tient debout et accepte la volonté divine; un rayon de lumière traverse l'humble demeure de la fille de David. Sur un escabeau une tige de lis sort d'un vase en terre; la figure de l'ange est d'une beauté céleste. Sur la même arcade, l'artiste a représenté le Buisson ardent, image prophétique de la maternité virginale. Au-dessus de la seconde arcade on remarque d'un côté la Naissance de V enfant Jésus à Bethléem , de l'autre Adam etj Eve après la désobéissance, et Dieu qui promet aux hommes un futur Rédempteur. V Adoration desMa^es occupe la troisième arcade. La sainte Vierge, humble et rayonnante, tient sur ses genoux son divin Enfant: Saint Joseph est debout auprè sd'elle ; les trois niages offrent au nouveauné l'or, la myrrhe et l'encens. Tout auprès, séparé par la bande colorée, apparaît à nos regards Bdlaam offrant un sacrifice. Au fond d'un ciel bleu une étoile fait rayonner des pointes d'or entourées d'un cercle, et Balaam sur-

(MMW) LITRE XXI« CSUlPITRB II. a8l

pris semble dire : k Que tes pavillons sont beaux, ô Jacob! Que tes tentes sont beUes, ô Israël ! .... Je le vois, mais non maintenant; je le contemple, mais non pas de près. Une étoile sortira de Jacob; un sceptre s'élèvera dlsraêll... »

Sur la quatrième arcade on remarque le Baptême de JVotre'Seigneur jCten regard le Passage de lamer Rouge. Cette double composition est magnifique. Un peu plus loin V Institution de V Eucharistie par ISotre-Seigneur occupe la cinquième arcade ; Jésus, à table avec ses disciples, prononce les paroles sacramentelles en élevant entre ses mains le pain et le calice. Tout auprès , le pontife Melchisédech fait pressentir l'institution du divin sacrement en offrant le pain et le vin.

Arrivés au transept nous nous arrêtons et nous tournons nos regards sur la muraille du midi. Sur la première arcade, la plus rapprochée du transept, l'artiste a déroulé devant nous à la fois la Trahison de Judas et la Fente de Joseph par ses frères. Sur l'autre arcade nous eonâdérons Jésus éleifé sur V arbre de la croix. Lessaintes femmes pleurent en le regardant ; lasainteYierge est dans l'attitude que lui donne la tradition, et Ton comprend que son cœur est percé d'invisibles glaives. Au fond, sur un ciel ténébreux, apparaissent les disques rouges du soleil et de la hme. Toute la nature est en deuil. La figure biblique placée à coté de cette douloureuse scène est le Sacrifice d Abraham. Sur la troisième arcade nous cont^ooplons la double knage de la Résurrection de Jésus^Christ et du prophète Jonas sortant de la baleine. Vient ensuite une splendide peinture qui nous rappelle la Mission des apôtres j au moment où Jésus, drapé de blanc, donne à saint Pierre les clefs de son royaume. En regard l'imagp

^8^ HISTFOniE DE PABIS». (inMMSI

'l»blique repréiente la disper$k>û ées hommes, à la siiiCje de la oonfiisioii des.laégues ; la t<Àir de^Babel, écroulée à demi , forme le dernier plan 'de cette, composkiôn. '' . A Theure où nous écrivons œs lignes* l'artiste est mdFt sans avoir entièrement achevé de peindre VAscension de Noire-Seigneur et /c Jugement dernier^ qui ne tarderont pas à compléter ce grand poème pictural oii les deux Testaments sont reliés par une pensée imique : k prophétie et son accomplissem^it) Ja réalité et le symbole. .Audessus des tableaux idoi^ noui^ venons d'esquisser les principaux traits, dans là zone des vitraux, so&t figurés des personnages de la Bible posés comme les témoins dé tant de merveilles qui seront accomplies après. la grande notivielle annoncée par l'ange. Le talent de l'artiste, a dignement rendu leurs traits ou leiur. attitude. A fprce vde simplicitéy en se retranchant les. ressources faciles, M. Hij^. Flandrin a obtenu des effets que la singularité c^rche sans les rencontrer. .Chez lui lien de brusque,^ rien de heurté, pas de contraste violent^ mais un. dessin plein de rhythmeet une harmonie générale.: Pas. d'archaïsme et rien de trop moderne; nulle dissonance; dé réalisme dans l'idéal ; par-dessus tout , rien qui blesse lafol ou inquiète la chasteté chrétienne. /;.

L'église. Saint-Gecmaîn des Prés oooitient encore .quelques peintures sur toile, qui disparaîtront peu ai peu lorsque la peinture à fresque aura couvert toutes les parois de l'édifice. De nos jours la nef du midi a été ornée de la belle statue en marbre de la Yierge portant l'Enfant lésus, quiy depuis l'époque du Concordat, àvi^t été. conservée dans la^eristie. Cette œuvre duqualoraième siècle provient de Véglise abbatiale de Saint-Denis;. elle, a été

(ma-ia») livbe xxi. ghapitiub ii. 283

placée sous un dais habilement sculpté dans le ât^le de la même époque ; une grille , disposée pour receyoir des cierges, est placée en avaM de la statue et la sépare des nombreux et pieux visiteurs qui viennent s'agenouiller devant elle et implorer l'adoucissement de leurs épreuves par l'intercession de Notre-Dame consolatrice.

Mentionnons une autre église à la eonstructîon de la^quelle n'ont contribué ni le gouvernement, ni la ville dç ,Paris.

Ceux qui pour la permière fois passent dans cette rue èe Sèvres, longue, d'un aspect vulgaire, qu'aucun'montiment ne distingue et qui porte un caractère de province^ se doutent fort peu assurément qu'en face de l'bospice des Ménages, non loin delà maison des sœurs hospitalières de Saint-Thomas-de-Villeneuve, àpeu de distance de l'Abbayeaux-Boîs et de la chapelle des Lazarites, ils laissent sur leur gauche une église éminemment remarquable et dont la construction esta peine terminée. C'est l'église du Jésus. Entrez par une porte cochère pareille à celle d'une maison particulière; à l'extrémité d'une allée assez étroite vous rencontsrerez une cour carrée , extrêmement resserrée , sombre, très-humide, très-froide (ce que l'architecte aurait dû éiâter), et en face de cette cour s'ouvrira pour vous le lieu de prière dont nous parlons. Cette église porte> en souvenir de C0 qui existe à Rome^ le nom du divin Sauveur, et^dique par là qu'elle appartient à la célèbre Compagnie de Jésus dont nous n'avons point ici à faire l'histoire. Cette histoire est partout; depuis trois siècles elle se rattache à celle des travaux et des souffrances de l'Église catholique ; elle est celle du christianisme militant, victorieux et per^ sécuté. ' '

384 BISTOIRE DJB PARIS* tl89M«»)

Lorsque Ton entre à Paris dans Téglise du Jésus on est frappé de la hardiesse et de la simplicité du monument. Cette fois encore les Jésuites ont renoncé aux façades pyramidales en bas-relief de deux ou trois ordres, qu'ils introduisirent en France et que Ton rencontre à chaque pas dans Paris. Aujourd'hui ils^'attachent à reproduire les formes monumentales du treizième siècle et à leur donner à la fois un caractère tout particulier de légèreté et de force. Leurs chapelles de Paris, de Nantes, de Poitiers, construites par deux religieux de Tordre, les Pères Martin et Tournc&ac, sont des types très-reœiarquahles de cette pensée architectonique. Ce qui frappe dès l'abord dans ces édifices, c'est Un dessin noble et riche, une grande majesté et une parfaite harmonie. I^a chapelle de la rue de Sèvres se compose d'une nef avec chapelles formant quatre travées, et d'un sanctuaire qui en comprend sept, dont trois dans l'abside. Un triforum simulé, de belles croisées géminées avec rose à six lobes, des vitraux à sujets d'ornement sans figures, des voûtes hardiment dessinées , tels sont les détails qu'elle présente, sans compter les chapelles, qui ne sont pas encore toutes terminées, mais dont quelques-unes sont éminemment remarquables au point de vue de l'art et des saines traditions de l'ornementation religieuse.

A l'extrémité du boulevard de Strasbourg, aux abords de l'embarcadère de l'Est, près dé cette large voie que l'empereur a ouverte à travers le vieux Paris, s'élève une église dépourvue de style, composée de constructions hybrides, empreinte des traditions artistiques les plus différentes, et que l'on cite rarement parmi les curieux édifices dont s'enorgueiUit la grande capitale. Elle est consa*

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crée sous le vocable de Saint^LaurerU^ et, àl'exeeptioa des fidèles qui peuplent le faubourg Saint-Martin ^ peu de personnes la Tisitent et la choisissent pour la prière. Il y a beaucoup d'injustice dans cet oubli ; l'église Saint-Laurent (et nos lecteurs comprennent que nous parlons seulement de l'édifice ) est l'un des monuments les plus anciens de Paris. Les fondations ont peut-être été creusées dès le cinquième siècle. Saint Grégoire de Tours^ racontant les évé** nements qui signalèrent le règne de Chilpéricet deFrédégonde, parle d'un débordement de la Seine si considérable que les eaux atteignirent l'église Saint-Laurent. On doit en conclure que le sol de Paris s'est beaucoup exhaussé depuis lors, ou que, faute de digues et déchaussées, la rivière, au temps des inondations, communiquait avec des marais voisins de la ville et augmentait leur étendue. Peut-être, car toutes les hypothèses sont admissibles, existait-il une autre église du même nom située à une moindre distance de la Seine, et que les auteurs ont confondue avec celle vers laquelle nous sommes entraînés aujourd'hui par notre mission d'historien .

Sous les Carlovingiens, lors de l'invasion des Normands, le monastère et l'église de Saint«»Laurent furent détruits par les Barbares qui campaient autour de Paris. On a lieu de croire que l'église, ayant été reconstruite, fut érigée en paroisse vers l'an 1190, sous le règne de Philippe- Auguste; déjà avant la naissance de ce prince elle était baptismale. Plus tard elle fut encore rebâtie, et dédiée, le 19 juin 14^97 par Jacques du Chastelier, évêque de Paris. Elle reçut divers accroissements en 1 548 et fut de nouveau presque entièrement réédifiée en 1695, au moyen des. charités et des aumônes des bourgeois de Paris.

:386 RiaroiES de pjJtiSé (iibb4M)

Ëa xâasoti^levale^ndportailgrëcGhromainyquiexdta, vraisemblabkûicnii.sbus le règne de Lduis Xm, Tadmira* tion de iliessieùrs, les ëchevins. De nos jours, ce lourd et vulgaire trayail e^ fort peu apprécie; on lui reproche d'être en complet désaccord avec les antres parties de l'édifice.

L'égUiie/symboliqueiùent orientée, a la forme d'une croix latine. Fort peu digne, au dehors, de Tétude des artistes, elleoffre à l'intérieur le caractère d'un édifice vraiment chrâien. L'abside affecte la forme d'un polygone à trois pans. LecHoèur, jusqu'au transept, estdu<|Uinziènie siècle; l'autre moitié apj^artient au seizième. La nef, delà dernière période ogivale, est divisée en quatre travées par dès piliers d'un même style, sans chapiteaux ni soubassements^ mais dont les arêtes sont profilées de moulul^s» Le chœur a deux travées, et le pourtour de l'abaide' cinq. Le ehevet est entouré de onze chapelles^ au milieu desquelles âe détache^ surmontée d'une cdupole hémisphérique, ornée de peintures à fresque, <^èlle de la sainte Vierge, dont le style porte nécessairement l'empreinte des premières années dudix-hûtième âèdle, époque de sa construction. La nef €8t aceomjpagnée symétriquemeilt dHm double collatéral flanqué de chapelles. L'ogive apparaît dans tout le Qionilmeiit, eKceptéàla laçadeoccidênfate et aux: portes du transept. L'église, qui s'élevait jadis au-dessus dut sol j est aujourd'hui enterrée à ce p<nnt qu'il faut descendre plusieurs marches pcMir y entrer. Au dehosrs latoUTy^Sane quée amtre là partie septentrionale du chqeui^, est' lourde; carrée et dépourvue d'ornements; elle est, percée dte daix étages de baies en ogive; sa plaie-forme est bordée d'uoéibalastradeà jour et amortie par un campanile. La

im^m uYw 3m. cRâMntB ii. i87

faça(lie4ucft>i«Uoainéndioâal ettenoàreobttméepirdet maisooa;. celle du mord présente deuxidche& dégantes, du st]d^i49ia Renaissance j des. anges eni bas-relief et la figuré du.j^ère éteAiel. Le chcaur et Tàbside ont conservé extérieurement divers défail^^ de leur ancienne décoration, et, entre autres, une grande statué de saint Jean-Baptistè, et dfi^ convoies sUf^orisint des gargouilles^ dont Feflet est au mpins bi;Sarre; Dans la'Corniche qui termine le mur, au-' dessous du toit, on voit grimper où courir, au milieu de branches feuillagée^, des 'animaux fantatisqûes, des en* £ints coifiés ^du boiuièt des foiù, et di veilles figures capri«cieuses ou grotesques assez peu eii harmonies avec la desû-^ nadoiai de l'édifice. A i'intérieur on^ remarque les clefs dé voûte,, véritables prodiges de hardiesse, pour la plupart ciselées^ cha^^^ d'ordeinents et de figureis, dt qui^dans la grande nef et le transept s'allongent en pendentifs. Elle» sont'^^crputées d'un l^rd ek laid badigeon, a^rès avoir fait lavjusjte ^dmira^ûân de nos pères, alors qu elles étaient' re^lendissante^ d'<H* ctlde couleurs qui prenaient mille teintes.4îvei$eâ selon le jeu de la lumièfe des vitrauk.'Les piétendui^s restauriltioiis qtie cette église a subies durant les 4i3^^scptième«tdix--huitième siècles ontprofbndément altéré son caractère artistique. On a supprimé son jubé, on a modernisé le chœur, on a exéèutéun nouveau'retabte du Qïaîtreràutel, £toidement dassiqae, d'après les dessbs de l'anchiitecte Lepauire ; les tympans des ogives ont été façQ'nJôés -en caissons avec.' palhies et couronnesde fleurs; l'ditsidé a été* -modifiée par le -retable formant un corps d'arbhitecture ocnédé colonnes et de pilastres .cannelés, de frontons, de monogrammes et de trophées, le tottt'd'ttn« goût faux ou contestable. Quant au buffet d'orgues et à

aS8f . HisTaiRE de paris. ^ (issmm)

la diaîre, bien qu'ils datent de cette époque si désolante au point de vue de l'art chrétien , ce sont deux œuvres de menuiserie fort dignes d'attenticm. Nous n'aurons garde d'en dire autant d'une statue colossale de sainte Apolline^ l'une des patronnes de l'église, qui a été coulée en plâtre y en 1 8^5 , par Bougron , et donnée avec plusieurs tableaux par la ville de Paris. C'est à Saint-Laurent que fut enterrée, en 1660, la vénérable Louise deMarillac, veuve Le Gras, qui eut la gloire de seconder les grandes œuvres de saint Vincent de Paul et qui fut la prenaière supérieure des Filles de la Charité. Avant la Révolution les exécuteurs des jugements criminels avaient le singulier privilège d'habiter prèS de Saint-Laurent et d'être inhumés dans l'église paroissiale, que plusieurs d'entre eux, en dépit de leur sinistre mission, édifièrent de leurs vertus.

Située dans un arrondissement où la grosse industrie et le commerce occupent la plupart des intelligences et attirent une population ouvrière fort nombreuse, l'église Saint-Laurent n'est point celle de Paris où se rencontre la mamfestation extérieure de la plus fervente piété. Cependant elle est loin d'être abandonnée ou à demi déserte, et les offices y sont suivis par une élite de chrétiens peu nombreux , mais persévérants.

A l'heure où nous traçons ces pages, de grands travaux, exécutés aux frais de la ville, sont poursuivis dans le but d'agrandir, de consolider, de restaurer l'église de Saint- Lë^urent et de lui restituer le cachet artistique et l'unité de style que; lui avaient enlevés de prétendus embelliss^nfents modernes.

: Au milieu de la rue Sainte-Cécile, et aux abords du Gon-

[itoi'im) LIVRÉ tXï. CHAPITRE II. ^89

servatoire de Musique, on vient d'élever une église dédiée sous le vocable de Saini^Eugène, Cette église, dont les piliers et les nervures sont en fonte et en fer, rappelle extérieurement plus d'un de nos anciens monuments du vieux Paris^ l'ancienne abbayedeSâinte-Geneviève, entreautres, l'église Saint-Paul et la chapelle des Chartreux du Luxembourg. Sa façade se compose d'une haute muraille divisée en cinq parties par descontre-forts et dessinant exactement la forme de l'édifice. Une porte avec voussure et tympan sculpté ; au-dessus d'elle un câble bordé de crochets, puis une rose et enfin le pignon de la grande nef, que domine une statue d'ange. Deux petites portes flanquent, à droite et à gauche, la porte principale ; elles sont surmontées, à la hauteur de la voussure de celle-ci , par une galerie à jour. Les compartiments qui suivent sont ornés d'arcatures, de statues el de deux longues fenêtres. Cet ensemble de décorations est simple et de bon goût. Les côtés de l'église présentent toute une suite de pignons comme nos vieux architectes en faisaient pour les chapelle latérales. Chacun de ces pignons est percé de deux fenêtres et d'une rosace.

On ne reniarque d'ailleurs à Saint-Eugène ni les arcsboutants ni les toits gigantesques de nos vieilles églises. L'emploi du fer, en supprimant la poussée des voûtes et en simplifiant le système des combles, a amené naturellement ce résultat. Mais c'est surtout à l'intérieur que les modifications produites par les nouvelles ressources industrielles sont importantes et sensibles. Au lieu de piliers ou de colonnes vous n'apercevez que de hardies colonnettes de moins d'un mètre de circonférence, sur lesquelles viennent s'appuyer les arcs et les nervures. Ces

BIST. DB PAKI8. — T. T. 19

âQO . HISTOIBS DE PARIS. (1858-1865)

coloanettes et ces arcs sont ea fonte ; les nervures, les fermes et les arêtes des voûtes sont en fer.

. L'intérieur de Saint-Eugène reproduit cpielque peu l'effet de plusieurs constructions du temps de saint Louis; les supports des voûtes sont même pour la plupart une cppie en fonte des colonnes du réfectoire de Saint-Martin des Champs, aujourd'hui Bibliothèque du Conservatoire des Arts et Métiers. Nous doutons, d'ailleurs, que la légèreté et l'élégance qui résultent ici de l'emploi du fer puissent jamais remplacer la majesté. Quoiqu'il en soit, l'église Saint-Eugène , construite par l'habile architecte M. Boileau, a été achevée en vingt mois«etn'a coûté que 65o,ooo francs. Aux yeux des trésoriers municipaux et des trésoriers de fabrique ce sont là des n;iérites plus réels que les splei^deurs artistiques dues au ciseau des tailleurs de pierre du moyen âge. .

Le, .plan de Saint-Eugène présente trois nef et deux collatéraux surmontés de «tribunes n.en fonte peintes et<]orées. Les trois 0efs, se ter^liIlent, comme dans les anciennes basiUques 9 par trois absides, l'abside centrale pour le grand autel, et les deux autres pour les chapelles de la Vierge et de Saiut-£ugène. Les fenêtres et les roses sont toutes occupées par. des verrières sorties de l'atelier de M. Lusson et. de. celui de MM. Laurent etCsellf à l'éclat des verrières se joint celui des peintures qui recouvrent l'intérieur du monument. Les colônnessont bleu d'acier et, bronze florentin; les arcs et les nervures sont riches de teintq^ ; les voûtes sont semées d'étoiles*

L'église Sainte Jean. de. Bellei^ille est la dernière œuvre i de M. Lassus^ quj a tant fait pour la régénération de l'art chrétien au dix-neuvième sir-cle. C'est unmagniQque

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travail; on dirait an monument religieux contemporain de saint Louis.

Cette église est ranarquable d'élégance et de simplicité ; sa longueur hors d'œuvre est de 67 mètres 776 millimètres, sa largQi^r de a4 mètres 5o centimètres ; la hauteur de sa yoûte est de 19 mètres , et celle de ses flèches de 58. Ces deux flèches octogones, couronnant le faîte du coteau^ dominent, au nord-est , la riche plaine que sillonnent h chemin de fer de Strasbourg et le canal de rOurcq, et, au sud-ouest, Paris tout entier. Moins ornées que c<^Ues de Sainte- Clo tilde, elles semblent plus légères ; leurs Ubrds sont.^ns crochets, et leurs faces sont percées de trèfles et de petites ouvertures séparées des trèfles par des imbrications. Enfin chaque flèche est garnie à sa bçisç de huit lucarnes et repose sur une tour carrée. La croix qui la surmonte s'élève du milieu d'un bouqqet de tulipes. La porte centrale est divisée en deux baies par. un. riche trumeau contre lequel est adossée la statue de saint Jean-Baptiste montrant l'Agneau sans tache. Le premier étage de la façade de Saint -Jean de Belleville est séparé du second par un cordon de crochets et une galerie formée d'arcaturès ogivales reposant sur des. cc^onnettes. Au-dessus de la galerie vous apercevez une rose encadrée dans une grande ogive et du plus heurçux dessin ; au-des»is de la rose, le pignon aigu du grand comble. ,A droite et à gauche s'élèvent les tours , percées de hautçç fenêtres géminées et garnies d'abat-sons ; elles sont reliées entre, elles par une élégante galerie à jour. A riatéripur on ne se la$se pas d'admirer le buffet d'orgue, la chaire, les stalles, les confessionnaux, les grilles, l'appui de qQmmuiiioji> qui tous reproduisent les formes

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et le gaût du treizième siècle. Le maître-autel est orné de cinq niches contenant les statues de Jésus-Christ et des Évangélistes. Le soir l'église est éclairée par de riches couronnes de lumière.

Au moment où nous écrivons ces lignes les architectes achèvent de construire à Paris deux magnifiques églises, Saint' Jugustinel la Trinité^ dont nous ne pouvons donner la description anticipée, mais qui, sous peu de temps ( tant nos artistes arrivent promptement à la réalisation de leur pensée ), ajouteront dans une large mesure aux richesses monumentales dont Paris s'enorgueillit à juste titre. Plusieurs édifices religieux d'un ordre inférieur s'élèvent en outre en ce moment ou sont ordonnés en principe. Dans une prochaine édition de ce livre nous ferons connaître où en sont les travaux aujourd'hui à peine à l'état de projets.

Mais de pareils travaux ne s'exécutent pas seulement dans l'enceinte du vieux et du nouveau Paris ; ils s'accomplissent aux abords de la ville, et la restauration de V église abbatiale de Saint-Denis est Tune des plus nobles entreprises du règne actuel.

Déjà célèbre avant l'invasion des Francs, le temple érigé par les fidèles sur le tombeau de saint Denis , et dont la magnificence est attestée par Grégoire de Tours, fut reconstruit d'abord par sainte Geneviève, puis, vers 63o, par Dagobert P', avec une magnificence plus grande encore. A son tour le roi Pépin entreprit de rebâtir l'église Saint-Denis et n'épargna rien pour faire oublier l'œuvre du prince mérovingien. Charlemagne acheva l'édifice et le fit consacrer en 7 7 5.

Au douzième siècle l'église fut entièrement recons-

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truite parTabbëSuger ; cependant Ton conserva en grande partie, au-dessous du sanctuaire, la crypte, qui appartenait à l'époque carloviagienne. L'église de Suger avait les dimensions de l'église actuelle, à cette différence près que la nef et le chœur étaient plus étroits. L'édiSce, construit à la hâte et probablement avec des ressources insuffisantes, menaçait ruine un siècle après son achèvement. Saint Louis fît rebâtir presque entièrement à ses frais le sanctuaire, les transepts et la nef, et ne laissa subsister que l'ancienne façade, les chapelles rayonnantes du chœur et une porte qui s'ouvrait à la base du pignon nord du transept. On reconstruisit en outre tous les tombeaux qui existaient avant lui dans l'église, et qui probablement étaient en mauvais état. Ces tombeaux se trouvaient placés dans le transept et dans le chœur des religieux. De magnifiques verrières vinrent compléter la décoration intérieure de l'église abbatiale, qui pendant plusieurs siècles fut un sujet d'admiration pour tous ceux qui la visitaient.

Ces tombes furent saccagées et l'église fut livrée aux plus indignes profanations par les hordes révolutionnaires de X793.

En 1806 Napoléon I" ordonna que ce magnifique édifice serait rendu au culte et qu'on réparerait les sépultures royales des trois dynasties. Il décréta, en outre, que Saint- Denis serait affecté à la sépulture des empereurs. Les travaux entrepris par suite de ce décret n*ont pu être exécutés que bien lentement et sont loin d*être terminés.

La crypte destinée à la sépulture impériale est placée sous le transept et sous les premières travées du sanctuaire. Elle se compose de trois nefs séparées, par de gros

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piliers monolithes, et portant sur leur encorbellement des voûtes basses d'un aspect robuste. Une petite abside, contenant un autel , termine la nef centrale et se trouve éclairée par une fenêtre donnant derrièreJe maître^^auteL On descend à ce caveau par un spacieux emmarchemeat s'ouvrant au milieu de la croisée au niveau du pavé, et qui est fermé par de larges dalles.

Dans les fouilles qu'on a dû faire pour établir cette crypte on a trouvé un nombre considérable de tombes en pierre de l'époque mérovingienne qui ne contenaient plus que de la poussière et quelques menus objets, tels que grains d'ambre, débris d'étoffe, morceaux d'agrafes et de ceinturbns. Ces tombes existaient sous le pavage de l'ancienne abside de la basilique de Dagobert, dont le périmètre a pu être parfaitement reconnu et qui ne dépassait pas le transept actuel. On a vu même k l'intérieur des soubassements de cette abside quelques traces de peintures grossières sur enduits, représentant des draperies. Ces constructions de l'époque mérovingienne sont entièrement composées de débris d'un grand édifice galloromain. Ainsi l'on peut reconnaître dans l'élise actuelle de Saint-Denis les vestiges de cinq édifices successifs : un monument du troisième ou quatrième siècle, celui de Dagobert, celui de Charlemagne , et ceux de Suger et de saint Louis. N'est-ce pas le plus vénérable symbole de la nationalité française, et Napoléon I" n'avait-il pas été guidé par son génie des grandes choses lorsqu'il voulait à son tour reposer au milieu de ce sanctuaire?

Il n'est pas un Parisien qui ne regrette la flèche élevée sur la tour nord de la façade de l'église et qui donnait à la ville de Saint-Denis un aspect si pittoresque au milieu

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de la plaine du Jïord. Malheureusement la restitution de cette flèche devra entraîner des dépenses assez importantes, parce que la Êtçade actuelle est hors d*état de porter une nouvelle construction. Cette façade^ mal fondée dès Torigine, lorsque l'abbé Suger se hâta de rebâtir Féglise abbatiale, profondément mutilée à diverses reprises depuis lors^ti'a plus aucune solidité et s^mvi'e de toutes parts.

Selon le projet adopté par le gouvernement impérial pour la restauration de cet édifice^ deux tours surmontées ' de flèches copiées sur l'ancienne flanquent le portail^ percé à sa base de trois portes richement décorées de sculptures et séparées par de grands socles saillants supportant quatre statues équestres en bronze. Ces-statues rappellieront les souverains qui ont fait de ranciénne abbatiale leur dernier asile.

L'église impériale de Saint-Denis sera non moins remarquable par ses dispositions d'ensemble que par la quantité de richesses artistiques et archéologiques qu'elle renfermé .

Mentionnons encore un autre édifice religieux situé aux portes mêmes de Paris; V église Notre-Dame de Boulogne.

Au mois de février iSig, par lettres patentes datéesde Viviers-en-Brie, le roi Philippe le Long donna aux. habitants de Paris et^autres, qui avaient >été en pèlerinage à Notre-Dame de Boulogne-sur*Mer,'la permission de faire construireune église au village de Menus- lez-Saint-'Gloud, in villa de Menus ^ propesanctum Clodoéddum ; il les autorisa également à établir entre eux une confrérie, à la condition, que le prévôt de Paris, ou tout autre délégué royal, serait présent à leurs assemblées. Ce qui détermina les «^bourgeois de Parisà choisir remplacement de Menus ^ c'est

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que deux notables d'entre ces pèlerins, Girard de la Croix, scelleur auChâtelet, et Jean, son frère, offrirent une terre de cinq arpents , dont ils étaient propriétaires, pour y bâtir cette église. Le dimanche après l'Ascension, en l'an i320, Jeanne de Repentie, abbesse de Montmartre, leur accorda des lettres d'amortissement en qualité de dame du lieu. La nouvelle église, construite en moins de dix ans , fut dédiée sous le vocable de Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer , parce qu'elle avait été bâtie exactement sur le modèle de la grande église de cette ville. En 13^9 le pape Jean XXII lui accorda de nombreuses indulgences; en i33o elle fut érigée en paroisse par l'évêque de Paris, et le petit village dont elle faisait partie fut détaché d'Auteuil. Guillaume de Tours fait mention, dans ses poésies, du pèlerinage qui amenait à cette église un grand concours de fidèles^ et il annonce que lui-même s'y est rendu en i5i6. Jj'église dont nous parlons ne tarda pas à donner son nom au village de Menus, qui fut appelé d'abord Boulogne-Za-P^/i/e, et qui, de nos jours, porte simplement le nom de Boulogne. Entre ce village et les fortifications de Paris s'étend l'ancienne et célèbre forêt de Rouvray, qui, successivement amoindrie et circonscrite, reçut à une époque moderne le nom de Bois de Boulogne. On en a fait un splendide parc, dessiné à Tanglaise, avec lacs, îles, rivières et cascades, et c'est l'une des merveilleuses promenades dont l'administration impériale a voulu doter les citoyens de Paris.

Foulque de Chanac, évêque de Paris, dans une transaction conclue en i343 avec les fondateurs de l'église de Notre-Dame de Boulogne, s'exprime en ces termes : « Des miracles s'opèrent chaque jour (âfe die in diem pcmdiunr

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tur miraculà) dans cette église^ par l'intercession de la même Mère de Dieu {per ipsamDei GenUncem)*^ on y voit grossir le concours des populations pieuses, et en même temps le produit des offrandes, legs et autres donations. (Crebro Deo af fiait deuotiis populuSy et de bonis sibi a Deo collatis multas oblationes^ legata et alia pia doimria^ felici proposito^ per Dei gratiam largiuntur.) Les ressources et les biens de cette église croissant de jour en jour permettent de donner plus de pompe au service divin et font naître l'espoir qu'on pourra bientôt y fonder quelques chapellenies. » Outre les dons et les oblations, de très-nombreux ex^oto, appendus aux murailles de l'église, attestaient la pieuse reconnaissance des fidèles, les grâces et les miraculeuses faveurs par lesquelles la sainte Vierge avait justifié leur confiance. Les rois s'associaient aux peuples pour multiplier ces témoignages de leur dévotion envers Notre-Dame de Boulogne. Les premiers Valois et les petis-fîls de saint Louis venaient humblement solliciter, aux pieds de cette image bénite, la toute-puissance miséricordieuse de Dieu. Ij'un d'eux fit présent à ce sanctuaire d'un fragment delà vénérable image de Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer, et cette relique, jusqu'aux mauvais jours de la Révolution, demeura placée dans l'église de Boulogne-la-Petite, sous la protection spéciale des rois de France. Pour la faire sortir un moment de cette église il fallait la permission de la cour des Comptes, et on ne l'accordait qu'une fois l'an. Alors les pèlerins accouraient en foule et l'on portait en procession la sainte relique sous un dais, pieds nus, avec flambeaux et encens, jusqu'à l'abbaye de Notre-Dame de Ijongchamp, qu'avait fondée, sous le vocable de l'Hqmi-

298 BISTOIBB DE PARIS.' (ISSMSflS)

lité de h sainte Vierge, la bienheureuse Isabelle, sœiir de saint Louis;

Lorsque la foi se fut éteinte dans les cœurs, quand les vaines pompes du siècle se furent substituées aux saintes allégresses de la religion, le pèlerinage dont nous venoiis déparier se transforma peu à peu en promenade mondaine. Les trois dentiers jours de la semaine sainte, les femmes élégantes , les hommes qui vivent pour le luxe 011 par h luxe, se rendirent chaque année à Longchamp, nonpltiç pour y vénérer l'image de Marie, non pilus même pour y entendre les chants des religieuses de l'abbaye ou des ar* tistes rassemblés dans la chapelle, mais pour y étaler de nouvelles toilettes, pour essayer des modesinconnues, pour passer en revue les équipages les plus riches et pour étudier les changements opérés dans l'empire du bon goût. Cest là ce qu'on appelle encore de nos jours la, promenade de Longchamp, Hâtons-nous de dire qu'à son tour elle passe de mode et que les arbitres^ du bon ton et des belles manières ont cessé de s'y donner rendezrvous.

Une réaction s'est accomplie dans quelques âmes. Au mois de mai 18 53 la confrérie établie dans Téglise de Notre-Dame de Boulogne par Phili{^ le Long a été reconstituée par le curé delà paroisse, et Sa. Saiiif été Pie IX a daigné l'enrichir de nouvelles faveurs (i)j

Le a 5 mai 1860 on autorisa la restauration de l'église de Boulogne, ainsi que l'édification de la flèche centrale et la construction du bâtiment des sacristies. Plus récemment le ministre d'État accorda un nouveau crédit pour la construction des transepts. A ce

(i) Les Pèlerinages de Paris, par l'auteur de œ livre*

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crédit Tinrent se joindre des allocations du ministère de l'instruction publique et des cultes et du département de la Seine. Les travaux , activement poussés soos la direction de M. E. Millet, architecte , se traduisirent promptement par d'importants résultats. On a fait disparaître toutes les vieilles sacristies qui masquaient l'édifice sur sa face septentrionale. Ces dépendances ( des masures pour la plupart) furent remplacées par un bâtiment <pii ne s'élève qu'à la hauteur des appuis des croisées de l'église, sur laquelle le boulevard de Longchamp vient d'ouvrir une nouvelle perspective. Toutes les parties basses des éperons du chœur, ainsi que l'intérieur du sanctuaire et les croisées à meneaux de cette partie du monument, ont été restaurés ou reconstruits. Il en a été de même des chéneaux et gargouilles couronnant les éperons. La charpente du chœur, soigneusement réparée, a reçu une couverture neuve. Une belle balustrade en pierre termine l'édifice. Du centre du transept part une flèche qui s'élève, avec sa croix , à vingt-sept mètres au-dessus du faîtage de l'église et à environ quarante-neuf mètres au-dessus de son dallage. Cette flèche est recouverte en plomb. Les ouvrages de maçonnerie du transept méridional étantachevés, l'on procéda à la pose de sa toiture. On démolit ensuite les bâtiments des écoles qui masquaient l'église , dont le chœur est aujourd'hui rendu au culte, et l'espace qu'ils occupaient a été transformé en jardin.

L'espace nous manque pour mentionner les autres églises et les chapelles, moins considérables, entreprises ou restaurées sous le règne de Napoléon III. Bornons-nous à citer Notre-Dame de Clignancourt, Saint- Lambert de

300 HISTOIRB DE PABIS» (ISSMMS)

Yaugirard, Notre-Dame de la Gare, la chapelle des Maristes. Ajoutons que l'église provisoire de Notre-Dame des Champs ne va pas tarder à être remplacée par une église monumentale dédiée sous le même vocable et dont la façade s^étendra le long du boulevard Mont-Parnasse.

Les cultes dissidents ont également à Paris leurs temples que nous devons faire connaître.

La confession d^Augsbourg a deux oratoires, rue des Billettes et rue Chauchat. L'oratoire de la rue des Billettes occupe l'emplacement de la maison de ce Juif Jonathas qui fut condamné au dernier supplice pour avoir, le jour de Pâques, i avril 1 290, renouvelé sur une hostie consacrée les outrages et le supplice de la Passion. Cette hostie^ qui, au rapport des historiens, versa du sang, était autrefois conservée à Saint- Jean-en-Grève; le canif dont se servit Jonathas était conservé dans l'église des Billettes. Cette église, reconstruite dans le dernier siècle par le frère dominicain Claude, à qui nous devons le portail de Saint-Thomas d'Aquin , n'offre d'ailleurs aucun intérêt sous le rapport de l'art ; elle appartenait, avant 1 789, aux religieux Carmes de l'observance de Rennes. On voit encore, dans l'ancien couvent, un joli cloître gothique du quinzième siècle.

L'oratoire de la rue Chauchat est de construction moderne et insignifiante.

Le culte calviniste, dit réformé^ possède également deux temples : le temple de Sainte-Marie, rue Saint- Antoine, et l'Oratoire.

Le temple de Sainte-Marie rappelle, par son histoire comme par son nom, les plus pieux souvenirs du catholicisme. Cette gracieuse rotonde, le premier ouvrage

(KSS-l80q LIVHE XXI. CHAPITRE II. 3oi

remarquable de Françob Mansard, fut en effet édifiée, de i632 à i634> par les religieuses de saint François de Sales et de sainte Chantai, sous le vocable de Notre-Dame des Anges. .

Le temple de V Oratoire n'a pas des traditions moins précieuses; il dut sa fondation au cardinal de BéruUe; Vincent de Paul y pria, Malebranche y médita, Mascaron^ Massiilon et Bossuet y prêchèrent. Commencé par Métézeau en i6!ii, il fut continué par Lemercier et achevé par Caquier en 174^ ; la façade sur la rue Saint- Honoré est de ce dernier architecte. Nous avons donné ailleurs les origines et la description de ce monument.

Les schismatiques grecs (qui reconnaissent pour c^ef spirituel le czar de Russie) ont récemment fait élever à Paris, non loin du parc de Monceaux et de l'arc de triomphe, une église construite, dans le style byzantinomoscovite, par M. Strohm, de l'Académie des Beaux** Arts de Saint-Pétersbourg , sur les dessins de M. Kouzmine^ professeur de la même académie. Elle a la forme d'une croix grecque et se trouve précédée d'un parvis. Au centre et aux quatre angles principaux s'élèvent des coupoles dorées, de forme pyramidale, surmontées chacune d'un petit dôme elliptique et d'une croix.

La principale synagogue des Israélites est située rue Notre-Dame de Nazareth et n'ofifire rien de remarquable au point de vue de l'art.

3oa . HISTOIBS PB PAAIS. (MB-tM)

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