‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 5 sur 96 · LIVRE XIX. CHAPITRE I. J -J · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. CHAPITRE I. J -J

mal exécuté. A l'instant autour du roi un grand vide se fît sur la chaussée, et le pavé apparut couvert de sang , jonché de morts , de blessés, de chevaux gisants auprès de leurs maîtres. Le maréchal duc de Trévise, six généraux, deux colonels, neuf officiers ou grenadiers de la garde nationale, et un grand nombre desimpies spectateurs de tout âge et de tout sexe étaient étendus sans vie ou dans les convulsions de Tagonie. Le roi lui-même eut le front effleuré par un projectile, mais ses fils ne furent pas atteints, et , après une halte donnée aux émotions les plus douloureuses, le prince et la famille royale continuèrent la revue. Le crime qui venait d'ensanglanter Paris était l'œuvre d'un sicaire corse, nommé Fieschi, et de plusieurs agents des sociétés secrètes , tels que Pépin et Morey; la plupart de leurs compHces, s'ils en eurent un grand nombre , réussirent à échapper aux poursuites de la justice; pour eux ils furent arrêtés, jugés, et payèrent de leui' vie le sang de tant de victimes sacrifiées à une combinaison régicide. Quanta ceux qui avaient péri victimes d'un si lâche attentat, leurs corps furent pieusement déposés à l'église Saint-Paul, dans une chapelle ardente, et, le 5 août, les uns et les autres , sans distinction de rang, ni d'âge, ni de sexe, furent solennellement inhumés aux Invalides. Le convoi suivit les boulevards, la rue Royale, la place et le pont de la Concorde et le quai d'Orsay; sur cette immense ligne étaient rangés les régiments et les légions, déployant leurs drapeaux garnis de crêpes et obéissant au signal de tambours voilés. Le premier cercueil qui ouvrait la marche était celui d'une jeune fille de seize ans ; le dernier celui du maréchal Mortier, duc de Trévise, l'un des douze pairs du nouveau Charlemagne,

HIST. DE PàRIS. — T. Y.

l8 HISTOIRE D£ PARIS. (t8S|.1848)

écliappë aux luttes gigantesques de la République et de TEmpire pour venir mourir à Paris, en pleine paix, sous les coups d'un assassin. Le roi, les princes et les princesses de sa famille assistaient au service funèbre.

Moins d'un an après, en i836, Un agent des sociiétës secrètes , nommé Alibaud , fît feu sur le roi et ne réussit pas à atteindre ce prince. Le 8 juillet il comparut devant la cour des Pairs. Sa défense fut un scandale ; il osa dire : tt J'avais à l'égard de Louis-Philippe le droit de Brutus a vis-à-vis de César. Le régicide est le droit deThomme <c qui ne peut obtenir justice que de sa main! ^> A: peine avait-il prononcé ces mots que des murmures éclatèrent de toutes parts sur les bancs des juges. IjC président lui ôta la parole et ordonna en même temps qu'on lui arrachât le manuscrit qu'il tenait dans la main, afin qu'il fut (déposé au greffe comme pièce du procès. Après cet incident Alibaud garda le silence le plus complet. La cour des Pairs rendit un arrêt qui le condamnait à la peine des parricides. Le 1 1 juillet eut lieu son exécution. En montant à l'échafaud Alibaud s'écria qu'il mourait pour la liberté, pour le bien de l'humanité et l'extinction de /'//ifâme monarchie!...

Son supplice n^intimida point la déplorable race des meurtriers politiques. Le 27 décembre i836, le jour même où le roi se rendait au palais législatif pout* ouvrir la session, un sicaire de bas étage, nommé Meunier, tira sur lui, presque à bout portant, un coup de pistolet. Cette odieuse tentative échoua comme l'autre. Dieu, qui réservait Louis-Philippe aux humiliations de la défaite et de l'exil, ne permettait pas que sa destinée s'accomplît par la main d'un artisan régicide.

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En cette lAéme annëe^ le isg juillet^ eût Heu ^lennelle* ment à Paris rihauguratiôn de l'arc de triomphe de TÉtoile. De bonne heure la foule avait envahi tous les abords de ce gigantesque monument. Â sept heures du matin/ en présence du président du conseil et du ministre de l'intérieur, on entèvalfes toiles qui voilaient les sculptures; et la population put contempler à loisir tous les détails de l'édifice consacré à la gloire de la patrie. Nous donneront ciaprés ( vo/r ch. III )^ la description de ce monument.

Le 3omai 1837 M. le duc d'Orléans, prince royal, épousa à Fontainébteaii la princesse Hélène de Mecklembourg-Schwérin ; le la juin, à l'occasion de ce mariage, des fêtes et des réjouissances officielles eurent lieu à' Paris ; on y déploya beaucoup de pompe ; mais , le même soir, la capitale fut attristée par une douloureuse catastrophe. tJnep^té guerre avait eu lieu au Ghamp-de-Mara, et cette fête militaire avait attiré un immense concours^ de spectateurs. Or à peine les deruières pièces, d'artifice étaient- elles. éteintes que la foule, par un mouvement général ,^ se précipita vers les issues; à mesure que Ton approchait des portes, la masse devenait plus coiïïpacle, ^t au passage des grilles un grand nombre de personnes furent étouÔeeset foulées aux -pieds ^ Qe sinistre événement fit réfléchir le peuple; la pensée se reporta involontairement vers les souvenirs des effroyables aceidents qui avaient signalé le mariage dç Loui&XVt et vers la mémoire encore récente de l'incendie qui -avait dévoré Tédifice où se donnait le bal de l'ambassade d'Âutriçlie, à l'occasion du mariage de Marie-Louièe ; on appréhenda que l'union qui se contractait entre l'héritier du tiwïe de France et ime princesse luthérienne d'Allemagne ne fut

poiat heureuse dans l'avenir. Quelques jours après les fêtes n'en reprirent pas moins leur cours. Le 20 juin, date révolutionnaire de fâcheux augure, la municipalité de Paris offrit un grand banquet au.roi et à la famille royale ; les tables étaient dressées dans la splendide galerie de l'hôtel de ville ; l'élite des magistrats et les chefs des corps constitués assistaient au repas. A la fin du banquet le roi porta un toast « A la prospérité de la ville de Paris ! » Il y eut ensuite réception officielle, concert et bal. Deux jours après on dansa, sous le même prétexte , dans la vaste salle de l'Opéra, et cette autre fête fut également rehaussée par la présence du roi et des princes.

Le 26 août de la même année eut lieu l'ouverture du chemin de fer de Paris à Saint-Germain, le premier construit aux abords de la capitale. Cinq jours après (3i août) fut inauguré le fronton du Panthéon. David, à qui avait été confiée cette grande page de sculpture, s'était inspiré de l'inscription « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ! » et il avait cherché à traduire cette pensée sur la pierre. Par malheur l'habile statuaire, perdant de vue qu'il avait à décorer une église, avait profondément froissé les sentiments religieux en décernant l'apothéose de l'inamortalité à quelques hommes que le Christianisme a comptés au nombre de ses plus implacables ennemis.

Le 3 décembre on célébra en grande pompe , aux Invalides, les funérailles du général Damrémont, récemment tué d'un coup de canon sous les murs de Constantine; cette solennité fut grave et touchante.

Une autre manifestation religieuse eut lieu le i o décembre : on rétablit dans la salle d'audience delà Cour royale, au Palais-de-Justice, l'image de Notre-Seigneur Jésus-

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