‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 56 sur 96 · Ô5) LIVRE XXI. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

Ô5) LIVRE XXI. CHAPITRE IV

dissements énormes et des embellissements pompeux à cet établissement y qui ressemble , avec sa grande porte fastueusement décorée, ses colonnades, ses statues, à la de* meure d'un monarque ; mais les riches salons où Ton entasse les vieux papiers , les vérités cachées de notre histoire, sont à peu près inaccessibles au vulgaire.

Aucune institution utile ne s*est développée à Paris, depuis un ou deux siècles, autant que celle des établissements charitables, des hôpitaux et des hospices.

Ainsi qu'on l'a vu plus haut, VHotel-Dieu de faris, le plus ancien des hôpitaux d'Europe , date des premiers siècles de la monarchie française. Beaucoup d'historiens font remonter sa fondation à l'époque mérovingienne, mais rien ne confirma cette assertion. Les Bollandistes ont bien attribué à saint Landry la création d'un xenodoclUum^ mais ces écrivains hiératiques, d'ordinaire si soigneux de citer leurs auteurs, n'indiquent aucune source à ce sujet. L'abbé Lebœuf, dont le jugement est si sûr en matière d'archéologie, s'exprime ainsi :

a Pour en revenir à l'Hôtel-Dieu, comme je n'ai point encore vu de titre ou aucun monument qui puisse pVouver que saint Landry, évêque de Paris, en soit le fondateur, je ne puis encore embrasser cette opinion. »

Quoi qu'il en soit, il résulte des documents recueillis par M. Husson, aujourd'hui directeur de l'Assistance publique, que l'hôpital des pauvres institué auprès du tombeau de saint Christophe ne peut se rapporter qu'à riIôtel-Dieu; le tombeau de saint Christophe et l'église qui fut consacrée sur son emplacement étaient situés au nord de la place du Parvis. Le lieu saint avait précisément son chevet au point où la rue de Saint-Christophe

358 HISTOIRE DE PARI8. (m2.1865)

y débouche. Les Frères qui desservaient œt hôpital lavaient les pieds des pauvres^ et plus tardy par un statut capitulaire de 1 168, tout chanoine fut oblige, en mourant ou en renonçant à sa prébende, de laisser à Thôpital un matelas, un oreiller et des draps pour l'usage des pauvres. A partir de cette époque un grand nombre de chartes, d*aumônes franches, comme on appelait alors les donations faites au clergé, stipulèrent qu'une partie du revenu donné à l'Église serait employée à l'entretien des hopi* taux. Philippe-Auguste, Blanche, mère de saint Louis, saint Louis lui-même reconstruisirent et agrandirent successivement le petit hôpitalde Saint- Christophe. Pendant le règne du saint roi ,^la lèpre s'étant- répandue en Europe , on fonda beaucoup d'hôpitaux appelés léproseries ou maladreries. Le fils de la pieuse Blanche de Castille institua aussi l'hospice des Quinze- Vingts pour trois cents gentiishomn^es 'auxquels les Sarrasins avaient crevé les yeux. Au temps de Charles IV, dit fe Bel^ on songea à recueillir les enlanta abandonnés, et des personnes pieuses se réunirent pour fonder l'hôpital des* Enfants-Bleus. Nous avons d^à rappelé que François P', en janvier i536 (1537), créa l'hôpital des Enfants-Rouges ou Enfants-Dieu; il servait d'asiie aux enfanta ôrphelinsde père «t de mère qui étaient trouvés à l'HôtôUDieu ,rpouryu qu'ils ne fussent pas bâtards ni nés et baptisés dans les faubourgs de Paris. Les bâtards abandon^nés étaient nourris partie doyen et le chapitre de Notre-Dame.

François P' ordonna , par ses lettres patentes , que ces enfants fussent vêtus d'ét<^ff6s rouges, pour marquer que c'était la charité qui les faisait subsister. Des ordres religieux ne tardèrent pas à se consacrer entièrement à soi-

(I852-18M) LIVRE XXI. CHAPITRE IV. SSq

gner les malades et lés infirmes. Tels furent les Hospitaliers de Saint-Augustin , de Saint-Jean dé Jérusalem , de Saint-Lazare, d« Saint-Esprit, de Montpellier, et les diverses fondations charitables que nous avonst<déjà mentionnées. Telles furent aussi les Sœurs ou Filles de la Charité , établies en i643 par saint Vincent de Paul et Louise deMarilkc. Vivement encouragée par les »ois, les papes, et- les évêques, la charité avait pris , à. partir .du treizième siècle, un remarquable essor. Des indulgences spé* cialeis étaient accordées par délégation papale aux bienfaiteurs deTHôtel-Dieu. Un bref, revêtu du sceau de rétablissement, portait, eii même temps que le témoignage de l'offrande, le gage pieux de la reconnaissance des administî^ateurs. Mille autres sources de revenus jaillissaient de tous cotés pour les hôpitaux, telles que les confiscations prononcées à différentes reprises contre les > duellistes et contre ceux qui tenaient des maisons de jeu. Mais une des prérogatives les plus singulières de rHôtel-Dieu de Paris, c'était l'autorisation donnée par. Charles IX de placer i ^ooo livres de rente à un taux usuraire de douze pour cent. Les créations de revenus , les lettres d'amortissement et les exemptions d'impôts firent la fortune de THoteUDieu. Des rentes importantes furent assignées à cet hôpital sur la prévoté de t^ris par Philippe H et ses successeurs ; elles s'élevaient déjà en iSog à ôSg livres 60 sols parisis, ce qui fait, en admettant que l'argent soit aujourd'hui quatre fois plus abondant, c'est-à-dire quatre fois inoiRS puissant qu'au quatorzième siècle, une somme de 64,000 francs. De 1860 à 1861 la recette pour l'administration générale de tous les hôpitaux de Paris a été-de^ 4<>j338,237 fr. 68 c, et la dépense de

36o HISTOIRE D£ PARIS. (1852-1865)

45,474,280 fp. 25 c. On voit par ce résultat que les revenus de Tadministration hospitalière sont loin d'être en rapport avec ses charges. On supplée à ce déficit par une subvention prélevée sur les produits deToctroi et des théâtres. L'administration reçoit bien encore quelques legs et donations; mais cette ressource n'a plus la même importance qu'autrefois. Non-seulement elle suit, selon l'observation de M. Husson , les fluctuations de la prospérité publique, mais, comme la fortune, qui, en France, se morcelle tous les jours davantage, elle se subdivise sans cesse et s'éparpille, si l'on peut s'exprimer ainsi, sur une multitude d'oeuvres et de^ spécialités diverses.

Aussi l'administration hospitalière devient tous les jours moins riche par l'augmentation même de ses besoins, par le renchérissement des choses nécessaires à la vie , par l'augmentation considérable de la population, de Paris , par l'organisation perfectionncie des hôpitaux , et enfin par le bien-être que les malades et les pauvres y trouvent aujourd'hui.

L'empereur Napoléon III, par une généreuse initiative, a décidé lui-même en i855 la construction de deux asiles pour les ouvriers convalescents ou ceux qui auraient été mutriés dans le cours de leurs travaux. Le rapport qui précède le décret du 8 mars explique comme il suit le but de l'institution :

« Aujourd'hui l'attention de Votre Majesté se porte vers la réalisation d'un nouveau bienfait. En pensant à nos glorieux blessés des camps , vous avez songé que l'industrie a ses blessés comme la guerre ; le chantier, l'atelier, qui, pour l'ouvrier, sont le vrai champ d'honneur, le renvoient bien souvent malade ou mutilé; l'hospice le

Page 1