W) LIVRE XXI. CHAPITRE IV
teau, Y Hôpital de La Riboisiere n'a été terminé qu'en i854 -i après avoir coûté plus de dix miHions. Il est vrai de dire que cet établissement peut passer, à juste titre, pour un modèle; le seul reproche qu'on puisse lui adresser, peut-être, c'est d'avoir été construit et meublé avec trop de luxe. En i854 M°**la comtesse de La Riboisiere ayant légué aux hospices 2,600,000 francs , à charge de construire un hôpital, on appliqua son legs aux dernières dépenses de cet établissement, qui prit son nom.
En résumé, tous les genres d'infortunes, de misères et de souffrances, trouventà Paris des hôpitaux, des hospices, des asiles, des maisons de retraite, des établissements spéciaux de charité et de bienfaisance dont il serait trop long d'énumérer le nombre et dont nous ne pourrions détailler les services. Les aveugles, les sourds-muets, les vieillards des deux sexes^ les pauvres ménages, les infirmes, les incurables , les riches tombés dans un état voisin de l'indigence, les aliénés, et tous ceux qui ont besoin d'une assistance pieuse et fraternelle, peuvent frapper à la porte des établissements spéciaux, qui s'ouvrent pour eux et les soulagent dans la mesure de ce qui est possible. Rome seule, toute proportion gardée, renferme un aussi grand nombre de maisons de charité de toute nature et consacrées à toutes les épreuves qui atteignent l'homme. Chaque arrondissement possède, en outre, un bureau de bienfaisance chargé de la distribution des secours à domicile, et les secours que la charité catholique distribue avec une ingénieuse délicatesse et une persévérante sollicitude dépassent toutes les évaluations possibles, sans pouvoir toutefois s'élever au niveau des besoins. Fous aurez toujours des pauvres parmi vous, a dit Notre-Seigneur.
Mais , on peut le dire avec un noble orgueil , il n'y a point de ville où les secours soient organisés d'une manière plus judicieuse, plus régulière et plus large qu'à Paris, oïl l'action bienfaisante et continuelle de la société seconde mieux et avec plus de dévouement et de constance les efforts de l'administration. Il n'est point dé ville qui consacre une somme aussi considérable au soulagement de ses enfants les plus malheureux; il ne fut jamais nécessaire de prescrire aux habitants de Paris la charité, « cette vertu céleste que Dieu a placée comme un puits d'abondance dans les déserts de la vie, » suivant la belle expression d'un écrivain célèbre! Un fait, triste du reste, prouvera mieux que tous les raisonnements combien doivent être grands les efforts de la bienfaisance publique ou privée pour diminuer la misère : c'est qu'ttw quart de la population de Paris naît dans les hôpitaux et qu^un tiers vient y mourir. Nous pensons néanmoins l'avoir démontré, notre société, si décriée cependant par certains individus systématiquement hostiles, ne reste pas au-dessous de la tâche qui lui incombe, et, grâce à Dieu, nous n'avons rien perdu de l'ardente charité de nos pères.
Une loi récente, qui a organisé, à Paris, tout ce qui concerne Y assistance publique j a confié cette administration à un directeur responsable, placé sous le contrôle d'un conseil de surveillance composé du préfet de la Seine, président, du préfet de police et de dix-huit membres. Le directeur est chargé de tous les détails de l'administration et doit assurer la marche régulière de tous les services. Il a sous ses ordres, pour le seconder, un nombreux personnel de trois cent cinquante-deux employés
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et de deux mille quatre cent vingt-quatre sous-employés et servants, répartis dans les quatre divisions de l'administration centrale et dans les divers établissements, non compris trois cent soixante-cinq médecins , chirurgiens, pharmaciens et élèves.
Le siège de cette vaste administration était naguère au parvis Notre-Dame, où se trouvait également le bureau central d'admission. Cette administration a été transférée sur la place de l'hôtel de ville ; elle réunit sous sa direction quarante-sept établissements , savoir : quinze hôpitaux , une maison de santé , douze hospices ou maisons de retraite, cinq établissements de service général, la direction des nourrices, la filature des indigents et les bureaux de bienfaisance comprenant les secours à domicile. ,
Le mont-de-piété de Paris forme aujourd'hui une administration indépendante, à la tête de laquelle est placé un directeur responsable, assisté d'un conseil de surveillance. Le mont-de-piété se compose du chef-lieu^ A' une succursale et de deux bureaux auxiliaires (trois nouveaux bureaux ont été créés, et il est question d'en établir neuf autres); enfin dix^neuf commissionnaires , tolères par l'administration^ complètent le système des prêts sur gages dans la ville de Paris. Les commissionnaires ne sont pas rétribués par le mont-de-piété, mais ils sont autorisés à percevoir un droit sur les opérations qu'ils font. Ce droit, de 3 pour loo, augmente les frais à la charge de l'emprunteur dans une proportion considérable. Le mont-de-piété aujourd'hui est encore obUgé, comme en 1779, d'emprunter les fonds dont il a besoin ; il prête à 10 pour 100 (droit fixe, 9 pour 100; droit temporaire^ 1/2 pour 100; droit de prisée, 1/2 pour 100). Les prêts
sont faits pour un an et renouvelables indéfiniment; le minimum des prêts est fixé à 3 fr. Lorsque le nantissement n'a pas été retiré ou renouvelé à Téchéance, il est vendu*, et le boni ^ s'il y a lieu , est tenu à la disposition de l'emprunteur pendant trois ans. Une caisse (ta compte permet de se libérer petit à petit. Lorsque le nantissement est perdu dans les magasins , cas , du reste, très-rare, on en rembourse la valeur, et l'on paye, en outre, une indemnité du quart en sus.
Pour compléter cette esquisse des établissements d'utilité et de charité, il ne nous reste peut-être qu'à mentionner la Morgue j où l'on dépose les cadavres inconnus, afin qu'ils soient reconnus par leurs familles, et les vastes cimetières, parmi, lesquels /e cimetière de VEst^ owAviPère- Lachaise^ nous rappelle les villes des morts j les nécropoles les plus fastueuses dont l'antiquité nous ait transmis le souvenir.
Rien ne peut donner une idée de ces espaces immenses parsemés de tombes et constel lés de monuments ; rien ne saurait définir l'émotion qui s'élève dans l'esprit du promeneur à l'aspect, de ces sépulcres , plus ou moins ornés , et sur la pierre desquels se trouvent inscrits les .noms les plus illustres dont s'honore l'histoire nationale depuis bientôt deux siècles. Disons-le cependant, les cimetières de Paris sont plutôt de riants jardins que des champs funèbres. La sculpture elle-même s'est étudiée a en écarter l'image de la mort ; elle dessinera, par exemple, une tête souriante là où il n'y a qu'un peu de cendre, un orateur parlant là où il n'y a qu'un squelette! Oh ! combien étaient plus éloquentes ces vieilles statues de nos pères couchées sur leur sépulcre et dormant leur sommeil sous la garde