I8Ô5) LIVRE XXI. CHAPITRE IV
des anges ! Un flambeau qui s'éteint , un sablier qui s'épuise^ une lyre dont les cordes se rompent, voilà tout ce qui rappelle aujourd'hui la mort. Les inscriptions , de leur coté, sont banales pour la plupart, étrangères à toute pensée d'avenir, et, sans la croix de bois noir du pauvre, sans la chapelle des dernières prières , on ne saurait souvent si c'est un peuple chrétien qui repose sous ces pierres et ces ileurs.
Près de l'ancienne barrière d'Enfer on voit s'ouvrir la principale entrée des Catacombes. On donne ce nom aux vastes souterrains et carrières qui existent sous la plus grande partie de Paris méridional et qui proviennent de l'extraction des pierres avec lesquelles on a bâti la ville. Jusqu'en i «y 7 5 on ne s'inquiéta pas de ces excavations, faites depuis le temps des Romains, et surtout depuis le treizième siècle , sans soin et sans précaution ; mais, des éboulements et des affaissements ayant jeté l'alarme, une visite fut faite, et l'on s'assura « que les temples, les palais et la plupart des voies publiques des quartiers méridionaux de Paris étaient près de s'abîmer dans des gouffres immenses. » Alors de grands travaux furent entrepris pour consolider les voûtes de ces carrières, et ces travaux, continués jusqu'à nos jours, ont fait disparaître toutes les craintes.
C'est dans une partie de ces souterrains qu'ont été transportés les ossements du cimetière des Innocents et des autres cimetières de Paris supprimés en 1785 et pendant la Révolution, auxquels on a ajouté les restes des personnes tuées dans les combats d'août 1788, dans l'affaire Réveillon, dans la journée du 10 août, enfin dans les massacres de septembre. On suppose que huit à dix millions de
squelettes, composant presque toute la population de Paris depuis Clovis, ont été ainsi transférés dans les Catacombes; mais, au lieu d'y être respectueusement et obscurément déposés, on en a tapissé les murs avec une certaine recherche, dans un but de décoration et pour faire de ces gouffres une sorte de palais de la Mort. On éprouve une douloureuse impression en voyant ces milliers de têtes symétriquement alignées en cordon, ou enlacées de mille manières, ou bien formant des colonnes, des piédestaux, des obélisques, des autels funéraires. Rien ne distingue les ossements de Thomme vulgaire et de l'homme illustre; aucun souvenir n'a été conservé ; quelques inscriptions apprennent seulement de quel cimetière ou de quelle église ces tristes débris ont été extraits. C'est une architecture lugubre, monotone et presque sacrilège , dont ridée et la réalisation remontent à Tadministration de M. Frochpt, qui exerça, l'un des premiers, les fonctions de préfet de la Seine.
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