CHAPITRE V
Lei thèàtrei. — Lei étabUisementi de plaîtîr.
On n'attend pas de nous une mention minutieuse et détaillée de tous les établissements de plaisir que Paris renferme au moment où nous terminons l'histoire de cette grande cité. S'abstenir d'en parler serait de notre part une affectation de rigorisme qui ne présenterait aucune espèce d'utilité et donnerait à notre livre le caractère d'une œuvre incomplète ; les décrire avec un soin scrupuleux, ce serait remplir un office trop peu sérieux, et empiéter, en quelque sorte, sur les attributions de ceux dont l'occupation peu littéraire et très-lucrative est de remanier de temps à autre le Guide de V étranger à Paris.
Nous avons parlé des principaux théâtres de la capitale en consignant, à leur date, ce qu'il importe de connaître de leur fondation et de leur spécialité. A l'heure présente, un décret ayant proclamé la liberté des théâtres, chacun d'eux est libre de choisir sans limites le genre de pièces qu'il veut représenter, et il n'y a d'autres démarcations que les différences très-variables qui existent entre les entreprises scéniques sous le point de vue de l'étendue, de l'ornementation, du prix des places et des splendeurs plus ou moins décoratives.
La plupart des anciens théâtres de Paris ont été démolis, depuis quelques années , pour faire place à des
boulevards et à des squares; on en a élevé d'autres, sur de plus larges bases et dans de plus remarquables proportionsy mais dont quelques-uns n'ont pas encore acquis la popularité et les sympathies de la foule. Cela viendra à la longue, tant la ville s'agrandit, tant le centre des plaisirs se déplace, A Paris on a pour habitude de décrier ce qui est, de nier ce qui sera et de regretter ce qu'on détruit. La justice de l'opinion est boiteuse; comme la justice des tribunaux , elle va lentement, elle hésite, elle refuse d'avancer, et pourtant, à un jour mar^ que, elle arrive.
Parmi les théâtres de construction nouvelle qui ont très-avantageusement remplacé les anciens, nous nous bornerons à mentionner le Théâtre impérial du Châtelet (l'ancien Cirque), le Théâtre Lyrique ^l le Théâtre de la Gaieté, Ce sont des monuments convenablement aménagés, ornés avec élégance, mieux aérés, mieux éclairés et mieux construits, au point de vue des lois de l'acoustique, que ne Tétaient les vieux et très-ppu regrettables édifices auxquels on les a substitués.
Mais il est un théâtre monumental , dont la construction a été récemment entreprise, au prix de sacrifices imprévus et inouïs, et qui prendra place parmi les édifices les plus splendides de la capitale et de l'empire : nous avons suffisamment désigné le nouvel Opéra.
Et ici qu'il nous soit permis, d'une part , d'entrer dans quelques détails rétrospectifs, d'autre part, d'anticiper sur un très-prochain avenir; ce sera le .moyen de raconter les origines de l'Opéra actuel et de décrire le monument , encore inachevé , dont nous donnons d'ailleurs le spécimen.