LIVRE XXI. CHAPITRE V
Thésée^ et une foule d'autres ouvrages aujourd'hui tout à fait oubliés. Il était venu se loger avec toute sa famille (i) dans le voisinage du théâtre, et Germain Brice, dans la première édition de son Guide (i685), nous le montre déjà installé depuis longtemps rue Sainte-Anne , au coin de la rue Neuve-des-Petits-Champs, dans cette belle maison à pilastres corinthiens dont les sculptures allégoriques rappellent encore aujourd'hui le souvenir du célèbre musicien.
Les successeurs de Lulli, et Francine, son gendre, à leur tête , n'eurent pas une gestion heureuse ; après bien des vicissitudes, dont le récit ne rentre pas dans le sujet de cet article, le roi Louis XV, au mois d'août 1749? chargea la ville de Paris de l'administration de l'Opéra. Ce fut, dit-on , M"* dePompadou^qui conseilla cette mesure, les directeurs aux abois faisant, à son avis, de trop fréquents appels à la munificence royale. « Le public, dit Barbier dans son Journal (2 ) , parut content de ce chan^ gement...* Les directeurs, qui ne cherchent qu'à gagner, ménageaient sur le tout.... Ce qu'il y aura de plus difficile pour le corps de la ville sera la police et la manutention des acteurs et actrices de l'Opéra, qui est un genre de peuple très-embarrassant à mener. >> Ce changement de système fut pendant quelques jours la grande préoccupation de Paris; on le célébra en vers et en prose, et le couplet suivant suffira pour donner une idée du ton de cette littérature de circonstance :
(i) Avec le musicien Lambert, son beau-père > celui dont Boileau parle dans ses satires , et qui conserva la maison de la rue Sainte- Anne après la mort de liuUi.
(2) Tome IV, page 889 (édition Chai^pentier, Paris, 18 Sy).
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Rien n'est mieux fait assurément Que ce nouvel arrangement ; C'était une chose incivile Que l'Opéra , si plein d'appas , Appartint à toute la ville Et que la ville ne l'eût pas.
Nous ne suivrons pas la nouvelle administration dans ses réformes et ses embarras financiers; nous avons hâte d'arriver à un événement d'une grande importance dans l'histoire de l'Opéra^ nous voulons parler de Tincendie du 6 avril 1763 (i). a II n'est plus question d'Opéra, dit Bachaumont dans ses Mémoires; le feu a pris par la faute des ouvriers et s'est perpétué par leur négligence à appeler du secours; il avait pris dès huit heures du matin ; ils ont voulu l'éteindre seuls et ils n'ont pu réussir, w
La ville fut condamnera rebâtir le théâtre qu'elle exploitait, et le duc d'Orléans obtint du roi que l'emplacement ne serait pas changé ; il fut seulement convenu qu'on agrandirait la salle en achetant les maisons situées entre le Palais- Royal et la rue des Bons-Enfants. L'architecte Moreau se mit de suite à l'œuvre, et, en attendant, le roi permit aux. artistes de l'Opéra de donner des représentations dans la salle des machines y au palais des Tuileries.
Taudis que SoufHot appropriait le théâtre des Tuileries à cette nouvelle destination , on donna quelques concerts dans une galerie du château ; c'était a l'onguent pour la brûlure », comme disaient les mauvais plaisants
(i) Un tableau de Cottreau représentait cet événement; il a été lithographie et se trouve dans V Histoire du Palais-Royal de M. Yatout; différentes estampes du temps, conservées à la Bibliothèque^ retracent aussi ce sinistre.
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de l'époque; puis, le 24 juin 176/4, on inaugura la salle provisoire des Tuileries par la première représentation de Castor et Pollux, opéra de Rameau.
Moreaumitsix années à reconstruire le théâtre du Balais- Royal, qui s'ouvrit à son tour le a6 janvier 1770. Hurtaut et Magny, dans leur Dictionnaire historique {i), ont donné une description très-complète de cette nouvelle salle, et c'est à leur ouvrage que nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui voudraient connaître en détail les principales dispositions de cet édifice. D'après ce livre la salle était magnifique, et Moreau reçut de la ville une gratification de 5o,ooo fr. Ajoutons toutefois que les avis étaient partagés à cet égard, car un contemporain très-compétent (2) trouvait « l'orchestre sourd , les voix affaiblies, les décorations mesquines et mal coloriées, les premières loges trop élevées, peu avantageuses pour les femmes, le vestibule indigne de la majesté du lieu, et les escaliers roides et étroits. »
Sans prendre parti dans ce débat rétrospectif, nous dirons que la nouvelle salle ne porta pas bonheur à la ville de Paris, et qu'au mois de mars T780 le roi lui retira le privilège du théâtre en laissant à sa charge aoo,ooofr. de dettes et 112,000 fr. de rentes viagères. Une année après (8 juin 1781) un nouvel incendie détruisait la salle du Palais-Royal et mettait encore une fois ses malheureux ar4;istes sur le pavé. Tandis que les faiseurs de projets cherchaient un emplacement pour reconstruire un nouveau théâtre et proposaient les uns le
(i) Tome 1er, page i8a (Paris, 1779).
(a) Bachaumont, dont les Mémoires si intéressants contiennent jour par jour l'histoire de l'Opéra, de 176a à 17884
Carrousel et les autres la place Louis XV , l'architecte Lenoir offrit de bâtir en six mois une salle provisoire sur le boulevard Saint-Martin , dans un ta^rain qui lui appartenait; il ne demandait qu'une somme de 200,000 fr. et s'engageait, en cas d'inexécution de son traité, à payer un dédit de 24,000 fr. Cette offre fut accueillie, malgré l'influence du duc de Chartres, qui voulait conserver à tout prix l'Opéra au Palais-Royal pour donner de la valeur aux nouvelles maisons avec arcades qu'il construisait à cette époque.
Lenoir se mit de suite à l'ouvrage, et ses travaux, continués la nuit aux flambeaux, attirèrent tous les curieux de Paris. Cependant les acteurs de l'Opéra ne pouvaient , comme en 1763, continuer leurs représentations dans la salle des machines , occupée à cette époque par les artistes de la Comédie-Française , pour lesquels on construisait le théâtre de l'Odéon, sur les terrains de l'ancien hôtel de Condé. La salle des Menus-Plaisirs, rue du Faubourg- Poissonnière, fut alors mise à la disposition de l'Opéra, et les représentations ne furent pas interrompues. Au bout de quatre-vingt-sept jours Lenoir avait terminé son œuvre, et le 20 octobre lySi la salle était livrée au public et inaugurée par un spectacle gratuit à l'occasion de la naissance du Dauphin. On voulait, disait-on , essayer la salle. Après la représenta tioù on distribua du vin et -des comestibles, et les charbonniers et les dames de la halle dansèrent toute la nuit sur le plancher du nouveau théâtre. 'Chacun sait que cette salle provisoire, âgée aujolird'hui de soixante-dix-neuf ans, est le théâtre delà Porte-Saipt- Martin.
La république devait encore une fois déplacer l'Aca-