‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 67 sur 96 · S52-1M5) LIVRE XXI. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

S52-1M5) LIVRE XXI. CHAPITRE V

demie royale de Musique ; en effet, en 1794 V Opéra na-^ tional fut transféré rue de la £0/ (rue Richelieu), en face la Bibliothèque , dans une salle appelée alors Théâtre national et b«atie par M"® Montansier. L'Opéra devint le Théâtre des Arts^ et la Réunion du 10 août y sans-culottide en grande vogue , inaugura le nouveau local.

Pendant toute la durée du Consulat et de TEmpire rOpéra fut maintenu place Louvois, à la grande terreur des employés de la Bibliothèque, qui appréhendaient tou« jours qu'un troisième incendie vint mettre en danger le précieux dépôt confié à leur garde.

Le 1 3 février 1 820 le duc de Berri est assassiné en sortant de l'Opéra. On démolit alors la salle de la rue Richelieu pour établir sur son emplacement une chapelle expiatoire, et, tandis que l'architecte Debret reconstruisait un nouvel Opéra provisoire, rue Le Peletier, sur les terrains de l'ancien hôtel de Choiseul (i), les artistes continuaient à jouer dans la salle Louvois, petit théâtre construit, en 1793, au n® 8 de la rue de ce nom. Aujourd'hui le théâtre Louvois est devenu le magasin des décors de l'Ôpéra-Comique. Est-il besoin d*ajouter que l'élégante fontaine Richelieii et lé square qui l'entoure occupent la place de l'ancienne salle de l'Opéra (2)?

La salle provisoire construite en 1820 par ïîebret est encore livrée au public, et de longues années auraient pu s'écouler sans que les habitants de Paris élevassent la voix pour bblenir que leur immense cité fut dotée d'un

(i) La salle de la rue Le Peteticr fat ioaugarée le t6 août iBii par /t'y bayadèreSj le Retour de Zéphyre.et Fivt Henri IF ; sa* coudtrac* lion avait duré un an et trois jours.

(i) Fr. Camus, notice insérée au Journal des Débats y 1860.

opéra assis sur des bases plus durables. L'administration s'est montrée moins patiente.

Pour un édifice en plâtre eten gravois , bâti à la hâte et destiné seulement à servir de tente pendant quelques années, le théâtre actuel de l'Opéra ne manque pas de grandeur. Malgré le peu de largeur de la rue, les dégagements se font avec facilité , grâce surtout au passage voisin. La décoration de l'intérieur est riche et pleine de goût, le foyer splendide. La salle contient dix-huit cents places.

L'Opéra réunit à lui seul toutes les magnificences de l'art : la poésie , la musique , la danse , la magie des décors, pour ravir l'imagination et éblouir les yeux. On fait encore quelquefois des ballets purs et simples, mais on ne fait plus d'opéras sans ballets, et les décorateurs ordinaires , comme les machinistes de ce théâtre , passent à bon droit pour les premiers du monde . Qu'il s'agisse de représenter un lever de soleil sur les montagnes , un navire s'abîmant dans les flots au milieu de la tempête , l'incendie d'un palais , une pompe triomphale escortant le char d'un empereur, le jardin d'une fée , le paradis ou l'enfer, la magie des décorations atteint les rêves de l'imagination la plus ardente et égale la nature, par la concentration de l'effet , les jeux de la perspective et de la lumière. Il y a là des hommes qui dépensent sans cesse un talent prodigieux à peindre , à grands coups de balai , des toiles de cent mètres carrés.

Danseurs et danseuses, chanteurs et cantatrices, chœurs et corps de ballet, musiciens d'orchestre, employés, décorateurs, machinistes, on peut se figurer aisément quelle armée immense l'Opéra possède à sa disposition , quelle tête il faut à qui veut diriger tout cela, et que d'ar-

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gent rien que pour payer ce monde! L'Opéra réunit les deux genres d'artistes qui sont le plus haut cotés sur la place : les chanteurs et les danseuses. Un premier ténor, qui coûtait i5oo livres autrefois, se fait payer en moyenne 60,000 fr. aujourd'hui, et quelquefois le double. Il en est à qui chacune de leurs soirées rapporte 3, 000 fr. Il serait curieux de calculer à quel prix revient chaque note. LaGuimard avait un traitement de 900 livres comme premier sujet de la danse; peutêtre en toucherait-elle 100,000 maintenant (i).

Pour de pareils sujets, pour de telles magnificences, pour un public recruté dans toutes les capitales du monde et qui se donne rendez-vous au grand Opéra de France, il fallait une salle digne de tant de luxe et en harmonie avec de semblables pompes. M. Garnier, architecte, a obtenu l'insigne honneur de faire construire sur ses plans le prodigieux théâtre qui portera le nom de noui'el Opéra.

A. vaut de se mettre à l'œuvre M. Charles Garnier, pour se rendre compte des perfectionnements apportés à l'architecture théâtrale et ne perdre aucun des progrès acquis par l'expérience, a sollicité et obtenu la mission de visiter les principaux théâtres de l'Italie du Nord et de l'Allemagne. Ce n'est pas au point de vue de l'art qu'il les a étudiés^ mais bien sous le rapport des aménagements extérieurs et intérieurs. M. Garnier, croyant que dans une si grosse entreprise on ne saurait trop prendre de précautions, et ne se fiant pas encore aux plans sur papier, a fait exécuter une maquette en relief de l'édifice commencé, afin que l'ordonnance générale en devînt in-

(1) M. Victor Fournely Paris dans sa splendeur j H, Charpentier, éditeur.

tellîgible à tous les yeux et prît déjà une sorte de réalité qui permît de mieux préjuger l'effet définitif. M. Ch. Garnier a franchement accepté les nécessités du bâtiment qu'il avait à construire comme point de départ de ses aspects externes. Les trois principales divisions de son Opéra sont aisément discernables du dehors et s'accusent au regard d'une manière nette et ferme. On démêle tout de suite le pérystile,~la salle et la scène; nulle erreur possible; du plus loin on comprend qu'on a devant soi un théâtre; aucun artifice n'a essayé de masquer la configuration véritable des choses, et de cette sincérité aussi louable qu'heureuse résulte une grande variété de profils dans la silhouette si importante des combles. Chaque partie retrace sa forme par sa couverture. I^ loggia et le foyer, qui s'étendent au-dessus du péristyle, conservent dans leur toit en terrasse la ligne horizontale de l'attlque, splendide couronnement de la façade, et ne mentent en aucune façon à leur disposition réelle. La salle présente une rotonde coiffée d'un dôme élégant , qui n'est que le relief de sa coupe intérieure. La scène développe un vaste fronton triangulaire déterminé par les inclinaisons naturelles du toit qui recouvre son immense vaisseau. De cette absence de mensonge dans la toiture résultent trois motifs divers qui réunissent les plus gracieuses lignes^ de l'architecture.

Plaçons-nous maintenant devant le nouvel Opéra comme si nous tournions le dos au boulevard des Capucines et contemplons la façade qui se déploie avec une élégante ampleur. Elle se compose d'un ordre de huit colonnes corinthiennes couplées , portant sur un soubassement percé d'arcades et surmontées d'une atti'que; deux

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avant-corps d'un ressaut modéré , qui accidentent sans la rompre cette grande ligne horizontale , encadrent Tordre et le continuent par un pareil système de colohnes doublées supportant un fronton semi-circulaire. Dans Tattique s'encastre un long bas-relief à fond d'or, espèce de panathénées de la musique et de la danse. Des aigles aux ailes éployées décorent chaque angle des avants-corps, terminés sur la ligne du ciel par des quadriges en bronze doré.

L'aspect général rappelle un peu le Garde-Meuble et la colonnade du Louvre , mais un agencement particulier des plus heureux atténue cette légère ressemblance avec deux monuments admirables d'ailleurs à divers titres et donne à la façade de M. Garnier un caractère qui lui est propre. Les seize colonnes couplées, séparées par de larges baies, forment un vaste portique ouvert ou loggia à l'italienne. Ces colonnes monolithes soutiennent avec aisance l'entablement et Tattique et suffiraient sans doute à la décoration de la façade dans un climat moins variable que le nôtre; mais chez nous les jours de mauvais temps ne sont pas rares, même en été;, la pluie s'engouffrerait avec le vent sous ce portique ouvert et cinglerait le visage des promeneurs pendant les entr'actes ; en outre, par les ciels nuageux, l'ombre s'entasserait dans ces profonds entre-colonnements et produirait des taches grises sur le front de cet édifice dont l'expression doit être splendide et joyeuse. M. Ch. Garnier a, d'une manière habile, paré à ces inconvénients par l'addition de colonnettes en marbre rouge disposées dans l'ébrasement des baies et soutenant un linteau surmonté de modillons encadrant des œils-de-bœuf dont l'orbite évidée forme

une niche pour un buste de poète , de compositeur* ou de célébrité lyrique. Cette disposition aussi él^ante qu'ingénieuse fait penser à certaines fenêtres ornementées qu'on admire dans les palais vénitiens sur le Grand- Canal ; elle concilie les exigences de l'architecture et celles de la vie. La légèreté des colonnettes fait valoir la puissance des grosses colonnes, et tout ce petit ordre intérieur qui meuble un vide n'altère pas les lignes principales.

Les façades latéi'ales, qui comportent un grand développement, sont sauvées de l'uniformité par deux avantcorps d'un style analogue à ceux de la façade, et couronnés d'un fronton arrondi portant sur des pilastres corinthiens, * et urtout par un grand pavillon central de forme ronde, coiffé d'une coupole, avec des œils-de-bœuf en mansarde. Ce pavillon est à demi engagé dans deux portiques à frontons et à colonnes d'une grande somptuosité d'ornementation. Le pavillon de l'Empereur, c'est-à-dire celui qui contient l'escalier conduisant à la loge impériale et aux salons dont elle est précédée, a de plus que l'autre, destiné au public, un escalier en fer à cheval à pente douce par où les voitures de la cour peuvent arriver chargées sous le vestibule et en descendre vides; cet escalier, d'une gracieuse circonvolution , produit, il est vrai, un défaut de symétrie, car, ainsi que nous Tavons dit tout à l'heure, il ne se répète pas sur la façade opposée ; mais ce défaut est plus sensible à l'esprit qu'à l'œil. Tl estdiffîcile, sinon impossible, de voir les deux pavillons en même temps; la mémoire seule peut donc être choquée. Nous n'aimons pas d'ailleurs ces parallélismes si parfaits où l'un des côtés n'est que la contre-

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épreuve de l'autre; un léger manque de symétrie, quand il n'interrompt pas le rhythme général des lignes , donne du mouvement et de la vie à un édifice.

Derrière l^salle, qui s'ouvre sur elle parle fond, se dresse la scène avec son développement immense. La façade qu'elle présente au-dessus des toits est percée de fenêtres rondes, alternées de médaillons et jséparées par des colonnettes , qui elles-mêmes reposent sur de longs pilastres , traçant sur ce vaste mur des divisions et des panneaux d'un aspect agréable. Aux quatre coins d'énormes piliers en manière de contre-forts arrêtent solidement les angles de cette nef colossale et servent de points d'appui aux rampants d'un toit dont les pentes donnent les lignes d'un grand fronton triangulaire qui se répète à la façade opposée. Une puissante corniche d'un fort relief borde ce fronton, orné à sa pointe culminante d'un acrotère supportant un groupe de figures. L'acrotère du fronton postérieur a pour ornement une grande palmette ouantéfixe. Des groupes et des trépieds couronnent les sommets des quatre piliers. Les bâtiments de l'administration s'arrangent avec la même sincérité de distribution que le reste derrière cette masse gigantesque , tenant la place qu'ils doivent occuper et ne troublant en rien l'aspect général du monument (i).

Le théâtre de V Opéra italien n'attire un public d'élite que par l'ensemble des talents et la célébrité des artistes. Au point de vue monumental il offre peu d'intérêt. Quelques autres théâtres encore sont particulièrement consacrés à la musique, et parmi eux X Opéra-Comique a

(i) M. Théophile Gauthier.

un rival qui, depuis quelques années, le serre de fort près; je veux parler de Tex-Tliéâtre Historique, fonde près du Château-d'Eau par Alexandre Dumas, qui voulait avoir une scène spéciale pour jouer ses pièces, et devenu le Théâtre Lyrique après une courte et pénible carrière dans sa voie primitive. On voulut créer une sorte d'Odéon musical , ouvert surtout aux compositeurs jeunes et inconnus. L'idée était excellente, mais les débuts du Théâtre Lyrique furent difficiles et semblèrent donner raison à ceux qui prétendaient que la place était mal choisie, et qu Orphée lui-même n'eût pu convertir à ses accords les jeunes habitués du boulevard du Temple. Cependant, à force d'habileté et d'intelligence, l'administration du Théâtre Lyrique a fait ce qu'Orphée n'eût pu faire, et, après avoir apprivoisé l'auditoire avec de l'Adolphe Adam , elle a fini par lui servir du Weber et du Mozart, et Weber et Mozart, accueillis avec transport, ont eu des centaines de représentations, en remplissant chaque fois les dix-sept cents places du théâtre.

Nous ne saurions oublier, dans cette nomenclature, de mentionner les Bouffes parisiens ^ qui ont remplacé le théâtre Comte, dans le passage Choiseul.'Ce petit théâtre n'est point une école d'austère inoralité.

Ceux qui aiment les exercices du corps, les exercices équestres, peuvent se rendre chaque soir au Cirque de r Impératrice ou au Cirque J\apoléon, L'administration du Cirque se permet le luxe de deux salles, l'une d!élé et l'autre d'hiver; cette dernière, un magnifique morceau d'architecture dûàM.Hittorff, est décorée extérieurement par des sculpteurs comme MM. Duret, Lequesne, Bosio, Guillaume, Dantan aîné et Pradier. Ce spectacle a

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