‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 69 sur 96 · J LIVRE XXI. CHAPITRE V · texte numérisé non relu

J LIVRE XXI. CHAPITRE V

état ordinaire, se pare encore de nouveaux dharmes .et s'embellit d'ornements splendides qui en font, durant quelques jours, une sorte de cité féerique et merveilleuse, ressemblant à un rêve des Mille et une Nuits, Le i5 août est aujourd'hui la date principale de cette transformation. Chaque fois que revient cette solennité, la ville revêt ses habits de fête ; des décorations improvisées s'élèvent dans les rues principales et sur les places publiques ; des colonnes , des mâts pavoises , des statues symboliques et allégoriques se dressent aux angles des ponts. Les salves d'artillerie retentissent; les orchestres militaires remplissent les airs de leur mâle harmonie. Tous les théâtres s'ouvrent pour des représentations gratuites, où la foule se presse par torrents tumultueux. Des pantomimes militaires se jouent sur l'esplanade des Invalides et à la barrière du Trône. Le soir un immense cordon d'illuminations enceint la ville entière; les monuments publics resplendissent , ornés jusqu'au faîte de guirlandes lumineuses; les lampions, les verres de couleur, les lanterhes vénitiennes, les feux de Bengale produisent un ensemble flamboyant dont l'effet est visible jusque dans un rayon de trois ou quatre lieues aux alentours dé Paris. Enfin, deux feux d'artifice, l'un à la barrière dji Trône, l'autre, le principal , au Trocadéro ou dans les enVirdns , complètent le programme , et en forment la partie la plus brillante, la plus impatiemment attendue.

Le carnaval de Paris est une piteuse chose, et qui ne vaut pas la peine qu'on se dérange de chez soi pour le voir passer, ce qui n'empêchera pas. Tannée prochaine et toutes celles qui suivront, le bon peuple de Paris de sortir encore en masse, sans se laisser décourager par tant de

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mécomptes. Le carnaval est mort, à proprement dire, et les quelques masques qui se hasardent à se montrer sont évidemment honteux de leur petit nombre, malgré leurs cris et leurs contorsions à froid. Ce qu'il nous a fait voir de plus remarquable darts ces dernières années , c'a été ces cavalcades organisées par le génie de la réclame pour recommander à la foule telle ou telle maison de commerce. Voilà oïl le carnaval en est réduit!

La descente de la Courtille elle-même, Thorrible descente de la Courtille , qui , le matin du mercredi des Cendres , réunissait en un interminable défilé tous les masques ivres et sales qui avaient passé la nuit dans les guinguettes et les bals de Belleville, n'est plus qu'une ruine, un débris immonde du passé. Quelques centaines d'ivrognes disséminés , pendant deux heures , sur toute la longueur de la rue du Faubourg-du-Temple, les uns à pied, les autres en carrioles, économiquement déguisés et faisant tous leurs efforts pour paraître drôles, sans arriver à autre chose qu'à être dégoûtants ; insultant la foule, insultés par elle , dans cet argot débraillé qui est le style officiel du carnaval ; de temps en temps roulant contre les bornes et ramassés par la police, voilà le spectacle pour lequel un certain nombre de Parisiens, mais moindre chaque année, se dérange à cinq ou six heures du matin.

De toutes les cérémonies du carnàmly il n'y en a qu'une seule qui ne soit pas déchue et qui conserve l'antique gloire et l'antique attrait de cette institution, c'est la Promenade du bœuf gras.

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