‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 71 sur 96 · M5) LIVRE XXI. CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

M5) LIVRE XXI. CHAPITRE VI

trop simplement écrite et ne porte pas plusieurs indications subsidiaires peut voyager pendant plusieurs jours de Batignolles à Ivry, delaVilletteà Vaugirard, ou dans le centre de l'ancien Paris, et n'arrive pas toujours au destinataire ; un cocher mal renseigné peut vous conduire au nord quand vos affaires vous appellent au sud , et vous promener longtemps à l'heure, de la meilleure foi du monde. Les erreurs les plus préjudiciables aux intérêts privés ou publics , les plus funestes en certains cas , sont quelquefois commises. Des inscriptions hypothécaires peuvent manquer d'exactitude. Il y a de fâcheux exemples de personnes allant requérir les secours urgents d'un médecin célèbre , ou d'estafettes portant des ordres pressés , que la similitude de deux noms de rues, même dans l'ancien Paris, a égarées , au grand péril de la vie d'un ami ou de l'ordre public. Qui n'a souvent maudit le trouble que jette dans la mémoire la ressemblance des dénominations des rues des Vetits-Champs y Neuve -des -Petits - Champs y Croix.des-Petits-C/i<3!/w/?^, ou encore des rues des Grands^jélugustins j des Yienx-yé iigustins; Neuve- Sa\n^'^ ugustinP Mais aujonrd%ui l'extension des limites de la ville a multiplié àrinfint et fort aggravé ces incôtivéoientSi. Pour les faire cessejf, le changertient où' la modification de 444 noms de rues ou de places dans Paris ancien ou nouveau sen^ble nécessaire. Dansrce nbnibi'e ne sont pas compris les noms de 362 voies privées, passages, impasses, cités, etc., qui devront être aussi changés si Ton veut rendre impossil^le toute confusion d'adresses^» Quelques explications ont paru nécessaires pour donner l'idée du système qui a présidé au choix des nouveaux noms attribués à un si grand nombre de rues.

4o4 HISTOIRE DE PARIS. (lS52-18d5)

Dans la plupart des villes considérables d'ancienne création, les quartiers et les rues ont pris des noms tirés , comme à Paris , de quelque édifice , de quelque homme plus ou moins célèbre , de quelque circonstance locale ; mais nous avons vu en Amérique de grandes cités naître d'un seul coup par le prodigieux et subit développement d'un peuple. lit les fondateurs , instruits par le spectacle du vieux monde , mais libres de tout fait préexistant , dégagés de toute habitude populaire, ont recherché a priori ce qui leur paraissait le plus simple et le plus commode; ils ont pris possession d'un vaste espace dans la prévision d'une immense et prochaine agglomération d'habitants ; ils ont marché la règle à la main , et tracé , en géomètres , le plan et la division de la ville nouvelle.

Seulement rien de tout cela n'est praticable dans une cité comme Paris, qui a été l'œuvre lente des événements et des siècles. Les rues y affectent toutes les directions , toutes les courbes ^ toutes les dimensions.

On ne saurait les classer par séries et les numéroter dans un ordre quelconque. Elles se sont formées isolément, par la construction d'anciennes habitations autour d'églises , de couvents , de palais aujourd'hui presque tous disparus, le long d'enceintes successivement élevées et détruites, à travers d'immenses enclos morcelés. Les groupes de maisons, les faubourgs, les hameaux se sont peu à peu grossis, rapprochés, soudés en quelque sorte comme des cristaux irréguliers et divers. C'eût été un ensemble confus et inextricable si l'esprit civiUsateur des souverains n'avait donné quelque unité, par des percées intelligentes , des démolitions bien entendues, à ce travail du temps et du hasard. S'il arrive qu'à la fin un' prince,

(1852-1865) LIVJIE XXI. CHAPITRE VI. 4o5

épris de sa capitale, après l'avoir agrandie par Tadjonction d'une douzaine de villes qu'elle avait fait naître autour d'elle, en veuille relier et proportionner toutes les parties sur un plan magnifique , alors de larges voies de circulation s'ouvrent à travers l'antique dédale et en coupent de part en part les replis; des promenades,s'allongent ou se courbent en lignes correctes; les têtes de chemins de fer, les principaux édifices , centres de l'action ou de la force publique , naguère séparés , sont mis en communication directe; de nouveaux quartiers couvrent de constructions de vastes terrains longtemps séparés de la ville et désormais accessibles ; une édilité active redresse les rues , adoucit les pentes, élargit les chaussées, dégage les monuments, lutte en faveur de la santé et du bien-être de la population contre les caprices et les imperfections dupasse. Mais l'immense cité, malgré sa transformation profonde , portera toujours sur chaque point de son sol , par le bizarre dessin de ses anciennes rues , par la direction variée de ses voies , d'origines diverses , l'empreinte successive des âges qui l'ont formée.

Le système de nomenclature des voies publiques actuellement en vigueur à Paris, et que l'on pourrait appeler historique^ puisque les noms des vieilles rues conservent le souvenir de l'ancienne population qui les a choisis et que ceux des rues nouvelles contribuent à perpétuer la mémoire des grands hommes , des grandes actions dont s'enorgueillit la nation , est donc celui qui convient le mieux à une ville ainsi faite. D'ailleurs est-il bien certain qu'au point de vue même de la brièveté et delà clarté le système américain soit préférable?

L'administration municipale a donc pensé qu'il n'y avait

4o6 HISTOIRE DE PARIS. (1852-1865)

rien autre chose à faire , en ce qui concernait la désignation des voies publiques de Paris, qu'à corriger et à perfectionner le système de nomenclature aujourd'hui en usage, daus le but principal de distinguer clairement l'une de l'autre, pour la commodité des commerçants^ des passants, des étrangers, pour la facilité des services publics, les rues qui se confondent trop souvent sous des noms identiques.

On pouvait y procéder de dçux manières. La première eût consisté à maintenir tous les noms existants , mais en y ajoutant , pour chaque rue , une seconde appellation empruntée au quartier , à quelque place ou à quelque monument du yoisinage. C'est à peu près la méthode anglaise. A Londres le nombre des noms employés pour les voies pubUques est relativement assez restreint. La mê^ie dénomination s'applique souvent à lo, à i5, à 20 rues ou davantage^ situées sur difféi^nts points de la ville. On les distingue d'abord au moyen de désignations ou d'espèce de catégories assez nombreuses dont voici laliste incomplète : allefy allée ; auenue^ avenue, buil- , dings^ bâtiments; circusj cirque; court, cour; crescent, croissant; garden^ jardin; groœ^ bocage; hilly coteau; /fl/ie, ruelle; meiVSj impasse; park^ parc; passage^ passage ; road^ chaussée ; rofv, rangée ; square^ square ; street^ nxe;çvalkj promenade; villa, villa, etc.

Mais ce premier moyen est loin de suffire; beaucoup de voies qui portent le même nom appartiennent à la même catégorie, à celle de street ^ par exemple. On a recours alors à l'expédient qui a été indiqué plus haut ; on ajoute à la dénomination principale une dénomination subsidiaire , tirée du quartier, d'un square, d'une

Page 1