‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 8 sur 96 · LIVRE XIX. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE XIX. CHAPITRE I

et loin des monuments vulgaires, était un immense sarcophage sorti de la main de Dieu. Du haut de ce rocher le fantôme de Napoléon le Grand semblait apparaître au monde, et les marins le saluaient de loin avec un respect mystique que le temps, les années, les siècles allaient redoubler. Ce rocher avait gardé intacte la dépouille de l'empereur, et la mort semblait n'avoir point osé altérer ces traits héroïques. Ce corps était là, loin des cendres vulgaires , loin des admirations d'une foule curieuse^ et si grand que l'imagination ne pouvait le mesurer. En le plaçant aux Invalides le roi Louis-Philippe obéit à un secret calcul ; il voulut confondre Napoléon avec Vauban et Tureune et l'honorer comme un général ; une étroite jalousie ne lui permit pas de marquer sa tombe parmi les monuments de Saint-Denis.

Vers la fin de l'année un nommé Darmès , obscur régicide, tira sur le roi et le manqua. Condamné par la cour des Pairs, ce misérable expia son crime sur l'échafaud.

L'année suivante fut un peu assombrie par les humiliations politiques acceptées par le roi et imposées à la France à la suite des conflits égyptiens. Pour soustraire l'avenir aux misères du présent, le gouvernement de Louis-Philippe avait décidé que Paris serait environné de citadelles" et d'une enceinte bastionnée. L'année 1841 vit entreprendre les fortifications qui ont, pour l'avenir, déterminé la limite que Paris ne franchira point d'ici à quelques siècles , et, à ce point de vue, peut-être ont-elies fait à la grande capitale une circonscription trop étroite. T^es habitants de Paris, naturellement frondeurs, virent avec beaucoup de déplaisir, commencer cet immense tra-

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yail militaire; Qoleur fît croire qu'ils seraient désormais, au moindre caprice royal, emprisonnés et bombardés. Depuis lors ils ont connu d'autres dangers moins fantastiques^ et ce n'est phis le pouvoir souverain qu'ils appréhendent davantage.

. En 1842 de tragiques incidents portèrent le deuil dans Paris et dans tout le royaume. Le 8 mai, sur le chemin de fer de Paris à Versailles (rive gauche), un convoi de voyageurs, composé de quii^ze wagons ou diligences ^ et ayant à l'arrière une Lpcomotive, fut soudainement arrêté par la chute d'une machine | et il s'ensuivit une scène épouvantable. Les voitures, lancées par leur prppre ;îm-t pulsion, montèrent 1^ unes sur les autres, et le feu se communiquant aux caisses agglomérées çn fit «omme up immense bûjçher. Les portières étant fermées à çlef ,;ua no^re considérable dp voyageurs de tout âge et de tout sçxe. périrent consumés par le feu; on entendait retentir leurs cris horrîibles et tout secours était impossible. Oïk était forcé, de voir, sans pouvoir l'arrêter, le feu anéantir les corps qui se penchaient., se. flrei^ient,. retombaient d|ins tous les sens pour iéchappei; aux fureurs de l'inceadie. Parmi les victimes périt l'amiral Dumont-Durville; qui deux fois avait fftit le tour du monde;dans l'int^êt d^ la Science.

L'émotion produite par ce terrible événement n^était point encore apaisée; lorsque le 1 3 juillet ^ vers puze heures du\ matin ^ le duc d'OrléanSy prince royal >et fils aîné du roi, se rendant à Neuilly dans une calèche à. la Daumont^ tomba de la. manière la plus malheureuse sui* le pavé de la route de la Révolte, à peu de ^ distance de la parte Maillot. Pendant quatre* hem[^s l'héritier .du

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trône demèura^éteodu $ur un matelas^ d^tis une arrièreboutique,, entoure de» princes et des princesses à genoux autour d^ lui, sans pouvoir reprendre ses ^ns ni répondre aus: génûssement^'de sa famille.. Après sa mort, le roi, la reine et leui?» enfadt^, le» officiers dQ leurâ maisons , les ministr/ç&et un grand npn^bre de citoyens de toutes classes acQQimpagnèrent à pied le corps du prinq^ royal jusquVu château de^Neuilly^Peui, de jours après les obsèques de l'infortuné duc d'Orléans furent célébrées en , grande pompe à Notre-Dame*, <

. Dès ce n\oment il fi^t visible que la main de Dieu se retirait de Louis-tPhiUppe e,t de: sa dynastie ; les jeunes princes de cette famille coQtinuaient encore à isiervir courageusement sdus le^ drapeaux ; des témoignages de sympathie arciysûent: aii pied du tr^ne;^ mais tout le monde se disait qu'onisas^istait au eomnwncemenê de la fin.

. Durant les dernièresannées.du gouvernement de Juillet l'histoire de.Pârjs nc^fùt marquée d'aucun événement bien, grave; elk présenta une sorte de monotonie dont nous ne féliciterons point, nos concitoyens.. On ne pdutpas dire des vilks^foe qu'on dit des imtions^^aitoip, que les plus heureuses sont celles dont on ne parle pas ; il est bon, au, contraire, pour la grandeur et la prospérité d'une cité, qu'on ait beaucoup parlé d'elle. En politique, lit population de Paris, lasse d'émotions et indifférente à des conflits sans portée^ ne se préoccupa que fort médiocrement des luttes^ quiy sous le ministère de M. Gui^ot «t du maréchal Soult, s'eng^eaient chaque année entre le parti conservateur et Jà gauche dynastique, le premier tendantà se maintenir dans ses positions, l'autre à les lui prendre. Dans ces dé^ bats déjà oubliéspar l'histoire gn dépensait en pure pertie-

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beaucoup de talent et Ton gaspillait beaucoup dç liberté. Quant à la ville de Paris, par le seul fait de sa puissance et de sa masse, elle tendait à développer ses éléments de prospérité et de richesses, et elle y parvenait aisément. Dans la période dont nous esquissons le tableau, c'est-àdire vers le déclin du règne de Louis-Philippe, on inaugura successivement le chemin de fer de Rouen, le chemin de fer du Nord, le chemin de fer deParis à Orléans, à Tours et à Nantes, et les premières étapes du chemin de fer de Paris à Lyon ; on termina l'immense entreprise des fortifications; on agrandit Thôtel de ville dans de vastes proportions ; on ouvrit de nouvelles voies ; on commença la belle église de Sainte-Clotilde; on embellit d'une manière remarquable tout ce qui se rattachait à la décoration extérieure de la cité. Ce mouvement imprimé au développement de la prospérité et de la grandeur parisienne a été dépassé depuis lors; mais les merveilles dont nous sommes aujourd'hui témoins ne doivent pas nous rendre ingrats envers ceux qui, de i843 à 1848, utilisèrent avec intelligence les ressources de la capitale. Dans cette même période la tranquillité publique ne fut jamais sérieusement troublée; on eût dit que le peuple avait pour toujours déposé les armes ; Tempire de la loi était accepté , et les partis, certains que la vieillesse avancée du monarque ne tarderait pas à leur fournir une occasion inévitable d'arborer leur drapeau, semblaient s'être donné le mot pour attendre. A l'abri de cette sécurité un peu trompeuse le commerce marchait dans une voie de progrès rapide ; la littérature et les arts accroissaient leur domaine^ et l'industrie manifestait sa grandeur dans des expositions pë« riodiques dont le souvenir n'est point eOacé.

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