CHAPITRE VI
Paris sou. Louis XI (1461—1483).
Sous le règne de Louis XI et sous Charles VIII l'importance politique de Paris semble tout à fait décroître, et cette capitale cesse d'être le théâtre des grands événements de notre histoire.
Charles VII avait réussi à prévaloir contre la réaction féodale, mais c'était autant par des transactions habiles que par la force. L'aristocratie était toujours puissante, les grands feudataires menaçants. Quand ce roi mourut les seigneurs comprirent qu'ils avaient beaucoup à craindre de son fils, et Dunois l'annonça en ces termes à la noblesse assemblée : « Le roi notre maître est mort : que chacun songe à se pourvoir. »
Le nouveau roi, nourri dans les intrigues, habitué par nécessité à une dissimulation profonde, cruel et superstitieux, se proposa pour mission d'affranchir la royauté de toute gêne féodale, d'humilier les grands, et de mettre sa couronne si haut qu'il n'y eût bras de vassal assez grand pour y atteindre. Il n'épargna rien pour parvenir à ce but ; il s'entoura de petites gens , affectant de choisir ses ministres et ses favoris dans les derniers rangs de la société. Ses vêtements étaient grossiers, ses manières vulgaires ; ses amis, un barbier, un astrologue, un prévôt exécuteur des hautes œuvres ; sa religion, une foi mal éclairée, et qu'il savait au besoin mettre de côté; toute sa vie, une longue et
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constante hypocrisie. Ce fut pourtant, malgré ses défauts et même des crimes, l'un des princes les plus habiles qui aient régné sur la France. Mais il n'est rien de plus dangereux que de juger des résultats en faisant abstraction des efforts vils et odieux par lesquels ils ont été obtenus.
Ce roi, en butte aux complots de ses nobles feudataires, avait besoin de trouver un point d'appui dans les masses, et à cet égard il ne négligeait aucun moyen de rattacher à lui la bourgeoisie par le double lien de la reconnaissance et des intérêts. Il voulait émanciper, et non grandir, cette classe dont il semblait pressentir les futures destinées. Pour réaliser cette pensée il avait donné aux bourgeois des villes une organisation militaire , des armes, et le pouvoir de protéger et degarantir leurs propres immunités. En les rendant forts il cherchait à donner les classes moyennes pour appui à la couronne. Ce n'est pas certes qu'il préférât les libertés municipales aux privilèges aristocratiques ; il ne voulait ni des unes ni des autres. S'il abattait les grands fiefs, il mettait les villes de plus en plus dans sa main en faisant prévaloir le système de la nomination des maires par le roi sur celui des élections municipales ; les contribuables, que l'aggravation des taxes souleva, furent cruellement traités. Beaucoup périrent , pendus aux arbres le long des chemins, ou jetés à la rivière cousus dans des sacs sur lesquels était écrit : « Laissez passer la justice du roi! » Tout plia sous sa volonté souveraine, et la royauté sortit de ses mains couverte de sang, mais crainte des nobles, à cause de sa force, et respectée du peuple, parce qu'elle assurait la paix publique, la sûreté des routes, et que déjà elle s'occupait du grand intérêt des sociétés modernes, le commerce et l'industrie.]
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« Un bien avoit en lui nostre bon maistre, dit Comines : il ne mettoit rien en trésor, il prenoit tout et despendoit tout. 11 fit des grans édifficcs à la fortiffication de deffeose des villes et places de son royaulme, et plus que tous les aultres roysqui on esté devant luy. Pour éviter la cautelle ( les fourberies ) et pillerie des chicaneurs, il eust voulu qu'en ce royaume Ton usast d'une coustume, d'un poix et d'une mesure (unité de lois, de poids et de mesures ), et que toutes les coustumes fussent mises en françois, en un beau livre. »
a Louis XI, dit encore Comines, étoit humble en paroles et en habits... Il étoit naturellement ami des gens de moyen état ; il étoit léger à parler des gens , sauf de ceux qu'il craignoit, car il étoit assez craintif de sa propre nature.. . Il disoit, pour répondre aux reproches qu'on lui faisoit de ne pas garder assez sa dignité : Lorsqu'orgueil chemine devant, honte et dommage suivent de bien près. Il disoit encore que tout son conseil étoit dans sa teste, parce qu'en effet il ne consultoit personne. »
Après avoir été sacré a Reims le i5août 1461, Louis XI s'achemina vers Paris avec les ducs de Bourgogne , d'Orléans, de Bourbon, de Clèves; les comtes de Charolais, d'Angoulême, de Saint-Pol et de Dunois. 11 arriva le 3o du même mois dans le faubourg de la capitale et s'arrêta à l'hôtel des Porcherons , situé hors de la porte Saint-Honoré. L'évêque de Paris, le Parlement, la chambre des comptes, l'Université, le prévôt de Paris, celui des marchands et les échevins se portèrent au-devant du roi , tous en robes de damas, fourrées de martre, en dépit d'une chaleur étouffante et à la plus grande gloire de l'étiquette. Les magistrats présentèrent à Louis XI les clefs de la porte Saint-
Denis, par laquelle il devait faire son entrée ? le cortège se mit en marche. On reconnaissait aisément le roi au milieu de la foule illustre qui l'environnait ce jour-là ; il était vêtu d'une tunique de velours violet, semée de fleurs de lis d'or, et recouverte d'un manteau de satin blanc, orné d'une riche broderie ; sa coiffure était un petit chaperon de velours noir loquet ê. Les seigneurs de la suite n'étaient pas habillés moins richement; leurs chevaux mêmes participaient à cette magnificence, ils portaient des housses de damas, de velours, de drap d'or, doublées d'hermine ou de martre zibeline, et chargées d'ornements en vermeil. Louis XI montait un cheval blanc.
Lorsqu'on fut arrivé devant l'église Saint-Lazare, le nommé Loyal-Cœur, héraut, vêtu d'un habit aux armes de la ville, s'avança vers le roi et lui présenta cinq dames fort belles, superbement parées et montées sur de beaux chevaux caparaçonnés aux armes de la ville. Chacune d'elles représentait une des cinq lettres du mot Paris. Elles récitèrent des vers. Vers la porte Saint-Denis <r étoit une moult belle nef en figure ddrgent, et à la hune du mât étoit uu roy, habillé en habit royal, que deux anges conduisoient. » A l'avant et à l'arrière se voyaient deux personnages , Justice et Équité , qui récitèrent également des vers. De ce navire descendirent deux petits anges qui posèrent une couronne sur la tête du roi.
« A la fontaine du Ponceau, dit un écrivain contemporain, étoient hommes et femmes sauvages qui se combattoient et faisoient plusieurs contenances, et il y avoit encore trois bien belles filles, faisant personnages de sirènes.... Près d'elles jouoient plusieurs bas instruments qui rendoient de grandes mélodies; et pour bien rafraîchir les en-
trants en ladite ville, il y avoit divers conduits en ladite fontaine, jettans lait, vin et hypocras, dont chacun buvoit qui vouloit. Un peu en dessous du Ponceau, à l'endroit de la Trinité, étoit une Passion, par personnages et sans parler, représentant Dieu étendu en la croix, et les deux larrons à droite et à gauche ; et plus avant, à la porte aux Peintres, il y avoit d'autres personnages moult richement habillés. A la fontaine Saint-Innocent étoient des chasseurs poursuivant une biche, qui faisoient moult grand bruit de chiens et de trompes de chasse. A la Boucherie de Paris des échafauds représentoient la bastille de Dieppe, et quand le roy passa il se livra là merveilleux assaut de gens du roy à rencontre des Anglois de la bastille , qui furent vaincus et pris, et eurent tous les gorges coupées. Contre la porte du Chastelet étoient de moult beaux personnages, et sur le Pont-au-Change il y en avoit d'autres. A l'heure que le roi passa on laissa voler parmi ledit pont plus de deux cents douzaines d'oiseaux de diverses sortes, que les oiseleurs de Paris lâchèrent, comme ils sont tenus de le faire, parce qu'ils ont sur ce pont, les jours de festes, lieu et place pour vendre lesdits oiseaux.» Louis XI se rendit à Notre-Dame, où le clergé entonna des chants d'actions de grâces; puis il s'arrêta au palais de la Cité et y reçut les hommages des autorités constituées, des magistrats et des grands vassaux de la couronne. Parmi ces derniers figurait Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Le roi le voyait avec un secret déplaisir, car la présence du vieux duc le gênait, et il était inquiet de l'enthousiasme populaire qui accueillait Monsieur de Bourgogne. Lorsque le vieux duc sortait de son hôtel d'Artois les Parisiens entonnaient la vieille chanson des guerres civiles : « Duc de
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Bourgogne , Dieu te maintienne en joie ! » Mais avant le départ de Philippe le roi avait déjà opéré de nombreuses mutations dans le gouvernement. Animé par la vengeance, il détruisait tout ce qu'avait fait son père et destituait ses anciens serviteurs. Aussi on rapporte que le duc de Bourgogne dit à son cousin, Jean de Bourbon : « Cet homme ne régnera pas longuement sans avoir un merveilleusement grand trouble. »
Le roi se rendant à Bayonne, oîi il devait avoir une entrevue avec le roi de Castille, confia la garde de Paris à Bertrand de Beau vau , seigneur de Précigny et président des comptes, et à Charles de Melun, seigneur des Landes, bailli de Sens, et les commit pour estre, demeurer et eux tenir en ladite ville de Paris. En récompense de ses bons services, Louis Xï, par lettres du 16 août i463 , accorda à Charles de Melun et à ses descendants l'hôtel de la Reine, dit de la Pisotte, situé rue Saint- Antoine , et le 8 mars de Tannée suivante il nomma ce même seigneur " gouverneur et lieutenant général de Paris et de l'Ile-de- France (i).
Louis XI était préoccupé de la nécessité de soustraire la couronne et le pays aux abus du régime féodal. En recevant le parlement de Paris et le corps de ville il avait exprimé son impatience d'opérer de justes réformes, a Pendant les cinq années d'exil que j'ai passées dans les Flandres, avait-il dit, j'ai été témoin du bonheur auquel un peuple peut atteindre par Tordre, la règle et le travail. Tous les habitants de ces heureuses provinces ont des habitations saines , de bons vêtements et une nourriture aboa-
(i) Félibien, tome II, page 849.
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dante; aussi sont-ils pleins de santé et de bien-être. Au contraire, depuis que je suis en France, je vois un pays dévasté et une population rare, chétive, souffreteuse. Le pain, les habits, les abris même, tout y manque ou s'y trouve insuffisant. Un contraste aussi frappant nous indique à tous nos devoirs. Nous devons travailler ensemble, vous et moi, à réparer tant de mal ; vous, en vous réveillant à l'activité, à Tordre, à l'industrie; moi, en vous protégeant par un bon et sage gouvernement , et en détruisant sans faiblesse les abus. » Si ce ne furent là ses paroles expresses , elles eurent le même sens, et révélèrent un roi disposé à en finir avec les caprices dispendieux de la noblesse et des princes.
Les actes suivirent de près la menace , et une pareille attitude fit comprendre aux grands vassaux ce qu'ils avaient à craindre du roi s'ils ne se liguaient contre lui; les autres seigneurs l'avaient déjà compris par divers exemples. Deux d'entre eux, s'étant livres aux plaisirs de la chasse malgré les ordres du roi, eurent les oreilles coupées. Le peuple trouvait quelque satisfaction méchante à voir la noblesse ainsi traitée ; mais il ne fut point toujours épargné luimême : les impôts furent à peu près doublés. Quelques soulèvements éclatèrent dans les villes, mais les mécontents furent contenus par des supplices.
Le moment parut favorable aux ducs de Bretagne , de Bourbon, au comte de Charolais , à Dunois et aux autres grands du royaume. Sous le prétexte de secourir le peuple, allégation ordinaire de toutes les révoltes, ils formèrent contre le roi une coalition qu'on appela ligue du Bien public. Les villes ne prirent point part à ce mouvement, mais elles ne le condamnèrent pas davantage ; elles attendirent les événe-
raents. Louis XI marcha en personne contre les rebelles, que commandait le comte de Charolais; une sanglante bataille fut livrée à Montlhéry, mais elle n'eut aucun résultat. Dans cette journée, Louis XI se montra intrépide pour la première et peut-être aussi pour la dernière fois de sa vie. «L'épouvante fut telle, ditMézeray, qu'il y eut des fuyards qui piquèrent cinquante lieues sans reparaître, publiant des deux parts qu'ils avoient perdu la bataille. »
Durant le cours de ces agitations et de ces guerres le roi ne perdait pas de vue la nécessité de rallier à ses intérêts la population de Paris , dont il avait d'ailleurs les sympathies. Satisfaitde la conduite des Parisiens, qui avaient pris parti pour les droits de la couronne, il leur envoya quatre de ses principaux officiers pour les remercier « de leurs bons vouloirs et loyautez , en les priant et exhortant de bien en mieux continuer; et leur mandoit qu'il envoyeroit la reine pour accoucher à Paris , comme à la ville du monde que plus il aimoit (i). » Le dimanche 1 1 juin on fit une procession solennelle pour demander à Dieu la paix ; le prévôt ordonna ensuite que les portes Saint-Martin, Montmartre, du Temple, de Saint-Germain des Prés , Saint- Victor et Saint-Michel fussent murées, et que Ton fit le guet sur les remparts. Le 2S du même mois nouvelles précautions. On ordonna d'attacher des chaînes aux coins des rues, et les bourgeois furent pries de se fournir d'armes. Cinq jours après, Joachim Rouhaut, seigneur de Gamache, maréchal de France, entra dans Paris à la tête de cent hommes d'armes. Les bourgeois établirent un nouveau guet de nuit à cheval , commandé par l'un des principaux
(1) Jean de Troycs.
capitaines de la ville. L'évêque d'Évreux , par zèle ou par vanité, fit lui-même le guet, dans la nuit du lundi 2 juillet, à la tête de la compagnie du maréchal de Gamache (1). »
La guerre durait encore lorsque le comte de Charolais (Charles le Téméraire) arriva devant Paris à la tête des Bourguignons. L'un de ses lieutenants, nommé Hautbourdin, fut d'avis de monter sur-le-champ à l'assaut; mais le comte de Charolais, établi a Saint-Denis , rejeta cet avis, et se contenta de faire quelques escarmouches, de voulster (voltiger), suivant les expressions de la Chronique. Les Bourguignons, repoussésavec perte, tentèrent une surprise. Le 8 juillet , quatre hérauts d'armes se présentèrent à la porte Saint-Denis, et demandèrent, au nom du comte, des vivres pour l'armée à un prix modéré, et le passage à travers la ville, avec les plus grandes menaces si on rejetait cette proposition. Pierre l 'Orfèvre, seigneur d'Ermenonville, et Jean de Popincourt, seigneur de Sarcelles, avaient ce jour-là la garde de la porte. Tandis qu'ils discutaient avec les hérauts, un corps de troupes ennemies s'avança jusqu'à Saint-Lazare et tenta de forcer l'entrée de la ville, mais la garde bourgeoise se défendit avec courage et tint l'ennemi en échec jusqu'à ce que l'arrivée du maréchal de Gamache vînt décider la victoire. Les Bourguignons abandonnèrent alors Saint-Denis et attaquèrent le pont de Saint- Cloud, qui devait livrer passage aux troupes du duc de Bretagne. Jacques Le Maire, bourgeois de Paris, en avait la garde et l'avait défendu quelques jours avant avec un l'are courage. Il soutint avec la même énergie cette seconde attaque et ne capitula qu'au troisième assaut. Deux jours
(1) FéUbien.
chevêque de Narbonne que vous me feriez repentiravant le bout de Tan des paroles que vous avait dites ce fou de Morvilliers. Vraiment vous m'avez bien tenu promesse, encore bien plus tôt que le bout de l'an Avec
telles gens j'aime à besogner. »
Tandis que le roi se hasardait avec un tel abandon dans le camp du Bourguignon, les soldats de ce dernier, debout le long de la rive et s appuyant sur leurs lances, devisaient sur cette marque imprudente de confiance, qui en effet ne devait pas toujours réussir au prince français. « Par ma « foi! si voulions, disaient-ils, il seroit à nous, d La première conférence dura deux heures ; une seconde entrevue eut lieu le lendemain, et le comte de Charolais, jaloux d'égaler son suzerain en audace, s'aventura jusque dans l'intérieur de Paris. Lorsqu'il revint à son camp, à la nuit close, les seigneurs bourguignons, déjà fort alarmés de son absence, blâmèrent respectueusement sa témérité.
Lorsque Louis XI entamait une négociation il ne manquait jamais de conclure à quelque prix que ce fût, parce que ce monarque sans foi avait coutume de ne traiter que sous l'empire d'une nécessité pressante, et seulement pour le temps où elle le dominait, ce II savait, dit un historien, s'accommoder aux circonstances quand il était le plus faible, faire des traités selon la volonté de ses ennemis , leur céder ses droits et ses prétentions afin de les désunir. Mais, quand une fois il avait rompu leur ligue, il reprenait ce qu'il avait cédé et ne tenait rien de ce qu'il avait promis. »
Le traité dit de Conflans, signé à Vincenues le 3o octobre i465, fut, de la part du roi, tissu de ces déceptions, et tout eu le signant il protestait, dans le secret de sa
(Ki6i-i<iaJi LIVRE IX. CHAPITRE VI. 3()I
conscience, contre ce qu'il accordait de contraire au bien du royaume. Quoi qu'il en soit, après avoir signé cette paix trompeuse, le roi soupa à l'hôtel de ville, diminua encore les impôts, alla rendre grâce à Dieu, dans l'église de Saint-Denis, de la dissolution de la ligue, et y fit un présent de 100 écus d'or, qu'il porta lui-même sur l'autel. Quelque temps après il partit pour la Normandie, emmenant avec lui deux bourgeois de Paris, Arnaud Luillier, changeur, et Jean Longuejoie, le jeune.
La même année il accorda de grands privilèges à sa bonne ville de Paris. « En vertu d'anciennes ordonnances, il était permis aux marchands qui achetaient dans la ville, prévôté et vicomté de Paris, ou qui y passaient pour conduire leurs marchandises hors des frontières ou dans des lieux dans lesquels les aides du roi n'avaient point cours, de s'exempter de la traite foraine de 1 2 deniers pour livre, qu'ils étaient obligés de donner à la frontière, en payant seulement 6 deniers pour livre à Paris. La cour des aides les contraignit ensuite à payer à Paris les 6 deniers pour livre et à donner caution de rapporter un certificat constatant que les marchandises avaient été vendues dans des lieux non soumis aux aides. Par lettres du 7 février le roi abolit cette obligation. Comme les bourgeois avaient hébergé plusieurs fois des gens de guerre, malgré leur exemption, une seconde ordonnance confirma leur privilège au mois d'octobre suivant. Par autres lettres du 20 du même mois le roi déclara exempts de tous subsides et impôts quelconques, présents et futurs, le prévôt des marchands, leséchevins, greffier, le receveur et le procureur du roi à l'hôtel de ville. Par autres lettres patentes du 9 novembre, qui
3c)2 niSTOIRE Di: PARIS. (1461-1483)
confirmaient d'anciens privilèges, il ordonna que les Parisiens ne pourraient être tirés hors des murs de la ville, ni tenus de plaider ailleurs que dans la ville, s'il ne leur p/aisoit, et que les nobles et bourgeois ayant fiefs nobles et arrière-fiefs ne pourraient être contraints d'aller au ban et arrière-ban, pourvu toutefois qu'ils fussent prêts à défendre Paris. En enregistrant cette ordonnance le Parlement fit cette restriction aux mots s'il ne leur plaisoit, que les Parisiens, comme défendeurs, ne pourraient plaider ailleurs qu'à Paris même. Les dix sergents de la ville, divisés en sergents du Parloir aux bourgeois et sergents de la marchandise, profitant des circonstances et des services qu'ils avaient rendus pendant la guerre du Bien public, remontrèrent au roi la modicité de leurs gages, qui n'étaient pour les premiers que d'un denier tournois par jour et de six pour les autres, avec une robe à chacun. Louis leur accorda les mêmes avantages qu'aux archers et arbalétriers de la ville (i). » L'année suivante le roi établit un tribunal de vingt et un commissaires, présidés par le comte de Du n ois, pour réformer les abus qui s'étaient glissés dans l'administration de la justice.
Vers le même temps, pour déployer l'appareil de sa force et imposer aux factieux, Louis XI ordonna à tous les citoyens de Paris, depuis l'âge de seize ans jusqu'à soixante, de se tenir prêts à passer en revue devant lui. Ils devaient se diviser en compagnies, et porter, sinon des armes, du moins un bâton deffensable, sous peine de la hart. Le recteur de l'Université, Guillaume Fichet, pour avoir fait difficulté de laisser armer les écoliers , encourut la dis-
(i) Félibien, t. II, p. 866,
grâce du roi. Le jeudi 14 septembre ces soldats citoyens sortirent de la ville au nombre de soixante à quatre-vingt mille, dont la moitié avait des armes. Us furent rangés en bataille dans la campagne aux environs de Saint-Antoine des Champs et jusqu'à Conflans. On compta dans cette armée jusqu'à soixante- sept bannières des seuls corps des métiers, sans compter les étendards et guidons du Parlement, de la chambre des comptes, du trésor, des généraux des aides, des monnaies, du Chatelet et de l'hôtel de ville. Comme il était resté dans le ville un plus grand nombre de vieillards, de femmes et d'enfants, sans compter les gens d'église et autres citoyens exemptés de cette charge, on peut évaluer à trois cent mille le nombre des habitants de Paris à cette époque.
Le 22 septembre Louis, accompagné de l'évêque d'Évreux et de quelques seigneurs, alla en pèlerinage à pied à Saint-Denis. Il trouva sur son chemin <c trois ribauds qui luy vinrent requérir grâce et rémission de ce que tout leur temps ils avoient été larrons, meurtriers et espieurs de chemins, laquelle chose le roy leur accorda bénignement. » Il ne revint de Saint-Denis que le lendemain, et alla souper chez Denis Hesselin, «son panetier et esleu [élit) de Paris, qui nouvellement étoit devenu compère du roy, à cause d'une sienne fille dont la femme étoit accouchée, que le roy fit tenir pour luy par maître Jean La Balue, évêque d'Evreux ; et pour commères y étoient madame de Bueil et madame de Monglat. Et audit hôtel le roy fit grande chère (i). »
Il n'entre point dans le cadre qui nous est tracé de ra-
(i) Jean de Troyes. — Félibien.
HISTOIRE DE PARIS. (IMl-UB)
conter les longs démêlés de Louis XI et de Charles le Téméraire, devenu duc de Bourgogne ; encore moins de mentionner les orageuses rébellions des Liégeois et des Flamands, ni les sanglantes péripéties de la guerre des deux. Roses. Ces grands événements pouvaient bien exercer une influence directe sur la marche du gouvernement de Louis XI, mais la ville de Paris n'en ressentait que médiocrement le contre-coup, et de tels récits n'appartiennent qu'à l'histoire générale.
Tout le monde sait que les bourgeois de Paris, railleurs et goguenards au quinzième siècle comme de nos jours, se moquèrent de la mésaventure de Louis XI à Péronne , et apprirent aux pies à prouoncer des mots injurieux qui rappelaient le désagréable incident; Louis XI chargea un jeune fils de Paris , nommé Henri Perdriel , de faire main basse sur les oiseaux parleurs. Un soin plus digne de lui fut l'autorisation qu'il donna, en 1.470, d'établir à Paris la première imprimerie.
Deux ans auparavant il avait fait condamner à mort et supplicier le comte Charles de Melun, son ancien favori, gouverneur de Paris, dont les allures lui avaient à juste titre paru suspectes au temps de la révolte des grands. Quelques années plus tard , en 1 475, il sacrifia à ses ressentiments un plus illustre personnage; nous voulons parler de Louis de Luxembourg, connétable de France, qui avait joué un rôle équivoque entre le roi de France et le duc de Bourgogne. Dès qu'il eut été livré aux gens du roi on le conduisit à la Bastille; sans retard une commission formée de membres du Parlement et présidée par le chancelier Pierre Doriole procéda à son interrogatoire. J> 4 décembre 1/^7 5 on exposa aux chambres assemblées
(1461-14S3) LIVHE IX. CHAPITRE VI. jcp
qu'il était d'usage qu'on relût au criminel sa confession en présence de toute la cour; qu'il n'y avait si grand seigneur dans le royaume, à l'exception du roi et du Dauphin, qui ne fût obligé de comparaître au Parlement quand il l'ordonnait, mais qu'on n'osait y faire venir le connétable, parce que le gouverneur de la Bastille ne répondait pas de l'y reconduire en sûreté, et que d'ailleurs le connétable ne voulait pas se donner en spectacle au peuple. Il fut donc décidé que le Parlement se transporterait à la Bastille pour y faire lire en sa présence la confession de Louis de Luxembourg. Quelques jours après on fit monter à cheval le connétable, et le prévôt de Paris le conduisit, sous bonne escorte, au Palais. Le chancelier l'attendait dans la tour criminelle; il lui demanda le collier de Tordre de Saint-Michel et l'épée de connétable. Un moment après arriva Jean de Popincourt, président du Parlement, qui lui déclara que la cour l'avait condamné à mort comme criminel de lèsemajesté. On lui envoya aussitôt quatre confesseurs, un Cordelier, un Augustin, le pénitencier de Notre-Dame et le curé de Saint-André des Arcs, mais on lui refusa la communion. Il entendit seulement une messe et reçut le pain bénit. A une heure après midi (c'était un mardi 19 décembre) il monta à cheval et fut conduit à l'hôtel de ville, où il passa près de deux heures à parler, soit avec ses confesseurs, soit avec Denis Hesselin, maître d'hôtel du roi, qui écrivit son testament. Enfin il fut mené sur Pécha faud par une galerie de bois qui avait été construite tout exprès. Il montra beaucoup de courage, se mit à genoux, tourné vers l'église Notre-Dame, dit au chancelier de demander pardon au roi , se recom-
Og» HISTOIRE DE PARIS. (tftfll 1483)
mitiveraent destinées qu'au transport des dépêches du roi et du pape. Cependant, pour subvenir aux frais de cette fondation, le peuple dut supporter un nouvel impôt de trois millions. Ce ne fut qu'en l'année iG3o queles-courriers commencèrent à porter les lettres des particuliers. L'Université conserva jusqu'au commencement du dixhuitième siècle le privilège de cette institution; mais alors, la direction des postes et des messageries étant rentrée dans l'administration publique, on indemnisa le corps universitaire en lui accordant le vingt-huitième du bail général des fermiers.
En 1477 ^aris fQt témoin du procès et du supplice du duc de Nemours.
Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, était fils de Bernard d'Armagnac, comte de la Marche et de Perdriac, qui avait été gouverneur de Louis XI. Ce prince, par reconnaissance pour le père, avoit comblé le fds de bienfaits. Il lui avait fait épouser sa cousine, fille du comte du Maine, lui avait confié le commandement de ses armées, et l'avait décoré du titre de duc et pair, grâce d'autant plus singulière qu'on ne l'avait encore accordée qu'à un petit nombre de princes du sang- Le duc de Nemours ne paya le roi que d'ingratitude. L'un des premiers il était entré dans la guerre du Bien public. On trouve dans une chronique manuscrite qu'il avait proposé à du Lau de tuerie roi. Plus tard il s'était ligué avec le comte d'Armagnac et avait pris le parti du duc de Guienne ; les accusateurs du connétable et le connétable lui-même avaient gravemeut chargé le duc de Nemours. Ce personnage avait toujours besoin de grâce et n'en était jamais digne. Déjà, pour éviter de plus durs châtiments, il s'était
(1ÉI6I-14M) LIVRE IX. CHAPITRE Vï. ÔCJC)
vu obligé de renoncer aux privilèges de duc el pair. Cet avertissement n'avait pas suffi pour le faire rentrer dans le*devoir, et à son tour il avait été accusé d'avoir des relations en Angleterre et avec d'autres ennemis de 1 Etat. On lui imputait en outre, avec une grande apparence de certitude, d'avoir proposé de faire enfermer le roi, de tuer le Dauphin et de partager le royaume. Fatigué dè ces révoltes, tantôt sourdes, tantôt ouvertes, las d'exercer inutilement sa clémence , Louis XI avait enfin fait arrêter le duc de Nemours à Cariât. La duchesse, qui étoit en couches, en fut si saisie qu'elle en mourut, et le coupable fut amené à la Bastille et enfermé dans une cage de fer. Montaigu et plusieurs présidents et conseillers du Parlement furent nommés pour lui faire son procès. Dès qu'il fut instruit, Louis XI se fit rendre compte des diverses phases de la procédure et manda aux principales villes du royaume d'envoyer des députés pour assister au jugement. Ayant appris qu'on avait fait sortir le duc de Nemours de la cage où il était pour l'interroger, il blâma l'indulgence des juges et ordonna que le prisonnier fût interrogé dans sa cage. Nemours, ne doutant plus de sa perte, eut recours aux supplications ; il implora la clémence du roi et lui demanda de ne pas déshonorer ses enfants par le supplice honteux de leur père. Louis XI était inflexible lorqu'il s'était une fois déterminé à punir ; le duc de Nemours fut condamné à perdre la tête et fut exécutéaux Halles. Jamais exécution ne se fit avec tant d'appareil. Nemours fut conduit au supplice sur un cheval couvert d'une housse noire ; on tendit de noir la chambre où il se confessa ; on dressa pour lui un échafaud neuf, et lorsque bourreau donna le coup de hache, on entendit beaucoup de gémisse-
monts; on vit couler beaucoup de larmes parmi le peuple témoin de ce supplice, qui resta, dans le sentiment de tous, une des charges les plus odieuses destinées à peser sur la mémoire du roi Louis XI (i).
A Paris le roi Louis XI rencontra un adversaire inattendu. C'était un Cordelicr, nommé Antoine Fradin , homme de grande éloquence et de ferme courage, et dont les prédications ramenaient un grand nombre de pécheurs dans les sentiers du repentir et de la pénitence. Ce moine hardi ne se croyait tenu à aucun ménagement envers les heureux du siècle; aussi n'épargnait-il dans ses sermons ni l'ordre politique, ni l'ordre judiciaire, ni les actes du gouvernement séculier; de là des récriminations et des plaintes dont il ne paraissait nullement se mettre en peine. Pour en finir Louis XI fit faire défense à frère Antoine de continuer ses prédications, et cet édit fut publié dans les rues de Paris à son de trompe. Au lieu de se laisser intimider la foule se porta plus nombreuse que jamais à l'église des Cordeliers et supplia vivement le moine populaire de faire de nouveau entendre sa parole. Cette résistance amena de la part du roi un ordre d'expulsion, qui fut notifié à Antoine Fradin, et auquel, malgré les sympathies dont il était entouré, il ne put parvenir à se soustraire. Mécontent de Paris, Louis XI retourna au château de Plessis-lez-Tours, sombre résidence dont il avait fait choix et où personne n'entrait sans son ordre.
(i) C'est peut-être à cette horreur publique que doit être attribué le récit, venu jusqu'à nous par tradition, d'après lequel les jeunes enfants du duc de Nemours auraient été conduits, velus de blanc, sous 1 echafaud de leur père, afin que son sang coulât sur leur tête. Aucun des narrateurs contemporains , même de ceux qui se sont le plus apitoyés ou iniligué> sur ce supplice, ne fait mention de cette circonstance.
CUWi-1483) LIVRE IX. CHAPITRE VI. /Joi
Le règne de Louis XI avait été une série de luttes soutenues par le pouvoir royal contre la prépondérance aristocratique. Alors même que le roi avait paru vaincu et humilié il avait réussi à accroître ses prérogatives et à gagner du terrain. Du farouche Ébroïn jusqu'à son règne, et de ce règne jusqu'à Richelieu, jamais la puissance des grands ne trouva de plus inpitoyable adversaire. Quand des princes du sang, quand les plus hauts seigneurs portaient leur tête sur l'échafaud ou languissaient dans des » cages de fer, il ne venait à aucun vassal l'envie de jeter le gant à la royauté; les simples bourgeois qui l'auraient osé savaient ce qu'ils avaient à craindre du maître. Personne n'ignorait que quiconque avait le malheur de porter ombrage au prince était désigné par lui au justicier Tristan, puis cousu dans un sac et jeté à la rivière. Sur chacun de ces cercueils abandonnés aux flots étaient écrits ces mots sinistres ; Laissez passer la justice du roi. Mais le peuple se consolait des victimes choisies dans ses rangs par le spectacle des supplices de ses anciens maîtres ; il pardonnait une tyrannie qui choississait d'abord les grands pour point de mire.
En 1/179 Louis XI avait conclu la paix avec le roi d'Espagne. Les ambassadeurs de ce prince furent reçus à Paris d'une manière solennelle le samedi 3 juillet, et, le 4 septembre de l'année suivante, le cardinal Jean de la Rovère, légat du pape, entra dans la capitale; il venait en qualité de médiateur entre le roi de France et Maximilien d'Autriche; négociations qui aboutirent à la conquête de la Bourgogne, de la Franche- Comté et de l'Artois (traité d'Arras).
L'hiver de l'année 1*481 fut, au dire des écrivains con-
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temporaire, l'un des plus rigoureux que l'on eût jamais vus en France. « La Seine fut si bien prise que les voitures y passoient comme sur la terre ferme ; aussi le dégel causa-til de grands dégâts. Les vignes furent gelées, et le vin, qui se vendoit quelque temps auparavant 4 deniers tournois la pinte, fut portéàdeux sous parisis. » Les marchands se virent obligés, pour fournir Paris, d'aller acheter du vin en Espagne. La disette et les maladies mirent le comble à l'horreur de cette situation. Un grand nombre de personnages distingués périrent alors, entre autres Jean Le Boulanger, • premier président, Charles de Gaucourt, lieutenant général du roi à Paris, et le célèbre avocat Bataille.
Après le traité d' Arras les ambassadeurs de Maximilien passèrent à Paris, se rendant en Touraine auprès du roi. L'évêquede Marseille alla au-devant d'eux avec la municipalité, et ils furent harangués par un docteur. Le lendemain, dimanche [\ janvier i483, ils entendirent la messe et le Te Deum à Notre-Dame, et ils dînèrent à l'hôtel de ville. Le soir on fit des feux de joie , et des tables furent dressées dans les rues. Le 2 juin la fiancée du Dauphin, Marguerite d'Autriche , entra à Paris. Le Parlement la reçut, à cinq heures du soir, auprès du moulin à vent de la porte Saint-Denis . Les rues , depuis Saint-Denis jusqu'à Notre-Dame, étaient tapissées, et des jeux, ou représentations théâtrales, disposés de distance en distance. Au sortir de l'église la Dauphine, encore en bas âge, entra dans une barque et fut conduite à l'hôtel des Tournelles. En commémoration de cette solennité tous les prisonniers furent délivrés, et l'on créa un grand nombre de maîtres de métiers.
Louis XI ne convoqua les états généraux qu'une seule fois durant son règne, se contentant, dans quelques occa-
sions, d'assembler des notables pris à son gré dans les divers ordres. H fortifia beaucoup la puissance des parlements, non par amour du bien public, mais pour amoindrir Tune des prérogatives les plus dangereuses de la féodalité, celle de rendre la justice aux peuples. Au parlement de Grenoble, qu'il avait institué n'étant que Dauphin , il ajouta ceux de Dijon et de Bordeaux. Il affaiblit l'autorité de la cour des Pairs en faisant juger par les parlements ou par des commissaires les princes et les grands feudataires dont il voulait la mort. A l'exemple de son père il ordonna que les juges seraient inamovibles et conserveraient leurs offices durant leur vie. C'était les soustraire au bon plaisir du prince et assurer l'indépendance de la magistrature. 11 tripla et quadrupla les impôts, qu'il éleva à environ quatre millions cinq cent mille livres ( près de vingt-cinq millions de notre monnaie) ; mais , si la France fut forcée de payer beaucoup, cet argent fut employé à des travaux d'utilité publique, à des chemins, à des ports, à des établissements nécessaires, et hâta considérablement les progrès de l'industrie, du commerce et de la science. Par les soins de Louis XI la France cessa d'être tributaire, pour le 4 besoins du luxe, des nations de l'Orient et des républiques marchandes de Gênes et de Venise ; il fit venir de Grèce et d'Italie des ouvriers qui enseignèrent la fabrication des étoffes précieuses; il encouragea l'éducation des versa soie et établit à Tours la première manufacture de soieries. Comme tous les rois dont l'intelligence a devancé leur époque, il avait eu la pensée d'établir un système uniforme de poids et mesures; mais le temps lui manqua pour venir à bout des difficultés de l'entreprise.
Sous Louis XI l'accroissement très-considérable des
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