‹ Histoire de Paris depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours. Tom. 2Chapitre 20 sur 46 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ittv institutions.

On sait déjà que sous la première race il existait à Paris, vers la rive droite de la Seine, une église dédiée sous le vo. cable de saint Gervais et saint Protais. Fortunat dit que Tévêque saint Germain, dès le temps de Childebert, venait y faire sa prière. Le testament cTErmentrude, qui date de la dernière année du septième siècle, fait mention de cette même église en ces termes : Basilicœ domini Gervasii annulo aureo, nomen meum in se habente script urn, dari prœcipio. Sous la seconde race, Tévêque de Paris ayant établi des stations dans les églises de cette ville , aux jours des fêtes patronales, Saint-Gervais fut compris dans le nombre. Plus tard encore, lorsque Tévêque commença à être accompagné à l'autel de prêtres assistants ou prêtres cardinaux, le prélat ayant choisi des prêtres du clergé de Paris hors de Tenceinte de la Cité, Tun d'eux fut, selon le langage du temps, le prêtre (le curé) de Saint-Gervais. Tout indique, sans qu'il en soit fait mention dans les annales, que ce monument religieux eut beaucoup à souffrir des ravages des Normands. On ignore d'ailleurs vers quel temps l'église Saint-Gervais fut érigée en paroisse. Au onzième siècle elle devint la propriété des comtes de Meulan, qui en firent don, dans la suite, au prieuré de Saint-Nicaise. Vers le milieu du douzième siècle cette église et l'église Saint-Jean étaient indiquées comme situées

dans le bourg ou dans le quartier de la Grève , in vico qui dicebatur Greva. Cent ans plus tard la cure de Saint- Gervais continuait d'être à la nomination du prieur de Saint-Nicaise de Meulan, bien que ce prieuré dépendît alors de l'abbaye du Bec. A cette époque on avait commencé à la reconstruire , mais elle ne fut sans doute terminée que vers Tan i4ao, car en cette même année la dédicace de Sàint-Gervais fut faite par Gombaud, évêqued'Agrence in partibus. L'inscription suivante, gravée sur une pierre incrustée dans le mur de la nef gauche, rappelle la date de la dédicace :

« Bonnes gens , plaise vous sçavoir que cette présente église de messeigneurs saint Gervais et saint Protais fut dédiée le dimanche devant la fête de saint Simon saint Jude, Tan \Lio. par la main de révérend Père en Dieu maître Gombault, évêque d'Agrence, et sera à toujours la fête de

l'annualité de dédicace le dimanche devant ladite fête de

saint Simon saint Jude, s'il vous plaît y venir y recommander vos maux, et prier pour les bienfaiteurs de cette église, et aussi pour les trépassés. Pater nosler. Ave, Maria. »

L'abbé Lebeuf ne croit pas que l'église actuelle de Saint- Gervais soit celle qui fut dédiée en i/po, sous le règne de Charles VI.

« L'inscription que l'on voit dans l'église, dit-il, est un monument conservé de cette ancienne église, de laquelle il ne reste rien maintenant. 11 suffît de connaître le genre d'architecture usité dans les bâtiments de l'église sous le règne de Charles VI pour assurer que l'édifice actuellement existant n'a rien qui soit assez ancien pour qu'on puisse dire que la dédicace en a été faite en i/jao. On peut

avancer comme certain que dans les vitrages, dont la plu-

Sainl-Germain V Auxevrois. Nos lecteurs nous pardonneront de résumer ici tout* ce que nous avons dit, tout ce qui nous reste à dire au sujet de cet édifice.

On a vu plus haut que, vers le milieu du cinquième siècle, peu de temps après la mort de saint Germain d'Àuxerre, les Parisiens avaient élevé une chapelle à l'entrée de la route qui conduisait à Nanterre ; cette chapelle servait de baptistère aux habitants des campagnes voisines, séparées de la Cité et de l'église paroissiale par la Seine , dont les débordements fréquents étaient un péril et un obstacle. Un siècle après , sous Pépiscopat de saint Germain de Paris, cette même chapelle fut reconstruite ou agrandie , et les travaux ne furent terminés que vers l'an 58 1, au temps de Chilpéric l*. La nouvelle église était bâtie en forme de rotonde, d'où lui était venu le nom populaire de Saint- Germain le Rond. Sous le règne de Clôtaire II, en 606, elle devint basilique et tint le second rang après la cathédrale. Bientôt on établit, dans les constructions qui l'entouraient, une école déjà célèbre sous Grégoire de Tours et qui brilla d'un éclat plus vif encore au début de la période carlovingienne. Lors de Pinvasipn des Normands elle subit la loi commune des édifices chrétiens et fut à demi ruinée par les barbares. Àbbon, moine de Saint-Germain des Prés, qui à décrit le siège dé Paris (885-886), nous apprend que les Normands, retranchés dans l'église et dans l'enclos de Saint- Germain l'Àuxerrois, qu'il appelle encore Saint-Germain le Rond , s'y étaient fortifiés , et qu'ils avaient creuse; en avant de leur camp des fossés larges et profonds, dont une rue voisine portait encore le nom il y a peu d'années. Après l'an 1000, Robert le Pieux releva les ruines de cet édifice et rétablit le collège de chanoines qui desservaient

l'église dès le règne de Charlemagne. En érigeant la collégiale Robert lui confirma son titre d'église royale, qu'elle tenait de Childebert. Sa juridiction s'étendait sur de vastes domaines et sur des campagnes où, depuis lors, se sont élevés de splendides quartiers, qui , plus tard, comprirent neuf paroisses de la ville et de la banlieue, savoir : Boulogne, Auteuil, Passy, la Magdeleine, Sainte- Agnès (Saint- Eustache), Saint-Landri, les Saints-Innocents, Saint-Sauveur et Saint- Roch. Lorsque le quartier de Paris où était située l'église de Saint-Germain l' Auxerrois eut vu sa popu- - lation s'accroître, et vers le règne de Philippe- Auguste, les chanoines qui la desservaient nommèrent un vicaire pour remplir les fonctions de leur ministère , et c'est ainsi que l'église collégiale fut érigée en cure. Quand le Louvre fut devenu la demeure des Capétiens l'église Saint-Germain l' Auxerrois fut érigée en paroisse royale, mais elle fut successivement et pièce à pièce rebâtie et agrandie. Ces constructions, qui la transformèrent, furent commencées à la fin du treizième siècle et se prolongèrent longtemps après le quinzième. C'est à peine si, de nos jours, on peut encore reconnaître quelques vestiges de l'église du roi Robert ; on les découvre dans la partie inférieure de la tour romane, dépouillée, depuis un siècle, de sa flèche élevée en forme de pyramide hexagone.

Le chœur fut bâti durant le treizième siècle , ce que té-

Pal *

moignent les fenêtres à lancettes de l'abside. La face de Notre-Seigneur se voit isolée et apparente à la clef de voûte de cette abside , circonstance qui se rencontre trèsrarement dans les églises du moyen âge. Le grand portail ouvert sous le porche est également d'une date très-ancienne. Les archéologues nous font admirer ses six statues

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hiératiques et son archivolte, où se voient la parabole des vierges sages et des vierges folles et les images symboliques du paradis et de l'enfer. Il n'y a à Paris que deux anciens édifices du style ogival qui soient précédés d'un porche : ce sont la Sainte-Chapelle et Saint-Germain l'Auxerrois. Sous le règne de Charles VI on reconstruisit la nef. Ceux qui ont conservé très intacte la tradition de l'art se plaignent de ce que les nervures des voûtes et des ogives, au lieu de reposer sur des chapiteaux en saillie, viennent pénétrer insensiblement des piliers monostyles sans soubassement; ils reconnaissent, il est vrai, que ce n'est point la faute des premiers architectes, mais qu'on doit cette circonstance regrettable aux constructeurs plus modernes , qui , sous prétexte de remaniement, détruisirent l'ordonnance primitive du chœur.

L'église Saint- Germain l'Auxerrois, en dépit de quelques restaurations maladroites ou de certains embellissements dénués de goût, était à coup sûr l'un des plus magnifiques édificeschrétiens dont s'enorgueillissait Paris. On admirait les splendides verrières qui garnissaient les larges fenêtres ogivales ouvertes dans le transept et dans la nef, et dont les meneaux entrelacés en lignes ondulées caractérisaient le style flamboyant ; on ne pouvait se lasser de contempler le chœur et les chapelles, et leurs vitraux riches de couleur et de dessin, sur lesquels les pieux artistes du quinzième siècle avaient représenté des scènes évangéliques, la Passion du Sauveur et les miracles qui s'opérèrent lors de la translation des reliques de saint Vincent, diacre, par les moines de Tarbes. Il nous reste encore de précieux débris de cette antique décoration dans les six verrières et les deux roses du transept.

Vers le milieu du dix-huitième siècle cette belle église eut à subir les humiliants et irrationnels rajeunissements que dirigea l'architecte Bacarit, à la grande joie des chanoines et des marguilliers de celte époque, les uns et les autres hors d'état d'apprécier et d'aimer les merveilles mystiques de l'architecture chrétienne. Ou commença par détruire le jubé, œuvre très-remarquable de la Renaissance, et qui avait pour auteurs Jean Goujon et Pierre Lescot. Cette destruction, digne des barbares, fut désapprouvée même par les contemporains de Louis XV. Quant au surplus des outrages que l'on fit subir au monument, sous prétexte de mettre d'accord le genre moderne et le genre gothique, les écrivains de cette époque les énumèrent avec complaisance et admiration. « Cet habile architecte, disent-ils en parlant de Bacarit, est parvenu à marier les deux styles de la manière la plus heureuse....' 11 y est arrivé en cannelant les colonnes et en rehaussant les chapiteaux de deux pieds. Dans lésinasses qui sont audessus des arcades il a retaillé des tables qui sont enfoncées avec un caisson dans le milieu. Au pourtour du chœur, au-dessous des croisées, règne une balustrade d'entre-lacs, enrichie de fleurons. Les dessous des piédestaux de cette balustrade sont ornés de consoles, avec des têtes de chérubins, accompagnées de guirlandes . Quatre consoles de marbre, enrichies de guirlandes, caisson sur la tele et graine dans les cannelures, le tout de bronze doré d'or moulu, soutiennent le maître-autel.... On a pris des mesures pour procurer du jour à toute l'église en supprimant les rosettes gothiques et une grande partie des meneaux des croisées. On a mis à leur place des vitraux neufs, au moyen desquels tout l'intérieur de ce bâtiment est parfai-

tement éclaire (Hurtautet Magny). » C'est de cette manière que le dix-huitième siècle encourageait les ineptes dégradations que les artistes alors en faveur infligeaient aux plus beaux monuments de l'époque ogivale. Les Vandales, eux du moins, ne s'émerveillaient pas devant leurs œuvres de brutale violence; ils né les rattachaient ni au triomphe, ni à la gloire du goût.

Les architectes du dix-huitième siècle ne pouvaient tout détruire, sous prétexte d'embellir; ils ont dû laisser subsister le portique, bâti en 1 409 par Jean Gaurel , maçon-tailleur de pierres, pour la somme de 960 livres, ail ne le cède en magnificence, dit Sauvai, qu'à celui de laSorbonne. » La comparaison ne nous paraît guère acceptable, tant il y a de différence dans le style des deux monuments. Sauvai ajoute : «i C'est le plus grand de ceux qu'on peut voir à Paris, et il est plus remarquable que les portiques de Saint- Germain des Prés, de Saint-Martin dès Champs, de Saint- Victor et du Temple. » Sous le portail, qui date du treizième siècle, on voit encore six statues de la même époque ; à droite celles de saint Marcel, de sainte Geneviève et de saint Vincent (ou saint Landri ) ; à gauche celles du roi Childebert, de la reine Ultrogothe, et d'un diacre que l'on croit avoir été saint Vulfran. L'église de Saint-Germain l'Àuxerrois est entourée de chapelles où l'on remarque quelques vitraux d'une bonne exécution. Dans celle où les marguilliers s'assemblaient on remarquait autrefois une assez belle copie de la Cène de Léonard de Vinci. Le grand ouvrage connu sous le nom de Gai lia Christiana renferme quelques détails sur les chapelles qui entourent la nef, et dont les plus anciennes ne remontent pas au delà du quinzième siècle. Elles ont été dégradées et

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profanées, ainsi que le reste de l'église, en 1793, alors que ce magnifique édifice fut transformé en manufacture de salpêtre. Comme les autres églises de Paris, Saint-Germain PAuxerrois ne fut rendu au culte catholique qu'après la publication du concordat, en l'an X.

Dans les travées du porche qui correspondent aux portes latérales de la façade on a pratiqué deux salles carrées fort curieuses, où le chapitre déposait ses archives et les objets les plus précieux ; nous plaçons, dans le spécimen

ci-après, la plus intéressante sous les yeux de nos lecteurs.

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A la honte de notre siècle, cette basilique sacrée a été livrée à de plus récentes profanations. Le 14 février i83i, six mois après la tempête qui avait chassé de France les Bourbons de la branche aînée , le curé de Saint-Germain l'Auxerrois célébra dans cette église un service funèbre en commémoration de la mort du duc deBerri, tué, onze ans auparavant, par le démagogue Louvel. Cette cérémonie religieuse donna lieu, de la part des amis de la famille exilée, à quelques démonstrations imprudentes, qui, à leur

l'anarchie, que le lamentable souvenir, qu'une émotion douloureuse mêlée, d'attendrissement et de remords (i).

Duraut le quinzième siècle, au milieu dés calamités qui pesaient sur le royaume, on n'élevait à Paris qu'un bien petit nombre de monuments destinés à émerveiller le regard; maîtres de la moitié dji< royaume, les Anglais construisaient dans nos provinces de l'Ouest de splendides églises dont on admire encore aujourd'hui l'architecture ; à Paris on se bornait à des œuvres pljus humbles, on fondait des hospices et des collèges.

Dès le treizième siècle il existait dans un lieu voisin de Paris, et appelé Rotulum ou Rollum , d'où l'on a fait le Roule, une léproserie ou une maladrerie fondée parles ouvriers de la Monnaie et destinée à recevoir huit d'entre eux que l'âge ou les infirmités mettaient hors d'état de travailler ; quatre d'entre eUx étaient placés dans cet hospice par l'évêque de Paris, quatre autres par les ouvriers euxmêmes. On les appelait, sotis Charles VI et ses successeurs, les frères de V Hôtel du Roule. Sous le même règne, et vers l'an i4o3, fut fondé Y hôpital des Orfèvres ou de Saint-Êloij alors situé dans la rue des Deux-Portes, qui plus tard fut appelée rue des Orfèvres. La corporation des orfèvres y faisait placer les ouvriers, et, au besoin, les maîtres de cette profession qui tombaient à la charge de la charité. Ea chapelle Saint-Éloi, affectée à cet hospice, était, desservie par un chapelain choisi, autant que possible, parmi les fils d'orfèvres, et qui ne pouvait être révoqué que par la corporation elle-même.

Près de vingt ans plus tard, en i4a5, ettfurantla do-

(i) Les Pèlerinages de Paris, par l'auteur de ce litre.

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mination anglaise, Jean Gheoart, garde de la Monnaie de Paris, fonda dans la rue Saint-Sauveur un petit hospice destiné à huit pauvres femmes veuves de sa paroisse. Jusqu'à la fin du dix-huitième siècle les héritiers du fondateur jouirent du même privilège. La révolution française, qui bouleversa le monde, mit fin, sans que personne y daignât songer, à cette modeste et pieuse institution.

Sous le règne de Louis XI, en 1492, un Cordelier, nommé Jean Tisserand, convertit un } grand nombre de femmes qui vivaient dans la débauche; il en réunit plus de deux cents qui prirent la résolution de faire pénitence de leurs dérèglements passés et de s'enfermer pour le reste de leur vie. Cet établissement ne fut toutefois autorisé que quatre ans après, par lettres patentes de Charles VIII, en date du i4 septembre i49^> et Alexandre VI approuva et confirma, Tannée survante, cet institut, sous Tordre et la règle de $aint* Augustin. Quoique Charles VIII eût pris dans ses lettres patentes le' titre de fondateur, les religieuses de cette communauté ne regardaient comme le véritable que Louis II d'Orléans, qui ne tarda pas à régner. Ce prince avait donné aux Filles pénitentes la moitié de l'hôtel de fiehaigne ( Bohême ) 0u d'Orléans, nommé depuis hôtel de Soissons , sur lequel on a construit la halle aux Blés et que nous .aurons plus tard à décrire. L'autre moitié appartenait à Pierre Lebrun, son valet de chambre, et à Robert de Franzelles, son chambellan; ce dernier la vendit, le 6 avril i499> aux Filles pénitentes, pour la somme de deux mille écii s d'or couronnés.

L'évêque de Paris, Jean Simon de Champigny, donna à ces religieuses de singuliers statuts. Pour être admises

dans le couvent, les filles ou les femmes étaient tenues de donner des preuves suffisantes de leur libertinage , et d'affirmer par serment sur les saints Évangiles, en présence du confesseur et de cinq ou six personnes, qu'elles avaient mené une .vie dissolue. Cette disposition donna lieu aux plus regrettables abus. Pressées par la misère, des filles qui jusqu'alors s'étaient honnêtement conduites se livraient au désordre pour avoir droit à recevoir asile parmi les Pénitentes. Lorsque ce fait était reconnu elles étaient renvoyées aussitôt (i). On lit enfin dans un article du règlement': « Vous savez qu'aucunes sont venues à vous qui étoient vierges et bonnes pucelles, et telles ont été par vous trouvées, combien qu'à la suggestion de leurs pères et mères, qui ne demandoient qu'à s'en défaire elles eussent affirmé être corrompues (2). » Cette ruse singulière exigea une scrupuleuse surveillance lors de l'admission de nouvelles religieuses. Ce règlement, du reste, fut abrogé dans la suite, et l'on reçut dans ce couvent des femmes pieuses et d'une conduite exemplaire. Dans l'origine les Filles pénitentes, ou, comme l'on disait alors, les Filles de Paris, quêtaient dans la ville ; mais, quand elles furent devenues plus riches, on leur fit observer une clôture rigoureuse.

On lit dans la compilation d'Hurtaut et Magny : « Ces religieuses, ainsi établies dans l'hôtel d'Orléans, y demeurèrent jusqu'en 15^2, selon Dubreul et plusieurs autres écrivains qui l'ont copié, mais plus véritablement jusqu'en 1 58o, puisque la bulle de Grégoire XIII qui ordonne que les moines de Saint-Magloire seront transférés

(1) Piganiol, t. II, p. i34.

(a) Histoire des Ordres monastiques, t. IV, page a3g.

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dans l'hôpital de Saint- Jacques du Haut-Pas, est datée du premier jour de mars de cette année-là , et qu'il n'y a pas d'apparence que ces moines aient quitté leur monastère de la rue Saint-Denis avant que le pape leur eût permis d'aller occuper ledit hôpital. Il est constant que ce fut en 157 a que la reine Catherine de Médicis résolut de faire bâtir un palais dans l'endroit où étoient les Filles pénitentes; mais probablement la négociation de cet échange ne fut terminée à la cour de Rome qu'en 1080. La bulle n'en fut même registrée au Parlement qu'en 1 586. Les moines de Saint-Magloire ayant donc été transférés dans l'hôpital de Saint-Jacques du Haut-Pas , les Filles pénitentes furent introduites dans le monastère de la rue Saint-Denis, qu'ils venoient de quitter, et elles y ont toujours demeuré depuis. Charles IX , par contrat passé le 4 novembre 1672, leur assura à perpétuité la rente de a, 000 livres que le roi Henri II ne leur avoit accordée que pour neuf ans. La reine Catherine de Médicis leur alloua, par donation irrévocable, 1,000 livres tournois de rente , à prendre sur l'hôtel de ville de Paris, et s'engagea de plus à leur faire accorder par les ducs d'Anjou et d'Alençon chacun 1,000 livres de rente, et de leur en faire passer acte en bonne forme; lesdites 2,000 livres de rente rachetables néanmoins après le décès desdits ducs, parleurs hoirs ou ayants-cause, moyennant la somme de 12,000 livres tournois une fois payée, qui étoit pour chacun la somme de 6,000 livres tournois, une fois payée.

a Sous la Ligue , pour remédier au relâchement qui s'étoit introduit dans la communauté des Filles de Saint- Magloire, on tira la mère Marie Alvequin de l'abbaye

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Montmartre, avec sept autres religieuses, qui entrèrent à Saint-Magloire le 2 juillet 1616 et y rétablirent la régularité, mais cependant avec quelque adoucissement des anciennes austérités pratiquées autrefois dans cette maison. »

Quoi qu'il en soit, cette communauté, qui subsistait encore en 1790, disparut avec les ordres religieux qui furent abolis par les décrets schismatiques de l'Assemblée constituante.

Un hospice de veuves avait également été fondé, en i497> au moyen d'une somme léguée par Catherine du Homme, veuve d'un maître des requêtes nommé Guillaume Barthélémy. Cette maison existait rue de Grenelle Saint-Honoré. On y recevait huit pauvres veuves ou filles, âgées de cinquante ans au moins, et de la paroisse Saint- Eustache. Le choix était fait par deux familles de Paris, les Bobusse et les Le Pilleur , qui descendaient de Catherine du Homme. Cet établissement s'était éteint assez obscurément plusieurs années avant la révolution française.

Sous le règne de Charles VU saint François de Paule avait institué, au fond de la Calabre, l'ordre des Minimes, qui se rattachait à l'ordre des Franciscains; ces religieux portaient également le nom de Frères hermites de Saint* François d Assises. Leur pieux fondateur chargea quelques-uns d'entre eux de se rendre à Paris et d'obtenir un établissement dans cette ville ; mais ceux-ci rencontrèrent les plus vives oppositions, qui furent suscitées surtout par Michel Standonc et Jean Quentin, pénitencier de l'Eglise de Paris. Le fondateur vint alors en personne à Paris, alla trouver Standonc et Quentin, et par ses discours aplanit si bien les difficultés que Jean Quentin se char-

gea de trouver un établissement à Paris pour les Minimes et accepta la qualité de procureur du nouvel ordre. Il reçut chez lui six religieux, les logea dans sa maison et les nourrit pendant seize mois, au bout desquels ils obtinrent enfin une donation importante. Jean de Morbier, seigneur de Villers le Morbier, chambellan de Charles VIII, leur céda la vieille tour, appelée château de Nigeon (26 août i49^). Au mois suivant la donation fut confirmée parle roi, et les Minimes furent mis en possession du lieu par Jacques d'Estouteville, prévôt de Paris, dans la personne de Jean Quentin, leur procureur. Trois ans après, la reine Anne de Bretagne acheta, pour 674 livres, la maison de son contrôleur Jean de Cerisy, avec les dépendances, contenant une tour carrée , nommée aussi Nigeon, et six ou sept arpents de terrain. Elle en transporta aussitôt la propriété aux Minimes, y joignit une autre pièce de terre de sept arpents contiguê et située dans la paroisse de Chaitlot; enfin elle exempta le couvent de toute redevance et de tous devoirs féodaux. La reine Anne mit une seule condition à ses libéralités, qui ne s'arrêtèrent même pas là ? ce fut la construction du monastère déjà commencé sous le titre de Notre- Dame-de-toutes-Grâces, du nom d'une ancienne chapelle qui existait en ce lieu. Anne de Bretagne posa la première pierre de l'église, qui ne fut achevée que sous François 1er, et dédiée plus tard encore, le 1 2 juillet 1 578, par Henri Le Meignen, évêque de Digne.

Cette église, placée, comme le couvent, sous l'invocation de Notre-Dame de-toutes-Graces, était grande, belle, et contenait quelques monuments tumulaires assez remarquables. On y voyait ceux des d'Ormesson et des Duprat,

et celui du maréchal de Rantzau. Supprimé en 1790 ce couvent a été remplacé par des bâtiments destinés à des travaux industriels et par un chemin qui adoucit la pente de la colline dite des Bons-Hommes.

L'architecture civile, à cette époque, signalait ses progrès en bâtissant des châteaux forts et des hôtels féodaux dont les débris font encore aujourd'hui l'admiration des artistes. Aux portes de Paris, et bien avant le règne de Charles VI, on avait construit une résidence princière dont le souvenir doit être ici mentionné et sur les ruines de laquelle s'élève maintenant une prison réservée aux fous; nous voulons parler de Bicêtre.

Dès le treizième siècle le terrain sur lequel avait été bâti ce château s'appelait la Grange-aux-Queux. Quelques auteurs assurent, on ne sait trop pourquoi, que sur ce même emplacement existait jadis la demeure de Pépin le Bref, père de Charlemagne.

Sous Philippe le Bel, Jean, évêquede Winchester, y avait fait construire une maison que le peuple nomma château de Winchestrey puis , par corruption, Bichestre et enfin Bicêtre. Cette habitation seigneuriale est mentionnée sous ce dernier nom dans les comptes de la prévôté de Paris, en i4^3. Depuis longtemps elle avait été ruinée et presque détruite durant les guerres civiles qui désolèrent la France sous Charles VI. Jean de France, duc de Berri, l'acquit d'Amédée VIII, comte de Savoie, et fit réédifier le château. Comme le sol dépendait de la seigneurie de Gentilly, l'évêque de Paris, en sa qualité de seigneur, s'opposa à ce que le duc y fît des fossés et des ponts-levis , déclarant que ce terrain était roturier et dans la juridiction épiscopalc.

A T intérieur, ce château, embelli par le duc de Berri, était remarquable par sa magnificence ; un historien contemporain, Le Laboureur, met à portée d'en juger. Après avoir dit que la faction bourguignonne, dirigée par Le* gois, Thibert et Saint-Yon , bouchers, assiégea , en 1 1\ 1 1 , ce château, il ajoute que les factieux, s'en emparèrent, brûlèrent, pillèrent, détruisirent de fond en comble ce bel édifiçe, dont il ne resta d'entier que deux petites chambres enrichies d'un parfaitement bel ouvrage à la mosaïque, « Les gens d'honneur furent d'autant plus offensés de cette insolence que la perte en fut irréparable , surtout celle des peintures exquises de la grande salle — On y voyait les portraits originaux de Clément VII et des cardinaux de son collège, les tableaux

des rois et princes de France, ceux des empereurs d'Orient et d'Occident. »

Quelque temps auparavant les ducs d'Orléans et de Berri , ligués contre le duc de Bourgogne , s'étaient renfermés dans le château de Bicetre avec trois ou quatre mille gentilshommes et six mille chevaux, pour s'opposer à la marche des Bourguignons sur Paris; mais, le duc de Bourgogne s'étant présenté avec des forces supérieures, il s'ensuivit, comme on l'a vu plus haut , un traité dit de W inchester, que l'on appela la trahison de Winchester^ parce que ce traité ne dura qu'un moment. Ce traité porte la date du 2 novembre 1400.

On trouve dans le recueil des ordonnances des rois de France (tomes VIII et IX) que Charles VI signa des lettres datées de Bicetre en 1 38 1 et i4«9-

Au mois de juin 1416 le duc de Berri donna ce château, dans l'état où l'avaient laissé les bouchers alliés du duc de Bourgogne , au chapitre de Notre-Dame, avec quelques dépendances, en échange d'une promesse de quelques obits et de deux processions estimées huit vingts livres parisis de rente. Il y mit en outre cette condition positive « que les chanoines continueroient à porter le chef de Saint-Philippe, qu'il leur avoit donné, comme ils avoient fait jusqu'à présent, en procession, le premier jour de mai, tous en chapes de soie, tenant en main un rameau de bois vert , et l'église semée d'herbe verte ; et de même le jour de la Toussaint, le saint tableau des reliques , sans rameaux cependant et sans herbe. » Cette donation fut confirmée par Charles VII en i44*> et Par Louis XI en i4^4) à condition que le roi en pourrait faire reprise quand il lui plairait.

Le chapitre de Notre-Dame ne fit faire aucune réparation au château de Bicêtre. Quarante-cinq ans plus tard, ce qui restait des bâtiments était devenu un repaire de voleurs, sur lesquels on le prit en i5i9.

En i63a Louis XIII, ou plutôt Richelieu, acquit cette propriété, fit raser jusqu'aux fondements les bâtiments encore debout, et les remplaça par des constructions destinées à servir de refuge aux soldats invalides. Il y eut à cette occasion, en i633, un édit portant établissement d'une communauté en forme d'ordre de chevalerie, du titre de Saint-Louis, pour l'entretien de ces soldats, avec règlement d'une levée pour les frais du nouvel édifice. Il était déjà assez avancé en i634 pour que Jean-François deGondi, archevêque de Paris, permît, le a 4 août , d'y célébrer l'office. Une chapelle y fut élevée sous l'invocation de saint Jean-Baptiste ; elle fut remplacée, vers 1670, par une église sous le même nom .

Saint Vincent de Paul obtint de la reine Anne d'Autriche, en 1648, une partie de Bicêtre pour servir d'asile aux enfants trouvés. Ces enfants y restèrent peu de temps, l'air vif qu'on y respire étant nuisible à leur santé.

Mentionnons maintenant la fondation de divers collèges et l'institution de plusieurs corporations ou confréries civiles. ,

Vers le commencement du règne de Charles VI existait à Paris un modeste collège, fondé pour des écoliers basbretons, et qu'on appelait du singulier nom de Thou Rou du Tou, en latin Tulleio ou Tullo. Il était situé près de Saint-Hilaire, dans une petite rue qui n'est point nommée

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dans les actes publics, mais que Jaillot croit être la rue des Sept-Voies. C'est tout ce que Ton sait de ce collège, dont l'existence fut courte et obscure.

Dans la même rue des Sept- Voies, et sous le même règne, existait un autre collège moins inconnu ; on en devait la fondation à un legs de Pierre Fortet, d'Àurillac, chanoine de Paris. D'après les dispositions testamentaires du bienfaiteur ce collège comprenait un principal et huit boursiers. Quatre de ces derniers devaient appartenir au diocèse de Saint-Flour, les quatre autres au diocèse de Paris. Avec le temps, et grâce à des donations successives, on institua au collège de Fortet onze nouvelles bourses. Trois d'entre elles furent fondées en i556 par Jean Beauchesne, grand- vicaire de Paris, en faveur des habitants du village de Courcelles, et deux autres, en 1678, par Nicolas Varin, principaj de ce collège et depuis abbé de Brenne. Dès l'an 1 56o les bâtiments du collège de Fortet avaient été reconstruits; on l'augmenta encore depuis, en y joignant l'hôtel des évêques de Nevers et celui de Marli le Châtel. C'est dans le collège de Fortet que furent tenues les premières assemblées de la Ligue. La chapelle était sous l'invocation de saint Géraud, d'Aurillac.

Le collège de Reims, également situé rue des Sept- Voies, dut son origine à Guy de Roye, archevêque de Reims, qui en ordonna la fondation par un codicille de l'an 1899 (1). L'intention de ce prélat était d'y mettre, par préférence, des sujets nés dans les terres affectées à la mense archiépiscopale de Reims, dans sa terre de Roye ou dans celle

(1) Et non en i4ia, comme le prétendent Félibien et Dulaure. Jean de Roye était mort en 1412, ayant été tué à Voltri, en 1409 lorsqu'il se rendait au concile de Pise.

de Murel. Cette dispositioa testamentaire, contestée d'abord par ses héritiers , fut maintenue par une transaction qu'ils passèrent avec les écoliers de Reims , au bénéfice desquels la fondation avait été faite. Ces écoliers, alors étudiants à Paris, firent l'acquisition de Y hôtel de Bourgogne, au mont Saint-Hilaire, qui leur fut vendu le 12 mai i4ia par Philippe, comte deNevers et de Rethel. En i4*4 on institua un maître particulier, un chapelain et un procureur dans le nouveau collège ; mais les troubles qui agitèrent Paris quelques années après pensèrent l'anéantir. En \[\\% il fut pillé par les Anglais de la faction bourguignonne et presque détruit. Ses bâtiments demeurèreiitdéserts jusqu'en i443, époque où Charles VII le rétablit et y annexa le collège de Rhetel , qui tombait en ruines.

Ce collège de Rhetel n'était ni voisin de celui de Reims, ni contigu , comme l'ont dit plusieurs annalistes ; il était situé dans la rue des Poirées. Gaultier de Launoi l'avait institué pour les écoliers du Rhetelois, et Jeanne de Bresle y avait fondé quatre bourses pour des écoliers de Porcien. Lors de l'annexion, presque tout le revenu de ce collège était dissipé; il n'y avait même plus de boursiers.

Cette réunion soutint pendant quelque temps le collège de Reims, dont l'administration supérieure passa entre les mains de l'archevêque. Toulefois il tomba successivement dans un état si misérable qu'en 1699 il était à son tour sans boursiers, et qu'en 1720 il n'y restait que deux officiers. Le cardinal de Mailli , archevêque de Reims , entreprit de le rétablir, et chargea de ce soin l'abbé Legendre, chanoine de Notre-Dame, qui dressa des statuts,

établit dans ce collège un principal, un chapelain, et trouva le moyen d'y réunir huit boursiers dans les lieux désignés par les fondateurs. En 1745 on en reconstruisit la façade, et en 1^63 il fut réuni à celui de l'Université.

Rappelons en passant le collège Cocquerel, fondé par Nicole Cocquerel, de Montreuil-sur-Mer, et qui n'eut jamais une grande renommée ; constatons également l'existence du collège de Séez. « Ce collège , dit Hurtaut, est situé dans la rue de la Harpe, du même côté que ceux de Narbonne et de Bayeux , et comme eux de la paroisse de Saint-Séverin, dans lacensive de Saint-Jean de Latran. Grégoire Langlois, évêque de Séez, ordonna, par son testament, la fondation de deux collèges, l'un à Paris et l'autre à Angers. Jean Langlois, prêtre, né à Lonlay, dans le diocèse du Mans, curé de Saint-Séréné, près de Monseur, dans le même diocèse, et exécuteur du testament de Grégoire Langlois , son oncle, fonda ce collège le ?4 février 14*7, en faveur de huit boursiers, dont quatre doivent être du diocèse de Séez et les quatre autres de l'archidiaconé de Passaye, dans le diocèse du Mans. Dans ce nombre de huit étoient compris le principal et le chapelain, tous deux perpétuels et à double bourse. L'évêque de Séez devoit conférer trois de ces bourses, et celle du principal, qui étoit double, et l'archidiacre de Passaye, les trois autres bourses et l'office de chapelain, dont la bourse étoit pareillement double. Par les statuts que Jean Langlois fit, le 24 février 14^7 ( vieux style ), le maître aura 7 francs par semaine , le chapelain 6 francs, le procureur 6 francs, et chacun des boursiers 5 francs de bonne monnoie, le marc d'argent valant 8 livres ou environ. »

(t38e-U9Sj LIVRE X. CHAPITRE II. ZpQ

Le collège de la Marche, fondé sous la domination anglaise par Guillaume de la Marche et Beuve de Winville, était situé rue delà Montagne Sainte-Geneviève. Le nombre total des bourses qui y furent successivement instituées s'élevait à vingt et une ; elles étaient toutes à la collation de l'évêque, qui exerçait en même temps sur cette maison l'autorité de proviseur. Le collège de la Marche était l'un des plus renommés de l'ancienne université de Paris.

Sous le règne de Charles VI florissait la confrérie des Arbalétriers, L'origine de cette compagnie ne laissait pas d'être ancienne. « En 1379 et auparavant , dit Sauvai, les arbalétriers s'exerçoient aussi hors de la ville , dans un vaste espace nommé le cliamp des Arbalétriers, où conduisoit une ruelle qu'on appeloit Vallée des Arbalétriers, et ce champ étoit situé le long des murailles de Paris, entre la vieille rue du Temple et la culture Sainte- Catherine , au lieu même où est aujourd'hui la rue des Francs-Bourgeois. Depuis, en i3çjO, le roi leur bailla à héritage, pour 11 deniers parisis de cens et 10 sols parisis de rente, une place de deux cent quatre-vingt-huit toises de surface, qui tenoit encore aux murailles de la ville, où conduisoit pareillement une rue nommée la rue des Arbalétriers, et qui étoit assise entre la rue Saint- Denis et celle de Mont-Orgueil, à l'endroit même où sont bâties les rues Pavée, du Lion et Tireboudin. En 1410, c'est-à-dire vingt ans après, le roi leur donna une tour des anciens murs tout joignant la même place, et cela du consentement du prévôt des marchands et échevins; et, moyennant 4 sols parisis de rente, payables tous les ans à la recette du Parloir aux Bourgeois , ils l'agrandirent

/jGo HISTOIRE DE PARIS. (1M0-IM8)

de plusieurs toises, et cet emplacements appeloit, en i4*3, le jardin des Arbalétriers et jardin du trait des Arbalétriers, en i4i6 (1). »

Par les lettres patentes de Charles VI, « il est ordonné qu'il sera fait un choix de soixante des plus habiles arbalétriers, qu'ils s'habilleront et s'armeront à leurs frais, qu'ils jouiront de plusieurs privilèges, seront exempts de payer le quatrième du vin, les impositions et aides mises pour la guerre, les tailles, subsides, gabelles, guet et arrièreguet, excepté ce qui se lève pour les réparations et fortifications de la ville, pour l'arrière.-ban, et pour la rançon du roi. lisseront présentés aux deux prévôts, celui de Paris et le prévôt des marchands, et leur prêteront serment d'obéissance et de fidélité... Ils marcheront aux frais de la ville. Le capitaine aura cinq sous par jour, et chaque arbalétrier trois sous, sans compter la dépense de bouche pour l'homme et pour le cheval (2). »

Les confrères arbalétriers eurent soin de faire confirmer leur institution et leurs privilèges par les successeurs de Charles VI. Plus tard, cependant, leur chef renonça à son titre de roi pour prendre celui de grand-maître. Durant le quinzième et le seizième siècles il habitait un hôtel situé rue de Grenelle , à peu près en face des bâtiments appelés hôtel des Fermes.

L'usage des armes à feu, devenu plus fréquent, fit tomber en désuétude les arbalétriers et leur institution. Cependant ce corps se maintint jusque sous Louis XIV.

Les archers de Paris étaient, comme les arbalétriers, commandés par un roi et un connétable ; ils demandèrent

(1) Sauvai, t. II, p. 693.

(a) Félibien, t. II, p. 750.

à Charles VI, en i/jï i, la permission de se constituer en confrérie, en l'honneur de Dieu, de la Vierge et de saint Sébastien. Ce roi leur accorda leur demande, ainsi que les privilèges et exemptions donnés aux arbalétriers, avec cette différence qu'au lieu d'avoir trois sous par jour ils n'eurent que deux sous. Soumis aux mêmes règles, ils avaient à peu près les privilèges des arbalétriers . Ils étaient au nombre de cent vingt.

Quant aux arquebusiers de Paris, leur compagnie était également fort ancienne; on la fait remonter jusqu'au règne de Louis le Gros. Saint Louis fixa le nombre des chevaliers de l'arquebuse à cent quatre-vingts ; par lettres patentes d'avril 1 36g ce nombre fut porté à deux cents. Charles VIII, en 1490, confirma les privilèges de cette compagnie et en ajouta d'autres. Les arquebusiers remplissaient des fonctions semblables à celles des arbalétriers et jouissaient des mêmes privilèges. Dans l'origine ils se réunissaient dans un emplacement situé rue des Francs- Bourgeois, au Marais. En 1490 ils s'établirent entre les rues Saint-Denis et Mauconseil (1).

(1) « Les arquebusiers, dit le compilateur Hurtaut, sont ceux qui fabriquent toutes les petites armes à feu, telles que les arquebuses , cara» bines, fusils, mousquets, mousquetons, etc. Ils en forgent les canons, en - font les platines et les montent sur fûts de bois.

■ Toutes marchandises foraines d'arquebuse ne peuvent être exposées en vente sans avoir été préalablement visitées et marquées du poinçon de la communauté de Paris, à peine d'être lesdites marchandises saisies et confisquées, même chez les maîtres de cette capitale qui s'y seroient soustrait, et ce, pour obvier, autant qu'il est possible, aux funestes accidents qui peuvent résulter d'un canon brazé , pailleux , \boursouflé, ou vicié de quelques autres défauts que les gens de l'art peuvent seuls connoître.

« L'apprentissage est de quatre années } le brevet coûte 55 livres, la

4Ô2 HISTOIRE DE PARIS. (i3»0-iû»8}

Nous avons dit que Louis XI favorisa rétablissement de l'imprime rie en France. Sous son règne UlricGéring, né à Constance, Martin Grantz et Michel Friburger fondèrent à Paris le premier établissement typographique. Ils avaient été appelés en France par Guillaume Fichet, docteur en Sorbonne, et par son ami Jean de la Pierre, qui était alors prieur de cette maison. Le premier ouvrage sorti de leurs presses, et qu'édita Jean de la Pierre, fut le recueil des épîtres de Gasparino de Pergame ( Epis toi œ Gasparini Pergetmensis). Cet ouvrage, qui porte la date de 1470, est imprimé en caractères ronds, dits romains. Ce volume fut suivi des éditions des meilleurs historiens de l'antiquité. En 147 3 les imprimeurs, dont le premier établissement avait été installé dans les bâtiments mêmes de la Sorbonne, transportèrent leurs presses rue Saint- Jacques, à coté de l'église Saint- Benoît . Leur enseigne était au Soleil d'or. Les trois associés se séparèrent en 1478 ; Géring resta seul à Paris et continua d'exercer la typographie. Il s'associa successivement avec Guillaume May niai etBerthold Rembold. On cite comme une merveille de l'art typographique le Corpus Juriscanonici, qu'ils publié-

maîtrise 700 livres. Avant d'être reçu à la maîtrise il faut faire quatre années de compagnonnage.

« Tout maître doit avoir son poinçon pour marquer ses ouvrages, dont l'empreinte doit rester sur une table de cuivre déposée au Châtelet dans la chambre du procureur du roi.

« Si un apprenti s'absente plus de trois mois de chez son maître, sans une cause légitime, il perd tout droit à la maîtrise. Par les statuts de cette communauté il fut permis aux maîtres d'établir à Paris un jeu d'arquebuse, tel qu'on le voit dans les fossés de la porte Saint-Antoine.

« Les (ils de maîtres sont tenus de faire apprentissage et en passer brevet ailleurs que chez leur père.

« Le patron est saint Éloi. »

rent imprimé en trois volumes in-folio, sur cinq colonnes, avec divers caractères en rouge et noir. Les trois fondateurs de l'imprimerie parisienne avaient obtenu de Louis XI des lettres de naturalisation ; le nombre des imprimeurs s'accrut d'ailleurs si rapidement à Paris qu'à la mort de Géring on en comptait déjà plus de quarante dans cette ville. Parmi eux on mentionne Antoine Vérard, Philippe Pigouchet, Gaillot-Dupré, Aspais et Paquier- Bonhomme, Josse Bade et Jean Petit, qui furent les précurseurs de Henri Estienne, le patriarche de l'imprimerie française (1).

(i) Aux noms des imprimeurs que je viens de citer il faut ajouter les suivants pour la fin du quinzième siècle: Pierre Caron ou Le Caron (1474). Ce fut lui qui imprima P Aiguillon de l'amour divin, que Mattaire croit être le premier livre imprimé en français. — Pascal Bonhomme (147 6), à qui Pon doit une édition estimée des Chroniques de Saint-Denis. Un Jehan Bonhomme imprimait aussi à Paris de i486 à 1489. — Le célèbre Antoine Gérard (1480-1517). Quelques auteurs prétendent cependant que

c'était un libraire seulement. — JeanBelin^i^Bi-gZ) Jean Maurand,

qui demeurait rue Saint- Victor (i4o3). — François Renault (i484- 1539). — Denys Janot, l'un des plus féconds imprimeurs de l'époque (i484-i539).— Wolfgang Hopyl (1489-98). — Godefroy de Marne/ (1491-98), Ce nom, célèbre dans les fastes de Part typographique, a été porté par plusieurs individus de la même famille. On voit un Enguerrand de Marne/ imprimeur en 1S17; un Jean de Marne/ en i5i4t et une Jeanne de Marne/ en i546, rue Neuve Notre-Dame, à l'enseigne de Saint- Jean-Baptiste. — Jean Trepperel (1494-98). — Jean Petit (1498i539). — Simon f ostre (i5oo). — Guidon Mereator (i5oa). — Quant à Henri Estienne, ce chef d'une des plus illustres familles parisiennes, né à Paris en 1470, il y imprimait dès l'an i5o3 et y mourut vers i5ao. Ses trois fils, François, Robert et Charles, furent tous imprimeurs avec ou après lui. François, que nous désignerons sous le nom de François PT, ne marqua guère, non plus que Charles, qui mourut en i564. Quanti Robert, premier du nom, ce fut un homme supérieur. Né en i5o3, il débuta dans la carrière en 1527, puis fit paraître son Thésaurus Latinœ linguœ, tant de fois réimprimé et autant de fois enrichi, devint

464 HISTOIRE DE PARIS. (1380-lftd»)

Nous avons déjà mentionné l'établissement de la poste aux lettres, institution qui demeura bien lougtemps à l'état d'enfance, et qui, toutefois, rendit dès son origine, aux gouvernements et aux peuples, des services signalés.

Le 3 juin 1464 une ordonnance de Louis XI rétablit la cour des aides, qui avait été supprimée au commencement de son règne.

On appelait aides les impositions extraordinaires votées par les états généraux, et dont l'usage remonte aux règnes de Charles V et de Jean. La cour des aides fut instituée, peu après cette époque , pour connaître en dernier ressort de toutes les contestations de fiscalité qui s'élevaient dans le royaume sur la perception des impôts. Ces contestations avaient nécessité dans chaque province l'établissement d'un tribunal qui fut le tribunal de X élection ; à la cour des aides était la chambre souveraine d'où ressortissaient toutes les élections provinciales.

Sous Louis XT l'abbé et les religieux de Saint-Germain des Prés obtinrent l'autorisation d'établir, dans le

imprimeur du roi, son protecteur, en i53q, et mourut à Genève en i55o, ayant été exilé de France pour la hardiesse de ses opinions. Robert Ier eut, ainsi que son père Henri Ier, trois fils, savoir : i° Henri II, homme de génie, de haut savoir et d'un courage téméraire, qui, né en i5a8, alla mourir, en 1598, à l'hôpital de Lyon, laissant un fils, Paul Estienne, qui mourut en 1627, imprimeur à Genève, avec postérité. On doit à Henri II des ouvrages qui ne mourront pas , tels que l'inestimable Thésaurus linguœ Grœcœ, V Apologie pour Hérodote, et divers traités précieux sur la langue française, a0 Robert II, né en i53o, mort en 1571, père de Robert III, imprimeur, mort sans enfant en 1629, et de Henri III, lequel eut un fils, Henri IV, imprimeur jusqu'en 1640. 3° François II, dont on sait peu de choses. Le dernier des Estienne fut le fils de Paul, nommé Antoine, qui fut imprimeur, et mourut à l'Hôtel- Dieu, en 1674, à lage de quatre-vingts ans.

faubourg Saint-Germain, une foire franche, destinée à les dédommager des pertes considérables qu'ils avaient éprouvées sous les derniers rois, par suite des guerres civiles et de l'invasion étrangère. La foire de Saint-Germain , exempte de tous droits fiscaux, devait commencer tous les ans au Ier octobre et durer huit jours. Dès que cette foire eut été instituée les religieux de Saint-Denis y formèrent opposition , alléguant qu'elle porterait préjudice à celle qui se tenait à Saint-Denis pendant huit jours et à dater du 9 octobre. Cette réclamation fut accueillie par un arrêt du parlement de Paris, qui reporta au mois de février de chaque année l'ouverture de la foire de Saint -Germain.

Cette foire commençait le 3 février, se continuait pendant le carnaval et durant la plus grande partie du carême; elle ne finissait qu'au dimanche des Rameaux. Dès Tan i486 les religieux de Saint-Germain firent construire, sur ce champ de foire, cent quarante loges ayant pour objet d'abriter les marchands et leurs marchandises; en 1 5 1 1 elles furent abattues et réédifiées, sur un plus vaste plan , par les soins de l'abbé Guillaume Briçonnet, et ces magasins en charpente firent, pendant plus de deux siècles, l'admiration des gens de l'art.

a Les bâtiments de la foire Saint-Germain étaient divisés, dit Hurtaut, en deux halles différentes, qui cepen* dant ne composaient qu'une seule et même enceinte et étoient contiguës. Elles avoient i3o pas de longueur sur ioo de largeur. Neuf rues tirées au cordeau, et qui secoupoient les unes les autres à angles droits, les partageoient en il\ parties. Les loges qui formoient et bornoient ces rues étoient composées d'une boutique au rez-de-chaussée et d'une chambre ou petit magasin au-dessus. Il y avoit

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quelques-unes de ces loges derrière lesquelles on avoit ménagé des cours où il y avoit des puits, pour éteindre le feu en cas d'accident. Au bout d'une des halles étoit une chapelle où Ton disoit tous les jours la messe, pendant la durée de la foire.

« Les rues étoient distinguées par les noms des différens marchands qui y étaloient; ainsi il y avoit la rue aux Orfèvres, la rue aux Merciers, la rue aux Drapiers, la rue aux Peintres , la rue aux Tabletiers , la rue aux Fayenciers, la rue aux Lingères, etc.

« Tout cela disparut dans une nuit, par un affreux incendie qui répandit l'alarme dans tout le quartier. Cet incendie arriva la nuit du 1 6 au 17 mars 1762. Le vent du Nord, qui souftloit avec une extrême violence, fit faire en peu de temps un si grand progrès aux flammes qu'en moins de cinq heures toutes les boutiques et les loges de la Foire, qui n'étoient construites que de bois, furent totalement consumées. Les maisons voisines opposées à la direction du vent auroient couru un grand risque si l'activité des gardes-françoises ne les eût garanties. Cependant l'église de Saint-Sulpice fut un peu endommagée; le feu avoit gagné deux poutres de la chapelle de la Vierge, et quelques plombs de la couverture furent fondus. Un seul charpentier eut le malheur de périr dans les flammes. 11 y eut trois ouvriers grièvement blessés et deux légèrement. Le premier président, le lieutenant général de police et • plusieurs des principaux magistrats se transportèrent au lieu de l'incendie; par leurs soins et par la sagesse des ordres qu'ils donnèrent on ne perdit au plus que la dixième partie des marchandises, qui, sans les précautions dont on usa, auroient pu être exposées au pillage.

« Au mois d'octobre de la même année les propriétaires du terrain sur lequel se tenoit la Foire présentèrent requête pour qu'il leur fût permis de procéder à son rétablissement. La requête ayant été admise, il y eut une ordonnance du lieutenant général de police , qui accorda la permission de construire cent loges pour les marchands, et qui en détermina l'étendue, la bâtisse et le prix de location. On y travailla aussitôt avec la plus grande activité, de manière que la foire s'y tint comme à l'ordinaire. Mais il s'en falloit bien que cette nouvelle foire fût aussi commode que l'ancienne; la magnifique charpente qui couvroit celleci soutenoit un toit qui mettoit à couvert les différentes rues; aujourd'hui elles sont à découvert, malgré les vitrages qu'on a mis en forme de toit sur quelques-unes de ces rues et que les mauvais temps ont presque déjà entièrement détruits, ce qui ne peut être que très-incommode. »

Jusqu'en 1786 la foire Saint-Germain forma un immense bazar qui servait de rendez-vous aux oisifs et aux curieux de toutes classes et de tout âge, si nombreux à Paris; les étrangers y accouraient eux-mêmes pour être témoins de ce spectacle pittoresque, dont ils ne se lassaient pas. C'était d'ailleurs, trop souvent, un théâtre d'émeutes, de violences, de plaisirs et de1 débauches. On le supprima pour lui substituer le Palais-Royal, un autre bazar plus splehdide encore , et que la mode adopta avec empressement. Peu d'années après, et sous le premier empire, on éleva, sur l'ancien emplacement de la foire Saint-Germain, un marché d'étendue assez médiocre, mais fort utile , et que nous décrirons en esquissant les annales de

Paris au dix-neuvième siècle.

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