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AVENEMENT DES VALOIS. — DOULEURS ET RUINES

Cette dernière fondation date du règne de Philippe de Valois. L' avènement des Valois au trône est F avènement de nos désastres. La grande lutte qui s'est déjà produite entre Philippe -Auguste et Richard Cœur- de- Lion va recommencer pour des siècles. La chevalerie française , la première chevalerie du monde depuis les croisades , tombera vaincue dans trois batailles; la France sera envahie par l'étranger ; elle sera ravagée en tous sens tantôt par l'Anglais, tantôt par des hordes d'aventuriers sans emploi , tantôt par des bandes de laboureurs et de pastoureaux qui , n'ayant plus rien à perdre, se mettront à piller à leur tour. Au milieu de ce chaos social , les champs demeureront en friche , les châteaux s'envoleront en fumée ; et Paris , se livrant au hasard à toutes les turbulences de l'émeute, à toutes les colères des révolutions , finira par devenir comme une ruine où les loups

affamés ne craindront même pas de venir chercher leur pâture .

Nous ne pouvons indiquer ici que quelques traits de ce funèbre tableau. En 1346, Edouard IÏI paraît en vue de Paris et fait incendier Saint-Gloud , Nanterre , Boulogne , afin de donner aux Parisiens le spectacle de feux de joie anglais. Philippe de Valois fait aussitôt abattre tous les appentis de la \dlle , afin de « chevaucher plus aysément parmy Paris. » — « Ma bonne gent, disait-il aux habitants effrayés, ne vous doutez de rien... je m'en vais jusques à Saint-Denys, devers mes gens d'armes, car je -veuil chevaucher contre les Anglois et les combattre. »

Philippe de Valois alla plus loin que Saint- Denis ; il alla jusqu'à Crécy.

Deux années s'écoulent, et une affreuse peste vient mettre le comble aux douleurs de la France. Si nous en croyons Froissart, la tierce partie du monde mourut. A Paris, on enterrait par jour de cinq à huit cents personnes. Cette crise fut suivie d'une sorte de surexcitation de la pensée : les uns, ne voyant partout que mort et que ruine , s'abandonnaient à tout F enthousiasme de la mortification; ils parcouraient les villes pieds nus, et se flagellaient en chantant des cantiques :

Or, avant, entre nous tous, frères, Battons nos charognes bien fort

Les autres , heureux de se sentir vivre au milieu du deuil général, se laissaient aller avec ivresse au courant de la vie. C'étaient chaque jour une joie plus vive et des fêtes nouvelles, et l'on s'occupait de modes et de plaisirs

comme si nulle tristesse n'eût pesé sur la France. Avant Philippe de Valois, les rois et reines se vêtissaient de drap de Gonesse; mais, à présent, on veut du drap de Bruxelles ou de Marines. En même temps la forme des costumes se modifie : les dames portent des cottes armoriées et fendues aux hanches afin de laisser voir les pierreries et orfèvreries de la ceinture. Fenêtres d'enfer, s'écriaient les prédicateurs, par où se montre le démon de la prodigalité. Ajoutons que la coiffure des femmes ne tarde pas à s'élever comme une tour d'où flottent mille banderoles. Le chevalier, de son côté , laisse croître» sa barbe en pointe, et renonce aux amples vêtements d'autrefois pour s'empaqueter dans d'étroites gaines que recouvre à peine un court mantel. « Et estaient si estroites, dit le moine de Saint-Denis, qu'il leur falloit aide au vestir et au dépouiller, et sembloit qu'on les escorchoit quand l'on les dépouilloit. » L'Église tonnait et le peuple riait : « C'est apparemment pour mieux courir, » disaient les manants, qui n'avaient pas oublié Grécy.

De 1351 à 1360, Paris est en proie aux luttes parlementaires et aux soulèvements de la rue. Le dauphin, Charles le Mauvais , Etienne Marcel se disputent le peuple, cette force mouvante et soudaine qui est trop souvent le prix de l'audace. Puis, en 1360, reviennent les Anglais. Edouard III traîne à sa suite non -seulement des milliers de chars et de machines de guerre , mais encore des faucons et des chiens pour la chasse, des batelets de cuir pour la pêche , comme s'il allait prendre possession définitive du royaume de France. Son approche est annoncée aux Parisiens par la vue lointaine de l'incendie et les

clameurs qui s'élèvent de la campagne. Défense est faite de sonner les cloches, défense de chanter matines, dans la crainte que les moindres vibrations de Pair n'empêchent les gardes avancées de distinguer les pas de l'ennemi. Seul le son du couvre -feu se fait encore entendre à la tombée de la nuit pour rappeler aux habitants que toute lumière doit s'éteindre.

« De la Seine jusqu'à Etampes , écrivait le continuateur de Nangis , il n'y a plus un seul homme. Tout s'est réfugié aux trois faubourgs de Saint -Germain, de Saint- Marcel et de Notre -Dame -des -Champs. Montlhéry et Lonjumeau sont en feu. On distingue dans tous les environs la fumée des villages qui monte jusqu'au ciel. Le saint jour de Pâques j'ai vu, aux Carmes, officier les prêtres de deux paroisses. Le lendemain on a donné l'ordre de brûleries trois faubourgs, et permis à tout homme d'y prençlre ce qu'il pourrait, bois, fer, tuiles et le reste. Il n'a pas manqué de gens pour le faire bien vite. Les uns pleuraient, les autres riaient. »

Edouard III n'entra pas à Paris. Impuissant à surmonter l'énergie de la défense , il prit la route de la Beauce et y signa, quelques jours après, ce traité de Bretigny qui , au prix de durs sacrifices, rendit la paix à la France.

Le principal résultat de ce traité fut le retour de Jean II, qui languissait , depuis la bataille de Poitiers , dans les prisons de l'Angleterre. Jean fut accueilli à Paris par les acclamations de la plus vive joie. La misère publicpie se cachait elle-même aux yeux du souverain pour lui faire oublier ses souffrances. Les rues étaient tapissées, les

fontaines jetaient du vin; le roi s'avançait sous un dais de drap d'or, et un buffet d'argenterie du poids de mille marcs lui était offert par la ville.

Ces nobles témoignages de patriotique respect ne furent pas au reste particuliers à la capitale; de toutes les provinces on envoya au roi des présents et de l'argent. Les pays cédés à l'Anglais voulurent contribuer euxmêmes pour leur quote-part à la rançon du prisonnier. * « Vous ne régnez plus sur nos biens , lui écrivaient les habitants de la Rochelle; mais vous régnez toujours sur nos cœurs. »

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