SAINT - LOUIS. — L'ORATOIRE — SAINT-ROCH
Saint-Louis de la rue Saint-Antoine , ancienne chapelle des jésuites *, a peu de droits , comme monument , d'attirer l' attention. C'est une de ces fabriques italiennes avec colonnes engagées, frontons, enroulements , vastes arceaux, comme le xvne siècle les sema , avec une désespérante uniformité, sur le sol de la France. Mais comment passer près de ce frontispice académique sans se rappeler que ce fut là que l'éloquence de la chaire naquit parmi nous avec Lingendes pour s'y développer ensuite dans tout son éclat avec Rourdaloue ? Comment oublier que là ont prié Jouvency, Rouhours, Rapin, Commire, Vanière, Porée , tous ces hommes de piété , d'urbanité , de savoir et de douce poésie, auxquels pourrait être également appliquée la devise de l'un d'eux : Candorque canorque; et ces deux frères de Neuville qui , pendant la plus grande partie du dernier siècle , continuèrent de soutenir la haute et pieuse renommée de la chaire française?
Un sentiment analogue nous domine tristement chaque fois que nous passons , rue Saint-Honoré , devant le temple protestant de l'Oratoire. Ce temple abandonné aujourd'hui aux disciples de Calvin fut édifié , il y a deux cent trente ans, par le saint cardinal de Rérulle. Vincent de
1 Depuis la destraction de l'église Saint-Paul , c'est-à-dire depuis la Révolution, Saint-Louis est devenu église paroissiale, sous le vocable de Saint-Paul- Saint-Louis.
Paul y pria , Thomassin y médita , Mascaron et Massillon y prêchèrent *, le cardinal de Bérulle enfin y mourut en offrant le sacrifice de la messe.
On voyait autrefois dans cette église le tombeau du cardinal par Anguier. Pierre de Bérulle était représenté à genoux , les yeux fixés sur un livre que tenait un ange , heureuse allusion à cette dernière messe commencée sur la terre et achevée dans le ciel.
Depuis lors malheureusement la Révolution a imprimé ses souillures à l'Oratoire. Ce fut en effet là que les premiers évèques intrus , Expilly du Finistère et Marolles de F Aisne , reçurent la consécration épiscopale des mains de Talleyrand, évèque d'Autun, assisté de Gobel, évèque de Lydda, et de Miroudot, évèque de Babylone. L'Oratoire est aujourd'hui, nous l'avons dit, un temple de Calvin.
Saint-Louis et l'Oratoire datent l'un et l'autre de la première moitié du xvne siècle ; Saint-Roch inaugura la seconde moitié. La première pierre en fut effectivement posée par Louis XIV, en 1653 , dans un vaste clos dépendant de l'hôtel de Gaillon et sur les ruines de deux anciennes chapelles. La disposition du terrain ne permit pas d'orienter cette église ; elle est une des premières qui ne l'aient pas été à Paris.
L'architecture de Saint-Roch se compose à l'intérieur
1 C'est au sortir d'un de ces premiers sermons de Massillon, que le modeste Bourdaloue disait : Hune oportet crescere, me aulem minui. Comment ne pas joindre à ces noms celui du Père de Condren, second général de l'Oratoire, homme admirable, docte, candide et simple comme l'enfant Jésus qu'il avait pris pour modèle, et dont on put dire dans son oraison funèbre, avec une! vérité qui fit tressaillir l'auditoire : « Puisqu'il ne refuse plus les honneurs , il est aisé de voir qu'il ne lui reste plus de vie. »
d'un ordre de pilastres doriques couronné d'un entablement denticulaire ; les archivoltes des arcades sont en outre chargées de trophées et de figures. Même à ne considérer ces ornements qu'au point de vue classique , si Ton est frappé de leur richesse, on ne l'est guère moins de l'absence de goût qui s'y révèle.
Par une bizarrerie particulière à Saint-Roch , le maîtreautel est suivi de trois chapelles absidiales , dont les jours dégradés à dessein produisent un effet d'optique curieux sans être grandiose. La première de ces chapelles est dédiée , suivant l'usage , à la Vierge ; la seconde porte le titre de chapelle de la Communion ; la troisième , espèce de demi-rotonde ajoutée après coup à l'église, celui de chapelle du Calvaire; on y remarque un groupe de Christ au tombeau, par Desenne.
Saint-Roch avait été commencé par Lemercier; il ne fut achevé que vers le milieu du xvnf siècle par Robert de Cotte. Son portail pyramidal , avec sa double ordonnance de colonnes engagées doriques et corinthiennes, fut l'œuvre de ce dernier; on y reconnaît l'école de Mansard.
Boileau, dans une de ses satires, cite avec d'autant plus de faveur les sermons prêchés à Saint-Roch par le Père Desmares, que celui-ci était l'ami dévoué de ses amis de Port-Royal :
Desmares, dans Saint-Roch, n'aurait pas mieux prêché.
Les prônes de Badoire, l'un des plus pieux curés de Saint-Roch , ont obtenu à juste titre un peu plus de célébrité.
La noble fermeté de l'un de ses successeurs, l'abbé Marduel , n'a pas moins de droits à de durables hommages. Sommé par Bailly de prêter le serment civique , M. Marduel refusa énergiquement , malgré les cris, malgré les menaces. « Il est donc vrai, lui disait Bailly, que les décrets sur la constitution civile sont contraires à la religion catholique? — Oui, répondit M. Marduel. — Eh bien, en ce cas, reprit, dit-on, le philosophe, s'il dépendait de moi, demain la religion catholique n'existerait plus en France. » Nous aimons à croire que Bailly, si la Révolution lui en eût laissé le temps, n'eût pas cherché obstinément à tenir parole ; mais d'autres essayèrent pour lui.
Un jour, c'était en 1793, Monvel, un comédien, s'élance hardiment dans la chaire de Saint -Roch : « 0 Dieu, s'écrie-t-il, si tu existes, tu entends que j'insulte à tes foudres ; venge-toi, je t'en porte le défi. . . tu gardes le silence, tu n'oses frapper, j'en conclus que tu n'es point. » Et quelques jours après, tous ces philosophes du néant portaient triomphalement une prostituée à Notre- Dame; ils l'encensaient, ils chantaient des hymnes en son honneur, ils s'agenouillaient devant elle , et ils ne s'apercevaient pas, dans leur décrépitude , que la foudre n'est pas, même dans ce monde, la plus terrible des vengeances de Dieu !
Revenons à de meilleurs souvenirs. De nos jours , nous avons entendu Mgr Cœur, évêque de Troyes, débuter à Saint-Roch, dans la capitale, et y obtenir un de ces succès d'éloquence et de logique qui sont devenus habituels à son talent.
m HISTOIRE DE PARIS
Parmi les morts illustres dont les noms se lisaient et dont quelques-uns se lisent encore à Saint -Roch, nous nous contenterons de citer ceux du maréchal d'Asfeld , de Pierre Corneille, de Maupertuis, de Mme Deshoulières , du peintre Mignard, du duc de Créqui , du comte d'Harcourt et du célèbre jardinier Le Nôtre.
Un socle surmonté d'un buste et orné de bas-reliefs y a été récemment consacré par les sourds -muets à la mémoire de leur bienfaiteur, l'abbé de l'Épée : touchant hommage de reconnaissance. Enfin le tombeau du cardinal Dubois par Coustou, autrefois à Saint- Honoré, a été transporté à Saint-Roch depuis la Révolution : Dubois est à genoux devant un livre ouvert au psaume Miserere. L'épitaphe , rédigée par Couture, se borne à rénumération de ses titres qu'elle fait suivre de ces simples mots : « Passant , demande à Dieu pour lui des biens plus stables et plus solides. » Viator, slabiliora solidioraque bona morluo apprecare.