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LES THERMES

Sur la pente du coteau de Sainte-Geneviève , s'élèvent d'antiques débris dont le caractère imposant ne manque jamais de frapper ceux qui les aperçoivent de la rue de la Harpe. Ces débris, connus sous le nom de Thermes de Julien, remontent, selon toute apparence, à Constance- Chlore. La disposition des matériaux et F ornementation de l'architecture semblent du moins indiquer clairement les premières années du ive siècle. N'était- il pas naturel en effet qu'au moment où Dioctétien couvrait le Quirinal de ses Thermes gigantesques, Constance- Chlore , son collègue , cherchât à rivaliser avec lui de splendeur et de magnificence dans les solitudes transalpines?

Les Thermes de Lutèce rappelèrent donc les Thermes de Rome. Ce fut le même luxe , la même grandeur, la même hardiesse ; Julien de Haute ville nous les représente en-

core, vers la fin du xif siècle, dominant et embrassant la montagne de leurs constructions majestueuses « dont les cimes, s'écrie-t-il, touchent aux cieux et les fondements à l'empire des morts. »

Une place publique , située aux environs du carrefour Saint-Michel, de vastes jardins s' étendant jusqu'à Saint- Germain- des -Prés et jusqu'à la Seine , et un camp dont quelques fouilles récentes indiquent l'emplacement dans la partie orientale du jardin du Luxembourg, servaient de complément à cette somptueuse habitation.

Quant aux Thermes proprement dits , ils comprenaient à la fois , dans les mœurs romaines , un palais , des salles publiques pour les bains, une bibliothèque et quelquefois une palestre ; c'est ce qui explique l'étendue des substructions que l'on rencontre au fond des caves d'un grand nombre de maisons du quartier de la Sorbonne. La salle grandiose qui seule est demeurée intacte paraît avoir été destinée aux bains froids : c'était le frigidarium. Elle recevait les eaux de l'aqueduc d'Arcueil par quatre tuyaux en terre cuite , dont les orifices sont encore visibles au fond de trois niches pratiquées dans la paroi méridionale de l'édifice.

Près de cette salle était le baptisterium , vaste piscine de dix mètres de longueur où les baigneurs pouvaient se plonger et nager. La cour actuelle formait le tepidarium ou bain tiède , et dans son prolongement se trouvait le fourneau ou hypocausle, accompagné de petits escaliers de service qui existent encore.

Le frigidarium est toutefois la seule partie de ce monument qui puisse donner une idée complète de son

architecture. Seul il a conservé sa large voûte, qui s'élève à quinze mètres au-dessus du pavé et dont les retombées sont soutenues par des proues de navires. Il est remarquable que cette voûte a résisté et à Faction dissolvante de quinze siècles et au poids d'un jardin qui, il y a trente ans encore, la recouvrait de ses cultures et de ses grands arbres.

La maçonnerie du palais des Thermes se compose d'un appareil carré mêlé de chaînes de briques superposées symétriquement et recouvert de stuc. Les faces des murs du frigidarium sont décorées de trois grandes arcades ; celle du milieu est la plus haute , et sur le mnr méridional elle se transforme en niche semi- circulaire. Audessous de la salle s'étendent divers étages de souterrains qui formaient de vastes dépendances et dans lesquels on voit un bel aqueduc. Le lepidarium était orné de niches alternativement rondes et carrées. Telles sont les seules données qui nous restent sur ce monument , dont la majesté et l'importance contrastent si vivement avec le tableau des cahutes de boue et de paille que nous tracent les anciens historiens de Lutèce , et le modeste titre à'oppidulum qu'ils lui donnent.

11 est vraisemblable que la partie habitée par les gouverneurs romains était celle qui s'élevait sur le sommet de la colline , in vertice montis. Julien y passa l'hiver de 359 à 360. Il nous semble l'y voir contemplant du haut des Thermes l'humble bourgade qui sera un jour une grande ville ; aucun de ses traits ne lui échappe.

«J'étais en quartier d'hiver dans ma chère Lutèce, écrivait-il aux habitants d'Antioche; elle

est entièrement entourée par les eaux de la rivière , et située dans une île peu étendue où l'on aborde des deux côtés par des ponts de bois. Il est rare que la rivière se ressente beaucoup des pluies de l'hiver ou de la sécheresse de l'été ; ses eaux pures sont agréables à la vue et excellentes à boire. . . L'hiver n'y est pas rude , ce que les habitants attribuent à l'Océan, dont ils ne sont qu'à 900 stades... Quoi qu'il en soit, ils ont de bonnes vignes et des figuiers même depuis qu'on prend soin de les revêtir de paille et de garantir les arbres des injures de l'air. »

a Cette année-là toutefois un hiver extraordinaire couvrit la rivière d'énormes glaçons qui, semblables à des carreaux de marbre blanc de Phrygie , flottaient au gré du courant, et, se heurtant sans cesse, menaçaient de s'accrocher et de former un pont. Je ne voulais point qu'on échauffât la chambre où je couchais , quoiqu'en ce pays-là on échauffe par le moyen de fourneaux la plupart des appartements, et que tout fût disposé dans le mien pour me procurer cette commodité. Cependant chaque jour le froid augmentait , il devenait insupportable : je me contentais de quelques charbons allumés, craignant qu'une trop grande chaleur n'attirât l'humidité des murailles. Mais ce feu , tout médiocre qu'il fut , exhala une vapeur qui alourdit ma tète et m'endormit; je faillis être étouffé 1 . »

Ainsi, quelques charbons de plus sous les voûtes des Thermes, et Julien n'eût jamais été Julien l'Apostat. Le temps que Julien passa dans les Gaules fut le véri-

1 Misopogon, p. 10 et suiv.

table temps de sa gloire. A peine âgé de vingt- cinq ans n'ayant jamais étudié que Platon et Diogène, il commande tout à coup aux armées , et il ne lui faut que quatre ans pour rejeter par delà le Rhin les Francs , les Bructères et ces Suèves que César nous représente plus forts même que les dieux, quibus ne dii quidem immortelles pares esse possinl. Revenu aux Thermes, il trace d'une main ferme l'organisation administrative du pays ; les anciennes distinctions de colonies, de municipes, de villes alliées, amies , tributaires , disparaissent pour faire place à des droits communs et uniformes, et l'antique oppidum cesse d'être une simple forteresse pour devenir le centre des institutions de la cité.

Les Gaules étaient devenues pour Julien une seconde patrie; et lorsqu'il les eut quittées pour aller chercher au loin les soucis et les crimes , le souvenir des jours qu'il y passa revint souvent comme une joie lointaine attrister sa vie. — Là du moins, se disait-il à lui-même, il n'était entouré que d'hommes simples et libres, inhabiles aux flatteries et incapables de tromper. Les peuples qu'il gouvernait avaient Pâme naturellement forte et guerrière; ils ne cherchaient l'amour que dans le mariage et ne se laissaient jamais amollir parla volupté. Gomme lui, le seul plaisir qu'ils trouvassent au théâtre était celui de le quitter. Les danseurs leur semblaient des fous , et à la molle douceur des chants de l'Ionie ils opposaient énergiquement leur musique sauvage , dont les paroles aussi rudes que les airs ressemblaient aux cris d'oiseaux sinistres.

Les habitudes sévères de Julien plaisaient d'ailleurs à

ces peuples. Sa table était tellement frugale qu'elle semblait tenir du régime; ses nuits passées sur la dure étaient partagées entre le travail et un sommeil léger et interrompu. « Il se portait aux affaires avec la légèreté d'un oiseau , ajoute le païen Libanius. Dans le même jour il donnait plusieurs audiences ; il écrivait aux villes , aux magistrats, aux généraux des armées, à ses amis présents, à ses amis absents, écoutait la lecture des lettres qu'on lui adressait, examinait les requêtes et dictait avec une telle rapidité , que les abréviateurs ne pouvaient le suivre. Il travaillait à tout, il se multipliait ; vous eussiez dit un nouveau Protée 1 . »

Assurément il eût été difficile de deviner dans ce jeune prince si généreux et si actif ce futur fils du soleil qui devait interdire un jour l'étude des belles -lettres aux chrétiens , comme s'ils eussent été indignes de la lumière , et laisser briser par les tortures le corps du vénérable évêque Marc , qui lui avait sauvé la vie.

Aux Thermes, Julien ne se révèle encore que parles grandes qualités de son âme , et les Gaulois l'entourent avec respect. « Leurs biens, leurs personnes, tout était à moi, écrivait- il longtemps après; combien de fois m'ont -ils forcé d'accepter l'argent qu'ils venaient m'offrir! Toujours prêts à m' obéir, le bruit des éloges qu'ils me prodiguaient volait par delà l'Europe. J'étais, disaient-ils, un prince magnanime, habile, juste, grand clans la guerre, grand dans la paix, accessible et plein de bienveillance. »

Mais ces acclamations finirent par troubler le sommeil

1 Libanius, Orat. parental.

de Constance. Menacé par Sapor à Test, inquiet des triomphes de Julien à l'ouest , il prit occasion de la guerre persique pour donner l'ordre à Julien d'envoyer en Orient les Celtes , les Hérules , les Pétulants et les Bataves , ses meilleures légions. Cet ordre causa une vive irritation dans les Gaules, et, lorsque les légions se mirent en marche, elles se virent entourées de populations en larmes qui s'attachaient à leurs pas avec désespoir. Quelques-unes d'elles , venant du nord, prirent le chemin de Paris. Julien alla à leur rencontre dans les faubourgs , in subiwbanis; il les accueillit avec sa cordialité ordinaire, et les pria instamment de poursuivre leur route avec un gai visage. Les soldats l'écoutent, l'œil morne et en silence. Arrivés au camp, ils prolongent la veille dans une fête nocturne qui doit signaler tristement leurs adieux à la patrie. Mais bientôt les têtes s'échauffent , l'irritation se fait jour par des clameurs confuses , on court au palais et on s'empare de toutes ses issues.

Julien dormait , bercé, raconte- t-il, par un songe prophétique ; il lui semblait voir le génie de l'empire qui lui disait : « Julien , il y a longtemps que je me tiens caché à ta porte ; plusieurs fois tu m'as repoussé ; mais si tu me repousses encore , je ne demeurerai plus avec toi. »

Cependant le bruit de la sédition va grandissant dans les vastes salles des Thermes ; c'est comme un immense cri qui proclame Julien auguste. Julien feint la résistance ; toute la nuit il demeure enfermé; et, lorsqu'au matin les soldats l' élèvent sur un bouclier en renouvelant leurs cris, il supplie, il menace. On lui demande une couronne pour la placer sur sa tête : « Je n'en ai jamais

possédé, » répond-il. On veut prendre le collier d'Hélène son épouse : « La tète d'un empereur, s'écrie -t- il , ne peut porter un ornement de femme, ce serait de mauvais augure. » On tresse en rond une courroie de cheval ; Julien la repousse comme indigne ; mais alors un centurion lui pose sur le front son collier militaire , et d'unanimes acclamations saluent le nouvel empereur.

Julien avait mieux que de l'ambition , il avait la science du succès.

Après lui, les empereurs Valentinien et Valens firent successivement divers séjours aux Thermes. Clovis y établit à son tour le siège de l'empire des Francs. Childebert y fixa également sa résidence ; et les jardins de Julien, devenus les jardins de la reine Ullhrogothe, éveillèrent en plein vie siècle la verve défaillante des poètes. Le printemps , disait Fortunat , y est perpétuel ; l'air y est embaumé des parfums d'une multitude de ces roses de Paris qui ont déjà un nom comme les roses de Jéricho dans l'Écriture, parisidiacas rosas. Le pampre tressé en berceaux y oppose aux chaleurs de l'été un épais ombrage sous lequel se joue une brise légère , aura levn ; des fruits délicieux y flattent à la fois l'odorat et le goût :

Nare suavis odor, dulcis in ore sapor ;

vous diriez un paysage de Tusculum ou de Tibur. On respire en ce lieu je ne sais quelle volupté au souffle de laquelle le chef franc se complaît avec amour.

Hœc magno inseruit rex Childebertus amore.

Et c'était cependant au milieu de ces calmes impres-

sions d'une belle nature qu'allait s'accomplir un des plus grands crimes de l'histoire! Qui ne se rappelle le meurtre des enfants de Clodomir, de ces orphelins pieusement gardés parleur aïeule , que deux oncles frénétiques sacrifièrent sans pitié à leur brutale ambition? Childebert et Glotaire avaient demandé ces enfants à Clotilde pour les placer, disaient -ils , sur le trône de leur père. Clotilde avait tressailli de joie : « Allez, s'était-elle écriée; je croirai n'avoir pas perdu mon fds , si je vous vois succéder à son royaume. » Mais à peine les enfants ont-ils franchi le seuil respecté de son palais qu'on lui donne à choisir pour eux entre une épée nue et des ciseaux , entre la mort et le cloitre. Clotilde égarée ne se connaît plus : « Plutôt la mort, dit-elle, s'ils ne doivent pas occuper le trône ! »

Ces paroles parviennent aux Thermes ; et aussitôt Clotaire saisit l'aîné de ses neveux, le jette à terre et le massacre. Aux cris de l'enfant son frère embrasse les genoux de Childebert. « Mon très -bon père, lui dit-il, secoursmoi afin que je ne meure pas comme mon frère ; » et Childebert , le visage inondé de larmes , suppliait Clotaire de lui laisser la vie , lui promettant ce qu'il voudrait pour son rachat ; mais Clotaire ne lui répond que par des injures : « Repousse-le, criait-il, ou je te jure que tu mourrasàsa place. N'est-ce pas toi qui m'as appelé? te voilà bien prompt à reprendre ta foi ! » Et Childebert repoussa l'enfant , et il le jeta à Clotaire, et Clotaire le tua comme il avait tué l'aîné.

Les deux bourreaux tuèrent ensuite les gouverneurs et les serviteurs de leurs neveux ; puis , montant à

cheval, ils s'en allèrent dans les faubourgs , tandis que Clotilde , plaçant les petits corps sur un brancard , les conduisait à l'église des Apôtres, au milieu de beaucoup de chants funèbres et avec une immense douleur.

Laissons passer maintenant quelques années , et nous retrouverons au palais des Thermes , avec une nouvelle génération d'hommes, une nouvelle génération de crimes. Une lutte fratricide vient de s'élever entre Chilpérik et Sigebert ; celui-ci appelle les Germains à son aide et marche sur Paris; il y est bientôt suivi par Brunehaut , sa jeune et gracieuse épouse. La population parisienne l'accueille avec transport. Un homme toutefois manquait au triomphe : cet homme était l'évèque Germain. Au lieu d'aller flatter et encenser l'idole du jour, il lui écrivait avec une fermeté et une dignité dont les traditions s'étaient perdues partout ailleurs que dans le sanctuaire : « C'est avec tristesse que je vous envoie ces lignes, lui disait -il ; je sais comment rois et nations se précipitent à force d'offenser Dieu... ; celui-là remporte une victoire sans honneur qui a vaincu son frère... »

Et , quelques jours après , le même homme entrait au palais des Thermes au moment où Sigebert allait quitter Paris pour poursuivre cle nouveau Chilpérik. « Si tu vas dans l'intention de ne pas tuer ton frère, lui dit -il, tu reviendras vivant et vainqueur : mais si tu as d'autres pensées , tu mourras ; car Dieu a dit par la bouche de Salomon : « Tu tomberas dans la fosse que tu auras creusée pour ton frère. » Sigebert demeure sourd aux paroles du saint ; il assemble son armée , il part ; mais à quelques lieues de Paris il est frappé dans le flanc par deux hommes

que Frédégonde avait armés de scramasaxs: c'étaient des couteaux empoisonnés.

Chilpérik accourt aussitôt à Paris accompagné de la fille franque dont l'infernal génie vient d'assurer son triomphe. Brunehaut, la veuve de Sigebert, y était encore, comptant les heures au palais des Thermes dans une cruelle angoisse. N'espérant pas se sauver, elle cherche du moins à sauver son fils. Avec l'aide d'un ami dévoué , elle le descend la nuit dans une corbeille , d'une des fenêtres du palais, et, tandis que l'enfant prend furtivement la route de Metz, Brunehaut attend tristement avec ses filles et ses trésors l'arrivée de ses implacables ennemis.

Chilpérik , ravi des trésors , se contenta d'exiler Brunehaut et d'emprisonner ses filles ; mais si le roi de Neustrie n'avait eu d'yeux que pour l'or et l'argent, Mérovée son fils n'en avait eu que pour la jeune veuve de Sigebert , dont la douleur et l'orgueil blessé n'avaient fait qu'accroître la beauté et l'esprit de ressources. De ce jour il s'attacha à elle, et alors commença la longue suite de ces tragédies domestiques où l'on vit tout ce que les passions , dans deux cœurs de femmes , peuvent enfanter de génie et de scélératesse.

A partir de cette époque, le silence se fait dans les vastes salles des Thermes. Les chefs francs avaient fini par leur préférer les grandes fermes de Braine et de Glichy, et le palais romain démantelé par l'âge et par les Normands n'était plus , au xne siècle , qu'un impénétrable repaire constamment ouvert aux crimes et à la luxure. Mulîiplici hlebra scekrum tessura laborem..,.

Aux xnie et xive siècles , nous voyons les Thermes devenir successivement la propriété de Jehan de Courtenay, de Simon de Poissy, de Raoul de Meulan, d'un archevêque de Reims, d'un évèque de Rayeux jusque vers 1340, époque où Pierre de Ghaslus l'acquit définitivement au nom de l'ordre de Cluny.

Cent cinquante ans après, l'élégant hôtel de Cluny s'élevait sur une partie des ruines romaines, et l'épaisse couche de terre d'un jardin recouvrait, nous l'avons dit, les solides voûtes du frigidarium.

A l'époque de la révolution , les Thermes , devenus propriété nationale, furent adjugés à vil prix, et l'immense salle que nous connaissons servit de magasin à un tonnelier. Depuis lors l'antique palais de Julien a été acquis par la ville de Paris; on l'a recouvert d'un toit , on l'a débarrassé des masures qui le dérobaient aux regards, puis la ville l'a cédé à l'État , qui en a fait un musée.

Le musée des Thermes est spécialement consacré aux antiquités gallo-romaines, dont il est lui-même le plus glorieux débris ; tandis que l'hôtel de Cluny, bâti sur ses décombres et l'un des gracieux monuments de la Renaissance , se trouve non moins heureusement transformé en musée du moyen âge. Parmi les antiquités conservées aux Thermes, je me contenterai de citer l'autel dédié à Jupiter par les naules de la Seine, et un petit nombre de bas-reliefs et de tombeaux. Quant au musée de Cluny, il serait impossible même d'indiquer toutes les richesses artistiques et archéologiques qu'il renferme en fragments d'architecture et de sculpture, en ivoires surtout, albâtres, bois sculptés, vieux imprimés, vieux manuscrits,

vieilles miniatures, riches vitraux, émaux incrustés, orfèvrerie, bijouterie, broderies, armurerie, serrurerie, etc. On y remarque le lit de François Ier et les Heures de Henri III , le cabinet de deuil orné d'émaux de Catherine de Médicis, et l'oratoire en ivoire sculpté de Philippe le Hardi , duc de Bourgogne ; la célèbre légende de Saint- Lié en vitraux du xvie siècle, et l'échiquier en cristal de roche donné à saint Louis par le Vieux de la Montagne.

Mais parmi toutes les curiosités de l'hôtel de Cluny, l'hôtel lui-même figure au premier rang. Cet hôtel fut construit vers la fin du xve siècle par deux abbés de Cluny, Jean de Bourbon et Jacques d'Amboise. Ce dernier consacra, si nous en croyons un vieux chroniqueur, 50,000 angelots à son édification de fond en cime; aussi les armes d'Amboise et les statues de la famille y étaientelles prodiguées.

La façade principale de l'hôtel se compose d'un vaste corps de logis flanqué de deux ailes; l'une de ces ailes est ouverte au rez-de-chaussée par une suite d'arcades ogivales du plus gracieux dessin. A la naissance des toitures se détache une galerie à jour derrière laquelle pyramident de hautes lucarnes richement sculptées. Une tourelle à pans coupés partage l'édifice ; elle est ornée de coquilles et de bourdons de pèlerins , en souvenir du célèbre pèlerinage de Saint - Jacques , que ne pouvait oublier Jacques d'Amboise.

A l'intérieur, ce qui frappe surtout, c'est l'exquise élégance de la chapelle ; par une disposition singulière les nervures élancées des voûtes s'y réunissent en faisceaux sur un pilier central. L'autel est placé dans un hémicycle

formant saillie sur le mur extérieur; enfin des niches sculptées en relief, des vitraux, des peintures et une cage d'escalier en broderie de pierre achèvent l' ornementation de ce gracieux monument.

L'appartement contigu à la chapelle porte le nom de chambre de la reine Blanche , en mémoire du séjour qu'y fit Marie d'Angleterre , veuve de Louis XII , pendant les premiers mois de son deuil, qu'elle portait en blanc suivant l'usage des reines de France. Parmi les personnages célèbres dont le nom se rattache à l'histoire de T hôtel de Cluny, nous citerons encore Jacques V, roi d'Ecosse , qui y épousa l'une des filles de François Ier, et plusieurs membres de la famille de Guise, le cardinal de Lorraine entre autres.

Pendant la Révolution , l'hôtel de Cluny devint successivement un lieu de réunion pour la section du quartier, un amphithéâtre de dissection et un atelier d'imprimerie. La chapelle servit tour à tour de salle de séances et d'amphithéâtre. Depuis lors, grâce à un archéologue distingué , M. du Sommerard , l'hôtel de Cluny a été remis en honneur. Ce fut M. du Sommerard qui eut l'heureuse pensée d'en faire un musée d'antiquités nationales; et le gouvernement en se rendant propriétaire, à sa mort , et de l'hôtel et des collections, en restaurant l'un , en enrichissant les autres , n'a fait que compléter son œuvre.

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