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LE PALAIS-ROYAL

Richelieu avait fait édifier le Petit-Luxembourg ; mais quelque luxe qu'il eût apporté dans la construction de cette demeure , elle ne pouvait cependant être appelée que du nom d'hôtel, et Richelieu finit par vouloir un palais. 11 donne doue le Petit - Luxembourg à la duchesse

d'Aiguillon sa nièce , et fait élever pour lui , près de la porte Saint - Honoré , sur remplacement de l'hôtel de Rambouillet et de l'antique habitation du connétable d'Armagnac, ce célèbre Palais-Cardinal qui, sous un nom ou sous un autre , devait rester jusqu'à nos jours une des merveilles de Paris.

Il serait difficile, au reste, de juger aujourd'hui, par l'architecture extérieure du palais, de ce quil fut au temps de Richelieu. La disposition des bâtiments est la seule partie de l'ancien plan qui soit demeurée intacte ; mais quant aux bâtiments eux-mêmes , leur dessin primitif a complètement disparu dans le dernier siècle sous l'enveloppe théâtrale dont Moreau et Oppenord l'ont entouré.

La façade de la rue Saint -Honoré était formée de petits pavillons d'un goût sévère ; celle de la cour était plus riche. Au rez-de-chaussée régnait une suite d'arcades sur les pieds -droits desquelles étaient sculptées des ancres et des proues de navire en mémoire du titre de surintendant de la marine, l'un des nombreux tilres du cardinal. Ces arcades supportaient un étage orné de pilastres doriques, et répondaient à une élégante galerie couverte qui donnait entrée dans le jardin. Un mail, un manège et deux bassins étaient alors à peu près les seuls ornements de ce jardin , pour l' agrandissement duquel on avait abattu le rempart et comblé le fossé de la ville. Sa forme était d'ailleurs assez irrégulière; mais dès lors Richelieu avait conçu la pensée de l'entourer de bâtiments splendides et symétriques , pensée grandiose que l'esprit de spéculation a réalisée depuis.

Ce qu'il y avait surtout de remarquable au Palais- Cardinal, c'étaient les galeries, les salles de spectacle, les bibliothèques et les vivantes peintures exécutées par Vouet, Poerson et Philippe de Champagne. Ce dernier artiste avait peint, à lui seul, toute la galerie de l'aile gauche, en entrant par la rue Saint-Honoré. On y voyait se dérouler à la voûte le tableau des succès de tout genre qui marquèrent le gouvernement du cardinal. Croirait-on que, moins de quarante ans après , cette splendide galerie fut détruite par les ducs d'Orléans pour faire place à une longue suite de chambres à coucher?

Une seconde galerie occupait l'aile gauche de la seconde cour. Celle-là fut destinée par Richelieu à recevoir les portraits des hommes célèbres de la France. Le premier de ces portraits était celui de Suger ; le dernier celui de Richelieu. Cette dernière galerie a également été détruite. Les portraits qu'elle contenait sont aujourd'hui à Ver- . sailles.

Parmi les grandeurs du Palais- Cardinal nous avons parlé de salles de spectacle. Telle était en effet la passion du cardinal pour les représentations scéniques , qu'il voulut avoir deux théâtres dans sa demeure. L'un de ces théâtres ne pouvait contenir que cinq cents spectateurs ; c'était le théâtre intime. L'autre pouvait donner place à trois mille personnes ; il occupait l'aile droite du palais en entrant par la rue Saint-Honoré ; ce fut sur ce théâtre que Richelieu dépensa 200,000 écus pour faire représenter sa tragédie de Mirame.

Sous Louis XIV, la foule vint y applaudir Molière; elle l'y applaudissait encore le vendredi 17 février 1673.

HISTOIRE DE PAIUS

Molière jouait ce jour-là le Malade imaginaire ; lorsqu'on fut arrivé à l'intermède du dernier acte , à peine put-il répondre lejuro du bachelier. Il venait d'être pris de convulsions ; mais de peur de manquer son rôle , il s'efforça de dissimuler sa souffrance par un rire forcé. « J'ai un froid qui me tue , » dit-il à Baron. Baron lui donna son manteau pour le réchauffer ; il fit avancer ses porteurs pour le conduire promptement chez lui, et luimême marcha près de sa chaise dans la crainte qu'il ne lui arrivât quelque accident du Palais -Royal à la rue Richelieu, où il demeurait. Quelques heures après, Molière expirait entre les bras de deux bonnes religieuses qui lui prodiguaient les derniers soins. Le sang qu'il vomissait l' étouffa.

Après la mort de Molière, le théâtre du Palais -Royal fut consacré à l'Opéra, et les œuvres de Lulli et de Rameau y firent longtemps fortune. Détruit enfin par deux incendies, en 1763 et 1781, il fut reconstruit de l'autre côté du palais , et devint avec Talma le théâtre classique de notre grande littérature française

L'histoire de cette littérature est au reste trop intime-

1 Puisque nous avons nommé Talma, rappelons à son sujet un souvenir qui le concerne. Pendant sa dernière maladie M. Guiraud lui parlait de Dieu. « Je suis fâché de ne pas croire, lui répondit Talma; mais, en vérité, ce n'est « pas trop ma faute; j'ai eu pour père l'athée le plus décidé de tout le xvme « siècle ; il me fouettait quand je m'agenouillais pour réciter la prière que ma « honne m'avait enseignée. Il me retira du collège parce qu'on m'y faisait « prier Dieu ; il avait fait copier en grosses lettres les maximes les plus impies « du baron d'Holbach, et en avait tapissé ma chambre. C'est de là que je suis « passé au théâtre, où la Révolution, avec tous ses principes, m'a trouvé et « m'a laissé. Je vous demande si, après cela, il est possible que je sois jamais « un bon chrétien. » ( Œuvres d'Alex. Guiraud, t. IV, p. 258.)

Triste souvenir des influences du xvme siècle et de la tolérance philosophique !

ment liée à celle du Palais- Royal et de Richelieu pour que nous passions ici sous silence un des événements qui occupent le plus de place dans nos annales littéraires. Au moment où Richelieu livrait à l'architecte Mercier les terrains et les débris sur lesquels allait s'élever sa royale demeure, quelques hommes d'étude, la plupart trèsinconnus aujourd'hui, Gocleau, Gombault, Chapelain, Serizay , Malleville , Conrart , se réunissaient une fois par semaine chez ce dernier pour causer d' affaires, de nouvelles et de belles -lettres , et leurs conférences étaient suivies , tantôt d'une collation, tantôt d'une promenade. Ce cercle intime où chacun trouvait, suivant l'expression de Pélisson, « un plaisir extrême et un profit incroyable , » finit par s'élargir. On y admit successivement Furet, Desmarets de Saint - Sorlin et Boisrobert. Or, Boisrobert était un des familiers du Palais- Cardinal. Homme d'esprit et homme du monde, constamment à l'affût des nouvelles , les racontant ou les inventant au besoin avec une verve inépuisable , il était de ces esprits légers à qui tout est facile, prose et vers, et qui savent grandir leur petit mérite parleur vivacité et leur entrain. Richelieu , absorbé par les méditations ardues de la politique , avait besoin de ces rieurs de bon ton autour de lui. « Monseigneur, lui disait son médecin et ami Citois, homme de science et d'esprit tout ensemble , nous ferons ce que nous pourrons pour votre santé ; mais nos drogues seront inutiles si vous n'y mêlez un peu de Boisrobert. »

Boisrobert parla au cardinal des réunions qui avaient lieu chez Conrart , et le cardinal conçut aussitôt la pensée de donner un caractère public et durable à une associa-

lion qui n'était encore fondée que sur les convenances et le plaisir. La négociation fut difficile : habitué aux simples lois de l'amitié, on craignait d'en subir d'autres. Comment refuser cependant une toute -puissante protection? Après bien des hésitations on finit par se soumettre , et l'on répondit au cardinal que la société naissante « ne vouloit recevoir l'âme que de lui , et que Y espérance de sa protectionl'obligeoit déjà à un extrême ressentiment. »

Telle fut l'origine de l'Académie française. C'est en quelque sorte du Palais -Cardinal qu'elle sortit, et ce fut au Palais -Cardinal que furent minutées de la main de Citois les lettres patentes qui la constituèrent.

A sa mort , Richelieu fit don de son palais au roi, Anne d'Autriche vint presque aussitôt l'habiter avec la cour. Le séjour qu'elle y fit, et qui ne dépassa pas le temps de la jeunesse de Louis XIV, suffit néanmoins pour que la demeure de Richelieu prît à jamais le nom de Palais -Royal. Ce séjour fut d'ailleurs marqué par de grands événements. L'arrestation de Rroussel, les barricades qui en furent la suite et la longue procession des magistrats du parlement venant par deux fois solliciter de la reine l'élargissement du prisonnier, sont en effet autant de souvenirs inséparables de cette splendide habitation. Ce fut sur la place du Palais -Royal que le coadjuteur , renversé et menacé au moment où il secourait un blessé , dit à un homme qui le couchait enjoué : « Malheureux ! si ton père te voyait ! »

La journée des barricades fut une défaite pour la cour, et Anne d'Autriche n'était pas femme à rester en face de ses vainqueurs. Elle partit donc secrètement de Paris

avec toute la cour, le 1 6 janvier 1649 , à trois heures du matin, par une porte dérobée des jardins du Palais- Royal. Mais , avec Mazarin , la partie n'était jamais perdue. Un an était à peine écoulé , que l'habile ministre parvenait à semer la division entre le prince de Gondé et le parlement, et, à l'aide de cette division, n'hésitait pas à faire arrêter le prince .

Les détails de cette arrestation ne forment pas l'incident le moins burlesque de la Fronde. Mazarin avait fait connaître sa résolution au coadjuteur; le secret, parfaitement gardé , avait été confié néanmoins à trop de personnes pour ne pas éveiller de soupçons. Plus d'un avis anonyme fut adressé au prince de Gondé ; on lui rappelait sa naissance à Vincennes pendant l'emprisonnement de sa mère, et l'on ajoutait : « D'où sortent les fleuves, là ils retournent. Unde exeunt flumina , inde revertuntur. »

Condé haussait les épaules avec une railleuse expression de fierté blessée. Il eût volontiers répondu , lui aussi , comme le duc de Guise : «Ils n'oseraient! » Cependant les avis se multipliaient. Fatigué de ces craintes importunes, Condé se présente, le 18 janvier 1650, au Palais- Royal, et va droit au cabinet de Mazarin. Le cardinal était seul avec de Lionne, son secrétaire, qui écrivait sous sa dictée. Ce que de Lionne écrivait , c'était l'ordre d'arrestation du prince.

Mazarin n'en fait pas moins bon visage ; il reçoit le grand homme avec les témoignages de l' affection la plus sincère ; il le rassure sur les bruits qui courent , et finit par lui dire que , loin de vouloir le perdre , il ne songe qu'à perdre les frondeurs. « Aujourd'hui même, ajoute-

t-il , les ordres sont donnés pour l'arrestation de Des Coutures, le chef des séditieux qui ont attaqué le carrosse de Votre Altesse sur le Pont -Neuf. » Condé approuve , remercie , il dispose même ses gardes de manière à rendre l'arrestation plus sûre ; et, le soir, il vient seul au Palais -Royal contre sa coutume , afin d^épier les événements.

Il y rencontra le prince de Conti et le duc de Longueville , qui y avaient été mandés. La reine feignait d'être indisposée et s'abstenait de paraître ; Mazarin sortit sous un vain prétexte , et alors on vit entrer Guitaut , Comminges et Croissy , officiers aux gardes , lesquels dirent poliment à l'oreille des princes qu'il fallait aller en prison. Condé crut d'abord qu'on se moquait , puis sa colère s'exhala en reproches ; mais Guitaut était suivi de vingt hommes armés qui entraînèrent les princes par un escalier dérobé dans le jardin du palais , et les firent monter en voiture pour Vincennes.

Louis XIV agrandit le Palais-Royal, du côté de la rue Richelieu , d'une vaste galerie où Coypel représenta à grands traits divers sujets de l'Enéide. Les ducs d'Orléans, à qui ce palais fut donné, s'étudièrent à leur tour, pendant un siècle , à* en accroître l'éclat. Le régent y rassembla une collée \ ion unique de tableaux de toutes les écoles; il y consacra en outre un cabinet aux pierres gravées, un autre à la minéralogie et à l'histoire naturelle , un troisième aux productions et aux outils divers des arts et métiers.

Mais ce fut surtout après l'incendie du théâtre, en 1763 , que le Palais-Royal fut l'objet d'immenses tra-

ET DE SES MONUMENTS. m vaux qui en modifièrent complètement l'aspect i Louis- Philippe d'Orléans , petit-fils du régent , qui le possédait alors . confia la direction de ces travaux à Moreau , architecte de la ville. La façade de la rue Saint-Honoré avec ses deux ordres dorique et ionique, et la façade du jardin avec ses huit colonnes ioniques cannelées et son attique couronné de statues, sont rime et l'autre de cet architecte. L'escalier à double rampe fut dessiné par Constantin ; il rivalisa de noblesse avec le grand escalier dessiné anciennement par Desorgue.

Cette partie du Palais-Royal n'a pas changé d'aspect depuis quatre-vingts ans ; mais ce qui a changé, ce qui a été bouleversé, transformé, c'est le jardin dessiné en 1 730 par Desgots , neveu de Le Nôtre, et dont les vieux ormes en boule , dont les grands marronniers et les longues charmilles formaient un lieu de douce solitude au centre de Paris.

J'ai déjà dit par suite de quelles sordides pensées ce lieu devint en 1 781 la grande foire de la capitale. Pour y attirer plus sûrement la foule, on commença par y attirer le commerce et la débauche. On consacra à l'un et à l'autre un immense palais qui s'unit par ses extrémités au palais du prince. Les portiques, les balustres , les hauts pilastres corinthiens de cette nouvelle construction , entourant l'antique jardin sur trois de ses faces , offraient d'ailleurs, malgré la maigreur des ordonnances, un grand effet d'ensemble. Commencée par Louis-Joseph d'Orléans , cette imposante spéculation n'a été achevée que de nos jours par son fils.

Pendant quarante ans, en effet, les galeries du Palais-

Mi HISTOIRE DE PARIS

Royal n'ont été reliées entre elles, du côté de la cour, que par une suite de baraques formant deux couloirs étroits et infects. A ces hideuses baraques Louis -Philippe a substitué une galerie vitrée étincelante de marbre et d'or qui, par son éclat et sa grandeur, peut figurer parmi les monuments de la capitale. Les constructions diverses du palais ont en outre été raccordées entre elles , des vestibules à colonnes ont été ouverts sur différentes rues , et le Palais -Royal , remarquable depuis longtemps comme demeure princière , est devenu sans égal comme palais de l'industrie.

Au temps des Romains, l'emplacement actuel du Palais-Royal fut sans doute occupé par quelque monument public ou quelque somptueuse villa. Un aqueduc souterrain, descendant des hauteurs de Chaillot, y aboutissait en effet à deux bassins dont on a pu reconnaître les vestiges. Aujourd'hui le jardin, resserré entre de longues lignes de bâtiments , et n'ayant plus à la place de ses vieux bois que de vastes pelouses et un petit nombre d'arbres maintenus à demi-hauteur, conserve du moins son bassin et sa gerbe jaillissante.

Parmi les hommes dont le souvenir en est inséparable nous ne pouvons oublier Louis XIV. C'était là qu'enfant il s'exerçait à tous les jeux , pendant la régence de sa mère. « Ses divertissements, raconte Dubois son valet de chambre , estoient les promenades qu'il faisoit aux maisons autour de Paris , ses petites chasses , son fort dans le jardin du Palais -Royal oîi il faisoit faire à sa compagnie de tous les jeunes princes et seigneurs, des attaques , des défenses, des sorties et l'exercice Il se divertissoit

aussi à mener son petit carrosse dans le jardin, et tomba, le 30 avril (1651 ), entre les deux chevaux, et s'attacha fermement au col du plus vicieux. Les chevaux s'arrêtèrent tout court et ne branlèrent pas, ce qui est fort à remarquer, les chevaux étant vicieux. »

Rentré au palais, Dubois nous le représente dansant , faisant des armes, rompant la lance dans la visière du faquin, « déjeunant au bruit de ses petits violons qui jouoient assez joliment , ce qui faisoit que plusieurs gens le venôient voir déjeuner, » puis traduisant studieusement les Commentaires de César en l'absence même de M. de Rhodez son précepteur, « lisant dans l'histoire de France , estudiant la langue italienne et les cartes et les mathématiques. »

Pendant la nuit des barricades, le petit duc d'Anjou fut saisi de peur, et « ne trouva point de lieu de sûreté , dit Dubois , que d'obliger le roi à prendre son épée : ce que le roi fit d'une grâce admirable, flattant cet enfant, le tenant auprès de lui et lui disant les plus jolies choses du monde , mais d'un air qu'un grand général peut parler dans de vives alarmes, sans s'émouvoir, et d'un discours qui donnoit cœur et rassuroit ceux qui l'entendoient. »

Autour de cette noble figure de jeune roi représentezvous l'austère figure de Matthieu Molé , la calme beauté d'Anne d'Autriche, le front altier de Mme de Montbazon, ce front qui ne rougit jamais, et la physionomie si gracieusement et si finement candide de Mme de Longueville. Représentez-vous Condé, Retz, Turenne et Mazarin, cet Ralien si insinuant et si souple, qui semble être le valet

de tout le monde et qui n'en est pas moins le maître partout y.

Sous la régence, le Palais-Royal devint le rendezvous habituel des sceptiques et des roués. Quelle cour que celle qui s'était formée sous les auspices de Dubois, de ce petit homme maigre, effilé, à mine de fouine, chez lequel il n'était pas de vice qui ne disputât aux autres la préséance , et dont les pores semblaient exhaler une telle « fumée de fausseté , pour parler comme Saint-Simon, que sa gaieté elle-même attristait ! » Le 9 août 1723, Dubois subissait une opération dangerense ; Pair était lourd : « J'espère que ce temps-là fera partir mon drôle, » dit le régent; le lendemain Dubois expirait.

Parlerons-nous maintenant du régent , de cette belle et grande nature étiolée par le vice? Parlerons -nous des Parabère , des Tencin , de toutes ces hontes du dernier siècle qui envahirent avec lui le Palais-Royal? Son fils, au contraire, n'y laissa entrer, quelques années après, que la science et la vertu ; son petit-fils , que les douces gaietés d'une société facile ; mais sous les traits de Louis- Philippe-Joseph semble renaître le régent avec l'intelligence de moins et l'ingratitude de plus. Les hommes qui

1 On s'imaginerait difficilement jusqu'où allaient les prévenances obséquieuses de Mazarin. Tandis que ses diplomates et ses espions couraient l'Europe , placé lui-même à la tète d'une cour futile , il faisait venir de tout pays des tables d'ébène, des coffrets de bois de chêne, des gants à la Frangipane, des guéridons à tètes de More, des odeurs, des reliquaires, des médailles, des confitures, et s'en faisait le galant distributeur. L'artifice de ces petits ressorts italiens n'échappait à personne; mais, tandis qu'on riait de lui, l'adroit ministre n'en suivait que plus rapidement sa voie, en dépit des pamphlets et des chansons.

l'entourent, les Laugier, les Sillery, descendent en droite ligne des roués de la régence.

A l'époque de la Révolution , le Palais-Royal devint le centre de toutes les agitations populaires. Camille Desmoulins y était en quelque sorte à demeure, haraguant le peuple le pistolet au poing et le soulevant de son emphase délirante , tantôt contre la Bastille , tantôt contre la royauté, tantôt contre la Gironde. Théroigne de Méricourt, la furie révolutionnaire, y apparaissait aussi de temps en temps, au moindre symptôme d'émeute, avec sa bande échevelée de femmes sans pudeur et sans frein. Chaque fois enfin qu'une tête était promenée dans les rues de Paris, on était sûr que sa première station serait au Palais-Royal parmi les clubistes et les prostituées, et sous les fenêtres du prince régicide. Les têtes de Foulon, de Rerthier, de la princesse de Lamballe ont toutes passé par là. Un jour une charrette chargée de condamnés à mort y passait à son tour; elle s'arrêta un instant devant le palais. Parmi les victimes qu'elle traînait au supplice la foule avait reconnu le duc d'Orléans , et elle avait voulu qu'il contemplât une dernière fois sa demeure; et elle le huait. Le régicide leva alors les épaules : « Ils m'applaudirent ! » s'écria-t-il.

Depuis ce jour les temps ont marché, et, malgré les différences des caractères et des hommes, le Palais-Royal n'en est pas moins resté le palais révolutionnaire. Deux fois nous l'avons vu, en 1830 et en 1848, acclamant, profanant, s' agitant de nouveau au moindre bruit d'émeute comme à l'époque de Camille Desmoulins et de Théroigne de Méricourt. Centre brillant des quartiers

populeux de la capitale , rendez-vous habituel de tous les désœuvrements et de toutes les passions, on dirait une nouvelle Sybaris; mais en même temps, dans ces galeries de marbre , parmi cette foule qui jouit insoucieuse, qui s'amuse, qui s'enivre, la Révolution erre sans cesse dans l'ombre : elle écoute et elle attend.

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