ÉTABLISSEMENT DU CHRISTIANISME A PARIS
Dans la carrière que je vais parcourir, où se présentent à cliaque pas des con- Iradiclions, des obstacles insurmontables, et des ténèbres que je ne me (latte pas de dissiper entièrement, j'aurai souvent des erreurs et des impostures à signaler; mais, en les mettant en évidence, je servirai la vérité.
Crégoire de Tours, après avoir brièvement rapporté la persécution que les cbrétiens souffrirent sous l'empereur Décius , s'exprime ainsi : « En ce même » temps, se])t bommes ordonnés évêques furent envoyés dans les Gaules pour. » y prècber, comme le rapporte l'histoire de la passion du saint martyr Saturnin; » il y est dit : Sous 1rs consuls Décius et Gratus, suivant une tradition fidèle, la » ville de Toulouse commença à avoir pour premier évêque saint Saturnin, Les » évêques qui furent envoyés dans les Gaules sont : Gratian à Tours, Trophime .) à Arles, Paul à Narborme, Saturnin à Toulouse, Dionysius à Paris, Strémonius "à Clermont, et Martial k Limoges. L'un d'eux, le bienheureux Dionysius, » évêque des Parisiens, plein de zèle pour le nom du Christ, souffrit diverses " peines, et un glaive cruel l'arracha de cette vie. »
D'après ce passage, il paraît certain que saint Dionysius ou Denis fut envoyé à Paris avec le titre d'évêque, sous le consulaî de Décius et de Gratus, qui répond à l'an 250 de notre ère. Ainsi voilà l'époque de la mission de saint Denis clairement établie; mais il s'élève contre ce fait de fortes objections, des dilTicultés insurmontables. Les actes de saint Saturnin, dont s'autorise ici Grégoire de Tours, existent encore; on y parle de ce saint Saturnin et de son martyre, mais on n'y fait nulle mention de saint Denis, ni des autres évêques envoyés dans les Gaules, (^ette erreur, que dom Bouquet a relevée, commence à faire naître des doutes sur l'époque et la réalité de la mission des sept évêques. La crédulité de (irégoire de Tours est connue : dans le récit des événements antérieurs à son temps, des événements dont il n'a pas été le témoin , il mérite peu de confiance (1). Sans examen, sans critique, il admettait toutes les traditions qui lui j)arvenaient; tioi^ souvent il renonçait à la dignité d'historien, pour s'al)aisser au rôle de légendaire.
Les évê(pies (pi'il nomme, s'ils furent réellement envoyés en l'an 250 dans les (iaules, y firent peu de prosélytes, n'organisèrent point un culte public, puis(iue le paganisme y dominait encore vers la fin du quatrième siècle; témoin la Icihv très-authenlique ((n'écrivent, en l'an 389, à sainte Radegonde, sept ('•vêcpics gaulois, i)ai'mi lescpiels se trouvaient Euphronius de Tours et saint CrniKini (le Paris; lettre (pie (;régoire de Tours a lui-même insérée dans son Histoire, el (jui est plus digne de confiance (pie le i)assage de cet historien (pi'on vient de citer. Or, dans cette lettre, on lit que saint Martin, envoyé dans la Gaule vers le milieu du quatrième siècle, y répandit les semences de la foi ehrelienne. > Il fil (Vlore /^.s premiers yermes de notre /o/ vénérable, y est-il dit;
(I) royrz W juscmonl (nrcii portent les l.i'iu'dictiiiïî, autouis de V Histoire littéraire de France tom. ni, \n\ii. ;ji)l.
sous LÀ PnKMII^:RE UACK. . ni
» car alors les mystères inelVables de la Trinité divine n'étaient encore parvenus > à la connaissance (jiie d'un pelit nond)re de [)ersonnes. ■> O, passage, (|ui est l'ortilié par le lénioij;iiage de Sulpice Sévère, prouve (|u'avant l'aii 372, époque où saint Marlin commença à prêcher l'Évangile dans les (iaules, le chrislianisme n'y était connu que j)ai' un très-petit nombre de personnes, et([ue les pi'édications de saint Denis et des autres évcHpies, envoyés, dit-on, dans les (iaules, plus d'un siècle avant, si elles eurent lieu, turent très-[)eu IVuctueuses. (Ml voit, en elïet , du temps même de saint Martin, le culte idolâtre dominer dans les villes, et surtout dans les campagnes; on y voit des temples, des divinités, leurs prêtres, et la religion des anciens Uomains en plein exercice. Il est évident que c'est [)lut()t à saint Martin qu'à saint Denis qu'appartient la gloire d'avoir converti les (iaulois au christianisme.
Parmi les évèques qui, a})rès saint Denis, ont prêché la toi chrétieimeà Paris, le premier dont l'existence soit à l'abri de la critique est Victorinus, que, dans l'ordre chronologique, on a nommé le sixième évêque de Paris, et qui pourrait bien être le premier qui ait mérité ce titre, le premier qui ait organisé un clergé à Paris et qui ait donné quelque consistance au christianisme. Il est, en eflet, le premier dont on trouve le nom, avec le titre d'évêque de Paris, dans les actes d'un concile qui fut assemblé à Cologne en 346.
Il se tint, dit-on, pour la première fois, vers les années 360 ou 361, un synode ou concile à Paris. On ne sait point quel était alors l'évêque de cette ville, ni le nombre de ceux qui y assistèrent. On doit en induire (jue cette cité contenait alors un établissement stable et propre au culte chrétien ; mais l'œuvre de la conversion des Parisiens n'était encore qu'ébauchée. L'antique religion des Romains dominait dans la Caule; le christianisme ne s'y présentait que sous les formes d'une secte naissante.
Les évèques Pauhis eA Prude?itius , qui succédèrent à Victor/mis , sont peu connus. Après eux vint Marcelkis, fameux à Paris sous le nom de samt Marcel ou saint Marcean. Si l'on s'en rapporte à sa légende, \\ convertit un grand nombre de païens; il métamorphosait en vin excellent et en baume l'eau puisée dans la Seine. On n'employait point alors, pour convaincre les esprits, la puissance du raisonnement; mais c'est avec des ^lérisons étonnantes, des opérations merveilleuses, qu'on les subjuguait. Ce n'est point la légende du saint qui me détermine à croire aux ])rogrès qu'il fit faire à la religion chrétienne, mais bien la victoire qu'il remporta sur un dragrni (jui désolait Paris. Toujours, à cette époque, le dragon vaincu par un saint était l'emblème des conversions nombreuses, du triomphe du christianisme sur le démon, ennemi de cette religion, démon représenté sous la forme d'un serpent.
Saint Marcellus mourut en l'an 4-36; il avait sans doute fait beaucoup de prosélytes à la religion chrétienne; mais il en laissa un très-grand nombre à faire, puisque, plus d'un siècle après lui, on voit encore le paganisme dominer dans les campagnes, ainsi que le prouvent les édits de plusieurs rois de France.
Pendant cette période, aux superstitions romaines et gauloises vinrent se joindre celles des Francs. Les évêcjues ne combattirent que celles (fui pouvaient nuire à leur domination et à leurs intérêts; ils adoptèrent divers genres de di-
vinations et d'opérations magiques. Ils christianisèrent les dénominations, et maintinrent la chose : les philactères, les talismans, furent remplacés par des reliques; l'eau lustrale, par l'eau bénite; les ambarvales, par les litanies ou rogalions, etc., etc. Les sorts vm/lUcns ou homériques requrenl le nom de sorts des saints. C'est ainsi que Clovis, tout baptisé qu'il était, passant par Tours pour aller combattre les Wisigoths , demande à prendre les auspices. Le clergé de cette église se prêta complaisamment à cette pratique païenne. Grégoire de Tours n'a pas le courage de la blâmer en cette circonstance; mais, dans une autre, il la qualifie de pratique barbare (1).
Ce mélange impur, commencé sous le règne de Constantin, s'accrut beaucoup sous la domination des Francs : les évêques ne prêchaient plus la morale, et ne recommandaient que l'observation de certaines cérémonies, la plupart originaires du paganisme. La religion chrétienne fut considérablement dénaturée, et resta dans cet état pendant tous les siècles de barbarie.
KTABLISSEMENTS RELÏGTEUX DANS LA PARTIE MERIDIONALE DE PARIS. BASILIQUE DES APOTRES SAINT PIERRE ET SAINT PAUL (2; , dcpuis nomUléc
Al)baije Sainle-Genemève, fondée vers l'an 508. Grégoire de Tours dit que Clovis, de concert avec la reine Clolilde, son épouse, en fut le fondateur; mort en 511, il y fut enterré. On a vu, jusqu'à l'époque de la révolution, le tombeau de ce roi figurer dans le chœur de l'église Sainte-Geneviève, tombeau dont la construction n'avait point le caractère des monuments du sixième siècle, et appartenait à des temps plus récents. Sa restauration, mais non pas sa date, est attestée par une inscription qui y a été gravée. On pense que le tombeau primitif, construit de pierres communes et ruiné par le temps, fut reconstruit, vers le quatorzième siècle, avec plus de soin et d'élégance (3).
Clolilde mourut en l'an 545, et fut enterrée dans la même église, peut-être dans le tombeau de son éi)Oux; car on ne lui en connaît aucun qui lui soit particulier. Les Danois, en 857, détruisirent et brûlèrent cette basilique dont Etienne de Tournay déplore la ruine. « Elle était, dit-il, de construction royale, décorée " au dedans de mosaïques, comme ses ruines en offrent la preuve, et ornée de " peintures. Ces misérables la livrèrent aux flammes ; ils n'épargnèrent ni le saint » lieu, ni la bienheureuse vierge (sainte Geneviève), ni les autres saints qui y
(1) Ccllft pratique l'ut encore longtemps en vigueur; lorsqu'un évêque était élu , pour connaître quel serait le sort de sitii yoiivcrneinenl, on ouvrait au hasard le livre des Évangiles, et les paroles qui se tn»ii\ aient au roniniencenieiit de la première page étaient considérées comme un pronostic certain des é\riicm<'nts (W son épiscopal. Guibert, abbé de Nogenl, cite, sans les désapprouver, des exemples de /elle prali(|ii('. [lUrucil des IILstoriens de Fronce, tom. XII, pag. 2i5, 2G0.)
(2) Grégoire de Tours, et. les écrivains de son temps, donnent constamment la qualification de is<isili<iuvs aux bâtiments de londalion rovale, consacrés au culte chrétien. Le mot Église n'était jamais cniidosé que pour signilier l'ensemble des lidèles, la réunion du clergé et du peuple. Les Romains donnaient le nom de nasiliques aux édifices publics, aux palais des empereurs, des proconsids, auvédiliccs destinés ;^ l'administration de la justice. De ce vnoi Basilique on a fait celui de IUisoiIk .
(3) Ce dernier lomjx'au a été transleré, en tSK), dans l'église de raneienne abhave Saint-Denis.
SOIS LA PIlLMIKIll': r.ACK. 33
rcpostMil. " Je ivviiMiilrai sur celle église, el déeriiai, à leur époque, les clianiïeineuls (ju'elle a é|)i(>uvés.
BASILIQUE SAINT-VINCENT ET SAiNTE-cuoix, de[)uis uonimée église de l'abbaye S((hif-(i<>nnahh(les-Prc's. Le loi Childebert, lils de Clovis, eu l'anuée 542, parcouraul el pillaul rLspa«2;ue, viul assiéger la ville de Saragosse. Les liabilauts ue prireiil ])()iul les armes pour se défendre; ils récitèrenl des prières, se couvrirent de ciliées, et firent des processions autour des remparts, [)ortant avec confiance la tunique du bienheureux saint Vincent. (îe singulier moyen de défendre une place frap|)a d'étorniement et de terreur le roi Childeberll 11 leva le siège et alla porter ailleurs le fiéau de ses armes. Ayant ravagé une grande parlie de l'Espagne, il revint dans la (iaule, chargé de dépouilles. Telle esl la substance du récit de (Grégoire de Tours.
Un autre écrivain dit que Childebert, voyant la tunique de saint Vincent ainsi promenée autour des murs de Saragosse, fit appeler l'évoque de cette ville, et lui ilemanda cette relique, qui lui fut accordée. Muni de cet objet précieux, Childrhni vint à Paris, et y bâtit l'église Saint-Vincent.
L'auteur de la Vie de saint Doctrovée, premier abbé de Saint-Vincent, parle de l'expédition d'Espagne pai' (Childebert, et ajoute que ce roi « enleva de l'église » de Tolède une croix d'or enrichie de pierres précieuses fabriquées, ainsi qu'on " le rapporte, pour le roi Salomon; trente calices, quinze patènes, et vingt cas- »' seltes destinées à contenir les Évangiles. En prince très-dévot,*au lieu de s'a|)- ' propiier ces objets, il les distribua aux églises. H en fit bâtir une dans un fau- • bourg de l^ai'is, faubourg autrefois nommé Lncotitius, et voulut que son plan " eut la foi'me d'une croix, en mémoire de la croix qu'il avait apportée de Tolède, ' dont il fit présent à cette église, ainsi que de plusieurs ornements de grand » prix. » Le légendaire donne ensuite la description de cette basilique. « Les " arceaux de chaque fenêtre étaient supportés par des colonnes de marbre très- " précieux. Des peintures, rehaussées d'or, brillaient au plafond et sur les murs. " Les toits, composés de lames de bronze doré, lorsque les rayons du soleil ve- ■•> naient à les frapper, produisaient des éclats de lumière qui éblouissaient les " yeux. Ce n'était pas sans raison, d'après tant de magnificences, qu'on nommait » autrefois, par métaphore, cet édifice ie palais doré de Germain. »
Ce roi, qui pillait les églises pour en enrichir d'autres, ne borna point ses pieuses largesses à des bâtiments, à des reliquaires; il dota richement la basilique Saint-Vincent et Sainte-Croix; et, peu de temps avant sa mort, en l'an 558, il lui donna le {\eï {yisciac ou d'issy, et tout ce qui en dépendait; le cours de la Seine, l'une et l'autre de ses rives, des bois et des prés, et des terrains dans Paris; et à toutes ces donations il joignit celles des pêcheurs, des serfs iiKjuilins, des serfs affranchis, des ministériaux, excepté ceux auxquels il avait accordé l'ingénuat ou la liberlé(l). Ces donations, funestes à l'accroissement, aux embellissements de Paris, comme on en verra dans la suite plusieurs preuves, furent faites le 23 décembre 558 à l'évêque de Paris, connu sous le nom de saint
(1) Celle charte de donation, ainsi que la charte par laquelle saint Germain exempta cette église et ses propriétés de la juridiction épiscopale, ont A igoureuscmcnt été taxées de fausseté par le docteur
Germain. Ce même jour, cet évèque célébra la dédicace de cette église; et, à cause de la tunique de saint Vincent et de la croix, dont Childebert l'avait gratifiée, elle reçut la dénomination de Saint-Vincenf et Sainte-Croix, Cq même jour encore, k ce qu'on croit, Childebert mourut, et fut enterré dans la basilique qu'il avait fondée et qu'il venait d'enrichir.
La veuve de Clolaire et ses filles furent dans la suite enterrées dans cette basilique, ainsi que l'évéque Germain. Ces tombeaux et plusieurs autres de la même famille, pillés et ruinés par les Normands lors de leurs diverses incursions à Paris, furent rétablis, les uns dans le douzième siècle, les autres en 1656.
SAiNT-JULiEN-LE-PAUVRE, ancienne église située dans la rue de ce nom. On ignore absolument son origine; elle existait au septième siècle, et, malgré la révolution, elle existe encore. Crégoire de Tours est le premier qui en fasse mention; il la qualifie de Basilique, et nous apprend qu'il logeait dans les bâtiments qui en dépendaient lorsqu'il venait à Paris : ce qui porte à croire que les maisons dépendantes de cette basilique servaient d'hospice ou de logis aux étrangers, aux pèlerins, aux voyageurs pauvres. On sait que les voyageurs, pour obtenir un bon gîte, invoquaient ordinairement saint Julien (1).
Le bâtiment de cette église, qui sert de chapelle à l'Hôtel-Dieu, est en grande partie du onzième siècle, et peut être regardé comme un des monuments les plus curieux de Paris. Près du chevet se trouvait un puits dont l'eau avait la réputation d'opérer des guérisons miraculeuses.
sAiNï-SEVERiN, églisc paroissiale et seconde succursale de saint-sulpice, située dans la rue Saint-Severin.
L'origine de cette église est inconnue; on ne sait pas même si le saint dont elle porte le nom était saint Severin d'Agaune, saint Severin, apôtre de la Bavière, saint Severin, évêque de (Pologne, ou saint Severin, évèque de Bordeaux, lequel est vulgairement nommé saint Surin. On a enfin cru que cette église contenait le tombeau de saint Severin, solitaire d'un faubourg de Paris. L'emplacement de cette basilique, compris dans l'enclos du palais des Thermes, pourrait avoir, sous des empereurs chrétiens, servi de chapelle à ce palais ; sa fondation remonterait alors au quatrième siècle ; elle paraît être la même qui se trouve souvent mentionnée dans le Testament qu'en l'an 700 fit une femme nommée Erminethrude. Cette femme donne de grands biens à une église de Paris, qu'elle appelle Basilique de saint Sinsurieri {Basilica sancti Sinsuriani) , parce que son fils Deorovalde y était enterré.
On ignore le sort de cette église jusqu'en 1031 ou 1032, époque où Henri l^^ en tit don, avec plusieurs autres églises, à l'évêque de Paris. En 1210, l'église de
Iftunoi, célèbre nilique, (;t l'aiblenieiit défendues par un religieux appelé Jean-Robert Quatre- Maivv.
(1) Les voyageurs récitaient , le jour, l'oraison de saint Julien, pour avoir le soir un l»ou gîte; lloeacc et après lui La l<\)utaiiu' ont pultiié un conte fondé sur cet usage.Otle église, et riiosi)ice qui en dépeiulait , étaient situés li(u> de Paris et vers l'entrée de la Cité. Linsque dans la suite ou établit une seconde (Miccintc, un autre hospice fut fondé plus loin, à l'entrée de la nouvelle enceinte. L'église et riiospice Saiul-lti'uoit reui|»laecreul Saiul-.lidieu.
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Publié parl''uine, Paris
soiîs LA pi\i:MiKr,i; kack. 35
Saiiil-SovtM'iii «Mail paroissiale, l/nlilirc» a été icconstniit (M accru à diverses «'pociues, iiolainmenl dans les années l.'iiTel li:{9, avec l'arfrent |)rodnit par la venle ties indniiiences. A la principale entrée de celle église, on voyait, d'un coté el (!(» l'aulre, deux lions en pierre, synd)ole de la force, (l'était entre ces deux liiiures, et à la porte de cette église, (pie les dignitaires rendaient la justice, el l'on connaît plusieurs sentences (pii se lerniinenl par cette formule : Donné mire <h'iij' lions. V\\ des battants de la porte de la même entrée était autrefois prescjue entièrement couvert de fers de cheval, (tétait un vieil usage, lors(pi'on entreprenait un voyage, d'invoquer pour son succès l'assistance de saint Martin : ce saint était un des patrons de la paroisse. Pour témoignage de son invocation, on attachait un fer de cheval à la porte de cette église; et pour que le saint protégeât le voyageur et sa monture, on faisait rougir au feu la clef de sa chapelle, et on en marquait l'animal.
Lorsque les femmes relevées de couches venaient entendre à cette église leur messe de relevailles, on leur mettait un manteau fourré sur les épaules, pour les préserver du froid. A la fête de la l^entecote, on était en usage de lâcher en cette église un ou plusieurs pigeons, pour figu^jer la descente du Saint-Esprit sur les apôtres. Sur la porte du passage qui, de l'ancien cimetière de Saint-Severin, mène à la rue de la Parcheminerie, on lisait, il y a peu d'années, cette moralité remarquable par ses jeux de mots :
Passant, penses-tu pas passer par ce passage.
Où , passant , j'ai passé ?
Si tu n'y penses pas, passant, tu n'es pas sage; Car, on n'y pensant pas, tu te verras passé.
Le baldaquin qui décore le principal autel est supporté par huit colonnes de marbre, ornées de bronze doré.» Cette décoration fut exécutée par Tob}j, sur les dessins de Le Brun. Plusieurs morts célèbres reposaient dans cette église : les plus distingués sont Étiejine Pasquier, Scévole et Louis de Sainte-Marfhp, frères jumeaux, premiers rédacteurs de la Grt///« christiana, Louis- Elie T)upin, etc. L'église Saint-Severin fut, en 1812, érigée en seconde succursale de la paroisse Saint-Sulpice (1).
SAiNT-KTiENNE-DES-GRÉs, église détruite, dont l'emplacement était dans la rue de ce nom, w 11 . Il existe beaucoup d'obscurité sur son origine et sur celle de son nom. Le monument le plus certain qui atteste l'existence de cette église est l'acte de donation , plusieurs fois mentionné, par lequel Henri I*^' donne, en 1030 ou 1031, à l'évêque de Paris, plusieurs églises abandonnées après la mort d'un nommé Gimulf/ , (jui jouissait de leurs biens, acte dans lequel l'église Saint-I^Uienne est comprise avec les autres. Cependant il existe un testament de l'an 700, par lequel une dame nommée Ernrinelhnal^, faisant des legs à plusieurs églises de Paris, donne à celle Saint-Ktienne un anneau d'or émaillé valant quatre sous : basilicœ domtii Stefani anolo aureo nigellalo valenle sol. quatuor
[\\ Le bâtiment de cette église appartient aux. quatorzième et quinzième siècles. Elle rcnicnnp pAusieur? vitraux d'une exécution remarquable, et des peintures qui viennent d'être terminées par M. Flandrin. La façade orientale a été également restaurée avec soin dans ces dernières années.
dari volo. L'abbé Lebeiif pense que ce legs regarde rêglise Saint-Élienne-desr.rés; et M. Jaillol est porté à croire (pie l'église désignée dans ce testament est celle Saint-Étienne, qui faisait partie de l'église cathédrale, (^es deux opinions peuvent être soutenues; mais je donne la préférence à celle de l'abbé Lebeuf, parce que, dans le même testament, l'église Saint-Étienne et la cathédrale sont toutes deux mentionnées avec des différences notables; c'est ce qui me détermine à placer celle Saint-Étienne-des-Grés au rang des établissements religieux de la première race. De plus, l'annaliste de Saint-Rertin parle d'une église Saint-Étienne qui se racheta du pillage des Normands. Cette église ne [pouvait être que celle-ci.
On ignore l'origine de ce surnom des Grés, exprimé en latin de charte par ces mots de çfressis, de r/ressibiis, de gradilms ; mais il paraît que des degrés, qui de la rue Saint-Jacques conduisaient à cette église, lui ont fait donner ce surnom. Cette église, au onzième siècle, devint collégiale. Au treizième, elle était encore entourée de vignes, et tout auprès de son bâtiment se trouvait le pressoir du roi, où l'on portait les vendanges recueillies dans le Clos-le-Roi et le Clos Mn~ reaux, situés au faubourg Saint-Jacques. Cette église, peu étendue, n'offrait rien de remarquable; elle fut démolie au commencement de la révolution. Une maison parliculière a été élevée sur une partie de son emplacement.
SAINT-BENOÎT, église situéc rue Saint-Jacques, vis-à-vis la place de Cambrai. J'ai conjecturé que, sous la domination romaine, il existait en ce lieu, encore entouré de vignes au treizième siècle, un autel consacré à Racchus : cette conjecture est appuyée sur l'origine incertaine de cette église, sur les fables qu'on a imaginées pour cacher cette incertitude, et sur le nom de Bacchits, que donne le plus ancien acte qui fasse mention de cette église. Cet acte, déjà cité, est celui qui contient la donation faite en 1030 ou 1031, par Henri l«r, en faveur de révêque de Paris, de plusieurs églises* abandonnées. L'énumération de ces églises se termine par ces mots : Necnon et sancli Bacchi.
Dans l'église Saint-Renoît , qui a succédé à celle Saint-Bacchus, on a, jusqu'à ces derniers temps, rendu un culte à ce dernier saint, nommé en français saint Baeeh, sans l'associer à saint Sergivs, comme l'ont fait plusieurs hagiographes, parce que la fête de l'un et de l'autre saint tombait le même jour. Le nom de saint Bacchus, son défaut de légende, le lieu de son culte, situé au milieu d'un vignoble, la coïncidence du jour de sa fête avec le jour où l'on célébrait celle du dieu du vin dans les environs de Paris, rendent ma conjecture très-vraisemblable.
On ne sait pourquoi cette église avait son chevet tourné du côté de l'occident, situation contraire au rit observé généralement par les païens et les chrétiens, qui obligeait le prêtre célébrant de tourner la face du coté du soleil levant. (]ette contravention à l'usage général valut à l'église Saint-Renoît les surnoms de Maie versus, de Bé fournée, ou 7nat tournée.
Au quatorzième siècle, on fit disparaître cette inconvenance, en transportant du coté de l'orient l'autel placé à l'occident de l'église. Alors elle reçut le surnom de Bien tournée; ecvlesia sancti Benedictihenè versi.
Sous François P', en 1517, on entreprit de rebâtir cette église; la nef et les
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has-oolfs liirtMil aciu'vos. An (lix-sopliôinc siôclc, on rocoiislniisil le saiictiiaiiv SIM' U\s (lossiiis (lo (Claude Prrruiill. Son arcliilcclwrc, coinposn» d'arcados ornôes <lo pilasliTs corinlhiiMis, nVtait point on harmonie avec les formes golhicpies el les vonlesen opive de la nel". Jean honeher, doeleur de Sorlmmie, fut , en 1.">8(i, nommé enrê de celte paroisse; |)rédicateur des plus sédilicnix de la iiiiue, souvent, au son du tocsin, il ameutait ses paroissiens contre Ilemi III. Il l'ut l'apoloiiisle de l'assassin de ce roi, ce (pii lit croire (piMI était son complice. Il écrivit des libelles contre lleiu'i IV. Ce roi, dès (ju'il lut maître de l\iris, chassa de celte ville ce curé mallaisant qui se retira à Tournay , où , en 1616, il termina sa vie turbulente. Le chapitre de Saint-Benoît avait, sur l'étendue de sa paroisse, ime juridiction , des olTiciers et des prisons.
dette église contenait les cendres ou les monuments sépulcraux de plusieurs personnes dignes de mémoire : Jean Dorai, poëte, surnommé autrefois le Pinilarr français; René Chopin, Jean /)om«^, deux célèbres jurisconsultes; ^.7r<î/r/^ /V/vY/î///, savant architecte; J//r7îc/ Baron, comédien; Tabbé Henc Pm-elle, célèbre par son attacliement au parti anti-jésuitique, mort en 1745.
Kn 1813, cette église fut fermée; depuis elle a servi de dépôt aux fariru^s, et eiHin elle a été convertie en théâtre (1).
i>OTRE-DAME-i)ES-CHAMPS, nomméc dans la suite église des Carmélites, située rue d'Enfer, n^ 67, entre cette rue et celle du faubourg Saint-Jacques. Elle existait en qualité d'oratoire, au milieu du vaste champ de sépultiue. L'abbé Lebeuf l»ense que cet oratoire était dédié à saint Michel, parce qu'on y déterra une statue de ce saint qui, en 1605, fut placée sur le pignon de cette église, et qui tenait en main une balance dont les bassins contenaient des tètes d'enfants, symbole des âmes. On voit que les chrétiens attribuèrent à l'archange saint Michel une des fonctions que le dieu Mercure remplissait chez les païens : l'un et l'autre* conduisaient lésâmes dans le séjour des morts.
L'église Notre-Dame, mentionnée dans le Testament, de l'an 700, d'/:>y/?/nefhrude, n'est point, comme l'a pensé l'abbé Lebeuf, celle Notre-Dame-des- Champs; mais c'est plus vraisemblablement, comme l'a écrit Jaillot, la cathédrale Notre-Dame. Je reviendrai sur cet oratoire, aux époques des changements qu'il a éprouvés.
SAiXT-MARCEL, ou Saint- Marccau, église située dans le quartier de ce nom, au [)out de la rue des Francs-Bourgeois, place de la Collégiale, n» 3. J'ai parlé de saint Marrellus ou Marcel, évèque de Paris; il hit enterré, vers Lan 436, dans l'emplacement de cette église, sur une éminence nommée Mons Cetardus. vSon tombeau vénéré, illustré par des miracles, donna naissance à cette église et à un lK)urgqui dans la suite se forma à l'entour, et prit plus tard le nom de Movjjefard. Ce bourg fut ensuite nommé Ckambois, eut sa juridiction [)articulière, el fut mc'^me entouré de fossés; enfin il se trouva, par l'effet de l'accroissement d(* Paris, englobé dans un faubourg de cette ville, faubourg appelé Saint-Marcel. Voilà ce que j'ai pu recueillir sur l'origine de l'église et du bourg.
Quanta l'histoire du saint patron et à celle de la fondation de son église, ses
(1) Cette salle porte le nom de Tiif'dtrr du Panthéon.
premières époques sont tellement couvertes de ténèbres ou (léfigurées par des fables dignes des temps appelés héroïques, qu'on a bien de la peine à réunir quelques faibles traits de vérité. La fondation de l'église fut attribuée à ce guerrier si fameux parmi les romanciers, au paladin Roland, neveu vrai ou supposé de Charlemagne.
L'église Saint-Marcel, ruinée par les Normands ou par le temps, fut reconstruite vers le milieu du onzième siècle. Le caractère des parties les plus anciennes de cet édifice, celui des chapiteaux, des colonnes de l'église souterraine ou de la crypte située sous le chœur, convenait parfaitement à cette époque. Au milieu du chœur de cette église se voyait le tombeau de Pierre Lombard, fameux théologien en son temps, surnommé le 3laître des sentences. Il mourut en 1164.
En 1806, cette église fut démolie, et on recueillit un bloc de pierre de Saint- Leu, de quatre pieds de long. Il était, avant la démolition, placé à un des angles du clocher. Une de ses faces présente, en demi-relief grossièrement sculpté, un taureau couché. Cette ligure a été diversement expliquée sans qu'on sache réellement sa destination première. Suivant la tradition populaire, cette pierre fut placée en ce lieu comme un monument de la vertu miraculeuse de saint Marcel. Un bœuf échappé, dit-on, des boucheries, parcourait les rues de Paris, et y répandait l'effroi et la mort. Les Parisiens vinrent alors implorer l'assistance de saint Marcel. Aussitôt accourut le saint, lequel, fortifié par ses habits pontificaux dont il s'était muni pour cette expédition, se présenta courageusement devant l'animal furibond, qui, à son approche, devint calme, docile, car il se prosterna aux pieds du saint évêque. Celui-ci, protitant de son humble posture, lui passa subtilement son étole autour du cou, le conduisit en triomphe dans les carrefours de la ville, et de là sans doute à la boucherie.
L'éghse Saint-Marcel, comme toutes les anciennes collégiales, avait un cloître. Ce fut, suivant l'abbé Lebeuf, dans ce cloître que des chirurgiens et plusieurs ecclésiastiques se réunirent pour vérifier un grand nombre de reliques ou ossements de saints inconnus envoyés de Rome à Paris. Ces reliques furent toutes déclarées fausses.