ÉTABLISSEMENTS RELIGIEUX DANS LA CITE
ÉGLISE CATHÉDRALE. On a CHi quc la basilique Sainte-Croix et Saint-Vincent, aujourd'hui Saint-Germain-des-Prés, avait, sous la première race, été cathédrale de Paris, parce que le poëte Fortunat la qualifie d'église, titre qu'alors on donnait généralement aux basiliques épiscopales. Grégoire de Tours indique plusieurs fois une église principale dans la Cité, et le testament d'Erminethrude, d'environ l'an 700, y désigne d'une manière incontestable une église principale par ces mots : Sacrosancta ccclesia civitatis Parisiormn,
La première cathédrale porta lé nom ài^ Saint- Etienne; elle fut établie à peu près à la place où, sous le règne de Tibère, on avait élevé un autel à Jupiter. A cette basilique, qui devint sans doute insuITisante, on en joignit une seconde nommée, dans le testament d'Erminethrude, l)asilique de dame Marie; hasilica domnœ Mariœ. Cette dernière reçoit pour ce legs un vase en argent en forme de
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coiuiuo, appi'li' ijHrala, vase (jui vaiil dou/c sous, cl iiik; croix d'oi" valant scpl sous, l/c^lisc (le la dite dos Parisiens, (jue la testalrice (jualilie de sarrosancfa, et à latjuelle elle doinie un plal dai'i»ent [i/ussom) r^/r/eyi/ro) valant ciruiuante sous, n'esl auti'e chose (pie la iruniou des pn^tres, ou le clergé de la catlu'drale. Dans un diphuiiede Chark^s-le-Chauve, de l'an 861, celle calhédrale est iiualilic'e de Saint- Etienne cl de Sai nie- Marie mère de Dieu. Quoi(pie ce dipir)me soit entaché de lausselés, connue heaucoup d'aulres, C(^s l'aussetés ne devaient consister (pi'en des choses d'inléièl, et non dans les appellations locales; d'ailleuis, plusieurs autres monuments histori(iues concourent à prouver (jue l'église cathédrale était douhie, et se com[)osait d'une église ou chapelle dédiée à saint liltieime, et d'une autre dédiée à la vierge Marie. Le concile de Paris, de l'an 829, (^11 assistèrent vingt-cinq év(>ques, se tint dans l'église Saint-Étienne, alors cathédrale.
On ne connaît ni les dimensions, ni la matière des deux (édifices qu0!îomposaienl la cathédrale de Paris; on ignore même les époques de la fondation de l'un et de l'autre; ils restèrent, à cequi paraît, dans le même état jusqu'à l'an 1163, époque où Maurice de Sully, évêque, entrei)rit la construction de l'édifice qu'on voit aujourd'hui, et dont il sera parlé en son lieu.
SAl^T-DEiMS DE LA CHARTRE, hasiliquc situéc daus la Cité, à l'extrémité mél'idionale du pont Notre-Dame et au coin septentrional de la rue du Haut-Moulin. C'est encore ici lui établissement religieux dont l'origine est inconnue, mais qui semble remonter au temps de la première race. Il paraît que cette église Saint- Denis était celle qui, en l'an 856, se racheta du pillage des Normands. Si elle était assez considérable jmur leur payer une forte rançon, il est présumable qu'elle existait bien antérieurement à l'époque de leurs incm'sionsdans la Gaule. Suivant les traditions des légendaires, en ce heu saint Denis fut emprisonné avec ses compagnons; ils y endurèrent divers supplices dont, avant la démolition de cette église, on montrait encore, comme des témoignages incontestables, quelques instruments dont je parlerai dans la suite de cet article.
Le monument le plus ancien qui constate l'existence de cette église est du onzième siècle. Alors elle était desservie par des chanoines. Dans deux chartes du roi Kobert, données en 1014, elle se trouve désignée par ces mots : Cmimiicis Sanctl Dionysii de Parisiaco à carcere^ les chanoines de Saint-Denis de la Prison de Paris, ou de la Charlre. Ce surnom lui vient d'une prison ou chartre située dans le voisinage. Les biens de cette église devinrent, peu de temps après, la proie de seigneurs laïques, puis furent concédés aux religieux de Saint-MartindeS'(]hamps.
L'(''difice de Saint-Denis de la Chartre fut rebâti aux quatorzième et quinzième siècles : le portail était certainement de cette dernière époque. Le bas-relief |)lacé au-dessus de la porte représentait des ligures chargées de ventres très-proéminents : c'était la mode, sous le règne de Louis XI, de porter des ventres postiches.
Comme toutes les ancieimes églises, celle-ci avait une crypte ou église souterraine : c'était^dans cette crypte que, suivant une tradition, saint Denis fut emprisonné : on y montrait une grosse pierre carrée, ayant à son milieu un trou
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circulaire. On disait que celte pierre était un instrument de son supplice, et qu'on avait forcé le saint à passer la tête dans ce trou, et à la porter sur ses épaules. Cette pierre était évidemment une table d'autel à l'usage du paganisme, et son existence en ce lieu nous autorise à conjecturer que l'église de la Chartre l'ut bâtie sur un endroit consacré à une divinité des anciens Romains.
L'Église Saint-Denis de la Cbartre l'ut démolie en 1810. Sur son emplacement et sur celui de ses dépendances est aujourd'bui l'ouverture du quai de la
Cité.
SAiNT-SYMPHORiEiN OU CHAPELLE DE SAINT-LUC, situé daus la Cité, à côté et au sud de Saint-Denis de la Chartre, rue du Haut-Moulin, n» 11 . Jaillot pense que cette église doit son origine à une chapelle de Sainte-Cathenne , qui existait sous la première race. Celte chapelle abandonnée tombait en ruine; ses biens étaient envahis par des seigneurs laïques, lorsqu'un d'eux, Matthieu de Montmorenci/^ gpmle de Reaumonl, la céda à l'évèque de Paris en 1206, qui, en 1207, lit construire l'église, et plaça quatre chapelains pour la desservir. Elle portait, en 1214, la dénomination de Samt-Sijwphorieti de la Chartre, à cause de la prison voisine. En 1018, l'évèque de Paris adjoignit à celte église la petite paroisse de Saint- Leu et Saint-Ci lies, dont le service se faisait à un autel de l'église Saint- Denis de la Chartre. En 1C98, M. de Noailles, archevêque de Paris, suprima celte paroisse ainsi que les chapelains devenus chanoines, et unit les biens et les paroissiens à l'église de la Madeleine de la Cité. Enfin, en 1704, le bâtiment fui cédé à la compagnie des peintres, sculpteurs et graveurs, qui le rétablirent, le décorèrent, et placèrent sur l'autel un tableau représentant saint Luc, leur patron. Depuis ce changement jusqu'à la révolution, ce bâtiment a porté le nom de Chapelle de Saint-Luc.
SAINT-MARTIAL, abbaye située dans la Cité et dans l'emplacement contenu entre les rues de la Barillerie, de la Calandre, aux Fèves et de la Vieille-Draperie. Cette circonscription a porté longtemps le nom de Ceinture de Saint-Éloi. Dans cet emplacement, où depuis fut établi le couvent des Barnabites, était une vaste maison avec un oratoire dédié à saint Martial. Cette maison et ses dépendances furent données kEligius ou Éloi, orfèvre, argentier du roi Dagobert. Il y lit consti'uire un monastère où il plaça environ trois cents filles, présidées par une abbesse appelée /^wyï'>, connue depuis sous le nom de sainte Aure. Cel établissement s'elïeclua vers les années 632 ou 633, et porta le nom de l'ancien oratoire Saint-Martial. Sous la seconde race, époque où presque tous les établissements l'eligieux de Paris changèrent de dénomination, il reçut celui de Saint-Éloi, son fondateur. Un incendie qui, en 1034, ravagea la Cité de Paris, réduisit en cendres les bâtiments de cette abbaye; ils furent rétablis peu de temps après.
Un autre événement vint changer totalement l'état de ce monastère. Les filles (jui l'habitaient se relâchèrent de la règle que saint Éloi leur avait imposée ; leurs mœurs extrêmement débordées, et les désordres introduits dans l'administration des biens de celle maison, obligèrent, en 1107, (lalon, évêque de Paris, d'en chasser toutes les religieuses, de les répartir dans divers couvents, et de les rem|)lacei' par des nu)ines de Saint-Maur-des-Fossés. Je reviendrai dans la suit" sur cet êlahlissement.
sors LA pui:mii:iu: racf. ii
SAiNT-ciiuisTOiMiE. (lolte potito ôgliso était située rue de ce nom, etî\l'anj»le tïue cette rue forme avec la ligne des bâtiments (jui sont sur le parvis de Notre- Dame. La ehartre ou testament de Vandemir, datée de l'an (190, contient une donation en laveur de cet élablissement, qui s'y trouve qualitié de Monastère de juif a, duquel Ijtndretude était abhesse. On ne sait rien sur le sort des religieuses de ce monastère; mais on sait (ju'au neuvième siècle cet établissement était converti en hôpital. Au douzième siècle, cette petites église tut érigée en paroisse. Lntre les aimées Li94 et 1510, les bâtiments Curent rétablis. Lorscpi'en 1747 on construisit la maison des Liil'anls-Trouvés, on sacrifia à ce nouvel édilice la petite église Saint-Cbristoplie, (jui fut alors démolie.
SAii\T-JEAN-LE-ROi\D, chapelle située au nord de l'église cathédrale Notre- Dame, et presque dans l'alignement de sa façade; elle avait servi de baptistèi'e à l'église Notre-Dame. On y voyait la cuve ou le bassin destiné au baptême j)ar immersion. Cet édifice, dont l'origine est peu connue, mais qui semble remonter au temps de la première race, fut démoli en 1748. L'entrée de la rue du Cloître occupe aujourd'hui son emplacement. Il pouvait exister dans la Cité, sous la première race, quelques autres petites églises ou ctiapelles dont l'origine et l'existence, à cette époque, sont fort incertaines.