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ÉTABLISSEMENTS RELIGIEUX DAINS LA PARTIE SEPTENTRIONALE DE PAÇIS

saint-(1ermain-l'auxeurois, église située sur la place de ce nom, entre cette place et la rue de l'Arbre-Sec, la rue des Prêtres et celle de Chilpéric. L'ignorance où l'on a longtemps été suri 'origine de cette église, a ouvert aux conjectures un vaste champ où se sont égarés presque tous ceux qui ont écrit sur Paris. Jaillot a le premier fixé solidement cette origine, et a prouvé d'une manière incontestable que le roi Chilpéric, et non Childebert, est le fondateur de cette église; que saint Germain de Paris, et non saint Germain d'Auxerre, en fut le patron.

Chilpéric, qui alliait les crimes les plus atroces avec des actes de dévotion, pour s'attirer la bienveillance et mériter l'intercession de saint Germain, évéque de Paris, lui fit bâtir une basilique, dans laquelle il se proposait de transférer son tombeau. En l'an 606, cette église était construite; le corps de saint Germain n'y était pas transféré; mais alors on espérait qu'il le serait bientôt. C'est ce que prouve le testament de Bertrand, évèque du Mans, qui donne, en cette année, des biens à cette basilique nouvelle, à condition que le corps de saint Germain y sera placé. Cette église, pendant la première race, ne porta jamais le nom de Saint-Germain-l'Anxerrois, mais celui de Saint-Germain. Sous la seconde race, elle fut appelée Saint-Germain-le-Rond, parce que son édifice était élevé sur un plan circulaire. Le corps de saint Germain n'y fut jamais transféré : ainsi la basilique dont nous parlons eut le nom de Saint-Germain sans en posséder le corps.

Au commencement de la troisième race, le roi Robert fit reconstruire cette église ruinée par les Normands, et, pour qu'on ne la confondît pas avec l'abbaye Saint-Vincent et Sainte-Croix, qui avait pris le nom de Saint-Germain , elle

fut alors, pour la première fois, dit-on; nommée Sainl-Germain-l'Auxerrofs. Cependant une bulle du pape Alexandre III, de l'an 1165, lui conserve son vieux nom de Samt-Germxun-le'Rond : monaaterium sancli Germani rotundl. Après ce qui vient d'être exposé, il est évident que cette église n'a point été fondée en l'honneur de saint Germain l'Auxerrois, comme on le croit vulgairement, et que son véritable patron est saint Germain de Paris. Cette église, dans laquelle fut, en l'an 656, enterré Lcmdericiis ou Landri, évèque de Paris, resta longtemps la seule paroisse d'une grande portion de la partie septentrionale de Paris.

SAiNT-GERVAis, églisc situéc entre Ics rues du Monceau, du Pourtour, des Barres et de Longpont. On ignore son origine, mais on est certain qu'elle existait sous l'épiscopat de saint Germain. Elle fut érigée, on ne sait à quelle époque, en église paroissiale. Au onzième siècle, elle devint la proie des comtes de Meulan. Il est présumable qu'alors elle se trouvait hors de l'enceinte de Paris. Les produits de son autel ap[)artenaient à divers particuliers, puisque Gidllaume, archidiacre de Paris, donna au chapitre de Notre-Dame la troisième partie des revenus de l'autel de Saint-Gervais : tertiam parlera allaris Sancti Gervasn Partsieyisis. Les revenus des autels étaient considérés comme ceux d'un immeuble; on les vendait, on les partageait, etc. Je reviendrai sur cette église, qui existe encore.

SAINT-PAUL, église située dans la rue de ce nom, était, sous la première race, un petit oratoire que lit bâtir saint Éloi, au milieu du cimetière destiné aux religieuses de l'abbaye Saint-Martial , (fu'il avait fondée dans la Cité. Cet oratoire . suivit le sort de l'établissement dont il dépendait; il fut, en 1 107, réuni à l'abbaye Saint-Maur-des-Fossés. Je parlerai en son lieu des changements que le temps lui fit éprouver.

SAINT-LAURENT, situéc ruc du Faubourg-Saint-Dcnis. L'origine et même la position de cette église sont peu connues. Elle existait au sixième siècle, si c'est d'elle qu'a parlé Grégoire de Tours, lorsqu'il fait le récit d'un débordement de la Seine et de la Marne, arrivé en l'an 583, débordement si considérable, que l'eau couvrait tout l'espace qui s'étend depuis la Cité jusqu'à la basilique Saint-Laurent, et qu'entre ces deux points il arriva, dit-il, plusieurs naufrages.

On convient assez généralement que l'église Saint-Laurent était située dans le faubourg Saint-Denis, et qu'elle occupait, dans les premiers temps, l'emplacement actuel de Saint-Lazare; on convient aussi que le cimetière de cette église était placé de l'autre côté de la route, et que, dans la suite, on éleva sur son emplacement une autre église Sai ni- Laurent, \\n\ -à subsisté jusqu'à nos jours, (^ette opinion est appuyée notamment sur la découverte qui fut faite vers la fin du dix-septième siècle, dans l'emplacement actuel de Saint-Laurent, de plusieurs tombeaux en pierre et en plâtre, contenant des cadavres vêtus d'habits noirs, semblables à ceux des moines : tombeaux qui furent alors jugés avoir neuf cents ans d'anti([uité.

Il paraît que l'église et le monastère Saint-Laurent furent dévastés parles Normands. 11 n'en est plus fait mention jusqu'au douzième siècle, époque où, dans les lettres de Thiband, évécpie de Paris, on voit cette église soumise à celle

SOIS i.A PUKMIKUE RACE. i3

Saint -Martin -des -Champs. Il est présiiniable ([u'après sa ruine totale elle ne fut pas rétablie au mOnie endroit, mais qu'on la réédilia, comme je l'ai dit, sur l'emplacement de son cimetière, à la place d'un oratoire (pn', suivant l'usage, devait s'y trouver. Cette église fut entièrement reconstruite au (piinzième siècle, dédiée en \\-2{), auiiuientée en ir)is, en lïrande partie reconstruite en 1595, et considérablement réparée et enrichie d'un porlail en \(y±2.

Le dessin de l'autel principal a été fourni par Lepaulrc; on y remarcpie la chapelle des fonts l)aptismaux, une i^ainte Apolline, de Bougron, et le Marhjrc de saint Unirent^ par (îreuse.

SAiNT-MARTiN-DES-CHAMi»s, église et monastère situés rue Saint-Martin, entre lesn«'s208et-210.

Saint Martin fut d'abord le patron des Francs, et devint, après sa mort, le saint le plus révéré de son temps. Sa chape était poilée aux armées comme le palladium, de la France, l'étendard de la victoire. L'abbaye de Saint-Denis, devenue puissante, jalouse de l'immense crédit de saint Martin , parvint bientôt à le diminuer : et la chape du ce saint fut sui)plantée par l'oritlamme de Saint-Denis. Saint Martin, pendant que sa puissance était encore prépondérante, dut avoir un culte à Paris. Sans parler d'une petite chapelle construite en branches d'arbres dans la Cité, et dont Grégoire de Tours fait mention, il est certain (ju'il existait au nord de Paris, sous le nom de ce saint, un établissement plus durable. Daf/obert I^i-, dans un diplôme de l'an 629, accorde une foire à l'abbaye Saint-Denis, et en fixe le champ sur le chemin qui conduit de la Cité dans un lieu nommé le Pont ou le Pas Saint-Martin. Dans un plaid de Childebert III, de l'an 710, on lit que ce champ de foire est situé entre les basiliques Saint-Martin et Saint-Laurent : Inter sancti Martini etsancti Laurentii baseliee. De ces notions il résulte qu'entre le champ de foire qui devait être situé près de l'arc de triomphe Saint-Denis et la cité de Paris, il se trouvait, sur la route de cette ville, un établissement religieux portant le nom de Saint-Martin, et qualifié basilique. (îet établissement existait avant les incursions des Normands, puisqu'ils le détruisirent, comme le porte un di[)lômede 1060, par lequel Henri I" atteste sa ruine, et déclare son intention de le réédifier. Je citerai en son lieu les expressions de ce diplôme, en continuant la description de cette égfise, dont il me suffît, quant à présent, d'avoir constaté l'existence et l'emplacement.

SAiNT-PiEKRE, Chapelle située rue Saint-Martin, entre les n"» 2 et 4. 11 paraît certain (lu'au sixième siècle il existait, vers ce lieu, une petite cellule ou chapelle. Le défaut de monuments historiques a ici, comme ailleurs, laissé place à des conjectures que je ne produirai pas ici. Medericus ou Merri, et son compagnon Froduljns ou Frou, vim-ent, à une époque qu'on ne peut préciser, occuper une cellule qui existait déjà ou qu'ils construisirent en ce lieu; ils élevèrent auprès un petit oratoire dédié à saint Pierre. Saint Medericus mourut en l'an 700, et son tombeau fut vénéré comme celui d'un saint. La chapelle reçut, sous la seconde race, le nom du saint dont elle recelait les cendres. Dès Tan 820 un diplônie de Louis-le-Débonnaire lui donne le nom de Saint- 3[édéric, dont par contraction on a fait celui de Saint-Mer i. On trouvera ailleurs ce qui reste à dire sur l'histoire de cet établissement religieux.

Oïl aurait une fausse idée de ces chapelles, églises ou abbayes, si on les croyait semblables à celles que l'on voit aujourd'hui : leurs constructions étaient i'ort exiguës. J'ai vu d'antiques oratoires dont l'intérieur pouvait à peine contenir l'autel et le prêtre ; et, si l'on excepte les églises et abbayes les plus richement dotées, et qui se trouvaient solidement bâties, le plus grand nombre de ces édifices pieux n'était construit qu'en bois; c'est pourquoi ils devenaient facilement la proie des flammes.

TABLEAU PHYSIQUE DE PARIS

Paris, sous la première race, n'éprouva d'autres changements que ceux qui résultèrent des établissements que je viens de décrire. La Cité, comprise dans nie qui porte encore ce nom , devait, comme les autres villes de la Gaule, être protégée par un mur d'enceinte. 11 est vraisemblable que vers la fin de la domination l'omaine ce mur existait.

ENCEINTE DE LA CITÉ. On a découvcrt, en 1829, un grand fragment de la muraille de la Cité; elle paraissait avoir été construite vers la fin du quatrième ou au commencement du cinquième siècle. Son existence, aux âges suivants, est attestée par plusieurs témoignages authentiques. Dans le diplôme de la fondation de l'église Saint-Vincent et Sainte-Croix, aujourd'hui Saint-Germam-des- Prés, diplôme de fan 558, Childebert déclare qu'il a entrepris de bâtir un temple dans Paris, et non loin des murs de la Cité.

Grégoire de Tours dit que Frédégonde, après l'assassinat du roi son époux , soupçonnée d'en être fauteur, se réfugia dans la Cité de Paris et dans l'asile de l'église de cette cité, y transféra ses trésors qu'elle avait cachés dans V enceinte des murs. Ainsi voilà une enceinte, des miivii, qui sont dans la Cité et l'environnent.

L'île de la Cité, mohis étendue qu'elle n'est aujourd'hui, était divisée en deux l)arties par la route qui la traversait, et qui du Petit-Pont allait aboutir au (irand-Pont, depuis appelé Pont-cm-Cliange. A l'est de cette route étaient Y église cathédmle, la maison de l'église, le baptistère, Vécole, V hospice des pauvres mafrindaires, hospice qui fut l'origine de V Hôtel-Dieu, enfin l'ensemble des constructions contenues ordinairement dans l'enceinte épiscopale. Du même côté (le la Cité, et sur le bord septentrional de l'île, près de l'emplacement de Saint- Denis de la Chartre,sur une partie de l'emplacement actuel du Quai-aux-Fleurs, était une ])rison que fauteur des Gestes du roi Dagobert nomme carcer Glauriniy prison de Glaucin.

De l'autre côté de la route, et vers l'extrémité occidentale de l'île de la Cité, sur l'emplacement actuel du Palais, s'élevait une fortification qui, dans une charte (jue j'ai citée, est qualifiée de tour. Ce mot, dans les temps barbares, coiiiine je fai dit, signifiait un château, une citadelle. Sous la domination romaine, cet édifice a dû servir à l'ordre municipal, et, sous celle des Francs, à la (lenieuredes rois et des comtes. Dans toutes les ancieimes cités de la Gaule se trouvait, à cette épocpie, le même ordre de choses. Une partie était destinée au

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ciillo, ol laulre aux adiniiiislralioiis civiles. Cette partie occidentale de la Cité coiilenait encore une vaste place dont je vais parler.

PLACE DU coMiMEUCE. A l'ouesl de la route que j'ai décrite, entre l'église calhédiale et le château ou le l^alais, se trouvait une vaste place consacrée au commerce. Malgré le sentiment de tous les écrivains cpii m'ont précédé, je suis sullisammenl autorisé à tixer cette place dans ces limites. Les dénominations actuelles ou anciennes des parties qui la composaient ou l'avoisinaient snflisent pour attester son existence en cette partie de l'île. La route (jui, i)artant du Petit-Pont, s'avance dans cette île jusqu'à la rue de la Calandre, a toujours i)orté et porte encore le nom de Marché-Palud, nom qui indique une place contiguë où se tenait le marché, et le surnom Palud prouve que cette partie de la place, située sur la rive de la Seine, était fangeuse ou marécageuse. A l'ouest de cette roule et de ce marché est la place du Marché-iSeufy qui s'appelait anciennement place ou rue de l'Orberie. Ce mot Orben'e signifie lui-même une place. Le Marché- JSeuf est évidemment un reste de la place du commerce. Ainsi voilà l'existence d« cette place suffisamment démontrée. Quelques faits historiques vont prouver sa destination.

Kn l'an 586, un habitant de la Cité de Paris étant entré, pendant la nuit, dans un cellier, laissa près d'une barrique d'huile la lumière qui l'éclairait. Cette maison était contiguë à la porte méridionale de la Cité. De proche en proche, le feu, favorisé par le vent, se communiqua aux maisons voisines, étendit ses ravages dans toute la largeur de l'île, et ne fut airèté que })ar le bras septentrional de la Seine. Crégoire de Tours dit, en rapportant les paroles d'une femme qui avait prophétisé cet incendie, que les maisons destinées à être brûlées seraient celles de négociants, domos negot/antmm. Comnrie, suivant cet écrivain, la prophétie fut accomplie par l'incendie, il résulte que les maisons des négociants furent bridées, et que, le feu parcourant l'espace qui se trouve entre la porte méridionale de la Cité et sa porte septentrionale, ces maisons des négociants se trouvaient dans cet espace, et pouvaient border la place du Commerce qui s'y trouvait aussi.

Le second passage de Grégoire de Tours est plus décisif encore. En l'an 583, un jour de dimanche, Chilpéric et son épouse Frédégonde entendaient la messe dans l'église sainte (m eccleslâsanctâ)^ expression qui, dans le langage du temps, signifiait l'église cathédrale. Le comte Leudaste, accusé de divers attentats, s'y rendit, se prosterna, se roula tour à tour aux pieds du roi et de la reine, et, versant des larmes, implora son pardon. Il fut repoussé et chassé de l'église. Dès qu'il en fut sorti (de l'église qui est remplacée par celle de Notre-Dame) il arriva dans la place [inplateam]-^ et, sans s'inquiéter du sort qui le menaçait, il parcourut les maisons des marchands ( dowosque negoliantiiivi circiimiens)^ il s'informait du prix de divers ol)jets , en marchandait plusieurs. J*endant qu'il s'occupait ainsi, arrivent subitement les satellites {pucri) de la reine; ils s'efibrcent de le saisir, de le garrotter; alors il tire son épée, se défend, blesse les uns, irrite les autres par sa résistance. Les satellites se jettent sur lui les armes à la main; un d'eux lui porte sur la tête un coup d'épée qui lui abat une partie» de la peau du crâne. Le comte blessé fuit, et, courant sur le pont de la ville,

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son pied s'engage entre deUx pièces de bois entr'ouvertes ; il se casse une jambe et tombe enfin entre les mains de ceux qui le poursuivent. Leudaste mourut bientôt dans les suppbces que la reine lui fit subir.

[1 n'est pas possible de placer ces scènes ailleurs que dans l'île de la Cité, dans réi^^bse cathédrale, sur la place où se trouvaient les maisons des négociants, et sur le pont par lequel on pouvait s'évader de cette île. Ainsi tous les doutes disparaissent : il est certain qu'il existait dans la Cité une place du Commerce, et que cette place n'était point au dehors, sur l'emplacement des rues de la Huchette et de la Bùcherie, comme l'ont avancé plusieurs écrivains qui m'ont précédé, mais bien entre l'église cathédrale et le Palais. Les négociants avaient besoin d'abriter les marchandises dans un lieu sûr et fortifié comme l'était l'île de la Cité.

Pendant la i)ériode qui nous occupe, Paris eut beaucoup à souffrir des inondations, des incendies et des malheurs de la guerre. A propos des désastres qui détruisirent une partie de la Cité, Crégoire de Tours a écrit le passage suivant : « On disait que la ville de Paris avait été anciennement consacrée, de telle sorte " que les incendies ne pouvaient y étendre leurs ravages, ni les loirs et les ser- » pents y paraître. Dernièrement, en réparant les fondations du pont, et en » enlevant la boue dont elles étaient remplies, on découvrit un loir et un ser- » peut de bronze; dès que ces figures furent enlevées, les loirs et les serpents » se montrèrent en grand nombre dans la ville, et l'on commença à y voir re- » paraître des incendies. « On voit que tout ce qui portait le caractère du merveilleux et du surnaturel était avidement accueilli par cet historien.

ÉTAT CIVIL DE PAKIS

Les coutumes barbares des Francs triomphèrent bientôt des institutions romaines. Deux peuples habitaient la Gaule, les vainqueurs et les vaincus; les premiers conservèrent leurs usages; on laissa aux seconds les lois romaines pour leur servir de règle dans les discussions relatives à leurs transactions particulières : concession de tolérance relative ou plutôt d'ignorance, faibles limites que le pouvoir absolu renversait selon son caprice. Ces lois se soutenaient sans gaiantie, existaient parce qu'elles avaient existé, parce que les Francs étaient incai)ables de les remplacer. Quant à l'état civil des vaincus, il reposait sur des bases très-mobiles; tous les droits de la société, les droits même les plus sacrés de la nature, étaient méconnus, transgressés par les vainqueurs, (pii n'avaient (pielque respect que pour leurs coutumes; encore s'en écartaientils souvent.

Les ordres municipaux des villes, seules institutions un peu populaires, avilis, outragés, cessî'rent d'exister : aux ((('curions ou sénateurs qui les composaient , succcdèrenl des scabins ou rdchhnbourgs, assesseurs qui, de concert avec le coinlc, jui;eai(Mit les |)rocès. Paris eut son comte et ses scabins, dont le nom a été changé eu celui iVir/wr/ns.

• Nous aurions une idée peu avantageuse de la manière dont se rendait la justice, si nous en jugions d'après ce (\m dit Grégoire de Tours du comte Lèu-

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iJdfite, qui, lorsqu'il siégeait sur son Iribuual, eiilrail en fureur contre ceux (jui venaient lui exposer leurs alVaires contentieuses, les accablait d'injures, faisait maltraiter les priMres, frapper de verges les militaires, et exerçait sur les plaideurs toutes sortes de cruautés. Nous aurions une idée très-défavoral)le de la |)rol)ité de ces comtes, si le portrait que cet historien nous a laissé (VAudon, conite de Paris, est lidèle : il était un concussionnaire, le vil satellite et le complice des fureurs de l'exécrable Frédégonde. On pourra aussi juger de la jurisprudence de ces tribunaux par cette constitution qu'en l'an 500 donna le roi (Molaire : « Si(pielqu'un est accusé d'un crime, il ne faut pas le condamner sans » l'entendre : non condemnetur penitm inamlilm. » Ce principe, dont la justice est évidente à tous les yeux, et qui honore celui qui le remit en vigueur, était donc mécomni , puisqu'on est obligé de le rappeler aux juges.

Le fait suivant va nous faire connaître la condition des habitants de Paris et de.s campagnes enviroimantes , et la tyrannie des rois francs envers leurs sujets. Ln août 584, des ambassadeurs du roi d'Espagne vinrent demander à Ch/'lpcric sa fille Higonthc en mariage. « Chilpéric, dit Grégoire de Tours, rentra " aussitôt dans Paris, et ordonna qu'un grand nombre de familles, des maisons > de son fisc, seraient enlevées de leurs demeures et placées dans des chariots. » La plupart de ces malheureux pleuraient et refusaient de se rendre aux or- » dres du roi; il les fit traîner en prison, afin de pouvoir plus facilement les » faire partir avec sa fille. On dit (jue quelques-uns, désespérés de se voir sépa- » rés de leurs proches parents, dans l'excès de leur chagrin, se donnèrent la » mort. Le fils était arraché des bras de son père, la fille de ceux de sa mère; '> leur séparation était accompagnée de gémissements, de plaintes amères et de " malédictions contre le tyran. La désolation était si grande dans Paris, qu'on » pouvait la comparer à celle de l'Egypte. Plusieurs de ces malheureux forcés » de s'expatrier étaient d'une naissance distinguée ; ils disposaient de leurs » biens, les donnaient aux églises, et demandaient que leur testament fût ou- » vert dès qu'on aurait appris l'entrée de la jeune princesse en Espagne. Ils ' considéraient ce départ comme le terme de leur vie. » ..

Les personnes, enlevées pour satisfaire la vanité de ChUpéric et donner plus de pompe au cortège de sa fille, n'étaient point de condition servile. Leur résistance, leur violente douleur, sa manifestation publique, sulTiraient pour faire présumer qu'elles jouissaient de la liberté civile; mais tous les doutes se dissipent lorsque Grégoire de Tours nous les présente comme des propriétaires léguant leurs biens par testament, et qu'il nous apprend que plusieurs pouvaient se prévaloir d'une naissance distinguée [midti vero mcliores nalu).

Ainsi les hommes de condition libre appartenaient à Chilpéric; il les traitait comme des esclaves, et disposait de leur personne comme d'un meuble. Sous des rois comme Chilpéric, les proi)riétés n'étaient pas plus respectées que les personnes. Du reste, dans la plupart des supplices ou exécutions dont Paris fut le théâtre, et que les rois ou les reines ordonnèrent, je vois bien des assassins, des tourmenteurs, des bourreaux ; je n'y vois pas de juges. Si la justice s'exerçait sans principes, sans règles, les autres branches administratives n'étaient pas mieux ordonnées.

COMMERCE DE PARIS. Favorisé par une navigation facile, le commerce de celle ville, élabli sous la domination romaine, se maintint sous celle des Francs. Comme tous les barbares, ceux-ci, passionnés i)our le luxe, pour la richesse des vêlements, pour les bijoux et les armes de prix, ne contrarièrent point la vente de telles marchandises. Des Juifs, des Syriens, des hommes du midi de la (;aule et d'autres pays figuraient parmi les principaux négociants. Quelquesuns tirent de grandes fortunes. Un de ces marchands juifs, appelé Salomon, devint receveur général des revenus du fisc du roi Dagobert. Un Syrien, nommé Emèbe, acquit assez de richesses pour acheter l'épiscopat; et, après la mort de nminemode, en l'an .591, il fut nommé évèque de Paris.

î/espoir du gain fait braver bien des périls. Le plus ordinairement, les marchandises étaient transportées par eau; sur mer, elles avaient à redouter les attaques des pirates; sur la Seine, celles des riverains puissants; mais les transports par terre étaient exposés à des dangers plus grands encore. Des troupes (le brigands, commandées par des chefs francs des familles les plus distinguées, infestaient les routes, et ne respectaient guère les marchands. Ces dangers ii'^îtaient pas les seules entraves qu'éprouvait le commerce : sur les routes, il était «gêné par des exactions, des péages et des avanies de toute sorte. Voici le dénombrement des contributions que le fisc percevait à Paris sur les marchandises' avant d'être débarquées et logées. Elles sont au nombre de quinze, et se trouvent dénommées dans un diplôme donné en 629, par le roi Dagobert, en faveur de l'abbaye Saint-Denis.

. Navigios, le droit que paient ceux qui naviguent sur la Seine; — Porlaticof^, droit j)erçu sur le port au débarquement des marchandises; — Pontaticos, péage en passant sur ou sous les ponts; — Rivaticos, droit payé pour être autorisé à laisser les barques sur le rivage; — Rotaticos, pour les dommages que les voitures peuvent faire en détériorant la voie publique;— Vîtltaticos, droit inconnu : peut-être était-il le prix d'une autorisation pour loger les marchandises dans les celliers ou dans les caves voûtées ; — Temonaticos, droit de timon : peut-être ce droit avait-il pour motif la permission accordée au marchand de conduire lui-même sa voiture, ou de vendre sa marchandise sur cette même voiture; — Chespptatieos, impcM pour la réparation des terres qui bordaient les chemins, ou pour dédommager les propriétaires des terres voisines, des dégâts que pouvaient faire les voitures; — Puhprafiros, droit inconnu : peut-être avait-il pour prétexte la poussière occasionnée par le transport des marchandises; — Forci' (f'ros, contribution à laquelle on assujettissait les vins forains; — Mestaticos, peut-être Mistaticos, droit qui autorisait le mélange des vins; ou Midaticos, droit de mouwmeni ;— fjfudfdicos, droit inconnu : peut-être avait-il pour motif la permission d'annoncei' publicjuement les marchandises, et d'en faire l'éloge; — Sntunn/iros, dviVd' \)ovcu sur les marchandises portées sur le dos des bêtes de somme; — Solulaticos, c'était un présent fait au roi ou au comte en lui faisant le salul ; — nassionaficos, droit de passage, qui devait être perçu sur les marchandises qui passaient par la Cité pour se rendre au champ de la foire ou ailleurs. Ce diplôme en faveur de l'église Saint-Denis fut confirmé plusieurs fois" par les successeurs de Dagobrrf; mais, dans leur charte de confirmation, ces droits

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ne sont point Ions déiioinmôs. Dans (vllo de (IhiliuM'io II, de l'an TlUi, on ne Ironve qne les snivants : porfodcus, poiUii liens, rotat/cus; il ajonte, en lalin barbare : « Kl les autres redevanees i^ue l(\s juges publies sont en usage de peree- '• voir. •>

(]e commerce, entravé par le brigandage des Francs, ])ar les exactions du lise, consistait en objets de luxe, lels que bijoux, ornements, armes, baudriers et ceintures, garnis d'or, de pierreries; en objets utiles, tels que vins, huile, miel, garance, etc. Les étotTes propres aux vêtements et aux meubles étaient maïuilactnrées dans le pays. (Ihacpie roi, ebaciue bonnne ])uissant avait sa manul'aetui'e, son (/i/nœceifui, où des lemmes esclaves lilaient et tissaient le lin et la laine. Ces (lynccÀcs, que les Francs trouvèrent établis dans les (iaules, devinrent, en quelque sorte, des sérails pour les rois, les ]»rinces, les ducs, etc. ('/était de ces ateliers qu'ils tiraient leurs concubines, et (juelquefois leurs épouses. Hors les fabriques domcstlcjnes des gynécéen^ on ne découvre aucune autre manufacture remarquable. La plupart des objets de luxe et même de nécessité venaient de l'étranger. C'est ainsi, par exemple, que le jMj3î/n/.s- ou n**^ pier, qu'on employait ordinairement pour écrire, était transporté d'Égv»^^ J^^'cust* la (iaule par des vaisseaux marchands. ^ des scènes

s la domina-

TABLEAIJ M0R4L DE PARIS. ^deParLs,

La moralité des gouvernants sert trop souvent de modèle à celle des gol- L^^ nés; en peignant les mœurs des premiers, on pourra en tirer des inductions ^^^' les mœurs des seconds. L'histoire, presque toujours muette sur le caractère des peuples, l'est beaucoup moins sur celui de leurs chefs. Mais les notions qu'elle laisse à désirer sur les uns se trouvent remplacées par celles qu'elle fournit sui' les autres. Toutefois, dans cette période, je ne trouve aucune particularité sur les habitants de Paris, et je ne puis leur appliquer que ce que les écrivains de l'antiquité ont écrit des mœurs des Francs. L'amour du pillage, la férocité et la mauvaise foi formaient les principaux traits de leur caractère. Les Francs, dit Vopiscus, méprisent leurs serments, et rient en les violant. Salvien les traite de nation sans foi, gens Froncorum mfidelf's; il les loue d'être hospitaliers, et les blâme d'être menteurs. > Les Francs, dit Libanius, ne peuvent supporter laser- » yitude; ils se croient réduits à ce fâcheux état dès qu'ils ne trouvent personne " à piller. » Fn proverbe grec, donné par Fginhard, porte : Vous pouvez avoir uv Fraîic pour ami ; mais ne l'ayez jamais pour voisin. Isidore cite l'opinion de quel- (pies écrivains qui pensent que les Francs doivent leur nom à la férocité de leui' caractère. ' 11 est certain, ajoute-t-il, que leurs mœurs sont corrompues, et que " leur naturel est très-féroce. » Sidoine Apollinaire décrit la stature élevée de leur corps, leur force, leur agilité, leur ardeui* dans les combats. Agathias parle avecquelque éloge de la civilisation des Francs, dominateurs de la Caule, et s'étonne même de voir régner entre eux la paix et la justice. Mais l'histoire des premiers siècles de notre monarchie est loin de venir conlirmer le témoignage de ce dernier écrivain.

Je n'entreprendrai pas le récit de tous les événements qui ont signalé le règnes

des rois de France de la i)remière race. Je rapporterai seulement le fait sui

vant, qui donnera une idée des mœurs barbares de ces princes.

Chlodomère, en mourant, laissa trois fils en bas Age : Tbéodovalde, l'aîné, avait atteint sa dixième année; le second, nommé (^.onthaire, sa septième, et Chlodovalde était plus jeune encore. Ces eirl'ants vivaient à Paris auprès de leur grand'mère Clotilde. « Cbildeberl voyait avec jalousie cette reine, sa mère, » prodiguer toute son atléclion aux seuls fils de Cblodomère : il craignait de " plus qu'elle ne parvînt à leur conservei' l'béritage et le trône de leur père. » Agité par ce double sentiment, il envoya un messager à son frère Chlotha- » chaire et lui fit dire : Notre mrre (jarde, auprès d'elle les (ils de notre frère; elle » veut quils soient rois ; riens promplement à Paris , afin que nous nous eoncer- » tio?is ensemble sur ce qu'il eonvient de faire, nous dèeiderons s'il faut, en leur .> coupant la chevelure, les réduire à la condition des personnes du peuple, ou bien " s'il faut les tuer ; en ce cas nous partagerons^ à portions éyales, le royaume de ^ notre frère. Très-content de cette proposition, Chlothachaire part pour se

rendre à Paris. A son arrivée, il fut résolu entre lui et Childebert qu'ils adresh'?étarc,i| un message à leur mère, qui demeuiait alors à Paris. Ce message était .gêné P|^,oy^^.y/o?^s' ces enfants., afin que nous en fassions des rois. A ces dénombrei^^t]^e(.liilje, ti'ansportée de joie (car elle ignorait le piège qu'on lui dises^âva» jjjjt manger et boire ces enfants, les livre aux envoyés de leurs trouveç-^ et leur dit en les quittant : J'oublierai que j'ai perdu mon fils Chlodomère^ ^*^y^^us êtes élevés an rang des rois. »

irrivés auprès de leurs oncles, on les saisit, ainsi (pie leurs serviteurs, on les /enferme dans des prisons séparées. Arcadius (Gaulois, fils d'Apollinaire, sénateur) est envoyé par Childebert et Chlothachaire auprès de leur mère (]hrothechilde. « Il se présente devant cette reine, tenant d'une main une paire de ci- » seaux, et de l'autre un poignard nu. 0 reine très-glorieuse f dit-il, vos fils., nos » maîtres, attendent que vous manifestiez' votre volonté et que vous prononciez sur V le sort de vos petits-enfants . Voulez-vous qu'ils vivent privé}; de leur chevelure , » ou bien voulez-vous qu'ils soient égorgés"! A ces mots, et surtout à la vue de la •' dégradation ou de la prochaine mort de ses enfants, elle est tour à tour agitée '^ par des sentiments de terreur et de colère; dans l'excès de sa douleur, ne sa- '> chant trop ce qu'elle devait répondre , elle dit ingénument : Puisqu'ils n'en "font point des rois, j'aime mieux que ces enfants meurent, que s'ils vivaient pri- » vés de leur chevelure.

« Arcadius se rendit promptement auprès des rois ses maîtres, et leur dit : » Faites ce que vous avez projeté, la reine y consent, elle-même approuve votre ré- » solution, et veut qu'elle soit exécutée. Aussitôt Chlothachaire saisit par le bras le •' plus âgé de ses neveux, le renverse à terre, et lui plonge le poignard dans le » sein : l'enfant expire en poussant des cris. Le second enfant, effrayé, se jette " aux pieds de son oncle Childebert, embrasse ses genoux, et dit en pleurant : • Secourez-moi, mon cher oncle., que je ne périsse pas comme mon frère ! ChWà^h^vi, » louché, ému juscpi'aux larmes, dit à Chlothachaire : Mon cher frère, je t'en prie, " laisse la rie à cet enfant! Accorde-moi cette grâce , et je t'accorderai ce que tu '» désireras. Je te le demande^ ne le tue pas. Ces prières mettent Chlothachaire en

sors LA pi{i:>iii:iu: hack. 51

»> fureur : Hcixmssc cri nijant de les hr<ts, au la vas mourir arec lut\ s'écria-t-il : »• c'fisl toi qui as forme le complot, et tu manques à ta yarole! Kn riK^nie temps il s'en " saisi!, lui enfonce son poignard dans le côté, el le tue comme il avait tué >' rainé. La reine Chrolheeliilde lit ensevelir les corps de ces deux enfants; leur « convoi funèbre fut eéléhré avec magnificence et beaucoup de chants. Ils furent " iiHnnnés dans l'église Saint-Pierre et Saint-Paul (depuis Sainte-(ieneviève). "Quant au troisième enfant, nommé (^blodovalde, des hommes puissants (des » leudes) l'eidevèrent, et le ravirent à la mort. Il s'adouîia à la religion, coupa » de ses mains sa longue chevelure, devint prêtre, et se distingua par de bonnes » œuvres (1).' (:hildel)ert et (ililothachaire se partagèrent, à lances égales, l'hé- " ritage de leur frère (^hlodomère, dont ils venaient d'égorger les enfants. ' Je passe sous silence une inimité de traits de la nature de celui que je viens de rapporter; les guerres scandaleuses entre les membres de la même famille; le tableau des frères armés contre les frères, qui cherchent à se ravir leurs richesses, à s'arracher réciproquement la vie, dont l'un égorge les enfants de l'autre; une reine âgée d'environ soixante-dix ans (Brunichilde), suppliciée pendant trois jours, enfin écartelée par les ordres de son neveu qui l'accusi^ d'avoir fait périr f//^ ro/.s./W/?/r.s-, telle est l'esquisse à peine indiquée des scènes horribles qu'à la fin du sixième siècle offrit la (iaule asservie sous la domination des Francs, scènes dont le tableau appartient non pas à {'Histoire de Paris, mais à V Histoire gâiérate de la France.

A cette époque la France était en proie à l'ignorance et à la barbarie. Les grands du royaume ainsi que le haut clergé ne connaissaient d'autres lois que leur intérêt, et ne reculaient devant aucune mesure, quelque injuste et sanglante qu'elle fût, pour arriver au but de leur ambition. Jamais la dépravation des mœurs ne fut plus complète : le monde moral était retombé dans le chaos. Je n'entreprendrai pas de rappeler toutes les misères et tous les crimes dont les chroniqueurs les plus respectés nous font le tableau : je me contenterai de faire connaître, sous le rapport moral, les premiers évêques de Paris, autant toutefois que la rareté des documents me le permettra.

Saffaracus, évèque de Paris dès l'an 549, fut, vers l'an 551, dans un concile tenu en cette ville, déposé pour des crimes capitaux : les uns prétendent qu'il était accusé de simonie; d'autres pensent que ses fréquents adultères furent cause de sa déposition. Saint (;ermain, vingtième évèque de Paris, était, suivant tous les témoignages, recommandable par sa doctrine et ses bonnes actions. L'histoire nous le présente sous ce rap|)ort avantageux; sa légende lui attrd)ue plusieurs actes surnaturels. Le public d'alors dédaignait les vertus, et n'admirait (pie les miracles. 11 mourut en 576. Ragnemode, vingt-et-unième évèque, fiiiure dans l'histoire comme un prélat de vonr^ un favoii de l'infernale Frédégonde, dont il paraît, à certains égards, avoir été le complice. Il mourut en 591. Fusèbe, vingt-deuxième évèque, était un marchand syrien, qui aspira aux

(1) Ce prince, échappé aii\ poignards de ses oncles, fut considéré comme un saint, et de son nom Chlodovaide on a fait celui de Cloud. Saint Cloud fut inhumé dans le bourg qui poite son nom, bourg situé à deux lieues et à l'ouest de Paris, sur la rive gauche de la Seine.

52 IMSTOÏRE \)E PAÏUS

honneurs et aux richesses de l'épiscopat : préféré au frère de Ragnemode, son concurrent, parce qu'il fournit une plus grande somme d'argent, i'évêché lui lut îHljugé. Il chassa tout le clergé de son prédécesseur, et le remplaça par des ecclésiasti(|ues syriens, attachés à sa maison. Il occupa peu de temps le siège épiscopal. Faramondus, son compétiteur, le remplaça bientôt : on ne sait si, pour cela, il altcndit la mort d'Kusèhe. Des évéques qui viennent ensuite, je vais citei- les plus comnis. Landéricus ou saint l.andri, vingt-huitième évêque, est du petit nombre de ceux dont le nom mérite d'être honorablement mentionné; il fut, en l'an 650, élevé au siège épiscopal. L'année suivante, une horrible famine désola les habitants de son diocèse : notre évêque vendit les meubles de.sa maison, les vases précieux de son église, pour nourrir les pauvres. On lui attribue la fondation de l'Hôtel-Dieu; cette assertion n'est appuyée sur aucune preuve. On sait qu'avant lui, près de toutes les èiçlises cathédrales, il existait un hospice destiné aux pauvres, appelés malriculaires, c'est-à-dire enregistrés dans la matricule de ces églises : peut-être saint Landri fit-il reconstruire ou réparei' le bâtiment (fui leur était, consacré. Landri eut pour successeur Chrodobertus, dont les actions sont peu connues. Sigobaudus ou Sigoberraudus, trentième évê(iue de Paris, est traité, dans la vie de sainte Bathilde, de mhcrablr rvéquc, dont l'orgueil causa la mort. En 664, il vint à Chelles, auprès de la reine Bathilde et prit ((uerelle avec les Francs de cette reine; il en résulta une émeute où cet évêque fut tué. L'auteur de la vie de sainte Bathilde dit qu'il mérita sa moi1. lm|)ortunus succéda à Sigoberraudus. Il n'est connu que par une corres})ondance qu'il eut avec Frodobertus, évêque de Tours. Ce dernier, pendant que les habitants de son diocèse soutYraient une rigoureuse famine, chargea Importunus de lui acheter du blé, et de le lui envoyer à Tours. Ce blé, arrivé, se trouva corrompu ; il était impossible de s'en nourrir. Frodobertus s'en ])laignit à l'évêque de Paris, et lui envoya un échantillon du pain fabriqué avec ce blé, pour lui prouver qu'il n'était pas mangeable. Quoique les plaintes de Frodobertus ne fussent accom})agnées d'aucime parole offensante, Importunus en fut vivement piqué. Au lieu de justilier sa conduite, il lui répond qu'il ne veut avoir aucun démêlé avec lui ni avec ses pareils. II lui reproche d'avoir fait enlever la temme unique de Crimoalde, maire du palais de Sigebert, de l'avoir fait transférer dans un monastère de Touraine, où il vivait avec elle dans un commerce scandaleux. L'évêque de Paris, dans une autre missive, accable Frodobertus des injures les plus violentes, les plus grossières : « 11 ne croit, dit-il, ni à Dieu, ni à son Fils, ni aux saints; il est dominé par le diable. Il a toujours fait du mal. Tes pèi'e et mère, ajoute-t-il, n'avaient aucun respect pour l(» Christ, puisqu'ils t'ont toi-même engendré dans un monastère Rappelleloi les ini(piilés (pie tu as commises contre le maire du palais Grimoalde, - contre sa femme, ipie tu lui as enlevée... Tu lui as ravi son or, son argent, ' son honneur. > Il lui parle ensuite de ses amours avec une jeune fille, le traite de fornicateur, et lui donne \in conseil, que sans doute l'évêque de Tours n'aura pas suivi, celui de se soumettre à une certaine opération, seule capable de de meUre tin à son libertinage {/)rr omn/a jxtbc to castrare^ ul jwn perças per

hil/'ii .

sors LA PhKMiiJu: nACi:. :,:t

Agilbertus sucmla, mms l'an (>(>*), à rcvtViiu' linportimus. Avant d'eMre élevé au siégodo Paris, AjiillnM'dis avail, fUMuiant (iiuMiiiics aniuVs, ivmpli les fonctions (révt^(iin' (Ml Irlande. Si, dans ce pays étraniiei', il accpiil cpieUpies connaissances dans la rrlifjion crrlcsidsliqur , il n'y puisa poini de préce|)le de morale; on en juiïcra par le (rail suivani : Khroin, maire du ])alais, apiès la Imiaille de Lalau, poiu'suivil son ennemi, le duc Marliu, (pii se rélnj^ia dans la forteresse de Laon. Khroin, ci'aiunant de pei'dre trop de lemps au sié^e de cette place, résolut d'employer un moyeu plus expéditil". Il députa auprès du duc Martin, deux évt^cpies, Aiiilhertus de Paris, et Hégulusde lleims, cpii, au nom de leur maître, promirent la vie à ce duc, s'il consentait à rendre la place, et corroborèrent cette promesse par un sermeid solennellement [)i()noncé sur un reliquaire. (]e serment, prêté par deux piélats sur un objet sacré, détermina le duc Martin; il rendit la place. Mais à peine en l'ut-il dehors, (ju'il se vit assailli par les gens d'Ébroin, cpii, violant la loi jurée, le saisirent et le poignardèrent.

Les autres évèquesdes derniers temps de la première race, mentionnés dans les catalogues ou dans les Chartres, aie le sont pas dans l'iiistoire.

Il convient, pour complétei' le tableau moral de cette ])ériode, de rassembler un petit nombre de traits propres à caractériser les mœurs de la noblesse, de ces hommes i)rivilégiés connus sous le nom de Icndes, (lonipsliqnes.ducs, comtes, etc. Cette classe aristocratique se composait ordinairement de Francs et de Romains.

Les leudes, Francs d'origine, ne remplirent d'abord que des fonctions militaires; ce fut parmi les Romains un peu lettrés que les rois choisirent des réfélendaires, des percepteurs d'impositions, et des comtes chargés de rendre la justice, (les deux classes, d'abord distinctes sous le rapport des mœurs, se confondirent bientôt. Les habitudes des Francs, fortifiées par le pouvoir, prévalurent sur celles des Romains asservis. Ces derniers se laissèrent entraîner par le torrent de la barbai'ie; cependant il se conserva encore des nuances diverses entre les mœurs des uns et celles des autres.

Pour qu'on puisse juger de la fidélité et de la probité des nobles de la première race, je donne ici la relation d'un voyage contenant des traits propres à les faire juger.

En l'an .584, le mariage de Rigonthe, tille de Chilpéric et de Frédégonde, avec Récaréde, prince des Goths, fut conclu. Chilpéric se rend à Paris, y convoque ses leudes ou fidèles, et fait célébrer le mariage. Par ses ordres, on arrache de leur foyer un grand nombre de familles parisiennes, pour, comme je l'ai dit, servir à la pompe du cortège de sa (ille. Tous les apprêts sont faits. (Chilpéric avait dorme à Rigonthe des ti'ésoi's immenses. Frédégonde, plus libérale encore, renchérit sur la générosité de sou mari, en ajoutant à ces dons une quantité étonnante d'or, d'argent, de bijoux et de vêtements précieux. Chilpéric et ses leudes, témoins de ces dons, semblèrent s'étonner de ce prodigieux amas de richesses. Frédégonde prévint leurs reproches, en leur disant qu'elles ne provenaient point du trésor des anciens rois, mais qu'elles résultaient de son économie, de la boime administration de ses biens, qu'elles étaient le fruit de ses épargnes et des présents qu'elle avait reçus de son époux. Cin-

54 HISTOJr.K DE PAHIS

qualité voitures suffirent à peine pour charrier le riche bagage de la princesse Uigonthe. Son cortège se composait de plus de quatre mille hommes armés, à I)ied ou à cheval. Les ducs Domégisellus, Ansoalde, Bladaste, le maire du palais Wadon, étaient spécialement chargés de commander la brillante escorte, et de veiller à la sûreté de la princesse et de ses trésors. Le cortège, formé dans la Cité de Paris, se met en maiche; mais, en sortant par la porte méridionale de cette ville, l'essieu d'une des voitures se rompt. Les assistants, effrayés par cet accident, en tirent un funeste présage, et s'écrient ; 0 malheur [mala hora ) !

Knfin le cortège quitte Paris. Après avoir parcouru un espace d'environ huit mille (trois lieues;, il s'arrête; on dresse des tentes pour y passer la nuit. Ici commencent les malheurs du voyage de Rigonthe. Pendant cette nuit, cin- (juante hommes de l'escorte se lèvent, s'emparent de cent des meilleurs chevaux, de leurs freins d'or, de deux grandes chaînes de ce précieux métal, et fuient avec ce butin dans les États du roi Childebert. Pendant tout le reste de la route, les richesse^s de Rigonthe devinrent successivement la proie des personnes chargées de les protéger; mais cette princesse ne fut pas la seule victime de l'avidité de sa garde. Chilpéric avait sévèrement recommandé de ne prendre pour la nourriture des hommes et des chevaux de l'escorte aucune denrée, aucune chose dans les terres de son fisc ; de sorte que les personnes et les bêtes devaient être alimentées par des exactions ou par le pillage. Aussi les villes et les campagnes qui se trouvaient sur le passage furent-elles mises à contribution et horriblement dévastées. « Pendant toute la route, dit Grégoire de Tours, ceux qui com- » posaient le cortège se livrèrent à tant de pillages, s'enrichirent de tant de >' butin, qu'il serait impossible d'en rendre compte. Les moindres chaumières » des pauvres ne purent échapper à la rapacité de ces brigands; ils détruisaient » les vignes, en coupant les ceps pour avoir le fruit; ils enlevaient les bestiaux : >' tout fut ruiné sur leur passage, où ils ne laissèrent rien à prendre... Ce dé- » sastre eut lieu dans un temps où la gelée et une rigoureuse sécheresse avaient » emporté la récolte; et ce qu'avait épargné ce double fléau fut entièrement » enlevé. » (Cependant la princesse continuait sa route, et son cortège, qui ruinait toutes les campagnes, la ruinait aussi; car, à chaque station, il la dépouillait de <pielques parties de ses trésors. Arrivée à Poitiers, elle se vit abandonnée par ])lusieurs ducs de son escorte : ceux qui restèrent autour d'elle raccompagnèrent comme ils purent jusqu'à Toulouse où l'attendaient de nouveaux malheurs. Klle reçut en chemin la nouvelle de la mort du roi son père, de Chilpéric, assassiné par les ordres de Frédégonde. Arrivée à Toulouse, on lui conseilla d'y séjourner pour laisser reposer son escorte fatiguée, et pour réparer les vêlements et les voitures : elle y consentit. Pendant qu'elle séjournait dans cette ville, on y vit arriver le duc Desidérius, qui, à la tête d'une troupe armée, vint, sans autre formalité, s'emparer de ce qui restait des trésors de nigoulhe. Il lit transférer ces richesses dans un lieu fort, et les confia à la garde dhornmes ipii lui étaient dévoués. Les chefs du cortège, ces nobles francs, charges de pioléger la piincesse et ses trésors, n'opposèrent aucune résistance à i'altental de Desidérius; (|uel(iues-uns même, tels que le duc Bladaste et le

sous LA i»iu:mii:kk kack. 55

maire »Iii palais Wallon, s'uniriMit au s|)()liateiir, cl devinrenl sans houle ses eompliees. lîijioiilhe, délaissée, liahie, dépouillée, lui forcée de resler à Toulouse, cl de reuoucer à son mariage. (Ictlc princesse, i|ui, (juchpies jours avant, possédait encore des richesses siu'ahondanles, se trouva dans un tel étal de dénùinent, (lu'elle put à peine se procurer les aliments nécessaires à sa i)ropre existence. Sa vie m(Miie l'ut menacée, et, poui" la mettre en sûreté, elle tut réduile à se réfugier dans l'asile de Sainte-Mai'ie de Toulouse, d'où, abreuvée (rhuniilialions et d'outrages, elle ne l'ut retirée ([ue Tannée suivante. Tels étaient le respect des nobles francs [)oui' les ordres de leur roi, leur (idélité, leur exactitude à remplii' leurs engagements.

Revenons à Paris, où Krédégonde, après avoir fait assassinei* le roi son époux, craignant d'cMre [)0ursuivie, avait profité de ses liaisons avec Hagnemode, évtViue de cette ville, pour se réfugier dans l'asile de son église. Là se rendirent bientôt quelcpies zélés domesticiues de Higonlhe, échappés au danger; ils étaient accourus pour annoncer à Frédégonde les malheurs et la pénible situation de sa tille. L'un d'eux, nommé Léonard, dit à cette reine : J'ai (icco)npa(/néy par vos ordres, f^otre fille R/f/onf/w; J'ai vu ccnnrnenl on Va, outragée, eomment on l'a dépouillée de ses trésors et de ses biens; je me suis évadé pour venir vous en informer. A ces mots, la reine entre en fureur; elle veut vengei' snr des domestiques fidèles l'inlidélité et la pertidie des ducs. Par ses ordres, on arrache à ce domestique le baudrier que son époux (^hilpéric lui avait donné; ou le dépouille de tous ses vêtements, et on le chasse en cet état. Les boulangers, les cuisiniers et autres, (jui avaient pris le même parti, le seid qu'ils devaient prendre, furent encore plus iidiumainement traités. Frédégonde les fit dépouiller tout nus, frapper de vei'ges, leur fit couper les mains, et les chassa.

Ces actes d'iniquité et de fureur s'exécutaient dans l'asile de l'église de Paris, dans un lieu où l'évèque P»agnemode commandait en souverain ; il ne s'y opposa point.

Toujours, dans ces temps de barbarie et de malheurs, les nobles francs, lorsqu'ils ont pu le faire impunément, se sont montrés infidèles à leurs rois; jamais, lorsque l'occasion leur a paru favorable, ils n'ont hésité à les renverser du trône et même à leur ôter la vie. Je ne parle |)oint des régicides commis par des rois et par des reines de la nation des Francs; le récit en serait trop long. Quant aux mœurs de la classe inférieure, l'histoire ne nous en a laissé que de faibles notions : elle nous montre le peuple crédule et superstitieux à l'excès, opprimé, avili, et sans cesse outragé, pillé par ses maîtres. II intéresse par ses malheurs : on ignore s'il est recommandal)le par ses vertus.

L*o|)inion i)ubli(iue était entièrement pervertie; on n'avait que des idées fausses sur le juste et l'injuste. La barbarie des Francs, la coupable condescendance des évèques, produisirent, entre le sacré et le profane, entre les crimes et la religion chrétienne, un amalgame monstrueux. Cette religion, détachée de sa morale, fut réduite aux pratiques, à une espèce de magisme. Les rois, les reines, les ducs, ainsi que le peui)le, croyaient aux divinations, aux sorts, aux présages, aux prodiges ; ne voyaient dans les pratiques et cérémonies religieuses qu'une vertu occulte, talismanicpie, (jui écartait les maléfices, et pro-

curaient la fortune et le succès. Ils étaient persuadés que les saints cédaient aveuglément aux prières injustes des hommes, /^t même qu'ils favorisaient leurs crimes. Pour connaître leurs fulin-es destinées, les ducs et autres nobles consultaient les pyfhonisses, les sorciers. J.es plus religieux d'entre eux faisaient servir les livres saints à ces divinations magiques. Crêgoire nous apprend avec satisfaction que Mérovée, fils de Chilpéiic, n'ajoutait aucune foi aux oracles des pyfhonissrs, mais (pril croyait beaucoup à ceux que présentait l'ouverture fortuite des livi'es saints. - Il plaça trois volumes, le Psautier, le Livre des Rois et >) celui des Évangiles, sur le tombeau de saint Martin ; passa trois jours et trois V nuits en jeûnes, en veilles et en oraisons. » Mais l'ouverture de ces livres ne lui otfrit rien de satisfaisant. Ce prince voulait obliger Dieu à s'expliquer sur le sort qui lui était réservé; il voulait savoir s'il monterait sur le trône ou s'il en serait déchu. Cette prati(iue magique, ([n'approuve Grégoire de Tours, fut, dans la suite, condamnée par divers conciles.

Le respect pour les personnes et les propriétés, la bonne foi, la sincérité et l'accomplissement des piomess'-s, la religion du serment, enfin tous les devoirs moraux et civils, étaient méconnus et méi)risés : on portait même ce mépris jusqu'à faire publi(piement l'éloge des crimes.

Cet état de dégradation pénétra i)artout , et s'accrut aux dépens d'un reste de civilisation cpii s'évanouissait. L'immoralité publique se fortifiait; les tromperies des écrivains ecclésiastiques dans la composition des légendes devenaient chaque jour plus nombreuses et plus graves. C'est ce qu'ont remarqué les Bénédictins, auteurs de YMisinire Uttérairr dr France : le mal augmentait à mesure qu'il s'éloignait de sa souice.

Les lettres restaient sans culture; les écoles publiques, à l'exception de quelques écoles épisco[)ales, étaient désertées. La (iaule, aux quatrième et cinquième siècles, se glorifiait encore des Kutrope, Ausone, Pallade, Ambroise, Sulpice-Sévère, Paulin, Victor, Marcellus, Salvien, Sidoine Apollinaire, etc. Les Francs paraissent, établissent leur affreuse domination, et toutes les lumières s'éteignent. A peine en reste-t-il quelques faibles lueurs pour éclairer l'étendue et les progrès de ce désastre.

L'évoque Avitus déclare, au sixième siècle, qu'il renonce à la poésie. « Bientôt, dit-il, il ne se trouvera plus personne capable d'entendre ce genre de composi- >' lion. " — L'évèque Grégoire de Tours, (jui écrivait environ soixante ans après Avitus, prouve, par le grand nombre de ses fautes grammaticales, par son extrême crédulité, par la fausseté de son jugement, ainsi que pai* son propre témoignage, la dégradation progressive de la raison humaine et de la littérature. « Dans les villes de la Caule, dit-il, on ne cultive plus les lettres ni les arts >' libéraux, toutes les sciences, tous les genres d'instruction déclinent etdé- " périssent... Le malheureux temps que celui où nous vivons! L'amour pour Lé- -' Inde s'éteint de plus en plus; bientôt il n'existera plus d'hommes qui puissent " transmettre à la postérité les événements les plus mémorables. »

- Le inonde vieillit, dit Lrédégaire dans le prologue de sa Chronique; il >. n'exisle plus d'écrivain capable d'ap|)rocher du talent des anciens orateurs. »

Les auteurs de V Histoire lUlcraire de France, savants explorateurs de tous les

sous LA SKCONDi: IIACK. 57

ôcrils ot monuineiits historiques tlocoUc dénlorablc épocjue, |)arlcnt ainsi des téiièl)res é[)aisses qui euvaiiireiil la (Jaule loiscjue les Iraiics dominèrenl sur ses liahilanls : u On lie voyait, disent-ils, aucun vestige des sciences et des heaux- • arts. Les ecclésiasliiiues et les moines y étaient les seuls qui à peine savaient ' lire et écrire, ignorants dans tout le reste. » Le mal lit encore de nouveaux progrès; il faut voii* le lahleau cpien ont tracé ces écrivains dans leur état des lettres aux sixième et septième siècles. < La négligence et le mé[)ris [)oui' la

littérature turent encore portés plus loin, disent-ils en parlant de ce dernier

siècle : on les poussa jusqu'à ne pi'esque rien écrire pour la postérité, de ce » qui se passait déplus mémorable dans l'Kglise et dans l'État. >' Cependant je dois rapporter les moindres traits (pii peuvent cai'actériser ces règnes, et diminuer le dégoût (pi'ils inspirent. Clovis voulut avoir près de lui un musicien, et en lit demander un à Théodoric, roi d'Italie. Ce dernier, dans la lettre qu'il adresse au roi des Francs, lui dit : « Nous jous envoyons le joueur de harpe que " vous avez demandé; habile dans son art, par sa voix et les sons de l'instrument " dont il l'accompagne il pourra charmer votre glorieuse puissance. Nous espé- » rons qu'il vous sera agréable, parce que vous avez fortement désiré qu'il vous

tut envoyé. » Ce désir de Clovis prouve qu'à sa cour il n'existait point de musicien, puisqu'il en demandait un au roi d'Italie; on ne voit pas que la musique ait fait des progrès dans la (iaule sous ses successeurs. On ne connaissait guère à cette époque i[ue les chants d'église; on ne savait cpie [)salmodier.

Les témoignages de la dégradation universelle sont bien plus nombreux; mais c'en est assez pour prouver que la barbarie des Francs amena dans la Gaule le mépris des lettres, l'ignorance et la féodalité; en fit disparaître l'ordre, la justice et la raison; dénatura la religion, déprava les mœurs, engourdit les facultés intellectuelles, dessécha les âmes, étouffa tout sentiment généreux, fit régner les passions abjectes, telles que la cupidité, la perfidie; des passions odieuses, telles que la vengeance et la férocité; enfin, c'en est assez pour prouver que la barbarie des Francs parvint à rabaisser l'homme souvent au niveau et quelquefois au-dessous de la condition des bétes.

Sous la seconde race, on sentit le mal ; on s'efforça de le réparer. On verra, dans la période suivante, quels furent les effets et la durée de ces tentatives louables.

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