‹ Histoire de Paris et de ses monumentsChapitre 23 sur 96 · J54 HISTOIRE DE PARIS · texte numérisé non relu

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sauvé d'une mort certaine. Le légat sortit promptement de la ville, et, en partant, lança son excommunication contre tous les écoliers.

Dans le même temps il se manifesta à Paris et ailleurs une secte presque entièrement composée de prêtres; ils niaient, disait-on, la présence réelle, croyaient inutiles la plupart des cérémonies de l'Église, et ridicule le culte rendu aux saints et aux reliques. Les partisans de cette secte entraînèrent beaucoup de femmes, et les induisirent à la fornication, en leur persuadant que tout ce qu'on faisait par charité n'était point péché. Un ecclésiastique, nommé Amauri, était le chef de cette secte. 11 exposa sa doctrine au pape qui la condamna. Amauri en mourut, dit-on, de chagrin, et fut enterré dans le cimetière de SaintiMartin-des-Champs. Il laissa des disciples, presque tous ecclésiastiques ou professeurs de rtlniversité de Paris. Ils furent arrêtés et conduits dans la place des Champeaux; des évêques, des docteurs en théologie les dégradèrent et les condamnèrent à être brûlés vifs en 1210. Quatorze de ces malheureux subirent cet affreux supplice, et le subirent avec courage. Les évêques et docteurs, assemblés en concile pour prononcer ce jugement, condamnèrent aussi au feu deux livres tVArlstote sur la métaphysique, et détendirent à toutes persormes de les transcrire, de les lire ou de retenir dans leur mémoire leur contenu, sous peine d'excommunication.

En 1212 il se tint un autre concile à Paris, dont les articles peignent les mœurs du clergé de cette époque. On y dél'endit aux })rêtres de se charger d'un plus grand nombre de messes qu'ils n'en pouvaient célébrer ; de commettre d'autres ecclésiastiques pour les dire à un prix inférieur; de partager une seule messe en deux, en trois et même quatre parties, ce qui s'appelait missw bifaciatœ, irijaclaiœ, quadrifaciaUr ; de sorte qu'en disant wne seule messe, le prêtre recevait le prix de deux, de trois, même de quatre. Ce concile défend à ceux qui n'ont point de bénéfices d'exiger, pour remplir la profession d'avocat, des salaires excessifs; aux moines quêteurs, de faire des sermons; aux curés, de prendre à ferme d'autres cures, ou de donner les leurs en fermes; et à tous ecclésiastiques, d'exiger des legs par testament. Il est aussi défendu aux moines de porter des gants blancs, des bonnets de coton, des fourrures et des étoires précieuses, et de sortir de leur couvent pour aller aux écoles. Il est ordonné aux chefs des monastères d'en faire murer U\s petites portes. On voit aussi, parles articles de ce concile, que les abbés allermaient leur ])rév(Mé, c'est-à-dire la faculté d'administrer les sujets, à des prêtres qui percevaient sur le peuple des contributions féodales; q\n\ les moines qui alTermaient ces prévotés en abusaient. « Lorsqu'ils y font des profits, porte ce concile, ils s'en servent pour vivre dans » la débauche; ei si le prix de la ferme est trop fort , ils emploient toute sorte de » voies pour entier les recettes. « Aux religieuses, il est défendu d'avoir auprès d'elles des clercs et des serviteurs suspects. Elles ne doivent point être seules lorsque leurs parents les visitent, et ne peuvent sortir, pour les aller voir, (pracconq)agnées de personnes discrètes et avec la permission de leur supérieure. Il leur est aussi défendu de danser dans le cloître ni ailleurs. Les abbesses exigeaient des religieuses ([u'elles ne se confesseraieni point à dauties

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qu'à Unirs chapelains, rraij;nanl (iiio leurs péchés iic viusscMità la connaissance lies prêtres verlueux; c'est pourcpioi on enjoint aux évécpics de leur choisir des confesseurs. Ce concile recommande aux prélats d'être modestes dans leurs habits, de ne ])oint proférer de jurements terribles et honteux; il leur reproche d'entendre matines dans leur lit, de se livrer au jeu et à la chasse. On y voit que parmi les personnes attachées au service des évoques et des abbés, étaient un chambellan, un bouleiller, un panetier, un sénéchal ou maître d'hôtel. On défend à ces olliciers d'abuser de la coutume en se pejinettanl des exactions tyranniques, et aux prélats d'avoir à leur suite des fous pour les faire rire. Les évèques étaient tenus de faire, de temps en temps, des visites dans les églises de leur diocèse; ils ne le faisaient point, et en exemptaient les prieurs et curés, moyennant une rétribution qu'ils exigeaient d'eux. Le concile leur défend de recevoir de l'argent pour cet objet, et de se faire ï)ayer leur négligence à remplir leur devoir, ou leur tolérance pour les abus. Les canons de l'Église ne permettaient pas qu'on enterrât les excommuniés dans les cimetières; mais les évèques transgressaient cette loi pour de l'argent; c'est ce que le concile leur défend. Le mariage était interdit aux prêtres; mais les évèques leur permettaient, en payant, d'avoir des concubines : c'est encore ce qui leur est défendu par ce concile. On y prohibe Va fêta des tous; ])rohibition qui prouve que, quoique défendue, cette fête était encore en vigueur. Ces articles, et plusieurs autres que j'omets, attestent l'existence des nombreux et graves abus qui avilissaient le clergé, abus que ce concile ne parvint point à détruire; car, à cette époque, les décrets des conciles restaient sans exécution.

Philippe-Auguste, pour la sûreté de sa vie, menacée, dit-on, par les assassins du Vieux de la Montagne, ou plutôt menacée par une troupe déjeunes gens que Richard, roi d'Angleterre, faisait élever dans l'art de braver la mort en assassinant tous ceux que ce roi leur désignait, s'entoura d'hommes courageux propres à défendre sa personne : ces hommes furent nommés /é^.s ribauds. Ils étaient armés de massues : ils veillaient jour et nuit auprès de la personne du roi; et, au premier signal, ils assommaient les gens. Leur chef, qui [)ortait le titre de roi des rihauds, avait divers emplois et prérogatives; il conduisait ses ribauds à la guerre lorsque le roi s'y trouvait. A Paris, il se tenait à la porte du palais, et n'y laissait entrer que ceux qui en avaient le droit : il jugeait des crimes commis dans l'enceinte du séjour du roi, et, pour l'ordinaire, il mettait ses propres jugements à exécution. Dans la suite son emploi se borna à celui de bourreau : il exécutait les sentences du prévôt du palais. Philippe lil, dit le Hardi, dans une oj'donuance donnée à Vincennes le 2:i février 1 280, lixe le traitement du roi des ribauds à six deniers pour gages et une provende, et quarante sous pour robe et un valet à gages, lue autre ordonnance du même roi porte « que le '- roy des ribauds aura sa livraison et treize deniers de gages, et ne mangera é' point à court et ne vendra viendra) en salle s'il n'est mandé. » Voici ce qu'on trouve dans la Soiinnc rurale sur les attributions de ce roi. L'auteur, après avoir dit que le prév(')t doit juger de tous les délits qui se commettent dans le camp du roi, ajoute : « Lt le roi des ribauds en a l'exécution, et s'il advenoit • <iue aucun forface, (pii soit mis à exécution criminelle; le prévôt, de son

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» droit, a l'or et l'argent de ia ceinture du malfaiteur, et les maréchaux ont le » cheval et les harnois et tous autres hostils, se il y sont; réservé les draps et » les habits quels qu'ils soient dont ils soient vêtus, qui sont au roi des ribauds » qui en fait l'exécution. Le roi des ribcmds, si se fait, toutes fois que le roi va » en ost ou en chevauchée, appeler Vexécuteur des sentences et commandements » des maréchaux et de leurs prévôts. Le roi des ribauds a, de son droit, à cause de * » son office, connaissance sur tous jeux de dez, berlens et d'autres qu'ils se » font en ost et chevauchée du roi ; itein sur tous les logis des bourdeaux et des » femmes bourdelières, doit avoir deux sols la semaine; item à l'exécution des » crimes, de son droit, les vestements des exécutés par justice criminelle. » Du Tillet ajoute aux prérogatives de ce roi celle-ci : Les filles publiques qui suivaient la cour étaient tenues de faire, pendant tout le mois de mai, le lit du roi des ribauds. Enfin il percevait, suivant Ducange, une contribution de cinq sous sur toutes les femmes adultères. On voit comment alors était 'composée une partie de la cour des rois de France. On trouve, dans les comptes publiés par Sauvai, qu'il existait encore un roi des ribauds au milieu du quinzième siècle. Ainsi cette royauté, avec son ignominie, s'est maintenue longtemps.

La prostitution n'emportait point note d'infamie. On voit qu'elle était une profession reconnue, autorisée, et soumise à des règles. Les filles publiques qui suivaient la cour, comme on vient de le voir, sous la dépendance du roi des ribauds, étaient qualifiées de prostituées royales. Sauvai dit que les filles pubUques formaient une corporation qui avait ses règlements; qu'elles célébraient la fête de sainte Madeleine, leur patronne; qu'elles avaient leurs coutumes ou privilèges, même avant que saint Louis les eût obligées à porter certains habits qui devaient les distinguer des honnêtes femmes. Elles avaient des lieux destinés à l'exercice de leur métier : la rue de Glatigni dans la Cité , appelée le Val-d' Amour, à cause des femmes débauchées qui l'habitaient ; la rue d'Arras, autrefois nommée rue des Murs, parce qu'elle avoisinait le mur d'enceinte de Philippe-Auguste; le Champ-Gallard, les vues Brise-Miche, du Champ- Fleuri, du Grand-Huleu, du Petit-Huleu, étaient, pendant cette période, affectées à la débauche publique. Dans la suite, les prostituées occupèrent un plus grand nombre de rues, et furent dispersées dans tous les quartiers.

Pour la première fois, en U87, l'histoire fait mention d'une fête ou réjouissance publique, célébrée à l'occasion de la naissance d'un fils de Philippe-Au- ?:uste : ces réjouissances durèrent pendant sept jours; des flambeaux de cire illuminaient les rues de Paris et répandaient une clarté qui, suivant le louangeur Higord, surpassait celle du jour. Ce jeune prince, objet d'une fête aussi rare, fut, en 1191, attaqué d'une dyssenterie violente qui fit désespérer de sa vie. La science des médecins était impuissante; on eut recours à des processions que les païens nommaient nudipedalia. Les moines de Saint-Denis partirent de leur abbay(^, munis de leurs précieuses reliques, du bras de saint Siméony du saint clou de notre Seigneur, et de la sainte couronne d'épines. Les moines, arrivés à l'église Saint-Lazare, y trouvèrent l'évèque de Paris avec son clergé et celui de toutes les églises paroissiales de cette ville. De là, tous, les j)ieds nus, suivis d'un immense cortège de Parisiens et d'écoliers, ils partirent et cheminèrent vers i'ile

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de la Cité de Paris. La procession arriva au palais où gisait le prince malade. On lui fit successivement baiser toutes les reliques, et on les lui api)liqua sur les parties de son corps où il ressentait de la douleur. La cérémonie terminée, chacun se retira; et des écrivains du temps assurent que, dès ce moment, on jugea que la maladie du jeune prince n'aurait point de suites fâcheuses. Tels étaient les moyens curatifs de cette époque : les reliques étaient le grand spécifique.

Si l'on en excepte quelques jongleurs, baladins, trouverez, inênétriers ambulants, qui chantaient ou récitaient leurs poésies ou celles des autres, il n'y avait point de spectacles à Paris. Philippe-Auguste n'aimait ni leurs chants ni leurs contes; il blâmait les seigneurs qui les accueillaient et leur faisaient présent d'habits précieux : il prit le parti de donner ses vieux vêtements aux pauvres, et disait que « celui qui donne aux ménétriers fait un sacrilège ( sacrifice ) au diable. Les lettres et les arts firent, sous le règne de Philippe-Auguste, quelques progrès qui en amenèrent d'autres; mais on apprit plus à parler qu'à penser, et les coutumes de la barbarie se maintinrent.

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