‹ Histoire de Paris et de ses monumentsChapitre 29 sur 96 · DE PHILIPPE IV A CHAULES V · texte numérisé non relu

DE PHILIPPE IV A CHAULES V

sa luxure elTrénéo, do los faire jeter du haut de la tour de Nesle dans la Seine. Voici ce que dit Urantùme : « Elle se tenoit à l'hôtel de Nesle à Paris, laquelle, >» faisant le p;uet aux passants, et ceux qui lui revenoient et agréoient le plus, de w cpielque sorte de gens que ce fussent, les faisoit appeler et venir à soy, et, » après en avoir tiré ce qu'elle en vouloit, les faisoit précipiter du haut de la w tour qui paraît encore, en bas, en l'eau, et les faisoit noyer. Je ne veux pas » dire que cela soit vrai; mais le vulgaire, au moins la plupart de Paris, l'af- « firme; et n'y a si commun qu'en lui montrant la tour seulement et en l'in- V' terrogeant, que de lui-mesme ne le die. « Le poète Jean Second, dans une pièce de vers qu'il a composée sur l'hôtel de Nesle, appuie l'assertion de Brantôme. Villon, qui écrivait ses vers au quinzième siècle, dans un temps plus rapproché de l'événement, ajoute son témoignage, donne quelques détails nouveaux, et nous apprend que les malheureuses victimes de la débauche et de la cruauté de cette princesse étaient renfermées dans un sac, puis jetées à la rivière. Buridan, qui devint célèbre dans les écoles de Paris, au quatorzième siècle, échappa au piège on ne sait comment. L'historien Gaguin ne conteste pas le fait, il le confirme et le développe; mais il se plaint avec raison de ce qu'on l'attribue à Jeanne de Navarre, qui ne vivait pas du temps de Buridan. La reine coupable de tels excès était plutôt Jeanne de Bourgogne, déjà décriée par ses débauches, contemporaine de Buridan, et qui, pendant les huit années de son veuvage, séjourna à l'hôtel de Nesle.

Dans la période précédente, il s'était établi à Paris neuf collèges, et, dans celle qui nous occupe, on en fonda trente autres. L'esprit public se prononçait clairement en faveur des institutions enseignantes et faisait espérer mieux. Mais ces collèges, qu'il ne faut pas assimiler à ceux des dix-septième et dix-huitième siècles, ofTraient encore de faibles moyens; ils se composaient chacun d'un principal, de quelques maîtres dominant, enseignant, flagellant dix ou douze pauvres écoliers qui n'avaient pour subsister que trois ou quatre sous par semaine, et qui se trouvaient souvent obhgés de demander l'aumône, ou de remplir quelques services avilissants dans les églises, ou chez des particuliers. On pourra juger, d'après le fait suivant, de l'état physique des écoles de Paris pendant cette période. La faculté des arts faisait ses cours dans la rue du Fouarre. L'Université se plaignit, en 1358, au régent Charles V, de ce que cette rue était chaque nuit encombrée d'immondices et d'ordures fétides apportées par des hommes malfaisants; que de plus on enfonçait les portes de l'école, qu'on y introduisait des filles publiques, des femmes malpropres, qui y passaient la nuit, et souillaient de leurs excréments les lieux où se plaçaient les écoliers ainsi que la chaire du professeur. Sur cette plainte, le régent ordonna qu'il serait établi deux portes aux extrémités de la rue du Fouarre, nommée alors du Feurre, et que ces portes seraient fermées pendant la nuit. Le besoin de se préserver des brigandages que les écoliers et autres personnes commettaient dans Paris, fit adopter cette précaution par les habitants de plusieurs autres ruei< : celles des Deux-Portes , située entre les rues de la Harpe et de Hautefeuille , des deux-Portes-Saint-Jean, des Deux-Portes-Saint-Sauveur, etc., ainsi que la rue des Trois-Portes, place Maubert, etc., doivent leurs noms à une pareille précaution,

Le Pré-aux-Clers fut encore le théâtre des désordres des étudiants. Un large canal, appelé la Petite-Seine^ qui s'étendait depuis la rivière jusqu'au bas de la rue Saint-Renoît, abondait en poissons; les écoliers venaient y pêcher. L'abbé de Saint-Germain, après avoir souffert longtemps cette atteinte à ses droits, envoya ses gens contre eux; ils résistèrent; combat sanglant. L'Université porte ses plaintes au pape, l'abbé de Saint-Germain, plus régulier dans sa procédure, demande justice au roi. Chaque partie eut son tribunal et son jugement. C'était bien le moyen de n'obtenir aucun résultat; ce ne fut, en effet, que vingt-sept ans après, en 1345, que l'Université et l'abbé de Saint-Germaindes-Prés parvinrent à s'accorder.

Leelergé Parisien, du reste, se montrait aussi déréglé dans sa conduite que l'étaient les membres de l'Université. Ainsi, les curés de Paris ne permettaient pas aux nouveaux mariés de consommer le mariage avant la bénédiction du lit nuptial, bénédiction qu'il fallait toujours payer. Ils exigeaient encore des mariés une exaction appelée plat de noces. Les chanoines de Notre-Dame, les abbés de Sainte-Geneviève, le doyen de Saint-Germain-l'Auxerrois et les abbés de Saint-Germain-des-Prés percevaient par eux-mêmes ou par leurs subordonnés cette exaction sur leurs paroissiens.

Tous les curés de Paris refusaient d'enterrer un homme qui , avant de mourir, n'avait point fait, par son testament, un legs au clergé. Ceux qui meurent, n'ont pas tous le temps de tester : alors les héritiers, pour que la sépulture chrétienne ne fût pas refusée au défunt, sollicitaient comme une grâce la faculté d'être admis à tester à sa place : ce qui , comme on le pense bien, n'était jamais refuse. S'il arrivait que quelque prêtre eût la générosité d'enterrer un mort qui n'avait pas testé en faveur du clergé, il était cité devant l'olficial, qui le punissait de son désintéressement, comme d'une infraction aux lois de l'Église. — Les évêques de Paris exigeaient des héritiers de toutes les personnes mortes dans ce diocèse, le dépôt de leurs testaments, pour s'assurer s'il n'y existait pas quelque contravention , si quelques morts n'avaient pas fraudé les droits, — Quoiqu'à la plupart des cures fussent attachés des revenus en fonds de terre, ceux qui les desservaient ne laissaient pas d'exiger de leurs paroissiens le prix de tous les actes, cérémonies, sacrements prescrits par l'Église, et de beaucoup d'autres qu'elle ne prescrivait pas: tels que les baptêmes, la communion, la confession, les pénitences, les messes, les tiançailles, les mariages, Textrême-onction , les enterrements; puis, dans le cours de la vie, on payait encore les offrandes à la messe, les offrandes des premiers fruits, les offrandes des premiers-nés des animaux domestiques et les dîmes ; la bénédiction du lit nuptial et celle des nouveaux mariés, le lendemain de leurs noces; la bénédiction des champs, des jardins, des puits, des fontaines, des maisons nouvellement construites; la bénédiction de la besace du voyageur; la bénédiction des raisins, des fèves; la bénédiction des cuves, des agneaux, du fromage, du lait, du miel; la bénédiction des bestiaux en temps de peste; la bénédiction du sel que l'on donne aux troupeaux; la bénédiction des armes, des épées, des poignards, des drapeaux; la bénédiction de l'amour, ou la bénédiction du vin que le prêtre faisait boire à deux amants.

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