‹ Histoire de Paris et de ses monumentsChapitre 30 sur 96 · K PHILIPPE IV A CHARLES V · texte numérisé non relu

K PHILIPPE IV A CHARLES V

On a vu dans le récit des orages politiques qui se manifestèrent à Paris pendant la prison du roi Jean, que l'usage du couvre-feu était établi dans cette ville. Cette loi gênante, qui assujettissait les Parisiens à des règles à peu près monastiques, fut sans doute établie pour prévenir de grands désordres. A huit heures du soir, en toute saison , au son de la cloche de Notre-Dame, tous les feux, toutes les lumières devaient s'éteindre. Sauvai ajoute, d'après le Livre- Vert (lu Chàtelet, qu'au son de la même cloche , toutes les femmes publiques étaient tenues de sortir des lieux aiîectés à leurs débauches.

Une pièce de vers, intitulée les Crieries de PariSy composée par Cuillaume de la Ville-Neuve, contient, sur les mœurs et usages des habitants, des traits dignes d'être recueillis. Chaque jour, depuis le matin jusqu'au soir, des crieurs parcouraient les rues de Paris, dit notre auteur, et ne cessaient de braire. De grand matin on entendait ceux qui venaient inviter les Parisiens à se baigner; ils annonçaient que le bain était chaud, qu'il fallait se hâter. Quelques personnes étaient-elles décédées, un homme, vêtu de noir, armé de sa sonnette, faisait retentir les rues de ses sons lugubres, et disait : Priez Dieu pour les trépassés. Quelquefois on criait le ban du roi : c'était un ordre donné aux Parisiens de se préparer à marcher à la guerre. Les crieurs de comestibles, volailles, légumes , fruits , étaient les plus nombreux. Parmi les poissons de mer figuraient le hareng frais, le hareng saur, le vivet ou la vive, le merlan frais et salé, et un oiseau de mer appelé l'alète. Le poisson d'eau douce se bornait à celui qu'on pochait dans les étangs de Bondi. On criait aussi la volaille, surtout les oisons et les pigeons. On vendait dans les rues de la chair fraîche et de la chair salée , des œufs et du miel. Les légumes consistaient en ail, et en sauce d'ail appelée aillie, en purée de pois toute chaude, en pois fricassés, en cresson et en cresson alenois, en fèves chaudes et en fèves qui se mesuraient à l'écuelle ; en oignons, cerfeuil , pourpier, poirette, poireaux, navets, anis, échalotes d'Étampes. Les fruits criés dans les rues de Paris n'auraient pas aujourd'hui grande faveur ; telles étaient des poires de Chaillou ou Caillot^ des poires de HartiveaUy des poires de Saint-Rieul , des poires à' Angoisse, la plupart connues par leur âcreté ; des pommes de Rouviau ou de Calville^ des pommes rouges dites Blanduriau; un fruit d^ Auvergne ap\)e\éjorroises^ aujourd'hui, Jarosse,o\i graine de la gesse chiche qu'on fait griller pour la manger, et des cor- 7nilles ou cormes, fruit du cormier; des aliz-es, une variété de ce dernier fruit; des prunelles de haies, des nèjles, des fruits d'églantier. Nos aïeux n'étaient pas délicats. On criait aussi des noix fraîches, des cerneaux, des châtaignes de Lomhardie, des raisins de Mélite ou de Malte. — Les boissons criées dans les rues de l*aris consistaient en vin dont le plus cher s'élevait jusqu'à trente-deux deniers la pinte, ou plutôt la quarte, environ trois sôus , et le moins cher à six deniers. On criait aussi du vinaigre, et du vinaigre à la moutarde, du verjus et de l'huile de noix. — Des aliments préparés et des pâtisseries étaient pareillement criés dans les rues ; des pâtés chauds , des gâteaux, des galettes, des échaudés , des flans, des oublies renforcées^ des gâteaux à fèves, des tartes, des siminaux, espèce de pâtisserie. On criait aussi des roinsoles ou couennes de cochon grillées. — Des ouvriers encore oflraient, en criant, leur service pour raccommoder,

recoudre les vêtements déchirés : tels que la cotte, la chapej le surcot, le manfel, lepelisson; des individus achetaient de vieilles bottes et de vieux souliers, ou les réparaient; d'autres criaient chapeaux, chapeaux /Quelques-uns s'offraient pour relier les cuviers, leshanaps, pour polir les pots d'étain; ceux-ci vendaient des treillis en fil d'archal, de la chandelle de coton, des mèches de jonc pour les lampes, du vieux fer, du jonc frais, du savon d'outre-mer; ceux-là criaient noël, noëlf cri de joie. — Le prix de plusieurs objets offerts en vente était souvent un morceau de pain. Des meuniers parcouraient les rues, et demandaient à grands cris si l'on avait du blé à moudre. Les cris que faisaient entendre tous les matins les écoliers, les moines, moinesses, les prisonniers et les aveugles des Quinze-Vingts, doivent être particulièrement remarqués : ils demandaient tous l'aumône.

A ces cris, qui peignent le tumulte de Paris, aux rues puantes, étroites et tortueuses de cette ville, joignons quelques traits qui caractérisent les croyances de ses habitants à l'égard des opérations magiques.

Lorsqu'on voulait estropier, faire languir ou mourir un individu dont on ne pouvait facilement approcher, on composait un vœu ou volt, et on Yenvoultait. Voici en quoi consistait Yenvoullement. On fabriquait une image en limon, le plus souvent en cire, et, autant qu'on le pouvait, on la façonnait à la ressemblance de la personne à laquelle on voulait nuire; de plus, on donnait à cette image le nom de cette personne, en lui faisant administrer par un prêtre, et avec les cérémonies et prières de l'Église, le sacrement du baptême; on l'oignait aussi du saint-chrême. On proférait ensuite sur cette image certaines invocations ou formules magiques. Toutes ces cérémonies terminées, la figure de cire, ou le volt, se trouvant, suivant l'opinion des fabricateurs, en quelque sorte identifiée avec la personne dont elle avait la ressemblance et le nom, était à leur gré torturée, mutilée, ou bien ils lui enfonçaient un stylet à l'endroit du cœur. On était persuadé que tous les outrages faits, tous les coups portés à cette figure, étaient ressentis par la personne dont elle portait le nom.

Les supplices étaient variés : on pendait souvent les voleurs , les meurtriers et les faussaires, très-nombreux pendant cette période; on coupait les oreilles aux filous et on les faisait fouetter; on marquait certains criminels avec un fer chaud, non sur l'épaule, mais à la joue ou au front. Tous les crimes étaient arbitrairement punis; aucun code ne réglait la conscience des juges.

Paris, en 1313, aux jours de la Pentecôte, fut le théâtre d'une fête qui surpassa en somptuosité toutes les fêtes passées. Phifippe-le-Rel invita Edouard II, roi d'Angleterre, et son épouse, Isabeau de France, à y assister. Les princes et seigneurs du royaume y étalèrent à l'envi la magnificence de leurs harnais, de leurs habits. Le roi de France reçut ses trois fils chevaliers. Cette cérémonie fut suivie de tournois, de festins et de spectacles qui se donnèrent à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, sous des tentes. On représenta \q paradis elVenfery diverses sortes d'animaux, et la procession du renard. Cette procession offrait des scènes satiriques que Philippe faisait jouer par le peuple de Paris, pour ridiculiser ou diffamer le pape Roniface VIII. « Un homme vêtu de ^> la peau d'un renard mettait par-dessus un surplis, et chantait l'épître comme

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>» simple clerc. Ensuite il paraissait avec une mitre, et enlin avec la tiare, cou- « rant après les poules et les poussins, les croquant et les mangeant pour signi- » fier les exactions de Boniface VIII. » Paris fui ensuite encourliné, c'est-à-dire que l'on tondit des rideaux le long des rues. Les bourgeois et les corps de métiers de Paris, les uns à pied, les autres à cheval, vêtus de robes neuves, se dirigèrent, au son des trompes, taborins, buisines et 7nenestriers ^ vers l'île Saint- Louis, et y entrèrent par un pont de bateaux, à grande joie, et à grande noise (bruit) et en bien jouant de très-beaux jeux. Le roi et toute sa suite, placés aux fenêtres du palais, qu'il venait de faire réparer et agrandir, jouirent de ce spectacle. — A la joie de cette fête succéda la tristesse. Les princes et les seigneurs se rendirent en l'île Notre-Dame, où Nicolas, légat du pape, prêcha une croisade : ce qui n'était pas gai. — Philippe-le-Bel conduisit le roi d'Angleterre et son épouse à Pontoise. Pendant la nuit, le feu éclata dans la chambre où couchait le couple royal qui eut à peine le temps de se sauver en chemise : tout le mobilier fut la proie des flammes. Les Parisiens, suivant l'usage, payèrent les frais de la fête; le roi , à l'occasion de la nouvelle chevalerie de son fils aîné, leva sur eux une imposition considérable dont j'ai parlé.

Sous le règne de Philippe VI, vers l'an 1346, les écrivains commencèrent àreprocher aux Français le changement des formes de leurs habits. « Danscetemps- » là, dit un de ces écrivains,en voyant les vêtements des Français, vous les » auriez pris pour des baladins. Cette nation, journellement livrée à l'orgueil, à » la débauche, ne fait que des sottises; tantôt les habits qu'elle adopte sont trop » larges , tantôt ils sont trop étroits. Dans un temps ils sont trop longs, dans un » autre ils sont trop courts ; toujours avide de nouveautés, elle ne peut conser- » ver pendant l'espace de dix années la même forme de vêtements. »

L'enseignement et la culture des lettres firent un peu de progrès pendant cette période. Quelques découvertes, quelques arts nouveaux, sans être fort utiles à la société, étendirent, les limites des connaissances humaines. La plus notable de ces inventions est celle de la poudre à tirer et des canons, dont l'usage se répandit bientôt dans toute l'Europe. L'art de détruire les hommes fit des progrès plus rapides que l'art de les conserver.

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