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» mes et d'enfants, que, en la dernière semaine de septembre ( 1437), cs- » tranf::lèrentet manpjèrenl quatorze personnes, que grands que petits, entre » Montmartre et la porte Saint-Antoine, dans les vignes et marais. Et, s'ils » trouvoient un troupeau de bestes, ils assailloient le berger , et laissoient les » bestes. »
Mais les loups, pour les Parisiens , étaient moins redoutables que les seigneurs et les brigands appelés cscorcheiirs qui marcbaient à leur suite ; moins redoutables que le cbevalier Jean Foucaud, qui commandait à Corbeil, que les capitaines de Cbàteau-de-Beauté, de Vincennes, d'Orsai, de Chevreuse, d'Ourville, etc., qui, tour à tour, avec leurs brigands, venaient piller, rançonner, incendier et tuer les habitants jusque dans les faubourgs de Paris.
POPULATION. Nous n'avous encore que des données approximatives sur cette importante partie de la statistique de Paris ; voici les notions que nous otTrc le règne de Louis XI : le 14 septembre L467, ce roi ordonna aux habitants de Paris, depuis l'âge de seize ans jusqu'à soixante, de sortir de la ville, tous armés , pour y être passés en revue. La chronique de Jean de Troyes dit à ce sujet « qu'ils étoient bien de soixante à quatre- vingt mille têtes armées... et si « maintenoient plusieurs qu'il en estoit à peu près demeuré autant dedans » Paris, qu'il y en avait dehors. > D'après l'exagération connue des écrivains de ce temps, on doit préférer le plus petit nombre au plus grand, celui de soixante mille k ce]m de quat?r-vinyt 7/22//^; ainsi, en doublant cette quantité pour les habitants restés dans Paris , on aurait un résultat de cent vingt mille âmes. Une autre revue ou monstre fut faite le 20 avril 1474, et, suivant la même chronique, on estima que le nombre des Parisiens qui se trouvèrent sous les armes était de quatre-vingt à cent vingt mille^ nombre qui me semble exagéré et qu'on peut réduire avec plus de vraisemblance à cinquante mille. En triplant ce nombre pour obtenir celui des vieillards, des femmes et des enfants, il en résultera, i)ar approximation , une population de cent cinquante mille âmes.
Un écrivain de la On du quinzième siècle attribue au règne de Charles Vil la consommation suivante : « Il faut, dit-il, dans Paris, en chapeaux de tleurs, » bouquets et mais verts, tant pour noces que confréries, baptêmes, images » des églises, audiences de parlement, chambre des comptes, chancellerie, gé- » nérauxdes aides, requête du Palais, le trésor, le Châtelet, et autres juridic- » tions étant dans l'enclos du Palais , et aussi pour fêtes et banquets qui se font » en l'Université, en faisant les gradués et autrement , chacun an pour quinze ^> mille escus et plus. — Il y a dans Paris cinq ou six mille belles filles courtisa- > nés. — On brûle pour deux cents livres de bougies par an devant la statue de " M. Pierre du Quignet ( de Cugnières). »
Les guerres et les troubles de cette période eurent leurs résultats ordinaires, des famines et des maladies pestilentielles. En 1i18, il mourut à Paris, dans l'espace de cinq semaines , cinquante mille personnes : les fossoyeurs et les prêtres manquaient aux enterrements. En 1420 et Li31 , un enfant fut trouvé tétant sa mère morte de faim. Lorsqu'on donnait aux pauvres , plusieurs d'entre eux disaient : Donnez à un autre y car je ne puis manger. Dans les rues de Paris, pendant l'hiver de 1420, on entendait hommes, femmes, enfants,
crier : Hélas î je meurs de froid l Hélas! je meurs de faim ! On trouvait sur les fumiers vingt à trente enfants qui poussaient ces cris déchirants , sans que personne put les secourir. En 1438, unefanaine affreuse, qui dura pendant tout l'été et une grande partie de l'automne, enleva un tiers de la population de Paris. Suivant un écrivain contemporain il mourut cinq mille individus à THôtel-Dieu, et quarante-cinq mille dans le reste de la ville.
TABLEAU MORAL DE PAEIS
Pendant cette période, rien de grand, rien de généreux ne se présente sur la scène historique ; et , si l'on en excepte Jeanne d'Arc , les autres personnages titrés qu'on y voit figurer intéressent peu : à leur courage militaire, seul titre qu'ils aient à la renommée, s'allient des actes vils ou criminels, et le sentiment d'admiration qu'il pourrait faire naître est étouffé par des sentiments de mépris ou d'indignation. Le peuple trompait parce qu'il était trompé , pillait parce qu'il était pillé ; et, dans l'art d'envahir et de décevoir, il était encore surpassé par les princes. J'en ai déjà fourni des exemples notables dans les paragraphes précédents : j'en fournirai de nouveaux. Au milieu de ces désordres se mêlaient des cérémonies pompeuses, de belles processions et beaucoup de débauches.
Louis XI , sacré à Reims le 15 août 1416, s'achemina vers Paris, et arriva, le dernier jour de ce mois, à l'hôtel des Porcherons^ situé au faubourg de la porte Saint-Honoré. Il fit son entrée solennelle par le faubourg Saint-Denis. Au devant de lui accoururent l'évêque de Paris, l'Université, la Cour du parlement, le prévôt de Paris, la Chambre des comptes, le prévôt des marchands et les échevins , tous vêtus de robes de damas fourrées de martre : ils lui offrirent les clefs de la porte Saint-Denis. Arrivé devant l'église Saint-Lazare, le roi trouva un héraut, monté à cheval, couvert d'un habit aux armes de la ville, et qui s'intitulait Loyal-Cœur : celui-ci s'avança vers le roi, et lui présenta cinq dames richement vêtues et montées sur de beaux chevaux caparaçonnés aux armes de la ville. Chacune de ces dames avait pour signe et pour nom une des cinq lettres qui composent le mot Paris; elles représentèrent devant le roi une scèn(î relative à la circonstance et aux personnages qu'elles jouaient. Le roi vêtu d'une tunique de couleur violette, recouverte d'une robe de satin blanc sans manches, coiffé d'un petit chaperon loqueté, monté sur un cheval blanc, était accompagné des ducs d'Orléans, de Bourgogne, de Charolais, de Bourbon et de Clèves, des comtes d'Angoulême, de Saint-Paul et de Dunois. Les chevaux participaient au mérite et au luxe de leurs maîtres : ils avaient l'honneur d'être couverts de belles housses de damas, de velours et même de drap d'or, doublées d'hermine, de martre zibeline, ornées et brodées d'orfèvreries et de campanes en argent , en partie dorées. En entrant par la porte Saint-Denis, le roi aperçut, au-dessous de la voûte, un grand navire argenté, représentant les armes de la ville : dans ce navire étaient les trois états. A l'avant et à l'arrière se voyaient deux personnages : Justice et Équité^ qui jouèrent une scène, ou récitèrent des vers. A la hune du mât de ce navire, on avait juché un homme, couvert du manteau royal, qui se laissait conduire par deux anges. Lesallégo-
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ries, encore en usage alors, n'étaient pas toujours heureuses. Le roi, parvenu à la fontaine du Ponceau, y trouva un nouveau spectacle que le contemporain qui me fournit ces détails va décrire à sa manière : on y voyait des hommes sauvages « qu-i se comhattoient et faisoient plusieurs contenances, et si y » avoit encore trois belles filles, faisant personnage de seraines, toutes nues, » et leur voyoit-on le beau tétin droit, séparé, rond et dur, qui ctoit chose bien » plaisante; et disoient de petits motets et bergerettes. Et près d'eux jouoicnt » plusieurs bas instruments qui rendoient de grandes mélodies. Et, pour bien » rafraîchir les entrants en la dite ville, y avoit divers conduits en la dite fon- » taine, jetant lait, vin et hypocras, dont chacun buvoit qui vouloit. »
Le roi et son cortège arrivèrent près de l'hôpital de la Trinité , où les confrères de la Passion avaient élevé un théâtre sur la rue et représentèrent <« une passion >' à personnages , et sans parler, et Dieu étendu en la croix , et les deux larrons » à dextre et à senestre. » A la fontaine des Innocents se trouva une scène où l'on voyait des chasseurs qui, accompagnés de plusieurs chiens , poursuivaient une biche. L'aboiement de ces chiens, le son des cors faisoient moult grand bruit. A la boucherie du Grand-Châtelet, on avait dressé un vaste échafaud, d'où s'élevait la bastille de Dieppe; et, quand le roi passa , des hommes qui représentaient les troupes royales assaillirent vigoureusement cette bastille, s'en rendirent maîtres; et ceux qui jouaient le rôle des Anglais assiégés furent pris , et eurent tous les gorges coupées. La barbarie du siècle fait douter si cette scène fut fictive ou réelle. Arrivé au Pont-au-Change, le roi y vit une scène d'un autre genre : il trouva ce pont entièrement couvert, et l'air agité par le vol de plus de deux cents douzaines d'oiseaux de toute espèce. Les oiseleurs de Paris étaient tenus, lors de l'entrée des rois, de faire cette dépense; et à ce prix on leur permettait d'occuper, pendant les jours de fêtes, une place sur ce pont pour vendre leurs oiseaux. Le roi se rendit ensuite à Notre-Dame , et de là au Palais.
A la suite de ces traits qui caractérisent le goût et les manières du temps, joignons-en d'autres qui peignent plus particulièrement les mœurs des diverses classes de la société. Les Français avaient conservé leur cruauté originelle, et les jugements des tribunaux contribuaient beaucoup à la maintenir. Les supplices étaient arbitraires, et semblaient ordonnés par le caprice des juges» Les délits les plus ordinaires se punissaient par le feu. On brûlait, on enterrait tout vifs les voleurs ; on plongeait dans une grande chaudière pleine d'eau bouillante les faux monnayeurs. Ces exécutions, fréquentes à Paris, avaient lieu au Marché-aux- Pourceaux, près la porte Saint-Honoré. Pour les moindres délits on coupait les oreilles. Les rois ordonnaient de temps en temps de noyer dans la Seine les seigneurs dont ils avaient à se plaindre ; tandis que les meurtriers étaient seulement condamnés à fonder des chapelles, ou à faire des pèlerinages. Ce caractère de cruauté se remarque même dans les cérémonies publiques. On armait de gros bâtons, appelés boulaies, des. sergents qui, pour écarter la foule, en frappaient à tour de bras, à droite et à gauche. A côté de tous ces excès, il faudra signaler des processions, des sermons, des pèlerinages, des querelles sur les privilèges de cléricature. Outre les processions d'usage, on en faisait à l'oc-
casion de tous les événements extraordinaires; on y portait force reliques et les chasses les plus renommées; les figurants y marchaient pieds nus.
Les femmes de Paris faisaient de fréciuents pèlerinages à Aubervilliers, à Notre-I)ame-de-Roulogne, ù Saint-Maur-des-Fossés et ailleurs; mais ces promenades avaient moins pour motif la dévotion que le plaisir : c'étaient des rendezvous galants ou des parties de débauche, et, si Ton en croit rodicial de l'église de Reims, (;uillaume Coquillart, les pèlerines parisiennes n'avaient de dévotion que pour les moines et se rendaient secrètement dans leurs couvents.
Presque tous ceux qui avaient fait quelques études se procuraient le titre de clercs. Avec ce grade ecclésiastique, ils étaient allVanchis de la juridiction civile, très-rigoureuse, et se trouvaient soumis à celle du clergé qui n'infligeait que des peines pécuniaires. Les registres des tribunaux olïrent de très-fréquents exemples de criminels arrêtés qui échappent à la justice du roi en montrant leurs lettres de cléricaturc ou \qwv couronne, c'est-ù-dire leur tonsure; ils offrent, en même temps, les réclamations faites par les cours épiscopales et par l'Université de Paris en faveur des clercs ou des agrégés à cette Université , poursuivis par les tribunaux séculiers.
La cour donnait des exemples de débauche qui n'étaient que trop bien imités. Lors(pielsabeau de Ravière eut fait son entrée à Paris, entrée magnifique où fut étalé un luxe extravagant, la cour se rendit, le -1 mai 1389, îU'abbaye de Saint-Denis. On entendit la messe, les olïices; on lit des festins, des jeux et des joutes. Le tout fut suivi de désordres et d'actions très-dissolues. « Et estoit V commune renommée que lesdiles joustes estoient provenues des choses des- ») honnêtes, en matière d'amourettes, dit qn écrivain du temps, et dont depuis » beaucoup de maux sont venus. » La dernière nuit de cette fête, les princes, princesses, seigneurs et dames, dit l'anonyme de Saint-Denis, se livrèrent, à la faveur de masques dont ils couvrirent leur visage, à tous les excès de la débauche. Sans respect [)our la présence du roi, ni pour la sainteté du lieu, « cha- » cun chercha à satisfaire ses passions; et c'est tout dire (pi'ily eut des maris » qui pâlirent de la mauvaise conduite de leurs femmes, et qu'il y eut aussi des » filles qui perdii'cnt le soin de leur honneur. »
Mayeu ou Mathieu, dans un poème manuscrit, dit que les femmes vont à l'église, non par amour pour les reliques et le crucifix, mais par amour pour les prêtres. Il nous présente les églises de Paris comme des lieux où se négociaient les marchés de débauche. « Celui, dit-il, qui mènerait son cheval à l'église pour » le vendre, ferait une action très-inconvenante; mais les femmes qui, sous » prétexte de religion, viennent à l'église pour s'y vendre elles-mêmes, ne sont- » elles pas plus coupables? Ne convertissent-elles pas la maison du Seigneur en » un marché de prostitution? » Cet écrivain énumère ensuite les églises de Paris où se tiennent le plus ordinairement ces infâmes marchés et parle ensuite de leur goût pour les pèlerinages de Roulogne, qu'il nomme Boulognète^ et de Saint-Maur. « Elles supposent de nouveaux miracles, dit-il, sans doute pour jus- " tifier leur empressement à s'y rendre; elles n'en montrent pas moins pour » assister à la foire du Lendit, où les rendez-vous sont donnés. »
La prostitution était considérée à l'égal des autres professions de la société.
DV. CH|AUI r.S V A I H AN rois 1". jc;:,
Les fomines juihlujiios roniiaionl une corporation, avaient leur reniement, comme je l'ai dit ailleurs, et même étaient protejîèes par les mis. Charles VI et Charles Vil ont laisse des témoignages authentiques de cette protection. La prostitution était encore favorisée par le grand nombre de célibataires, prOtres et moines, par le libertinage des magistrats, des gens de guerre, etc. Les femmes publiques, richement vêtues, se répandaient dans tous les quartiers de cette ville, et se trouvaient contondues avec les bourgeoises, qui, elles-mêmes, menaient une vie fort dissolue. Ln 1367, Hugues Aubriot, prévôt de Paris, renouvela l'ordonnance de saint Louis, et ordonna que toutes les femmes prostituées, » tenant bordel en la ville de Paris, allassent demeurer e/ places et lieux publics ^ àce ordonnés et accoutumés, selon l'ordonnance de saint Louis; c'est à sa- « voir : à V Abreuvoir de Mascon (1), en la Bouderie (2), rue Froid mente/ y prés » du clos Brunel, en Glatigny (3), en la Courl-Robert-de-Paris ;4\ en Baille- " Hoë (5), en Tyro7i ^6), en la rue Chapon^ et en Champ-Flonj (7). » Cette ordon- » nance fut mal exécutée. En 1379, 1386, 1395 et 1446, la semaine avant l'As- « cension, dit l'auteur 'du Journal de Paris sous Charles VI et Charles VII, fut >» crie parmi Paris qu^ les ribaudes ne porteraient plus de ceintures d'argent, ni >' de collets renversés, ni de pennes plumes! de gris en leurs robes menuver » (fourrures de diverses couleurs), et qu'elles allassent demeurer ez bordeaulx,
- ordonné comme il était au temps passé. -> En 1480, le parlement lut oblige de rendre des arrêts tendant à contenir les femmes publiques dans les lieux qui leur étaient assignés. Les peines prononcées contre elles lurent d'abord la prison et une amende arbitraire, ensuite le bannissement.
Les principes de la religion pendant la période qui nous occupe , étaient méconnus et les préjuges les plus absurdes continuaient à être en vigueur. On croyait fortement à l'inHuence des astres, aux présages, à la magie, à la vertu des reliques. Paris n'était jamais dépourvu de sorcières. On contiiuiail de torturer des images en cire baptisées par un prêtre , dans le dessein de faire souftrir ou périr les personnes dont ces images avaient reçu le notn.
Pour compléter le tableau des mœurs des habitants de Paris pendant ia période qui m'occupe, je vais analyser les sermons des prédicateurs du temps, de Maillard, Pépin, Cléree, dont on ne suspectera pas le témoignage. Les marchands trompent les acheteurs, dit le premier de ces prédicateurs; ceux qui vendent du vin font des mélanges; les apothicaires mettent leurs drogues dans leur cave, afin que l'humidité leur procure plus de poids; ils vendent du gingembre pour de la cannelle; ils mettent de l'huile dans le crocus, pour lui donner de la couleur et du poids. ' Je vous le demande, messieurs les marchands, n'avez-vous pas le caractère du diable'? Ce caractère est celui de la » fraude, qu'on nomme en français barat, déception. Marchands de vin, ne ven- " dez-vous pas pour d'Orléans ou d'Anjou du vin de votre cru? Marchands de » draps, vous vendez pour drap de Rouen celui qui n'est que de Keauvais; vous
(I) A r«M\dioil où commence la nie de la HiicheUe, et à l'extrémité mériiUonale du ponl Saint- Michel. — v'2; Hue voisine de la rue de la Huchetle. — p) En la (-ité, rue nommée aussi fa/ d'Jnwur.
— (4) Kue du Renard-Saint-Merri. — (5) Petite rue près l'église Saint-Merri. — .(O Rue (jui aboutit de la rue Saint-Antoine à celle du roi de Sicile. — (7} Rue Champ-Fleuri, près du Louvre.
« vendez du drap humide pour du drap sec; l'acheteur croit avoir deux aunes » et n'en a qu'une; et vous, mesdames les marchandes, qui achetez à la grande » mesure, et qui vendez à la petite, et qui, lorsque vous pesez, donnez un coup >> de doigt sur un bassin de la balance, afln qu'il descende ! Messieurs les chan- >> geurs, n'est-ce pas vous qui rognez les écus? » 11 déclame contre les tromperies des notaires ; et, à ce propos, il cite ce proverbe : De trois choses Dieu nous garde : des et cœtera des îiotaires, des quiproquo d'apothicaire, et de boucon (poison) de Lotnbard Friscaire. Les conseillers du parlement, les avocats, les procureurs sont souvent maltraités; et les juges sont peints comme des âmes vénales, des fourbes qui vendent leur voix à ceux qui les paient. Les avocats plumetit les oies, c'est-à-dire dépouillent ceux qui leur confient leurs intérêts. « Notre oiïice nous coûte cher, disent-ils : il faut se compenser, se rembourser. » Et vous, messieurs du parlement, quand vous avez consommé quelque four- >' berie, si vous avez un procès, il faut que vous invitiez les avocats à boire, et « que vous donniez une robe à leur demoiselle. » Menot déclame aussi, dans ses sermons, contre les juges et les avocats. < Il n'est point de princes, dit- » il, il n'est point d'évêques ni de marchands qui ne puissent être ruinés par w les procès. Les animaux qui rongent les bourgeons des vignes et autres fruits » de la terre font beaucoup de maux; mais ils n'en font jamais autant qu'un » mauvais avocat fripon, un procureur cauteleux et un gros usurier. »
Maillard reproche aux Parisiens de se livrer aux jeux de hasard, aux cartes, aux dés et au glic; de jurer le nom de Dieu par son sang, par son ventre, par sa tête et par tous ses membres. Il leur fait un reproche plus grave, celui de tenir dans leur maison des lieux de prostitution ; et, surtout, il se plaint que ces maisons, ainsi occupées, sont voisines des collèges. Les jeunes gens adon. nés au jeu, aux banquets, étaient, par ce prédicateur, quaHfiés de gaudisseurs; les débauchés , de ribauds; les amoureux, de garçons; les maris trompés par leurs femmes, de cornes; les femmes trompées par leurs maris, de sottes; les usuriers de gros godons. Ces différents états sont, tour à tour, le sujet de ses cyniques censures. Il se plaint de la débauche des écoliers et des professeurs de l'Université ; il demande aux premiers si leurs parents les ont envoyés à Paris, et aux seconds s'ils sont payés, pour dépenser leur argent avec des prostituées.
Les mœurs des femmes de Paris sont présentées sous un jour peu favorable à l'opinion de ceux qui vantent le passé ^ux dépens du présent. Elles se fardaient le visage et portaient des perruques; leurs robes, d'étoffes riches, étaient fourrées de pelleteries, et avaient de très-longues queues qui, disent nos prédicateurs, balayaient les rues. Ces robes, ouvertes par-devant, laissaient voir leur poitrine nue et découverte jusqu'au \ enivQ , pectus discoopertum usque ad ventrem. Ces robes, garnies de grandes manches, étaient nommées à la grand-gore, et celles qui les portaient, des dames gorières. A leur ceinture dorée pendait un chapelet dont les grains étaient d'or, de corail ou de gayet (jais), objet de luxe et non de dévotion, disent nos prédicateurs. Ils reprochent aux Parisiennes d'aller aux bals, aux banquets et à l'église pour y parler de galanterie, pour faire des signes d'amitié à leurs amants, tout en disant leurs heures; de se trouver souvent