LE PROTESTANTISME A PARIS
On sait les progrès rapides que la réforme fit en France. Le clergé français comme la cour de Rome, pour arrêter cet envahissement des idées nouvelles prêchées par Luther, ne virent rien de mieux que de diriger des persécutions implacables contre les réformés. Le premier acte de sévérité, exercé à Paris contre les novateurs, éclata, en 1525, sur la personne de Jean Leclerc qui, dans la ville de Meaux, s'était permis de déchirer une bulle relative à la vente des indulgences. Lui et ses complices furent, à Paris, fouettés pendant trois jours par la main du bourreau, et, à Meaux, fustigés de nouveau et marqués au front avec un fer rougi au feu. Jacques de Pavanes, dit Jacobé, jeune homme lettré et instruit à l'école de l'évêque de Meaux, fut le premier qui, pour ses opinions religieuses, subit à Paris le dernier su[)plice. Il fut brûlé vif en 1525 sur la place de Grève. Plusieurs autres protestants subirent ensuite le même sort.
Dans les années 1530 et 1531, les persécutions se ralentirent à Paris, mais n'y furent pas entièrement suspendues. On fit arrêter, en 1531 , plusieurs gens de lettres, Laurent et Louis Maigret, Rémi Beleau, André Le Roi, Clément Marot et Martin de Villeneuve, accusés d'avoir mangé de la chair en carême et dans les trois jours prohibés. Le 18 mars 1532, ils comparurent au parlement. Deux jours après, la reine de Navarre cautionna Clément Marot qui sortit de sa prison. — En 1533, après la mort de la mère du roi, la persécution recommença avec plus de rigueur. Cette année fut marquée par la mise à mort de plusieurs Luthériens, par la censure d'un livre intitulé le Miroir de l'Ame Pécheresse et adopté de François 1'', par l'interdiction portée contre les professeurs du Collège de France, d'interprét( r aucun livre de Luther écrit en hébreux ou en grec.
Des enthousiastes, emportés par un zèle inconsidéré, comme il s'en trouve dans toutes les sectes, s'avisèrent, au grand déplaisir des réformés raisonna-
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blés, d'alTicher, le 18 oclobre 1534, dans les rues et carrefours de Paris, des placards qui contenaient des déclamations violentes contre les cérémonies les plus vénérées du catholicisme; ils poussèrent l'audace jusqu'à en placer sur la porte de la chambre où le roi séjournait à Blois. Sur ces entrefaites, François I«% excité par le connétable Anne de Montmorency et par le cardinal de Tournon, vient de Blois à Paris, signale son arrivée dans cette ville par des lettres patentes du 13 janvier 1535, portant l'abolition de l'imprimerie, défend toute impression de livres dans le royaume, sous 'peine de la hart^ et ordonne au lieutenant criminel Morin de faire arrêter tous les protestants de cette ville. 11 ordonne aussi qu'une procession extraordinaire sera célébrée dans Paris le 21 janvier suivant. De grands apprêts furent faits pour cette solennité, où l'on ne négligea rien de ce qui pouvait lui donner de l'éclat et maîtriser les esprits en frappant les sens. Les rues de Paris furent tapissées. Le clergé de toutes les églises, les écoliers de tous les collèges, les olïiciers de toutes les cours, les magistrats, plusieurs évêques et cardinaux, et notamment le cardinal de Châtillon, qui n'était pas catholique; les princes, les princesses, la reine, le roi, assistèrent à cette pompe religieuse avec les habits de leurs dignités, avec tout le luxe et le faste des grandeurs mondaines. Les châsses de sainte Geneviève et de saint Marcel y figurèrent ensemble : on remarqua que, depuis bien longtemps, la réunion de ces deux châsses ne s'était point effectuée. Ceux qui les portaient marchaient pieds nus. De plus, on y étala toutes les reliques de la Sainte-Chapelle. Le père Félibien les énumère, et n'oublie pas la sainte couronne d'épines, qui, dit-il, n'avait jamais été portée en procession. Il n'oublie pas la Verge d'Aaron, les tables de Moïse, le fer de la sainte lance^ le sang de Jésus-Christ, sa robe de pourpre y le lait de la sainte Vierge, etc. On voulait donner l'exemple d'un grand respect pour des objets que les protestants ne respectaient guère. Au reste, tous les assistants portaient à la main, en plein jour, une torche allumée, et n'y voyaient pas plus clair. Lorsque la procession passa sur le pont Notre-Dame, on laissa échapper plusieurs oiseaux , auxquels on avait attaché de petits billets portant ces mots de sinistre augure : Ipsi peribunt, tu autem permanebis, « Ils mourront, et vous vivrez. » Après la messe, célébrée dans l'église Notre-Dame , François I^»' alla dîner dans la grande salle de révêché. Il y manda le parlement, l'Université et les magistrats de Paris, leur fit à chacun des remontrances sur les progrès du protestantisme, et leur recommanda de dénoncer aux cours séculières, de poursuivre avec rigueur tous les malversants en matière de religion. Il ajouta que si un de ses membres était infecté d'hérésie, il ne balancerait point à le faire couper; et que si ses propres enfants s'écartaient de la voie catholique, il serait le premier à les immoler.
Ces cérémonies expiatoires ne lui semblaient pas complètes. Il voulut qu'au spectacle d'une pompe mondaine et superstitieuse succédât un spectacle horrible. Six malheureux protestants furent en ce jour solennellement brûlés vifs dans diverses places de Paris. On avait inventé, pour rendre leur supplice plus douloureux, une machine appelée estrapade. On élevait les patients à une grande hauteur, puis on les laissait tomber dans les flammes; on les élevait de nouveau pour les y replonger encore plus.
François I*'>',.par ordonnance du 29 janvier de la même année, ajouta à la