‹ Histoire de Paris et de ses monumentsChapitre 45 sur 96 · PYRAMIDE COMMÉMORATIV^ DU CRIME DE JEAN CHASTEL ET DE CEUX DKS · texte numérisé non relu

PYRAMIDE COMMÉMORATIV^ DU CRIME DE JEAN CHASTEL ET DE CEUX DKS

JÉSUITES. Elle était située en face du Palais de Justice. Voici l'exposé des événements qui ont causé son érection et sa démolition.

Depuis environ neuf mois que Henri IV s'était rendu maître de Paris , les habitants de cette ville commençaient à goûter les douceurs de la paix. Tout présageait un avenir prospère, lorsque, le 27 décembre 1594, ce roi, revenant victorieux de Picardie, entra tout botté dans la chambre de Gabrielle d'Estrées, sa maîtresse. Plusieurs seigneurs s'y rendirent pour le saluer. Dans le moment où Henri IV se baissait pour relever un seigneur agenouillé devant lui , un jeune homme, qui s'était glissé dans la foule jusqu'auprès du roi, lui porta un grand coup de couteau ; mais, à cause du mouvement que fit le roi en se baissant, le coup ne put l'atteindre qu'à la mâchoire supérieure, lui fendit la lèvre et lui rompit une dent. L'assassin, nommé Jean Chastel, fut arrêté et fouillé, et l'on découvrit sur lui le couteau dont il venait de frapper le roi. Sans balancer il avoua son crime. Le roi voulait lui pardonner; mais, instruit que l'assassin était élève des jésuites, auxquels il venait de rendre un grand service, en suspendant l'arrêt du parlement qui tendait à les chasser du royaume, il dit ; Fallait-il donc que les jésicites fussent convaincus par ma bouche/

Aussitôt Jean Chastel fut conduit au For-l'Évêque : sa famille, tous les jésuites de Paris, le curé de Saint-Pierre-des-Arcis, furent pareillement arrêtés. On mit les scellés sur leurs papiers. On trouva chez le jésuite Guignard des écrits séditieux et contraires au respect dû à la personne du roi.

Jean Chastel fut condamné au plus affreux supplice, et le subit avec le courage du fanatisme. Les ligueurs le considérèrent comme un martyr; et Jean Roucher, curé de Saint-Renoît à Paris, composa un livre en cinq parties, où il soutint que l'assassinat commis par Jean Chastel était un acte héroïque. Guignard fut pendu, le père de Chastel banni du royaume pour neuf ans; enfin les jésuites furent expulsés de la France.

Il fut ordonné qu'il serait élevé, sur l'emplacement de la maison du père de Jean Chastel, un monument qui attesterait le crime, la punition, et la haine des Français pour les principes abominables des jésuites. Le monument qui fut construit présentait un grand piédestal quadrangulaire porté sur trois gradins : chacune de ses faces était ornée de deux pilastres ioniques cannelées; entre ces pilastres on voyait une table de marbre chargée d'inscriptions. Ce piédestal était couronné par quatre frontons triangulaires et par un attique décoré de guirlandes. Au-dessus de cet attique et aux angles s'élevaient quatre statues allégoriques représentant les quatre vertus cardinales. Le tout était surmonté par un obélisque chargé de bossages, et terminé par une croix fleuroimée. Ce monument, érigé en 1595, avait dans son ensemble vingt pieds d'élévation.

Les inscriptions de cette pyramide sont rares, mais peu curieuses; je vais donner cependant celle qui se lisait sur la face occidentale. C'était l'arrêt de condamnation de Jean Chastel et des jésuites. Après quelques considéranis on lisait :

S()i;S HK.NKI IV. :\Vt

» Il sera dit (|no latlicte court a déclaré et déclare ledit Jean Chastel atteint e( • convaincu du crime de lèze-majesté divine et humaine, au premier chef, par

le Irez méchant et trez détestable parricide attenté sur la persoime du roy : " pour réparation duquel crime a condamne et condamne ledit Jean Chastel à •> faire amende honorable devant la principale porte de l'église, nud en chemise, " tenant une torche à la main, de cire ardente, du poids de deux livres; et, '» illec, à genoux, dire et déclarer que malheureusement et proditoirement il a " attenté ledit trez inhumain et trez abominable parricide, et blessé le roy d'un » Cousteau en la face: et, par faulses et damnables instructions, il a dit audit >.- procez être permis de tuer les roys , et que le roy Henri quatrième, à présent >' régnant, n'est en l'Église jusqu'à ce qu'il ait l'approbation du pape; dont il >» se repend et demande pardon à Dieu, au roy et à justice. Ce fait, être mené » et conduit en un tombereau en la place de Crève; illec, tenaillé aux bras et » aux cuisses, et sa main dextre, tenant icelle le cousteau duquel il s'est effor- " ce commettre ledit parricide, coupée, et après son corps tiré et démembré >' avec quatre chevaux, et ses membres et corps jetiez au feu et consumez en " cendres, et les cendres jettées au vent. A déclaré et déclare tous et chacun •> ses biens acquis et confisquez au roy. Avant laquelle exécution, sera ledit >' Jean Chastel appliqué à la question ordinaire et extraordinaire pour sçavoir » la vérité de ses complices, et d'aucun cas résultant dudit procez. A fait et fait » inhibition et deffenses à toutes personnes de quelques qualitez et conditions ' qu'elles soient, sur peine de crime de lèze-majesté, de dire ny proférer en ' aucun lieu public, ne autre, lesdits propos; lesquels ladicte court déclare » scandaleux, séditieux, contraires à la parole de Dieu, et condamnez comme -' hérétiques par les saincts décrets.

» Ordonne que les prestres et escholiers du collège de Clermont et tous au- •> très soy-disant de ladicte société de Jésus, comme corrupteurs de la jeunesse, " perturbateurs du repos public, ennemis du roy et de l'État, vuideront dedans » trois jours, après la signification du présent arrest, hors de Paris et autres » villes et lieux où sont leurs collèges, et, quinzaine après, hors du royaume; " sur peine, oii ils y seront trouvez, ledit temps passé, d'estre punis comme » criminels et coupables dudit crime de lèze-majesté. Seront les biens tant » meubles qu'immeubles à eux appartenants employez en œuvres pitoyables, " et distribution d'iceux faicte ainsi que par la court sera ordonné. Outre, fait >» défense à tous subjects du roy d'envoyer des escholiers aux collèges de ladite •> société, qui sont hors du royaume, pour y estre instruits, sur la même peine

• de crime de lèze-majesté. Ordonne la court que les extraits du présent arrest " seront envoyez au bailliages et sénéchaussées de ce ressort, pour estre exé-

• cutez selon sa forme et teneur. Enjoint aux baillifs et sénéchaux, leurs lieu-

• tenants généraux et particuliers, procéder à l'exécution dedans le délai con-

• tenu en icelui; et aux substituts du procureur général, tenir la main à ladite ■ exécution, faire informer des contraventions, et certifier ladicte court do •' leurs diligences au mois, sur peine de piivation de leur estât.

' Sif/ne , Dltillkt. " Pronniicé audil Jpan (-Ihnsirl, exécuté Jr jeudi 29 décembre 1594.

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donna le courage de se dépouiller des titres de duchesse et de favorite pour prendre celui de sœu?- Louise de la Miséricorde. Elle vécut trente-six ans dans cette maison, se soumettant rigoureusement à la règle, et y mourut en 1710.

Ce couvent fut supprimé en 1790 : dans la suite on démolit l'église, et l'on vendit les autres bâtiments. En 1815, quelques anciennes carmélites se sont réunies dans une partie des bâtiments qui subsistaient encore, et y ont fait construire une chapelle, où, comme je] Tai dit, elles ont placé le tombeau du cardinal de Bérulle, par Sarrazin et Lestocard.

CAPUCINES, couvent de religieuses situé d'abord rue Saint-Honoré, en face de la place Vendôme.

Louise de Lorraine, épouse de Henri IH, laissa, pour fonder un couvent de capucines à Bourges, la somme de soixante mille livres. Marie de Luxembourg, duchesse de Mercœur, sa belle-sœur, exécuta en partie la volonté de la défunte reine; seulement, au lieu de fonder le couvent à Bourges, elle le fonda dans Paris. Elle acheta l'hôtel du Perron, et posa, le 29 juin 1604, la première pierre du bâtiment, qui fut achevé et occupé par les religieuses en 1606.

Louis XIV, en 1688, pour faire construire la place Vendôme, ordonna la démolition de ce couvent et l'érection d'un nouveau monastère, plus vaste et plus commode, à l'endroit où finit la rue des Petits-Champs et où commence la rue des Capucines. La façade de l'église correspondit à l'axe de la place Vendôme.

Ce couvent fut supprimé en 1790 : il y avait alors dix à douze religieuses, qui furent traitées avec les égards dus à leur âge et à leur position. Les bâtiments de ce monastère furent, dans la suite, destinés à la fabrication des assignats. Les jardins de cette maison, théâtre des gémissements et des austérités, devinrent, pendant quelques années, une promenade publique et le séjour des jeux et des amusements : là fut étabU le premier Panorama. Enfin, je dirai que c'est sur une partie de l'emplacement de cette maison religieuse qu'en 1806 fut ouverte la belle rue dite de Napoléon, puis de la Paix.

HOPITAL SAINT-LOUIS, situé ruc du Carême-Prenant et de l'Hôpital Saint- Louis. La peste, ou une maladie contagieuse presque aussi désastreuse, répandait l'alarme dans Paris vers la fin de l'année 1606. L'hôpital de l'Hôtel-Dieu, si insuirisant, si mal administré, était plus propre à propager cette contagion qu'à la détruire. Les pestiférés couchaient ordinairement dans le même lit avec d'autres malades. Le bureau de la ville exposa au président de Harlai l'urgente nécessité d'avoir un lieu spécialement affecté aux pestiférés. Le roi, par un édit du mois de mai 1607, assigna des fonds pour la construction et l'entretien d'un nouvel hôpital, qu'il fit nommer de Saint- Louis; et, le vendredi 13 juillet de la même année, ce roi posa la première pierre de la chapelle. Dans l'espace de quatre ans ce vaste édifice fut achevé sous la direction de Claude Villefaux, mais en 1619 seulement on put y placer des malades. Cet hôpital n'a pas cessé d'être en activité, et a reçu des améliorations dont je parlerai dans la suite.

HOPiiAL SAiNTE-ANNii: OU DE LA SANTÉ, situé au-dclà dc la barrière de la iSanté. Marguerite de Provence, veuve de saint Louis, avait établi en ce lieu un

sous m: MU iv. m

petit hôpital (jui fut recoiistruil en 1G07, aussi à l'occasion de la [)este dont je viens de parler dans l'article précédent. Cet liôpital a servi par la suite et pendant longtemps de lieu de convalescence pour les malades de l'Ilôlel-Dieu; mais, de nos jours, les bâtiments, assez vastes, et son enclos, entouré de hautes murailles, sont devenus ceux d'une ferme appartenant à l'Ilôtel-Dieu.

MANUFACTURE DE TAPIS, FAÇON DE PEHSE, établie cu 1007, OU maisoii de la SavoTineriCy située quai de Hilly, n" 30. Henri IV favorisa les maimfactures : il fonda dos établissements de ce genre dans les galeries du Louvre et dans les bâtiments de la Place-Royale. 11 favorisa pareillement la fabrique de tapis /«çow de Perse. Réorganisé par le ministre Colbert, cet établissement était presque abandonné, lorsqu'en 1713 le duc d'Antin iît réparer les bâtiments, et lui rendit S(m activité. En 1828 cette manufacture a été réunie aux Gobelins.

PONT-NEUF. Depuis longtemps on avait senti la nécessité d'une communication facile entre les quartiers de la Ville, de la Cité et du faubourg Saint-Germain. Henri 111, en 1578, sous la conduite de son architecte, Jacques Androuet du Cerceau, entreprit la construction de ce pont. Voici comment l'Estoile parle de cette entreprise : « En ce même mois (de mai), les eaux de la Seine étant » fort basses, fût commencé le Pont-Neuf, de pierres de taille, qui conduit de » Nesle à l'école de Saint-Germain (l'Auxerrois), sous l'ordonnance du jeune du '» Cerceau, architecte du roi..., et furent, en ce môme an, les quatre piles du » canal de la Seine, fluant entre le quai des Augustins et l'île du Palais, levées » environ une toise chacune par-dessus le rez-de-chaussée. Les deniers furent >' pris sur le peuple..., et disoit-on que la toise de l'ouvrage coùtoit 85 livres. » Les troubles civils empêchèrent la continuation de cet ouvrage. Vers l'an 1G02, Henri IV fit reprendre les travaux de ce pont : ils furent dirigés par C. Marchand, et étaient fort avancés le 20 juin 1603, époque où ce roi voulut y passer malgré les dangers qu'il avait à courir. « Le vendredi 20 de ce mois, le roi >' passa du quai des Augustins au Louvre par-dessus le Pont-Neuf, qui n étoit » pas encore trop assuré, et où il y avoit peu de personnes qui s'y hasardassent. ' Quelques-uns, pour en faire l'essai, s'étoient rompu le cou, et tombés dans " la rivière; ce que l'on remontra à Sa Majesté, laquelle fit réponse, à ce qu'on )> dit, qu'il n'y avoit pas un de tous ceux-là qui fût roi comme lui. »> On pouvait, en 1604, passer sans danger sur ce pont, dont la route ne fut achevée qu'en 1607 (1j. Pour établir la communication de ce pont avec l'île de la Cité, on prolongea la pointe occidentale de cette île; et cette prolongation divisa W Pont-Neuf en deux parties.

Ce pont est orné, sur ses deux faces, d'une corniche très-saillante qui règne dans toute sa longueur et est supportée par des consoles en forme de masques de satyres, de sylvains et de dryades d'un beau caractère. On croit que quel- (lues-unes sont l'ouvrage de Germain Pilon. En 1775, on fit de grandes et utiles réparations à ce pont. On abaissa et l'on rétrécit les trottoirs : les demi-lunes

j) Sa loiiyiieiii toi aie Ost ilc 229 iiirlicé '» \ cenlimclics, ou 708 pieds de roi ; sa largrur eiilic les lelcs c>ld(ï2:{niritcs 10 a-iUiiiM-lrcs. Le diarru-lic niojcti des aies, dans la pailit; ninidioiialr du ponl, r-t (W l2ni^tiTs 18 (Tnliiiirlrcs, ri dans la parlic i-<'pl<'nlri<Mialc d»- 17 nu-ltr.-^ri (•iiii:iiirlri'ï..

U8 IllSTIOKE DE PAIUS

(jiii s'élevaient k l'aplornb des piles laissaient an espace vague et ordinairement rempli d'immondices. Sur ces espaces furent bâties vingt loges ou boutiques en pierres de taille qui décorent et vivifient ce pont.

CHATEAU-GAILLARD, situé vcrs l'extrémité méridionale du Pont-Neuf, sur le quai Conli, au bord de la Seine, et à l'endroit où est aujourd'hui la voûte sous laquelle on passe pour descendre à l'abreuvoir. Il présentait une construction isolée, munie d'une tour ronde, et fut démoli sous le règne de Louis XIV.

KUE, PLACE ET poiiTE DAUPHLNE, ctc. La constructiou du Pont-Ncuf entraîna, dans les parties aboutissantes, plusieurs changements heureux. On combla les bras de la Seine qui séparaient ces îlots l'un de l'autre, et les séparaient de l'île de la Cité. On éleva le terrain à la hauteur de la route du pont: on le revêtit de murs de terrasse, et l'on construisit, en même temps, les quais de l'Horloge et des Orfèvres, qui viennent aboutir au milieu du Pont-Neuf et au môle où s'élève la statue équestre de Henri IV. Ces quais furent bordés de maisons, et l'espace triangulaire qui se trouvait entre elles servit à former la place Dauphine. A l'extrémité septentrionale du Pont Neuf, on reconstruisit une grande partie des quais de l'École et de la Mégisserie : on élargit la place des Trois- Maries, place qu'on voulut nommer dit Pont ■ Neuf ; mais la routine triompha de la volonté des magistrats. Le nom des Trois-Maries, du à l'enseigne d'un marchand, lui fut conservé. A l'extrémité méridionale, on reconstruisit les quais deConti et des Auguslins; mais, au lieu d'un débouché ou d'une vaste avenue au Pont-Neuf, se présentait de ce côté une masse de bâtiments, de cours, de jardins, un hôtel ou collège : toutes propriétés religieuses. 11 fallut, à travers tous ces obstacles, ouvrir une rue dans la direction du Pont-Neuf.

Ce fut en 1607 que celte rue fut ouverte : elle avait alors cinq toises de largeur, était bordée de murs, et couverte en deux endroits, à son entrée du côté du Pont-Neuf, de deux arcades qui établissaient la communication entre le couvent des Augustins et les bâtiments situés de l'autre côté de la rue, et qui dépendaient de ce couvent. La ligne de cette rue, qui est une prolongation de l'axe du Pont-Neuf, aboutissait à la muraille de la ville, indiquée par la rue Contrescarpe. Là on ouvrit une porte appelée porte Dcntphine. Elle a subsisté jusqu'en 1673, époque de sa démolition. Le nom de Dauphine fut donné à cette rue, à cette porte et à la place dont il a été fait mention, à l'occasion de la naissance du fils de Henri IV. Cette rue et cette place reçurent, en 1792, le nom de Thionville, en mémoire de la résistance que les habitants de la ville de ce nom opposèrent aux ennemis des Français. En 1814, on leur restitua leur ancien nom.

PONT-Aux-MEUMERS. Le 22 décembre 1596, à six heures du soir, le Pontaux-Meuniers fut entraîné par la violence des eaux. Ce pont était en bois, et presque à chaque arche on avait attaché un bateau à moulin. Il était chargé de maisons habitées : hommes et biens, tout périt. On évalua le nombre des personnes qui perdirent la vie à cent cinquante. » On remarqua, dit lEstoile, que " la plupart de ceux qui périrent en ce déluge étoienl tous gens riches, aisés, » mais em-ichis d'usures et pillages de la Saint-Barthelemi et de la Ligue. Le " li'ndemain, hs gens du loi diieut àhuourdu parlenuMit (pi'ils ne savoieni

SOIS im:.m;i iv. 3iy

» d'oii procodoil cri accicU'ul, si vc n'est de ce que, les roys ayant donné ledit pont an chapitre de ^ol^e-l)atne, ledit chapitre n'a voulu soulVrir (|ue ledit

- |)ont Tùt visité par les maîtres des œuvres (architectes; du roy. »

PONT MARCHAND. En janvier 1598, Charles Marchand, dit le cairilainc Marchand, le constructeur du Pont-Neul', obtint des lettres-patentes qui l'autorisaient à rétablir, à ses dépens, le Pont-aux-Meuniers. En 1590, il en commença la construction; après dix ans de travaux, en décembre 1(109, il l'acheva entièrement. Toutes les maisons, dont ce pont était bordé, étaient uniformes, peintes à l'huile, et chacune était distinguée par une enseigne représentant un oiseau, ce qui le lit aussi nommer le Ponl-aux~Oi seaux. Dans la nuit du 11 au 23 octobre 1021, le pont Marchand fut la proie des flammes, qui, poussées par un vent d'ouest, mirent en cendres le Pont-au-Change et plusieurs maisons voisines. Ces deux ponts étaient proches l'un de l'autre et construits en bois.

— Le pont Marchand ne fut point rétabli.

GALERIE DU LOUVRE. Cette galerie, qui, depuis le Louvre lofige la Seine, et se continue jusqu'au château des Tuileries, fut commencée par le conseil de la reine Catherine de Médicis, sous Charles IX qui en posa la première pierre : Androuet du Cerceau en fut l'architecte. Henri III la fit continuer; mais les travaux furent bientôt interrompus. Henri IV, en 1600, les fit reprendre : il écrivait à son ministre Sully, le 2 mars 1603 « Vous priant de vous souvenir de » me mander des nouvelles des bâtiments de Saint-Germain... et continuera " faire avancer, tant qu'il vous sera possible, le transport des terres de la gale- » rie du Louvre, afin que les maçons puissent besogner, estimant qu'ils donne- » ront ordre cependant à leurs matériaux, de façon qu'ils avanceront bien la •' besogne, quand la place sera nette desdites terres. «

La communication entre le Louvre et les Tuileries, par cette galerie, commençait à s'établir sous Henri IV. Ce fut ce roi qui fit aussi réparer et peindre, en partie, la galerie d'Apollon, placée en retour de celle du Louvre. — En 160^1, ces travaux étaient fort avancés ; le projet de Henri IV était de consacrer la partie inférieure de cette galerie « à l'établissement des diverses manufactures et « au logement des plus experts artisans de toutes les nations : •> projet que Sully combattit avec des raisonnements qui prouvent que ses vues en économie politique n'étaient pas aussi étendues qu'on le pense vulgairement.

Les parties de cette galerie construites sous Charles IX et sous Henri III se reconnaissent facilement à l'originalité de leur structure. Elles se terminent à l'endroit où cette galerie forme un avant-corps, surmonté par une campanille (guichet du pont des Saints-Pères). Depuis ce point jusqu'au pavillon des tuileries, appelé Pavillon de Flore, la façade de cette galerie présente une ordonnance de pilastres corinthiens, laquelle est couronnée par des frontons alternativement circulaires et triangulaires.

CHATEAU DES TUILERIES. J'ai parlé de l'origine de ce château, de sa première forme et de l'état de ses bâtiments du temps de Charles IX. Ils consistaient alors dans le gros pavillon du centre de la façade, dans les deux bâtiments latéraux et dans les deux pavillons qui les terminent d'un côté et de l'autre.

A ces ciiK] corps de bâtiments on en ajouta ipialrc aiitn'-^ ^'mis le règne de

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Henri IV. Sur la même ligne on constniisil, au midi comme au nord des anciens bâtiments, un corps de logis et un vaste pavillon. Ces additions au château des Tuileries offrent le style et, à plusieurs égards, les formes d'architecture que l'on remarque à la façade de la galerie du Louvre, ce qui fait croire qu'elles ont été construites dans le même temps et par le même architecte. Les parties additionnelles de ce château, non plus que la galerie du Louvre, ne furent point achevés sous le règne de Henri IV. Sous Louis XHI et sous Louis XIV les travaux furent continués.

FONTAINES. Dix-huit fontaines, alimentées par les eaux des aqueducs du Pré- Saint-Gervais et de Belleviile, répandaient leurs bienfaits sur la seule partie septentrionale de Paris, tandis que la Cité et la partie méridionale de cette ville en étaient entièrement privées. De plus, ces fontaines ne fournissaient qu'une faible quantité d'eau, ou n'en fournissaient point du tout. Cette stérilité provenait des concessions d'eau que la cour faisait à des communautés rehgieuses ou aux hôtels despersonnages puissants. Les fontaines étaient presque taries par ces concessions, lorsqu'en 1587 on en réduisit le nombre ; mais bientôt les abus de la faveur se renouvelèrent aux dépens du public. L'eau manquait aux fontaines : on fit encore, en 1595, une réduction de concessions. En 1594, on fit payer les prises d'eau aux concessionnaires, et l'on entreprit de faire de grandes réparations aux aqueducs du Pré-Saint-Gervais et de Belleviile. Pour cela, Henri IV ordonna qu'il serait perçu aux entrées de Paris un accroissement d'impôt sur les vins. Les travaux étant achevés en 1602, les anciennes fontaines de Paris furent rappelées à la vie, et l'on en créa de nouvelles.

FONTAINE DU PALAIS. Frauçois Mirou , prévôt des marchands, fit, en 1605, établir la première fontaine de l'île de la Cité. Elle fut alors construite sur l'emplacement de la maison du père de Jean Chastel, assassin de Henri IV, et fut substituée à la pyramide élevée pour éterniser la mémoire odieuse du crime. Cette fontaine fut quelques années après transférée dans la cour méridionale du Palais de Justice. Elle est connue sous le nom de fontaine Sainle-Anne : ce nom lui fut donné, ainsi qu'à une rue du voisinage, en mémoire de la reine Anne d'Autriche.

FONTAINE ET POMPE DE LA SAMARITAINE, situéc aU-dcSSOUS de la SCCOUde

arche du Pont-Neuf, du côté du quai de l'École. Les eaux fournies par les aqueducs du Pré-Saint-Gervais et de Belleviile ne pouvaient suffire aux fontaines de Paris. On pensa à procurer de l'eau aux palais du Louvre et des Tuileries par un moyen nouveau. Un Flamand, nommé Jean Lintlaër, proposa d'élever, par le jeu d'une pompe, les eaux de la Seine dans un réservoir construit à une hauteur suffisante pour être, de là, conduites dans ces deux palais. Cette proposition fut admise par Henri IV. Le mécanicien flamand s'occupa à établir près et au-dessous de la seconde arche du Pont Neuf, du côté du nord, les pilotis de sa pompe. En 1603, le prévôt des marchands y mit opposition, motivée sur la gêne que l'établissement de cette machine apporterait à la navigation. C'est à ce sujet que Henri IV, le 23 août 1603, écrivit à Sully la lettre suivante : « Sur » ce que j'ai entendu que le prévôt des marchands et eschevins de ma bonne " ville de Paris font quelque résistance à Lintlaër, Flamand, de poser le moulin

sons IIKMU IV. r,i

" servant à son arlilioc : sur oc (lu'ils pivUMulcnt (juc cela cinpôi-lu'i'oil la navi- >> j;a(ion, je vous prio los envoyer (piêriret leur pailer de ma pari, leur remon- " Iraut en cela ce ipii est de mes droits; car> à ce que j'entends, ils les veulent '» usurper, attendu ipie ledit pont est fait de mes deniers et non des leurs, etc. «• On pouvait avanlageusement opposer à celte raison des raisons meilleuresmais le prévôt des marchands ne pouvant les faire valoir, il fut obligé de céder au vœu du roi. En conséquence les travaux de cette pompe furent continués et achevés en iG08.

Cette pompe devint un objet de curiosité pour les Parisiens. Elle était la première qui fût établie dans cette ville. Ee bâtiment, supporté par des î)ilotis, était fort simple dans sa construction primitive. Cei)endant la façade du côté du Pont-Neuf offrait une décoration qui lui donna un nouvel intérêt : on y voyait un groupe de ligures en bronze doré, représentant Jésus-Chiist et la Samaritaine auprès du puits de Jacob. Entre ces deux figures, tombait d'une vaste coquille une nappe d'eau, reçue dans un bassin pareillement doré : au-dessous était celte inscription : fons iiortorum puteus aquakum vivemium. Ces paroles de l'Écriture recevaient une application heureuse, parce que les eaux élevées par cette mécanique alimentaient les jets du jardin des Tuileries. On y voyait aussi un cadran et une horloge. Ces divers objets flattaient les yeux des passants : leurs oreilles étaient encore réjouies par le son d'un carillon qui, dans l'origine, jouait di:!éreuts airs à chaque heure du jour. Ce carillon et un jaquemart, (jui accompagnait Thorloge et sonnailles heures, n'existaient déjà plus sous Eouis XIV. Cette machine hydraulique fut presque entièrement renouvelée vers 1715. En 1772 on la reconstruisit de nouveau, et le groupe de figure fut redoré. Ce bâtiment avait le litre de gonvervement. Ee roi nommait et appointait richement l'inutile gouverneur de la Samaritaine. La révolution a fait justice de cette sinécure. Ees nouveaux moyens employés pour alimenter les fontaines et bassins des palais et jardins des Tuileries rendaient cette machine moins nécessaire: elle menaçait ruine; ses produits ne valaient pas les frais de son entrelien ni de sa restauration : en 1813» elle fut entièrement démolie.

PLACE-KOYALE, située près la rue Saint-Antoine. Catherine de Médicis fit, en 1564, démolir Ihôte! des Tournelles,dont l'existence lui devenait insupportable depuis que le roi Henri 11, son époux, y était mort. Ea cour intérieure de ce palais fut convertie en marché avx chevaux, et eut celle destination jusqu'en IGOi, époque où Henri IV fil, sur son emplacement, dans le dessein d'y placer des manufactures, commencer les bâtiments nommés depuis Place- Hoyale. i>.s\)i\{\' ments, tous couverts de combles en ardoise très-élevés, furent achevés en 1012. à l'occasion d'un magnifique carrousel que Marie de Médicis fit exécuter, carrousel dont Bassompierre doiuie une ample description. Cette place, entourée de trente-cinq pavillons uniformes, est j)arfailement carrée. Sous les bâtiments, au rez-de-chaussée, est une galerie ouverte au [)ublic, et qui entoure la |)lace. C'est au milieu de cette place que, le 27 noven)bre 1639, le cardinal de lUchelieu fit ériger la statue é(iuestre de Eouis XHI, statue dont je parlerai dans la suite.

THÉATiiE DE i.'iiOTKi. \)V. iK-uiuiOfJNE. Ecs coufrèrcs (lo la Passion, avani

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passé, ciinime il a éié dit, de riiôlel de Flandre à riiôtel de Bourgogne, louèrent leur nouveau théâtre à une troupe de comédiens nommés les Enfants Sans- Souci, Celte troupe [lortait aussi le titre glorieux de principauté de la Sottise, et son chef celui de prince des Sots. Sous le règne de Henri IV, ce chef était Nicolas Jouhert, qualifié de seigneur d'Engovlevent. Dans un procès que cet homme eut à soutenir contre les anciens confrères de la Passion, on le voit, par son avocat, caractérisé de la manière suivante: « Il est né et nourri au pays des grosses , .. bètes, et n'étudia jamais qu'en la philosophie des cyniques... C'est une tête .' creuse..., éventée, vide de sens comme une canne; un cerveau- démonté, qui » fi'a ni ressort ni roue entière dans la tèt(\ - Dans ce procès on saisit la loge que Nicolas Joubert avait au théâtre de l'hôtel de Bourgogne, et il fut prononcé contre lui contrainte par corps. Le prévôt de Paris, devant qui la cause fut portée, par sa sentence, donna main-levée de la saisie de la loge; et, attendu la qualité de prince des Sots que portait Nicolas Jouhert, il fit défense à tous créanciers d'attenter à sa personne : néanmoins si, dans un jugement ou acte pardevant notaire, il ne prenait pas sa qualité de prince des Sols, il serait susceptible d'être saisi et pris par corps, sauf audit Joubert, sieur d' Engoulevent, d'avoir recours contre le prince des Sols, c'est-à-dire contre lui même.

11 paraît que le prince des Sots s'était engagé envers les confrères de la Passion, ou maîtres de l'hôtel de Bourgogne, à faire chaque année une entrée triomphale à Paris, avec cette condition qu'en cessant de faire cette cérémonie il perdrait son titre de prince des Sots et les prérogatives qui s'y trouvaient attachées. Il négligea de remplir cet engagement : les maîtres de cette hôtel le poursuivirent en justice. Nicolas Joubert se défendait en disant que les autorités publiques l'avaient dûment dispensé de cette cérémonie. Le parlement, après plusieurs procédures et longs débats, rendit, le 19 juillet 1608, un arrêt définitif portant que « Nicolas Joubert est maintenu et gardé dans la posses- » sion et jouissance de sa principauté des Sots et des droits appartenants à icelle, > même du droit d'entrée par la grande porte dudit hôtel de Bourgogne, et » préséance aux assemblées (pii s'y feront, ei ailleurs, par lesdits maîtres et » administrateurs, et en jouissance et disposition de sa loge...; décharge ledit »> Joubert de faire son entrée en c^^te ville de Paris, jusque, par la Cour, autre- " ment en ait été ordonné, etc. » On voit par cet arrêt que ce prince des Sols avait des oflTiciers. Macloud Poulet, guidon de la Sottise, et Nicolas Arnaud, héraut dicelle Sottise, sont pris à partie comme le prince des Sots.

Sous ce règne, on jouait les comédies du Purgatoire et du Paradis; le mnrlf/re de SaiiU Sebastien, etc. Jean Prévôt faisait représenter ses tragédies de Turne, i^OEdipe, (ïlJeicule; mais le plus fécond des auteurs dramatiques de cette époque est sans contredit Alexandre Hardi, Parisien, qui s'engagea envers les comédiens à leur fournir six tragédies par an, et qui avouait lui-même en avoir composé plus de cinq cents.

Pour donner une idée des meilleures farces qui se jouaient au temps de Henri IV' , sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne, « où, dit l'Estoile, ils sont assez » bons coutumiers de ne jouer chose qui vaille, » je vais olTrir l'analyse d'une de ces I ièces qui fit, à cette époque, courir lo it Paris, et que le roi, la reine et

sors IIKMII IV 3Ô3

les princ'v's (le la iîour vouliiroiit honorer (h^ leur |)réseiice. > Cliaeuii disoit, • ajoute le ni(>me écrivain , que de lon^leuips on n'avoit vu à l>aris farce plus » ]>laisaiite, mieux jouée, ni d'une |)lus gentille invenlion. » On va voir (pie le public étail alors Irès-l'acile à conlenter.

Un l*arisien et sa femme se querellent : la femme reproche au mari de fiéquenler continuellement les cabarets, tandis que chaciue jour des huissiers venaient saisir ses meubles pour pat/cr sa taille au roi. Le mari se défendait efi disant que c'était une raison pour faire bonne chère, puisque tout le bien qu'il [•ourrait amasser ne serait pas pour lui, mais pour ce beau roi. « Je ne buvois " que du vin à trois sous, disait-il, mais j'en boirai à six. » La femme, peu touchée de ces raisons, crie et tempête. Pendant ce vacarme, arrivent un conseiller de la Cour des aides, un commissaire, un sergent, qui vieiment demander les contributions. Les époux ne peuvent rien leur donner : on va saisir leur mobilier. Alors le mari leur fait cette demande :()<«' ^7r.s-?'oz/.s? Les nouveaux venus répondent : ISous sonimea gens de justice. — Comment! gens de justice? réplique le mari avec ir.dignation; et, prenant jiour texte cette réponse, il fait un long exposé des principes de la justice, les met en opposition avec la conduite actuelle des juges, et termine i)ar dire : ISon, vous n'êtes point la justice. Pendant ce débat, la femme, voyant qu'on va saisir ses habits, s'assied sur le cotTie qui les contenait. Le commissaire, au nom du roi, lui commande de se lever; elle obéit; on ouvre ce coffre : alors, au grand étonnement des spectateurs, on en voit sortir trois diables qui s'emparent du conseiller, du commissaire et des sergents, et les emportent : tel est le dénoùment de la pièce.

Les membres de la Cour des aides se prétendirent insultés dans cette farce, et firent emprisonner le^ comédiens : mais, dans le jour, ils furent relAchés pai' ordre exprès du roi, qui traita ces conseillers de sots^ ajoutant que lui même dans cette pièce n'avait pas été épargné; mais qu'il pardonnait de bon cœur aux comédiens qui l'avaient fait rire jusqu'aux larmes.

L'hMel de Bourgogne, l)erceau du Théâtre-Français, où devaient briller, soixante ans après, les productions du génie des Corneille et des iMolière. n'était encore qu'un théâtre de baladins. « Autrefois, dit Sorel, l'hôtel de Bourgogne » n'étoit qu'une retraite de bateleurs grossiers et sans art, qui alloient appeler » le monde, au son du tambour, jusqu'au carrefour Saint-Eustache. «Qu'importe aujourd'hui ce qu'ils étaient autrefois? la scène française, pour établir sa gloire, n'a pas besoin de rechercher sa généalogie.

AUTHEs TUÉATiiiiS DE PARIS. Le fatal privilège des confrères de la Passion existait dans toute sa plénitude, et le parlement l'opposait sans cesse aux autres troupes de comédiens qui tentaient de former de pareils établissements dans cette ville. C'est ainsi qu'en 1595 des comédiens vinrent dresser un théâtre dans la foire Saint-Cermain : bientôt les maîtres de la Passion, armés de leurs privilèges exclusifs, firent suspendre leurs jeux. Cette foire était un lieu de franchise, un lieu privilégié. On vit alors un privilège aux prises avec un privilège. La décision était embarrassante; on i)rit un terme moyen. Une sentence du lieutenant civil maintint le théâtre de la foire, à condition que les nouveaux comédiens paieraient, chacpie année qu'ils joueraient, aux maîtres de la Pas-

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sion, la somme de deux ècus. — Sous le règne de Henri IV, des troupes ambulantes venaient à Taris, établir leur tbéàlre à la foire Saint-Germain ou ailleurs, l'^n 1604, il s'y trouvait des comédiens espagnols.

Une ordonnance de police, du 12 novembre 1609, fait mention de deux salles de spectacle. Elle prescrit aux comédiens de l'une et de l'autre salle de finir, en hiver, leurs jeux à (piaire heures et demie du soir ; — De ne point exiger des spectateurs plus que la somme de cinq sous au parterre, ni plus de dix soiis aux loges; — De ne représenter aucune [)ièce sans l'avoir préalablement communiquée au procureur du roi, et sans l'avoir fait revêtir de son approbation.

coMiiDiENS ITALIENS. Lcur tliéûtrc était situé rue de la Poterie, au coin de la rue de la Verrerie, hôtel d'Argent. Ces comédiens s'établirent à Paris en 1600 : ils étaient à la solde du roi. Le 16 octobre 1608, Henri IV écrivit, en effet, au tils du duc de Sully pour lui ordonner de faire payer aux Comédiens Italiens la somme de six cents livres, qui leur était due pour les mois passés, et de les faire partir sur-le-champ pour Fontainebleau, où ce roi veut qu'ils jouent en sa présence : « Quand mon cousin le duc de Sully sera de retour, dit il, je lui or- V donnerai de leur faiie payer le reste. »

On voit, par ces notions, que l'art théâtral n'était point encore, en France, sous le règne de Henri IV, sorli des ténèbres de son ancienne barbarie.

ÉTAT PHYSIQUE DE PARTS

KiNCEiNTE DE PAUis ET SES POKTES. Sous Hcuri IV, l'cnceinte de cette ville dilférait peu de celle qui fut établie sous le règne de pharles Vi. Depuis, on y avait ajouté diverses fortifications. On construisit alors une portion de muraille qui, de la porte Saint-Denis, allait aboutir au bastion du jardin des Tuileries, et enserrait une grande partie de l'espace compris entre ces deux points. Outre l'enceinte des murailles, il existait au delà une première fortification qu'on appelait les harrièresy et qui enserrait plusieurs faubourgs.

On entrait dans Paris, par seize portes fortifiées de tours, et munies de ponts en pierres et de ponts-levis établis sur le fossé. — Dans la partie du nord étaient sept portes où l'on entrait en passant sur un pont dormant qui se termiriait par un pont-levis. — La porte Saint- AntoiMe, à coté de la Bastille. Depuis longtenq^s on avait renoncé à faire passer la route à travers les bâtiments de cette forteresse; et, pour la laisser libre, on avait déjà détourné le chemin. On construisit vers ce détour une porte de ville, qui, en 1671, fut rebâtie par François Hlondel. La porte du Temple ^imi protégée par un large fossé et par un ouvrage considérable bâti à l'extérieur, et nommé le Bastion. Démolie en 1678, cette porte fut reconstruite en 168i. — La porte Saint- Martin. Elle présentait un grand édifice, flanqué à sa face extérieure de cinq ou six tour rondes. — La porte Sainf'Penia se composait d'un édifice qua rangulaire, protégé à ses angles de tours rondes, surmontées de guérites en maçonneiie. Cette porte fut démolie en 1671. — La porte Montmartre, située à IVndroit où la rue de ce nom est coupée par la rue des Fossés-Montmartre et par la rue NeuveSatnl-Fustaehe.

SOIS Hi:\ui IV. r»:.

Moins considoiable (iiie K s poiit's S;iii»l-Mcii tin ot vSainl-lH'iiis, elle clail iuruiii- |»a^iiée de ilivcises oonstnirlions (|iii on diMondaient Vvi\Uèi\ La porte Saint- /fofiorc, située h l'endroit où la rue Saint-Nicaise débouclio dans la nicSaintllonoré. Klle ollVait un édilire (juadrangulaire : à ses angles naissaient, sur «les culs-de-lanipe, deux tours rondes. — La Porte- Neuve. Klle était située suites bords de la Seine, etcontiguO à la tour du Bois qui terminait, à l'ouest, l'enceinte de la partie septentrionale de Paris; tour d'une grande élévation, accouplée à une autre de moindre dimension, qui contenait l'escalier. La tour du Bois a subsisté jusque sous le règne de Louis XIV. La Porte-Neuve, et celte lour (pii lui servait de défense, existaient sur le quai du Louvre, au point où la rue Saint-Nicaise venait aboutir à la galerie du Louvre.

Dans la partie méridionale de Paris, on entrait, avant Henri IV, [)ar buit portes, et, vers la lin du règne de ce prince, par neuf portes :

La porte de Nesle, située sur la rive gauche de la Seine, vers le point où s'élève le pavillon oriental du palais des Beaux-Arts, ci-devant collège de Mazarin. Llle était contiguë à l'ancienne tour de Nesle, tour ronde fort élevée, accouplée à une lour moins forte, plus élevée, et qui contenait l'escalier. Le bâtiment de la porte, llanqué de deux tours rondes, fut, à ce qu'il paraît, restauré sous le règne de Henri IV. — La porte Dauphhw. Elle fut construite sous le règne de Henri IV, après l'an 1607, à l'exlrémité de la rue Dauphine; elle était située à l'endroit de la maison de cette rue qui porte aujourd'hui le n» 50 : elle fut démolie sous le règne de Louis XIV, en 1673. Après cette démolition, la rue Dauphine fut prolongée jusqu'au carrefour de Bussi. — La porte de Bussi, située dans la rue Saint André-des-Arcs, vers l'endroit où la rue Contrescarpe y débouche. Cette porte était flanquée de deux tours; c'est jusque là seulement que le fossé de la ville était ordinairement rempli par les eaux de la Seine. — La porte Saint Germain , située rue des Cordeliers, aujourd'hui de l'École de Médecine, à l'extrémité de la rue du Paon, à l'endroit où se voit encore l'ancienne fontaine des Cordeliers. Llle fut démolie en 1673, et l'édifice de la fontaine fut élevé à sa place. — La porte Saint-Michel, plus anciennement nommée /Jor/e d'Enfer, ou porte de Gibard ou Gibert. Sa construction était très-simple. Auprès et à l'est de cette porte, se voyait une espèce de fortification qui la protégeait, et où le prévôt des marchands et les échevins ont dû tenir leurs assemblées avant la construction de riiotel-de-Ville. On en voit des restes dans le jardin de l'hôtel de Brabant, rue Saint- Hyacinthe, n" 15. Cette porte fut démolie en 168i. A l'endroit où elle existait, on a construit la fontaine de la place Saint-iMichel.

La porte Sainl-Jacquea , située entre les rues des Fossés-Saint-Jacques et de Soulllot, du coté oriental, et entre la rue Saint-Hyacinthe et le passage des Jacobins, du côté occidental, présentait un édifice fortifié par deux tours, qui fut démoli en 1684. — La porte Bordelle ou Bordet, ou de Saitit -Marcel. Elle était située vers l'extrémité de la rue Bordet, aujourd'hui nommée rue Descartes, non loin de l'endroit où cette rue dél30uche dans celle des Fossés-Saint-Victor. Cette l)orte, futdémolieen i^H^. — La porte Saint- Victor y située dans la rue de ce nom, et entre la rue des Fossés-Saint-Victor et celle d'Arras. Beconstruite en 1 570, elle fui abattue en 1684.— La porte d< la Tourvcllr, depuis woxmwQÇ iW Soi ni- lier nard .

356 HISTOIRE DK PAUIS

silucc sur la rive gauche de la Seine, vers l'exlréniilé septenlrionale de la rue des Fossés-Saint-Bernard, sur le quai de la Tournelle, entre les n*>s 1 el 3. Klle se composait d'un édifice assez considérable, flanqué de tourelles; elle élait protégée par une forteresse appelée la Tournelle^ bâtie sur le bord de la Seine, lieini IV la lit rebâtir en 160G ; elle tut démolie eri 1670; en 1G74, on éleva à sa place une porte triomphale sur les dessins de Blondel. J'en parlerai ailleurs.

Au delà de ces seize portes de Paris, si l'on en excepte celles qui se trouvaient sur les bords de la Seine, étaient autant de faubourgs dont plusieurs furent rui nés pendant le siège de Paris : la plupart de ces faubourgs avaient donné leur nom à ces portes.

On communiquait d'une rive de la Seine à l'île de la Cité et à l'autre rive par six ponts : le pont Notre-Dame, le Petit-Pont y le Pont-au-Change, \e pont Saint- Michcly le po7it Marchcmd qui remplaça l'ancien Pon t-uux-MeunierSy et enfin le Pont-Neuf. Ces deux derniers furent construits sous le règne de Henri IV. Tous ces ponts, excepté le Pont-Neuf, étaient bordés de maisons, de manière qu'on pouvait traverser la rivière sans apercevoir son cours.

OUAIS. Les seuls quais existant alors à Paris étaient, sur la rive droite de la Seine, ceux des Cé/estins^ du Port-uu-Foin, et un autre, qui, depuis le bas du pont Notre-Dame, se terminait au Louvre, et se nommait le quai de C École.

Sur la rive gauche était un quai qui s'étendait depuis le pont Saint-Michel jusqu'à la tour de Nesle. Les autres parties des rives de la Seine, l'île de la Cité tout entière, étaient, avant 1603, dénuées de quais. Ces quais en général se composaient de maçonneries iri'égulières, d'ouvrages en bois uniquement destinés à préserver les bords de la Seine de l'action destructive de ses eaux.

PLACES. Si l'on excepte la Place Royale et la petite place Dauphine, on ne trouvait point à Paris, sous Henri IV, d'emplacement qui méritât le nom de place publique. H n'existait nulle promenade plantée d'arbres, où les habitants pussent venir, et à l'abri des feux du soleil, se procurer un exercice salutaire, si ce n'est le Pré-aux-Clercs. On nommait généralement place ce qui ne serait aujourd'hui considéré que comme un carrefour : partout les arbres étaient rares.

ÉDIFICES. Les abbayes situées dans les faubourgs, telles que celles de Saint- Antoine, de Montmartre, de Saint-Cermain-des Prés, de Saint-Victor, étaient fortiliées comme des places de guerre. — Le château des Tuileries et la galerie du Louvre furent continués, mais restèrent imparfaits pendant cette période. Dans la cour des Tuileries on voyait encore, même jusqu'au commencement du règne de Louis XIV, les chantiers de bois, fours et autres objets nécessaires à la fabrication des tuiles et briques : c'est ce que prouvent des plans manuscrits qui ont passé sous mes yeux.

nuEs. Les rues de Paris, et surtout celles qui se trouvaient au centre et dans les parties les plus anciennes de la ville, étaient fort étroites : on n'y pouvait I)énétnM" en voiture. La plupart n'étaient point pavées; d'autres ne l'étaient (pi'en partie, et presque toutes se trouvaient encombrées de gravois, de boues et d'immondices. Cet état de malpropreté et de gène, indices d'une administration mal ordonnée, durait encore vers le milieu du xvii« siècle.

i''(:iii<:i.ij{s. Les rues et carrefours de viAW ville offraient souvent les tristes té-

sous hi:mu iv. 357

nioij;na^es de la (UTversité Imniainc on des ri^iicuis de Injustice : des potences, des carcans, des [)iloris et des échelles. Pour insi)irer la teneur, on a (ineUpiefois élevé des potences sur presque tontes les places de Paris. J'ai parié des piloris. Les échelles on Ton attachait les condamnés, où on les l'ustijjjeait, et où on leur lançait des injures et des pierres, étaient très-communes. Saint Louis en (it établir dans toutes les villes, pour y placer ceux qui proféraient le vilain, serment. L'abbé de Saint-Magloire avait son éclielle placée vis-à-vis de l'église Saint-Nicolas-des-Champs. Elle subsistait encore en 1548. L'évèque de Paris avait aussi son échelle, dans la rue de l'Échelle qui de la rue Saint-Honoré conduit à celle de Uivoli. Knlin le grand-prieurdu Temple avait l'ait établir, à l'extrémité de la rue des Vieilles-Audriettes, une échelle qui n'a été détruite que vers lan 1780. Llle avait environ cinquante pieds de hauteur. Une autre éclielle figurait au parvis de Notre-Dame, devant la façade de réghse cathédrale. C'est là (pi'en 13ii fut hissé et chargé de chaînes, Henri de Malestroit, diacre, frère de GeolTroi de Malestroit, chevalier, décapité en l'année précédente. Henri de Malestroit, accusé de conspiration, étant à l'échelle, souffrit beaucoup de maux : on l'accabla d'injures, on lui jeta de la boue, et même des pierres qui le blessèrent jus(|u'au sang; à la troisième exposition le patient expira. Les sergents du (Uiàtelet, qui, suivant les chroniques de France, étaient ministres du diabl', commettaient ces actes de cruauté. Cependant les commissaires et l'ofTicial firent publier qu'il n'était permis à chaque assistant de jeter sur le patient qu'une fois de la boue ou des pierres.

CHOIX. Divers carrefours, ou emplacements devant les églises, étaient ornés d'une croix. On envoyait aux Halles, près du pilori, au milieu de la place de Grève, au carrefour formé par les rues Coquill ère, du Jour et d'Orléans. Dans la rue vSaint Honoré, au bout de la rue de l'Arbre-Sec, il en était une célèbre sous le nom de Croix du Tiroir ou du Trahoir; à l'extrémité septentrionale de la rue des Petits-Champs, était la Croix-des-Petits-Cliamps, qui a donné son nom à cette rue; à la place Baudoyer, on en voyait une autre.

Plusieurs rues et places doivent leur nom à la présence d'une croix : telles sont la rue de la Croix-Boissière, celles de Croix-Cadet, de la Croix-du-Roule, de la Croix-Neuve, de la Croix-Bouge, etc. H existait des croix dans tous les cimetières; et chaque église, chaque communauté religieuse avait la sienne.

Lorsque Henri IV entra dans Paris, cette ville et ses environs étaient dans un état déplorable. Voici le tableau qu'en fait un contemporain : « H y avoit peu » de maisons entières et sans ruines; elles étoient, la plupart, irdiabitées, le >' pavé des rues étoit à demi couvert d'herbes; quant au dehors, les maisons " des faubourgs toutes rasées. 11 n'y avoit quasi un seul village qui eût pierre » sur pierre et les campagnes toutes désertes et en friche. »

Le 15 mars 1597, dans le temps où l'on s'occupait de la reprise d'Amiens, le prévôt des marchands dit, dans l'assemblée de l'Hotel-de-Ville, « que Paris est » dénué de toutes choses; que les boulevards sont tombés, les fossés pleins et » remplis en plusieurs endroits, l'artillerie de l'Arsenal enlevée, et celle qui >' étoit à la ville baillée aux villes voisines... Pour pourvoir auxquels inconvé- '■ nients, faudioit des sommes immenses; mais il n'y a seulement moyen de

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» lournir ce qui est plus pressé, la ville ayant perdu la plupart de son revenu »' parla démolition des maisons qui étoient aux portes d'icel le. D'autres ineoni- )' modilés pourroient survenir si les ennemis approchoient, etc. »

Cependant, à cette époque, Paris avait éprouvé de grandes restaurations. Lorsque, quelques mois après, les ambassadeurs d'Espagne vinrent en cette ville signer le traité de paix de Vervins, ils la trouvèrent bien différente de ce qu'elle était pendant la guerre. Ils dirent au roi : Sire, voici une ville qui a bien changé de face depuis que 'nous lavons vue. Henri IV leur répondit : Quand le maître n'est point en sa maison, tout y est en désordre; mais, quand il est revenu, sa présence y sert d'ornement, et toutes choses y profitent.

François Miron, élu prévôt des marcbands, en 1604, seconda le goût de Henri IV pour Tembellissement de Paris. Le quai de l'Arsenal et quelques autres, des abreuvoirs, des égouts, quelques rues élargies et pavées, la façade de 1 Hôtel-de-Ville et autres édifices et réparations dont j'ai parlé, sont dus aux soins et à la sollicitude éclairée de ce magistrat, qui contribua à changer un peu la physionomie barbare que cette ville conservait encore.

ÉTAT CIVIL DE PARIS

Dans le tableau des événements qui se sont passés sous la Ligue, on a vu se former quelques établissements, commandés par la nouveauté des circonstances; ils disparurent dès que Henri IV fut maître de cette capitale. Ce roi y rétablit l'ancien ordre des choses; seulement, après la mort du sieur d'O, gouverneur de Paris, il ne le remplaça point. Le 25 octobre 159i, il écrivit aux prévôts des marchands et échevins qu'il voulait faire cet honneur à sa bonne ville de Paris, d'en être lui-même gouverneur. « Laquelle résolution, dit TEstoile, fut » estimée et trouvée bonne de tout le monde. »

Peu de temps après que Henri IV eut fait son entrée à Paris, il voulut y être en sûreté : en conséquence, il publia, le 8 mai 1594, une ordonnance dont l'objet était de s'instruire sur le nombre des habitants de cette ville, leurs armes, la qualité et les motifs de ceux qui venaient s'y établir : il établit un ordre plus sévère pour la garde des portes; il prescrivit aux colonels, capitaiijes, lieutenants, enseignes, de s'y rendre en personne avec les bourgeois, et de ne s'y faire remplacer que lorsque leurs fonctions les appelaient ailleurs. « La garde » des portes, y est il dit, commencera à six heures du malin, en été, et à sept » heures, en hiver. Avant d'en abattre les ponts-levis, et d'ouvrir les barrières, » on fera sortir par les guichets et planchettes un sergent avec quelques bour- »> geois pour faire la découverte au dehors, de peur de surprise... ; on ne rece- " vra personne sans passe-port, etc. » En 1609, ce roi rendit une autre ordonnance relative à la propreté et salubrité de Paris. Chaque propriétaire payait, pour ce service, un écu.

La plupart des rues n'étaient pavées que d'un côté, où ne l'étaient pas du tout : l'on y rencontrait, de loin en loin, des cloaques puants, des amas de gravois et d'immondices. Celte partie de la police ne fut pas mieux administrée sous le règne suivant : on construisait de vastes et magnifiques édifices, et ils étnienl j)our ainsi dire inaboi'dables.

SOIS IIIMU IV. . ;j.V)

la xillc clail iiiloslrc de voUmus, d'assassins, cl smloiil de ces liions (|iir rilsloiic nomiiu' voypc-hourscs, lircurs de. hdiic : ils coiipaiiMil , nu^iiu^ en nlcin jour, la bourse aux passants qui, suivant une vieille hal)itnde d'ostentation, portaient leur bourse pendue à leur ceinture; les fi/cnrs de laine étaient ceux qui arrachaient les manfeaux : on en j)unissait quelques-uns^ mais ces exemples ne pouvaient contenir dans le I)on ordre sept à huit mille bandits de cette espèce (pii ne vivaient que de vols et de meurtres et avaient une infinité de moyens pour échapper aux archers, lesquels, mal payés, devenaient souvent leurs conq)lices. Les bourgeois n'étaient en sûreté que dans leurs maisons, parce qu'ils y avaient des armes : encore ne l'étaient-ils pas toujours. — Kn décembre 1605, des voleurs qu'on nommait barbets entraient en plein jour dans les maisons sous prête xte d'alïaires; puis, mettant le poignard sur la gorge des maîtres, ils les contraignaient à leur livrer de l'argent : i)lusieurs magistrats de Paris furent ainsi dépouillés. L'Estoile, qui rapporte ces faits, s'écrie: « Chose étrange! de " dire que dans une ville de Paris se commettent avec impunité des voleries et " lirigandages tout ainsi que dans une pleine foret. ^>

Les Parisiens ne trouvaient nulle sûreté dans les rues, surtout pendant la nuit; aussi n'osaient-ils pas s'y hasarder : l'ordonnance de police que j'ai citée qui prescrit aux comédiens de finir leurs spectacles en liiver à quatre heures et demie du soir, en est une preuve. En outre, les pages et laquais, les écoliers tous armés et privilégiés, se battaient souvent entre eux, insultaient, maltraitaient et quelquefois tuaient les habitants. Les monuments historiques et le journal de l'Estoile offrent des preuves nombreuses de cet état continuel de trouble et de danger.

La peste, les famines, désolèrent plusieurs fois cette ville pendant cette période; et les mesures que les magistrats opposaient à ces fiéaux étaient plus propres à en accroître les ravages qu'à les faire cesser.

ÉTAT CIVIL DES PROTESTANTS. Au mois de mars 1598, Henri IV, par son éditde Nantes, fixa le sort des protestants, et leur accorda, sous certaines conditions, le libre exercice de leur religion : ceux de Paris furent autorisés à construire un temple et à célébrer leur culte dans Ablon, village situé sur le bord de la Seine, à quatre lieues de cette ville. Enfin, en 1606, on leur permit de se rapprocher de Paris et d'ét„ablir leur culte à Charenton-Saint-Maurice.

Le dimanche, 27 août de cette année, on commença à y célébrer le culte protestant; le roi envoya des archers et un exempt des gardes pour conteinr le peuple, qui, toujours excité par les prêtres catholiques, ne cessait, par des attaques et des insultes, de troubler les protestants dans l'exercice de leur religion. Ce ne fut pas sans peine, dit l'Estoile, qui ajoute que, dans ce jour, l'assemblée des f)rotestants était composée d'environ trois mille personnes.

POPULATION DE PARIS. Daus l'cspace de temps écoulé depuis le règne de Charles VII jusqu'à celui de Henri IV, la population ne paraît pas avoir éprouvé beaucoup d'augmentation. Sous le premier de ces règnes, elle s'élevait à peu près à cent cinquante ou cent soixante mille âmes. Le prévôt des marchands, d'après un recensement fait en mai 1590, porte le nombre des habitants de Paris à deux cent mille. Ce compte rond fait soupçonner des inexactitudes. On a

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des données plus certaines sur le nombre des pauvres de celte ville. Un recensement, fait en juin 1590, pendant le siège de Paris, offre pour résultat douze mille trois cents pauvres qui n'avaient ni pain ni argent, et sept mille troisw cents habitants qui avaient de l'argent sans avoir du pain.

TABLEAU MORAL DE PARIS

Dans la composition de ce tableau, je suivrai ma méthode ordinaire : je commencerai par tracer les mœurs des hommes placés au rang le plus élevé, parce qu'elles servent toujours de modèle aux personnes des rangs inférieurs.

Les mœurs de la cour de France sous le règne de Henri IV, étaient moins corrompues que sous les règnes précédents. La galanterie de ce roi avait un caractère de franchise et de virilité que n'avaient pas les débauches infâmes de Henri HI et de ses mignons. Catherine de Médicis, mère de ce dernier roi, conduisait elle-même ses tilles d'honneur à la prostitution, et en faisait des instruments de sa politique. Marie de Médicis, épouse de Henri IV, se montrait, au. contraire très-sévère sur ce point. Toutefois, la passion de Henri IV pour les femmes estdevenue pour ainsi dire proverbiale. Des nombreuses maîtresses dont rhistoire nous a conservé le nom, la plus célèbre fut Gabrielle d'Estrées. Il était si épris de cette dame qu'il ne la quittait pas même dans les plus importantes affaires de l'État; il la menait avec lui dans les assemblées publiques, dans les grandes solennités; elle assistait, à ses côtés, dans les conseils; elle figura auprès de ce roi dans l'assemblée des États, tenue à Rouen en 1596. // la baisait devant tout le mondes dit l'Estoile, et elle lui donnait des avis dans tous les conseils.

Une autre passion plus ruineuse que la première, peut-être plus funeste à la morale dominait encore Henri IV : il hasardait et perdait au jeu des sommes qui auraient suffi à soulager les pauvres de Paris, tourmentés par de fréquentes disettes. Le dérangement dans les finances, les exactions des financiers, les édits bursaux, furent les effets contagieux d'un vice dont le roi donnait l'exemple.

Ce règne était signalé par un autre vice qu'on ne doit point reprocher à Henri IV puisqu'il tenta vigoureusement de l'abolir, mais qui provenait des habitudes des anciens Francs : je veux dire les duels que ces étrangers introduisirent dans la Gaule, que Louis IX et ses successeurs avaient constamment travaillé à détruire, et qui commençaient à tomber en désuétude, lorsque Henri H eut la détestable imprudence d'en faire renaître l'usage. Fortifiés par les principes d'un faux honneur, les duels firent parmi la noblesse française, sous le règne de Charles IX et de Henri III, d'effrayants progrès, et dégénérèrent bientôt en assassinats. Le derrière des murs des Chartreux, le moulin de Saint-Marceau et le Pré aux-Clercs étaient les lieux ordinaires de ces barbares expéditions. On se battait, on s'assassinait même dans les rues de Paris, en plein jour, jusque sous les yeux du roi, et presque toujours impunément.

Ces désordres s'accrurent par l'impunité. Henri IV, effrayé de leurs ravages, demanda à Sully un mémoire sur l'origine des duels. Ce ministre lui en présenta un qui se trouve dans ses OEconomies royales. On lit dans le journal de l'Lstoile, qu'en mars 160", <. on donna avis au roi que depuis l'avènement de Sa

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» Majesté à la couronne on (aisoit compte au moins de quatre mille gentilshom- .. mes tués en ces misérables duels.» Un arrêt du parlement, du 10 juin 1599, I)orte : " Pour raison des meurtres et homicides commis et perpétrés en duels, » tant dans celle ville qu'autres lieux, et pour obviera la l'réquence desdits meur- » très et homicides, etc., les dérend, sous peine de crime de lèze-majesté, con- » (iscalion de corps et de biens, tant contre les vivants que les morts. » Un édit de 1602 renouvelle ces défenses, et règle les formes de la procédure contre les duellistes. Cet arriH et cet édit firent peu d'effet; mais un nouvel édit, du mois de juin 1609, portant contre les délinquants des peines plus rigoureuses, contint pour un temps les effets de cette habitude féodale, qui, bientôt après la mort du roi, reprit son cours, et se manifesta avec plus de fureur que jamais.

La foire Saint-Germain, dont j'ai parlé, était à peu près alors ce qu'est aujourd'hui le Palais-Royal, un lieu de commerce, de plaisirs, et de plus un lieu de combats. Cette foire, très-profitable aux moines et abbés de Saint-Germain-des- Prés, devenait très-funeste à la morale publique. Après avoir été fermée pendant la Ligue, elle fut rouverte en 1595. «< Pendant la foire Saint-Germain de » cette année (1605)^ dit l'Estoile, où le roi alloit ordinairement se pourmener, » se commirent à Paris des meurtres et excès infinis, procédant des débauches >» de la foire, dans laquelle les pages, laquais, écoliers et soldats des gardes, » firent des insolences non accoutumées, se battant dedans et dehors, comme »> en petites batailles rangées, sans qu'on y pût ou voulût donner autrement » ordre : un laquais coupa les deux oreilles à un écolier et les lui mit dans sa » pochette, dont les écoliers mutinés, se ruant sur tous les laquais qu'ils ren- » controient, en tuèrent et blessèrent beaucoup. Un soldat des gardes ayant » été attaqué desdits laquais au sortir de la foire, et altéré par eux de coups » de bâton sur les fossés de Saint-Germain, s'étant enfin relevé, en tua deux et « les jeta tout morts dans les fossés, puis s'en alla et se sauva. Voilà comme les » débauches, qui sont assez communes en matière de foire, furent extraordi- >' naires en icelle, laquelle néanmoins on prolongea jusqu'à carême prenant. »

Les désordres que, dans cette foire, commettaient les pages et les laquais, étaient autorisés par l'exemple des maîtres, par l'absence presque totale d'une police et par l'espèce d'immunité dont jouissaient la plupart des hôtels des seigneurs auxquels ces pages appartenaient. Ces pages et laquais se multiplièrent dans la suite d'une manière effrayante. Pendant près d'un siècle, les Parisiens furent troublés, insultés, battus, pillés, et quelquefois tués parcelle multitude de valets.

La foire Saint-Germain renfermait plusieurs académies de jeux, où le roi, les princes, les seigneurs venaient risquer leur fortune, et souvent celle des autres. Un arrêt du parlement, du 30 janvier 1608, nous fait connaître les jeux auxquels on s'y livrait : cette cour fait défense de jouer à la foire Saint-Germain aux car" tes, dez; quit/es et tourniquets.

Ce n'était pas seulement à la foire Saint-Germain que se tenaient les jeux de hasard : le jour du carnaval on dressait le long du Pont-au-Change des étaux sur lesquels les amateurs venaient jouer aux dés. Cet usage fort ancien fut interrompu en mars 160i. L'Lstoiledit que ceux dudit i)()nt, étant inlerrogés sur cette

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suspension de jeux, rép(3ndirent « qu'ils vouloient être sages doresnavant et » bons ménagers, puisque le roi leur en montroit le premier l'exemple, et que " iM. de Uosny leur apprenoit tous les jours à le devenir. «

Le luxe était excessif à la cour de Henri IV. Ce roi aurait sans doute préféré la simplicité; mais il n'en était pas ainsi de ses maîtresses et de ses courtisans. Bassompierre dit que, pour la cérémonie du baptême des enfants du roi, il fit faire un habillement qui lui coûta quatorze mille écus; il en paya six cents pour la façon seulement : il était composé d'étoffes d'or, brodé en perles. 11 acheta de plus une épée garnie de diamants, qu'il paya cinq mille écus : il avoue qu'il fit cette dépense extraordinaire avec de l'argent gagné au jeu. Au baptême du fils de madame de Sourdis, en 1594, Gabrielle d'Estrées parut vêtue d'une robe de satin noir « tant chargée de perles et de pierreries, dit l'Estoile, qu'elle ne se pouvoit soutenir. » Le même écrivain ajoute peu après : « Samedi, 12 » novembre, on me fit voir un mouchoir qu'un brodeur de Paris venoit d'ache- « ter pour madame de Liancourt (Gabrielle d'Estrées), laquelle le devoit porter » le lendemain à un ballet, et en avoit arrêté le prix avec lui à dix-neuf cents écus qu'elle lui devoit payer comptant. »

Le luxe fit en même temps des piogrès rapides parmi les bourgeois. « Pendant >' qu'on apportait à tas de tous côtés à l'Hôtel-Dieu les pauvres membres de » Jésus-Christ, si secs et si atténués qu'ils n'étoient pas plus tôt entrés qu'ils »> rendoient l'esprit, on dansoit à Paris, on y mommoit ; les festins et les ban- » quets s'y faisoient à quarante-cinq écus le plat, avec les collations magnifiques '> à trois services, où les confitures sèches étoient si peu épargnées que les da- » mes et demoiselles étoient contraintes de s'en décharger sur les pages et » laquais. Quant aux habillements, bagues et pierreries, la superfluité étoit telle, *> qu'elle s'étendoit jusqu'au bout de leurs souhers et patins, etc. La femme » d'un simple procureur fit faire une robe en ce mois, de laquelle la façon reve- » noit à cent francs. »

Le luxe des habits, une suite nombreuse de pages, de laquais, de gentilshommes, d'écuyers, etc.; le luxe de la table; un ton menaçant, des fanfaronnades, des débauches bruyantes, des créanciers qu'on ne payait, pas et qu'on maltraitait souvent, l'affectation à se montrer joyeux, satisfait, tout-puissant, supérieur aux bienséances et aux lois, étaient les traits du caractère de la noblesse, les honneurs, la gloire qu'ambitionnaient les princes et seigneurs de ce temps. D'Aubigné, dans son Baron de Fœneste^ a peint avec autant de gaîté que de cynisme l'ignorance, la superstition stupide, la bassesse et même la lâcheté de certains nobles ou courtisans du règne de Henri IV et des commencements de celui de son successeur. Voici comment il trace les manières et les discours des courtisans qui fréquentaient le Louvre. « Vous commencez à rire au premiei* » que vous rencontrez; vous saluez l'un, vous dites le mot à l'autre : Frère, « que tu es brave ^ espanoui comme une rose! Tu es bien traité de ta maîtresse; » celle cruelle^ cette rebelle^ rend-elle point les armes à ce beau front, à cette mous- >■ tLche bien troussée! et puis cette belle grève, c est pour en mourir! Il faut dire » cela en démenant le bras, branlant la tête, changeant de pied, peignant d'une >' main la moustache, et d'aucune fois les cheveux... >'(>us voulez savoir de

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.' (luoi sont nos discours; ils sont de duels, où il se laut bien garder dadniiier >' la valeur d'aucun, mais dire IVoidenienL : // (i ou // (troit (/ue/que peu de coii-

• K((/e; et puis, des bonnes ibrtunes envers les dames... I':t puis, nous causons » de ravancemenl en cour, de ceux (pii ont obtenu pension; (piand il y aura

• moyen de voir le roi, combien de pistolesa perdues Créqui et Saint-Luc; ou, " si vous ne voulez point discourir sur des clioses si liantes, vous pbiloso|)bez » sur les l)as-de-cbausses de la cour... Quelquefois nous entrons dans le ^M'and » cabinet, avec la foule de (pielques grands ; nous sortons sous celui de lieriu- " gand, descendons par le petit degré, et puis faisons semblant d'avoir vu le » roi, coulons (piekiues nouvelles; et là, faut ebercber quekiu'un qui aille » diner. »

Les seigneurs calbolicjues traitaient comme des esclaves les personnes attacbées à leur maison ; ils les faisaient battre de verges, et les cédaient à d'autres comme un meuble. Dans les écrits de ce temps, on trouve fréquemment ces pbrases : tel secrétaire, tel musicien, tel joueur de luth, tel chirurgien, tel gentilhomme, ap[)artenait à tel prince, à tel seigneur, qui le donna à tel autre seigneur. Henri IV Ot don à un de ses valets d'écurie d'un homme difforme, qu'on avait arrache à ses travaux, pour le montrer comme une curiosité et en tirer profit. Marguerite de Valois faisait donner des coups de bâton à son musicien Choisnin. Les seigneurs fouettaient souvent leurs pages.

L'honneur, ou plutôt l'orgueil de la noblesse était alors d'une constitution (rès-robuste. Les nobles pouvaient se livrer aux actions les plus viles, les plus criminelles, sans que leur fierté en souffrît aucune atteinte, ni leur gloire la moindre tache. Malgré ces accidents, ils transmettaient à leur postérité une noblesse pure. Le métier infâme que plusieurs remplissaient à la cour, auprès des rois enclins à la débauche, ne les déshonorait point, et la trahison n'apporlait aucune flétrissure à leur honneur invulnérable. Les nobles dérogeaient en exerçant le commerce ou un métier utile; ils ne dérogeaient pas en volant les marchands sur les chemins. Ils empruntaient, ne payaient pas, et leur noblesse leur donnait le privilège de manquer à leur parole sans être déshonorés, de battre, de mutiler, de tuer et de jeter par leurs fenêtres, dans les fossés de leurs petites forteresses, les malheureux sergents qui venaient, au nom du roi et de la part de leurs créanciers, leur signifier quelque sentence, ou exécuter une saisie. On trouve dans les registres criminels du parlement un grand nombre do ces gentillesses.

Si les vices de la barbarie déshonoraient la noblesse de France, le cleigé en était aussi fortement entaché, i.es prêtres faisaient la guerre, étaient livrés à la débauche, et les plus sages d'entre eux s'adonnaient à des superstilions absurdes. La plupart des prêtres subalternes menaient une vie scandaleuse, s'adonnaient à la magie, et même faisaient servir leur ministère aux pratiques de cette fausse science. La pratique des images de cire que l'on fabriquait pour nuire ou ôter la vie à son ennemi, se maintint encore pendant cette période. On a vu les prêtres de Paris, entraînés par une aveugle fureur, placer, dans l'intenlion de faire périr Henri 111, de ces images magi(iues sur les aulels de pres(iue toutes l(\s paroisses de celte ville. Suivant lesciédules partisjîus de ces superstitions.

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elles n'avaient de vertu que lorsqu'elles étaient baptisées en forme, et qu'on leur avait imposé, avec les cérémonies de l'Église, le nom de celui que l'on voulait faire périr.

La religion ne consistait encore qu'en pratiques, et restait séparée de la morale. Les évêques, les abbés, les curés même, ne résidaient point dans leurs évêchés, dans leurs monastères, dans leurs cures, et ne donnaient aucune instruction au peuple. Les bénéfices étaient distribués de manière qu'un seul titulaire possédait un grand nombre d'abbayes et même d'évêchés. On accordait les revenus de ces évêchés à des laïques, à des domestiques, à des femmes, même à des protestants. Les idées de la multitude étaient tellement perverties, qu'on donnait le titre de vertu, non à la probité exacte, à une conduite généreuse et pure, mais à des pratiques ridicules et superstitieuses.

Sous la domination de la Ligue, les prédicateurs avaient fait croire au peuple de Paris qu'une procession était l'acte le plus agréable à la Divinité, le moyen le plus sûr de calmer sa colère, et de se la rendre favorable. Je citerai à ce propos le témoignage d'un zélé catholique, ligueur de bonne foi': « Le 30 janvier » 1589, dit-il, il se fit en la ville plusieurs processions, auxquelles il y a une » grande quantité d'enfanls, tant fils que filles, hommes que femmes, qui sont » tous nyds en chemise, tellement qu'on ne vit jamais si belle chose. Dieu merci... » II y a telles paroisses où il se voit cinq à six cents personnes tontes nues. » Ledit. jour (3 février 1589) se firent, comme auiX précédents jours, de fort » belles processions, où il y eut grande quantité de tout nuds et portant de « très-belles croix. Le 14 février (1589), jour de carême-prenant, et jour où l'on » n'avoit accoutumé que de voir des mascarades et folies, furent faites, par les >' églises de cette ville, grande quantité de processions, que y alloient en » grande dévotion, même de la paroisse Saint-Nicolas-des-Champs, où y il avoit » plus de mille personnes, tant fils que filles, hommes que femmes, tout nuds, » et même tous les religieux de Saint-Martin-des-Champs qui y étoient tous » nuds pieds, et les prêtres de ladite église de Saint-Nicolas aussi pieds nus, et » quelques-uns tous nuds^ comme étoit le curé, nommé maître François Pige- « nat, duquel on fait plus d'état que d'aucun autre qui étoit tout nud, et n'avoit » qu'une guilbe (guimpe) de toile blanche sur lui, etc. »

Pendant quatre ou cinq mois, les Parisiens ne cessèrent de faire chaque jour une ou plusieurs de ces scandaleuses processions. « Ils étoient si enragés, dit » l'Estoile, pour ces dévotions processionnaires, qu'ils alloient pendant la nuit » faire lever leurs curés et les prêtres de leur paroisse, pour les mener en pro- " cession » Le curé de Saint Eustache voulut, à ce sujet, leur faire quelques remontrances; on le traita de politique et d'hérétique; il fut forcé de condescendre à la fureur des Parisiens pour ces pieuses et ridicules promenades, « où, >' dit le même écrivain, hommes et femmes, garçons et filles, marchoient pêle- >> mêle, et où tout étoit carême-prenant : c'est assez dire qu'on en vit des fruits.»

En matière d'opinions religieuses, la population de Paris offrait plusieurs divisions. Sous le nom de bons catholiques on désignait les superstitieux, les ligueurs, les intolérants, les persécuteurs. —Les politiques étaient dés hommes pli's éclairés, et par conséquent plus raisonnables. — Les protestants, qui se

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ia[)proc'haienl beaucoup dos polititiues, étaient persuadés (ju'ils [)roressaiont le christianisme dans sa pureté primitive. Ils ne persécutaient pas, on les persécutait. — Ceux qu'on ncunmait athêisles n'observaient aucune religion. Cette classe d'hommes, qui suivml l'imitiksion d'un caractère audacieux, d'un libertinage d'esprit, n'était pas assez instruite pour avoir de la moralité sans religion. Aussi tous ceux que l'histoire de ce temps nous signale sous la dénomination (Val/u'a'sfcs ou d'a/hécs sont-ils presque tous des hommes souillés de crimes. Cependant on donnait cette qualitication à des personnes auxquelles on n'avait à reprocher qu'une grande indilTérence pour toutes les religions, pour tous les partis politiques, et un penchant pour la vie voluptueuse.

Si j'ajoutais ici quelques traits de la partialité et de la corruption de la plupart des magistrats chargés de rendre la justice, et des pillages bien avérés des financiers, pillages tolérés et punis tour à tour, et jamais réprimés, je compléterais le tableau moral des hommes qui, par leurs dignités et leurs emplois, ont, pendant cette -période, exercé une grande influence sur le peuple; mais je me livrerais à de trop longs détails.

J'ai déjà parlé des vols, des assassinats, des crimes de tout genre qui se commettaient impunément dans les rues de Paris. Je pourrais à ce sujet citer plusieurs pasiages puisés dans les écrivains de ce temps, et notamment dans les registres manuscrits du parlement, et composer un tableau hideux des mœurs de cette époque. Mais c'en est assez; et si l'on me reprochait d'avoir, dans les traits que j'ai rassemblés, choisi le mal de préférence au bien, je répondrais que, les monuments historiques ne m'ayant offert que des erreurs, des vices et des crimes, je n'ai pas eu à choisir. Cependant, du milieu de ce cloaque de corruption, s'élèvent quelques actions dignes d'éloges; elles sont particulièies, très-rares, et n'opposent à la règle générale que de faibles exceptions.

Sous le règne de Henri IV, les études libérales se maintinrent dans la voie du progrès où elles s'étaient engagées. Les commentateurs facilitèrent l'étude de l'antiquité; les satires de d'Aubigné, la satire Ménippée, furent des modèles et offrirent un genre de plaisanterie, un art de manier le ridicule qui n'est plus guère en usage dans notre littérature. — De Thou, au milieu de l'orage des factions, produisit une histoire universelle, remarquable par son impartialitél'Estoile écrivit son curieux journal plein de principes excellents, et où brillent de temps en temps des aperçus fins et des traits originaux et spirituels; Mornay s'exerçait sur la politique et la théologie; Sully préparait les matériaux de ses Mémoires, et Michel de Montaigne imitait en se jouant la profondeur de Sénèque et la précision de Tacite. — - Les arts de luxe et d'agrément se maintinrent, mais ne firent guère de progrès. Les arts utiles furent plus heureux. On commença sous Henri IV à cultiver les vers à soie, à fabriquer des tapisseries de haute lice, des miroirs ou glaces, à l'instar de celles de Venise, etc. Des lunettes d'approche furent, pour la première fois, introduites à Paris, en avril 1609.

USAGES. Pendant cette période, on commença à répandre sur les cheveux de la poudre blanche; et l'Estoile nous apprend que 1 on vit, en 1593, trois religieuses se promener dans les rues de Paris les cheveux frisés et poudrés. — L'usage des montres , qu'on appelait montres-horloges ^ s'établit à Paris sous ce règne-

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elles élaieiU volumineuses, et on les portait sur sa poitrine, pendues au con. — François I*^'' avait rétabli la mode de porter la barbe longue; les parlements et les chapitres-cathédrales avaient longtemps résisté à^tte mode; mais ces corps se relâchèrent bientôt de leurs principes rigoureifx. Sous Henri IV, tous les hommes, sans distinction, laissaient croître leur barbe. On employait de la cire pour donner aux poils une direction élégante.

Le costume des hommes et des femmes de la cour, par la richesse dont il était chargé, par ses formes roides, ses lignes droites qui défiguraient entièrement, le nu, conservait encore le caractère de la barbarie. Les hommes comme les femmes portaient des espèces de corps de baleines en forme de cuirasse. — Dans le chapitre précédent, j'ai parlé de l'usage adopté par les femmes de la cour de se couvrir le visage d'un masque : cet usage fut encore en vogue pendant !a présente période, et devint général. Ces masques étaient ordinairement de velours noir, se ployaient facilement, et se nommaient lovps. Dans les chapitres suivants, je parlerai encore de cet usage et de ses mol ifs.

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