HISTOIRE DE PAUIS
de maisons particulières. H ne fut pavé que sous Louis XIV, en 1670, comme l'atteste une inscription qui a été conservée dans le traité d'architecture de Blondel.
GRAND ET PETIT PRÉS-Aux-CLERCS, dont j'ai déjà parlé et désigné la situation. Ils reçurent, sous ce règne, une nouvelle destination. Le petit pré était séparé du grand pré par un canal, qui communiquait de la rivière aux fossés de l'abbaye et au bas de la rue Saint-Benoît. Ce canal, nommé Petite-Seine, fut comblé vers l'an 1540. Le petit Préaux-Clercs, vers la fm du règne de Henri IV, était entièrement couvert de maisons et d'hôtels avec jardins.
Le grand Pré-aux-Clercs ne tarda pas à éprouver le même sort. Devenu inutile à l'Université, qui en était propriétaire, ce corps demanda, le 7 septembre 1629, à la cour du parlement, la permission « de vendre à cens et à rentes •) certaines places dudit pré, depuis la rue des Saints-Pères jusqu'à celle du Bac, » et trois arpents au delà, jusqu'au clos Barbier. » Ces ventes eurent lieu dans la suite; et, en 1640, les rues de Bourbon et de Verneuil furent ouvertes sur le grand Pré-aux-Clercs.
^ 3IAUCIIÉ-AUX-CUEVAUX. Ce marché fut, sous Henri III, établi sur une partie de l'emplacement de l'hôtel des Tournelles, et, sous Henri IV, placé sur celui du boulevard des Capucines. Par lettres patentes de juillet 1642, le roi permit à François Barajon, l'un de ses apothicaires, de faire rétablir au faubourg Saint- Victor, sur un emplacement anciennement nommé la Folie Eschalart, un nouveau iVIarché-aux Chevaux. En 1760, on fit bâtir, à une de ses extrémités, un pavillon qui sert de bureau à l'inspecteur du marché. En 1818, on y a exécuté de grandes réparations : on a nivelé le terrain , et planté de nouveaux arbres. Une de ses extrémités communique au boulevard de l'Hôpital, et l'autre à la rue du Marché-aux-Chevaux.
jAKDiiN DKs PLANTES, situé entre le quai Saint-Bernard, la rue de Seine, la rue du Jardin-des-Plantes et la rue de Buffon. Ce jardin porta d'abord le nom de J-ardin royal des plan! es médicinales ; puis il reçut le nom de Jardin du Roi, Du temps de la révolution, et jusqu'à l'aa 1814, il porta le nom de Jardin des Plantes. Après cette époque, on a ordonné qu'il serait nommé Jardin du Roi.
Le sieur Hérouard, premier médecin de Louis XIH, obtint de ce roi des lettres patentes, de janvier 1626, qui ordonnent l'établissement d'un jardin où seraient cultivées des herbes et plantes médicinales, et dont ledit Hérouard et ses successeurs, premiers médecins du roi, auraient la surintendance. L'exécution ne suivit pas de près le projet, qui fut repris par les sieurs Bouvard, premier médecin du roi, et Gui Labrosse, son autre médecin. Une voirie, appelée des Copeaux^ et divers terrains d'une superficie de quatorze arpents et qui avaient appartenu à divers particuliers, furent choisis par ces médecins, et achetés de 1633 à 1636, y compris la butte des Copeaux, formée, par un amas successif de gravois et d'imnïondices de la ville, ainsi que ce monticule prolongé, dont la superficie est en plate-forme, qu'on voit au-dessous et à l'est de la butte, et dont la formation a la même origine. Au nord de la butte, à l'endroit où l'on a établi une laiterie, était la voirie des bouchers. Ces lieux, félidés et hideux à voir, sont aujourd'hui ond)ragés d'arbres toujours verts et dessinés en jardins
SOliS LOUIS Mil. r^^>;
pill()n'S(|ii(>s. I.;iln()ssi\ a\;mt oI»Umiu, en 1(i:]r), la conliniuiliou de cet étahlissoiiKMit, y lit conslriiiro dos hàlinieiils et des salles pour des couis de hotaniiiiio de chiinie et d'histoire naturelle.
Le jardin, p'acé en face des bâtiments du Muséum d'histoire naturelle se terminait vers la moitié de sa longueur actuelle. A son extrénntéorienlale était un vieux mur, au bas duquel coulaient autrefois les eaux du canal de liièvre lorsque 00 canal traversait l'ahhaye de Saint-Victor et une partie de Paris. Lnln^ ce mur et le cours de la Seine étaient des jardins potagers a[)pelés ManUs. Ces marais ont disparu et fait place au prolongement du jardin, qui alors s'est étendu jusqu'au quai Saint-Bernard et jiis(|u'à la place du lH3nt d'Austerlilz. Dans la suite, et pendant la révolution, il a été agrandi d'une partie des terrains et chantiers qui se trouvaient entre ce jardin et la rue de î^eine, de sorte qu'aujourd'hui sa superficie totale a environ cinq fois plus d'étendue qu'elle n'en avait lors de son origine.
STATUE EQUESTRE DE LOUJs XIII, située BU Centre de la placc Royale, place qui, commencée par Henri IV, ne fut achevée que sous le règne de Louis XIII. La statue érigée par les ordres de Richelieu fut inaugurée en 1639 avec une grande pompe et au bruit d'une artillerie nombreuse. Elle était élevée sur un piédestal de marbre blanc, chargé d'inscriptions sur ses quatre faces.
Les artistes admiraient la beauté du cheval de bronze, ouvrage de Daniel Volterre, éiève de Michel-Ange. Ce statuaire mourut trop tôt pour faire la figure de Louis XIII. Biard fils en fut chargé. Il s'en acquitta mal : cette figure n'était point en proportion avec le cheval, et paraissait trop grande. Cette statue fut renversée en août 1792. En 18-29, on en a érigé une seconde qui est l'ouvrage de MM. Dupaty et Cortot. Elle est en marbre.
ACADÉMIE FRANÇAISE. Cette Académie , qui siéga longtemps au Louvre, siège aujourd'hui au palais de l'Institut, quai de la Monnaie. Quelques hommes de lettres, la plupart poètes, tels que Godeau, évoque de Grasse, Gombaud, Giri, Chapelain, les deux frères Hubert, Cerisai, de Malleville, se réunissaient une fois par semaine, rue Saint-Denis, dans la maison de Conrart, autre homme de lettres et secrétaire du roi. Ils y lisaient leurs propres ouvrages. Bientôt l'abbé Boisrobert, espèce de bouffon du cardinal de Richelieu, ayant assisté à ce comité littéraire, en parla à ce cardinal, qui voulut en être le protecteur, et qui, au mois de janvier 1635, fit accorder à cette société des lettres patentes portant qu'elle serait érigée en Académie Française, et que ses membres n'excéderaienc pas le nombre de quarante.
Le parlement, constant ennemi de toutes nouveautés, fit longtemps attendre l'enregistrement de ces lettres, qui ne s'effectua que le 10 juillet 1G37, avec l'addition de cette clause : « Que l'Académie ne pourrait connaître que de la langue française et des livres qu'elle aurait faits, ou qu'on exposerait à son jugement. »
Les premiers travaux de cette société furent, par l'ordre exprès du fondateur, dirigés vers un objet qui intéressait son amour-propre. Le cardinal, auteur de quelques mauvaises tragédies (1), et jaloux des succès qu'obtenaient celles de
(l)Ri(hflifu (U'penf^n 200,000 écu? \mw fairojf»Mrr, sur =i n jivr.nd llicnliv <lii I*ril;iis-r.ti\;il, s;i rnau-
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Corneille, ordonna aux nouveaux académiciens de s'occuper exclusivement de la critique du Cid,
Cette Académie tenait encore ses séances chez un de ses membres. Après la mort du cardinal, le chancelier Séguier, son second protecteur, lui donna asile dans son hôtel. Dans la suite, Louis XIV, ayant pris le titre de protecteur de cette Académie, lui accorda pour ses séances une salle dans le Louvre; elle a continué d'y siéger jusqu'au temps de la Convention, où toutes les académies furent supprimées et remplacées par l'Institut, décrété par la constitution de l'an iv (179fi), établi et organisé par la loi du 3 brumaire an v (24 octobre 1796), dont je parlerai en son lieu.
ACADÉMIE ROYALE POUR LA NOBLESSE, situéc rue Vieille-du-Templo, foudéc, en 1636, par le cardinal de Richelieu, qui donna 22,000 livres pour cet établissement. Vingt gentilshommes devaient y être nourris, chacun pendant deux années, et, de plus, instruits dans les exercices militaires, les mathématiques et l'histoire, etc., le tout gratuitement. Cette Académie se composait, en outre, de jeunes gentilshommes qui payaient pension. On ignore le sort de cet établissement, qui ne fut pas durable.
IMPRIMERIE ROYALE. Elle fut établie, en 1642, par ordre du cardinal de Richelieu. Sublet, sieur des Noyers, en fut nommé surintendant; Trichet Dufrêne, correcteur, et Cramoisi, imprimeur. En deux ans seulement il sortit des presses de cette imprimerie soixante-dix gros volumes grecs, latins, français, italiens, tous imprimés en beaux caractères et sur beau papier. Quelque brillante que fût dans son origine cette imprimerie, son état n'est pas comparable à ce qu'il est aujourd'hui. On y possède des poinçons, matrices et caractères des langues de presque tous les peuples de la terre qui ont une écriture, et notamment les cent trente-sept mille caractères de la langue chinoise.
Cette imprimerie fut d'abord établie dans la galerie du Louvre, au rez-dechaussée et à l'entresol; elle fut ensuite transférée à l'hôtel de Toulouse, en face de la place des Victoires; et enfin, par décret du 6 mars 1809, à l'hôtel deSoubise et dans le bâtiment de cet hôtel, appelé Palais-Cardinal, et situé rue Vieille-du- Temple.
PALAIS- ROYAL, situé ruc Saint-Honoré, n<' 204, bâti à la place de l'ancien hôtel de Mercœur et de l'hôtel de Rambouillet, qui avait appartenu, au quinzième siècle, au connétable d'Armagnac. L'emplacement du jardin était, sous le règne de Charles V et longtemps après, traversé diagonalement par la muraille et les fossés de Paris.
Richelieu, ayant acheté, en 1624, l'emplacement où est le palais, et ayant fait
vaise trngi-comédie intitulée Mirame. Cette pièce n'eut qu'un médiocre succès. «Les Français n'nu- » vont jamais de goût pour les belles clioses! s'écriait-il en colère; ils n'ont point élé charmes de » Mirame. » Desmarets lui assura que la pièce était bonne, mais que les comédiens, étant ivres, ne savaient pas leurs rôles. Le cardinal composa aussi une comédie héroïque intitulée 3/crope. Il la communiqua à Boisrobert, en lui demandant son opinion. Celui-ci, moins courtisan qu'à son ordinaire, lui dit franchement qu'elle ne méritait pas la publicité. Le cardinal furieux déchira son manuscrit; puis, se repentant d'avoir détruit un si bel ouvrage, il ne put dormir la nuit, se leva, fil lever ses gens, demanda de la colle, rassembla avec beaucoup de peine tous les fragments épars sur le pnnjuet, rétablit son manuscrit déchiré, et le fit imprimer sous le nom de Desmarets.
sous I.OIJIS Mil. 4(M,
démolir les conslructious<iiii s'y trouvèrent, lit construire, (mi Ki-iO, son palais sur lesdessrnsde Lemercier. l.a [)rin('ipale porte'd'cntrée présentait les armoiries de Kichelieu, surmontées du chapeau de sa dignité ecclésiasti([ue, et au-dessus on lisait cette inscription : Palais-Cardinal. Cette inscription est restée jusfju'en 1612, époque de la mort de Richelieu. Il avait légué ce palais à Louis XIII ; et ce roi, le 7 octobre de cette année, vint avec la reine en prendre possession et y fixer sa demeure. Alors, à l'inscription Valais-Cardinal on sul)stitua celle de Palais- Royal. Aussitôt la famille de Richelieu sollicita le roi et la reine de faire rétablir l'ancienne inscription : son honneur y était intéressé. Les mots de Palais- Cardinal furent replacés; mais le nom de Palais Royal prévalut, et se maintint malgré l'inscription restituée.
Ce palais fut orné avec tout le goût, la recherche et le luxe imaginables. Le cardinal n'oublia rien de ce qui pouvait satisfaire son ostentation et ses goûts fastueux : il y eut deé boudoirs, une chapelle, des salles de bal, des galeries, et deux salles de spectacle. La chapelle était remarquable par la richesse de ses ornements. Tous les vases, les ostensoirs, les calices, les burettes, les encensoirs, etc., étaient d'or massif, et ornés d'un grand nombre de diamants. — Louis XIV ayant, en 1692, cédé le Palais-Royal au duc d'Orléans, son frère unique, ce frère du roi fit détruire une vaste galerie dont le plafond, peint par Philippe de Champagne, représentait les glorieux exploits du cardinal, et la remplaça par des appartements. Une autre galerie, appelée Galerie des hommes illustres de France, occupait l'aile de la seconde cour. Ces hommes illustres, que le cardinal avait choisis lui-même, n'étaient qu'au nombre de vingt-cinq. On voyait leurs portraits en pied peints par Champagne, d'Egmont, Vouet, Poerson, et au-dessous leurs noms, leurs devises, et de petits tableaux qui représentaient leurs principales actions. Entre ces peintures étaient des bustes antiques, la plupart en marbre.
Le cardinal fit construire dans ce palais deux salles de spectacle : l'une, destinée à des spectateurs choisis, ne pouvait contenir que cinq cents personnes; l'autre, plus vaste, en contenait environ trois mille. Cette dernière salle était contiguë au palais, et située du côté de la rue des Bons-Enfants.
C'était sur ces théâtres que jouaient les troupes de comédiens gagés par le cardinal. La plus vaste de ces salles fut, en 1660, accordée par Louis XIV à Molière et à sa troupe ; et lorsqu'en 1673 ce grand comique fut mort, le roi la destina à la représentation des drames héroïques ou tragédies en musique, qu'or, a depuis nommés opéras. Cette salle, le 6 avril 1763, fut consumée par un incendie. Elle fut reconstruite à la même place, et ouverte au public le 26 janvier 1770; elle fut de nouveau détruite par le feu aussitôt après le spectacle du 8 juin 1781. Elle a depuis été reconstruite ailleurs. Le public arrivait à cette salle par un cul-de-sac, anciennement nommé la Court- Orry, passage indigne de ce théâtre et fort incommode. C'est sur l'emplacement de ce passageque l'on a ouvert, en 1782, la rue de Valois.
L'escalier du palais, situé à droite en entrant, est remarquable par sa beauté. Desorgues en fournit les premiers dessins. Sa rampe de fer est justement admirée.
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Le régent avait formé dans ce palais des collections précieuses : une de tableaux, qui contenait des ouvrages des plus grands maîtres ; une collection ou cabinet d'histoire naturelle, notamment de minéralogie; une collection de modèles de toutes les productions des arts et métiers.
Dans la seconde cour, les faces des trois corps de bâtiments qui l'environ naient présentaient, en relief, des ancres et surtout des proues de navires qui faisaient une saillie de plusieurs pieds. Le cardinal de Richelieu joignait à ses titres de puissance celui de surintendant de la marine.
En face de la principale entrée du Palais-Royal était un hôtel appartenant à Noël Brulart de Sillery. En 1640, Richelieu l'acheta, le fit démolir et en forma une place devant son palais, au milieu de laquelle on éleva une fontaine monumentale. Celte place, moins vaste que celle qui existe aujourd'hui, était bornée au midi par des maisons qui ne correspondaient point à la magnificence du palais. En 1719, le duc d'Orléans fit abattre des maisons situées au sud du palais, et construire un peu au delà, sur les dessins de Robert Cotte, un édifice dans lequel est un réservoir pour les eaux. Au centre delà façade on a établi une fontaine publique. Je parlerai en son lieu de cet éditice appelé Châteaud'Eau, ainsi que du jardin du Palais-Royal, et des changements qu'il a éprouvés.
THÉÂTRE DE l'hotel DE BOURGOGNE, situé rue Maucouseil. J'ai parlé dans la période précédente de l'état de ce théâtre, berceau de l'art dramatique en France; pendant le règne de Louis XIII, on commençait à y jouer des comédies d'un genre un peu supérieur aux bouffonneries ordinaires; on y représentait des pièces où l'on voyait figurer les divinités de la mythologie, mais la farce dominait encore. Les comédiens de ce théâtre firent, le 30 janvier 1613, confirmer de nouveau leurs privilèges, et furent autorisés, suivant l'ancienne formule, à jouer tous Mijstères,jeux honnêtes et récréatifs, sans offenser personne, en la salle de la Passion, dite V Hôtel de Bourgogne,
Sur ce théâtre se rendirent célèbres quelques acteurs dont je vais parler. Henri Legrand, dont le sobriquet était Belleville et le nom de théâtre Turlupin, a joué la comédie pendant cinquante ans. ^ Jamais homme n'a composé, joué, » ni mieux conduit la farce que Turlupin. Ses rencontres étaient pleines d'esprit, » de feu et de jugement; il lui manquait un peu de naïveté... Il passait pour » n'avoir pas son pareil dans le bas comique. » ■ — Hugues Cuéru, dans les rcMes sérieux, était nommé Fléchelles, et dans la farce Gauiier-Garguille. Quoique Normand, il contrefaisait à merveille le Gascon; il jouait les vieillards et avait beaucoup de naturel; il faisait rire par ses gestes, sa tournure ridicule et ses chansons toujours fort gaillardes, comme on peut en juger par le recueil qu'il en a publié. Gautier-Garguille était chargé de débiter les prologues qui précédaient la pièce.
Robert Guérin, dit Lafleur dans les rôles sérieux, et Gros-Guillaume dans la farce, avait des mœurs crapuleuses et une stature d'une grosseur extraordinaire. Au milieu des élans de sa joie, qu'il communiquait facilement aux spectateurs, on le voyait verser des larmes de douleur, que lui causait parfois la gravelle qui le tourmentait, douleurs dont il supportait la violence sans interrompre son jeu, et sans cesser de faire rire.
sous LOUIS MIL lit
On rapporte que Turlupiiv, (iautier-Carguilleel Cros-fiuillauine, lous les^lrois ^'ar<,^ons boulangers du faubourg Saiiit-Lauront, liés d'amilié, sans élude, mais doués d'un esprit naturel, Cormèrent le projet déjouer la comédie. Ils louèrent un petit jeu de paume, situé près de LLslrapade, y bâtirent à la liàte un tbéàtre, et se tirent des décorations avec des toiles grossières. Us jouaient, depuis une heure jusqu'à deux heures, des scènes qu'on appelait 7'urlupinades, pour la somme de 2 sols 6 deniers par personne. (iautier-Garguille représentait ordinairement le rôle de maître d'école, ceux de savant et de maître de la maison; Turlupin jouait les valets, les (ilous, etc., et Gros-Ouillaume faisait le sentencieux.
Les comédiens de l'hôtel de Bourgogne, jaloux des succès de ce théâtre, se plaignirent au cardinal de Richelieu, qui, a^vant de prononcer sur cette plainte, voulut s'assurer des talents des acteurs dénoncés. Us jouèrent dans son i)alais une scène bouffonne qui dérida Son Éminence. Elle ordonna que ïurlupin, Gautier-Garguille et Gros-Guillaume seraient admis à jouer à l'hôtel de Bourgogne. Gros-Guillaume se permit de contrefaire un tic ou une grimace que faisait habituellement un magistrat puissant; ce magistrat, en colère, le fit décré' ter de prise de corps. Gautier-Garguille et Turlupin prirent la fuite; Gros-Guillaume fut renfermé dans les cachots de la Conciergerie , où il tomba malade de saisissement, et mourut. Bientôt après, ses deux camarades, instruits de sa mort, ne purent lui survivre : la douleur les enleva dans la même semaine.
Bertrand Haudrin, dit Saint-Jacques ou Guillot-Gorju, succéda aux précédents. Il avait étudié en médecine, môme en pharmacie, et renoncé à ces sciences pour embrasser la carrière du théâtre. 11 jouait ordinairement les rôles de médecins ridicules, et les faisait rire eux-mêmes. Il était grand, noir et fort laid; doué d'une excellente mémoire, il nommait avec une volubilité extraordinaire les drogues des apothicaires et les instruments de chirurgie. Après avoir joué la farce pendant huit ans, il se retira à Melun , où il exerça la profession de médecin. Ennuyé de son nouvel état, il tomba dans une mélancolie qui l'obligea de revenir à Paris, où il mourut en 1648.
Dulaurier, surnommé Bruscambille, était un comédien de l'hôtel de Bourgogne, qui obtint beaucoup de célébrité dans son temps., il paraît qu'il succéda à Gautier-Garguille dans l'emploi de composer et de débiter les prologues avant l'ouverture de la scène. On trouve dans ces prologues des pièces de vers, un mélange d'érudition et de bouffonneries, et surtout une affectation ridicule pour le style figuré, conforme au mauvais goût du temps; nul trait concernant les mœurs, les opinions, les usages du siècle; enfin beaucoup d'obscénités.
\\ existait dans le même temps un acteur appelé au théâtre Jean Farine^ et dont on ignore le véritable nom. Bruscambille, voulant prouver qu'il n'est pas l'auteur d'une pièce satirique intitulée : Caractère et Mœurs des femmes, dit au j)ublic : « Alin qu'on ne s'y trompe pas, nous avons cru qu'il était de notre pru- » dence, Jean Farine et moi, de vous faire la lecture de ces copies. ->
Jean Farine est souvent mentionné dans divers écrits du temps. Julien de l'Épi, ou Jodelel, est un personnage qui figure dans les pièces de Scarron. C'était, suivant les écrivains du temps, un acteur très-comique : il lui suffisait de se présen-
ter sur la scène pour exciter les éclats de rire des spectateurs. Tous ces acteurs, à l'exception de Gros-Guillaume, ne jouaient jamais sans masque ; ils paraissaient toujours sur la scène avec le même costume. On accommodait les pièces de théâtre au caractère de chacun d'eux. Leurs portraits en pied ont presque tous été gravés par les habiles artistes du temps, ce qui prouve Tintérôt qu'ils avaient inspiré au public.
THÉÂTRE DU MARAIS, situé d'abord rue de la Poterie, hôtel d'Argent. Au commencement du règne de Louis XIII, la troupe de l'hôtel d'Argent se transféra dans la Vieille rue du Temple, au-dessous de l'égout de cette rue, oii elle avait loué un jeu de paume. Ce nouveau local reçut alors la dénomination de Théâtre du Marais. Il était occupé par une troupe de comédiens italiens, pensionnés du roi. Sous le règne du cardinal de Richelieu, Mondori paraît avoir été le chef de cette troupe. Là brillaient Arlequin^ Pantalon, Mézetln, Trivelin, Isabelle, Colombine , le Docteur, etc. La troupe italienne eut un acteur distingué par l'originalité de son jeu, son esprit bouffon et sa pantomime, dans la personne de Tiberio Fiorelli^ dit Scaramouche, homme vicieux, qui fut condamné aux galères en Italie pour ses escroqueries, et fort accueilli en France, surtout pendant la minorité de Louis XIV.
Mondori, beau parleur, était ordinairement chargé de l'emploi d'orateur; c'est lui qui composait et débitait les prologues des pièces. Le cardinal de Richeheu le faisait jouer sur le théâtre de son palais. Cet acteur était admiré dans les rôles de héros comme dans les rôles de bouffons. Il ne voulut jamais adopter sur la scène l'usage des grandes perruques, et y figurait les cheveux cours et crépus. Il mettait trop d'ardeur dans son jeu; en jouant le rôle d'Hérode dans la tragédie de Mariamne, par Tristan, il fut frappé d'apoplexie, et resta paralysé d'une partie de ses membres. Retiré dans une maison de campagne près d'Orléans, il avait entièrement renoncé au théâtre, lorsque le cardinal lui ordonna de venir à Paris pour jouer le principal rôle dans la comédie de l'Aveugle de Smyrne, comédie dont ce cardinal était auteur avec l'abbé Desmarets. Ce comédien malade obéit à cet ordre barbare. Il fit des efforts pour remplir le vœu du terrible maître ; mais il ne put jouer que dans deux actes de cette pièce. Mondori se retira dans sa maison comblé de pensions qu'il tenait de la munificence de Richeheu et de ses courtisans.
La licence des scènes théâtrales devenait intolérable pour un temps où le goût et la politesse faisaient des progrès. Les habitudes grossières du vieux temps se maintenaient, mais elles commençaient à paraître scandaleuses. Les indécences de la scène furent prohibées, mais non entièrement bannies, par des lettres patentes du roi, données le 16 avril 1641. On y fait défense « à tous » comédiens de représenter aucune action malhonnête, d'employer aucune pa- " rôle lascive ou à double entente, à peine d'être déclarés infâmes, etc. »
THÉxVTRE DU PALAIS-ROYAL. Ce fut pour faire jouer sa tragédie de Mirame, que le cardinal de Richelieu fit bâtir ce théâtre contigu à son palais. La représentation lui coûta, dit-on, 2 ou 300,000 écus. Sur ce théâtre, on ne jouait que des tragédies, des tragi-comédies, des comédies héroïques, qu'étaient chargés de composer Pierre Corneille, Rotrou, de L'Estoile, Bois-Robert, Collotct, l'abbé
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Dosniarets, etc. Le cardinal oonlribiiait, en tout ou en partie, à ces productions draniaticpios, et paraissait llatté qu'on les crût son ouvrage.
Monllleuri, acteur le plus renomme de ce théâtre, dont le nom de famille était Zacharie Jacob, fut admis dans la troupe royale en 1G3(). On attribue sa mort aux efforls qu'il lit en jouant le rôle d'Oreste; car les acteurs ([ui criaient le plus, qui se donnaient les mouvements les plus violents, étaient surs d'obtenir lessulVrages de la cour. 11 avait le ventre si gros qu'il portait pour en soutenir le poids un cercle de fer à sa ceinture. « Il fait le fier, disait de lui Cyrano de »' Bergerac, parce qu'on ne peut le bàfonner tout entier en un jour. » Sur ce théâtre, en lf)3(), parut la tragédie du Cid, qui, en 1639, fut suivie des Horaces et de Cinna. Ainsi ce théâtre, favorisé par un puissant protecteur, fut presque en même temps le berceau et le char triomphal de la tragédie.
Nous citerons pour mémoire le théâtre à'Avenet^ situé rue Michel-le-Comte. On y jouait des comédies et des farces. 11 ne subsista pas longtemps.
TUÉATRE DE TABAKiN, situé placc du Pout-Ncuf, du C(3té de la place Dauphine. Paris, autrefois bien plus qu'aujourd'hui, était le domaine très-productif de toute espèce de charlatans. Je n'entends parler ici que de ceux qui vendaient des remèdes à tous les maux, et qui, par ce seul moyen, vivaient aux dépens de la multitude ignorante et crédule.
Peu de temps avant l'établissement de Tabarin, on voyait dans la cour du Palais, à Paris, sur un théâtre, il slgnor Hieronimo^ magnifiquement vêtu, décoré d'une chaîne d'or, et vendant de l'onguent contre la brûlure. Il avait pris à gage un bouOTon de l'hôtel de Bourgogne, nommé Galinelte la Galine, et, en outre, quatre joueurs de violons, lesquels, le premier par ses bouffonneries, les seconds par leur bruit, attiraient les regards et l'attention des passants. Le seigneur Hieronimo se brûlait publiquement les mains avec un flambeau jusqu'à ce qu'elles fussent couvertes d'ampoules; il se donnait des coups d'épée à travers le corps. Aussitôt il appliquait son baume; et le lendemain il montrait aux nombreux assistants qui se pressaient autour de son théâtre les plaies faites la veille guéries et cicatrisées et les ravissait en admiration.
Tabarin ne faisait point de pareils tours de force. H n'était qu'un bouffon gagé par un nommé Mondor, vendeur de baume et d'onguent. Il jouait le rôle d'un niais, et proposait à son maître les questions les plus ridicules, que celui-ci, vôtu en habit de médecin, portant la longue barbe au menton, résolvait gravement en termes de la science. Tabarin, toujours mécontent des solutions de son maître, en donnait d'autres qui paraissaient inspirées par les habitudes contractées dans les lieux de débauche. Alors le maître contrefaisait l'homme courroucé, répondait souvent aux questions et aux solutions ridicules de Tabarin en le qualiliant de gros âne, de maraud, etc. Tel était le mécanisme des scènes que ce charlatan et son valet jouaient sur leur théâtre, scènes qui pendant plusieurs années attirèrent a son théâtre presque toutes les classes des habitants de Paris. Plusieurs écrits attestent la renommée d'un tel spectacle, dont Boileau ()arle, mais avec mépris.
Le théâtre de Tabarirj est figuré sur une vignette de ses œuvres. On y voit représenté le maître, en habit doctoral, la tète couverte d'un bonnet basque, le
4H HISTOIHE DE PARIS
menton orné d'une longue barbe, et tenant en ses mains des boîtes d'onguent. Il paraît s'adresser à son valet Tabarin, qui, coifTé d'un chapeau d'arlequin, vêtu d'une souquenille et d'un large pantalon, porte à sa ceinture une batte d'arlequin et fléchit les genoux en y portant les deux mains. Son visage est couvert d'un masque. Sur l'arrière-plan est une femme assise, coiffée d'une toque ornée de plumes; devant elle est une grande cassette ouverte, contenant des pots ou boîtes de baume.
ÉTAT PHYSIQUE DE PARTS
Soixante-neuf maisons religieuses, vingt d'hommes, quarante-neuf de femmes, et quelques autres établissements pieux ou civils, tous composés de grands bâtiments, cours, jardins et enclos, fondés à Paris sous le règne de Louis XllI, devaient y occuper un espace considérable, et faire, pour ainsi dire, déborder les bâtiments de cette ville hors de son enceinte. Une autre cause avait accru la population et le nombre des maisons de Paris. La paix intérieure, depuis si longtemps bannie de Paris, rétablie par Henri IV, ayant ramené l'aisance et la sécurité, une multitude d'habitations nouvelles s'éleva dans cette ville et dans ses faubourgs. On songea aussi à protéger par une enceinte plus vaste une partie des maisons, hôtels, monastères établis dans les faubourgs du nord.
ACCROISSEMENT DR l'enceinïe DE PARIS. En 1626, uu nommé Boyer, secrétaire du roi, proposa de faire construire entièrement la partie septentrionale de l'enceinte, mais son projet ne fut pas exécuté.
En 1631, Barbier, intendant des finances, se chargea de faire construire une enceinte qui commencerait à la porte Saint-Denis, suivrait, le long des Fossés- JaunesÇi^rès la rue Bourbon-Villeneuve), jusqu'àla nouvelle porte Saint-Honoré. 11 fut tenu aussi de bâtir deux autres nouvelles portes, l'une au bout du faubourg Montmartre, et l'autre entre ce faubourg et celui de Saint-Honoré; d'abattre les anciens murs, les anciennes portes qui se trouvaient depuis la porte Saint-Denis jusqu'àla porte Neuve; de combler les anciens fossés, où l'eau croupissait, etc. En conséquence, les anciennes portes Montmartre et Saint-Honoré furent démolies et l'on bâtit des boucheries sur leur emplacement. On éleva dans la rue de Richelieu, vers la rue Fe^deau, une nouvelle porte qui a subsisté jusqu'en 1701.
Sur l'emplacement enserré dans cette nouveUe enceinte furent ouvertes, peu de temps après, les rues de Cléry, du Mail, Neuve-Saint-Eustache ; celles des Fossés-Montmartre, Saint-Augustin, des Victoires, de Richelieu, Sainte-Anne, des Petits-Champs, etc. La butte Saint-Roch s'élevait au nîiilieu de ces nouvelles constructions, et conservait encore sa hauteur, sa forme agreste et ses moulins à vent. — Outre ce quartier, on en vit alors commencer et se terminer plusieurs autres. L'église de Notre-Dame-de-Bonnes-Nouvelles fut bâtie en 1624; et plusieurs rues construites à l'entour reproduisirent l'ancien village de la Ville- Neuve, situé autrefois sur cet emplacement, détruit pendant le siège de Paris. Le Marais, quartier dont une grande partie, encore en culture, n'offrait que de vastes enclos, se couvrit aussi de maisons cl de rues nouvelles. En 1630 sur l'em-
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sous I.OIMS Mil. 415
placement de la rue (lultiue-Sainl-iiervais, on (laea les mes de Saint-Aiiastase Saint-Gervais;et, en KJIJH, celles d'Anjou, de Beaujolais, de Heauee, de IJourgoji^ne, de Bretagne, du 1 orez, de la Marche, du l*erclie, etc., furenl ouvertes. Henri IV voulut établir au Marais une place d'une grande étendue, qui devait porter le nom àa place de France, à lacpielle auraient abouti huit lues, laiges chacune de six toises, bordées de ])àtiments unilbrmes, et désignées toutes par une dénomination géographique. Telle est l'origine des noms de province que portent la plupart des rues de ce quartier. — L'île Saint-Louis fut, sous ce règne entièrement couverte de maisons, et donna à la ville de Paris un nouveau quartier régulièrement construit.
Dans l'île de la Cité, la rue Sainte-Anne, près du Palais, fut ouverte en 1631 ; la rue Saint-Louis, qui n'existe plus, le fut en 1630. — Au faubourg Saint-Germain, sur l'emplacement du petit Pré-aitx-Clercs, et sui' celui qu'y occupaient l'hôtel et les jardins de la reine Marguerite, on ouvrit la rue des Petits-Augustins et quelques autres. Sur le gruîid Pré-aux-Clercs, la rue Saint-Dominique, autrefois nommée le Chemin-aux -Vaches, et les rues de Bourbon, de Verneuil, etc.
Paris fut aussi pendant ce temps orné de vastes édifices, de soixante-neuf maisons religieuses, de trois églises paroissiales, de quelques hôpitaux, du palais du Luxembourg, du Palais-Cardinal ou Boyal, de la Sorbonne, du collège Du Plessis, des bâtiments et du Jardin des Plantes, et d'autres établissements, dont j'ai parlé, etc., etc. Cette ville reçut une face nouvelle.
L'aqueduc d'Arcueil porta le bienfait de ses eaux dans les jardins du Luxembourg et dans plusieurs quartiers de l'Université et du faubourg Saint-Germain. — L'hôtel de Nevers figurait avec distinction sur l'emplacement de l'hôtel des Monnaies. Le mur de ses jardins bordait le quai jusqu'à la rue Guénégaud; et ce quai, dépourvu de parapet, se terminait entre l'hôtel des Monnaies et le collège des Quatre-Nations.
La tour de Nesles, ainsi que la porte de ce nom, située sur la rive gauche de la Seine; la tour du Bois sur la rive opposée, tour qui s'élevait beaucoup plus haut que le comble de la galerie du Louvre, et la Porte Neuve, qu'elle protégeait, existaient encore. Chacune de ces deux tours, rondes, très-élevées, était accouplée à une seconde tour ronde d'un moindre diamètre, mais dont la hauteur surpassait de plusieurs toises la tour principale. L'ancien Louvre était encore entouré de fossés alimentés par les eaux de la Seine. — La façade de ce palais, du côté de Saint-Germain-l'Auxerrois, conservait encore son ancien caractère. Elle était terminée aux deux angles par deux tours rondes couvertes d'un toit en forme conique. On arrivait à la porte principale par un pont composé d'arches en pierres et d'un pont-levis.
Le jardin des Tuileries était séparé du palais de ce nom par un espace assez considérable et par une rue qui portait le nom de ce jardin. Ce jardin, le Coursla-Reine, les jardins du Luxembourg, des Plantes et du Palais-lioyal étaient avec le Pré-aux-Clercs les seules promenades de Paris; mais tous les Parisiens n'avaient pas le droit d'en jouir.
Le Pont-Neuf était le rendez-vous commun des étrangers, le lieu le plus passant de la ville. On le trouvait constamment couvert d'une foule de curieux, de
charlatans qui vendaient de l'onguent et jouaient des farces, de banquistes qui faisaient des tours de gobelets, de marchands de chansons, qui les chantaient, de jeux de marionnettes, de marchands de joujoux, de quincaillerie, délivres, etc. 11 présentait des scènes très-variées et un tableau fort animé.
Voilà le beau côté, la face riante et gracieuse de Paris récemment embelli. Examinons cette ville sous une autre face. Les tours de Nesle et du Bois, la façade du Louvre et ses tours rondes, les édifices du Grand et du Petit- Châtelet, le Palais de la Cité, la forteresse du Temple, celle de la Bastille, la plupart des tours emportes de l'enceinte de la partie méridionale de Paris, etc., conservaient encore à cette ville les traits prononcés de son ancienne barbarie, un aspect menaçant et féodal.
Si nous parcourons l'intérieur, nous y voyons des rues très-étroites, tortueuses, bordées, de loin en loin, de quelques édifices somptueux ou solides, mais dont les intervalles étaient rempHs par des maisons mal bâties, ou plutôt par de pauvres baraques : nous y voyons l'opulence avoisinant beaucoup de misère. L'état des rues n'était pas plus satisfaisant que celui des maisons qui les bordaient : fangeuses, obstruées souvent par des immondices, des fumiers, et inondées d'eaux stagnantes et corrompues, elles blessaient également la vue et l'odorat.
Paris ressemblait assez bien à un homme pauvre et orgueilleux qui porterait des vêtements dorés sur un linge sale et peuplé de vermine.
ÉTAT CIVIL DE PABÏS
Rien ne fut changé dans Paris relativement à l'état civil des habitants; les mêmes désordres régnaient; et, malgré le grand nombre de magistratures et d'officiers de justice, les attroupements, les vols, les assassinats même, se commettaient en place publique, en plein jour, et presque toujours impunément.
C'est un trait de caractère assez remarquable que des arrêts du parlement, qui, rendus contre les vagabonds armés, pillant, assassinant dans la ville, dans les faubourgs, dans ses environs; rendus sans cesse contre les insolences et les voies de fait des pages et des laquais, l'étaient toujours inutilement. Le renouvellement continuel du remède prouvait la continuité du mal.
Les seigneurs de la cour donnaient d'ailleurs aux vagabonds, aux voleurs de jour et de nuit, aux pages et aux laquais, l'exemple des infractions des ordonnances et du mépris pour les autorités : j'en rapporterai ailleurs plusieurs preuves. Je me borne, quant à présent, à celle-ci : Le baron de Beauveau, accusé de fabriquer de la fausse monnaie, crime dont plusieurs nobles se rendirent coupables au dix-septième siècle, était détenu dans les prisons du Châtelet. Son procès se continuait, lorsque de Vitry, capitaine des gardes du roi, et l'exempt Malleville, accompagnés d'un grand nombre de gens armés et munis de pétards, se présentent pendant la nuit au Châtelet. Ils battent et mettent en fuite les archers, brisent les portes de la prison, en tirent le baron de Beauveau, vont dans la maison du lieutenant de robe-courte, l'insultent, et y commettent plusieurs violences. Le parlement, informé de ces excès, ordonna que
sous LCHIIS XIII. 417
les perturbateurs seraient arrêtés et emmenés prisonniers dans ia (Conciergerie, etc.; vaine ordonnance! Le délit dont se plaignait le parlement fut approuvé jiai- la cour et par le roi lui-même.
Ces faits, et plusieurs autres que je pourrais ajouter, sufTisont pour prouver que la justice était alors à Paris sans force, contrariée dans son action par la féodalité, et qu'il n'y avait sûreté dans cette ville ni pour les personnes, ni pour les propriétés.
Les rues n'étaient point encore éclairées pendant la nuit, ou ne l'étaient que faiblement et dans quelques quartiers. On sait qu'auparavant, et dans les temps d'alarme seulement, on obligeait les Parisiens à placer, pendant la nuit, des seaux d'eau à leur porte et des lanternes à leurs fenêtres. Ceux qui parcouraient nuitamment les rues de Paris portaient avec eux des lanternes dont l'usage ne fut généralement établi que sous Louis XIV.
ÉTAT CIVIL DES PROTESTANTS. Lcs étcmels cuncmis des protestants persistaient dans le projet de les détruire; et, ayant échoué dans leurs tentatives d'une seconde Saint-Barthélemi qui devait avoir lieu après l'assassinat de Henri IV, ils profitèrent du moment où le roi prit les armes contre les ducs de Rohan et de Soubise, chefs des protestants insurgés dans le Poitou, la Saintonge, etc., pour essayer d'exterminer ceux qui vivaient paisiblement à Paris.
Le dimanche 26 septembre 1621, leducdeMontbazon, gouverneur de la ville, informé de ce projet, donna une escorte aux Parisiens qui se rendaient à Charenton pour assister au p/êche : les lieutenants civil et criminel, le chevalier du guet et leurs archers fortifiaient cette escorte. Les protestants n'éprouvèrent aucun trouble dans leur prêche du matin, mais à leur retour de celui del'aprèsdînée, ils furent assaillis en chemin, près la Vallée de Fécan^ vers la rue actuelle de ce nom, par une troupe de vagabonds qui attaquèrent d'abord ceux qui étaient en carrosse et à cheval. Les protestants qui se trouvaient à pied se réunirent aux archers de leur escorte, et, pourvus d'armes, ils opposèrent une vigoureuse résistance. Les brigands, découragés, s'occupèrent alors moins à combattre qu'à insulter et piller ceux qu'ils trouvaient sans armes. Sur leur chemin, ils rencontrèrent plusieurs particuliers qui n'étaient point protestants, et, sous le prétexte de s'assurer s'ils avaient des chapelets, et s'ils étaient catholiques, ils leurs enlevaient leurs bourses.
Cependant les protestants avec leur escorte, après avoir soutenu l'attaque de la vallée de Fécan, se disposaient à rentrer dans Paris par la porte Saint- Antoine, lorsqu'ils furent encore assaillis par une nouvelle troupe de brigands apostés près cette porte. 11 fallut livrer un nouveau combat. Les magistrats, le chevalier du guet et leurs archers firent tous leurs efforts pour contenir la fureur de cette populace; mais ils ne purent complètement réussir.
Le prévôt des marchands ordonna, le même soir, à tous les capitaines de la ville, d'établir des corps de garde dans leurs quartiers respectifs, afin de contenir les séditieux. La nuit fut plus calme. Le lendemain, le j)arlement rendit un arrêt qui ordonnait de promptes informations contre les meurtres et les incendies de la veille, avec des défenses, sous peine de la vie, de faire aucune assemblée. Mais, comme si les chefs de la sédition eussent voulu braver
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le parlement et tourner ses arrêts en dérision, ils remirent le même jour leurs satellites en mouvement. Les uns allèrent à Charenton, y pillèrent et ruinèrent sans obstacles deux maisons restées intactes, appartenant à des protestants ; d'autres, attroupés au faubourg Saint-Marcel, se livrèrent à divers excès. 11 y eut trois personnes de la religion protestante massacrées, et quelques séditieux tués. Ces derniers, informés que les protestants, pour éviter la mort, s'étaient réfugiés dans les bâtiments des Gobelins, s'efforçaient d'en briser les portes. M. de Montbazon, averti de leur dessein, s'y transporta avec des forces, chercha par des discours à dissiper l'attroupement, et se retira.
A peine fut-il éloigné que les séditieux se livrèrent à de nouvelles violences; ils se portèrent notamment dans la rue des Postes, où ils pillèrent deux maisons. Les magistrats, assistés de la force armée, s'y rendirent aussitôt, et surprirent quatre de ces pillards chargés de hardes qu'ils avaient enlevées. Deux de ces voleurs furent, le lendemain, pendus en place de Grève avec des écriteaux portant ces mots : Séditieux jaisears d'émotions. Les deux autres furent, le même jour, flétris et fouettés, la corde au cou, et bannis pour neuf ans. Ces exécutions étouffèrent momentanément la sédition; et les chefs ajournèrent leurs projets. A la place du temple ruiné, on en fit construire un nouveau en 1623 plus vaste et plus magnifique, sur les dessins de Jacques de Brosses.
On voit par le récit de ce mouvement que l'autorité publique n'avait pas la force de prévenir une sédition, quoique le projet lui en fut connu ; qu'elle n'avait pas celle d'en arrêter les progrès; enfin qu'elle ne pouvait, tout au plus, qu'en tempérer la violence.
CHAMBRE DE JUSTICE. C'cst ici le licu de placer une notice sur la chambre de j ustice établie à l'Arsenal, tribunal de sang, institué par le cardinal de Richelieu pour répandre l'effroi dans Tàme de ses ennemis, et donner quelques couleurs légales aux assassinats que son ambition méditait. Pour n'effaroucher personne sur rétablissement de ce tribunal extraordinaire, ce cardinal déclara d'abord qu'il n'aurait pour unique attribution que le crime défausse monnaie^ et ensuite qu'il jugerait plusieurs autres crimes.
On commença par faire le procès à quelques faux monnayeurs; et, au sujet d'un gentilhomme nommé Henri de Grèce, sieur de Vaugrenier, accusé de ce crime, il s'éleva entre la nouvelle chambre et le parlement une querelle assez vive. Le parlement avait déjà commencé la procédure, et l'accusé était dans les prisons de la Conciergerie. Néanmoins la chambre de l'Arsenal ordonna que les pièces du procès, ainsi que l'accusé, lui seraient délivrés. Le parlement s'opposa à l'exécution de cette ordonnance, et, le 18 novembre 1631, défendit aux greffiers, huissiers, sergents, concierges, d'y obtempérer. Alors la chambre de l'Arsenal, voyant son ordonnance méprisée, voulut faire arrêter le greffier du bailliage du Palais, et fit emprisonner à la Bastille le lieutenant-général de ce bailliage. L'avocat du roi Bignon s'éleva vivement contre ces formes violentes et extraordinaires, déclama contre la chambre de l'Arsenal, se plaignit notamment de ce que cette chambre, ayant condamné deux faux monnayeurs à mort, les avait fait exécuter en place de Grève pendant la nuit. 11 demanda qu'il fut fait contre ces expéditions nocturnes des remontrances au roi. Le parlement dé-
sous LOUIS Mil. ill>
(•ida que les remontrances seraient faites. V(3iià la guerre allumée entre le parlement et le bailliage du I^alais, d'une part, et le conseil du roi et la chambre de l'Arsenal, d'une autre part : guerre démonstrative des vices du gouvernement, de la faiblesse de ses institutions et du peu de garantie qu'elles oflVaient à la sécurité des citoyens.
Le conseil du roi n'attendit pas que le parlement vînt faire ses remontrances. Le 31 décembre lo:)! , il annula tout ce qu'avait fait cette cour contre la chambre de l'Arsenal; de plus, il ordoima au parlement de se rendre auprès du roi, qui alors était en Chami)agne. La députation du parlement fut obligée de s'y rendre. Louis Xni recevait facilement les impressions de ceux qui le maîtrisaient, et secondait très-bien, par sa colère et la rudesse de ses paroles, les passions de Richelieu. Il lit longtemps attendre son audience, et reçut avec beaucoup d'humeur cette députation, qui s'en revint sans avoir rien obtenu.
Les membres de la chambre de l'Arsenal purent alors, sans craindre le moindre obstacle, servir les vengeances du cardinal de Kichelieu, et remplir l'indigne fonction de condamnateur. Les prisons se remplirent de victimes destinées à réchafaud. La place de Grève et le carrefour de Saint-Paul furent illustrés par le nombre, la qualité, et souvent par l'innocence de ceux qui y perdirent la vie ou qui y furent exécutés en effigie.
La chambre de l'Arsenal subsista jusqu'à la mort de son fondateur, le cardinal de Richelieu. Il y eut en outre dans diverses villes des commissions spéciales créées pour juger de pareils coupables. On connaît les exploits de celles d'Amiens, de Lyon et de Toulouse, etc. Le cardinal de Richelieu établit de plus une Chambre souveraine à Rueil, village situé à trois lieues de Paris, dans le château même qu'il habitait, pour y juger le maréchal de Marillac et autres.
CHAMBRE DU DOMAINE. Par lettres patentes du 26 septembre 1631, le cardinal institua une Chambre du Domaine, chargée de confisquer et de réunir au domaine du roi les terres et biens meubles appartenant aux condamnés qui suivaient le parti de la reine, mère de Louis XIII, et de Gaston, frère de ce roi. Elle fut permanente jusqu'à la mort de Richelieu.
A ce tableau de l'état civil de Paris ajoutons un changement remarquable qui eut lieu, sous le même règne, dans le clergé de cette ville. Ce clergé était présidé par un évêque qui, depuis les premiers- établissements du christianisme dans la Gaule, dépendait de l'archevêque de Sens. Les événements politiques avaient donné à Paris une grande supériorité sur sa métropole ecclésiastique; on désirait, depuis longtemps, que l'évêché de la capitale du royaume fût distrait de la dépendance du prélat de la petite ville de Sens, et fût érigé en archevêché. Henri de Gondy, cardinal de Retz, évêque de Paris, mourut le 13 août 1622; quelques mois auparavant était mort l'archevêque de Sens. Cette conjoncture leva beaucoup de difficultés, et l'on viola sans hésitation l'antique hmitation des diocèses et des juridictions ecclésiastiques. Paris fut érigé en archevêché par une bulle du 20 octobre 1622, confirmée par lettres patentes du roi, du mois de février 1623, et enregistrée au parlement le 8 août suivant. On lui adjoignit pour sulfragants les évêchés de Chartres, de Meaux et d'Orléans, que l'on démembra de rarchevêché de Sens. Jean-François de Gondy, doyen de
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Notre-Dame, coadjuteur et frère du dernier évoque de Paris, en fut le premier archevêque.
TABLEAU MORAL DE PABIS
Le gouvernement français, né de la barbarie, conservait encore presque toutes les imperfections de sa malheureuse origine : la jeunesse de Louis XIII, la faiblesse de son caractère, même dans l'âge viril, son incapacité, celle de sa mère régente, ouvrirent la carrière aux excès de la féodalité et à toutes les ambitions. Le mal, partant du centre du gouvernement, et s'étendant jusqu'aux extrémités du pouvoir, jusqu'aux dernières administrations, ne perdait rien par cet éloignement, et semblait en acquérir plus d'énergie : il pénétrait partout.
L'administration de la justice, faible et mal constituée, accessible à la corruption et à tous les abus, tentait de réparer d'une main les désordres qu'elle faisait naître de l'autre; elle voulait contenir les excès résultant de la forme vicieuse du gouvernement, et l'on a vu, dans la section précédente, la preuve de son impuissance. Une législation vague, incertaine, laissait un champ vast*» à l'arbitraire; et, à la faveur des formes compliquées, innombrables, de la procédure, la chicane et la mauvaise foi pouvaient manœuvrer sans péril.
L'organisation des finances était plus embarrassée et plus vicieuse encore : elle semblait formée exprès pour protéger les supercheries, les rapines, les dilapidations. De nombreuses et vives réclamations s'élevèrent, dans les années 1614 et 1615, pendant la session des états généraux tenus à Paris; d'énormes abus furent dévoilés. Le gouvernement vit la grandeur du mal; mais il ne savait ou ne pouvait y appliquer le remède. Les édits bursaux, ou lois de finances, ressource ordinaire contre les besoins dévorants de la cour, avaient amené la vénalité des magistratures, des emplois, des dignités, etc., etc. : ces édits accueillaient les richesses et repoussaient le mérite. — Par le régime féodal, le hasard de la naissance tenait lieu de talents, de génie et de vertu. Dépourvu de ces qualités, le noble n'en était pas moins honoré; doué de ces qualités, le roturier n'en était pas moins avili. Telles sont les principales causes de la corruption générale ; je vais décrire quelques-uns de leurs effets.
Le règne de Louis XUI se divise en deux parties distinctes : la première offre onze années de basses intrigues, de querelles, d'envahissements d'autorité, de guerres civiles et d'anarchie; la seconde est signalée par dix-huit ans de la tyrannie d'un homme tourmenté par l'ambition la plus effrénée, dévoré par une soif inextinguible du pouvoir, et qui, pour les satisfaire, s'abandonna aux manœuvres les plus audacieuses et les plus criminelles.
II ne peut y avoir de bonnes mœurs, il ne peut y avoir qu'une grande corruption dans un État où les hommes puissants peuvent impunément, et sans cesser d'être honorés, attenter aux persoinies, aux propriétés et à la tranquillité publique; dans un État où l'or et la naissance préservent de l'infamie ou de réchafaud , où ce métal est préféré aux talents et aux vertus. C'est ce que l'on voit sous le règne de Louis XIIL
sous LOUIS XIII. 4t>l
Les princes el seigneurs étaient soumis aux règles d'un honneur fort étrange. Ils pouvaient nian(|uerà leur parole, violer leurs serments, se livrer aux intrigues les plus abjectes et se souiller de crimes, et cet honneur invulnérable n'en recevait aucune atteinte; mais le reproche de ces actions viles, mais un mot échappé sans dessein, une vérité présentée sans ménagement, la faute la plus légère même involontairement commise contre les importantes lois de l'étiquette, du cérémonial, des préséances, blessaient gravement cet honneur, devenaient des attentais irrémissibles : tout alors était permis, tous les excès étaient des devoirs, et la vengeance devenait une vertu. Cependant les amis s'entremettaient souvent pour arrêter les mouvements de cet honneur outragé, et parvenaient facilement à réconcilier des hommes qui, quelques moments auparavant, juraient de s'arracher réciproquement la vie. L'accommodement, aussi misérable que la querelle, s'opérait par des scènes préparées et même écrites que l'on faisait jouer aux deux antagonistes, et où chacun d'eux récitait des formules de compliments et de protestations d'amitié et de service qu'on leur avait dictées. C'est ce qu'on nommait satisfaction. Alors cet honneur si farouche était satisfait.
Ce gouvernement, ne pouvant compter sur l'obéissance des princes et seigneurs, tremblant de les voir en état de rébellion, achetait à grand prix cette obéissance; îa reine acheta celle des Guises en augmentant leurs pensions, qu'elle porta jusqu'à cent mille livres, et en donnant au duc de ce nom une somme de deux cent mille écus pour payer ses dettes. Le prince de Condé vendit sa soumission à la reine pour la somme de 100,000 francs, 1 hôtel de Condy et quelques places qui lui furent données. Les autres princes ne manquaient pas de les imiter; mais souvent, après en avoir reçu le prix, ils retiraient la marchandise; et l'histoire de ce temps fourmille de ces bassesses et de ces perhdies. — Ces princes et seigneurs ne se bornaient pas à troubler l'État par leurs viles passions, à envahir les emplois et les tinances, à donner au peuple de nombreux exemples de, mauvaise foi et d'immoralité; ils propageaient les erreurs les plus stupidesicar, en matière de croyance, les habitants des cours n'étaient alors guère plus avancés que ne le sont les femmes de village.
Le pubhc, en matière de croyance, imitait la cour. En 1615, au mois de mars, le diable étrangla deux magiciens à Paris : l'un, appelé CésaVf faisait tomber à sa volonté la grêle et le tonnerre, avait un esprit familier et un chien qui portait ses lettres et lui en rapportait les réponses. Il fit une image de cire pour faire mourir en langueur un certain gentilhomme. H composait des philtres pour que les jeunes gens fussent aimés des jeunes tilles, allait au sabbat, et se vantait d'y avoir obtenu les faveurs d'une grande dame de la cour. Il était prisoimier à la Bastille lorsque, le 11 mars 1613, le diable vint avec un grand bruit l'étrangler dans son lit. Ce qui est plus certain, c'est qu'il faisait métier de montrer le diable aux dupes qui payaient pour le voir.
L'autre, qu'on ne nomme pas, était un Florentin appelé RiKjfjieri, abbé de Saint-Mahé, empoisonneur, qui demeurait chez un maréchal de France, et qui, quatre jours après la mort de César, fut, dit-on, assailli par le diable avec un tintamarre ellVoyablo, et étranglé pendant la nuit. — Lu 16:n, la chambre de jus-
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tice siégeant à l'Arsenal condamna Adrien Bouchard^ prêtre, et Nicolas Gargan, à être pendus, parce qu'on avait trouvé chez eux deux livres de magie écrits sur du parchemin, une étole noire et un petit calice d'étain. Il n'était sorte de profanations, de sacrilèges et d'impiétés qu'ils n'eussent employés, dit-on, pour faire périr par sortilège le cardinal de Richelieu.
Quelles personnes à la cour n'étaient pas persuadées que le curé de Loudun, Urbain Grandier, était un magicien; qu'il avait logé des diables dans les corps des religieuses ursulines de cette ville; que Léviathan, chef de cinquante démons, était, par la vertu des exorcismes, sorti du corps d'une de ces filles; que le diable Balaam, par la même vertu, avait abandonné le corps de la mère prieure de ce couvent ; enfin que le diable avait écrit une lettre à Urbain Grandier, datée de son cabinet en Enfer? La cour et les gens stupides y croyaient. Les agents du cardinal qui le condamnèrent n'y croyaient pas, et voulaient y faire croire ; les gens instruits n'y croyaient pas, et s'indignaient de voir jouer une farce aussi ridicule, aussi insultante à la raison, à la vérité, et dont le dénoûment fut horrihie.
Si les erreurs et les superstitions de la barbarie se maintinrent pendant le règne de Louis Xlll ; si les désordres de la féodalité troublèrent la cour et désolèrent la France; si les princes s'arrachèrent les lambeaux de l'autorité et les restes de la fortune publique, il faut en accuser les vices du gouvernement.
Richelieu parut; et, s' étant rendu maître de tous les pouvoirs, il imposa silence à tous ceux qui y prétendaient, les frappa sans ménagement, paralysa toutes les petites ambitions, pour mieux faire prospérer la sienne ; et , siir les ruines de l'anarchie féodale, fonda son despotisme absolu. Si la féodalité cessa d'agir alors contre le roi, elle conserva toute son activité contre le peuple; il eut le même fardeau , et un fardeau plus lourd à supporter. Pour envahir l'autorité suprême, à combien d'intrigues, d'impostures et de manœuvres immorales n'at-il pas dû se livrer, et, pour se maintenir dans ce haut degré de puissance, que d'iniquités n'a-t-il pas dû commettre? Les plus grands crimes, lorsqu'il les jugeait nécessaires, n'arrêtaient point sa marche ambitieuse. La violence, la perfidie, la corruption, toutes les ressources du machiavélisme étaient les instruments familiers qu'il savait manier avec habileté. Après l'exil, les prisons et les échafauds, l'espionnage était un de ses puissants moyens. Cet art, si utile aux tyrans, si funeste à la morale publique, fut, par ce cardinal, porté à un degré de perfection auquel, en France, il n'avait jamais atteint. La terreur chez les uns, l'espoir d'un salaire chez les autres, lui procuraient des satellites : ducs, valets, maréchaux de France, soldats, moines, épouses, maîtresses, confesseurs, il était parvenu à tout corrompre ; tous pour le servir s'obligeaient à trahir leurs devoirs, leurs semblables et leur conscience.
Tous ceux qui connaissent l'histoire de ces temps sont convaincus que les confesseurs de la cour servaient non-seulement d'espions au cardinal de Richelieu, mais qu'ils étaient les instruments le plus ordinairement employés par ce cardinal pour diriger les opinions des personnes éminentes. Les jésuites étaient, depuis Henri IV, en possession de diriger les consciences royales. Un auteur du temps trouve très-bon que Louis Mil ail les jésuites pour espions; mais il dé-
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sire cjuc k' roi ne leur coiilie pas ses secrets. Voilà les jésuites confesseurs à la eour, les pères Arnoux et Sigueran, érigés en mouchards; mais ils n'étaient pas seuls, et les mémoires de cette époque attestent que tout l'entouraf'^e de Uiclielieu, gentilshommes, seigneurs, bouft'ons, moines, prêtres et valets étaient plus ou moins entachés de cette turpitude.
A ces actes de tyrannie, à cette institution corruptrice de la morale le cardinal de Richelieu joignait des habitudes très-peu exemplaires. II ne rou"^it pas d'imiter, au dix-septième siècle, les vices des prélats des temps barbares. Comme eux il posséda une grande quantité de bénéfices; comme eux il négligea les atVaires spirituelles, pour se livrer tout entier aux temporelles; comme eux il étala un luxe et une magnificence opposés à l'esprit de la religion dont il était ministre; comme eux il versa le sang et tyrannisa le peuple; comme eux il eut des maîtresses, des bourreaux, et comme eux enfin il prit le casque et l'épée et se montra à la tète des armées. Son exemple eut des imitateurs : on vit de son temps des moines, des prêtres, des évèques, des cardinaux, joindre à leur profession celle de militaire, et se livrer aux dissolutions des camps.
Dans un écrit qui parut sous le règne de Louis XIII, l'auteur passe en revue la plupart des professions de cette ville, et reproche à chacune les vices qui lui sont propres. Dans le même ouvrage, un interlocuteur joint un correctif à ce que cette censure peut avoir d'exagéré, et justifie, tant bien que mal, ces diverses professions. Je vais, sans rien altérer au sens de cette espèce de plaidoirie contradictoire, rapporter alternativement l'accusation et la défense, et mettre les lecteurs en état de juger.
L'auteur commence par les ecclésiastiques, se plaint de leur ignorance de leur vaine présomption. « Combien en voyez-vous, dit-il, qui s'amuseront plutôt » à voir des bagatelles, folies, farces, etc., que d'employer un quart d'heure par " jour à lire quelques bons livres qui pourraient porter profit à eux et au public !
'< Vous en verrez d'autres qui marcheront en habits de soldats, d'autres en » habits de courtisans, d'autres sans tonsure, la barbe à la mode, la perruque en » tète. » Il parle ensuite de ces ecclésiastiques qui sont comblés de bénéfices, tandis que tant de pauvres prêtres demandent l'aumône. Il ajoute que, lorsqu'on se plaint à ces riches piètres de la surabondance de leurs bénéfices, et de ce qu'ils frustrent ceux qui devraient en posséder, ils répondent : C'est pour mon neveu, n'osant dire pour mon fils.
L'auteur parle ensuite des juges. « Vous les verrez quelquefois condamner » quelqu'un, soit à la mort, soit à quelques autres peines, mais pour de i'ar- >' gent : si vous trouvez quelque voleur insigne ou un meurtrier dans votre » maison, et que vous le fassiez conduire en prison, il vous en coûtera de l'ar- )' gent. Si vous demandez justice, on vous demandera si vous vous portez partie. » Si vous dites non, on délivrera le coupable. Si vous dites oui, on s'informera » si vous avez de quoi payer les frais de la procédure, et l'on condamnera le » pauvre misérable à être fiagellè devant votre porte, ou aux galères. » Qu'un homme soit accusé à faux ou pour un léger délit, et qu'il le soit par un ami du juge, alors, sans aucun délai, il est condamné à mort. '< Ainsi, dit l'auteur, on pend les petits larrons, et l?s gros demeurent en vogue.
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L'interlocuteur bénévole ne désavoue aucun de ces faits; mais il dit qu'il se trouve en France, et notamment à Paris, des juges fort pieux et équitables; que s'il en est qui font durer les procès, c'est qu'il leur faut du temps pour découvrir la vérité; que s'ils condamnent les coupables à de légères peines, c'est par compassion, comme l'on « fait, dit-il, à la cour du parlement, qui est plus » douce et plus clémente que celle du Chàtelet. Si les juges sont corrompus, ce » n'est point par amis ou par argent, mais par une punition de Dieu. «
L'auteur parle ensuite des avocats et des procureurs, qui font durer les procès pendant deux ou trois ans et bien davantage, et qui n'agissent pour les plaideurs qu'autant qu'ils en reçoivent des présents. — L'interlocuteur assure qu'il existe des avocats et des procureurs très-hommes de bien; que, s'ils traînent les procès en longueur, c'est que la matière en est difficile. — L'auteur accuse les notaires de faire de faux contrats, de ne point y insérer les formalités nécessaires, et de travailler le dimanche. — L'interlocuteur, pour toute réponse, dit que, si les notaires travaillent le dimanche, c'est qu'ils y sont obligés pour des affaires pressantes, et ne les justifie point du crime de fausseté. — L'auteur accuse les sergents de courir partout pour trouver des coupables. S'ils prennent des voleurs, ils les relâchent aussitôt que ceux-ci leur donnent quelque argent. Ils vont dans de mauvais lieux, et font semblant de mener au Chàtelet ceux qu'ils y trouvent; mais si les hommes arrêtés leur donnent en chemin la pièce, ils les laissent en liberté : « Ce qui est, dit-il, cause » de beaucoup de maux qui se commettent dans la ville, où la police est cor- » rompue, etc. »
L'interlocuteur convient que les commissaires et sergents lâchent quelquefois les malfaiteurs qu'ils ont pris, et dit qu'ils ne le font point pour de l'argent, mais parce qu'ils reconnaissent qu'ils ont saisi l'innocent pour le coupable, ou le plus blessé pour le moins blessé : dans le premier cas, ils font acte de justice; dans le second, acte d'humanité.
L'auteur passe aux marchands de Paris, lis se damnent pour un liard, dit-il, gagnent sur leurs marchandises le double de ce qu'elles leur ont coûté, en vendent de mauvaises, en jurant Dieu et Diable qu'elles sont excellentes. 11 en est qui, pour attirer les chalands, permettent, comme cela se fait au Palais, aux passants d'entrer dans leurs boutiques, et, pour « peu de chose, et quel- » quefois pour rien, leur laissent la liberté de parler à leurs femmes, de leur »> dire des choses lascives, avec attouchements et regards..., le tout pour vendre » une douzaine d'aiguillettes de soie, un collet à la mode, une bourse d'enfant, » une dragme ou deux de parfum pour la perruque, ou bien pour une petite « épée de bois, à mettre au côté d'un enfant; ainsi pour peu de chose. »
L'interlocuteur répond à ces reproches que les marchands ne peuvent pas se damner pour un liard; que, lorsqu'ils jurent que leur marchandise est bonne, c'est qu'ils la croient telle. Quant aux marchands du Palais, qui permettent aux acheteurs de caresser leurs femmes, il les justitie en disant que ces prétendus acheteurs sont peut-être les parents de la marchande, ou ses amis, qui lui parlent d'affaires ou de piété. Quant aux attouchements, cela se fait, dit-il, quel- (juefois par jeu, et non par mal. 11 justifie les autres reproches par des raisons aussi péremptoires.
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Les médecins et chimrgieus ont ionr (our; et l'auteur les accuse de ue pas connaître l'effet des remèdes (lu'ils ordonnent, de faire des expériences sur les malades, de ne point visiter ceux qui sont hors d'état de les payer, de prolonj^er les maladies pour tirer plus d'argent de leurs clients, etc. L'interlocuteur répond que les médecins sont savants; mais qu'il en est qui, n'ayant acquis leur science que depuis peu de temps, agissent avec hésitation. S'ils refusent d'aller visitei* les malades pauvres, c'est ([ue ces pauvres sont sujets à des maladies qui ne peuvent être soignées que par les malades eux-mêmes.
L'auteur se plaint vivement de la conduite des tuteurs et curateurs envers leurs pupilles, lis achètent des biens de toute espèce aux dépens des orphelins dont ils administrent les propriétés, tandis que ces malheureux enfants manquent des choses les plus nécessaires : les tuteurs leur refusent tout, les nourrissent à peine, ne leur donnent aucune éducation, et ne leur font pas même apprendre à lire. L'interlocuteur ne nie point qu'il existe des tuteurs qui se conduisent d'une manière aussi criminelle; mais il dit qu'ils sont rares, et ajoute qu'il s'en trouve qui remplissent tous leurs devoirs.
Ici se termine ce tableau des mœurs parisiennes sous le règne de Louis XIII, tableau tracé par une personne, corrigé bien ou mal, adouci ou approuvé par une autre. ïUen n'est ici exagéré : on pourrait même reprocher à l'auteur de cet écrit d'avoir glissé légèrement sur certains désordres, peu choquants pour lui, parce qu'il y était habitué. La prostitution dominait, et l'exemple des ^ra/ïc/Ay entraînait non-seulement les dernières classes de la société, mais encore cette classe moyenne qui se distingue ordinairement des autres par une plus grande régularité de mœurs. Les bourgeoises, marchandes, femmes de procureurs et d'avocats ne rougissaient pas d'une infamie qui entretenait leur luxe et leur orgueil.
Les vols, les assassinats, très-multipliés, se commettaient non-seulement la nuit, mais aussi en plein jour, dans les lieux les plus fréquentés de Paris, à la vue de la multitude qui ne s'en étonnait pas. — On distinguait deux principales espèces de voleurs : les coupe -bourses et les tire-laines. Les premiers coupaient avec adresse les cordons de bourse que les hommes et les femmes continuaient de porter pendue à leur ceinture. Les tire-laines, ou lireurs-de-laines, arrachaient violemment le manteau de dessus les épaules de celui qui le portait. Le Pont-Neuf était le théâtre le plus ordinaire de pareils exploits, le lieu que ces filous trouvaient le plus convenable à l'exercice de leurs talents.
Le règne de Louis XIII est encore caractérisé par la faveur qu'obtinrent les rodomonts, \^s fanfarons, les bravaches, les spadassins^ les duellistes, et surtout ceux qu'on nommait à la cour les raffinés d'honneur.
Les écrivains du temps nous peignent les nobles, la tête ombragée d'un volumineux panache, et portant le manteau de velours et de talï'etas, les bottes blanches et garnies d'éperons, la longue épée au côté, relevant sans cesse leurs moustaches avec deux doigts ou avec une baguette ([u'ils tenaient à la main, ellilant leur barbe, qu'ils portaient alors fort pointue; battant le i)avé, faisant tapage dans les brelans, dans les tavernes et dans les lieux de débauche; n'ouvrant la bouche que pour blasphémer, et pour vanter leur naissance et
leursprétendusexploits. — Les duellistes étaient nombreux à Paris, et acquéraient d'autant plus d'honneur qu'ils avaient fait périr un plus grand nombre d'individus. Le sujet de leur conversation du jour était la quantité des hommes tués la veille. Ils ne s'entretenaient, ils ne se glorifiaient que de meurtres. — Les raffinés d'honneur se composaient de nobles qui surpassaient en irritabilité la femme la plus dilTicile. « Un clin d'œil, un salut fait par acquit, » une froideur, un manteau qui touchoit le leur suffîsoit pour qu'ils appe- » lassent au combat et s'exposassent à tuer celui dont ils se prétendoient offen- » ses, ou à être tués par lui. Quelquefois ces raffinés d'honneur appeloient en » duel un homme qu'ils ne connoissoient pas, et qu'ils prenoient pour un autre; » et quoique l'erreur fût reconnue, ils ne laissoient pas que de se battre et de » s'entre-tuer comme des ennemis. » — A la cour de Louis XIII, les plus distingués raffinés d'honneur étaient Ralagni, qui fut tué en duel en 1613; Pompignan, Végole, le cadet de Suze, Monglas, Villemore, La Fontaine, le baron de Montmorin. Pétris, etc., tous morts sans utilité comme sans gloire, et dont l'histoire^ dit d'Aubigné, ne parlera jamais qu^avec inépris.
C'est au règne de Louis XIII que nous devons les petits- maîtres, le mauvais goût du style burlesque et du style précieux, enflé et pédantesque; que nous devons l'usage plus fréquent de priser et de fumer du tabac; l'usage des vertu- (jalles, vertugardins (vertugardiens) ou vasqnines^ espèce de vêtement de femme qui rendait les deux tiers de leur stature semblable à un tonneau défoncé. Les jupes, enflées par des cerceaux, formaient un cylindre qui cachait la taille et les suites apparentes de l'incontinence des dames. Aussi ce vêtement était-il nommé en plusieurs lieux cache-bâtards, A cette mode ridicule succédèrent les paniers, qui n'étaient pas de meilleur goût.
La presse, qui, sous Henri IV et dans les onze premières années de Louis XIII, jouissait d'une assez grande liberté, fut entièrement asservie par le cardinal de Richelieu. Il prit à ses gages des écrivains qu'il chargeait de prôner ses opérations politiques et sa personne. La Gazette, qui commença à paraître de son temps, ne s'écrivait que sous sa dictée. Il voulut commander à l'opinion comme il commandait à une grande partie de l'Europe.
Richelieu, sans le vouloir peut-être, hâta la marche des connaissances humaines. 11 fonda l'Académie française, dans l'unique dessein, à ce qu'on a dit, de faire critiquer par ses membres la tragédie du Cid. La critique et la discussion en matière de goût s'établirent pour la première fois. On commença k mieux étudier la belle antiquité et à donner des règles à la langue. Ce cardinal faisait de mauvaises tragédies; mais il éleva à Paris un théâtre, le plus magnifique qu'on eût encore vu, et il inspira le goût de la scène tragique.
Ajoutons que, pour la première fois, depuis l'origine de la monarchie, on vit à Paris des ouvrages périodiques. Le Mercure français, dont, à partir de 1611, il paraissait un volume chaque année, contenait le récit des événements publics, les actes du gouvernement et plusieurs pièces historiques relatives à l'état de l'Europe. Les auteurs du Mercure, encouragés par le succès, conçurent le projet d'étabhr un bureau Of adresses, ou dépôt de divers objets de marchandises à échanger ou à vendre, et de faire imprimer el^ publier l'annonce de ces objets.
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Co ()rojet fut mis à exécution on UiliO. Dans la suite, ils imaginèrent de joindriî à ces annonces des nouvelles politiques; et pour la première lois, en 1G:J7, ils mirent au jour une feuille périodi(iue, sous le titre de (iazelte, qm paraissait chaque semaine, et dont la l'euille ne coiUait que deux liards. Ce second ouvrage périodique, qui paraissait à des époques très-rapprochées , et qui l'ut rorij,nne delà Gazette de tmnce, dut contril)uer beaucoup, malgré sa sécheresse, malgré l'influence qu'exerçait le cardinal de Hichelieu sur sa rédaction, à propager les lumières.
L'industrie participa à ce mouvement progressif. En 1514, François Micaire, maître sellier, et Jean de Saint-Blunon, menuisier, obtinrent la permission de mettre en usage une invention dont l'objet était de construire des carrosses plus commodes que ceux dont on se servait alors. Denis de Foligny, d'après ses propositions, fut autorisé, en 1632, à rendre navigables plusieurs rivières qui ne l'étaient pas, telles que celles d'Eure, de Velle, de Chartres, d'Élampes, etc.
— Dans la même année, on réforma l'art de V écriture, qui n'avait d'autre règle que le caprice. Louis Barbedor, syndic des écrivains de Paris, et le nommé Le Bé, fixèrent, par des exemplaires, le premier la forme des lettres françaises, et le second celle des lettres italiennes. Ces exemplaires, déposés au grelYe du parlement, furent gravés et publiés au profit de la communauté des écrivains.
— Dans la même année aussi on imagina de tirer parti des pauvres valides, en établissant à Paris des ateliers de charité. — Le 19 février 1635, le parlement véritia les lettres patentes qui permettent à Jean Boudet, natif d'Agen, de fabriquer des tapisseries d'après un procédé de son invention, et d'en diriger les travaux. — Louis Cellier et Louis Deschamps, habitants de la ville de Grenoble, obtiennent, le 3 février 1642, la permission de fabriquer et de vendre des lampes en forme de chandelles, éclairant dans tous les sens, et consommant une moindre quantité d'huile.
Ce mouvement des esprits, cette tendance au perfectionnement, eurent dans la suite bien plus de rapidité et d'énergie, comme on le verra dans la période prochaine.