PABIS SOUS LOUIS XIV
l'homme au masque de FEB. GUERRE DE LA FROi^DE. — CARACTIJU-: DE LOUIS XIV.
Louis XIV naquit à Saint-Cermain-en-Laye, le 5 septembre 1638, et reçut le surnom de Dieu-donné, ou do7îné par Dieu. Cette dénomination su[)pose une naissance extraordinaire. Ce prince naquit avec deux dents. Cette dentition a fait soupçonner que l'époque assignée publiquement à sa naissance n'était pas la véritable : on a fortiiié ces soupçons par d'autres faits.
Anne d'Autriche, sa mère, resta stérile pendant vingt-trois ans, ou plutôt ne mit au jour aucun enfant reconnu. Louis XIII, qui la détestait à cause de ses galanteries, vivait constamment éloigné d'elle. Il est probable que la reine.
sentant la nécessité de donner un successeur au trône ou de légitimer une grossesse illégitime, pria mademoiselle de La Fayette, qui exerçait une grande influence sur l'esprit faible et borné de son royal époux, de l'engager à une réconciliation, et à venir partager son lit, et que ce roi, facile à persuader, se laissa conduire dans le lit conjugal. Rientôt après, la reine fut déclarée enceinte : cette déclaration fit naître des fêtes, des Te Deimi; et, le 5 septembre 1638, la reine accoucha d'un fils, nommé depuis Louis XIV.
Voilà l'explication la plus vraisemblable qu'on puisse donner au rapprochement des deux époux; mais cette explication laisse toujours subsister des doutes sur la filiation de Louis XïV. Sa mère, très-galante, put-elle garder pendant vingt-trois ans une exacte fidélité à un époux qui la fuyait et qu'elle n'aimait pas? Les mémoires du temps ne permettent guère d'attribuer à cette reine une continence aussi persévérante. Dans le procès instruit contre le comte de Chalais, qui fut décapité, on voit qu'Anne d'Autriche voulait détrôner Louis XIII, faire déclarer son mariage nul, sous prétexte d'impuissance, et faire enfermer ce roi dans un cloître, et que son frère Gaston, duc d'Orléans, devait monter sur le trône de France en épousant cette reine. Le cardinal de Richelieu arrêta l'exécution de ce projet.
Gaston n'était pas le seul amant de cette reine, et l'on suppose qu'avant de mettre au jour Louis XIV elle avait doimé le jour à un autre enfant mâle, qui devint ce personnage mystérieux, ce prisonnier désigné sous le nom de V Homme au masque de fer.
Si Ton rapproche toutes les notions recueillies sur cet homme mystérieux ; si l'on considère les soins extrêmes que prit Louis XIV pour dérober au public la condition de ce prisonnier et les traits de son visage, on jugera que si son état eût été connu, il eût pu troubler la France et la sécurité de celui qui exerçait le pouvoir suprême.
Si Ton s'en rapporte aux mémoires du duc de Richelieu, ce prisonnier était fils de Louis XIII, et le frère jumeau de Louis XIV; tous deux naquirent le même jour, le 5 septembre 1638, l'un à midi et l'autre quelques heures plus tard. Ge dernier fut celui dont le roi et ses conseillers résolurent de cacher la naissance. On le confia à une dame nommée Péronnette, chargée de sa nourriture ; elle eut ordre de le dire bâtard d'un grand seigneur. Get enfant, avançant en âge, fut, par le cardinal Mazarin, remis à un gentilhomme dont on ignore le nom. Celui-ci lui donna une éducation très-soignée. Arrivé à l'âge de dix-neuf ans, ce jeune homme, inquiet sur l'état de son père, faisait de fréquentes questions à son gouverneur, qui refusait constamment de satisfaire sa curiosité. 11 avait atteint l'âge de vingt-et-un ans, lorsqu'il parvint secrètement à ouvrir la cassette de son gouverneur : il y trouva des lettres de Louis XIV et du cardinal, qui lui donnèrent de grandes lumières sur son état. Étant parvenu à se procurer le portrait de Louis XIV, il dit à son gouverneur : Voilà mon frère.
Alors le gouverneur, craignant l'évasion de son élève et quelque coup d'éclat de sa part, dépêcha un messager au roi, pour l'informer de ce qui venait de se passer. Le roi donna sur-le-champ des ordres pour faire arrêter le gouverneur et son élève. Le premier mourut en prison ; et c'est avant d'expirer qu'il écrivit
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cetlo relation (jui pourrai! l)ioii coiiUMiir (iucl(iiu»s vi'rili's; mais celles soul ch' figurées par dos fictions qui ifamèneul (pio des doutes. Olui (pii l'a roiuposce n'était qu'à demi initié dans le mystère.
11 est certain qu'un jeune homme, dont on avait j^rand soin de caclicT fétat et les traits du visage, passa une grande partie de sa vie dans les prisons; il est certain qu'il fut, en KitKî, conduit au cliàteau de Pignerol, puis transféré, vers l'an 1G86, dans file de Sainte-^larguerite, où le gouverneur, Cinij-Mars, reçut de Louis \IV f ordre de lui faire constiuire une prison ; et (pie de là il fut conduit en litière, par le même Cinq-Mars, à la lîastille, où il entra le 18 sej)tembre 1098, ayant le visage recouvert d'un masque de velours noir. 11 y inouï ut le 10 novembre 1703, et fut enterre dans le cimetière de l'église Saint-Paul, sous le nom de MarchiaU,
On avait ordre de le tuer s'il se faisait connaître. Aussitôt qu'il eut rendu le dernier soupir, on détigura et mutila son visage, dans la crainte qu'il ne lïit déterré et reconnu; les murs de sa prison furent décrépis et fouillés; on craignait qu'il n'y eût tracé quelques mots ou caché des écrits qui auraient décelé son origine; on fit brûler tous les linges, habits, meubles qui lui avaient servi, ainsi que les portes et fenêtres de sa prison ; son argenterie fut fondue, etc. Ces précautions minutieuses, prises pour cacher l'origine et l'état de ce prisonnier, indiquent sans aucun doute un personnage important par la naissance. Ajoutons enfin que les gouverneurs des prisons où il fut détenu, et Louvois luimême, lui parlaient avec respect, debout, et le qualifiaient de mon prince.
Louis XIII étant mort le 14 mai 1643, la régence du royaume fut acquise à Anne d'Autriche. La France alors, livrée aux mains d'un enfant, d'une femme étrangère et d'un cardinal italien placé par Richelieu pour gouverner d'après ses principes, fut de nouveau en proie aux troubles de l'anarchie féodale et aux déchirements des dissensions civiles.
Le règne de Louis XIV se divise en trois parties distinctes : celle de la régence d'Anne d'Autriche, celle où ce roi régna par lui-même, et celle de sa vieillesse.
Le cardinal défunt avait, en mourant, remis les rênes de l'État au cardinal Mazarin. Moins absolu dans ses volontés, moins violent dans leur exécution, Mazarin surpassait peut-être son prédécesseur en souplesse, en déguisement, en immoralité; mais il le surpassait certainement dans l'art de mener une intrigue. Placé dans des circonstances différentes de celles où s'était trouvé Richelieu, ce ministre, maître de l'esprit, et même, dit-on, du cœur d'Anne d'Autriche, eût joui sans obstacle de l'autorité suprême dans toute sa plénitude, s'il n'eût trouvé dans ses ennemis des hommes plus énergiques et pres(iue aussi fourbes que lui. Voici quelle fut f étincelle qui fit éclater l'incendie i)olitique : Déjà môme avant la mort de Louis Xlli des cabales sourdes s'étaient formées contre Mazarin et contre la future régente. Le souvenir du gouvernement du cardinal mort faisait appréhender celui du cardinal vivant. Déjà un puissant parti, composé de princes, de seigneurs et de quelques membres du parlement, tous ennemis de Richelieu, et redoutant le retour des persécutions, s'était formé contre la cour. D'autre part, Anne d'Autriche, pour acheter la sou-
mission de plusieurs hommes puissants, qui auraient pu s'opposer à cequ'eile s'emparât entièrement de la régence, fut forcée d'en faire payer les frais au peuple, en augmentant le poids des contributions. La disette des linances et la nécessité d'établir de nouveaux impôts tirent violemment éclater le mécontentement général.
Le 15 janvier 1648, on fit tenir au roi un lit de justice, dont le but était de forcer le parlement à enregistrer plusieurs édits bursaux. Émery, surintendant des finances, créature de Mazarin, avait, dans cette fabrication d'édits, épuisé son génie inventif: il avait créé des charges de contrôleurs de fagots, dejîirés vendeurs de foin, de conseillers crieurs de vin, de conseillers languéijeurs de porcs, etc., etc. : voilà le côté ridicule de ces édits. Mais un de ces édits portait en outre un grand préjudice aux rentiers de la ville; et un autre atteignait les gages des chambres des comptes et des cours des aides : cette maladresse irrita ces compagnies souveraines. Le parlement, déjà mal disposé, fit, suivant son usage, des remontrances. La régente refusa de les entendre; le mécontentement s'accrut.
Pendant ces hostifités préliminaires, la cour du parlement se divisa en trois parties : les Frondeurs, les Mazarins et les Mitigés. Les Frondeurs étaient ceux qui avaient résisté à la vérification des édits; les Mazarins, les hommes dévoués au ministre de ce nom; et les Mitigés, les lâches qui n'osaient tenir à aucun de ces partis, et qui attendaient le succès de l'un ou de l'autre pour se décider.
Deux conseillers du parlement s'étaient fait remarquer par leur courage en résistant à l'oppression de Mazarin et en défendant les intérêts nationaux : l'un était René Potier de Blancménil; l'autre, Pierre Broassel, que l'on nomma le Patriarche de la Froiide, le Père du peuple. Le 26 août de la même armée, Mazarin eut l'imprudence de les faire enlever et emprisonner, et de bannir de Paris plusieurs de leurs collègues.
Cet enlèvement opéré excita une grande rumeur dans le quartier Notre- Dame. On crie au secours de proche en proche ; l'alarme se répand sur les points les plus éloignés; les boutiques se ferment; on prend les armes, on tend les chaînes dans les rues, et elles sont barricadées comme du temps de Henri III. A cette nouvelle, la régente, qui avec le jeune roi habitait le Palais- Royal, envoya les régiments des gardes françaises et des gardes suisses pour occuper le Pont-au-Change, le Pont-Neuf et celui des Tuileries, afin de couper les communications. Mais cette force armée ne put résister à un attroupement toujours croissant : elle se maintint sur le pont des Tuileries et se replia prudemment près du Palais-Royal, où elle se rangea en bataille. Pendant ce mouvement des troupes , l'évêque de Paris, si fameux sous le nom de Cardinal de Uetz^ se présente pour la première fois sur la scène. Il arrive au Pont-Neuf, vêtu de ses habits pontificaux; il exhorte le peuple à se retirer; on lui répond que Ton ne posera les armes que lorsque les conseillers emprisonnés seront en liberté. Le prélat, voyant son éloquence sans effet, se rend au Palais-Royal, expose à la régente les conséquences dangereuses de cette émeute qui pouvait amener une révolte générale. La régente, inspirée par l'orgueil espagnol, lui répond : C'est se
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rendre covpable de révolte que de croire que Von puisse sr rr roi ter contre le roi; ces contes sont imaginés par ceux qm désirent le trouble. Mais d'autres avis plus pressants sur l'état menaçant de l'insurrection déterminèrent enlin la régente à déclarer que dès que les Parisiens auraient mis bas les armes, et que le calme serait rétabli, elle rendrait la liberté à lîroussel. Kn conséquence, le coadjuteur de Retz et le marécbal de la Meilleraic furent cbargés d'aller porter cette proposition au peuple insurgé.
La nuit fut calme : cliaque babitant la passa dans sa maison. La cour de la régente se persuada que le tumulte était apaisé; et, dans cette opinion , elle voulut le lendemain exercer avec sévérité son autorité royale. Elle envoya de grand matin au Palais Pierre Séguier, chancelier, chargé de l'ordre d'interdire au parlement toute discussion sur les affaires publiques. Pendant qu'il s'y rendait, deux compagnies de gardes suisses marchaient pour se saisir delà porte deNesle. L'objet de cette double manœuvre est bientôt connu du public; on court aux armes, on attaque les Suisses en flanc, on en tue une trentaine, et l'on disperse le reste. Le chancelier, que les barricades empêchaient de passer par le quai de la Mégisserie et par celui des Orfèvres, continue son chemin par le Pont-Neuf et sur le quai des Augustins. A Textrémité de ce quai, du côté du pont Saint-Michel, il est reconnu : le peuple court sur lui; le chancelier se réfugie à l'hôtel de Luynes, situé sur le même quai, au coin de la rue Gît-le-Cœur.
Odieux par sa conduite sous le ministère de Uichelieu, Séguier avait tout à craindre. Il est suivi jusque dans cet asile, où l'on ne peut le découvrir. 11 était caché avec son frère, évêque de Beauvais, dans une espèce d'armoire. Le peuple était sur le point de mettre le feu à l'hôtel de Luynes, lorsque arriva le maréchal de la Meilleraie à la tête de deux ou trois compagnies de gardes fançaises ou gardes suisses : il parvint à dégager l'hôtel, et à faire sortir le chancelier de sa cachette, le fit mettre précipitamment dans un carrosse, et s'enfuit avec lui au Palais-Royal. Il était poursuivi par une troupe de Parisiens armés; les gardes qui l'accompagnaient firent des décharges en se retirant, et blessèrent plusieurs personnes; le maréchal, à l'entrée du Pont-Neuf, tua d'un coup de })istolet une pauvre femme qui portait une hotte; la fureur du peuple n'en fut que plus animée. Comme la voiture du chancelier passait devant la statue équestre de Henri IV, on tira des maisons qui sont en face plusieurs coups de fusil. La duchesse de Sully, fille du chancelier, reçut une blessure au bras; Picaull, lieutenant du grand-prévôt de l'hôtel, et Samson, fils du géographe, qui se trouvaient dans le même carrosse, furent blessés à mort.
Ces tentatives mal calculées, cet orgueil, cette sévérité déplacée, accrurent l'indignation publique. Tous les habitants prirent les armes, les enfants même se pourvurent de poignards; les chaînes furent dressées dans toutes les rues; plus de deux cents barricades furent fortifiées, ornées de drapeaux, et les rues retentirent de ces exclamations : Vive le roi ! point de Mazarin!
Le parlement vint en corps au Palais-Royal, et demanda à la régente la liberté de Rlancménil et de Broussel. Le premier président MoIé remontra à cette princesse que cette liberté était le seul remède propre à calmer le mécontentement général. La régente s'y refusa avec beaucoup d'aigreur : le parlement renouvela
ses instances et n'éprouva que des refus réitérés; mais bientôt cette reine malavisée tut obligée d'accorder a la peur ce qu'elle avait refusé à la raison.
Les membres du parlement, congédiés, s'en retournaient à pied dans leur palais, lorsque arrivés aux premières barricades, vers la Croix-du-Trahoir, à l'entrée de la rue de l'Arbre-Sec, ils furent arrêtés. Un nommé Raguenet, marchand de fer, capitaine du quartier, s'avança avec douze ou quinze bourgeois armés, demanda au premier président s'il ramenait M. Rroussel. Le président fit une réponse négative, qu'il voulut adoucir par des espérances, en disant que le parlement allait en délibérer au Palais. C'est au Palais-Royal qu'il faut retourner, lui dit Raguenet, et ramener Broussel : sans lui vous ne passerez- pas. Un autre particulier saisit le président par le bras ou par la barbe qu'il portait fort longue, lui disant que puisqu'il n'avait pas obtenu la liberté des conseillers emprisonnés, il allait le prendre pour otage. D'autres personnes lui dirent que, si dans deux heures cette liberté n'était pas accordée, deux cent mille hommes iraient, en armes, supplier Sa Majesté d'y consentir. Quelques-uns, plus furieux, menaçaient d'exterminer les auteurs du mécontentement public, de mettre le feu au Palais-Royal, de poignarder le cardinal et ses adhérents, etc. La plupart des membres du parlement retournèrent au Palais-Royal, où le premier président exposa à la régente la volonté et les menaces du peuple. La reine faisait encore des difficultés. Le parlement, pour délibérer sur ce nouveau refus, tint séance dans la Galerie du Palais-Royal. Le duc d'Orléans, le cardinal Mazarin et le chancelier y assistèrent; il fut décidé que les conseillers arrêtés et bannis seraient libres et rappelés à leurs fonctions. L'ordre en fut expédié sur-lechamp. Cette décision fut signifiée aux Parisiens qui, peu confiants dans les promesses de la cour, déclarèrent qu'ils resteraient en armes jusqu'à ce qu'ils vissent en pleine liberté Rroussel, l'a7ni de la patrie. Il parut le lendemain matin. Alors les salves d'artillerie manifestèrent la joie publique, et le peuple voulut accompagner honorablement ce magistrat jusqu'en sa maison. Ainsi se termina la célèbre journée du 27 août de l'année 1648, journée connue dans l'histoire sous le nom de journée des Barricades, et qui rappelle celle de 1588, signalée par le même nom.
Le triomphe obtenu par le parlement dans une lutte dont le prétexte était honorable , fortifla considérablement son parti. Plusieurs princes et seigneurs prirent parti dans sa querelle et se rangèrent sous ses bannières. La régente, instruite des trames qui s'ourdissaient, et des assemblées secrètes qui se tenaient à l'archevêché chez le coadjuteur, ne se croyant pas en sûreté à Paris, résolut, le 13 septembre suivant, d'aller avec son fils et son ministre Mazarin au château de Rueil ; en même temps elle fit arrêter plusieurs personnes de distinction et arriver divers corps de troupes dans les environs de Paris.
Le parlement envoya une députation à la régente pour l'engager à revenir à Paris avec le roi. La reine répondit que son absence de cette ville ne devait avoir rien d'alarmant pour les habitants; qu'elle avait l'habitude, dans cette saison, do passer avec le roi son fils quelque temps à la campagne. Cette députation fut suivie de plusieurs autres sur des objets d'utilité publique. Il en résulta la déclaration du roi, du 24 août 1648, qui présentait quelques palliatifs aux maux qui désolaient l'État.
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Mais les eonréroiiccs tenues à lUieil et à Saint-(Jerniaiii-en-Laye n'étaient que de vaines apparences sous lesquelles le parti de la cour et celui du paiienient, ou, pour parler le langage du temps, les Mazarins et les Frondeurs, cherchaient à se tromper réciproquement : tout semblait pacifié, tout était à la guerre.
La cour était revenue à Paris, lorsque, le 6 janvier 1649, à deux heures après minuit, la régente, accompagnée de ses (ils et du cardinal Mazarin, sortit secrètement de cette ville par la porte de la Conférence, et se rendit à Saint-Cermainen-Laye. Là, le conseil assemblé, il fut résolu de faire le siège ou le blocus de l>aris. Les courtisans disaient « que le siège de cette ville n'était pas une affaire » de plus de quinze jours, et que le peuple viendrait demander pardon la corde «au cou, si le pain de Gonesse manquait seulement pendant deux ou trois » jours. »
Le 7 janvier, un lieutenant des gardes du roi apporta un paquet contenant une lettre de cachet, qui ordonnait au parlement de se transférer à Montargis. Cet ordre étrange fit dire à Mole, chef de cette cour, qu'il était premier président de Paris et non de Montargis. La lettre de cachet fut renvoyée sans être ouverte, et le lendemain une députation partit pour Saint-Germain où elle ne fut pas reçue. Ses membres, de retour à Paris, exposèrent le triste succès de leur mission, et le parlement rendit l'arrêt du 8 janvier, qui fut le signal de la guerre : « Attendu, y est-il dit, que le cardinal Mazarin est notoirement l'au- » teur de tous les désordres, l'a déclaré et déclare perturbateur du repos » public, ennemi du roi et de son État; lui enjoint de se retirer de la cour dans » le jour, et dans la huitaine hors du royaume; et, ledit temps passé, enjoint >' à tous sujets du roi de lui courre sus; fait défense à toute personne de le » recevoir; ordonne, en outre, qu'il sera fait levée de gens de guerre en cette ^> ville au nombre suffisant, etc. »
L'armée du roi, commandée par le prince deCondé, s'empara de Saint-Cloud, de Saint-Denis, de Charenton. Les Frondeurs levèrent des troupes, et composèrent une armée d'environ douze mille hommes. Le coadjuteur forma, à ses frais, un régiment de cavalerie; on vit même ce prélat à cheval, vêtu, armé en soldat, disposé à faire le coup de main. — On pourvut avec soin à la défense et aux subsistances de Paris. La guerre commença. Des convois de vivres attaqués et défendus; peu d'exploits remarquables; beaucoup de destruction et de pillages : tels furent les traits principaux de cette guerre. — Le duc de Beaufort, l'idole des Parisiens, surnommé le roi des halles, parce que, presque aussi mal élevé que ceux qui les habitaient, il en avait le langage grossier et paraissait en avoir la franchise, montra beaucoup de zèle et peu de talents militaires dans différents combats qu'il eut à soutenir.
Enfin, la cour étant parvenue à diviser le parlement, à séduire par des offres magnifiques le prince de Conti, le duc de Longueville, le duc d'Elbeuf, le duc de Bouillon, etc., etc., chefs des Frondeurs, il en résulta une déclaration du roi, vérifiée le l^»- avril 1649, portant amnistie générale, où l'on ne fit nulle mention du cardinal Mazarin qui demeura en place. Dans les conditions de ce traité, chaque prince ou seigneur chef de la Fronde avait mis à prix sa soumission; et tous, suivant leur naissance, reçurent la récompense plus ou moins
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forte de leur trahison. Le duc de BeauCort fut le seul prince qui ne voulut point alors participer à ces turpitudes. La paix fut faite, mais ne fut pas assise sur des bases assez solides pour être durable. Chaque parti conservait ses intentions hostiles.
Le cardinal Mazarin, qui redoutait Paris, éloignait toujours l'époque du retour de la cour dans cette ville. Enfin, le IG août 1649, après plusieurs assurances et précautions, elle s'y rendit. Les cabales, les trahisons n'en furent que plus actives. Le coadjuteur, déguisé en cavalier, allait secrètement conférer avec le cardinal Mazarin ; le duc de Beaufort, ce Frondeur si ardent et réputé si Joyai à son parti, en fit autant. Le prince de Condé, chef du parti Mazarin, prince qui, dans ces troubles, joua un rôle si incertain, semblait alors caresser le parti des Frondeurs et braver le cardinal Mazarin. Les uns trafiquaient de leur soumission, demandaient avec menace un gouvernement, un chapeau rouge, un tabouret; d'autres demandaient telle somme d'argent, etc.
Chaque parti cherchait à se faire des partisans et ne négligeait pour cela aucun expédient. C'est dans cette vue que le cardinal Mazarin lit distribuer de l'argent aux bateliers de Paris, avant sa rentrée, afin de se les rendre favorables; mais cette ruse très vulgaire n'est pas comparable à celle qu'employa Joly, conseiller au Chàtelet. Il imagina de se faire assassiner par un gentilhomme de sa connaissance, dans Fintention d'accuser Mazarin de ce crime, et de soulever le peuple contre le cardinal. C'est lui-même qui se vante plus tard de cette étrange imposture.
Le prince de Condé, flottant entre les deux partis, donnant tour à tour des craintes et des espérances à chacun, fut, le 18 janvier 1650, arrêté au Palais- Royal, en plein conseil, où il avait été convoqué. On arrêta avec lui, dans le même lieu , le prince de (Jonli et le duc de Longueville. Ces trois princes furent conduits au donjon de Vincennes. Cette mesure violente, que le cardinal Mazarin avait jugée nécessaire au maintien de son autorité, lui devint funeste, et amena une guerre civile qui désola la France pendant plusieurs années.
Le parlement, réuni au duc d'Orléans, présenta, à deux reprises, des remontrances à la régente pour obtenir d'elle la liberté des princes et le renvoi du cardinal; mais cette princesse ne fit qu'une réponse évasive. A la fin, se voyant repoussé de toutes parts, le 6 février, à onze heures du soir, Mazarin sortit de Paris par la porte de Richelieu, et se rendit à Saint-Cermain-en-Laye.
Le peuple de Paris fit éclater sa joie par les plus vives démonstrations; et le parlement, le 9 février, ordonna au cardinal Mazarin, à ses parents et domestiques, de vider le royaume quinze jours après la publication de l'arrêt, qui fut publié le lendemain : cet ordre fut rigoureusement exécuté. Le cardinal, qui avait pris la route de Normandie, instruit que ceux qui portaient les ordres de mettre les princes en liberté étaient partis, gagna de vitesse et arriva avant eux au Havre; on n'y connaissait point encore sa disgrâce. Il put donc, sans difficulté, ordonner la mise en liberté des princes à des conditions plus avantageuses que celles que devaient leur porter les envoyés de la cour.
Voilà un succès désiré avec tant d'ardeur, les princes libres et Mazarin chassé. L'I^]lat n'en fut pas i)lus calme; les Français et les Parisiens n'en furent
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pas plus heureux : les vices des lioinines, et plus ciuori' ceux du liouvenienieut, aiueiièreut de nouveaux orages.
Le 7 septembre suivant, le roi ayant atteint sa iiuatorzième année, eélél)ra sa majorité par une eérémonie magnifique; on le conduisit au parlement accompagné d'une nombreuse et brillante cavalcade. Il y déclara, suivant la l'orme, qu'il voulait prendre lui même le (joucenierneiit de son /'ùtul. On remarcpia (pie le prince de Condé n'assista point à cette solennité. Peu de jours a[»iès cette cérémonie, mécontent des nouveaux ministres que la reine venait de nommer, il quitta Paris, conclut un traité avec le duc de Bouillon, prit d'autres mesures pour faire décidément la guerre à la cour, et, après avoir séjourné quelque temps à Chantilly, il se retira à Montrond, place forte du Berri, et de là dans son gouvernement de Guyenne, où il leva des troupes et arbora l'éten dard de la révolte. Un grand nombre de seigneurs se joignirent à lui.
Dans le même temps la régente, (jui venait (le 6 décembre 1t»5l) de faire publier une déclaration solennelle par laquelle elle protestait qu'elle ne rappellerait jamais le cardinal Mazarin, travaillait sourdement à favoriser sou retour. Le bruit en circula bientôt à Paris. Le parlement, après avoir rendu des arrêts contre le prince deCondé, en rendit de plus violents contre Mazarin. Par celui du 13 décembre 1651, il défendit à tous les sujets du roi de donner passage ou retraite au cardinal. Un autre arrêt vint ensuite, qui ordonna que ses meubles et sa bibliothèque seraient vendus, et que, sur les deniers provenant de cette vente, ainsi que sur les revenus de ses bénélices, une somme de cinquante mille" écus serait prise pour être donnée en récompense à quiconque le livrelait, mort ou vif, entre les mains de la justice. Mais tout cela n'empêcha pas iMazarin de rentrer en France. Il avait levé à ses frais une armée composée de sept à huit mille hommes, commandée par le maréchal d'Mocquincourt; ainsi escorté, il arriva jusqu'à Poitiers, où la cour s'était rendue pour faire la guerre au prince de Condé. — Plusieurs ennemis du cardinal voyant le succès de sa rentrée, changèrent d'allure et devinrent ses partisans. Le parlement, toujours animé contre lui, persista à demander son éloignement, mais av(M' moins de chaleur.
Paris, dans les premiers mois de 1652, fut livré à de nouvelles agitationsL : des placards séditieux, des libelles en prose et en vers, de faux bruits et des cris de révolte, des attroupements, alarmaient les habitants paisibles. Cha((ue parii soudoyait des hommes de la dernière classe du peuple pour les portera (juclques excès contre ses antagonistes. Le 2 avril, le Pont-Neuf se couvrit d jui attroupement d'ouvrieis ou de vagabonds qui insultaient les passants, et notamment ceux qui élaient en voiture. Le carrosse de la duchesse d'Elbeuf lui arrêté, ()illé et mis en pièces. Il en fut de même de plusieurs autres. Un de ces vagabonds fut arrêté et condamné à être pendu sur le Pont-Xeuf. Quelques jours après, tandis qu'on rexécutait, un de ses camarades vint poin- couper la corde; il fut arrêté lui-même, et ne tarda i)as à subir le même sort.
Ces événements, ces attentats furent les préludes de l'entrée du prince ih Condé à Paiis. 11 quitta furtivement la province de Cuyeime, son armée et ses l»arlisans; «M, apjès avoir couru plusieurs dangers sur la loule, il arriva dans
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cette ville le 11 avril, accompagné des ducs de Reautort, de La Rochefoucauld et de plusieurs autres seigneurs. Le duc d'Orléans alla au-devant de lui, et le conduisit au parlement. Le prince de Condéy déclara qu'il n'avait pris les armes que pour se garantir des attentats du cardinal Mazarin, et qu'il les poserait aussitôt que ce ministre serait hors de France.
Les 19 et 22 avril, il se tint à rH(3tel-de-Ville deux assemblées solennelles composées des membres de toutes les autorités civiles et religieuses de Paris. Il y fut arrêté qu'une députation serait faite auprès du roi pour le prier de se rendre dans cette ville, et d'exclure de son conseil et de la France le cardinal Mazarin. Démarche inutile.
Cependant l'armée du prince de Condé occupait les environs de Paris, et l'armée royale, commandée par le vicomte deTurenne, la harcelait de son mieux. Les sièges, les combats, les retraites répandaient la désolation dans les campagnes : tout était ravagé par des soldats qui ne songeaient qu'aux succès du parti qu'ils avaient embrassé, et ne voyaient qu'avec dédain les malheurs affreux qu'ils causaient. Le pillage, les meurtres, les incendies, sur un rayon de trente lieues au midi de Paris, de quinze à vingt sur les autres aspects de cette ville, avaient fait déserter toutes les habitations rurales. On voyait une infinité de malheureuses familles abandonner leurs foyers, et venir avec leurs bestiaux, leurs vivres, échappés à la voracité des soldats, chercher un asile à Paris. Arrivées aux portes de cette ville, elles y trouvaient un obstacle. Les commis des barrières exigeaient un droit d'entrée : il y eut à ce sujet des émeutes aux portes Saint-Honoré et Saint-Antoine; et, le 26 avril 1652, le parlement ordonna que les commis ne percevraient aucun droit sur les bestiaux et denrées amenés dans Paris pour la consommation de ceux qui s'y réfugiaient.
Les autorités principales de Paris servaient des partis différents. Le corps de ville, c'est-à-dire le prévôt des marchands, leséchevins, penchaient pourMazarin; le parlement et les autres cours de justice lui étaient contraires. Le coadjuteur, devenu cardinal de Retz, agissait alors pour le parti de la cour. Cette diversité de partis se manifestait par des délibérations opposées, par une infinité depam-phlets contre Mazarin auxquels le cardinal de Retz faisait répondre ou répondait lui-même, et dans la classe du peuple, par des attroupements, des cris séditieux, des violences contre les partisans de Mazarin.
Le 10 mai 1652, les échevins se rendirent au parlement avec une suite nombreuse. Le peuple qui remplissait la grand'salle se jeta sur leurs archers, les désarma, les dépouilla de leurs casaques brillantes : deux échevins furent en môme temps attaqués, et n'auraient pu échapper aux coups de ces mécontents, si le duc de Reaufort ne fût venu les délivrer. « Il ne se passait guère de jour ') que le [)euple ne donnât des marques de son zèle pour les princes, dit Joly '> dans ses Mémoires, et de sa fureur contre le cardinal Mazarin. Le prévôt des » marchands et tout le corps de ville furent attaqués en plusieurs rencontres, » particulièrement une fois en sortant du Luxembourg, avec tant de violence, ') qu'ils furent obligés de se réfugier dans quelques maisons de la rue Tournon, >' et d'abandonner leurs carrosses, qui furent mis tm pièces. » Cette conduite du pruple donnait des craintes à Mizarin, et ces craintes l'empêchèrent de ra-
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inonor la cour à Paris, où dans ses inlércMs c\W aurait dû se leudre avant (lue le prince de (londc vînt y dominer.
Le parti des princes ne s'occupait pas plus ([ue celui de Ma/ariu des niisiMcs qu'il occasionnait; il espérait se renrorccr par rarrivée d'une armée de douze mille hommes (pie conduisait le duc de Lorraine. Cette armée vint en elTet et campa à Villeneuve-Saint-Ceorge. f>e duc fut reçu à Paris par les princes Tort satisfaits de ce secours; mais ils n'en profitèrent pas, car l)ientot après son ar rivée, cette armée, en conséquence de raccommodement que ce duc fit avec Mazarin, par l'entremise du roi d'Angleterre qui se trouvait alors en France, reprit le chemin de la Lorraine. Cet événement affaihlit le parti des |)rinces, mais ne les découragea point. Les Parisiens après d'inutiles tentatives poui" avoir la paix, décidèrent qu'on ferait des processions particulières et une procession générale, dans lesquelles on porta les reliques des plus vénérées-, les n^embres du parlement y assistèrent en robe rouge, et tout le corps de ville en habits de cérémonie. Ces pompes religieuses n'empochaient point la contitmation de la guerre.
Après avoir levé le siège d'Étampes, le maréchal de Tavanes et le prince de Condé conduisirent leur armée dans les environs de Paris, pendant que l'armée royale campait à Saint-Denis. Les deux partis se livrèrent un combat sanglant dans les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Denis. Le prince de Condé craignant que cette bataille eût une issue funeste pour lui, forma le projet de sa retraite. Il voulut l'opérer par la ville de Paris; il se présenta successivement aux imrtes de la Conférence, Saint-Honoré, Saint-Denis et Saint-Marcel, qui toutes lui furent fermées. La fille du duc d'Orléans, qui intriguait alors dans Paris pour le prince de Condé, parvint à lui faire ouvrir la porte Saint-Antoine, et à faire tirer sur l'armée royale le canon de la Bastille. Cette attaque imprévue arrêta Turenne dans sa poursuite, et sauva l'armée du prince d'une entière destruction.
Après avoir fait entrer son infanterie, le prince parut à la porte Saint-Antoine. Un des acteurs de ces scènes sanglantes parle ainsi de cette apparition : « Il » rentra dans Paris, dit-il, comme un dieu Mars, monté sur un cheval plein d'é- •> cume, la tête haute et élevée, tout fier encore de l'action qu'il venoit de faire; » il tenoit son épée à la main, tout ensanglantée du sang des ennemis, traver- >) sant les rues au milieu des acclamations et des louanges qu'on ne pouvoil si » dispenser de donner à sa valeur et à sa bonne conduite. »
Après le combat de Saint-Antoine, où de part et d'autre il périt près de trois mille hommes, l'armée du prince alla camper au faubourg Saint-Victor; et celle du roi se retira à Montmorenci et aux environs de Saint-Denis.
Le prince de Condé nomma Broussel prévôt des marchands, et le duc de Beau fort gouverneur de Paris; il forma un conseil de ville, composé d'hommes dévoués à sa personne; mais ces actes de souveraineté n'augmentaient pas le faible crédit qu'il conservait encore sur l'esprit des Parisiens. — Le parlement avail envoyé au roi , c'est-à-dire à la reine-mère, une dépulation pour lui déclarer énergiquement que le salut de l'État dépendait de l'éloigneinent de Mazarin; la cour, après plusieurs jours d(» délai, répondit cpie Ma/.aiin serai! renvoie, si
'i■^H HISTOIIU: DK PAHIS
les princes consenlaieiil à licencier les troupes de Lorraine et d'Espagne qu'ils venaient de l'aire entrer en France.
Mazarin, dont la présence causait ces déplorables dissensions, prit enfin, le 19 août 1652, la résolution de s'éloigner de la cour et de sortir de France; mais son absence ne fut pas de longue durée : elle avait pour but seulement d'ôter aux princes tout prétexte de continuer la guerre civile. Entin, après mille intrigues, mille ruses, mille manœuvres criminelles, employées parles deux partis, le roi rentra dans Paris le 31 octobre 1652, et le lendemain on lui fit tenir un lit de justice au Louvre. Le duc d'Orléans et le prince de Coudé se retirèrent.
Quoique le cardinal Mazarin fût hors de France, il ne laissait pas de gouverner la cour; et, dans son éloignement, il donna une preuve éclatante de sa puissance, en faisant arrêter le cardinal de Uelz. Ce prélat fut saisi au Louvre, le 19 décembre 1652, et conduit prisonnier au château de Vincennes. Son oncle, archevêque de Paris, étant mort le 21 mars 1654, le cardinal de Retz, toujours prisonnier, prit |)Ossession par procureur du siège archiépiscopal. Quelques jours après, il résigna son archevêché, et fut transféré dans la prison de Nantes, d'où il s'évada le 8 août suivant. C'était alors un des hommes les plus distingués par ses lumières, son esprit, ses talents, et un des plus méprisables par l'usage (ju'il en lit.
Peu de temps après l'arrestation du caidinal de Retz, le 3 février 1653, le cardinal Mazarin revint à Paris plus puissant, plus audacieux que jamais. Le roi et sou frère allèrent à deux lieues au-devant de lui, et le ramenèrent au Louvre. Son entrée fut presque un triomphe ; ses ennemis même les plus acharnés vinrent abaisser leui' orgueil devant sa toute-puissance. Le cardinal Mazarin gouverna la France juscju'au 9 mars 1661, époque de sa mort. Des recueils de soixante et même de cent gros volumes in-i">, appelés Mazarinades, contiennent plusieurs milliers de pièces historiques ou satiriques, publiées contre ce cardinal pendant quatre années des troubles de son ministère.
Ce fut après la mort de Mazarin que Louis XIV, âgé de vingt-trois ans, entreprit de gouverner par lui-même. Alors commença la seconde époque de son règne. Les grandes qualités dont la nature avait doué ce jeune prince ne purent avoir tout leur développement, parce que son éducation fut très-négligée. 11 ne reçut de ceux qui en étaient chargés que de fausses idées de grandeur. Elevé à l'école du despotisme, il ne [)ouvait sup[)orter rien de contraire à ce régime; il interrompit un jour un magistrat qui, dans un discours, avait prononcé ces mots : le roi ci VEial, en lui disant avec hauteur : L Elal, c'est moi. il ne pensait pas qu'il est des rois sans r^tats et des États sans rois, et qu'il identifiait deux choses distinctes. Il lit disparaître tout ce qui, dans ses États, conservait encore quelques restes d'indépendance. Le parlement refusait de vél'itier et d'enrciLiistrer des édils bursaux; Louis XIV \\\\l au Palais en habit (h* cavaiiei-, le fouet à la niaiu, et força, avec unMiace, le parlement de véiitiei'. Les droits ou i)réteutious du clergé et de la noblesse fuient lessenés dans ^U^^ bnri!(\s tiês-éiroites; il déliuisit dans les>illes les (;orps nnuiicipaux, et dans
SOI s LOlilS \IV. iW.)
les provinces \rs rfals /irorinc/aN.r; siihslihia, «Ijms les |)i('inièi'('s, un iiiaiic royal, et, dans les S(MM)n(les, un inloiulaiil. Il opéra dans ra<lnnnislralion plusieurs antrt\s réfoi'ines cpii lendaionl à faire disparaîlre Ion! ce (pn auiail |)n sit^ner Texercice de sa volonlé snprôme, et à établir la |)ai\ de la servitude. — Kn matière de galanterie, Louis \1V se montra aussi scandaleux {\ui\ son aïeul Henri IV. Il eut un grand nombre de maîtresses, et ne s'en cachait poinl. Son ostentation fut excessive : jamais la France n'avait vu une cour aussi brillante, aussi fastueuse. Elle otïVait une scène pompeuse où le roi, en liabils de caractère, jouait gravement le rôle principal, observait et faisait observer à la rigueur aux acteurs subalternes les règles prescrites à leurs diiïérents personnages. Les paroles, les costumes, les allures du corps : tout était mesuré, soumis aux sévères lois de l'étiquette; lois qui faisaient taire les atVections, étoutïaient les sentiments de la natuie, et commandaient la dissimulation»; lois l>ar lesquelles le tyran sacritie lui-même sa commodité à son amour-propre, consent à recevoir des fers pourvu que les autres en soient chargés.
Les palais de ses prédécesseurs ne furent ni assez vastes ni assez magnifiques pour lui. Il fit agrandir, réparer les anciens, et en fit construire de nouveaux. Les frais de construction du seul château de Versailles surpassaient, dit-on, la somme de douze cents millions.
Lorsque les courtisans aperçoivent dans leur maître une inclination vicieuse, ils mettent tout en œuvre pour la favoriser. Louis XIV fut enivré et non rassasié d'éloges. Les nombreuses médailles frappées en son honneur, les statues, les arcs de triomphe, leurs inscriptions, les épilres, les satires même de Boileau, \es prologues des opéras de Quinault, et les ouvrages de mille écrivains subalternes, élevaient jusqu'aux cieux la gloire de ce monarque. — L'architecte Mansard laissait quelques fautes grossières dans ses plans, exprès pour que ce roi eut le glorieux avantage de les reconnaître. — L'Académie française ne s'occupait que de louer le roi ; celle des Inscriptions ne fut fondée, par Colbert, que pour composer des inscriptions, des emblèmes, des devises, etc., à sa louange. Les ministres fatiguaient leur imagination pour inventer quelques nouveaux aliments à l'orgueil insatiable du monarque, et tous leurs inférieurs imitaient leur exemple. Le prévôt des marchands de Paris voulut aussi, comme tant d'autres, faire sa cour au roi et caresser sa vanité aux dépens du public. Il fonda, en lG8i, une rente annuelle de 440 livres, payables au recteur de l'Université, à condition que tous les ans, au 15 mai, en présence des échevins, il prononcerait, bien ou mal, un panégyrique de Louis XIV. L'orgueil qui le dominait, lui inspira l'amour de la gloire militaire. Il fit la guerre, non pour obtenir la paix, mais pour recueillir des lauriers et des éloges. — Des fêtes, des spectacles, des carrousels, des chasses, des constructions de palais, de châteaux, des guerres, des triomphes, des éloges continuels, des maîtresses, etc.. occupèrent constamment l'âge viril de Louis XIV.
La troisième époque de ce règne, qui n'est pas la plus brillante, est signalée par des revers, des malheurs, des actes de persécution, par l'ennui, la satiété, l'impuissance et la dévotion. La passion de Louis XIV pour la gloire militaire lui avait valu des conquêtes, et ces conciuêtes avaient souN^vé contre, lui l'Lu-
lU) UIST01UI':i l)i: l'A lu s
i'op(3 eiiUèiv. Ce roi alluma un vaste incendie dont il ne prévit point les suites et ne put arrêter les progrès. Il continua, par nécessité, une lutte qu'il avait commencée par orgueil. On se battait sur tous les points des frontières ; on se battait depuis longtemps sur terre et sur mer. Les hommes et les finances commençaient à manquer.
Ce roi avançait en âge; ses sens, ses passions, l'énergie qu'elles donnent, s'aflaiblissaient; sa raison, qu'aucune connaissance solide n'avait fortifiée, restait exposée aux illusions de l'ignorance, aux attaques de la séduction. La cour de Rome, constante dans son projet d'exterminer les protestants, épiait toutes les circonstances favorables à son exécution, et cherchait à les mettre à profit. Ce projet, signalé par une longue suite de troubles que cette cour suscita en France, par de nombreux massacres et assassinats, où ses agents dévoués, les fidèles jésuites, jouaient les principaux rôles, fut remis en vigueur sous l'orgueilleux et crédule monarque. Ses confesseurs, tous jésuites, et Louvois, qui, comme tous les courtisans, affectionnait ces pères à cause de leur christianisme commode et de leur morale très-relâchée, se concertèrent pour déterminer Louis XIV à révoquer Tédit de Nantes, édit qui accordait sûreté aux protestants, et jusqu'à certains points le libre exercice de leur religion. — Le père La Chaise, jésuite et confesseur de Louis XIV, avant de mourir, avait dit à ce roi : Ne prenez- jamais de confesseur jésuite; ne me faites pas de questions, je n'y répondrais pas. Louis XIV, dédaignant cet avis salutaire, prit pour confesseur le père Le Tellier, le plus acharné, le plus impitoyable des persécuteurs, qui porta le roi à des actes tyranniques, à des cruautés qui déshonorèrent les dernières années de son règne. La révocation de l'édit de Nantes fut le prélude de cette persécution.
L'ignorance de Louis XIV fut un trésor pour les jésuites : ces pères en profitèrent pour accroître leur puissance et leurs richesses, pour le disposer à servir leurs vengeances, pour lui donner de fausses idées sur la refigion, et lui inspirer des superstitions puériles qu'on pardonnerait à peine à d'ignorantes villageoises. Saint Simon assure que ce roi était, par des vœux laïques, afillié à l'ordre des jésuites. Ces pères lui persuadèrent aussi que les persécutions qu'il avait exercées contre les protestants et les jansénistes étaient des actions fort agréables à Dieu, qui ne manquerait pas de J'en récompenser. Toutefois, au lieu de récompenses, Louis XIV éprouva dans sa famille des pertes douloureuses, dans ses armées des revers déplorables, dans ses finances une disette extrême. Il fut craint, trompé par les princes et par les courtisans, haï par le peuple, dont, pour satisfaire à sa vaine gloire, à ses folles dépenses de guerre et de constructions, à l'entretien magnifique de ses maîtresses, de ses bâtards et de ses joueurs, il avait si abondamment arraché la subsistance et versé le sang. — Dans cet état d'adversité et d'abaissement, on dit que Louis XIV, apprenant la perte de la bataille de Ramillies, donnée en 1705, fit cette étrange exclamation : Dieu a donc oublié tout ce que j'ai fait pour lui! — Ce prince, rassasié de toute espèce de jouissances, ne pouvant s'en procurer de nouvelles, se trouvait, au milieu de sa cour brillante, cérémonieuse et dévote, accablé sous le poids d'un ennui dont rien ne pouvait le soulager. Il mourut le \^' septembre 1715,
SOI s |,(H IS \l \ Vil
vl conserva jusqu'au ileniii'i niouienl son caracliMc de. di^nilr. Il fut peu regretté; ses obsè(iues très-mesquines le prouvèrent : outre les personnes qui par leurs tondions étaient obligées d'y assister, il ne s'en trouva pas six qui s'y rendirent volontairement. >• On insulta ses statues par de sanglantes alliclics; » on se permit publiquement les satires les plus violentes, et son convoi reten- " lit moins des prières di'S prêtres que des cliansons grossières d'une [)opularo
elï'rénée. "
La meilleure preuve des vices du gouvernement de Louis XIV est la dette clTrayante qu'il laissa en mouiant : cette dette se montait à dctix milliards soixante-deux millions de livres argent à vingt-huit livres le marc.
MAISONS iu:Lir.n:usEs i)'iiommi:s kt Dii ieimmks.
THKATiNs, couvent de religieux ou clercs réguliers, jadis situé quai Malaquest, depuis nommé quai Voltaire, n" 21. Quelques membres de cet ordre religieux, fondé en Italie, en 1524, par Gaétan de Tbienne et Jean-Pierre Carafle, archevè^ que de Thénie, aujourd'hui Chieti, au royaume de Naples, furent appelés à Paris par le cardinal Mazarin. Ils s'établirent, en 1642, dans une maison située sur le quai Malaquest. Leur église commencée en 1662 sur les plans du père Guarini, fut achevée en 1720, sauf le portail qui datait de 1747. G'était un assez médiocre édiiice.
La haine que l'on portait à Mazarin rejaillit sur les religieux théatins qu'il avait établis. Ces pères prêchaient en faveur des opérations de ce ministre ; et, pour être plus persuasifs, ils faisaient apparaître en chaire des hgures de saints que les Frondeurs nommèrent avec irrévérence des Marionnettes : « usage qui » tenoit plus, dit un écrivain du temps, de l'artitice de l'Italien que de la dévo- » tion françoise. » Plusieurs pièces satiriques font mention de cette pratique ridicule. Dans l'église des théatins, on avait déposé le cœur du cardinal Mazarin, les restes d'Edme Boursault, poète comique; et l'on voyait sur le maître-autel un grand tableau, représentant la piscine, peint par Restout.
Ce couvent, le seul de cet ordre en France, fut supprimé en 1790, et ses bâtiments ont été démolis vers 1820.
INSTITUTION DE l'ohatoike, quartier dc l'Observatoire, ct ruc d'Eufcr, u" 74 . Nicolas Pinette, trésorier de Gaston, duc d'Orléans, en 1650, y fit bâtir une maison qu'il donna aux prêtres de l'Oratoire. Le roi, par lettres patentes, accorda à cet établissement les privilèges dont jouissaient les maisons de fondation royale. Cet établissement servait de noviciat aux personnes qui se destinaient à la congrégation de l'Oratoire : elle fut célèbre par les hommes distingués qu'elle a produits ou qui s'y sont retirés.
La construction de l'église, commencée en 1655, fut achevé en 1657, et dédiée sous le vocable de la Sainte-Trinité et de TEnfance de Jésus. On voyait dans la chapelle de la Vierge un monument en marbre, érigé, en 1661, à la mémoire du cardinal Bérulle, dont la figure était représentée à genoux; au-dessous était placée une urne contenant son bras droit. Ce monument fut sculpté par Jacques Sarrasin. — Cette maison, supprimée en 1702, fut, en ISOI, consacrée à VHosjjicj
4iL> HISTOIHE DE PAHiS
de la Maternilé et à V École cVaccoKchement. En 1814, on y établit l'hospice de VAllaiiemenl ou des Enfants-Trouvés, hospice dont je parlerai en son lieu.
LES FRÈRES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES, rue Notre-Dame-dcs-Champs, en face de la rue de Fleurus, En 1658, M'^^Cossart fonda un établissement qui avait pour objet l'instruction des enfants pauvres : il fut supprimé en 1707. Les frères des écoles chrétiennes s'y établirent en 1722, remplirent le même objet, et eurent encore à Paris plusieurs autres établissements qui furent supprimés en 1792. La marquise de Transe releva cette congrégation en 1806, et y réunit les frères de la doctrine chrétienne, dans leur ancien chef-Ueu, au Gros-Caillou. Dans le même temps, d'autres établissements ou noviciats furent aussi formés à Paris, jusqu'à ce que Louis XVIII, les rendant à leur première institution, eût transféré le chef-lieu général, alors à Lyon, à l'ancien hospice de M. Dubois, rue du Faubourg Saint Martin, n» 147. C'est de cette maison du noviciat, connue sous le nom du Saint-Enfant- Jésus, que sont tirés les maîtres répartis dans les diverses écoles du royaume. 11 y a quatre annexes à Paris, qui envoient dans les différents quartiers de la capitale des maîtres et frères, pour instruire les enfants. Chaque école doit être composée de trois frères, dont un directeur.
SÉMINAIRE DES MISSIONS ÉTRANGÈRES, situé ruc du Bac, au coin de la rue de Babylone. Beniard de Sainte- Thérèse^ évêque de Babylone, donna tous ses biens à cet établissement, dont l'objet consistait à porter la lumière de l'Évangile dans les pays étrangers et spécialement dans la Perse.
Des lettres patentes du mois de juillet 1663, et le consentement de l'abbé de Saint-Germain, légitimèrent cette fondation. Une salle de cette maison servit de chapelle jusqu'en 1683, époque où l'on commença la construction d'une église plus vaste, dont la première pierre fut posée, au nom du roi, par l'archevêque de Paris. Cette église est double : l'une est au rez-de- chaussée, et l'autre est au-dessus. Cette dernière se distingue de l'autre par sa décoration.
Les bâtiments de la maison furent reconstruits en 1736. Ce séminaire fut supprimé en 1792, et, par suite du concordat du 9 avril 1802, son église fut choisie pour être la seconde succursale de la paroisse Saint-Thomas-d'Aquin.
SÉMINAIRE DE sAiNT-suLPicE, situé cu facc et près de la façade de l'église Saint-Sulpice. Jean-Jacques Ollier, abbé de Pébrac, vers 16 U, établit un séminaire à Vaugirard. Mais, nommé curé de Saint-Sulpice en cette année, il transféra aussitôt cet établissement à Paris. Une partie des prêtres qui le composaient logeaient dans le presbytère, d'autres dans une maison de la rue Guisarde. Quoique ces prêtres habitassent des maisons différentes, leurs exercices étaient communs. L'abbé Ollier, voyant s'accroître le nombre de ses prosélytes, sentit la nécessité d'en former deux corps entièrement séparés. Au mois de mai 1645, il acquit un vaste emplacement situé rue du Vieux-Colombier; et, après avoir, dans la même année, obtenu toutes les autorisations nécessaires, il forma un grand et un petit séminaire. Le petit séminaire fut établi dans des bâtiments coutigus à la rue Férou et au cul de-sac de ce nom ; le grand le fut dans des bâtiments élevés sur le lieu où se voit aujourd'hui la vaste place Saint-Sulpice. Vers l'an 1800, toutes ces constructions disparurent, et laissèrent enfin à découvert le magnifique portail de Saint-Sulpice.
sous LOUIS XIV. 4U
Les Sulpiciens, supprimés en 17D2 et i'élal)lis depuis 180:i, ont occupé la niaison située t\ l'angle de la rue de Vaugirard et de la rue du Pot-de-Fer, appartenant autrefois aux filles de Vlnslruclmi chrélienne^ dites aussi de la Très-Sainlc- Vienje. En 18-21), on leur a construit, sur la partie sud de la i)lace Saint Sulpice, un vaste bâtiment sur les dessins de M. Godde(l).
FILLES DU SA1NT-SACUE3IENT, couvent situé ruo Cassette, w 22. Pendant les guerres qui désolèrent la Lorraine, plusieurs bénédictines de la Conception de Notre-Dame, établies à Ilambervillicrs, à la tète desquelles était Catherine de Bar, se transportèrent, en lG41,à Paris, et allèrent loger dans l'abbaye de Montmartre. Les autres imitèrent l'exemple des premières, et, pendant l'année 1G43, elles se rendirent à Paris. Alors toute la commuïiauté fut réunie dans une maison du village de Saint-Maur. Ces religieuses n'y restèrent pas tranquilles : en 1650 elles vinrent chercher un asile dans une petite maison de la rue du Bac. Sur ces entrefaites un Sulpicien, appelé Picoté, parvint à déterminer Anne d'Autriche à établir (1653) un couvent uniquement chargé du culte perpétuel du Saint-Sacrement, afin de détourner les maux dont la France était afïligée. Il fut bientôt informé que les religieuses fugitives, établies dans la rue du Bac, avaient le même but : il les proposa à la reine qui les accepta. Ces religieuses furent d'abord établies rue Férou. Ce fut dans la chapelle de ce couvent qu'Anne d'Autriche, tenant un cierge à la main, vint pour expier solennellement les outrages faits au Saint-Sacrement pendant la guerre civile, guerre dont elle était le principal auteur. 11 était dans l'usage qu'une de ces religieuses répétât, chaque jour, une scène semblable; elle venait, la corde au cou, portant à la main une torche allumée, se mettre à genoux devant un poteau dressé à cet effet au milieu du chœur, et faisait amende honorable à Dieu de tous les outrages commis contre le Saint-Sacrement.
Ces religieuses, se trouvant trop resserrées dans leur maison de la rue Férou, la quittèrent pour aller en occuper une plus vaste dans la rue Cassette. Elles y entrèrent en 1659, y lestèrent jusqu'en 1790, époque de leur suppression, et leurs bâtiments vendus devinrent propriétés particulières.
NOTUE-DAME-Acx-Bois , abbaye de- l'ordre de Cîteaux, située rue de Sèvres, no 16. Ce monastère, fondé en 1602, au milieu des bois, dans le diocèse de Noyon, doit son nom à cette situation. Les guerres civiles qui signalèrent la régence d'Anne d'Autriclte, et le passage des gens de guerre, firent craindre aux religieuses de cette abbaye le pillage de leur maison et les insultes brutales des militaires. Elles quittèrent ce séjour dangereux, et, en 1650, se réfugièrsnt à
(1) Plusieurs maisons religieuses ou hospitalières peu importantes et qui n'ont eu qu'une courte existence furent fondées sous le règne de Louis XIV. Telles sont la maison des Prémontrés réformés, à l'angle des rues de Sèvres et du Cherche-Midi ; celle des Orphelins de Saint-Sulpice, rue du Vieux- Colombier, n° 5 ; le Séminaire Anglais, rue des Postes, n" 22 ; l'hospice des Cordeliers de la Terre- Sainte, rue de la Ville-rÉvcque; le Séminaire de Saint-Pierre et Saint-Louis, entre la rue d'Enfer et le Luxembourg; la conmiunauté d'hommes des Eudistes, rue des Postes, n" 20, et le Séminaire des Prêtres Irlandais, ou Collège des Lombards, rue des Carmes, n" 23; celui des Écossais, rue des Fossés-Saint-Victor, n"*25 et 27 ; celui du Saint-Sacrement et de l'Immaculée Conception, rue des Postes, n" 20; enfin la communauté des Prêtres de Sain/François de Sales, située au carrefour du Puits-l'Ermite, dans le quartier du .L-ndin des IMantes. Aucun fait intéressant ne sf rattarhr à l'histoire de cos divpis établissements. ♦
h-\k- HisTonii: Di: paius
.CoHipiègne. En 1654, elles achetèrent le monastère abandonné des Annonciades des dix Vertus, v\iQ de Sèvres; des lettres patentes d'avril 1658 confirmèrent cette acquisition, et y joignirent plusieurs privilèges. En 1718, ces religieuses firent élever une nouvelle église dont la première pierre fut posée le 8 juin de cette année. Cette maison fat supprimée en 1790; et son église, assez vaste, fut choisie, en 180'2, pour être la première succursale de la paroisse Saint-Thomasd'Aquin sous le titre d'Abbaye-aux-Bois.
SAINTE-PÉLAGIE, communauté religieuse et aujourd'hui prison, située rue de la Clef, n" 14. La veuve de Beauharnais de Miramion , conseiller au parlement, femme très-zélée, croyait pouvoir remédier aux effets des vices de la société sans s'occuper de leurs causes : autorisée par les magistrats, elle avait réuni six ou sept filles débauchées dans une maièon particulière du faubourg Saint- Antoine. Encouragée par le succès de cette tentative, elle imagina d'agrandir son plan, et de former une maison publique de détention pour les femmes débauchées. Plusieurs dames pieuses la secondèrent dans ce projet. Des sommes assez considérables furent fournies pour son exécution; et le roi, en 1665, donna des lettres patentes tendant à étabfir un lieu de refuge dans les bâtiments dépendants de la maison diie la Pitié, eÀ le soumit à l'administration de rhôpital général.
La veuve Miramion s'aperçut que ces filles ne se convertissaient point; que les murailles et les verrous de la prison pouvaient bien les empêcher de provoquer les hommes à la débauche, mais non changer leur naturel. Cette dame fut étonnée de rinelTicacité du remède, et prit le parti de ressayer sur des sujets moins incurables. Elle établit dans la même maison, mais dans des lieux séparés, des femmes qui, dégoûtées du libertinage, étaient disposées à sacrifier librement leurs habitudes à l'espoir d'une existence assurée et d'une vie })lus tranquille. Ce second établissement reçut le nom de Sainte-Pélagie ou de Filles de bonne Volonté. Le nombre de ces filles s'étant aecru, on les transféra au faubourg Saint- (iermain, dans une maison qu'avaient occupée les Filles de la 3Jère de Dieu; mais peu de temps après, à la prière des administrateurs, elles retournèrent dans leur première demeure. Cet établissement fut confirmé par lettres patentes de juillet 1691. Depuis la révolution, cette maison est devenue prison publique. J'en parlerai ailleurs.
ABBAYE SAiNTK-GENEVJÈVE OU SAiME-PEuiuNE, situé» à l'entrée de la grande rue de Chaillot, du côté de l'avenue de Neuilly. Des religieuses chanoinesses de Sainte-Geneviève, de l'ordre de Saint-Augustin, établies en 1638 à Nanterre, furent transférées à Chaillot en 1659. A cette abbaye Sainte-Geneviève furent réunies, en 1646, les dames de l'abbaye Sainte-Perrine de la Villette. Ce dernier nom a prévalu. Ce monastère fut supprimé en 1790. Vers l'an 1806, on y a établi l'institution des Vieillards des deux sexes qui paient une pension ou une somme fixe pour leur admission.
FILLES DU SAiiNT-SACKEMENT, couvcnt situc Fue Saiut-Louis au iMarais, entre les n*'=^ 50 et 52. La guerre força ces religieuses à quitter la ville de Toul, où elles étaient élablies, et à venir, en 1674, à Paris, où elles furent accueillies dans la maison do IfHU' ordre, située rue Cassette. Après quelques déplacements.
SOI s LOI is \iv. u:»
la duchesse (i'Aii;uillon, en l()8l, céda l'hùLel du cnrdinal de houilloii, au Marais, à ces religieuses, (jui le lirent accommoder en monaslèie. Ces religieuses étaient tenues à radoralion j)er|)eluelle du Saint-Sacrement de lautel. Ce couvent, supprimé en 17î)0, est devenu propiiété particulière, son église est aujourd'hui la troisième succursale de la paroisse Saint-Merry, septième arrondissement.
MLLES DE SAiNTiî-VAi.KiiE, coiumunaulé située à l'extrémité occidentale de la rue de Grenelle-Saint-Cermain, u" 1 42. Le père Daure, dominicain, eut grande |)art à cet établissement. Le 30 avril 1704, on acheta, dans la rue de Grenelle, un terrain sur lequel furent bâtis une chapelle et les bâtiments nécessaires. On y plaça, en 170G, des tilles pénitentes, c'est-à-dire des fdles débauchées, pauvres ou converties.
Cette communauté fut supprimée en 1790; et son église, conservée, fut, en 1802, érigée en succursale de la paroisse Saint-Thomas-d'Aquin 'W
Je pourrais grossir la notice, déjà trop ample, des établissements de communautés de iilles fondés sous le règne de Louis XIV; y ajouter celles qui furent destinées à l'instruction des enfants, à soigner les malades dans chaque paroisse; y ajouter celles qui, formées par des personnes imprévoyantes et comptant trop sur les faveurs de la fortune, sur la dévotion et la libéralité des riches, achetaient des maisons, des jardins, des meubles qu'elles ne pouvaient payer, empruntaient pour se loger et pour vivre, et n'offraient aucune garantie.
Le 2 janvier 1670, le parlement, instruit que, parmi ce nombre exorbitant de maisons religieuses, il s'en trouvait plusieurs dont l'existence n'était pas légale, nomma des commissaires pour examiner les titres de ces maisons. D'après le rapport de ces commissaires, le parlement, par arrêt du 17 juin, supprima les maisons et communautés de la 3Jère Ursule, de la ]\Icre 3Iaill(ird, de VA?inoncicitlon, delà Dame Cossard, de V Hospice de Charo7we, au faubourg Saint-Germain ; des Bénédiclines de la Consolation, et des Filles Sainte-Anne, au faubourg Saint-Marcel. On renvoya la plus grande partie des religieuses de ces communautés dans les couvents oi!i elles avaient fait profession; et les autres, au lom-
^1) A ceUe époque se ratlaclie encore la fondation de plusieurs couiiiuinaulés religieuses de filles que nous nous conlentPrcns d'énumérer. Le couvent des Filles de l(i Congrégation de Xotre-Dame était rue Neuve-Saint-Étienne, n" (>; celui des Filles Saint-Cliaumont, rue Saint-Denis, n" 371 ; celui du Petit Saint-Chaumont, rue de la Lune, n" 32; celui des Filles de la Providence, rue de l'Arbalèle, n"' 24 et 2G ; celui des Hospitulièrcs de ta Miséricorde de Jésus, rue Mouffetard , n" G9 ; celui de la Visitation de Jésus, à Chaillut, entre les l)arriôr('S de Franklin et de Sainte-Marie, là où était projeté le palais du roi de Rome; celui des Filles de Sainte-Marie, rue du Bac, n" 58. Nous trouvons ensuite la communauté des religieuses de Xotre-Dame-de-Miséricorde, rue du Vieux-Colombier, n" 8 ; celle des Religieuses de la Conception, rue Moreau, n» 10, et celle des Beligieuses anglaises, rue des Anglais, n" 20. Nous citerons encore l'ahbayc de Notre-Dame-de-Pantheniont, rue de Grenelle-Saint- (iermain, n-'MOG et 108, dont l'église, bâtie sur les dessins de Contant, en ITiO, existe encore. Nous n'avons rien à dire également des Filles de JS'otre-Dame-des-Vertus, rue Saint-Bernard; des Religieuses de la Présentation Notre-Dame, rue des Postes, n"' 34 et 3G ; des Filles de V Instruction chrétienne, dont la maison occupait remplacement du séminaire de Saint-Suipice; des Miramiones, rije de la Tournelle, n" 5 ; des Religieuses de Notre-Dame-de- Don-Secours, rue de Charonne, n'^ 9ô ; de la communauté de Sainte -Geneviève, rue de Clovis; des Filles de la Croix, cul-de-sac Guéinénée, n" 4, et rue d'Orléans-Saint-Marcel, n° 1 1 : des Filles de la Congrégation de la Croix, rue des Barres, nM4; des Religieuses de la Madeleine de trainel; des Filles du Don-Pasteur, rue du Cherche- Midi, n" 3G; de celles de Saint-Thomas-df-Villencu^r, rue de Sèvres, n"?:,rl enfin des Filles de Sfiintr-y4gathr ou du Silrnrr, rue (]c i'.\rbnlt"'l(\
U6 HISTOIHE DE PAUIS
bre de vingt, furent réunies dans le monastère du Verbe Incarné. Les religieuses Bernardines de Charonne et les Filles de la Crèche furent aussi supprimées plus tard.