‹ Histoire de Paris et de ses monumentsChapitre 5 sur 96 · DE SON NOM. — SON CULTE AVANT LA DOMINATION ROMAINE · texte numérisé non relu

DE SON NOM. — SON CULTE AVANT LA DOMINATION ROMAINE

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nue ; on par un (i

[ Lorsqu'au seizième siècle on commença,

y 1 en France, à écrire sur l'origine des nations

V et des villes, ceux qui traitèrent ces suiets se l'y.' , , " .

r montrèrent peu dignes du caractère d'histo-

>,l^^\ rien. Aveugles admirateurs du passé par

/j] défaut de lumières, de critique ou de svncé-

%,i rite, ils prodiguèrent sans mesure les éloges,

adoptèrent sans hésiter les fictions des temps

^v barbares, et semèrent dans le champ de

^/ I l'histoire des erreurs difficiles à déraciner

Ce n'est qu'à force d'étude et de pénibles:

^C investigations que des écrivains plus récents

Ç-;' sont parvenus à séparer la vérité du men-

""tt songe.

=/ La nation parisienne eut un sort commun

^-'^ à plusieurs autres. Son origine était incon-

lui en composa une des plus illustres. Si Rome avait été fondée

Is du dieu Mars et par le nourrisson d'une louve, Paris dut l'être

par un prince échappé au sac de Troie, par Francus, fils à' Hector, qui, devenu roi de la Gaule, aiirès avoir bâti la ville de Troyes en Champagne, vint fonder celle des Parisiens, et lui donna le nom du beau Paris, son oncle. Mais la véritable histoire repousse ces chimères, et donne à Paris une origine plus simple, plus vraie et moins héroïque.

Il paraît que la nation des Parisii, ou Parisiens, se composait d'une tribu celtique, peut-être originaire de la Belgique; que ce peuple, échappé aux fers de ses ennemis, vint occuper un territoire sur les bords de la Seine et sur les frontières des Senones. Un demi-siècle s'était à peine écoulé depuis cet établissement, lorsque César vint dans les Gaules. Les vieillards de la nation parisienne, dit ce conquérant, en conservaient encore la mémoire, ainsi que celle des conditions qui les liaient aux Senones. Voilà tout ce que l'histoire nous fournit sur le premier état connu des Parisiens. On n'a débité que des fables en prêtant une plus haute antiquité à cette nation qui n'est mentionnée par aucun écrivain antérieur à César.

Le territoire concédé aux Parisiens ne devait pas avoir, dans sa plus grande étendue, plus de dix à douze lieues. Au nord, il était borné par celui des Silvanectes, dont le chef-lieu est représenté par la ville de Senlis; à l'est, par celui des A^e/riz(Meaux); à l'est et au sud, par le territoire des Senones \Sens); au sud et à l'ouest, les Parisiens avaient pour voisins les courageux Carnutes, habitants du pays Chartrain. On ignore si la position de Corbeil dépendait des Parisiens; mais on a la certitude que Melun n'en dépendait pas et appartenait au territoire des Senones. On est certain aussi que les positions de Jouarc ( Divochinim)^ de Saint-Germain-cn-Laye et de Pontoise, étaient hors du territoire parisien.

La Seine, traversant ce territoire, formait, au point où se trouve aujourd'hui Paris, cinq îles dont la plus étendue fut, par les nouveaux habitants, choisie pour leur place de guerre : c'est celle qui reçut le nom de Lutèce ou de LucofècCy et ensuite celui de la Cité. La surface de cette île était alors moins grande d'un cinquième environ qu'elle n'est aujourd'hui. Cette île, nommée Lutèce ou Lucotèce et dénuée de murs d'enceinte, n'avait de fortification que le cours de la Seine. Elle n'était point une ville; les Gaulois, à cette époque, n'en avaient jioint: ils habitaient des chaumières éparses dans les campagnes, et loiMpfiis ci-aignaient une attaque, ils se retiraient, avec leurs familles et leurs bestiaux, dans leurs forteresses, et y construisaient à la hâte des cabanes oîi ils abritaient leurs personnes et leurs provisions. Telles furent l'humble origine de la nation paiisienne et l'étendue de son territoire. Où l'histoire est en défaut peuvent se placer des conjectures : je vais en hasarder une sur l'étymologic (lu nom Parisii.

Il es! vraisemblable que ce nom n'était point originairement celui de la nation à huiuclle les Seiionrs concédèrent un territoire, mais qu'il provenait plutôt de la .silualion de ce lerriloire sur la large frontière qui séparait la Celtique de li> !*.^'l-i(ni('. Il existait dans la Gaule et dans la Grande-Rrelagne plusieurs Jinlrrs jWK^itions géogra|ilii(pics, ai)iiolées Parisii, liarisii. Les radicaux P^^r et lî>ir s(Mit i(!(Mili(ni(>s, les Icltres /' ol li élanl prises très .-ouvent Tune \m\v

ouiclm: dp: la nation pauisienni:. â

rautre(l). Los hal)ilan(s du Harrois sont nommés narisicnscs, comme ceux de Paris, Parisicnscs.Ov, le liarrois était la IVontière qui séparait la Lorraine de la Champagne. 11 est certain que toutes les positions géographi(iues dont les noms se composent du radical Bar ou Par sont situées sur des frontières. Il l'audrait donc en conclure que Parisii et Barisii signifient halntants de frontières, et que la peuplade admise chez les Senones ne dut son nom de Parisii (ju'à son éta Missement sur la frontière de cette nation.

Cette conjecture est certainement plus acceptable ([ue celle qui fait dériver le mot Paris du nom d'un prince troyen, et de celui d'un certain roi appelé Isus, ou de la déesse Isis, qui l'un ou l'autre sont, avec Francus, signalés comme les fondateurs de Paris. C'est en conséquence de l'une de ces deux prétendues origines qu'on a longtemps soutenu q\ilsis était une divinité des Parisiens, mais on n'a trouvé aucun monument pour donner du poids à cette dernière conjecture. Le nom d'Isis, d'ailleurs, ne peut en aucune façon être resrardé comme le radical du mot Paris

Nous n'avons que peu de notions sur les divinités adorées par les Parisiens avant la domination romaine. Les Gaulois ne représentaient point leurs dieux sous des formes humaines ; ils n'adoptèrent cet usage que lorsque leur religion se fut confondue avec celle des Romains, leurs vainqueurs. Les bas-reliefs et les inscriptions qui furent découverts en 1711 sous l'église Notre-Dame, et que je décrirai dans la période suivante , offrent des divinités gauloises mêlées aux divinités du Capitole.

Les monuments du culte gaulois consistaient ordinanement, non en figures humaines, fart du statuaire leur étant inconnu , mais en pierres brutes, en obélisques grossiers plantés en terre, o^n'QWAwommh pierre fixe, pierre fite, etc. Le village de Pierrefile , situé au delà de Saint-Denis, doit évidemment son nom à un pareil monument. Une autre sorte de monument religieux des Gaulois consistait en un groupe de plusieurs pierres de forte dimension , dont l'une, plus large, était élevée sur plusieurs autres qui lui servaient de soutien, et dont l'ensemble formait un autel rustique. On les nomme le plus ordinairement dolmeny pierres levées. Une rue de Paris, située dans le quartier du Temple, porte le nom de Pierre-Levée; ce nom indique certainement un monument de l'espèce que je viens de décrire. On pourrait ajouter que les noms de Pierre Aulard, Pierre Olet, que portent des rues de Paris, ont une pareille origine; mais ce n'est là qu'une conjecture fondée sur la ressemblance de ces noms avec ceux de quelques monuments celtiques connus. Nous devons dire, en résumé, que le temps, la population, les événements politiques ont. effacé du sol parisien presque toutes les traces du culte de ses antiques habitants.

Le plateau de Sainte-Geneviève, nommé du temps des Romains Mons Luco- (itius, dont une partie est depuis longtemps consacrée au christianisme, paraît l'avoir été antérieurement au culte gaulois. J'appliquerais la même conjecture aux éminences dites Montmartre et Mont-Valérien, les points les plus élevés de ceux (lui bornent fhorizon de Paris. Je présume que leurs cimes étaient autrc-

(1) Dans les langues tndesques, Paris est toujours prononcé naris.

4 HlSTOIPiE DE PARIS

fois , comme elles sont aujourd'hui , des lieux consacrés , des hauts lieux. C'est une vérité constatée que les cultes qui se sont succédé ont changé d'objet, mais n'ont point changé de place. Sur l'esprit du peuple, la routine a plus d'empire que les dogmes religieux.

Les chrétiens, lorsqu'ils eurent, à l'instar des païens, adopté des cérémonies et l'usage des temples, établirent, pour assurer le succès de leurs prédications, les objets de leur culte dans le lieu même où le paganisme avait célébré le sien. Saint Grégoire , évêque de Rome, recommande expressément l'observation de cette règle, dont plus d'une fois j'aurai l'occasion de faire l'application.

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