LES PARISIENS SOUS LA DOMINATION ROMAINE
DE l'Établissement des bomains dans les gaules.
En l'an 700 de la fondation de Rome, cinquante-quatre ans avant notre ère vulgaire, la nation des Parisii figure pour la première fois sur la scène historique, et y joue un rôle très-secondaire, conforme à son peu d'importance.
Jules César, poursuivant la conquête du monde, avait déjà soumis une partie de la Caule. Pressé par le besoin de renforcer sa cavalerie pour continuer la guerre, il convoqua, dans un lieu qu'il ne nomme pas , une assemblée générale des nations gauloises. Celles des Treveri , des Carnutes, des Senones, les plus puissantes, ne s'y présentèrent point. L'absence des députés de ces nations annonçaient au général romain des intentions hostiles, et déconcertait son plan de conquête. Instruit que la faible nation parisienne, quoique dépendante des Senones, n'avait pris nulle part à cette résistance, il convoqua une nouvelle assemblée dans Lutèce, place forte des Parhii, et marcha le même jour, à la tête de ses légions , contre les Senones indociles, qui, à son approche, promirent d'envoyer des députés. Les Carnutes imitèrent cet exemple. César, parvenu à réunir dans Lutèce les principaux de la Gaule, les fit se résoudre à lui fournir un secours de cavalerie, unique objet de sa convocation.
L'année suivante, presque toutes les nations gauloises se soulevèrent; et César, péniblement victorieux en Berri, battu en Auvergne, se vit forcé de fuir et d'aller rejoindre les légions que Lahienus, son lieutenant, commandait à A(/c(lincum, place située sur le territoire des Senones. Cependant les nations voisines des Parisiens avaient aussi levé l'étendard de l'insurrection , et cherchaient à secouer un joug odieux. A cette nouvelle, Labienus se diiigea vers les insurgés de son voisinage. Il partit d'Agedincum, aujourd'hui Sens, longea la rive méridionale de la Seine et s'avança vers Lutèce, place forte des Parisiens.
Les Caulois insurgés, instruits de l'approche de Labienus et des légions romain(»s, rnsscMnblenl des troupes nombreuses, en confient le commandement à
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iiii vieillard do la nation des h/Z^vr/, nommé (kimulogènc , marchent du coté où s'avançaient les Uomains, et campent derrière un marais prolongé (jui al)oulissail à la Seine (1). Zrt6iV'?«/.s', arrùté par le double obstacle du marais et de l'armée gauloise, se décide à prendre une route plus praticable; il létrograde , va assiéger Melun , une des l'orteresses des Scnones, située, connue celle de Lulk'c, dans une rte de la Seine; il prend cette place, rétablit le pont, coupé ipielipies jours auparavant par les Gaulois, y passe la rivière, et, suivant sa rive septentrionale, marche de nouveau vers Lutèce.
Les Gaulois, informés du retour de l'armée romaine par une autre route, quittent le poste qu'ils occupaient près des marais formés par le cours de la Marne, vont camper en face de l'Ile de Lutèce, sur la rive méridionale de la Seine, et, pour oter aux Romains les moyens d'arriver jusqu'à eux, ils brident les constructions qui se trouvent dans cette île, et en coupent les ponts. Labienus établit son camp en face de celui des Gaulois, c'est-à-dire sur la rive septentrionale. Ce fut alors qu'il apprit les revers de César et sa marche précipitée vers Agedincum, Cette nouvelle changea ses dispositions : ne pouvant vaincre les Gaulois, il résolut de leur échapper avec honneur. 11 avait enlevé à Melun cinquante barques et les avait remplies de troupes; lorsqu'elles furent arrivées vers Lutèce, il confia le commandement de chacune d'elles à un chevalier romain, fit en silence, et à la faveur de la nuit, descendre ces barques sur la rivière, au-dessous de Lutèce, jusqu'à un lieu qu'il indiqua et où il promit de se rendre bientôt (2). Labienus ov^onwdi aussi à cinq cohortes, placées sur d'autres barques, de remonter la Seine ostensiblement. 11 laissa cinq autres cohortes pour la garde de son camp, situé en face de Lulèce, et marcha , à la tête de trois légions, vers le lieu assigné aux cinquante barques qui avaient descendu la Seine. Là, favorisé par un orage violent qui ralentit la surveillance des sentinelles gauloises , il parvint à traverser cette rivière.
Au point du jour, les Gaulois sont ave,rtis qu'ils vont être attaqués sur trois points. Ils divisèrent aussitôt leur armée en trois corps. L'un resta au camp pour faire face aux troupes du camp ennemi ; l'autre, plus faible, fut envoyé vers un lieu nommé Metiosedum ou Josedum (3), afin d'observer la marche des troupes romaines qui remontaient la Seine; le troisième se porta vers l'endroit où Labienus, avec ses légions, avait traversé cette rivière. Ce fut ce troisième corps qui combattit contre Labienus. Le combat dut se donner dans les plai nés d'Issy.
L'aile droite des Romains parvint à repousser les Gaulois qui lui étaient opposés; à l'aile gauche, ceux-ci tenaient ferme, se battaient et ne fuyaient pas. Alors, une des légions romaines, qui avait obtenu des avantages sur la droite, tourna la partie de l'armée gauloise qui opposait le plus de résistance. Les Gaulois, enveloi)pés, se battirent avec désespoir; mais leur courage céda à la su-
(1) Ce marais ne pouvait être formé que par le cours de la Marne.
(2) Ce lieu , distant du camp romain de quatre milles, c'est-à-dire d'une lieue et demie, était \rai-semldablement situé au-dessus du pont de Sèvres.
{'■)) Metiosedum , suivant plusieurs manuscrits des Commentaires de César, et Josedum , suivanl quelques autres, devait être placée sur la rive méridionale de la Seine, du côté d'Ivry.
périorité des armes romaines. Camulogène et une grande partie de ses troupes périrent dans ce combat.
A la nouvelle de cette défaite, ceux qui se trouvaient dans le camp gaulois vinrent au secours de leurs frères; mais ils ne purent soutenir le choc des légions victorieuses, et furent entraînés par la foule des fuyards. Tout ce qui ne put trouver asile sur les hauteurs ou dans les bois fut tué. Ces hauteurs et ces bois devaient être ceux de Meudon. Après cette action, Labienus, qui n'avait d'autre objet que de ramener son armée saine et sauve à Agedincum, où il avait déposé ses bagages, marcha vers cette forteresse, après avoir réuni ses troupes.
Sans doute les Parisiens, dont le territoire fut le théâtre de cette expédition, contribuèrent selon leurs moyens à la défense commune ; mais leur forteresse, privée de ses ponts, ne fut ni attaquée ni défendue, comme le disent plusieurs historiens modernes. César nous présente d'abord les Parisiens comme une nation dévouée à ses intérêts; mais il est évident qu'elle céda à la crainte plutôt (pi'à son inclination. Dans cette guerre, ainsi que dans celles qui suivirent, on voit les Parisiens constamment unis à leurs confédérés, et armés contre l'ennemi commun ; on les voit, peu de temps après, fournir leur contingent de troupes à l'armée gauloise destinée à combattre celle que César commandait au siège d'Alise.
Le contingent des Parisiens , en cette occasion , donne la mesure de leur force. Les habitants du Poitou , ceux de la Touraine et du Soissonnais , réunis aux habitants du territoire parisien , ne fournissent ensemble que huit mille hommes; tandis que quelques nations puissantes de la Gaule, quoique déjà épuisées, les Aidui, et surtout les Arverni, envoient chacune trente-cinq mille combattants. Le nombre d'hommes fournis en cette circonstance par la nation parisienne, ne dut pas s'élever à plus de deux mille : ainsi, sa puissance était à celle des nations du premier rang comme deux est à trente-cinq. Depuis cette époque , et pendant quatre siècles , l'histoire se tait sur les Parisiens et leur Lutèce. La géographie seule nous apprend que cette nation, placée sur les frontières de la Belgique et de la Celtique, fut rangée dans la Lyonnaise, lorsque Auguste eut divisé la Gaule en provinces.
D'après toutes les notions historiques, il est évident que les Parisiens étaient
un peuple faible et passif. Leur petite forteresse, placée dans une île de la Seine,
se composait, comme toutes les forteresses de la Gaule, d'un assemblage de
cabanes habitées seulement en temps de guerre. Les écrivains qui en ont donné
une idée différente ont admis et propagé une erreur où sont tombés aussi les
auteurs de V Histoire de Paris, les pères Félibien et Lobineau : ils disent que
César amjmenta le nombre des édifices de Paris, l'entoura de fortes murailles, et
voulul (pie cette place fût nommée la Cilé de Jules César. Ces auteurs se sont
appuyés sur un prétendu p-assage de Boëce, passage qui n'existe dans aucun des
ouvrages de ce i)hilosophe, comme l'a prouvé M. Bonami (i). Il est des écrivain?
qui ont osé dire aussi, il en est d'autres qui ont avec confiance répété que
(Ij Mémoires de rAciuU'iuit' «les In>( rii.tioiis et Ik'llort-l.eUres, t. XV, p. 07 ;J.
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Jules (À''s(tr avail lail bàlir le (irand-f^hàlr/r/. Ils le disent sans preuve, (iette assertion insoutenable sera réiutée quand je parlerai de cel éditiee.
La deseription des monuments anti(pies, découverls ou conscrrvés à l^aris, peut donner une partie de la physionomie de cette place pendant la domination romaine, et suppléer, à (piehpies égards, au silence des historiens. Je les déerii'ai donc, en conmiencant par les antiipiités de l'île de la (^ité; puis, je viendrai à celles (pi'on a trouvées au delà de l'une et de l'autre rive de la Seine, il faut chercher dans le sein de la terre les lumières ([ue l'histoire nous refuse.
^ JLK DK LA CITÉ, SES POINTS, SES ANTIQUITES.
ILE DE LA CITÉ DE PARIS. Ccttc île moins grande autrefois qu'elle n'a été depuis, parce qu'on y a réuni, du côté de l'ouest, deux petites îles, et, du coté de l'est, un terrain ou monticule factice, n'était pas, même du temps de Julien, ])rotégée par un mur d'enceinte. Cet empereur, dans son Misopôgôn , après avoir parlé de la Cité de Paris, qu'il nomme sa chère Zî//èc-?, ajoute : «Elle >• est entièrement entourée par les eaux de la rivière, et située dans une île » peu étendue, où Ton aborde de deux côtés par des ponts de bois (1). »
Il est présumable que, vers la fin de la domination romaine, et il est certain qu'au commencement de celle des Francs, cette île était défendue par une enceinte de murailles. A la fin du quatrième siècle, l'île de la Cité devait contenir un palais ou édifice destiné à l'ordre municipal. Cet édifice occupait certainement l'emplacement du Palais-de-Justice. A l'autre extrémité de l'île, et à la place d'un autel dédié à Jupiter, autel dont je donnerai la description, fut établi, lorsque le christianisme eut fait des progrès, un temple chrétien, dédié à saint Etienne. Entre ces deux établissements était une place destinée au commerce, place dont je prouverai l'existence.
PONTS. Par deux ponts en bois établis sur l'une et l'autre rive de la Seine, on communiquait à l'île de la Cité. Le Petii-Ponl , où aboutissait la voie romaine venant du côté du midi, était placé au même point où se trouve aujourd'hui celui qui porte le même nom; le Grand- Pont occupait à peu près l'emplacement du Pont-au-ChaiHje. Ces ponts ne se correspondaient pas directement; pour arriver du Pelil-Pont au Grand- Pont y la route suivait la ligne de la rue du Marché-Valu, se détournait à gauche en formant un angle, se continuait dans la direction de la rue de la Calandre, qui aboutissait à la place du Commerce, laquelle fut, pendant longtemps, nommée j?/ace Saint-Michel, k càuse d'une chapelle de ce nom qui s'y trouvait. La rue de la Calandre est dans les anciens titres ainsi désignée : Rue par laquelle on va du Petit-Pont à la place Saint-MicheL De cette place, la route se dirigeait vers le Grand-Pont.
La disposition extraordinaire, incommode et tortueuse de ces deux ponts a certainement une cause. Le l^etit-Pont devait originairement être à la place
(1) L'alilx" delà BleUeiic a traduit inexactement le Misopôgôn de Julien, lorsqu'il fait dire à ce ]»rince (|ue celle i)Iace éttiit environnée de nmraillfs.
(le celui ([uOii iioinine aujourd'hui Saint-Michel. La voie romaine venant du village d'issy i)assait sur ce pont présumé et traversait sans détour l'île de Lufèce jusqu'au Grand-Pont. Mais, lorsqu'on établit le palais des Thermes et les jardins, pour ne point diviser leur ensemble, cette voie fut détournée et portée à l'endroit où est aujourd'hui la rue Saint-Jacques; et le Petit-Pont, déplacé, fut construit dans la direction de cette rue. Je ne crois pas qu'on puisse expli- (juer d'une manière plus vraisemblable les détours de cette route et la disposition indirecte de ces deux ponts.
ANTIQUITÉS. On a découvert, à dilTérentes époques, plusieurs antiquités galloromaines dans l'île de la Cité.
C'est ainsi qu'en août 1784, lorsqu'on construisait les bâtiments du PaJaisde-Justice, situés rue de la Rarrillerie, en face la Sainte-Chapelle, on a trouvé, en fouillant profondément le sol, parmi plusieurs pierres qui paraissaient appartenir à un édifice très-ancien, un cippe quadrangulaire, décoré de quatre bas-reliefs représentant Mercure, Maïa, mère de ce Dieu, Apollon avec des attributs divers, et Honii>, emblème du soleil au printem.ps (1). Ce cippe est déposé au cabinet d'antiquités de la Ribliothèque Royale. — Des ouvriers, en 1829, ont rencontré sur l'emplacement de l'église Saint-Landri, à environ dix pieds de profondeur, une forte muraille, dont la direction était à peu près parallèle au cours du petit bras de la Seine. Cette muraille se composait en grande partie de débris de pierres ornées de bas reliefs dont l'ensemble représentait une victoire obtenue par des moyens frauduleux, par des ruses de guerre plutôt que par le courage des combattants. Ces bas-reliefs provenaient évidemment de la façade d'un édifice qui paraît être de la catégorie de ceux qui abondaient à Rome, et qu'on nommait œdes sacrœ (maisons sacrées). Auprès des débris dont nous venons de parler, on a recueilli une pierre quadrangulaire chargée de figures très-frustes, une pierre brisée par le bas, que l'on regarde comme un autel votif, les restes d'un bas-relief où l'on voit trois prisonniers de guerre plus grands que nature, et d'un beau travail, qui ont dû appartenir à un moimment triomphal ; puis des vases, des lampes, un amas d'ossements humains et d'nnimaux, qu'on a transportés aux Catacombes, et qui attestent que là, ou près de là, fut donnée une bataille. Enfin, on a trouvé, sur un terrain voisin de la muraille, douze médailles, presque toutes romaines, et la [)lupart frustes. I.a plus ancienne est d'Autonin-le-Pieux, et la plus récente porte la face et le nom (lu tyran Maynus Maximum, qui régna dans les Caules depuis l'an 373 jus(pren 388. C'est sans doute ce Maximus, vainqueur de l'empereur Gratien, (|Mi aura fait élever, après sa victoire, ce monument commémoratif, dont faisaient i)arlie Uîs bas-reliefs que nous venons d'indiquer. Il est probable aussi que
(1) Sur riiiit> (les l'accs, on lit rinscrii)ti()n siii\aiUe :
AUG. JOVI. TIIl. C.ESARE.
NAUTAE. PARISIAC. MAXUMO.... M.
IM'HI.ICK, IK^SllKRUNT.
(Vt'st-à-ilirc : u SiMisTilKM-c-Aiimistc, los l»ateliors paiisi(^ns ont i>ul»liqnom(Mit ('love* cet autel ù ,lM|tii('r tivs-lion, tn's-iiranil. »
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ce iMaxinius ayant été décapité par l'ordre de lliéodose, Valcntinien, à son arrivée dans les Oaules, anra ordonné la démolition de ce monument, dont les matériaux, dans la suite, auront servi à la construction de la muraille de la dite. Pour compléter ces indications, nous dirons (|u'cn 1711, en creusant sous le chœur de l'éf^lise cathédrale de Notre-Dame de Paris, on a recueilli neuf grosses pierres cubiques olfrant, sur leurs diverses faces, des bas-reliefs et des inscriptions latines. On remarque dans ce monument ta réunion des dieux {gaulois et romains, des dieux des vainqueurs et de ceux des vaincus; l'association paisible des divinités du (lapitole, Cas/or, PoUuXy Jupiter, Vulcain, Vénus, Mars, etc., avec les dieux barbares Esvs et Cernwmos; association (|ui 7^ devenait facile entre des religions qui n'étaient point exclusives.
De toutes ces pierres trouvées dans un même heu, de leurs formes diverses, de leurs inscriptions et de leurs bas-reliefs, il résulte que, sous le règne de Tibère, entre les années 14 et 37 de notre ère, il existait chez les Parisiens une corporation de bateliers [nautœ)^ ou navigateurs sur la Seine, comme il y en avait dans plusieurs autres lieux de la Gaule situés sur des rivières facilement navigables ; que cette corporation de bateliers fit, à cette époque, ériger, à l'extrémité orientale de l'île de Lutèce, un monument religieux dédié spécialement à Jupiter; que ce monument était isolé, puisque les pierres cubiques qui le composaient sont sculptées sur leurs quatre faces; que l'ensemble de ce monument formait un autel situé au confluent des deux bras de la Seine. C'est ainsi qu'à Lyon, à Saintes , et dans d'autres lieux de la Gaule, des autels étaient placés au confluent de deux rivières; que ce monument, composé de pierres cubiques, formait une pile ou piédestal d'environ six pieds de hauteur, (jui vraisemblablement portait la statue de Jupiter; que ce piédestal était accompagné de deux autels, l'un destiné aux sacrifices, et l'autre à faire brûler de l'encens; enfin, que les pierres qui n'ont pas en largeur la môme dimension que les autres ont pu appartenir à des parties accessoires du monument principal. Je dois faire observer qu'à l'époque de l'érection de ce monument, les routes de terre étant rares et impraticables, les Romains n'effectuaient le transport des vivres et munitions nécessaires à leurs armées que par la voie des rivières navigables. Lutèce, située sur la Seine, rivière dont la navigation est commode, dans laquelle viennent déboucher quelques autres, telles que l'Yonne, la Marne et l'Oise, parut dans une position heureuse, et servit de point central à la navigation d'une partie de la Gaule. Aussi voit-on, vers la fin du quatrième siècle, qu'il existait sur la Seine , à Andresy, une flotte de bateaux sous la direction d'un préfet résidant à Paris; et que, lorsque les Francs eurent succédé aux Romains, une corporation de bateliers s'est maintenue longtemps dans cette ville, sous le nom de mercatores aquœ parisiaci, de marchands par eau, de la confrérie des marchands de /'mt/, corporation si puissante, au moyen âge, que c'est elle qui fournissait la ville de magistrats municipaux.
PiusoN DE GLAUCiN. Il est très-présumal)le , mais il n'est pas certain, (ju'il
existait, du temps de la domination romaine, sur la rive de la Seine, près du
Pont-au-Ghange, et sur l'emplacement du Quai-aux-Fleurs, une prison dont parle
Grégoire de Tours, et que l'auteur des Gestes du roi Daf/obert nomme carrer
10 HISTOIKE DE PARIS.
Glaucini, prison de Glaucin; elle était voisine d'une porte de Paris. Je place cette prison sur le Quai-aux-Fleurs, parce que deux églises, celles Saint-Denis et Saint-Symphorien, à cause de leur voisinage de cette prison, ont porté le surnom de la Chartre, mot qui signifie prison , et que ces églises étaient situées près de ce quai. Je i)lace cet établissement pendant la période romaine, parce qu'on a la preuve de son existence peu de temps après cette période; parce que les premiers rois francs n'étaient guère en usage de faire construire des édifices civils, et que le mot Glancin est latin. Une tour voisine de cette prison, ou qui en faisait partie, se nomma d'abord 7'owr de Marque/as, puis tow Roland.
On voit que le quartier de la Cité, aujourd'hui peu brillant, l'était beaucoup sur la fin de la domination romaine, et contenait plusieurs établissements qui lui donnaient de l'importauce. Voyons si les autres quartiers de Paris avaient les mômes avantages.