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ÉTABLISSEMENTS RELIGIEUX ET SÉCULIERS

ÉGLISE SAiNï-suLPiCE, située entre la place de ce nom et les rues Palatine, du Petit-Bourbon et Garencière. Cette église paroissiale, sous le [)atronage de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, existait en cette dernière qualité avant l'an i'2ii. Au seizième siècle, la population du faubourg Saint- Germain croissant toujours, l'étendue de l'église Saint-Sulpice, principale paroisse de ce faubourg, devint insulfisante. Sous le règne de Louis XII et de François I"', on y ajouta une nef, et, en 1614, six chapelles latérales; mais ces additions ne lui procuraient pas les dimensions nécessaires. En 1643, on résolut de bâtir un nouvel édifice pour cette bonne œuvre. Des personnes riches promirent de venir au secours des marguilliers de la paroisse. Ces marguilliers chargèrent de cette construction un architecte peu connu, nommé Gamart^ qui en commença l'exécution en 1646. Plusieurs parties de l'édifice étaient presque achevées, lorsqu'on s'aperçut, un peu tard, que le plan de ce bâtiment n'était pas encore d'une étendue suffisante. Alors on chargea Louis Leveau de fournir les dessins d'une église plus vaste, et l'on recommença presque entièrement l'édifice. Le 20 février 1655, la reine Anne d'Autriche vint solennellement en poser la première pierre. Peu de temps après mourut l'architecte Leveau. Les marguilliers confièrent la continuation des travaux à Daniel Guittard.

Dix-huit années furent employées à la construction du chœur et de ses bascôtés. Cette partie étant achevée en 1672, on continua pendant les années suivantes la construction de la croisée : mais, en 1678, les travaux furent suspendus par défaut de finances. Le curé et les marguilliers présentèrent, peu de temps après, une requête au roi, par laquelle ils demandaient des secours, lui exposaient que l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, jouissant du droit de patronage, des dîmes et des droits seigneuriaux de toute la paroisse, devait contribuer à cette construction ; que, la vieille église étant démolie et la nouvelle non encore achevée, on n'y pouvait célébrer le service divin. Ils demandaient, en outre, qu'il leur fût permis d'assembler les paroissiens, pour qu'ils délibérassent sur les moyens propres à s'acquitter de leurs dettes, qui se montent, disaient-ils, à plus de cinq cent mille livres; et que, bien loin d'avoir les fonds suffisants pour continuer l'entreprise, ils n'ont pas même, ajoutaient-ils, de quoi payer les intérêts des sommes qu'ils ont empruntées : cet exposé était faux, comme on le verra.

Le conseil du roi nomma, en 1683, des commissaires pour vérifier ces comptes ; et ces commissaires trouvèrent que les dettes dépassaient la somme de 673,224 livres, que les biens ne se montaient qu'à 143,013 livres, et qu'il restait dû 529,911 livres. Alors les commissaires obtiennent, le 4 janvier 1689, un arrêt qui oblige l'abbaye Saint-Germain-des-Prés à payer le sixième du principal de la dette, et ordonne que les autres cinq sixièmes soient imposés sur les pro-

SOI s I.OlilS \IV. i'iT

prii'lairos lie maisons cl luM'itaj^es du raul)our^ Saint-(itMinain, dans chacim des neuf (|uarliors do (t raul)()urg. Mn mc^ine lem|)s, cot arrcH |)ei mot aux liabilants do 00 faubourg ot à rôeonomc de l'abbaye Sainl-(ierniain de faire la recbcrcbe des sommes dues à la fabrique de l'église Saint-Sulpice, ot des elTets recelés ; onbu , lui presorit de vorilier les comptes des marguilliers.

Les syndics des babitants firent, pendant le cours de plus d'une année, des recbercbos sur les biens de la fabrique de Saint-Sulpice. Ils découvrirent que les marguilliers et le curé avaient fait défausses déclarations de leurs biens, et soustrait à la connaissance des commissaires et des syndics des babitants du fîiubourg plus de huit cent mille livres de biens; lesquels, joints à sept cent quarante-deux mille nenf cent deux livres de biens reconnus, sont plus que sullisants, disent-ils dans leur requête présentée au conseil du roi, pour payer les créanciers de cette église, et pour continuer la construction de son bâtiment, sans avoir besoin de recourir à des taxes sur les babitants du faubourg. Enfin, ils disent et offrent de prouver que le curé, les marguilliers et quelques prêtres de Saint-Sulpice se sont rendus coupables de graves infidélités et de malversations de plusieurs genres. Ils divisent leurs chefs d'accusation en plusieurs articles, et tous attaquent fortement la moralité des marguilliers. On voit dans un article, que le curé et les marguilliers avaient fait une spéculation financière dans l'entreprise du canal de Languedoc ; entreprise dont le public fournissait les fonds, et dont l'avidité des marguilliers et du curé devait recueillir les fruits.

Cette affaire qui présentait assez de gravité fut assoupie : malgré les plaintes des habitants on ne fit aucune poursuite; on ne leva plus de taxes sur les paroissiens; les travaux de 1 église Saint-Sulpice restèrent suspendus, et ne furent repris que quarante-trois ans après. Un nouveau curé de Saint-Sulpice, le sieur Languet de Gergy, montra, pour la continuation de son église et pour son embellissement, un zèle, une ardeur qui allaient même jusqu'à l'imprudence. Il flattait la vanité des plus riches bienfaiteurs, en leur accordant l'honneur de poser la première pierre de chaque porte, de chaque chapelle, de chaque pilier.

En 1718, on s'occupa de la continuation de l'édifice, sous la direction de l'architecte Oppenord. Le curé Languet, à force de quêtes et de sollicitations, à force de pressurer les bourses et d'épuiser les libéralités de ses paroissiens, se procura des fonds considérables. En 1721, il obtint une loterie. Enfin la nef fut entièrement construite en 1736. Le portail, fondé en 1733, fut élevé sur les dessins de Servandoni. Ce portail fut en grande partie achevé en 1745 : les tours et quelques autres accessoires se terminèrent plus tard (1). Le 30 juin de cette année, l'église fut consacrée par les prélats qui tenaient l'assemblée du clergé, et dédiée sous l'invocation de la sainte Vierge, de saint Pierre et de saint Sulpice. ,

U faut des cloches et des clochers aux églises, et ce besoin est toujours recueil où vont échouer les architectes modernes. Servandoni ne fut pas heureux

(I) Ce portail est long de 384 pieds : il se compose de deux ordonnances, la dorique et l'ionique. Aux deux extrémités, et sur la même ligne, sont deux corps de bâtiments carrés, qui servent de base A deux tours ou campanilles, qui ont 210 pieds d'élévation, 6 pieds de plus que les tours de Notre- Dame.

lis IIISTOIIU; 1)1. PAIUS

dans la composition de ces tours. H les avait laites moins élevées (ju elles ne le sont aujourd'hui; elles n'avaient (ju'unc ordonnance. En conséquence les marguilliers et le curé jugèrent qu'il fallait les reconstruire. Un architecte de peu de talent fut chargé de cet ouvrage. Il lit exécuter, en 1749, deux tours, dont la première ordonnance, élevée sur un plan quadrangulaire, était octogone, et la seconde circulaire. Celle qui existe à l'angle méridional de cette façade, et dont les sculptures sont encore à faire, est l'ouvrage de cet architecte : on peut en juger. On décida que les deux tours disparates étaient à reconstruire sur un dessin uniforme. En 1777, M. Chalgrin fut chargé de la reconstruction de ces tours : il s'occupa de rebâtir celle qui s'élève au nord

de la façade.

Servandoni avait placé entre ces deux tours un large fronton qui couronnait ses ordonnances. En 1770, le tonnerre, qui ne respecte guère les églises, à cause de leur élévation, tomba sur ce fronton et le dégrada : on le remplaça par une balustrade.

Aux extrémités du portail et à l'aplomb des tours, sont, au rez-de-chaussée, deux chapelles : l'une est un baptistère, et l'autre le sanctuaire du, Viatique. Chacune est ornée de quatre statues allégoriques, sculptées par Boisot et Mouchi. Les fonts baptismaux ont été exécutés d'après les dessins de Chalgrin.

La totalité de la longueur de cet édifice, depuis la première marche de la façade principale jusqu'à l'extrémité de la chapelle de la Vierge, a 72 toises hors d'œuvre; sa hauteur, depuis le pavé jusqu'à la voûte, est de 99 pieds. -— Les portes latérales de cette église offrent, à l'extérieur, des niches où sont placées des statues de saints qui ont 9 pieds et demi de proportion; elles sont l'ouvrage de François Dumont. Le chœur, entièrement construit sur les dessins de Guittard, a 89 pieds de longueur : il est entouré de sept arcades, dont les pieds-droits sont ornés de pilastres corinthiens : cette ordonnance est aussi celle de la nef.

L'autel principal, placé à l'entrée du chœur, est d'un bon effet. — La chapelle de la Vierge, située au rond-point de l'église, est un objet de curiosité, comme tour de force architectural. La coupole, peinte à fresque par Lemoine, représente l'Assomption de la Vierge. Cette peinture, endommagée lors de l'incendie qui, en 1763, consuma la foire Samt-Germain, fut réparée par Callet, et l'a été encore, dans ces dernières années, par M. Jeanroy. Au fond de la chapelle est une niche ajoutée à la construction, et qui fait saillie du côté de la rue Garencière- elle est supportée par une trompe dont la coupe des pierres est digne des regards des curieux. — Dans cette niche, assez vaste, est un groupe dont la principale figure représente la Vierge tenant l'enfant Jésus : ce groupe est éclairé par un jour céleste, jour dont on voit l'elfet sans voii* l'ouverture par laquelle il pénètre. Cette chapelle a été précieusement décorée par Servandoni. Elle ne fut entièrement terminée qu'à la fin de 1777. — Les bénitiers de cette é"lisc sont curieux; ceux qui se trouvent du côté de la principale entrée otrrent deux coquilles très-remarquables par leur volume, et dont la république de Venise fit présent à François I*"'. La chaire à prêcher, placée en 1789, est d'une loiine plus extraordinaire (pie belle. — La tribune du bulVet d'orgues est soute-

SOlIS 1.(11 IS \IV. 14<I

une par (hvs coloimos d ordii» nnnposile. ("-t's orgues oui ôlV' rjil)i'i(|nôos par ('.li - (piol, célèbre l'acteur.

Il ne faut pas sortir de cette église sans voir la ligne niéiidieinie é(nl)lie .in milieu de la croisée. Cette ligne est tracée sur le i)avé avec les signes du /-odiaque au vrai nord et sud, dans la longueur de cent soixante-seize pieds. A son extrémité septentrionale, celte ligne se prolonge et s'élève verticalement suiun obélisque de marbre blanc de 'i5 pieds de bautcur (1 1. On voyait dans cetle église plusieurs tableaux de dinVrents maîtres, et, parmi les monuments sépulcraux, on remarquait le mausolée du curé Jean-Raptisle Languet de Gergy, mort en 1750, fameux par son zèle pour raclièvement de cet édifice et pour son embellissement. En 1802^ l'église Saint-Sulpice fut érigée en paroisse du onzième arrondissement. Klie a pour succursales les églises Saint-Germaindes-Près et Saint-Séverin.

sAiNT-piEUHE DK CHAiLLOT, églisc, aujourdbui tiioisièmh; succursale de LA PAUOissE DE LA MAUELELNE, situéc grande rue de Cbaillot, entre les n"s50 et 52. Cette église, dont on ignore l'origine, était, à ce qu'il paraît, une ancienne chapelle de château. Les dîmes et les produits de son autel furent, au onzième siècle, donnés au prieuré de Saint-Martin-des Champs. Louis XIV, en 1650, érigea le village de Cbaillot en fauliourg de Paris. On croit qu'à cette époque l'église de ce village fut reconstruite, ou plutôt que son sanctuaire fut rebâti. Vers l'an 1740, on commença la nef et le portail. Cette église u'ofTre rien de remarquable,

HÔPITAL-GÉNÉRAL, dit LA salpêtrière, situé boulcvard de l'Hôpital, quartier Saint-Marcel, dans le lieu oii se fabriquait le salpêtre. La grande quantité de pauvres, de mendiants valides, et surtout de ceux qui demandaient l'aumône répée au côté, avec le collet empesé sur la peccadille, était un des plus grands fléaux de Paris. Parmi eux on comptait les coupeurs de bourse, les tireurs de laine, les passevolants ou militaires sans paie, dont j'ai parlé sous le règne de Louis Xin. Leur nombre, très-grand sous Henri IV, augmenta sous la régence de sa veuve et pendant les désordres des guerres civiles. En 1612 on chercha à s'en débarrasser en les renfermant dans diverses maisons qu'on établit au faubourg Saint-Victor.

Ces hospices, par la faiblesse et les désordres du gouvernement, ne purent se soutenir plus de six années. Le parlement rendait continuellement d'inutiles arrêts contre les mendiants et les vagabonds. Il ordonna, le 16 juillet 1f.32, qu'ils seraient enfermés dans une maison construite exprès. Les bâtiments furent commencés. On y employa des sommes considérables; mais les arrêts de cette cour, surtout en matière de police, restaient presque toujours sans cxé-

(i) Lh fenêtre méridioïKilc de la croisée est cntièrenicnt close, à l'exception d'une ouverlurc d'nn pouce de diamètre, pratiquée sur une plaque de laiton. Par ceUe ouverture, placée à la hauteur de 75 pieds au-dessus du pavé, passe un rayon du soleil qui vient frapper la ligne tracée, et y forme une image ovale d'euviron dix pouces et demi de long. Au solstice d'hiver, cette image se forme sur la ligue verticale de robéli.--quo, et se meut avec rapidité, parcoiuant 2 lignes par seconde : son diamètre a 2 pouces 1 tiers d'étendue. Cette ligue méridienne, l'obélisciue sur lequel elle se continue, furent établis, en 1743, par Henri de Sully. Le bitt de cet établis.-ement fut de fixer d'une manière rertaint; l'éqninose du prinlrm|)s et le dimanche de Pâques.

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cLilion. Par l'enet des guerres de la Fronde, le nombre de ces mendiants, de ces vagabonds, et celui des habitants des environs de Paris que les militaires forçaient à quitter leurs foyers, se montait à quarante mille, à peu près le cinquième de la population parisienne. Les désordres que causait cette partie de la population, déterminèrent enfm les magistrats à prendre des mesures nécessaires. Après de longues délibérations, on convint que tous les mendiants valides ou invalides seraient renfermés, et qu'en les ferait travailler suivant leur force et leur talent. Pomponne de Bellièvre, alors premier président du parlement, mit beaucoup de zèle dans l'exécution de ce projet, et détermina le roi à rendre un édit, du 27 avril 1656, qui ordonnait l'établissement d'un hôpital général et prescrivait les règles qui devaient y être observées. On céda, pour cet objet, les masures de Bicêlre, château depuis longtemps abandonné, et la maison de la Salpêtrière. On fit disposer ces bâtiments pour les rendre propres à leur nouvelle destination. Libéral Bruant, architecte, fut chargé des constructions de l'hôpital de la Salpêtrière. Il fit' notamment bâtir TégUse, qui s'élève sur un plan circulaire; elle est couverte par un dôme octogone; l'intérieur est percé par huit arcades qui communiquent à quatre nefs et à quatre chapelles. Ces nefs et ces chapelles, disposées en rayons, aboutissent au centre de l'église où s'élève l'autel principal. Les bâtiments de cet hôpital sont immenses et occupent, avec les cours et jardins, un emplacement qui contient près de 108,000 mètres.

En 1662, la misère était excessive; on comptait à 1 Hôpital général 7îeuf à dix mille pauvres. Les directeurs de cet hôpital, dans une assemblée qui se tint le 21 et le 2i avril de cette année, déclarèrent qu'ils seraient forcés d'ouvrir les portes de cette maison si l'on ne pourvoyait promptement à leurs pressants besoins. Le parlement ordonna que les communautés religieuses des deux sexes seraient invitées à contribuer à la nourriture et à l'entretien des pauvres de cet hôpital jusqu'à la somme de cent mille livres. La misère augmentait toujours; les habitants des campagnes venaient en foule mendier à Paris. On ordonna que ces nouveaux pauvres seraient répartis dans les maisons dépendantes de l'Hôpital général jusqu'au temps de la moisson. — Ces maisons dépendantes étaient celles de la Pitié et de Bicêtre. — Dans la Salpêtrière, on plaça les enfants au-dessous de quatre ans et toutes les femmes, quels que fussent leur âge et leurs infirmités.

Or. y voyait, en 1720, deux salles habitées chacune par huit cents petites (illes occupées à divers travaux. On y trouvait trois grands dortoirs contenant deux cent cinquante cellules destinées aux époux âgés qui ne pouvaient plus subsister par leur travail : c'est ce qu'on nommait les Ménages. Dans une cour séparée était la maison de force pour les filles et les femmes débauchées. Je donnerai plus loin de nouveaux détails sur l'état actuel de cet hôpital.

BICÊTRE, château, hospice, prison, etc., situé à une demi-lieue de la barrière d'Italie, et à l'ouest de la grande route de Paris à Fontainebleau.

Une ancienne propriété, appelée In Grange-aux-Qiieux (ou aux Cuisiniers), fut acquise par Jean, évêque de Winchester en- Angleterre. 11 y fit bâtir, vers l'an 1204, un château qui porta depuis son nom, dont on a fait Vinchestre et

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Bivcslre. Philippe le-Bel, (mi i:>l)V, coiillsqua ce château, el ses successeurs le possédèrent. Charles M, eu 1:I8I et eu r»00, douua des lettres datées de ce lieu. Leduc de Berri, qui eu devint possesseur, le lit emhellir; il s'y retira avec le duc d'Oileaus pour se liguer contre le duc de Bourgogne. On y négocia une pai\ nommée dans l'histoire la paix de Winccslcr. Un an après, le traité ayant été violé, on nonuiia cette violation la Irahison de Wincesler,

Les guerres civiles du quinzième siècle causèrent la ruine de ce château. Va\ duc de Berri le donna en 1416, ainsi (lue ses ap[)artenances, au chapitre d(; Notre-Dame, qui n'y tit aucune réparation. Oans un dialogue satirique où le sieuide Saint-Germain lait parler Vincennes et Bicôtre, ce dernier chàl eau est qualilié de masure où Ton a, ditil, ét.ahli un hôpital rempli d'hôtes languissants et de courtisans estropiés. Louis Xlll, en 1632, acquit cette propriété, fit construire en 1634, dans l'emplacement du château, une chapelle de Saint-Jean, des hàtiments pour y loger des olliciers et des soldats invalides; et il érigea cet étahlissemment en comnianderie de Suinl-Louis. Louis XIV ayant construit l'ilôtel des Invalides, cette maison, devenue inutile, fut, en 1656, convertie en succursale de rilùpital général. On y plaça des pauvres, des veufs, des garçons valides ou invalides, des jeunes gens débauchés, ou bien atteints de la maladie vénélienne. Dans la croyance populaire, toute cette partie méridionale du dehors de Paris, depuis et compris l'emplacement de l'antique cimetière des Romains jusqu'à Bicètre, était le théâtre des revenants, des loups-garous, du sabbat. C'était dans les carrières des environs de Centilly, du plateau de Mont-Souris, que des tourbes, qui trouvaient des gens assez crédules pour les payer, leur faisaient voir le diable.

ENFAMs-ïiiouvÉs. Uuc dcs Obligations des seigneurs féodaux était de nourrir les enfants trouvés, comme je l'ai dit ailleurs. L'évèque de Paris s'acquitta de cette obligation, en destinant à ces enfants une maison située près du port Saint-Landri, qu'on nomma la maison de la Couche. 11 était dans l'usage de faire exposer à l'intérieur de son église un vaste berceau où l'on plaçait quelques-uns de ces enfants, afin d'attirer les libéralités publiques et de diminuer les dépenses qu'il faisait-pour eux. Sans doute ces enfants étaient fort mal soignés, puisqu'une dame veuve, touchée de leur malheureux état, se chargea de les recevoir dans sa maison située près de celle de la Couche. Le zèle trèslouable de cette dame se refroidit bientôt; le sort des enfants trouvés ne fut pas meilleur, et devint peut-être pire. Ses servantes, lassées des peines que leur donnaient ces enfants, ennuyées de leurs cris, en firent un objet de commerce. Llles vendaient ces nouveau-nés à des mendiantes, qui s'en servaient pour émouvoir la sensibilité du public et s'attirer des aumônes. Elles en vendaient à des nourrices pour remplacer leurs nourrissons morts, et ainsi des enfants étrangers étaient, par cette supercherie, introduits dans plusieurs familles. Llles en vendaient à ceux qui, adonnés à la magie, se servaient de ces enfants, les sacrifiaient dans des opérations fort absurdes et encore plus criminelles.

Des abus aussi révoltants furent enfin comuis. On cessa d'envoyer les enfants I louves dans la m;ii>on de cette dame. Un homme célèbre par son zèle et sa bi<Mifaisance. Vincent de Paul, louche de lor.r sort , j);iiviiil, en 1638, à établir

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près de la porte Saint-Victor un nouvel hospice. 11 engagea les dames de la Charité à s'en charger. Mais les fonds destinés à leur entretien étaient insuflisants pour le nombre toujours croissant des enfants. Voici le parti que prenaient les personnes chargées de la direction de cette maison : le sort décidait lesquels de ces enfants devaient être conserves et nourris. Les autres étaient abandonnés, dit l'écrivain qui me fournit ces détails, c'est-à-dire qu'on les laissait mourir faute de nourriture.

En 1640, Vincent de Paul, sans doute indigné de ce régime inhumain, convoqua une assemblée des dames qui s'étaient chargées du soin de ces enfants ; il leur prescrivit de renoncer à cette barbare intervention du sort, et de conserver la vie à tous ces infortunés. Son zèle le forlifia dans des sollicitations pénibles auxquelles il se dévoua par humanité : il parvint, en 1641, à obtenir de la cour trois mille livres de rentes pour ces enfants, et mille livres pour celles qui en prenaient soin. Encouragé par ce succès, il sollicita de nouveau, et obtint, en 1644, une nouvelle rente de huit mille livres, et, eo 16i8, le château de Bicêtre 'pour y loger les enfants trouvés. Cependant le nombre des enfants trouvés croissait toujours, les revenus et les aumônes n'augmentaient pas, et ne pouvaient suffire aux dépenses les plus nécessaires. Le parlement, le 3 mai 1667, ordonna que les seigneurs hauts-justiciers de Paris seraient tenus de payer annuellement à cette maison une somme de quinze mille livres. Cet arrêt fut confirmé par un autre arrêt du conseil d'État du 10 novembre 1668.

HOPITAL DES ENFANTS-TiiouvÉs, rwe du faubourcj Saint-Antoine, n"* 124 et 126. Après l'arrêt mentionné dans Tarticle précédent, les administrateurs construisirent un vaste bâtiment et une chapelle dont la reine Marie-Thérèse d'Autriche posa la première pierre. Le roi, par sa déclaration du mois de juin 1670, que le parlement enregistra le 18 août suivant, érigea ce nouvel établissement en hôpital, et l'unit à l'Hôpital général. Telle fut l'origine de Miôpitat des Knfants-Trouvés de la rue Saint- Antoine, où depuis on a placé V hospice des Orphelins dont je parlerai dans la suite.

ENFANTS- riiOUVKs, hôpital situé au coin de la rue JSeuve- Notre-Dame, et en face de l'église métropolilaine. Les administrateurs, sentant la nécessité d'avoir un autre établissement au centre de la ville, achetèrent dans la Cité trois petites maisons, les firent réparer suivant leurs besoins, et y établirent une chapelle. Ces bâtiments ont subsisté jusqu'en 1747, époque où on les fit démolir, ainsi (jue les églises Saint Christophe et Sainte- Geneviève-des-Ardents. Ces démolitions dégagèrent et agrandirent le parvis Notre-Dame, et permirent de construire [\\\ nouveau bâtiment pour les Enfants-Trouvés. Ce bâtiment, plus solide, plus spacieux, mieux distribué, fut élevé sur les dessins de Boffrand : la ^)remière pierre en fut posée le 26 septembre 1747. La chapelle de ce nouvel édifice lut décorée de peintures à fresque de Brunetti et de Natoire. Cette maison, qui n'est plus un hôpital, sert aujourd'hui de Bureau central d'admission dans les hôpitaux et hospices.

HOTEL ROYAL DUS INVALIDES, liospicc dcstiné aux militaires âgés, blesses ou estropiés, situé sur l'esplanade des Invalides, à l'extrémité occidentale du faubourg Sainl-Ccrmain, (MJtriM'c fauboui-g v{ celui du (iros-Caillou.

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Au qiiin/ième siéclo, les soldats invalides vivaient d'aiiiiioiies, de bri^aiida^e, ou se plaeaienl dans les ehàleaux de (jnelques seij;neins en ([ualilé de mortespaies, y élaienl nourris en contribuant à la garde de ces forteresses; ou bien le mi leur accordait des places de religieux-lais dans les abbayes et prieurés du royaume. Henri IV lut le premier roi de France qui essaya de réparer cette injustice; il plaça dans l'hôpital de l'Oursine ou de la Charité-Chrétienne, qu'avait institué Nicolas Houel, des olllciers et soldats blessés à son service; et, [lar ses édits des années 1597 et IGOi, il les mit en possession de cet hôpital, pour y tHre logés, nourris et médicamentés. Louis XllI, comme je l'ai dit, plaça, en l()3i, des irivalides à Bicètre, ({u'il érigea en cwninandorie de Saint-Louis. Louis XIV, qui lit un plus grand nombre d'invalides que ses [)rédécesseurs, sentit le besoin de construire de plus vastes bâtiments pour les loger. Il lit acheter un emplacement convenable; et, par arrêt de son conseil du 12 mars 1G70, il assigna des fonds nécessaires aux frais de construction et à la dotation de cet établissement. Le 30 novembre 1G70, on commença les fondations. En l()7i, rédilice était déjà en état d'être habité par les officiers et les soldats. Au mois d'avril de cette dernière année, le roi, par un édit, déclare l'objet de cet établissement, lui donne des règlements, le qualifie à' Hôtel royal des Invalides; établit, pour directeur et administrateur général, le secrétaire. d'État chargé du département de la guerre, qui chacpje mois devait présider un conseil, et gratifie cet hospice de plusieurs prérogatives, privilèges et exemptions. l*ar son édit de février 1701 , il créa trois receveurs généraux des Invalides.

On commença, en 1675, la construction de l'église. (]et édifice, et le dôme qui est i)lacé à la suite, ne furent achevés qu'après trente ans de tiavaux. Libéral Bruant fournit les dessins de l'église et de l'hôtel, et Jules Ilardouin Mansard continua les travaux et fournit seul les dessins du dôme. En se conformant à la destination de cet établissement, ses bâtiments n'auraient dû qu'être commodément distribués, solides et simples : on construisit un palais magnilique. Les étages les plus sains , les plus spacieux, furent destinés à la salle du conseil, au gouverneur, à l'état-major, etc. Les invalides, pour lesquels la maison était fondée, furent logés dans les combles. L'accessoire l'emporta sur le principal.

Une esi)lanade plantée d'arbres s'étend depuis la giille des Invalides jusqu'au quai de la Seine. Elle est décorée de pièces de gazon et d'une fonlaino monumentale, sur laquelle on avait, sous le gouvernement de Bonaparte, placé le lion de Saint-Marc de Venise. L'esplanade, dont on a presque entièrement, dans l'hiver de 1818 à 1819, renouvelé les arbres, et qui est embellie par un pont récemment construit à l extrémité de la route qui partage cette esplanade, annonce majestueusement l'édifice, où l'on arrive par une cour extérieure, entourée d'une grille et de fossés revêtus en maçomicrie. Cette cour est munie de pièces de canon.

La façade a cent toises d'étendue; elle est divisée en quatre étages et percée de cent trente-trois fenêtres, sans compter celles des mansardes. Au centre est la porte surmontée d'une forme cintrée, où l'on voyait \\\\ bas-relief représentant Louis \l\' ;'i clieMii , eiilouic , conniu' h^ soleil , des (Ioiî/(^ sIitim'S du /.odia-

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que. De cette porte on pénètre dans une cour, dont le plan otTre un parallélogramme de 65 toises de long sur 32 et demie de large. Elle est entourée de bàliments dont les quatre faces ont deux étages d'arcades qui éclairent des galeries. L'architecture de cette cour a le caractère noble, màie et simple qui convient à rinslilution. Au centre de la façade opposée à rentrée, est le portail de l'église décoré de la statue de Napoiéon.

Cette église se dislingue par son autel, placé sous une arcade qui communique à une seconde église, dite du dôme. Cet aulel est orné de six colonnes torses , (]ui soutiennent un superbe baldaquin. Les figures d'amortissement et les autres ornements sont l'ouvrage de Vanclève et de Couslou l'aîné. La nef est illustrée par ww iwmhre considérable de drapeaux pris sur nos ennemis. Au delà, sur la même ligne, est l'église du dôme., construction vaste et magnifique où Louis XIV a prodigué la richesse, et où les plus habiles artistes ont, à l'envi, déployé leurs talents. Le pavé de ce dôme, le pompeux baldaquin de l'autel , les sculptures , les peintures , tout est d'un fini précieux , tout est exécuté avec un soin et un art admirables. Le sol du dôme , pavé en marbre de diverses couleurs agréablement comparties, est plus bas que celui des six chapelles qui l'entourent. Il faut descendre plusieurs marches pour y arriver. Ce dôme a 50 pieds de diamètre. A travers une ouverture circulaire pratiquée au milieu de la première coupole, ornée de figures d'apôtres peintes par Jouvenet,on voit la seconde coupole éclairée par des jours que l'observateur ne peut apercevoir, et où le peintre Lafosse a représenté la gloire des bienlieureux. La troisième coupole forme la toiture extérieure. Six chapelles sont placées autour de ce dôme.

Ce dôme a son portail particulier du côté d'une large avenue bordée de qua tre rangées d'arbres. Ce portail sert pour ainsi dire de soubassement à l'édifice du dôme. Le dôme, qui montre ici son extérieur dans toute sa majesté, a , depuis le pavé jusqu'à l'extrémité de sa fièche, 105 mètres de hauteur : à l'extérieur, il est orné de quarante colonnes d'ordre composite. Cette ordonnance , dégradée par des ressauts, est couronnée par une balustrade. Au-dessus est un attique, percé de fenêtres et chargé de huit piliers buttants, contournés en forme de volute. La coupole, divisée en côtes, est chargée, dans leurs intervalles, de trophées militaires, couronnés chacun par un casque dont l'ouverture sert de lucarne. Ces trophées et ces côtes en plomb, comme toute la couverture, étaient dorés. L'action de l'air avait fait disparaître l'éclat de l'or. En 1813, h», gouvernement fit entièrement redorer ces parties. Au-dessus de la coupole est une lanterne surmontée par une flèche très-élevée et terminée par un globe et une croix. Dans l'intérieur des bâtiments on va ordinairement visiter la cuisine, les quatre réfectoires, la pharmacie, la bibliothèque composée d'environ vingt mille volumes, l'horloge à équation, ouvrage très-estimé de Lepaute, la salle du conseil, placée au-dessus de la principale entrée, etc. En 1717, le czar de Russie, Pierre P-'", vint à Paris et visita les Invalides; il voulut les voir manger, et but lui-même à la santé de ces braves.

Dans un caveau, situé sous le dôme, on avait déposé un grand nonjbre de fusils. Les Parisiens, (pii, dans les prenners jours de la révolution, cherchaient partout des armes, insliuits de l'existence de ce dépôt , viiuHMit en fou](^ U* I \

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juillet ITsy, so saisir de ces fusils. Us y niiiont un empressement (jui devint funeste à (luehiues-uns : il y en eut i)Iusieuis de blessés. Celte déeouverte contribua au succès de la prise de la Bastille. C'est sous ce dôme ([ue rarcbitecte Visconti prépare actuellement le monument funéraire élevé à la mémoire de Napoléon. Les restes de l'empereur ont été déposés aux Invalides le IT) décembre 1840.

Le nombre des ofliciers ou soldats entretenus aux frais de l'État dans l'iiospice des Invalides, est de deux mille environ.

SAi>ri<>MADELEiNE DE LA VILLE l'évkque, église paroissialc située sur le bon levard de ce nom, en face de la rue Troncliet. Le lieu de la VilIe-l'Évôquc était, au douzième siècle, une ferme, une maison de campagne, ou, comme on disait autrefois, un séjour de l'évoque de l^aris. Cette maison avait une chapelle autour de laquelle il s'était formé un village dont le nombre des habitants s'accroissait toujours. Il paraît que le bàtimentde la chapelle, lors même qu'elle fut érigée en cure, était peu considérable. Le roi Charles VIII le fit reconstruire, et, le 21 février 1487, en posa la première pierre; le 20 novembre 1491 , il y établit une confrérie de la Madeleine ^ dont lui-même et la reine son épouse furent meml>res : le nom de cette confrérie devint celui de la chapelle. Son bâtiment tpmbait en ruine; son étendue était insuffisante pour le nombre des paroissiens : elle fut reconstruite en 1659. Plus tard encore, l'église de la Ville-l'Evéque ne fut plus assez vaste. Il fut décidé qu'elle serait reconstruite et située en face de la rue Royale, afin que son portail terminât magnifiquement de ce côté la perspective de la place Louis XV. Le 3 avril 1764, on posa la première pierre de cet édifice, dont M. Contant d'Ivry fut l'architecte. Il avait élevé son bâtiment jusqu'à la hauteur de quinze pieds au-dessus du sol , lorsqu'en 1777 il mourut : M. Couture le remplaça. Celui-ci trouvant plusieurs défauts dans le plan de son prédécesseur, fit, sans égard, démolir les murs de face, les chapelles, les colonnes, et substitua un nouveau plan de sa création. Ainsi, temps, argent, matériaux, tout fut perdu et sacrifié au système du sieur Couture, qui lui-même recommença les travaux qu'il avait exécutés à plusieurs reprises. Malc^ré les démolitions successives et les interruptions de ces constructions, elles étaient assez avancées en 1790; mais elles furent suspendues par l'effet de la révolution. En 1802, le culte de la paroisse Sainte-Madeleine fut transféré dans l'église de l'Assomption, rue Saint-Honoré.

Bonaparte, devenu Empereur, conçut le projet de convertir cet édifice en un temple de la gloire, où , sur de longues tables d'or massives, devaient être inscrits les noms des militaires signalés par leurs exploits. L'exécution de ce [)rojet fut commencée eu 1806 ; mais les travaux, quelques années après, furent interrompus, et les événements politiques en ont empêché la reprise. Une ordonnance du 19 janvier et du 14 février 1816 porte que cet édifice sera achevé afin d'y placer les monuments expiatoires de Louis XVI, de la reine son épouse de Louis XVII et de la princesse Elisabeth. L'ordre ne fut pas encore suivi de l'exécution ; et les murailles restées à demi construites et sans toits, les colonnes élevées à une grande hauteur, sans chapiteaux, sans entablement, offraient l'image des ruines d'un temple de l'antiquité, quand enfin on s'est décidé

-Ky{\ iiisîoiiu: m: taius

(l'nchcvor ce iiionumoiit. J'en parlei'ai en IraKant de la dernière période de rilistoire de Paris.

COLLÈGE MA2ARIN On DES OUATKE-iNATIONS , anjourd'hui PALAIS DES BEAUX-

ARts OU DE l'institut, situé quai de la Monnaie ou de Conti. Le cardinal Mazarin,par son testament du G mars 1661, ordonna qu'il serait fondé un collège sous le titre de Mazarini ^ destiné à soixante gentilshommes ou principaux bourgeois de Pignerol et de son territoire, ou de l'état Ecclésiastique, d'Alsace et pays d'Allemagne, de Flandre et de Roussillon* Ces nations étant seules admissibles dans ce collège, on lui donna le nom de Quatre-Nations. Ces soixante jeunes gens devaient y être gratuitement logés, nourris, instruits dans la religion et dans les belles-lettres ; ils devaient apprendre à faire des armes, à monter à cheval et à danser. Mazarin légua aussi par son testament sa bibliothèque .1 ce collège, et une somme de deux millions pour les frais de construction. Louis XIV, par lettres patentes du mois de juin 1665, ordonna l'exécution de ce testament, et voulut que ce collège fût réputé de fondation royale.

Les exécuteurs testamentaires ayant acheté vers 1662 ce qui restait encore des bâtiments de l'hôtel et du Séjour de Nesle, firent jeter les premières fondations de l'édince de ce collège, qui fut élevé sur les dessins de Leveau , et exécuté par Lambert et d'Orbay. La façade fut placée sur le quai : son plan forme une portion de cercle, terminée, à l'une et à l'autre extrémité, par une façade en ligne droite, qui s'unit à un gros pavillon. Au centre est le portail de l'église, faisant avant-latérales du palais du Louvre. Ce portail est placé sur le même axe que les porte-corps, composé d'une ordonnance corinthienne et couronné d'un fronton : au-dessus s'élève un dôme dont une lanterne et une croix formaient l'amortissement. Ce dôme, qui présente à l'extérieur une forme circulaire, a dans l'intérieur ur.a forme elliptique. Dans l'espace que laissent entre elles ces deux formes, on a pratiqué quatre escaliers à vis qui communiquent à des tribunes. A droite du sanctuaire se présentait le tombeau du cardinal Mazarin. Sur un sarcophage de marbre noir, orné de supports de bronze doré, était la ligure en marbre blanc de ce cardinal, représenté les mains jointes et dans l'attitude d'un homme en prières. Derrière lui on voyait la ligure d'un ange tenant des faisceaux, pièce principale de son blason. Ce tombeau s'élevait sur deux marches en marbre blanc; trois figures allégoriques en bronze, la Prudence, l'Abondance et la Fidélité, reposaient sur ces marches. Ce tombeau, un des beaux ouvrages de Coizevox, est maintenant au musée de Versailles.

LSi Bibliothèque de ce collège avait été composée parle savant Gabriel Naudé ; elle fut en partie dispersée, pillée ou vendue pendant la Fronde. Elle était alors située au palais Mazarin, occupé aujourd'hui par la bibliothèque du roi. On la recomposa dansée collège; elle devint publique dès l'an 1688. Outre cette bibliothèque, il en existe une seconde dans le même édifice; c'est celle de l'Institut, placée au-dessous du local de la première. Quoique moins nombreuse, elle est précieuse sous beaucoup de rapports, et surtout sous celui des ouvrages modernes qu'on y trouve.

En 1806, les bâtiments du collège Mazarin furent destinés aux séances et à la bibliotlièque d(» l'histitut, aux diverses collections des arts, et reçurent le titre

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(le Pdhf/s (1rs /i('((t(.r-.\rfs. M. Vaiidoyor lui alois chnr^ô de Iraiisloimcr Téjilise (le ce colléjie en une salle propre aux séances j)ul)li(|uos de linslilut. Plusieurs parties de cet édilice ou^ sidji des changemenls. I.a lanlerne du dnme a été enlièrenient i-econslruile. -- Deux (onlaincs rurent établies aux deux cotés de ravanl'Corps placé au centre de la façade ; chacune est composée de deux lions en ter tondu ((ui jettent de l'eau dans un même bassin.

LE LOL'VUE, palais situé dans le quatrième arrondissement , (pjartierdu Louvre. J'ai déjà i)arlc de diverses reconstructions qu'avait subies le Louvre; au 17«' siècle, sa façade, du ccMé de Saint-Germain-rAuxerrois, était encore caractérisée par quatre tours rondes : deux au centre, et les deux autres aux angles de cette façade. Ce frontispice féodal et barbare ne pouvait subsister sous un prince magnifique et passionné pour les constructions. Louis XIV entreprit de reconstruire la fîiçade et les autres vieux corps de bâtiments : il s'occupa d'abord à terminer plusieurs parties imparfaites du Louvre et de sa galerie, et , pour n'éprouver nulle contrariété, aucun obstacle, il lit, le 6 novembre 1650, publier à Paris une défense à toutes personnes d'élever aucun bâtiment sans sa permission expresse, sous peine de dix mille livres d'amende, et à tous ouvriers de s'y employer, sous peine de prison pour la première fois et de galère pour la seconde. Le 6 février 1661, dans le temps qu'une multitude d'ouvriers étaient livrés à cet ouvrage, le feu prit à la galerie des peintres : il se communiquait déjà à la grande galerie du Louvre. On ne connaissait point encore l'usage des pompes, et ce ne fut qu'en coupant la galerie qu'on parvint à arrêter les progrès de l'incendie. Les bâtiments du Louvre, et môme la façade orientale, commençaient à s'élever sur les dessins de Leveau, lorsqli'en 166î Colbert fut nommé surintendant des bâtiments. Ce ministre n'était pas content des dessins de Leveau. Il invita tous les architectes de Paris à venir donner leur avis sur le modèle en menuiserie de cette façade et à fournir chacun un dessin, avec promesse d'adopter celui qui serait jugé le meilleur. Presque tous ces architectes censurèrent le projet de Leveau, tirent des mémoires où ils établirent les motifs de leur censure et fournirent des dessins de cette façade. Claude Perrault encouragé par son frère Charles, commis de Colbert, produisit aussi son dessin. Colbert en fut charmé, et ne pouvait concevoir, dit Charles Perrault, « qu'un homme qui n'était pas " architecte de profession eût pu faire rien de beau. La pensée du péristyle est > de moi : il l'approuva et la mitdansson dessin, mais en l'embellissant infini- " ment. » Ce dessin exposé en public fut très-admiré: Colbert, qui n'était pas assez connaisseur pour se décider, prit la résolution de soumettre les dessins de Leveau à la censure des plus célèbres architectes d'Italie, comme il les avait déjà soumis à celle des architectes de France. 11 envoya plusieurs copies de ces dessins à Rome. Les architectes étrangers s'occupèrent à fournir des dessins d'un goût bizarre qui ne furent point goûtés. En même temps, le ministre fit écrire une longue lettre au célèbre Nicolas Le Poussin, par laquelle il le chargeait de recueillir les opinions des plus habiles artistes de Rome et d'y joindre la sienne. Cette lettre écrite ne fut point envoyée.

Pendant ces coasultations, le cardinal Barberin et un abbé Benedetti, ami de Colbert, parlèrent à ce ministre du cavalier Bernin, prônèrent sa réputation et

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ses talents extraordinaires. Cet artiste était un de ceux qui avaient envoyé un dessin pour la façade du Louvre. Colbert voulant l'attirera Paris, détermina le roi à lui adresser par un courrier extraordinaire une lettre excessivement flatteuse. Le cavalier Bernin se rendit aux prières et aux offres brillantes de Louis XIV. L'ambassadeur de France alla en grande cérémonie chez cet artiste l'inviter à partir pour Paris. On lui donnait trois mille louis d'or par an, six mille livres pour son fils, autant au sieur Mathias, son élève, et des sommes proportionnées à tous ses domestiques. La réception si magnifique et si extraordinaire qu'on fit partout à cet artiste, les libéralités qu'on lui prodigua le firent considérer comme un être merveilleux et doué d'un génie sublime. Mais dès qu'il eut fait paraître quelques-unes de ses productions, on conçut de ses talents une opinion bien moins favorable : il ne put soutenir sa réputation. Son plan du Louvre offrait plusieurs inconvenances. Colbert commençait à sentir qu'il s'était trompé; mais, après avoir donné tant de témoignages de vénération aux talents de Bernin, il n'osait faire éclater son mécontentement : il laissa aller les choses.

Le 17 octobre 1665, le roi posa avec une pompe extraordinaire la première pierre de la façade du Louvre. Il fallut démolir ce qu'avait élevé Leveau, et reconstruire sur de nouveaux frais d'après les dessins du cavalier Bernin; mais les projets de Bernin étaient loin d'être goûtés ; on désirait se débarrasser de cet artiste, l'on ne savait quel expédient prendre. Le cavalier Bernin tira lui-même le roi et le ministre d'embarras , en demandant à s'en retourner dans son î)ays. La veille de son départ, le niinistre lui fit porter par Charles Perrault trois mille louis d'or , un brevet de douze mille livres de pension annuelle , et un autre de douze cents livres pour son fils. Il partit. 11 ne s'agissait plus que de choisir entre le dessin de Leveau et celui de Claude Perrault. Ce dernier emporta les suffrages. Il fallut encore abattre pour reconstruire. Mais cette fois on construisit pour ne plus démolir. Colbert, pressé de faire jouir le roi , mit tout en œuvre pour hâter les travaux. On avait déjà, comme je Lai dit, fait défendre aux propriétaires de cette ville de bâtir sans la permission du roi, un nouveau moyen fut employé pour que les ouvriers eussent plus de temps à donner aux travaux du Louvre. Colbert obtint, en 1666, de farchevêque de Paris , la suppression de plusieurs fêtes , suppression qui fit naître de nombreuses plaintes en prose et en vers.

La façade principale du Louvre, commencée en 1666, sur les dessins de Claude Perrault , fut terminée en 1670. Parmi les moyens employés pour élever cette façade , on doit citer la machine composée par Ponce Cliquin , habile charpentier, machine que Claude Perrault a fait graver dans sa dernière édition de Vitruve. Cette machine était destinée à élever à la hauteur du fronton deux pierres qui devaient le couvrir et former la cymaise. Chacune de ces pierres avait 5i pieds de long sur 8 de large, et 18 pouces d'épaisseur, et provenait d'un seul bloc scié en deux, et tiré des carrières de Meudon.

Cette façade a 525 pieds d'étendue. Cette longueur se compose de trois avantcorps : deux aux extrémités , et un au centre , où se trouve rentrée princi[)ale. Les deux intervalles que laissent ces trois avant-corps sont occupés par deux

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