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yakMios , dont le l'ond , aulrolois garni de niches, esl aujourd'hui percé de fenô- Ires. I.a liauleur de cette façade, depuis le sol jusqu'à la paitiesu|)érieure delà balustrade, est de 85 pieds : elle se divise en deux parties princii)ales: le soubassement et le péristyle. — Le soubassement présente un mur lisse, percé de vingttrois ouvertures, portes ou fenêtres. Le péristyle se compose d'une ordonnance corinthienne contenant cinquante-deux èolonnes et pilastres , accouplés et cannelés. Cette façade éprouva des changements , et fut embellie sous le règne de Napoléon. Au-dessus de la porte d'entrée, placée à l'avant-corps du centre on lit disparaître un grand cintre , et l'on établit entre les deux parties de la colonnade une communication qu'\ n'existait pas. Au-dessus de cette môme entrée étaient deux tables vides. On y a sculpté un grand bas-relief, représentant la Victoire sur un char attelé de quatre chevaux; et l'on y a joint comme pendentifs, deux bas-reliefs qui existaient dans les cintres de l'attique composé par Pierre Lescot. Le tympan du fronton qui couronne cet avant-corps était resté vide. Le sieur Lemot fut chargé de le remplir. Il composa un bas-relief, au centre duquel était placé, sur un piédestal , le buste de Napoléon. On voyait à droite la figure de Minerve, et à gauche celle de la muse de l'histoire, écrivant sur le piédestal ces mots : Napoléon-le-Grand a achevé le Louvre. Devant ce piédestal , la Victoire est assise; Minerve, des Muses, des Génies figurent dans les autres parties de ce fronton. En 1815, on fit disparaître le buste de Napoléon, et on lui substitua celui de Louis XIV ; et l'inscription fut remplacée par celleci : Ludovico Magno.
Perrault fit aussi élever, sur ses dessins , la façade du Louvre qui donne sur le cours de la Seine; façade moins magnifique que la précédente, et qui se trouve parfaitement d'accord avec elle. Le soubassement, les pilastres corinthiens qui la décorent, sont dans les mêmes proportions : il ne la termina point, (^elle qui regarde la rue du Coq fut en partie construite par Perrault. Sa décoration, qui dilTère de celle de la façade du côté de la rivière, est moins riche. D'ailleurs, entourée de bâtiments particuliers très-rapprochés, elle n'était point en vue. Cet architecte n'en composa que la partie qui s'étend depuis la colonnade jusqu'à l'avant-corps où se trouve la porte; avant-corps et porte qui sont de sa composition. Ces façades, que Perrault n'avait point terminées, étaient, depuis un siècle et demi, restées sans toiture, abandonnées aux injures de l'air, et ressemblaient à des ruines; elles furent achevées, ragréées, recouvertes, et couronnées de balustrades sous le règne de Napoléon.
Le plan de la cour du Louvre est un carré parfait, dont chaque côté a 58 toises. Les décorations des (juatre façades de cette cour ne se ressemblent pas : voici les causes de cette dissemblance.
La façade intérieure du côté occidental appartient au corps de bâtiment appelé communément le vieux Louvre., bâti par Pierre l^escot, sous François I*^'' et Henri II. Elle fut restaurée sous Louis XIII par l'architecte Mercier, qui , s écartant des dessins de Lescot , éleva le pavillon placé au centre, dont l'étage supérieur fut décoré de six cariatides colossales sculptées parSarasin, et sur le comble du(piel, avant le gouvernement de Bonaparte, était un télégraphe. La façade méridionale lut consli'uite en partie par les mêmes architectes, et par
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Mercier qui, continuant l'ouvrage de Pierre Lescot, en conserva les dessins. Cette façade et tout le corps de bâtiment auquel elle appartient restèrent imparfaits. Commencée au seizième siècle, continuée au dix -septième, laissée dans un état do ruine, longtemps à demi enterrée sous des décombres, elle participait de la manière de l'une et de l'autre époque. La façade du côté oriental, celle qui se trouve derrière la façade extérieure appelée colonnade^ conserva, à plusieurs égards, l'ordonnance du bâtiment appelé vieux Louvre , mais en différa dans plusieurs autres. H en fut de même de la façade septentrionale. Les façades de cette cour, si l'on en excepte celle qui appartient au vieux Louvre , entreprises ou réparées sous Louis XIII, Louis XIV et Louis XV, ne furent point terminées. Les bâtiments qu'elles représentaient étaient abandonnés avant d'être achevés. La plupart manquaient de toitures ou n'en avaient que de provisoires, établies à la hàle, et qui ne s'élevaient pas même à la hauteur des murs de face.
Diverses académies tenaient leurs séances au vieux Louvre ou dans les corps de bâtiments contigus. Des gens de lettres, des artistes obtinrent la permission de s'y loger, et d'y établir leurs ateliers. Ces permissions se multiplièrent. La cour du Louvre était de plus encombrée de gravois qui s'élevaient à la hauteur du premier étage; et dans les endroits où l'on pouvait passer, on avait laissé établir des baraques hideuses. En 1772, cetle cour fut débarrassée de ces baraques et de ces décombres, et partagée en quatre grands carrés de gazon, protégés par des barrières. Ce palais resta dans ce déplorable état depuis le commencement du règne de Louis XIV jusqu'en 1802, époque où Napoléon entre[)rit d'achever l'édifice du Louvre.
Les façades extérieures et intérieures furent alors entièrement ragréées, achevées, couronnées de balustrades et couvertes d'une toiture. Celles du côté du nord et du côté du midi, construites en partie d'après les dessins de Pierre Lescot, furent refaites d'après ceux de Claude Perrault, et couronnées pareillement de balustrades. La façade intérieure du vœux Louvre ne put se raccorder avec les autres. Elle resta avec ses beautés et ses défauts conmie un monument de larchitectnre du seizième siècle. Une immense quantité de sculptures, à l'extérieur comme dans l'intérieur, des voûtes, des escaliers, <ies toitures, des portes riches d'ornements qui correspondent à la magnificence de l'édifice, et une infinité d'autres ouvrages de détail, furent accomplis en moins de huit ans; et ce palais, vieilli avant d'être achevé , noirci, dégradé par le temps, sembla sortir de ses ruines, glorieux et rajeuni.
Des démolitions commencées en même temps au nord du Louvre laissent de ce côté une large rue; de vastes constructions entreprises sur la place dite du vieux Louvre , conformes aux bâtiments qui sont en face, doivent se rattacher à la nouvelle galerie du Louvre située du côté de la rue Saint-Honoré, comme les bâtiments du côté opposé se rattachent à l'ancienne galerie qui borde le cours de la Seine. Cette galerie nouvelle , commencée en 1897, et les salles du Musée des Antiques établies en 1803, au rez-de-chaussée des bâtiments du vieux Louvre et de ceux qui s'avancent jusqu'au quai, disposées, embellies avec goût et magnificence; le superbe et pittoresque escalier qui, (|e l'entrée de
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SOIS I.ODIS \l\. UW
CCS salles, coiiduiL à celles qui sduI desLiiiees aux i^xposilioiis, à la -paierie d'Apollon cl à la J,^•^leI•ic dite le ilJusrc des '/«^/er/Mx; celte deriiicM'e galerie, réparée, enricliie dans toute son immense longueur; la i)lace du Carrousel, considérablement ajj;i'andie , débarrassée de plusieurs masses de maisons (pii la rétrécissaienl ; une larj^e rue ouverte entre cette place et celle du vieux Louvre, qui met ce palais en regard avec celui des Tuileries, et plusieurs autres travaux moins importants qu'il serait Castidieux d'indiquer, concoururent à l'embellissement du Louvre, et lurent pour la plupart projetés et exécutés sous le règne de .Napoléon, (jui n'oublia pas de faire placer sur les murs de cet édilice restauré et terminé par ses ordres, et dans les endroits les plus api)arents, son cbifl're, les emblèmes de sa puissance, et autres //i.s7>//<<^^s- (jui, après sa chute, oui tous disparu.
l\vLAis UES TUiLEniES. Louis XiV, cu 1()()4, chargea Leveau de terminer et réparer le palais des Tuileries. (À't architecte y lit plusieurs changements; l'escalier, chef-d'œuvre de construction, mais très-dé})iacé, fut dén:o i et situe plus convenablement. Le pavillon du centre fut exhaussé; on le décora de deux ordonnances, l'une corinthienne et l'autre composite, et d'un attique avec caiiatides. Le comble de ce })avillon s'élevait sur un plan circulaire et offrait une coupole : on y substitua un dôme (juadrangulaire, et on ne laissa subsister des constructions de l'ancien architecte, l*hilibert Delorme, (\ue l'ordonnance du rez-de-chaussée, ordonnance composée de colonnes et de i)ilastres à tambours de marbre , et dont les sculptures sont très-précieusement exécutées.
Les deux terrasses placées sur la façade du jardin, aux deux côtés de ce pavillon, furent conservées dans leur forme originelle; mais on changea la décoration des façades des bàtimenls qui sont au fond de ces terrasses; et les trumeaux de ces façades furent ornés de gaines et de busles.
La galerie (jui unit le palais des Tuileries à celui du Louvre était, (juant à la maçoinierie, terminée du temps mcMiie de Henri IV, mais plusieui's pat lies accessoires restaient im[)ar'faites. L'intéiieur de cette galerie ne fut décoré et même entièrement [lavé qu'en 1802. Louis XIV s'occupa spécialement de l'extérieur, il fit sculpter les bas-reliefs des grands pavillons d'angles des Tuileries, ainsi que tous ceux qu'on voit sni" les frontons de la galerie, tant du coté de la Seine que de celui de la place du Crirrousel.
LE JAUDiN DES TUiLEiîiES était , avaiit Louis XiV , sé|)aré du [)alais de cc tiom par une rue qu'on nommait ?'iœ de^ Tuileries. Ce jardin renfermait une vaste volière, un étang, une ménagerie, une orangerie et, une garenne qui en occupait l'extrémité occidentale. Une forte muraille, un fossé et un bastion qui embrassait toute la lai'geur de ce jardin, le protégeaient. Près de ce bastion étail, sur le quai, une porte de ville appelée de la Conférence, porle qui paraît avoir été construite sous le règne de Louis XilF.
Vers l'an 1GG5, Le Nôtre fut chargé de dessiner sur un nouveau plan le jardin desTuileries.il changea tout; il environna ce jardin de deux terrasses plantées d'arbres: celle du bord de la Seine et celle des Feuillants. Elles encadrent le jardin de deux côtés: et, après un retour, elles s'inclinent en se rapprochant à l'extrémité occidentale, et chacune, décrivant une courbe, s'abaisse par une
ïir2 HISTOIRE DK PARIS
rampe en pente douce jusqu'au niveau du sol: elles laissent entre elles une vaste ouverture par laquelle la vue pénètre dans les Champs-Elysées, et en découvre la longue et magnifique avenue. Voilà le cadre de ce jardin. 11 se composait, au temps de Louis XIV, d'un parterre orné d'ifs, de buis en dessins contournés, d'un bosquet et de trois bassins. Ce parterre est aujourd'tiui borné par ini massif de marronniers qui occupe la plus grande partie du jardin. Au delà de ce massif est un vaste bassin octogone, accompagné de pièces de gazon; telles sont les masses du tableau. Les diverses parties étaient et sont encore ornées d'un grand nombre de figures, de statues, de groupes en marbre, imitations de l'antique ou productions du talent de nos meilleurs artistes.
11 serait trop long de les décrire , même d'en faire l'énumération ; je me bornerai à indiquer, d'abord dans le parterre, les deux groupes magnifiques qui représentent l'un I^Jnée qui , après le sac de Troie, enlève son père Anchise, ingénieuse composition de Lepautre. — L'autre est la Mort de Lucrèce ^ groupe de trois figures , comm.encéà Rome par Thcodon, et terminé à Paris par Lepautre. — Au delà du bosquet, à droite, il faut aller admirer la Vestale de Legros, imitée de l'antique. Au bas de chaque côté des deux rampes dont j'ai parlé, sont (pjatre groupes représentant des neuves; deux de ces groupes, de proportions colossales, copiés d'après l'antique, sont le Nil et le Tibre. Ces deux groupes ont été sculptés à Rome par les Français pensionnaires du roi. — Les deux autres groupes, sculptés par Coustou l'aîné, représentent l'un la Seine, la Marne ; Tautre la Loire et le Loiret, par Vanclève.
A l'entrée parla place de la Concorde, à l'endroit où les deux terrasses se terminent, s'élèvent deux groupes en marbre: l'un représente la Renommée embouchant sa trompette, et montée sur un cheval ailé, franchissant un trophée militaire; l'autre offre l'image de Mercure ; il tient d'une main son caducée, et (le l'autre les rênes d'un cheval pareillement ailé, et sur lequel il est monté : ce clieval s'élance pour franchir un faisceau d'armes. Ces groui)es sont dignes du talent de Coizevox, qui les a sculptés.
Depuis Louis XIV, et surtout depuis la révolution, ce jardin et ses accessoires ont éj)rouvé des changements heureux.
La commission des insj)ecteursdu conseil des Anciens, pendant les années v, VI et vu (1 790, 1797, 1798), y fit exécuter d'immenses réparations; tous les bassins, tous les escaliers par lesquels on monte aux terrasses , etc., furent entièrement reconstruits; on planta des arbres nouveaux sur les deux terrasses ; de belles grilles remplacèrent les portes mesquines et en maçonnerie qui existaient depuis le règne de Louis XIV.
Du côté de la terrasse des Feuillants, le jardin était clos par un vieux mur, en partie recouvert de charmilles ; au dehors, et le long de cette clôture , se trouvaient les enclos et jardins des Capucins et des Feuillants , et une longue cour (|ui aboutissait aux manèges couvert et découvert des Tuileries. C'est dans les bâtiments et sur l'emplacement de ces manèges, contigus à la terrasse des Feuillants, que l'on construisit , en 1790, une salle où l'Assemblée constituante termina sa session, où l'Assemblée législative tint la sieime tout erdière, où elle lu! remi)lacée par rAssemhléeconventionnelU^ (pii y siégea jusipi'en avril 179:î,
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(*l la (juilla pour oi'cupiM' mu^ salle dans le chàtoau des Tiiilei ii's ; cnliii cello salie, souvent réparée, servit encore aux séances du conseil (l(>s (linij-flenls , qui l'occupa jus(iu'en tTOS, époque où la salle actuelle du palais liouibon lut construite.
Bonaparte, sur l'emplacement de ces enclos et jardins, de cette cour, de cette salle, lit ouvrir, en 1802, la rue de Hiroli. Il lit aussi ouvrir dans le même temps la rue du Mont-Tliabor, celle de Casliglione, et celle de Najioléon, depuis 1815 nommée de la Paix, qui, toutes deux dans la môme ligne en partant du jardin des Tuileries, traversent la place Vendôme et se dirigent jusqu'au boulevard de la Madeleine. On peut observer que le jardin des Tuileries est aujourd'hui un des plus beaux qui existent en Europe.
CHAMPS-ELYSÉES, promenade publique et sans clôture, située au delà du jardin des Tuileries, dont elle est séparée par la place Louis XV. Son emplacement était en culture, et n'otlVaitçà et là que des maisonnettes et des jardins, lorsqu'en 1 070 on commença à y tracer des allées et à y planter des arbres. Cette promenade fut d'abord nommée le Grand-Coiws, pour la distinguer de celle du Couru la Heine, qui est contiguë. Dans la suite, lorsque les arbres eurent donné plus de verdure et répandu plus d'agrément, elle fut nommée Champs-Elysées .-elle portait ce nom sous Louis XIV. En 1770, ses plantations furent presque entièrement renouvelées.
Les Champs-Elysées sont traversés par la route de Neuilly, route dont l'axe est une prolongation de celui de la grande allée du jardin des Tuileries. Cette route, plantée d'arbres, munie de contre-allées, se continue, toujours dans la même ligne, jusqu'à la barrière et jusqu'au delà du pont de Neuilly. Paris n'a pas d'entrée plus imposante; peu de villes en ont d'aussi magnifiques (1).
A l'entrée des Champs-Elysées par la place Louis XV, aux deux côtés de la route, sont élevés sur des piédestaux deux groupes en marbre, représentant chacun un cheval fougueux retenu par un homme. Sculptés par Coustou le jeune, ils furent, en 1745, placés aux deux côtés de l'abreuvoir de Marly. On les transféra, en 1794, à Paris, sur un chariot conservé comme une curiosité dans la première salle du Conservatoire des arts et métiers. Pendant l'hiver de 1818 à 1819, on a exhaussé, affermi et sablé toutes les allées des Champs-Elysées, abattu huit cents pieds d'arbres, et replanté environ six cents. Enfin , depuis 1830, on y aexécuté divers embellissements dont je parlerai plus loin.
PLACE DU CARROUSEL, située à l'cst du palais des Tuileries. Elle présentait un terrain vague, qui existait entre les anciens murs de Paris et ce palais. Sur ce terrain, on établit, en 1600, un jardin qui fut nommé dans la suite \q jardin de Mademoiselle^ parce que mademoiselle de Montpensier habitait le palais des Tuileries, et possédaitce jardin, qui fut détruit en 1655. Louis XIV choisit cet emplacement pour y donner, les 5 et G juin 1662, une fôte ou spectacle composé de courses, de ballets, où la cour étala un luxe extraordinaire dans les habits et les équipages. On avait, pour cet objet, élevé sur cette place une construc-
(I) La longueur des Champs-Elysées, depuis la place Louis XV jusqu'à rKtoile, située à son extrémité opposée, est de plus de 400 toises; sa moindre largeur, du cùlé des Tuileries, esl de 100 toises; sa plus grande, du rôté de Chaillot, esl d'eux irou UOO.
4(;i illSTOllU: l)i: PAIUS.
Mon en charpente qui concourait à l'éclatrdc ce spectacle, un des plus magnifiques que ce roi ait donnés, et qui ne coûta, dit*on, que douze cent mille livres. Cette fête, nommée Carrousel, donna son nom k la place où elle fut exécutée.
La place du Carrousel éiait, sous Louis XIV, plus vaste qu'elle n'a été dans la suite. Plusieurs cours et Î3àtiments, construits depuis, en diminuèrent l'étendue. Mais un étrange et malheureux événement tit disparaître plusieurs de ces constructions qui rétrécissaient cette place. Le 3 nivôse an ix (24 novemhre 1800), Bonaparte, alors premier consul, se rendait à l'Opéra;, une m.achine, qu'on nomma infernale, placée à l'entrée de la rue Saint-Nicaise, au momentdu passage de la voiture de ce premier magistrat fit une explosion qui retentit dans tous les quartiers de la ville. Quarante-six maisons furent fortement ébranlées ou endommagées; huit personnes furent tuées, et vingt-huit autres blessées grièvement. La voiture du premier consul, comme chacun sait, ne fut point atteinte. Les maisons ébranlées furent démolies. On commença la construction de la galerie du Louvre parallèle à l'ancienne; et la place du Carrousel, agrandie, déblayée encore depuis de plusieurs bâtiments particuliers, présente maintenant dans son plan une forme carrée presque régulière.
PLACE VENDOME, située entre les rues Saint-Honoré et Neuve-des-Petits- Champs. Sur son emplacement, les ducs de Retz avaient fait, sous le règne de Charles IX, bâtir un hôtel accompagné de jardins. Cet hôtel fut, en 1603, vendu à la duchesse de Mercœur, passa ensuite à la maison de Vendôme, et enfin fut acheté par Louvois qui résolut d'élever une place monumentale. Pour exécuter le projet de cette place, il fallait abattre le couvent des capucines : il fut abattu. On en construisit un autre dans la rue Neuve-des-Petits-Champs; et le portail de ce couvent fut élevé sur l'axe même delà place projetée, et servit à sa décoration. On éleva successivement les façades des bâtiments qui devaient entourer cette place; mais Louvois, qui se proposait d'y établir la Bibliothèque du roi, différentes académies, un hôtel des monnaies, un hôtel pour les ambassadeurs, mourut le 16 juillet 1691 ; et les travaux furent suspendus.
En 1698, le ministre Pont-Chartrain vint proposera Louis XIV d'abattre toutes les constructions de cette place, et d'en élever d'autres sur les dessins de Mansard. Le roi, qui quelques jours auparavant n'avait écouté qu'avec humeur les représentations de Madame deMaintenon sur ses folles dépenses et son goût effréné pour les constructions, voulant devant elle faire parade de ses prétendus principes d'économ.ie, dit au ministre, à l'occasion de cette place : M. de Louvois Va faite presque malgré moi. Tous ces messieurs les tninistres veulent faire quelque chose qui leur fasse honneur auprès de la j^ostérilé. Ils ont trouvé le secret de me donner à l'Europe comme aimant ces vanités-là. Madame est témoin des chaf/rins que MM. de Louvois et la Feuillade m'ont donnés là- dessus. Je veux me les épargner désormais^ et je veux qu'on ne me propose rien d'approchant. Que mon peuple soit bien 7iourri, jeserai toujours assez bien logé. Mais ses actions démentirent ses paroles. Les nouveaux plans de Mansard furent adoptés. On démolit pour reconstruire, et la ville de Paris fut chargée des dépenses. Le 14 mai 1699, le corps de ville ayant rétrocédé tous ses droits au sieur Masneuf, moyennant 6-iO mille livres, cet entrepreneur se chargea de faire démolir ce qui avait déjà
soi; s LOUIS \IV. 4(i5
ôté bi\(i, de l'aire reconstruire les Caçades (juc Ion voit encore, cl di; les achever avant le !«' octobre 1701 : ce qui fut ponctuellement exécuté. Cette place lut alors nonniiée Place tics Conquêtes. Quand on y eut placé la statue équestre de Louis \IV, on voulut lui donner le nom de Place de Louis-le- Grand , et, pendant la révolution, celui de Place des Piques; mais le vulgaire, lui continuant la dénomination de l'hôtel qu'elle remplaçait, ra})pela constamment P/«ce Vendôme^ et ce nom a prévalu.
Le plan de cette place est un carré équilatéral , dont les angles sorit à pans coupés. Les bâtiments qui l'entourent ont des façades uniformes; les rez-dechaussée présentent une décoration d'arcades à refend, formant soubassement à une ordonnance de pilastres corinthiens; ces façades sont aussi, à leur centre, décorées d'avant-corps, avec colonnes et frontons. Au milieu de cette place fut érigée, en 1699, la statue équestre en bronze de Louis XIV, statue exécutée d'après les dessins de François Girardon , et fondue, le 1*' décembre 1692, par J. Balthazar Keller, habile fondeur. Elle est le premier exemple d'un ouvrage d'une aussi grande dimension coulé en fonte d'un seul jet. Cette statue équestre avait 22 pieds de hauteur, et son piédestal 30 ; l'ensemble du monument était donc de 52 pieds d'élévation au-dessus du sol. On employa à cette statue 70 milliers de métal.
Lorsque cette statue fut érigée, les impôts excessifs dont Louis XiV accablait les Français pour subvenir aux frais de ses guerres, de son luxe et de ses bâtiments, excitèrent un mécontentement général; de plus Paris était tourmenté par des disettes fréquentes et par des maladies qui en sont les suites ordinaires. Louis XIV, présent à l'inauguration de la statue, ne put s'empêcher de désapprouver les dépenses excessives que la ville faisait en cette cérémonie, dans un temps de disette. Le duc de Bourgogne refusa d'y assister, et dit à son épouse qui le pressait de s'y rendre : Comment se réjouir^ quand le peuple souffre? On se permit alors contre Louis XIV une singulière épigramme : on plaça sur les épaules de sa statue une grande besace. C'était traiter ce roi d'orgueilleux et de mendiant. Le 18 août 1792 , cette statue, ainsi que toutes celles des rois, fut abattue. En l'an 1806 on commença à élever à sa place un monument d'un autre genre dont je parlerai dans la suite.
PLACE DES VICTOIRES, OÙ viennent aboutir les rues Croix-des-Petits-Champs, Neuve-des-Petits-Champs, de La Feuillade, Vide-Gousset, des Fossés Montmartre et du Petit-Reposoir.
François , vicomte d'Aubusson , duc de La Feuillade , pair et maréchal de France, entraîné par une admiration fanatique pour la grandeur de Louis XIV, voulut laisser à la postérité un monument durable de son zèle. Il fit d'abord sculpter la figure en marbre et en pied de Louis XIV, qu'il se proposait de placer dans un lieu très-apparent ; mais bientôt cet hommage lui sembla indigne de son objet. En 1684, il acheta l'hôtel de La Ferté-Senectère, occupant un emplacement vaste et isolé ; il le fit entièrement démolir, pour y construire une place publique. La ville de Paris voulut participer à cette œuvre; elle acheta l'hôtel d'Émeri, dont l'emplacement contribua à l'agrandissement de la place, et par acte du 12 septembre 1685, un architecte, appelé Predot, fut
chargé de la construction des maisons qui devaient l'entourer. Ces bâtiments n'étaient encore que commencés, lorsque, le 18 mars 1686, le duc de La Feuillade, ayant fait exécuter par d'habiles artistes un groupe représentant la ligure en pied de Louis XIV couronné par la Victoire, fit célébrer l'inauguration de ce monument. Au son de la musique militaire, au bruit des salves d'artillerie, fut consacré le groupe érigé à la gloire de Louis XIV. On brûla de l'encens aux pieds de l'idole; on fit des génuflexions devant elle; et l'on grava en lettres d'or, sur le piédestal, cette inscription : Viro immortali , à l'homme immortel.
La place des Victoires est peu spacieuse; les bâtiments qui l'entourent, uniformément décorés, présentent un rez-de-chaussée composé de portiques à refend, qui servent de soubassement à une ordonnance de pilastres doriques. Le monument qui en occupait le centre, était l'ouvrage de Desjardins : il se composait d'un piédestal de marbre chargé d'inscriptions adulatrices, et de quatre bas-reliefs représentant la conquête de la Franche-Comté, le passage du Rhin, la préséance de la France sur l'Espagne, et la paix de Nimègue. Aux quatre angles du piédestal on voyait quatre figures colossales d'esclaves ou de prisonniers enchaînés. Ces figures en bronze étaient remarquables par la vérité de leur expression. Sur ce piédestal s'élevait un groupe doré de deux figures; celle de Louis XIV en pied, vêtu des habits de son sacre, et foulant à ses pieds le Cerbère, figure allégorique de la triple alliance. Derrière la figure du roi était celle de la Victoire, posant au-dessus de la tête de Louis XIV, une couronne de laurier. Quatre fanaux éclairaient pendant la nuit le groupe de Louis XIV.
Un arrêt du conseil du 20 avril 1699, porte que les quatre fanaux ne seront plus allumés; après la mort du roi, un autre arrêt du conseil, du 23 octobre 1717, ordonna la démolition de ces fanaux. On attribue cette mesure à un distique gascon qui fut affiché sur le piédestal du monument; l'auteur, faisant allusion au soleil que Louis XIV avait pris pour emblème, dit :
La Feuillade, sandis, je crois que lu mé bernes, De placer lé soleil entré quatre lanternes.
La municipalité de Paris fit enlever les figures d'esclaves à l'occasion de la fête de la fédération du 14 juillet 1790; on les plaça dans une cour du Louvre, où on les a vues longtemps : elles furent depuis transférées à l'Hôtel des Invalides, dont elles décorent la façade. Enfin, la statue du roi fut abattue en août 1792.
On y substitua, en 1793, une pyramide en bois, portant sur ses faces les noms des départements et ceux des hommes morts à la journée du 10 août 1792; la place reçut alors le nom de Place des Victoires natio7iales . Le 27 septembre 1800, Bonaparte, premier consul, posa en cérémonie la première pierre d'un monument qui ne fut pas exécuté et qui devait être consacré à la mémoire des généraux Kléber et Desaix, morts le même jour. En 1806, on construisit un piédestal pour recevoir la statue du général Desaix. Celte statue colossale fut exécutée en bronze sur les dessins du sieur Dejoux. Elle représentait le général tout nu. Pour faire disparaître cette inconvenance, on enveloppa le monument de charpente. 11 est resté dans cet état jusqu'en 1815, époque où la statue fut enlevée pai ordre de la cour. On y a substitué une statue équestre en bronze, représen-
Ro\iargue Ki-cpes deV & sculp.
â [fi[I^:ïlE ^^ lIEiUi.
Piihlic par |''iii'nc, Pai'is.
sous LOUIS \l\. 467
lant Louis \IV. Au commencement de l'an 18:21, M. Bosio, statuaire chargé de cet ouvrage, en avait terminé le modèle. II ne larda pas à ùtre placé sur son piédestal. On dit que la statue colossale de Bonaparte, qui s'élevait à la cime de la colonne de la place Vendôme, a servi de matière à cette statue équestre de Louis XIV.
PORTE sALNT-AiMOLNK, situéc à l'extrcmité de la rue Saint-Antoine, à l'endroit où cette rue est coupée par la partie septentrionale du boulevard. Une ancienne porte, bâtie en 1585, et ornée de plusieurs bas-reliefs sculptés par Jean Goujon, fut agrandie et restaurée dans les années 1670 et 1671 par l'architecte Blondel, qui la convertit en arc de triomphe en l'honneur de Louis XIV. Il agrandit ce monument en ajoutant à l'ancienne arcade deux autres arcades latérales de la même hauteur. Cette porte, précédée, du côté du faubourg Saint- Antoine, par une vaste demi-lune, fut démolie en 1778.
ARC DE TRIOMPHE DU FAUBOURG SATNT-ANTOINE, Situé à l'CXtrémité de Ce
faubourg. Après les conquêtes de Flandre et de la Franche-Comté, Colbert proposa d'élever un arc de triomphe à la gloire du roi. Guittard fut chargé de l'exécution, et Claude Perrault de la direction de cet ouvrage, qui ne fut pas achevé et que l'on démolit en 1716. Le dessin de cet arc de triomphe était d'une grande beauté : on peut en juger d'après la gravure qu'en a faite Leclerc. C'est à l'occasion des inscriptions proposées pour ce monument que s'éleva, entre les littérateurs du temps, une longue et fameuse dispute sur la question de savoir si les inscriptions monumentales devaient être en langue latine ou française. On a écrit plusieurs volumes sur cette matière.
PORTE SAINT-BERNARD, situéc sur le quai de la Tournelle, un peu au-dessus du pont ainsi nommé et contre l'ancienne forteresse de la Tournelle. En cet endroit était auparavant une porte qui faisait partie de l'enceinte de Philippe- Auguste, et fut reconstruite en 1606. Elle ne reçut le nom de Saint-Bernard, que porte le quai situé en dehors, qu'après sa reconstruction sous Louis XIV.
L'architecte Blondel fut encore chargé de convertir cette porte de ville en un arc de triomphe. Ce travail fut terminé en 1674. Il se composait de deux portiques d'égales dimensions. Au-dessus, du côte de la ville comme du côté du faubourg, régnait un bas-relief qui occupait presque toute la largeur du monument. Celui qui regardait la ville représentait Louis XIV vêtu à la manière des héros de l'antique Grèce, la tête et les épaules couvertes de sa vaste perruque, et assis sur un trône. Les divinités de la mer lui offraient des hommages et divers présents qu'il distribuait ensuite à la ville de Paris. Cette ville était ligurée par une femme à genoux devant ce roi, et lui tendant les bras en suppliante. — Du côté du faubourg, le bas-relief offrait Louis XIV monté sur la poupe d'un navire vogant à pleines voiles, et poussé par des naïades et des tritons. Ces sculptures, ainsi que les figures de six vertus, placées au-dessus des impostes, étaient l'ouvrage de Jean-Baptiste Tuby. Chaque bas-relief était surmonté par un entablement, et l'entablement par un attique. Dans un quartier aussi fréquenté, la gloire de Louis XIV gênait un peu les mouvements du commerce; de sorte que cette construction fut démolie vers l'an 1787.
PORTE ou ARC DE TRIOMPHE DE SAINT-DENIS, situéc cutrc la ruc Saint-Dcuifr
468 HISTOIRE DE PAIUS
et celle du faubourg de ce nom, à l'endroit où le boulevard forme la séparation entre ces rues. Cet arc de triomphe fut élevé aux frais de la ville, en 1772, sur les dessins de François Blondel , à l'occasion des conquêtes rapides que faisaient alors les armées de Louis XIV. Ici Blondel a déployé toutes les ressources de son imagination pour donner à cette construction un grand caractère de magnificence : il a été puissamment secondé par Michel et François Anguier, qui ont exécuté toutes les sculptures de cette porte avec un talent supérieur (1).
Du côté de la ville, la face de cet arc de triomphe présente deux formes qui participent de l'obélisque et de la pyramide ; elles sont engagées dans le mur, et, pour amortissement, ont un globe chargé de trois fleurs de lis et d'une couronne. Ces obélisques sont décorés de trophées d'armes antiques, d'un trèsbeau style. Au pied de chacun de ces obélisques est une figure assise, colossale, dont l'une représente les sept Provinces-Unies, sous la figure d'une femme consternée; l'autre le fleuve du Rhin, figuré par un homme vigoureux s'appuyant sur un gouvernail et tenant une corne d'abondance. Ces deux figures, d'une grande beauté, ont été faites sur les dessins de Lebrun. Au-dessus de f arcade est une table renfoncée, qui présente un bas-relief spacieux, où l'on voit Louis XIV à cheval, vêtu en guerrier, dans l'attitude du commandement. Sur la frise, on lit cette inscription dédicatoire : Ludovico 3Iagno. Du côté du faubourg, la décoration est pareille, avec cette différence que le bas-relief placé au-dessus de Tare a pour sujet la prise de Maëstricht, et qu'au lieu de figures humaines au bas des obélisques on a placé des lions. En 1817, le gouvernement ordonna la restauration de ce monument, et elle fut confiée aux soins du sieur Cellerier.
PORTE ou xVRC DE TiuoMPHE DE SAINT-MARTIN, situé sur le boulcvard de ce nom , à l'endroit où ce boulevard sépare la rue Saint-Martin de celle du faubourg. Cet arc fut construit en 1674, sur les dessins de Pierre BuUet, élève de François Blondel (2). Les pieds-droits qui, aux extrémités, s'élèvent jusqu'à l'entablement, et ceux qui supportent Varcade du miheu, ainsi que le bandeau de cette arcade, sont travaillés en bossages vermiculés. Au-dessus est un entablement à grandes consoles; le tout est surmonté par un attique chargé d'une inscription latine. Dans les deux espaces qui se trouvent entre les pieds-droits, le bandeau de la grande arcade et fentablement, sont deux bas-reliefs relatifs aux conquêtes de Louis XIV. Dans un de ces bas-reliefs, du côté de la ville, on voit ce monarque assis sur son trône, ayant à ses pieds la figure allégorique d'une nation à genoux, qui lui tend les bras, et lui présente un rouleau contenant le traité de la triple alliance. L'autre bas-relief représente le même roi sous les traits d'Hercule : la Victoire, descendue du ciel, tenant des palmes d'une
(1) Ce monument a 72 pieds de largeur et autant d'élévation, de sorte que l'ensemble d'unfr face forme un carré parfait. L'ouverture de la grande arcade a 25 pieds, la hauteur de l'arcade, depuis le sol jusqu'à la clef du cintre, est de 42 pieds 10 pouces ; aux deux côtés, sont pour les piétons deux portes qui n'ont que G pieds 8 pouces de hauteur.
(2) Ce monument a 18 mètres de large et 18 mètres d'élévation; chacune de ses faces présente un carré parfait. Cette construction est percée par trois arcades ; celle du milieu a 8 mètres 60 ccntini. de largeur et 8 mètres GO ccntim. d'élévation ; les arcade? latérales ont chacune i mètres 30 ccnlim. dr lar!,'(Mir cl de 5 mèlres 30 cenlim. dr hanlcur.
sous LOUIS \IV. U>\)
main, pose de Tiuitre, sur la UMedu roi, une couronne de lauiier. C'est ainsi que Ton a allêgorisé la conquête de la Franclie-Uonité. Du côté du faidjourg, les deux bas-reliefs représentent , sous de seml)lal)les allégories, la prise de Liinbourg et la défaite des Allemands, (les bas-reliefs sont de Desjardins, Marsy , Le Hongre et Legros. Dans les années 1819 et 1820, on a fait plusieurs réparalions à cet arc de trioniplie.
onsEuvATOiRE, situé entre les rues du faubourg Saint- Jacques et d'Enfer, à l'extrémité méridionale de la grande avenue établie en face du palais du Luxembourg.
Après rétablissement de l'Académie des sciences, on sentit la nécessité, pour favoriser les travaux de ses nouveaux membres, de construire un laboratoire pour la cbimie et un observatoire pour l'astronomie. Le laboratoire fut bâti dans un lieu convenable, dépendant de la bibliotbèque du Roi; et, après plusieurs recherches et discussions, on se décida à placer l'Observatoire dans le lieu qu'il occupe aujourd hui. Claude Perrault fut chargé par Colbert de fournir les dessins de cet édifice qui, commencé en 16G7, fut entièrement achevé en 1672. Pendant que l'on travaillait à cette construction, et lorsqu'elle était presque achevée, vint à Paris Jean-Dominique de Cassini, que Colbert avait mandé d'Italie pour diriger les travaux de l'Observatoire. Le plan de cet édifice est un rectangle dont les quatre faces répondent aux quatre points cardinaux (1). Aux angles de la face méridionale, sont deux tours ou pavillons octogones, engagés, qui donnent plus de développement à cette face. Du côté du nord, est un avant-corps carré, où se trouve la porte d'entrée.
On a été obligé, en 1834, de construire à l'est un bâtiment contigu. La ligne méridienne de Paris , tracée dans la grande salle du second étage de l'Observatoire, divise cet édifice en deux parties égales, et, se prolongeant au sud et au nord, s'étend d'un côté jusqu'à Collioure, et de l'autre jusqu'à Dunkerque. Ces deux lignes, qui se coupent au centre delà façade méridionale de l'Observatoire, ont servi de bases aux nombreux triangles d'après lesquels on a levé la carte générale de la France, appelée carte de Cassini ou de l'Obsei^vatoire.
Au premier étage on voit une vaste charpente qui sert de pied à un long télescope, autrefois déposé au château de la Muette. Cet instrument embarrassant ne sert que comme monument de l'art optique. L'invention des lunettes achromatiques l'a rendu inutile. Au second étage se présente la grande salle qui fut, en 1789, presque entièrement reconstruite, ainsi que la voûte qui la couvre. Dans cette salle se voient plusieurs instruments de physique, des globes, la ligne méridienne tracée sur le pavé, et, sur un piédestal, la figure en marbre de Jean-Dominique de Cassini, mort en i712, à l'âge de 87 ans. Cette figure a été exécutée, en 1810, par le sieur Moite.
Sur le comble de cet édifice, comble formé d'épaisses dalles en pierre, on a élevé, vers l'an 1810, un bâtiment carré en pierres de taille, fianqué de deux tourelles. Dans une de ces tourelles on a, depuis quelques années, établi une lunette achromatique dont le pivot est incliné comme l'axe de la terre.
(1) Ha 15 toises dans sa plus grande dimension do iVsl a l'onosl , rt m hnsrs ? Hors dans su dinn-nsinn dn snd an nord.
Cette lunette est destinée à observer et décrire la marche des comètes. La plate-forme de cet édifice est élevée au-dessus du pavé de 27 mètres. C'est dans le bâtiment de l'Observatoire que le bureau des longitudes tient ses séances, et que logent quelques-uns de ses membres.
Le bâtiment contigu, situé à l'est de l'édifice principal, a remplacé une tour de bois qui servait, àMarly, à la machine hydraulique de ce heu; elle surpassait en hauteur le bâtiment de l'Observatoire. Le bâtiment qui a remplacé cette tour est celui où se font presque toutes les observations astronomiques et météorologiques. On y pénètre par le premier étage du grand bâtiment; c'est là quei'on voit, entre plusieurs instruments, des cercles répétiteurs, une lunette méridienne qui sert à observer l'instant où le soleil, aux solstices ou aux équinoxes, passe sur le méridien de Paris. Des parties du comble de ce petit bâtiment, par une mécanique simple , se découvrant à volonté, permettent d'observer le ciel.
Pendant les années 1811 et 1813, de grandes réparations exécutées dans le quartier dégagèrent l'édifice de l'Observatoire, lui procurèrent un accès facile , et mirent à découvert sa façade. En avant de la façade, du côté du nord, est une grille soutenue par deux pavillons nouvellement construits, et une large avenue plantée d'arbres, qui s'étend en droite figne jusqu'à la grille du Luxembourg. Une singularité distingue l'édifice de l'Observatoire de tous ceux de Paris: dans sa construction on n'a point employé de bois: on disait même qu'il n'y était point entré de fer; mais dans les travaux qui furent exécutés en 1823, on découvrit des barres de fer : du reste , tous les étages et le comble sont voûtés.
ACADÉMIE ROYALE DE PEINTURE ET DE SCULPTURE, situéc d'abord dans Ics sallcs du Louvre^ maintenant au Palais des Beaux-Arts. Elle dut son institution à la querelle élevée entre les peintres delà confrérie de Saint-Luc, jouissant du titre de maîtres^ et ceux qui , à la faveur des privilèges, exerçaient leur art sans être assujettis à la maîtrise. Le célèbre Lebrun , à la tête de ces derniers , appuyé du crédit du chancefier Séguier, forma le plan d'une académie royale de peinture et de sculpture, et y fut autorisé par un arrêt du conseil privé du 20 janvier 1648. Les nouveaux académiciens dressèrent des statuts qui furent confirmés par lettres-patentes du roi. — Le ministre Colbert, en Tannée 1665, étabht à Rome une académie de peintres et de sculpteurs français, où l'on envoyait des élèves entretenus par le roi, et qui fut, en 1776, réunie à celle de Paris.
Cette académie est une école pour les arts d'imitation ; elle occupait au Louvre six grandes pièces garnies de tableaux et de plâtres moulés sur l'antique. Les élèves peintres, sculpteurs et architectes qui, au jugement de l'académie royale de peinture, remportent les grands prix , sont pensionnés , envoyés à Rome , et y séjournent cinq ans; tous les trois ans on y envoie le peintre paysagiste qui a remporté le prix. Cet état de choses s'est maintenu , à quelques changements près, jusqu'à présent. Par la loi du 3 brumaire an iv (1795), cette académie fut comprise dans la troisième classe de l'Institut, et par celle de l'an XI ( 1803), elle fit partie de la quatrième, et fut transférée, ainsi que l'Institut, au Collège Mazarin,
ACADÉMIE DE SAINT-LUC. La commuuauté de^s peintres, sculpteurs et gra-
sons LOUIS \IV. 471
viMirs lie Taris exislail depuis longtemps comme la plupart des autres corps de métiers ou professions. Cette communauté obtint, en 170i, la chapelle de Saint-Symphorien dont j'ai parlé : elle la fit réparer et embellir ; et, autorisée par lettres-patentes du 17 novembre 1703, elle établit dans une partie de cette chapelle une école de dessin. Il est présumable que cette école reçut alors le litre d'Académie^ qu'elle a constamment porté depuis. Elle avait des concours des prix et des expositions qu'elle faisait en divers lieux. Cette société de laquelle il n'est sorti que très-peu d'ouvrages dignes d'être cités, se maintint jusque vers l'an 1776. Alors les élèves de l'école Saint-Luc se réunirent à ceux de l'académie royale qui, pour les recevoir, fit disposer une seconde salle au Louvre consacrée à l'étude du modèle.
ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES , dont IcS séailCCS SC tinrent d'abord dans la bibliothèque de Colbert, puis au Louvre, enfin aujourd'hui au palais de l'Institut. Colbert, voulant flatter le goût de Louis XIV pour les bâtiments et les louanges, réunit chez lui pour la première fois, le .3 février 1663, quatre hommes de lettres: Chapelain , Charles Perrault, l'abbé de Bourseix et l'abbé de Cassagne. 11 leur dit qu'il les avait fait appeler pour les consulter sur des matières de goût et d'érudition; qu'il désirait qu'ils formassent un petit conseil qui pût se réunir deux fois la semaine, le mardi et le vendredi. Le lieu des séances était celui de la Bibliothèque de ce ministre, rue Vivienne. Cette académie naissante, dite petite académie^ était chargée de composer les sujets et les légendes des médailles , les sujets et les inscriptions des tapisseries qui devaient être exécutées à la manufacture des Gobelins , les sujets et devises des jetons , et des inscriptions pour les bâtiments. Elle était aussi chargée de revoir et corriger les ouvrages en vers ou en prose, composés à la louange du roi, pour les mettre en état d'être livrés à l'imprimerie du Louvre. Colbert présenta les quatre académiciens au roi qui, content de l'emploi qu'ils faisaient de leurs talents, leur dit : « Vous pouvez, messieurs, juger de l'estime que je fais de vous, » puisque je vous confie la chose du monde qui m'est la plus précieuse, qui est •» ma gloire ; je suis sûr que vous ferez des merveilles ; je tâcherai de ma part » de vous fournir de la matière qui mérite d'être mise en œuvre par des gens • aussi habiles que vous êtes. »
Le petit conseil ou la petite académie continuait à servir les intérêts de Colbert et l'orgueil du roi. Ce ministre étant mort en 1683, et Louvois lui ayant succédé dans la place de surintendant des bâtiments, l'académie, composée alors de Charpentier, l'abbé Tallemant, Quinaultet Charles Perrault, lui adressa un mémoire pour faire valoir ses services , et savoir s'il voulait les agréer. Après avoir fait parvenir leur mémoire, ils se présentèrent au ministre qui les accueillit , leur promit protection ; mais il ne voulut point reconnaître Perrault , qui fut exclu. Ces membres n'étaient que les agents du ministre; et l'académie n'avait point encore d'existence légale : le roi la nommait la Petite Académie , et les académiciens qualifiaient leur société d'Académie des Inscriptions et des Médailles. Mais bientôt elle prit de la consistance, et se composa d'un plus grand nombre de sociétaires. Au mois de juillet 1701 , elle fut organisée d'une manière stable ; on la soumit à un règlement qui lui donne le titre d'Académie royale des
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Inscriptions et des Médailles, et qui fixe le nombre des académiciens à quarante, dont dix honoraires, dix pensionnaires, dix associés et dix élèves. Le lieu de ses séances, dès l'an 1699, fut assigné dans un des appartements du Louvre. En 1713, des lettres-patentes confirmèrent les privilèges et règlements de cette académie et de celle des sciences. Dans la suite, quelques parties du règlement furent modifiées. Le 4 janvier 1716 un arrêt du conseil d'Etat donne à cette société le titre plus relevé à' Académie royale des Inscriptions et Belles- Lettres. La classe des élèves fut supprimée, et celle des associés augmentée de dix membres. Lorsqu'au 3 brumaire an vi (25 octobre 1795) on organisa V Institut de France^ cette académie forma la troisième classe, ou classe des sciences morales et politiques. Depuis 1814, elle a repris son vieux nom ^'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres..
ACADÉMIE DES SCIENCES. Elle tint d'abord ses séances dans la Bibliothèque du roi, puis au Louvre, enfin dans le palais de l'Institut. Après avoir établi l'académie des inscriptions, Colbert s'occupa du projet de fonder une académie des sciences. 11 se fit doimer un mémoire de tous les gens de lettres qui s'assemblaient alors chez M. de Montmort, conseiller d'État, ainsi que de tous les savants répandus dans le royaume et même dans les pays étrangers.
Cette académie devait s'exercer sur cinq sciences principales : les mathématiques, Y astronomie, la botanique, la chimie^ eiVanatomie. Une chose digne de remarque, c'est que le gouvernement crut nécessaire d'ordonner aux astronomes de ne point s'appliquer à Yastrologie judiciaire, et aux chimistes de ne point chercher la Pierre philosophale. Cette académie tint ses premières séances en 1666, dans une salle basse de la Bibliothèque du roi, où Ion construisit un laboratoire pour les chimistes; et dans le même temps, pour les astronomes, on fit bâtir ailleurs l'Observatoire dont j'ai parlé. Jusqu'en 1699, cette académie exista en vertu d'autorisation du roi ; ce ne fut qu'en cette année qu'elle reçut une forme stable, un règlement, une existence légale, et un appartement au Louvre. Tous ces avantages furent confirmés par lettres-patentes de février 1713. Le roi, par les conseils de Colbert, pensionna, à l'époque de la fondation des académies des sciences et des inscriptions, tous les membres qui y étaient admis, et plusieurs savants nationaux. Il poussa ses largesses jusqu'à donner des pensions à des savants étrangers.
Elles leur parvenaient par le moyen de lettres de change. « A l'égard de » celles qui se distribuaient à Paris, dit Perrault, elles se portèrent, la pre- » mière année, chez tous les gratifiés, par le commis du trésorier des bàti- » ments, dans des bourses de soie et d'or, les plus propres du monde; la seconde » année, dans des bourses de cuir. Comme toutes choses ne peuvent demeurer « au même état, et vont naturellement en dépérissant, les années suivantes il )) fallut aller recevoir soi-même les pensions chez le trésorier, en monnaie ordi- » naire. Les années eurent bientôt quinze, seize mois ; et, quand on déclara la » guerre à l'Espagne, une grande partie de ces gratifications s'amortirent. Il ne » resta plus que les pensions des académiciens delà petite académie et de l'aca- » demie des sciences.
L'académie des sciences, qui a contribué si puissamment aux progrès des
sous LOUIS XIV. \7:i
connaissances liumaincs, lors(iu'aii 3 l)niniaire an iv on orp^anisa l'Institut de France, fut mise à la pnmiière classe, sous le titre de Sdenresp/ifjsùjups et mathématiques; e(, malgré (luciques changements survenus depuis, elle a conservé
ce rang.
ACAni:.>iiK DAiiciiiTECïLMiE. Kllc lut [)rqjetée en 1671 par Colbert, et se maintint avec une simi)le autorisation jusqu'au mois de février 1717, époque où elle reçut un état légal. Elle eut, comme l'Académie de sculpture et de peinture, ses écoles, ses prix et i^es pensionnaires à Home; comme elle, par la loi du 3 brumaire an IV, elle fit partie, d'abord de la troisième classe, puis, en 1803, de la quatrième classe de l'Institut.
ADTKES ACADÉMIES. Il fut établi SOUS cc règne plusieurs autres institutions qui prirent le nom iï Académies. Depuis longtemps il existait des tripots, appelés Académies de jeux. Une école d'équitation et d'escrime fut fondée, pendant le règne de Louis XIII, sous le nom d'Académie roijale pour la noblesse. J'en ai parlé. Au mois de mars 1661 , Louis XIV fonda une AcadémJe royale de danse(i)^ dans l'intention de perfectionner cet art et d'en corriger les abus. Ce roi, par lettres-patentes de juin 1G71 , érigea l'Opéra en Académie royale de musique.
BIBLIOTHÈQUE DU uoF, située ruc de Richelieu, n*> 58. Cette bibliothèque éprouva les vicissitudes du sori(habent sua fata libelli)., et n'ol)tint une consistance honorable, un haut degré d'utilité, que sous le règne de Louis XIV.
Le roi Jean avait une bibliothèque peu nombreuse; elle se composait de huit à dix volumes; je citerai la traduction de la Moralité des Échecs, un Dialogue sur les substances, la traduction de Trois Décades de Tile-Live, des fragments d'une version de la Bible, un volume des Guerres de la Terre-Sainte, et trois ou quatre livres de dévotion. — Charles V, son successeur, qui aimait la lecture et qui fit faire plusieurs traductions, porta sa collection jusqu'à neuf cent dix volumes; ils étaient placés dans une tour du Louvre, appelée la Tour de la Librairie. Gilles Mallet, valet de chambre, puis maître d'hôtel du roi, eut la garde de ces livres, et en composa, en 1373, un inventaire encore conservé à la bibliothèque royale; ils consistaient en livres d'église, de prières, de miracles, de vies de saints, et surtout en traités d'astrologie, de géomancie et de chiromancie, et autres productions des erreurs du temps. — Après la mort de Charles V, cette collection de livres fut en partie dispersée et enlevée par des princes ou officiers de la cour. Deux cents volumes du premier inventaire manquèrent; mais comme le roi recevait de temps en temps quelques présents de livres qui réparaient un peu les pertes, la bibliothèque se trouva encore
(I) Les maîtres de danse étaient ordinairement maîtres de violon. Ces maîtres, nombreux à la cour et à la ville, formaient une corporation composée de douze anciens maîtres, de ceux de la i^ninde bande, et d'un chef qui portait le titre de roi des violons. Des lettres-patentes du mois d'octobre Hj;")S, enregistrées le 22 août 1G09, accordent à Guillaume Dumanoir, violon ordinaire du cabinet de Louis XIV, l'office de roi des violons, de maître à danser et joueur d'instruments, et api'rouvent les statuts et règlements faits par ledit roi et ses prédécesseurs, « concernant, y est-il dit, l'exercice dudit » office de roi des violons, maîtres à danser et ez-dîtes sciences et maitiises de violons* joueurs des » instruments tant haut que bas, etc. » Registres manuscrits du parlement, au 22 août lG5t).) Le titre de roi des violons fut supprimé par édit de mars 1775; le dernier de ces rois était Jean [Jean- Pierre Cuignon, de Turin). On fait remonter celte royauté à Tan 1331.
composée, en 1423, d'environ huit cent cinquante volumes. Cette collection disparut pendant que le duc de Redfort, en qualité de régent de France, séjournait à Paris. Ce prince anglais, en 1429, l'acheta tout entière pour la somme de 1200 livres. Il paraît qu'il en fit transférer une partie en Angleterre. Ces volumes étaient, pour la plupart, enrichis de miniatures , couverts de riches étoffes, et garnis de fermoirs d'or ou d'argent.
Louis XI rassembla les volumes que Charles V avait répartis dans diverses maisons royales, y joignit les livres de son père, ceux de Charles, son frère, et, à ce qu'il paraît, ceux du duc de Bourgogne : l'imprimerie, qui commença sous son règne à être en usage, contribuai l'accroissement de sa bibliothèque. — Louis XII fit transporter au château de Blois les volumes que ses deux prédécesseurs, Louis XI et Charles VIII avaient rassemblés au Louvre, où se trouvaient les commencements d'une précieuse collection de livres, dont plusieurs provenaient de ceux que le duc de Bedfort avait tirés de la tour du Louvre pour les transférer en Angleterre. Charles VIII avait réuni à la bibliothèque royale celle des rois de Naples; Louis XII l'augmenta de celle que les ducs de Milan possédaient à Pise. — François I*^'', en 1544, avait commencé une bibliothèque à Fontainebleau : il l'accrut considérablement, en y transférant les livres que Louis XII avait réunis à Blois. — Cette bibliothèque de Blois, dont on fit alors l'inventaire, se composait d'environ 1890 volumes, dont 109 imprimés, 38 ou 39 manuscrits grecs, apportés de Naples à Blois par le célèbre Lascaris. François I^*" enrichit de plus la bibliothèque de Fontainebleau d'environ 60 manuscrits grecs, que Jérôme Fondul acquit par ses ordres dans les pays étrangers. Jean de Pins, Georges d'Armagnac et Guillaume Pelliciers, ambassadeurs à Rome et à Venise, achetèrent pour le compte de ce roi tous les livres grecs qu'ils purent trouver. Deux cent soixante volumes en cette langue furent, d'après le catalogue dressé en 1544, le résultat de ces acquisitions. Depuis, François I«f envoya dans le Levant Guillaume Postel, Pierre Gilles et Juste Tenelle. Ils en rapportèrent 400 manuscrits grecs et une quarantaine de manuscrits orientaux. La bibliothèque de Fontainebleau s'accrut encore des livres du connétable de Bourbon, dont François I^*^ confisqua tous les biens. Malgré cet accroissement, les manuscrits grecs, dans cette bibliothèque, l'emportaient sur les livres français, dont le nombre n'était que de 70 volumes. Il faut attribuer cette préférence, moins au goût de ce roi, qui n'entendait pas le grec, qu'à celui de ses savants bibliothécaires, Guillaume Budé, Pierre du Chastel ou Chastellanus, Mellin de Saint-Gelais et Pierre de Montdoré.
Henri II, en 1556, d'après les insinuations de Raoul Spifame, rendit une ordonnance qui serait devenue très-profitable, si on l'eût observée. Elle enjoignit aux libraires de fournir aux bibliothèques royales un exemplaire en vélin et relié de tous les livres qu'ils imprimeraient par i)rivilége. Les règnes suivants, temps de persécutions aveugles, durent avoir une funeste influence sur la bibliothèque royale. L'affreux cardinal de Lorraine fit emprisonner à la Bastille Aymar de Rançonnet, premier président de Paris, qui y mourut de douleur en 1559; et sa bibliothèque, confisquée, fut réunie à celle du roi. Pierre Montdoré, qui en était alors bibliothécaire, en conséquence de cette même persécution, fut, quelques
sons LOUIS XIV. 475
années après, on 15(;7, ol)ligô (rahamioniier la bil)li()thè(iu(', et de s'enfuir à Sancerre, où il mourut de chaj^rin. Amyot le remplaça, et rendit (piehpies services aux gens de lettres, en leur eommuniciuant des manuscrits. Il paraît qu'avant lui cette bibliothèque ne servait qu'à ceux qui en avaient la pirde. Pendant la Ligue, elle éi)i'ouva plusieurs pertes fâcheuses. Dans une note (jue Jean (îosselin, alors gardien, eut la précaution d'écrire sur un manuscrit in~ titulé Marf/Kcn'te histonalr, par Jean Massut^, on lit que le président de Nully fameux ligueur, se saisit, en 15î)3, de la librairie du roi, en lit rompre les murailles, la garda jusqu'à la fin de mars 1594, et que, pendant cet espace de temps, on enleva le premier cahier du manuscrit dont je viens de donner le Mire; que Guillaume Rose, évêque de Senlis, et Pigenat, curé de Paris, autres furieux ligueurs, firent, dans un autre temps, plusieurs tentatives pour envahir la bibliothèque royale; mais qu'ils en furent empêchés par le président Brisson, à la sollicitation de lui GosseHn.
Henri IV, maître de Paris, ordonna, par lettres du 14 mai 1594, que la bibliothèque de Fontainebleau serait tiansférée dans sa capitale et la fit déposer l'année suivante dans les bâtiments du collège de Clermont. Elle s'augmenta, vers cette époque, d'un grand nombre de livres précieux. Catherine de Médicis avait laissé une collection de manuscrits hébreux, grecs, latins, arabes, français, italiens, au nombre de plus de huit cents. Cette collection provenait de la succession du maréchal Strozzi. Catherine se l'appropria, sous prétexte que ces livres provenaient de la bibliothèque des Médicis. Après la mort de cette reine, Henri IV ordonna l'acquisition de cette collection qui fut transférée en 1599, au collège de Clermont. Les jésuites furent rappelés en 1604; on leur rendit leur collège et on transporta la bibliothèque du roi dans une salle du cloître du couvent des cordeliers : ces livres étaient alors sous la garde de Casaubon.
Sous Louis XIII, la bibliothèque royale fut enrichie des livres de Philippe Hurault, évêque de Chartres, au nombre de 118 volumes, dont 100 manuscrits grecs; de ceux du sieur de Brèves, ambassadeur à Constantinople, consistant en 108 beaux manuscrits syriaques, arabes, persans, turcs, qui avaient été acquis et payés par le roi pour faire partie de sa bibliothèque; mais le cardinal de Richelieu s'empara de cette collection, ainsi que de la bibliothèque de La Rochelle, dont il composa la sienne, qu'il légua à la Sorbonne. Sous le même règne, la bibliothèque du roi, restée au couvent des cordeliers, fut transférée dans une grande maison appartenant à ces religieux, et située rue de la Harpe, au-dessus de l'église Saint-Come. Les deux frères Pierre et Jacques Dupuy en furent nommés gardes, et Jérôme Bignon, grand-maître : elle consistait alors dans environ 16,746 volumes, tant manuscrits qu'imprimés. On doit à Louis XIII, d'avoir rétabli une ordonnance (1617) de Henri II, qui n'a pas peu contribué à l'accroissement de la bibliothèque, et qui porte ce qui suit : A ravenir ne sera octroyé à quelque personne que ce soit, aucun privilège pour faire imprimer ou exposer en vente aucun livre, sinon à la charge d'en mettre gratuitement deux exemplaires en la Bibliothèque du roi.
Sous le règne de Louis XIV et sous le ministère de Colbert, cette bibliothèque
acquit une consistance et des richesses qu'elle n'avait jamais eues (1); pour la première fois, rendue accessible au public, elle favorisa puissamment les progrès des connaissances humaines. Louvois succéda à Colbert dans la direction de cette bibliothèque : il continua son ouvrage, chargea les ministres français dans les cours étrangères d'acheter des manuscrits et des imprimés : on en reçut de toutes parts. Le père Mabillon voyageait en Italie pour le même objet : il procura à la bibliothèque plus de quatre mille volumes imprimés et plusieurs manuscrits. On acquit dans le même temps ceux de Chantereau-Lefèvre. Les savants, envoyés par Colbert dans le Levant, faisaient aussi à leur tour parvenir à la bibhothèque les fruits de leurs investigations. En 1697, le sieur Bouvet, missionnaire, apporta quarante-deux volumes chinois que l'empereur de la Chine envoyait en présent au roi. Avant cet envoi, il n'existait dans la bibliothèque que quatre volumes en cette langue : ils s'y sont, dans la suite, considérablement multipliés. — En 1700, l'archevêque de Reims donna à la bibliothèque royale cinq cents manuscrits hébreux, grecs, latins et français. On acheta pour elle trente-cinq volumes manuscrits sur la Lorraine ; le père
(1) Elle s'ac'criit du fonds du comte deBéthune, composé de 1923 volumes manuscrits, dont plus de 950 sont remplis de lettres et de pièces originales sur l'histoire de France; — Vers 1G62, du fonds d'Antoine de Loménie de Brienne, composé de manuscrits sur l'histoire de France; — Dans le même temps, de la bibliothèque de Raphaël ïrichet, sieur Dufresne, composée de neuf à dix mille volumes, d'une quarantaine de manuscrits grecs, et de cent manuscrits latins et italiens, etc.;
D'un recueil immense de pièces sur le cardinal Mazavin, en 636 volumes;
Du cabinet des médailles du Louvre, collection très-remarquable par ses raretés, ses antiquités et ses pierres précieuses;
Du cabinet de médailles dont J.-B. Gaston, duc (V Orléans, fit, en 1660, présent au roi, ainsi que de ses livres et manuscrits;
Du grand recueil des estampes de l'abbé de MaroUes, contenant 224 volumes in-folio;
Des pièces et ornements en or trouvés, près de Tournas', dans un tombeau qu'on a cru être celui de Childéric : ces objets riches et curieux faisaient partie de la collection du cabinet du Louvre;
Des livres du sieur Carcavi, dont, en 1667, Colbert lit l'acquisition ;
De plusieurs livres quecc ministre faisait acheter dans les ventes, soit en France soit à l'étranger;
De 729 volumes in-folio et 1588 in-4", provenant de la bibliothèque de M. Fouquet, manuscrits ou imprimés, acquis en 1667 ;
De 2,156 volumes manuscrits, dont 102 en langue hébraïque, 343 en arabe, samaritain, persan, turc et autres langues orientales; 229 en langue grecque, et 1422 en langue latine, italienne, française, espagnole, etc. ; en outre, de 1337 livres imprimés, tous provenant de la bibliothèque du cardiual Mazarin ;
D'une partie des livres orientaux de Jean Golius et de uOO manuscrits hébreux, arabes, turcs, persans, grecs, latins, français, esclavo'is, et de près de 600 volumes imprimés dans ces langues, provenant de la bibliothèque du savaut Gilbert Gaulmin ;
De 62 manuscrits grecs, que M. de Monceaux recueillit dans le Levant , où il fut envoyé exprès en 1667;
De la bibliothèque de Jacques Mentel, médecin, composée d'environ dix mille volumes, dont une cinquantaine de manuscrits, acquise en 1670;
De 146 volumes, que l'ambassadeur de Portugal avait fait acheter à Lisbonne, concernant l'histoire d'Asie, d'Afrique, d'Amérique, d'Espagne, etc. ;
De plusieurs livres imprimés, reçus journellement de Hollande, d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie, etc. ;
De 340 volumes in-folio, contenant des copies de litres conservés dans les chambres des comptes, maisons religieuses, etc. ;
De 630 manuscrits hébreux, syriaques, coptes, arabes, turcs, persans, et d'une trentaine de manuscrits grecs recueillis par le père Michel Vansleb, savant orientaliste que Colbert, en 1672, avait envoyé dans le Levant.
i^nfin, en 168i, on comptait dans la Bibliothèque royale, 10,542 manuscrits, sans y comprendre ceux de Brienne et de Mézeray, et environ 40,000 Imprimés, non compris les divers recueils d'est ampcs et de cartes de géographie.
sous LOUIS XIV. 177
Fontenai, revenu (ie la Chine, remit au roi douze gros volumes, les uns chinois, les autres tarlares. — Kn 1701, deux eent eiiuiuanle manuscrits |)rovenanl de la bihiiolhèqued'un docteur de vSorhomie, appelé Faure, lurent achetés : on y joignit deux manuscrits donnés par SparwenCeld, maître des cérémonies de la cour de Suède, un Missel romain d'une grande anti(iuité, et une relation de voyage en langue russe. Cette relation était le premier volume eu cette langue (|ue possédât la bibliothèque. On acheta à Uome un manuscrit de l*étrone, où se trouvent le fragment du Festin de Trimalcion et plusieurs autres morceaux de cet écrivain licencieux; Tibulle, Properce et Catulle en entier; l'Fpître de Sapho, celle de Phaon, et le petit poème du Phénix, par Claudien. Ce dernier manuscrit fut trouvé, dit-on, à Traw en Dalmatie. — Une caisse était depuis (luinze ans, déposée à la douane sans être réclamée; on la lit enlin ouvrir : elle contenait quatorze portefeuilles remplis de livres tartares qui furent remis, en 1708, à la Bibliothèque royale. — En 1713, cette bibliothèque reçut, entre autres richesses, le legs de Caillé du Fourny, contenant l'inventaire des titres conservés dans la chambre des comptes de Lorraine et de Bar; celui de Galland, consistant en cent volumes ou portefeuilles de manuscrits arabes, turcs, persans, etc. En 1711, François de Caignières fit à cette bibliothèque une donation d'une bien plus haute importance : il lui légua son immense et très-riche cabinet. Tous les jours des legs, des présents, des acquisitions et des tributs de la librairie augmentaient ce précieux dépôt des erreurs, des vérités et des connaissances humaines.
Le changement le plus notable qu'il éprouva, sous le règne de Louis XIV, fut sa translation de la rue de la Harpe dans la rue Vivienne. En 1666, Colbert aciieta des héritiers de M. de Beautru deux maisons voisines de son hôtel, rue Vivienne; il les fit disposer convenablement, et les livres y furent transportés.
Sous la régence du duc d'Orléans, le local de cette collection toujours croissante étant insufïisant, on s'occupa de la placer ailleurs. Il existait dans la rue de Richelieu un hôtel immense qui portait le titre de palais, qu'avait fait construire et qu'avait autrefois habité le cardinal Mazarin. Après la mort de Mazarin, cet hôtel fut divisé en deux parties : l'une, du côté de la rue Vivienr.e, fut le lot du duc de la Meilleraie, et porta le nom d'Hôlel de Mazarin jusqu'en 1719, époque où le roi en fit l'acquisition pour la donner à la Compagnie des Indes. On y a depuis établi la Bourse; l'autre partie du palais Mazarin, située du côté de la rue Richelieu, échut au marquis de Mancini, et devint V Hôtel de ISevers, On y avait placé la banque du système de Law ; cette banque, ruinée de fond en comble, laissait un local vide. L'abbé Bignon, bibliothécaire, décida le régent à ordonner, en 17ïil, que la bibliothèque serait placée à l'hôtel de Nevers. Sans retard, on transporta une grande ])artie des livres que l'on plaça sur des tablettes faites à la hâte, et dans la partie même du palais Mazarin où ce cardinal avait eu la sienne. Ses richesses s'augmentèrent toujours, et avec une rapidité qui ne nous permet plus de les détailler. Je dirai qu'après l'an 1790, époque de la suppression des maisons refigieuses, cette immense collection s'accrut d'un grand nombre délivres manuscrits ou imprimés, provenant des bibliothèques de ces maisons supprimées.
Voici quelques notions sur les bâtiments de la Bibliotlièque royale, sur ses objets curieux, ses divisions en différents dépôts, et sur la quantité de volumes imprimés ou manuscrits qu'elle renferme aujourd'hui. Quand on a traversé le vestibule, on voit une grande cour environnée de bâtiments servant à la bibliothèque, qui occupe encore d'autres parties de bâtiments contigus. Cette bibliothèque se divisait autrefois en cinq dépôts : les manuscrits^ les livres imprimés, les médailles et antiques^ les gravures et les titres et généalogies. Ce dernier ^épôt a été supprimé pendant la révolution.
Une partie des MANUSCRITS est déposée dans l'ancienne galerie du palais Mazarin. Cette précieuse collection se compose d'environ 80,000 manuscrits tant orientaux qu'en autres diverses langues européennes.
Le cabinet des estampes et planches gravées, qui occupe plusieurs pièces de l'entresol du bâtiment, fut commencé par la collection de peintures d'objets d'histoire naturelle, de plantes du jardin botanique et d'animaux de la ménagerie de Blois, dont Gaston, duc d'Orléans, avait fait présent à Louis XiV. Depuis cette collection a été continuée par les plus habiles artistes de son temps. Puis elle s'enrichit de 26 i portefeuilles de l'abbé de Marolles qui avait recueilli des gravures depuis 1470, époque de la naissance de cet art, jusqu'à son temps. On y joignit les gravures des événements militaires du règne de Louis XIV, des vues des maisons royales, etc.; les planches gravées du cabinet de Gaignières, du sieur Beringhen, du maréchal d'Uxelles, des sieurs Fevret de Fontette, de Bégon, de Mariette et de Caylus, et la collection de différentes estampes, faites pour orner une édition du Dante, de l'an 1481. — Entre autres peintures à gouache sur papier, sur vélin, on remarque le portrait du roi Jean, mort en 1364, monument le plus ancien de la peinture en France ; il est peint sur toile collée sur bois ; il est représenté en buste et en profil.
Cabinet des médailles et antiques^ situé à l'extrémité de la grande galerie du dépôt des livres imprimés. La pièce principale de ce dépôt est éclairée par huit croisées; les trumeaux sont ornés de tables de marbre qui soutiennent des médaillers ou armoires d'une menuiserie enrichie de dorures. Chaque armoire offre 200 tiroirs, dans lesquels sont rangées les différentes suites de médailles d'or, d'argent, de bronze, qui composent cette collection, une des plus riches de l'Europe. Cette salle est décorée de plusieurs tableaux de grands maîtres.
Mais sa plus précieuse décoration consiste dans les médailles rares, et dans plusieurs autres objets d'antiquités conservés dans ce dépôt. Avant François I^»", aucun roi de France n'avait pensé à réunir des médailles antiques. Ce roi en possédait environ vingt en or et une centaine en argent, qu'il avait fait enchâsser dans des ouvrages d'orfèvrerie comme ornement. Il rassembla encore quelques autres médailles qu'il plaça dans son garde-meuble ou ailleurs. Le goût des lettres faisant des progrès sous ce règne, tout ce qui s'y rapportait obtint faveur; les médailles qui servent à fixer des époques de l'histoire, à en éclaircir les points obscurs, et souvent à suppléer à ses lacunes, commencèrent à trouver des amateurs zélés. Aux médailles de François I*^»", Hem'i 11 joignit celles qu'il avait recueillies, et celles qui composaient la riche collection que Catherine de Médicis avait apportée en France avec les rares manuscrits
sous LOUIS XIV. 479
de la bibliothèque de Florence. Charles IX accrut encore cette collection, lui destina un lieu particulier dans le Louvre pour la placer convenablement, et l'ut le i)renner (jui créa une |>iace spéciale de j^arde de ces médailles et anticpies. Il accrut cette collection de celle du célèbre (iroslier, mort en L565. Pendant les troubles qui désolèrent la France sous ce règne et sous les suivants, et smlout pendant les désordres de la Ligue, cette collection, qui consistait en anti(iuités de diverses es[)èces, en médailles, en pierreries, et que les savants du temps plaçaient au rang des merveilles du monde, fut presque entièrement dispersée et pillée.
Henri IV essaya de réparer ces pertes. Il recueillit plusieurs pièces soustraites, fit venir à Paris, en 1608, le sieur de Bagarris pour être le garde de ses médailles et antiques, qu'il voulait placer à Fontainebleau, près de sa bibliothèque : il fit quelques acquisitions. Bagarris secondait les vues de ce roi que la France perdit bientôt après. Alors cette collection, qui commençait A recevoir de la consistance, (ut entièrement abandonnée sous Louis XIll ; et Bagarris, malgré ses etïbrts, se vit obligé de cesser ses fonctions de garde, et de se retirer dans son pays avec les médailles et les pierres gravées qu'il avait apportées.
Louis XIV fit rassembler toutes les médailles et raretés qui se trouvaient dans les diverses maisons royales, y joignit celles qu'avait réunies dans son château de Blois, Gaston, duc d'Orléans, son oncle, et, du tout, composa ce qu'on nommait au Louvre le Cabinet des Antiques. L'abbé Bruneau, garde des médailles de Gaston, le devint de celles du roi. En 1667, tout ce qui composait ce cabinet fut transféré à la Bibliothèque royale, alors située rue Vivienne. Par les soins de Colbert, ce dépôt s'accrut considérablement: le sieur Vaillant, célèbre antiquaire, envoyé par ce ministre en Italie, en Sicile et en Grèce, revint, au bout de quelques années, chargé d'une riche moisson. Les médailles du roi furent presque augmentées de moitié.
Le succès de ce voyage en fit ordonner un second. Vaillant partit en octobre 1674 pour les côtes d'Afrique : il fut pris par les Algériens, et fait esclave pen dant quatre mois; il courut plusieurs autres dangers. Après avoir obtenu sa liberté, il se vit obligé, pour sauver une vingtaine de médailles d'or, les seules qu'il apportait de son voyage, de les avaler. Il fit un troisième voyage en Fgypte, en Perse, et en revint chargé d'une grande quantité de médailles rares. Vaillant n'était pas le seul investigateur des médailles antiques : les sieurs Vansleb, Petit de la Croix, Antoine Galland, de Nointel, ambassadeur de France à Constantinople, et le fameux voyageur Paul Lucas, avaient les mêmes ordres, et concoururent à enrichir le dépôt de plusieurs antiquités et objets d'une grande rareté. Je ne puis parler ici de nombreuses acquisitions que fit le gouvernement pour ce dépôt, ni de plusieurs dons très-considérables dont l'enrichirent divers particuliers et sociétés; mais je crois ne pas devoir passer sous silence la réunion à ce dépôt de la collection de M. Pèlerin, collection composée de plus de trente mille médailles. Cette réunion s'opéra en 1776. Actuellement on compte environ 80,000 médailles décrites et la plupart gravées dans l'ouvrage de M. Miomiet.
Cette magnifique collection, fruit de tant de recherches, de voyages lointains
et de dépenses, qui était un objet d'admiration pour tous les connaisseurs, français et étrangers, fut, dans la nuit du 5 au 6 novembre 1831, enlevée en partie, dénaturée et réduite en lingots par Fossard, forçat évadé du bagne de Brest, et Drouillet, forçat gracié.
Au milieu de la salle se trouve un butTet chargé d'un grand nombre d'objets précieux, vases, statuettes, ustensiles divers. Des antiquités divers et fort curieuses sont déposées dans des armoires vitrées. Ces richesses proviennent, en I artie, delà collection de de Caylus ou du trésor de la Sainte-Chapelle, ou de celui de Saint Denis. Entln, on voit aussi dans cette salle de très-belles armoires ayant appartenu à des rois de France ou à des personnages illustres.
Au-dessus du cabinet des médailles, il existe une salle qui contient une fort riche collection de vases antiques, de statuettes, de caisses à momies et d'autres antiquités. Enfin, au rez-de-chaussée près l'entrée de la salle de lecture, on a réuni un certain nombre de statues et de bas-reliefs. C'est là que se trouve le fameux Zodiaque de Denderah. Un autre monument égyptien du plus haut intérêt, la chambre dite des rois à Kernac, rapporté par M. Prisse, a été disposé près du grand escalier de la bibliothèque.
La Bibliothèque royale n'était, avant la révolution, ouverte que deux jours de la semaine; aujourd'hui elle est ouverte tous les jours, depuis dix heures du matin jusqu'à trois heures après midi, excepté les dimanches et fêtes, et le temps des vacances. On y fait des cours de langues orientales, d'archéologie et de diplomatique.
BIBLIOTHEQUE DES AVOCATS. Un célèbre avocat consultant, Etienne Gabriau^ sieur de Riparfond, légua en 1704 sa bibliothèque à ses confrères, et ajouta des fonds pour son entretien. On la plaça dans une galerie du bâtiment de l'avant-cour de l'Archevêché. Le 6 mai 1708, l'ouverture de cette bibliothèque se fit avec solennité. Les fonds légués n'étant pas suffisants, un arrêt du parlement du 31 août 1722 augmenta d'un cinquième la somme de vingt livres qui se payait à la réception des avocats et procureurs, et attribua cette augmentation à l'entretien de cette bibliothèque. Un jour de chaque semaine, huit ou neuf avocats s'y rassemblaient, et y donnaient des consultations gratuites aux pauvres. Tous les quinze jours, il s'y tenait des conférences sur des matières de jurisprudence. Cette bibliothèque était décorée des portraits de plusieurs avocats célèbres et de celui du fondateur. La bibliothèque des Avocats fut, pendant la révolution, réunie à celle de la ville : mais elle n'en fait plus partie maintenant. Elle est située au Palais-de-Justice.
MANUFACTURE DES GOBELINS, OU Manufacture royale des Tapisseries de la Couronne, située rue Mouffetard, n<» 270, presque à l'extrémité méridionale de cette rue.
Dès le quatorzième siècle, dans le faubourg Saint-Marcel, et sur la rivière de Bièvre, dont l'eau était, disait-on, très-propre à la teinture, il existait des drapiers et teinturiers en laine. Un de ces teinturiers, nommé Jean Gobelin, y demeurait en 1450 : il s'était emùchi, et avait fait de grandes acquisitions sur les bords de cette rivière. Ses successeurs travaillèrent avec le môme succès, et donnèrent de la célébrité au nom de Gobelin, que le public appliqua au quar-
SOIJS LOTIS \l V. 481
lioroù Si' liouvail leur rlahlisscment, et mémo à la rivièiv di' liièYic ([ui N' traversait.
Aux C.obolins succédèrent les sieurs (^anaye, ((ui commencèrent, à ce (lu'il paraît, à l'abritiuer des tapisseries de haute lisse. Les (ïanaye furent, vers l'an Kiôj, remplacés dans cette fabrique par un Hollandais appelé (iluck, et par un ouvrier a[>i)elé Jean Liansen, qui excellait sur tous les autres. La beauté des ouvrages qui sortaient de cette fabrique attira l'attention de Colbert; il résolut, pour la perfectionner, de la mettre sous la protection spéciale du roi, et de l'employer uniquement à son service. A cet effet il acheta, en 1GG2, toutes les maisons et jardins (lui forment aujourd'hui le vaste emplacement des Cobelins, et y fit construire des ateliers et des bâtiments considérables pour les logements des plus habiles artistes qu'il y attira. Ce ministre ht, en 1G67, rendre un édit qui procura un état stable à cet établissement, dont le célèbre Lebrun, premier peintre du roi, eut la direction. Plusieurs salles ou galeries de cet établissement sont ornées de quelques figures en plâtre, de tableaux et de tapisseries anciennes et modernes. Outre une école de dessin, destinée aux ouvriers, il se fait chaque année, dans cette manufacture, un cours de chimie appliquée à la teinture.
Le public est admis dans les salles et ateliers de cette manufacture, tous les samedis après deux heures.
MANUFACTURE DES GLACES, située ruc de Reuilly, quartier des Quinze-Vingts, au faubourg Saint-Antoine.
La France était tributaire de Venise, d'où elle tirait toutes ses glaces, lorsque Eustache Grandmont et Jean-Antoine d'Autonneuil obtinrent, le l^' août 1654, le privilège de fabriquer des glaces et miroirs à Paris. Cette entreprise, qui n'était qu'une spéculation financière, languissait. En 1666, Colbert donna à cette manufacture une consistance qu'elle n'avait jamais eue, l'érigea en manufacture royale, et fit construire les vastes bâtiments qu'elle a occupés jusqu'en 1830 dans la rue de Reuilly. En 1688, Lucas de Néhon inventa la manière de couler les grandes glaces : leur coulage s'exécutait à Saint-Gobain, d'où on les envoyait brutes à Paris. Là, on leur donnait le poli et le tain.
AQUEDUCS, FONTAINES ET POMPES. J'ai parlé de trois aqueducs destinés à embellir les fontaines publiques et particulières de Paris, de l'aqueduc du pré Saint-Gervais, et de celui de BelleviUe. J'ai parlé de la pompe de la Samaritaine; enfin, j'ai fait mention aussi de la construction de l'aqueduc d'Arcueil. Ces trois aqueducs et cette pompe ne pouvaient plus suffire à alimenter les fontaines existantes; elles tarissaient de toutes parts par les vices de l'administration. Depuis l'an 1634, l'usage s'était établi de gratifier de quatre lignes d'eau chaque prévôt des marchands et chaque échevin qui sortaient de charge. Ces générosités renouvelées faisaient tarir les fontaines. Alors l'administration, révoquai^ la plupart des concessions faites à des particuliers; puis on recommençait à faire de nouvelles concessions, et même on établissait fastueusement de nouvelles fontaines, sans s'embarrasser si elles pourraient être alimentées. Au mois de mai 1669, on procéda à une nouvelle distribution des eaux de Paris,
482 HISTOIRE DE PAUIS
ce qui n'empêcha pas les fontaines d'être encore dans un état languissant, lorsqu'on imagina un nouveau moyen de les alimenter.
POMPE DU PONT NOTUE-DAME, coutiguë à cc pout du côté d'aval. Daniel Jolly, chargé de la direction de la pompe dite la Samaritaine, proposa, en 1669, d'établir au pont Notre-Dame une machine semblable. 11 se chargea d'élever trente à quarante pouces d'eau de la rivière, pour la somme de 20,000 livres. Le 27 février 1670, ces propositions furent adoptées. A peine ce marché fut-il conclu, qu'un autre mécanicien, nommé Jacques Demance, présenta le projet d'une seconde machine, composée de huit corps de pompe, qu'il devait placer audessus du même pont Notre-Dame. Il promettait d'élever cinquante pouces d'eau au 15 avril suivant, et demandait 40,000 livres. Le 21 mars de cette même année, ces propositions furent admises : Demance remplit avec exactitude tous ses engagements. Daniel Jolly, en 1671, termina son mécanisme. Par l'effet de ces deux machines hydrauliques, le volume des eaux de Paris fut augmenté de quatre-vingts pouces.
On établit ensuite plusieurs fontaines. Voici les plus importantes. Celle de Saint -Michel , à l'extrémité supérieure de la rue de la Harpe (1682); celle des Cordeliers, entre la rue du Paon et le passage du Commerce (1682 — 1717); celle de Sainte- Avotje (1682); celle de Lahrosse, au coin des rues de Seine et Saint-Victor (1686 — 1678); celle de Montmorency {il i'^)-^ celle de Saint- Martin, au coin de la rue du Vert-Bois (1712); celle de Garanciëre (1715—1818); celle Bas-Froid, à l'angle de la rue de Charonne (1671); celle de Saint-Benoit, place Cambrai (1624.
poNT-noYAL, qui communique des quais du Louvre et des Tuileries aux quais d'Orsay et de Voltaire. J'ai parlé du bac qui servait à la communication du Pré-aux-Clercs aux Tuileries, et du Pont Barbier qui fut, en 1632, substitué à ce bac. Ce pont fut, le 20 février 1640, entièrement emporté par les glaces. Louis XIV ordonna qu'il serait reconstruit en pierres et à ses dépens. Les premières fondations furent posées le 25 octobre 1685. Mansard et Gabriel fournirent les dessins de cette construction, mais l'inspection et la conduite en furent confiées au dominicain François Romain. Ce pont fut fondé sur pilotis avec enrochement (1).
CAFÉS. En 1669, Soliman-Aga, ambassadeur de la Porte auprès de Louis XIV, introduisit l'usage du café à Paris. Quelques années après, un nommé Pascal, Arménien, établit un café à la foire Saint-Germain. Le temps de la foire écoulé, il transporta son établissement au quai de l'École, et attira un concours assez considérable d'amateurs. Il eut un succès que ne purent obtenir ceux qui le remplacèrent. La mode du café commençait à passer, lorsqu'un Sicilien nommé François Procope la remit en vigueur. A l'exemple de Pascal, il s'établit d'abord à la foire Saint-Germain, orna magnifiquement son établissement, attira beaucoup de monde par la bonne qualité du café qu'il servait : puis, vers Tan 1G89, il fixa sa demeure dans la rue des Fossés-Saint-Germain, en face du théà-
(1) 11 se compose de cinq aichos à plein cinlie, dont le diamètre moyen est de 22 mèlrcsj sa largeur, entre les têtes, est de 17 mètres, et sa longueur totale, entre les culées, de 128.
sous LOUIS XIV. %h:\
lii'clo la Coinôdie-lM'aiu:aise. Ce voisinage y attira plusieurs auteurs draniali- • jues et autres gens de lettres : il devint le plus célèbre calé de l*aris. Cepen- «laut les succès de Procope iirent naiire plusieurs établissements de ce genre. Le cale de la Uégence, situé sur la place du Palais-lloyal, obtint une grande celébrilé, surtout à cause des joueurs d'écliecs (jui le rréijuentaient.
Les élabiisscments se nHil(ii)Iièrent, et sous le règne de Louis \V on en comptait plus de six. cents à Paiis. On l'ait aujourd'hui monter ce nombre à [)rès de (piatre mille.
SPECTACLES. La scèiic française, protégée par le cardinal de Uiclielieu, avait déjà, sous le règne précédent, fait de grands et rapides progrès; la tragédie, illustrée par Rotrou, et surtout par Corneille, atteignait, à quelques égards, les limites de la perfection. Molière tira la scène comique de l'état d'obscurité où elle avait toujours langui avant lui. Aux grossières bouironneries, aux farces licencieuses succéda la vraie comédie, soumise à des règles certaines, la comédie à caractère.
Paris, sous le règne de Louis XIV, eut plusieurs théâtres : ceux de l'hôlel de Hourgogney du Palais-Royal, du PetU-Bourbon, de la rue Guénégaud et de l'Opéra; mais ces théâtres ne servirent qu'à trois espèces de speclacles : les Français, les Italiens et VOpéra. On va voir quels événements se rattachent à leur histoire.
THÉATUE DE l'hotel DE BOURGOGNE, situé Fuc Mauconscil. Lcs coofrères de la Passion qui conservaient toujours sur ce théâtre leur prééminence et leurs anciens droits furent supprimés par un édit de 1677, et les revenus du théâtre furent unis à l'Hôpital-Général, pour être employés à la nourriture et à l'entretien des enfants trouvés.
A partir de 1659, ce théâtre fut occupé par une troupe italienne. Dans cette ti'oupe, deux acteurs se firent une réputation distinguée : Tiberio Fiorelli, surnommé Scaramonche (i), et Dominique, qui remplissait les rôles à' Arlequin, Scaramouche, arrivé à Paris, fut présenté à Louis XIV; dès qu'il fut en présence du jeune prince, il laissa tomber son manteau, et parut en costume de son personnage, avec son chien, son perroquet et sa guitare. Alors, s'accompagnant de cet instrument, il chanta deux couplets italiens, ou son perroquet el son chien, qu'il avait dressés, firent leur partie. Cet étrange concert plut beaucoup au roi, qui conserva pour Scaramouche une sorte d'affection. Depuis, cet acteur devint à la mode.
L'arlequin Dominique, plus instruit et plus considéré que son confrère Scaramouche, excellait dans ses rôles. Sous le masque, il brillait par des traits d'esprit, de naturel, d'originalité, et par une gaîté qu'il communiquait facilement aux spectateurs. Hors du théâtre, c'était un autre homme : il se montrait sérieux et même mélancolique : cette alternative de caractère a été souvent remarquée dans ceux qui font profession d'amuser les autres.
Les Italiens jouaient des pièces françaises; les comédiens nationaux prêteur dirent qu'ils n'en avaient pas le droit. Le roi voulut être le juge de ce dilTé-
(1) Le ScfiranioKche devait olre Napolitain ; le P<7W/r//o//, Vénitien ; le noctrur,WiAu\v^\?'\V .4ilc- *jnirt^ ainsi que le Mrze/i/f, devaient élre nés dans la Lnniliaidie.
484 HISTOIRE l)K PAIUS
rend. Baron, célèbre acteur des comédiens français, se présenta pour défendre leur prétention, et Dominique vint pour soutenir celle des Italiens. Après le plaidoyer de Baron, Dominique dit au roi : « Sire, comment par /erai-je? — Parle comme tu voudras, répondit le roi. — Il n'en faut pas davantage, dit Dominique, j'ai gagné ma cause. » On assure que cette décision, quoique obtenue par surprise, eut son effet, et que depuis, les comédiens italiens jouèrent des pièces françaises.
Ces comédiens conservaient encore le cynisme des spectacles du temps passé; leurs pièces, outre des indécences, intéressaient les spectateurs par des portraits malins, facilement applicables à des personnes puissantes. On ne les joue pas impunément. Les Italiens étaient sur le point de donner au public une pièce intitulée la Fausse Prude; madame de Maintenon se crut désignée sous ce titre, et la disgrâce des comédiens fut résolue. Au mois de mai 1697, un ordre du roi fit fermer leur théâtre, les scellés furent apposés sur toutes ses portes. Ces comédiens se présentèrent devant le monarque pour lui faire des représentations. Il leur répondit : Vous ne devez pas vous plaindre de ce que le cardinal Mazarin vous a fait quitter voire pays ; vous vîntes en France à pipd, et maintenant vous y avez gagné assez de bien pour vous en retourner en carrosse. Les Italiens ne purent répliquer; ils se retirèrent dans leur pays. Peu de temps après la mort de Louis XIV, le régent fit venir une nouvelle troupe d'Italiens, qui, comme la précédente, occupa l'hôtel de Bourgogne.
Ce théâtre ne servait pas seulement aux Italiens : des comédiens français y jouaient alternativement. Le tltéâtre du Marais ayant été fermé et démoli en 1673, les acteurs de la troupe qui l'avait occupé, dont plusieurs étaient distingués par leurs talents, et qui jouaient avec succès les tragédies de Corneille, se réunirent en partie aux comédiens français de l'hôtel de Bourgogne. En 1680, la troupe française de ce théâtre fut, par lettres du roi, réunie à celle de l'hôtel de Guénégaud.
THÉÂTRE DU PETiT-BOUUBON, placé daus l'hôtcl qui avait appartenu au connétable de Bourbon, hôtel situé près du Louvre, démoli en grande partie en 1525, et dont il ne restait que la chapelle et une vaste galerie. Dans cette galerie on avait dressé un théâtre où lia cour donnait des fêtes, des ballets où les princes et Louis XIV lui-même, dr.ns sa jeunesse, venaient danser publiquement. En 1660, pour agrandir la place du Louvre et construire sa façade, on démolit la galerie de l'hôtel du Petit-Bourbon.
TROUPE DE MOLIÈRE. Le Cardinal de Richelieu, en établissant deux théâtres dans son hôtel, en protégeant les acteurs, avait mis la comédie en honneur. Des jeunes gens de Paris, doués de quelques talents, à la tète desquels était Molière, entreprirent de former une troupe de comédiens ambulants. Ils firent, en 1650, dresser un théâtre dans le jeu de paume de la Croix-Blanche, rue de Bnssy, faubourg Saint-Germain. Ils lui donnèrent le titre de Théâtre illustre. Après y avoir joué pendant trois ans, cette troupe parcourut les provinces, et revint à Paris en 1658. Sur un théâtre dressé au Louvre, dans la salle des gardes, Molière et sa troupe débutèrent le 24 octobre de la même année, en présence de Louis XIV, par ISicomrde et les Dortrurs amoureu.t. Le roi, safisfin'l dos acteurs,
sous LOUIS \1V. ',S)
leur accorda l'iiùlcl du PetU-liawbon donl je viens de |)arler, où, le :i novcrnhre suivant, ils débutèrent par CEtourdi aile Dépit (unourcux. Vax Kîdt), riiôlcl du Petit-Bourbon devant (^tre démoli, la (roupe de Molière lut placée au théâtre du l*alais Royal.
TiiK.vTiiE DU PALAis-uoYAL. Le tliéiltrc public du Palais-Uoyal lut, en KKH), accordé par Louis XIV à iMolière et à sa troupe, qui y débutèrent le 5 novend)re de cette même amiée. Après ce bienfait, le roi gralilia Molière d'une pension de six mille livres, et voulut qu'il fût le chef de sa troupe. Molière remontra au roi qu'il aimait mieux être l'ami de ses camarades que de riscpier, en devenant leur supérieur, de les avoir pour ennemis. La pension fut donnée à la troupe entière, qui reçut le litre de troupe royale.
Ce théâtre, déjà illustré par les productions immortelles des Corneille, des Racine, des Molière, et même par les talents alors extraordinaires des acteurs Montlleuri, Lenoir de la Torillière, la Tuillerie, Baron, etc., se soutint avec un éclat toujours croissant jusqu'à la mort de Molière, arrivée le 17 février 167;L Après la mort de Molière, ce théâtre fut destiné au spectacle appelé O/^cVrt, dont je parlerai bientôt.
THÉÂTRE J)E l'iiotel DE GUÉNÉGAUD. La troupc royale, par cette mort et par la nouvelle destination du théâtre du Palais Royal, fut affligée, déconcertée, et réduite à chercher, dans différents quartiers de Paris, un lieu convenable à son spectacle. On voit qu'en novembre de la môme année 1673 elle jouait dans un local de la rue Mazarine, et sans doute dans le jeu de paume du Bel-Air, où l'opéra avait pris naissance. Bientôt après, la troupe royale éleva un théâtre dans le voisinage, rue Guénégaud, dans l'hôtel de ce nom, et y débuta par la tragédie de Phèdre et par le Médecin malgré lui.
Lorsqu'en 1674 on s'occupa de l'agrégation du collège de Mazarin aux collèges de l'Université, les docteurs de Sorbonne exigèrent, comme condilion préliminaire, que le théâtre de la rue Guénégaud fùl transféré ailleurs. Malgré les plaintes du clergé la troupe royale se maintint dans- l'hôtel de Guénégaud; et le roi par ses lettres du 22 octobre 1C80, réunit à cette troupe les comédiens français de Ihôtel de Bourgogne, l^année suivante, un règlement (ixa le sort de ces acteurs.
La troupe, par cette réunion, devenue nombreuse, chercha un emplacement plus spacieux que celui de l'hôtel Guénégaud : le loi, par arrêt de son conseil en 1688, autorisa les comédiens français à s'établir dans le jeu de paume de VEtoile, rue des fossés-Saint-Germain. Ils y tirent construire une salle sur les dessins de François d'Orbay, ainsi qu'une maison contiguë, dont ils avaient aussi acquis l'emplacement. Cette troupe, sous le titre de comédiens ordinaires du roi^ resta dans cette salle jusqu'au temps de Pâques 1770, époque où l'insulTisance et le peu de solidité de son bâtiment l'obligèrent à quitter ce lieu pour aller jouer sur le théâtre du palais des Tuileries, en attendant qu'une salle nouvelle leur fut construite.
Paris vit, pendant ce règne, se (brmer plusieurs troupes de comédiens, telle que celle de mademoiselU^ de Monl|)er,sier, (pii, en ni(H, vini s'établir rue des Qualre-Venls, faubourg Saint-(;ermain , et (jui, ;qirès y avoir joué pendani i\\iv\
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(lues mois, lui obligée d'aller amuser la province. Une troupe de comédiens espagnols, amenée par Marie-Thérèse d'Autriche, jouait concurremment avec les Italiens sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne, et n'y faisait pas fortune; celte troupe fut obligée, en 1G72, de retourner en Espagne.
En 1662, le roi accorda au sieur Raisin, organiste à Troyes, la permission de jouer la comédie à la foire Saint-Germain, et de prendre le titre de troupe du Dauphin. Raisin étant mort en 1664, sa veuve maintint son spectacle, et Baron lit partie de ses acteurs. Mais Molière ayant obtenu un ordre du roi qui obligeait Baron à se réunir à la troupe royale, celle de la Raisin tomba en décadence.
TiiKATiiE DES MACHi>Es, situé au chàtcau des Tuileries. Louis XIV, voulant remplacer le théâtre du Pet il- Bourbon, qu'on venait de démolir pour élever la façade du Louvre, décida que dans la partie septentrionale du château des Tuileries sérail construite une salle de spectacle, destinée aux représentations des ballets et des comédies. En 1662, Vigaranie, machiniste du roi, fut chargé ('e faire exécuter sur ses dessins une salle qui servit peu à l'usage auquel on l'avait consacrée. Louis XIV avait alors renoncé à danser dans des ballets.
Sous le règne de Louis XV, cette salle fut mise a la disposition de Jean Servandoni, le plus ingénieux décorateur, le plus habile architecte de son temps. Il y donna, vers l'an 1730, des spectacles de décorations et de pantomimes. La dei^cente d^Énée aux Enfers, la Foret enchantée, tirée du Tasse, la représentation de Saint-Pierre de Rome, les Travaux d'Ulysse, etc., furent les scènes qu'il otYritaux yeux des Parisiens étonnés. En 1770, les comédiens français jouèrent sur le théâtre des Tuileries pendant l'espace de douze ans, comme je le dirai dans la suite.
OPÉRA ou ACADÉMIE lîOYALE DE MUSIQUE. Cc faStUCUX SpCCtacIe a SOUVCUt
changé de place. La reine Anne d'Autriche aimait passionnément les spectacles : môme pendant le deuil du roi son époux, elle y assistait, cachée derrière une de ses dames. Mazarin, qui commençait sa fortune, sentant le besoin de natter les goûts de cette princesse, fit venir en 1645, à grands frais, d'Italie, une troupe de musiciens de cette nation qui donna, pendant quelques années, ses représentations sur le théâtre du Petit-Bourbon.
Les troubles de la Fronde firent cesser les opéras et disparaître les chanteurs italiens; mais le goût de ces spectacles était resté. L'abbé Pierre Perrin, les maîtres de la musique de la reine, Lambert et Cambert, conçurent le projet de donner des opéras français : ils hasardèrent la représentation d'une pastorale, (|ui, en 1659, fut jouée à Issy : le roi y assista, et la pièce obtint son suffrage. Ce spectacle fut suspendu à la mort de Mazarin; mais, après un intervalle de quelques années, il reparut avec plus de succès.
L'abbé Perrin parvint à obtenir, en juin 1669, le privilège d'établir des opéras à Paris et dans les autres villes du royaume. Les trois entrepreneurs, manquant de machiniste, s'étaient associé le marquis de Sourdeac, renommé par quel- (jues connaissances en ce genre. Comme ce marquis avait fait plusieurs avances de fonds, il s'empara, pom* se récupérer, de toute la recette produite par un opéra. Le musicien Jean-Baptiste Lulli, surintendant de la musique de la chambre du roi, prolila de cette altercation pour solliciter le privilège accordera l'abhe
SOIS LOTIS XIY. 4S7
IVriiii. Il réussit; cl Louis XIV, par ik's lot Ires palnilcs du mois <lt' mars Hi72, poruiit à ce uuisiciiMi « d'élablir, y esl-ij dH, une Académie royale de Musique » daus notre l)Ouiie ville de Paris... pour y l'aire des représentations devaiil » nous, quand il nous plaira, des i)ièces de nmsi(pie qui seront composées tant » en vers rranc:ois qu'autres lanjiues étrangères.., pour eu jouir sa vie duranle..; » et, pour le dédommager des grands Irais (ju'il conviendra Taire pour lesdites » représentations, tant à cause des théâtres, machines, décorations, habits » qu'autres choses nécessaires, nous lui permettons de donner au public toutes » les pièces qu'il aura composées, même celles qui auront été roprcacntôea devant » nous...^ faisant très -expresses inliibitions et défenses à toutes personnes, de ' quelque qualité et condition qu'elles soient, même auxolTiciers de notre mai- » son, d'y entrer sans payer comme aussi de faire chanter aucune pièce entière » en musique, soit en vers françois ou autres langues, sans la permission par » écrit du sieur Lulli, à peine de dix mille livres d'amende et contiscatiou des » théâtres, machines, décorations, habits et autres choses...; et, d'autant que » nous l'érigeons sur le pied de celles des académies d'Italie où les gentilhom- » mes chantent publiquement en musique sans déroger, voulons et nous plaist que >' tous gentil hommes et damoiselles ^^wm-^w^ chanter auxdites pièces (t repré- » sentations de notre dite Académie royale, sans que, pour ce, ils soient censés dé- » roger audit titre de noblesse et à leurs privilèges. » Par ces lettres, le roi révoque et annuité le privilège qu'il avait accordé au sieur Perrin. Lulli établit d'abord son théâtre au jeu de paume du Bel-Air, près de la rue de Guénégaud , et en lit l'ouverture par les Fêtes de V Amour et de Bacchus^ spectacle où l'on vit danser plusieurs seigneurs de la cour.
Après la mort de Molière, arrivée le 17 février 1G73, le roi donna le théâtre du Palais-Royal , qu'occupait la troupe de ce célèbre comique, à V Académie royale de Musique; elle y est restée longtemps. La salle de ce spectacle, brûlée le 6 avril 1763, fut reconstruite et ouverte au public le 26 janvier 1770. Brûlée une seconde fois, le 8 juin 1781, elle fut reconstruite ailleurs.
ÉTAT PHYSIQUE DE PARTS
Les fossés, les murailles, les tours de Paris étaient, au commencement du règne de Louis XIV, dans un état de dégradation qui les rendait inutiles. En ^ 1646 on commença par démolir les murailles 'ai combler les fossés du côté de l'Université; mais les événements politiques suspendirent ces travaux. Au mois de mai 1659, le roi vendit les terres vagues de l'ancien fossé de la porte de Nesle, et on éleva sur cet emplacement, en 1661, le collège Mazarin, aujourd'hui Palais de l'Institut.
BOULEVARDS ET ACCUOISSEAIENT DE LENCEINTE SEPTENTKIONALE. DanS le^
premiers mois de l'année 1670, on travailla au grand mur du rempart de la porte Saint- Antoine, et l'on entreprit de planter d'arbres le boulevard qui s'étend depuis la porte Saint-Antoine jusqu'à la rue des Filles-du-Calvaire. Ce boulevard, qu'on nommait le Cours , fut revêtu de murs dans toute sa longueur qui est de six cents toises. l»ar arrêt du 7 juin 1670, la continuation du
*ùf
4H8 UISrOIUE DE l'AKIS
boukvard fut aulorisée depuis la rue du Calvaire jusqu'à la porte Saint-Martin.— En 1671, on abattit la vieille porte Saint-Denis, pour établir l'arc de triomphe dont j'ai parlé, et pour continuer le boulevard depuis la porte Saint- Denis jusqu'à la porte Saint-Itonoré.
Le mur du rempart et les plantations d'arbres, sur les boulevards, élaicnt poussés jusqu'à la porte Poissonnière, dite Sainte-Anne; et, pour l'exécution de ces projets, on avait démoli l'ancienne porte du Temple, lorsque le roi, par arrêt de son conseil du 4 novembre 1684, ordonna la reconstruction de cette porte au delà du rempart; et, par un autre arrêt du 7 avril 1685, fit enlever les terres, aplanir les buttes, et continuer le rempart et le cours plantés jusqu'à la rue Saint-Honoré.
Le rempart, sous Louis Xllï, s'élevait dans le quartier Saint-Martin, sur l'emplacement des rues Meslai et Sainte-Apolline : on retendit jusqu'au point où est aujourd hui le boulevard Saint-Martin. Ce rempart aboutissait ensuite à la rue Montmartre, entre la fontaine de cette rue et la rue des Jeûneurs, ou plutôt des Jeux-Neufs; il fut porté jusqu'à l'emplacement actuel du boulevard Montmartre, il gagna de là le boulevard actuellement nommé des Italiens, et s'étendit jusqu'à l'entrée de la rue Royale, où était la nouvelle porte Saint-Honoré. Ces données sulTisent pour faire connaître l'accroissement opéré sous Louis XIV et la différence entre l'enceinte de ce roi et celle de son prédécesseur.
BOULEVARD DU MIDI. Pendant qu'on bâtissait et plantait des remparts du côté du nord, on comblait les fossés, et on démolissait les portes de l'ancienne enceinte du côté du midi. On commença alors à planter d'arbres ces emplacements. Ces boulevards, appelés boulevards neufs, ne furent achevés qu'en 1761. BUTTE SALNT-iiOCH, située entre la rue Sainte-Anne et l'église Saint-Roch, à peu près au carrefour formé par la rencontre des rues des Moineaux, des Orties et des Moulins. Cette butte, si l'on en juge par les anciens plans de Paris, formait un groupe de deux ou trois monticules plus ou moins élevés, à la cime desquels étaient, au moins, deux moulins à vent. Quelques particuliers, pour tirer parti de son emplacement, entreprirent d'aplanir cette butte ; en 1667, ils ouvrirent douze rues, dont la plupart existaient déjà comme chemins, y firent construire des maisons, des hôtels, et n'achevèrent leurs travaux qu'en 1677. Ce quartier était autrefois appelé Gaillon, à cause d'un hôtel ainsi nommé, situé sur une partie de l'emplacement de l'église Saint-Roch. Il existait une porte de ville, appelée ^oorte Gaillon, qui fut démolie en 1700. Une rue qui aboutissait de l'emplacement de Yhôlel Gaillon à celui de la porte de ce nom , conserve encore la même dénomination. Par l'aplanissement de la butte Saint-Roch , le quartier Gaillon, qui n'offrait que des granges, des jardins et des terrains en culture, fut couvert de maisons, et procura à la ville de Paris un vaste accroissement.
QUAIS. On s'occupa aussi à construire, à élargir quelques quais, à y établir des ports et des abreuvoirs. La plupart étaient sans murs de terrasse. Le quai de Nesle , qu'on a nommé depuis quai Conti et quai de la Monnaie, ne s'étendait, en partant du Pont-Neuf, qu'un peu au delà de la partie occidentale de l'hôtel actuel des Monnaies. Ce quai était, du côté du faubourg Saint-Cermain, bordé par le grand hôtel de Nesle et [)ar le mur de clôture de ses jardins : cet hôtel
sous I.OIJIS \IV. 4«y
très-vaste fut, sons l.ouis XIV, nommé hôtel de ISerers , puis hôtel de Coati, siii" remplacement duquel lut construit, en 1771, l'hôtel des Monnaies. Li; l*-' juillet
1669, on ordonna la continuation de ce quai jus(iu'à la rue du Bac. — Kn ramu'o
1670, on construisit le mui> de terrasse du quai des Çhiafre-IS'aUons^ mur décoré de sculptures et des emblèmes et armoiries du cardinal Mazarin.
I.es quais des Orfèvres et de l'Horloge n'existaient point eu 1()()6. Ils ne lurent construits que trois années plus tard.
Le quai Le Pelletier^ qui du pont Notre-Dame conduit à la place de Grève, était, avant sa construction, occupé par des teinturiers et des tanneurs qui furent obligés, par un arrêt du 24 février 1673, d'aller s'établir au faubourg Saint- Marcel et à Chaillot. Un autre arrêt, du 17 mars suivant, porte qu'il sera établi sur cet emplacement un quai qui fera la prolongation du quai de Gèvres. Claude Le Pelletier, alors prévôt des marchands , fit commencer aussitôt les travaux, qui furent terminés en 1675. Ce quai, construit d'après les dessins de Pierre Bullet, était suspendu sur le bord de la Seine et soutenu par des piliers. 11 a été reconstruit en 1830. — La construction du quai de la Grenouillère, aujourdhni quai d'Orsay, fut ordonnée en 1704.
Sur le quai de l'École étaient deux ponts, l'un, sur le canal qui conduisait les eaux de la Seine dans les anciens fossés de la ville comblés depuis longtemps, et qui, au commencement du règne de Louis XIV, servait de route à un abreuvoir. L'autre pont, plus éloigné du centre de la ville, était dans l'alignement de l'ancienne façade du Louvre, du côté de Saint-Germain-l'Auxerrois. Il couvrait le canal par lequel les eaux de la Seine communiquaient aux fossés dont le château du Louvre était entouré.
En 1665, il fut permis aux sieurs de Bellefonds et de Pertuis d'établir deux ports sur la Seine, l'un entre le pont de la Tournelle et la forteresse de ce nom, le second entre la porte Saint-Bernard et le pont établi à l'endroit où la rivière de Bièvre se jette dans la Seine. Ces ports, construits en 1669, furent l'origine du Port-au-Vin. La Halle au Vin, établie en 1662 dans le voisinage de ces ports, à l'angle de la rue des Fossés Saint-Bernard et du quai de ce nom, leur donna une consistance durable.
ACCKOissEMENT DE PARIS. Cette ville contenait tous les mobiles propres à son accroissement : elle était la résidence de la cour, source de fortune et de pouvoirs. L'ambition y attirait la richesse, et celle-ci l'industrie, le commerce et tout ce qui les accompagne; les magistratures souveraines y faisaient afïluer, d'une grande partie de la France, les clients, les plaideurs et les témoins, les écoles nombreuses et plus distinguées qu'autrefois, les étudiants de toute espèce, les immenses dépôts littéraires, les académies, les bibliothèques, les cabinets curieux, y. appelaient les savants et les amateurs; la magnificence des édifices, des places, des jardins, les fêtes, les spectacles, les jeux et plusieurs jouissances faciles, en y augmentant la consommation, accroissaient le nombre des individus qui en tiraient leur existence. Les monastères, dont le nond>re s'était si prodigieusement accru sous les règnes de Louis XIII et de Louis XIV, occupaient une grande portion de la superficie de cette ville. Cette magnificence, ces plaisirs, ces raretés, ces établissements, presque tous accrus ou nou\elle-