CABACTÈRE DE CE RÈGNE
Le i^r septembre 1715, Louis XV, âgé de cinq ans , monta sur le trône de Louis XIV, qui avait, par son testament, prescrit un conseil de régence que Philippe duc d'Orléans , son neveu , devait seulement présider. Les dernières volontés de ce roi, comme autrefois celles de Louis XIII, furent méprisées. Le duc d'Orléans, le 2 septembre, vint au parlement se faire déclarer régent; et, le 12 du même mois, il y fît tenir un lit de justice où le roi, enfant de cinq ans, confirma la régence à ce prince. Le duc, afin de récompenser le parlement de sa complaisance pour lui, restitua à cette compagnie un droit dont elle était privée depuis quarante-deux ans : celui de faire des remontrances avant Tenregistrement des lettres patentes, édits et déclarations.
Les événements de la régence se réduisent à peu près à des intrigues de cour, à un commencement de conspiration ourdie par des prêtres et des nobles, à des scènes de libertinage, et au système de Law, cause immédiate de la banqueroute du gouvernement. Louis XIV avait laissé les finances dans l'état le plus déplorable : la dette publique s'élevait à deux milliards soixante-deux mil lions (1).
Le régent, dans cette situation, eut recours aux ressources déjà employées par les rois précédents. Le 12 mars 1716, il créa une chambre chargée de poursuivre les financiers de l'État et de les condamner à des restitutions arbitraires. Plusieurs de ces sangsues de la fortune publique subirent leur peine et payèrent des sommes considérables; d'autres y échappèrent, en achetant la protection de quelques puissants de la cour. Le régent n'obtint par ce moyen que de faibles résultats. Un écossais, nommé Law, vint alors proposer l'établissement d'une banque générale où chacun serait libre de porter son argent et de recevoir, en échange, des billets payables à vue. Cette banque offrait pour hypothèque le commerce du Mississipi, du Sénégal et des Indes orientales. Le régent adopta sans balancer ce projet qui n'était, dit-on, qu'un piège que le gouvernement anglais tendait à la France pour la ruiner, en lui enlevant son numéraire et ne lui laissant que du papier. Par éditdes 2 et 10 mai 1716, la banque fut étabfie, rue Vivienne, dans une partie du bâtiment de l'ancien palais Mazarin où en 1724 on plaça la bourse, qui depuis fut dépendante de l'hôtel du Trésor. Cette banque commença par émettre quarante millions d'actions. Alléchés par ses produits considérables, tous ceux qui possédaient de l'argent s'empressaient de l'échanger contre des billets. La rue Quincaynpoix fut d'abord le lieu où se faisaient
( 1 ) Le marc d'argent valait sous Louis XIV, 28 francs ; il a presque doublé aujourd'hui.
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les échanges; elle on devint fameuse, surtout à cause de la foule (jui s'y précipitait et des scènes burles(|ues dont elle fut le théâtre.
Quelques fortunes faites avec rapidité furent un exemple dangereux pour le public, qui se précipita avec une ardeur nouvelle dans la rue Quineampoix, pour y échanger son argent en papier, et sacrifier la réalité à des espérances. Le 4 décembre 1718, le régent érigea cet établissement en Banque royale, et le sieur Laiv en fut nommé directeur. Le ii7 du même mois, un arrêt du conseil défendait de faire, en argent, aucun paiement au-dessus de (iOO livres, ce qui rendit nécessaires les billets de banque, et en autorisa une nouvelle émission. Cet arrêt prohibitif amena des contraventions. « 11 y eut aussi des confiscations, » on excita, on encouragea, on récompensa les dénonciateurs; les valets trahi- .' rent leurs maîtres, le citoyen devint l'espion du citoyen. On se sacrifia mu- • tuellement comme dans un naufrage ou un incendie; le frère fut trahi par » le frère, et le père par le fils. » On fit de nouvelles émissions de billets qui, disait-on, étaient la monnaie invariable ; on discrédita l'argent, et l'on fit circuler le bruit que dans la Louisiane on avait découvert deux mines d'or. Le l^^f décembre 1719, on comptait 640 millions de livres en billets de banque mis en circulation. Le 11 de ce mois, on employa un nouveau moyen pour attirer à la banque tout ce qui restait en France d'espèces monnayées; il fut défendu de faire aucun paiement en argent au-dessus de 10 livres, et en or au-dessus de 300. La contrainte continua ce que l'avidité avait commencé. Ces moyens prohibitifs portèrent atteinte à la confiance ; on crut la faire renaître en élevant l'auteur de ce brigandage à la dignité de contrôleur général des finances, et en lui faisant abjurer le protestantisme qu'il professait.
Cependant la rue Quincampoix y trop resserrée pour contenir la foule qui s'y rendait, fut abandonnée : on transféra l'agiot dans la place Vendôme. « Là, dit Duclos, s'assemblaient les plus vils coquins et les plus grands sei- » gneurs, tous réunis et devenus égaux par l'avidité. » 11 ajoute que le chancelier, dont l'hôtel était situé sur cette place, incommodé du bruit qui s'y faisait, demanda et obtint que le marché des billets fût transféré ailleurs. Le prince de Carignan offrit son hôtel de Soissons, et fit construire dans le jardin une quantité de baraques dont chacune était louée 500 livres par mois. Le tout lui rapportait cinq cent mille livres par an. Il obtint une ordonnance qui, sous prétexte de police, défendait aux porteurs de billets de conclure aucun marché ailleurs que dans ces baraques.
Le prince de Conti, pour prix de sa protection accordée à la banque de Law, avait reçu de lui des billets pour des sommes énormes ; ce prince insatiable en demandait toujours. Law fatigué refusa enfin de le satisfaire. Le prince, piqué, envoya demander à la banque le paiement d'une si grande quantité de billets, qu'on en ramena trois ou quatre fourgons chargés de numéraire. Law s'en plaignit au duc d'Orléans; le prince de Conti fut fortement réprimandé, mais garda l'argent.
Ce lemboursement fatal à la banque fut suivi de plusieuis autres. En 1719, des marchands anglais et hollandais ayant acquis à bas prix des sommes considérables en billets, se firent rembourser par la banque, et emportèrent hors
de France plusieurs centaines de naillions en numéraire. D'autres étrangers, en 1720, employèrent le même manège, obtinrent le même succès, sortirent du foyaume des sommes immenses en valeur métallique pour du papier qu'ils y laissaient. Dès lors le crédit de Law et de sa banque fut fortement ébranlé ; le mécontentement éclata. Pour calmer les esprits, le régent destitua , en mai I7ii0, cet intrigant de sa fonction de contrôleur général , mais il lui conserva sa place de directeur général de la banque et de la compagnie des Indes.
Les billets de la banque étaient hypothéqués sur des établissements à faire aux rives du Mississipi, en Amérique. Pour les peupler, on fit arrêter tous les mauvais sujets de Paris , et des filles perdues détenues dans les prisons. On abusa bientôt de cette mesure. Sous le prétexte de saisir des vagabonds pour les envoyer au Mississipi, on enleva une quantité d'honnêtes artisans, des fils de bourgeois que les archers tenaient en chartre-privée, dans l'espoir de leur vendre leur liberté et d'en tirer de fortes rançons. Le peuple, indigné, se révolta, battit, tua même quelques archers. Le ministère, intimidé, fit cesser cette odieuse persécution.
Les diverses tentatives que fit le gouvernement pour soutenir Law et sa banque ne contribuèrent qu'à en accélérer la chute. Un édit du 21 mai 1720 ordonna la réduction graduelle, de mois en mois, des billets et des actions de la compagnie des Indes. Cette mesure mortelle pour la banque fut révoquée vingt-quatre heures après ; mais le coup était porté, les remèdes ne pouvaient qu'aggraver le mal. L'indignation s'empara de tous les porteurs de billets. Law, très-poltron, demanda des gardes ; on lui en accorda.
Le régent, voyant que tout le monde était mécontent, voulut aussi le paraître. Il dépouilla Law de sa place de directeur de la banque, en chargea le duc d' Antin son ami, et adjoignit à cette administration financière quelques conseillers du parlement. Le 15 juillet, Law, plus effrayé que jamais, se réfugia au Palais- Royal, où résidait le régent. Le peuple, justement mécontent, remplissait les cours de ce palais, demandant à grands cris la mort de l'imposteur qui avait causé sa ruine. Dans cette émeute périrent plusieurs personnes étouffées par la foule, ou qui s'étaient suicidées par désespoir. Trois cadavres furent retirés des cours du Palais-Royal, et la mère du régent nous dit froidement : Mon fils n'avait cessé de rire pendant ce brouhaha.
Presque tout le numéraire était sorti de France; les finances de l'État avaient disparu. Un très-grand nombre de familles, autrefois dans l'aisance, pour s'être confiées au gouvernement, se virent tout à coup plongées dans la misère. Le régent garda Law dans son palais pendant tout le mois de décembre de cette année; puis il le fit conduire secrètement dans une de ses terres, située à six lieues de Paris. Des princes enrichis par son système, en lui fournissant des relais, favorisèrent son évasion. Il se rendit à Rruxelles, de là à Venise, où peu d'années après il termina une vie maudite par tant de Français, victimes de ses friponneries.
Après la fuite de Law, le régent fit tenir un conseil de régence, où il fut constaté qu'il y avait dans le public pour deux milliards sept cents millions de billets de banque, sans qu'on pût justifier que cette somme immense eût été
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émise en vertu d'ordonnances. Le réiient, poussé à bout, avoua que Law eu avait émis pour douze cenfsfni/liojts au delà de ce qui était fixé par les ordonnances, et que, la chose étant laite, il avait mis Law à couvert par des anôts du conseil qui ordonnaient cette augmentation, arrêts qu'on avait eu soin d'antidater. Dans cette séance du conseil, où le duc de Bourl)on et le régent jouèrent, dit Duclos, un très-mauvais rôle, il ne fut pris aucune mesure pour remédier au mal.
Malgré une conspiration dirigée contre le régent, malgré la guerre qu'en 1719 la France eut à soutenir contre TKspagne, malgré la rébellion de quelques nobles de la Brelagne, la régence du duc d'Orléans, si on la compare à celles des minorités de Louis XIll et de Louis \IV, fut très-calme. La cause de cette diflerence ne peut être attribuée qu'aux progrès des lumières et au changement heureux opéré dans le caractère des nobles, dont l'esprit de révolte fut sévèrement contenu pendant le long règne de ce dernier roi, qui ne leur laissa que de vains titres, l'exercice restreint de leurs droits seigneuriaux sur le peuple des campagnes, et leurs habitudes de courtisans.
Cependant Louis XV, faible enfant et d'une santé débile, faisait craindre aux Français et espérer à quelques intrigants de cour sa mort prochaine. L'événement trom[)a ces craintes et ces espérances : il acquit, par l'exercice, une santé robuste; mais son instruction fut très-imparfaite. Le 11 juin 1726, Louis XV, qui avait à peine seize ans, déclara qu'il voulait gouverner par lui-même; toutefois ce n'était qu'un prétexte pour congédier le duc de Bourbon, premier ministre, qui fut depuis exilé; et Ton nomma à sa place le précepteur de ce roi, ancien évêque de Fréjus, depuis nommé cardinal de Fleury. Il fut créé principal ministre; et, quoique âgé de soixante-treize ans, il prit les rênes de l'État et le gouverna pendant dix-sept ans avec assez de succès.
Le règne de Louis XV, souillé par des persécutions, par des débauches, par un espionnage excessif, par une frivolité ridicule, fut aussi illustré par des hommes de génie, par des découvertes dans les arts et dans les sciences. 11 fut également signalé par les scènes horribles des convulsions, par les dissensions, connues sous le nom de billets de confession, par l'assassinat du roi et par l'expulsion des jésuites. — Louis XV, dans sa jeunesse, donnait aux Français de flatteuses espérances : des mœurs douces et régulières, quelques actes d'humanité, lui acquirent l'amour de ses sujets; mais ce prince timide et d'un faible caractère, ne put longtemps résister aux séductions des courtisans : il en fut la victime; la débauche devint chez lui une habitude. Des seigneurs de la cour, craignant que ce roi ne renonçât à ses désordres, ne rougirent pas de partager avec des valets, et de remplir avec empressement, auprès de ce prince, le plus vil des emplois.
Ce roi céda, pour ainsi dire, le gouvernement de la Fiance à une de ses maîtresses, Antoinette Poisson, qui devint marquisc.de Pompadour, et qui, pendant dix-huit ans, depuis 1745 jusqu'en 1764, époque de sa mort, fut l'arbitre des destinées de la France. A beaucoup d'amabilité elle joignait de l'esprit et des talents; mais elle gouverna en femme, et en femme sans cesse agitée par la peur de voir s'évanouir son influence sur l'esprit du roi. Cette peur lui fit commettre
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des fautes graves. Elle confia à ses seuls partisans des emplois importants dont ils s'acquittèrent mal. Elle persécuta, avec un acharnement tout féminin, des ennemis peu redoutables qu'elle aurait pu s'attacher par des bienfaits. Les prisons en furent remplies ; et la police, pour calmer ses frayeurs, devint plus que jamais active et cruelle.
Aux transports de la joie la plus vive, la plus sincère, que les Parisiens firent éclater lors de la convalescence de Louis XV à Metz, et qui lui valut le titre de bien-aiméj succédèrent, dès que les dérèglements de ce roi furent publics, le mécontentement et les plaintes : un jour qu'il se rendait à l'Opéra, au lieu d'acclamations flatteuses, il ne recueillit qu'un morne silence. Louis XV ne profita point de cette leçon, mais en fut vivement affecté : il resta longtemps sans aller à Paris. Lorsqu'il y reparut, quelques années après, il fut salué par ces cris multipliés : du pain! du pain! La disette tourmentait les Parisiens, qui savaient que ce roi faisait le commerce des grains et contribuait à leur cherté.
Les courtisans éloignaient de Louis XV tout ce qui aurait pu le ramener à la vertu, et réveiller en lui des sentiments de bienfaisance; ils firent, dans un temps de disette, enlever du château de Choisy un tableau qui représentait un empereur romain distribuant du pain aux pauvres. Ils craignaient que le roi ne fût tenté d'imiter ce bon exemple. La tranquilUté de Louis XV n'était pas entière. Ses opinions religieuses, auxquelles il tenait de bonne foi, luttaient sans cesse avec ses dérèglements condamnés par la religion. Ces deux affections ennemies le troublèrent pendant quelque temps; mais il parvint à les accorder.
La nature avait doué ce prince d'un esprit assez pénétrant. « Personne, dans » tout son conseil, lit-on dans les Mémoires du duc d'Aiguillon, n'avoit le coup >) d'œil plus sûr, ne parloit mieux et en moins de mots, ne formoit et ne réunis- « soit un avis avec plus de sagacité et de précision que le roi. » Mais ces qualités précieuses furent altérées par l'abus des jouissances, abus qui fit aussi évanouir tout ce qu'il possédait de sensibilité. Il considéra d'un œil sec le convoi funèbre de sa favorite, la marquise de Pompadour.
A c^tte maîtresse succéda la Dubarri, qui acheva d'avilir la cour de Louis XV. Cette cour était peuplée de ministres, de courtisans corrompus et sans pudeur; ils portèrent le roi à un acte de tyrannie que Louis XIV, tout despote qu'il était, n'aurait pas osé entreprendre : ils lui firent dissoudre les parlements dont Tautorité présentait l'unique barrière élevée entre les sujets et la tyrannie ministérielle. Cette révolution étrange s'opéra dans les années 1770 et 1771. Les parlements furent remplacés par des conseils supérieurs, dont les membres sevviles devinrent l'objet du mépris général.
Louis XV possédait de grands avantages extérieurs : un beau caractère de tête et une stature élégante et noble. Faible et languissant dans son jeune âge, il acquit la force du corps par les fréquents exercices de la chasse : sa santé devint vigoureuse. Ses débauches portèrent plus d'atteintes à son moral qu'à son physique : il en était insatiable ; mais une de ces jeunes filles dont il peuplait son sérail, portant dans son sang le germe de la petite-vérole, communiqua cette maladie au roi, qui mourut le 10 mai 1774.
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(ORIGINE ET PROGRÈS DBS CONVULSIO^S; AFFAIRE DES BILLETS DE CONFESSION; ASSASSINAT DE LOUIS XV; EXPULSION DES JÉSUITKS.
Le (ils d'un conseiller au parlement, François Paris, fut le premier auteur de cette monomanie qui signala un moment le rèj^ne de Louis XV, sous le nom de convulsionnaires. 11 commença [)ar se faire diacre, mais, par humilité, il no voulut jamais arriver à la prêtrise, et bientôt il se retira dans une maison du faubourg Saint-iMarcel. Là, livré à la pénitence et à des actes de charité, il soulageait les pauvres et les instruisait. Cet homme simple, paisible et bienfaisant, mourut le l»'" mai 1727. Sa mémoire, vénérée, n'aurait guère franchi les bornes de l'humble quartier où il s'était retiré, quand, par l'elfet des circonstances, son nom obtint après sa mort une célébrité dont il n'avait point joui pendant sa vie. 11 mourut dans le temps où les jansénistes, appelant de la bulle Vniyenitus, gémissaient sous la plus rigoureuse oppression.
La ménioire du diacre Paris était chère à ces hommes persécutés : il avait partagé leurs opinions et leurs maux; il s'était distingué par des vertus modestes et utiles; ils l'honorèrent comme un saint. Sa tombe, placée dans le petit cimetière de l'église Saint-Médard, visilée par quelques personnes qui l'avaient connu et admiré, devint le but de leurs prières. Du nombre de ces zélés admirateurs, se trouvaient quelques jeunes filles, qui éprouvèrent des convulsions en priant Dieu sur cette tombe : bientôt ces convulsions devinrent contagieuses. Les zélés du parti, par conviction ou par fraude, crurent ou firent croire que cet effet, tout naturel, émanait de la puissance divine, était un miracle. Mais bientôt des hommes spéculèrent sur les convulsions, et voulurent s'en faire une arme contre leurs persécuteurs. Une société de convulsionnaires s'établit, se donna une organisation, des chefs, des employés subalternes, des règlements, et elle eut, comme toutes les sectes, ses schismatiques, ses fidèles croyants, son charlatanisme et ses martyrs.
Un prêtre du diocèse de Troyes, Pierre Vaillant, condamné en 1728 à être banni du royaume, parvint à se soustraire à cette peine, et s'immisça parmi les convulsionnaires de Saint-Médard. L'intérêt qu'inspirait son titre de persécuté lui valut celui de chef d'un parti, dont les membres reçurent l'appellalion de vaillantistes. Vaillant publiait dans ses discours que le prophète Élie était ressuscité, et qu'il reparaissait sur la terre pour convertir les juifs et !a cour de Home. D'autres prêtres, et notamment Jean-Augustin Housset, croyaient et publiaient que Vaillant était lui-même le prophète Élie. Cette opinion adoptée parmi le peuple des convulsionnaires, fit donner aussi aux partisans de cette secte le nom d'éliséens.
Pierre Vaillant, accoutumé aux persécutions, ne tarda pas à en éprouver de nouvelles. Sorti de la Bastille en 17*28, il y fut renfermé en 1734; et, après un séjour de vingt-deux ans dans cette prison, on le transféra dans celle de Vincennes, où il termina ses jours. Jean-Augustin Housset, qui passait pour le disciple de Vaillant, éprouva un sort pareil, et fut arrêté en l'année 1745 : renfermé à la Bastille, après y avoir gémi pendant dix ans, il en sortit pour être exilé à
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Villeneuve-le-Koi. Alexandre Darnaud, ex-oratorien, figura sur la scène des convulsions, et dans le même temps se fit passer pour le prophète Enoch. Le gouvernement usa de son remède ordinaire, et fit enfermer ce nouveau prophète à la Bastille. Les sectes des vaillantistes ou éliséens étant éteintes, on en vit naître de nouvelles.
Un frère Augustin fut aussi chef de convulsionnaires. Il forma une secte séparée et méprisée des autres; les augustiniens^ enthousiastes outrés, exécutaient des processions nocturnes, et, la corde au cou, la torche au poing, allaient devant l'église Notre Dame faire amende honorable ; puis se rendaient sur la place de Grève, et bénissaient la terre de cette place, sur laquelle ils avaient la crainte ou l'espoir d'être exécutés à mort. Ces sectaires, pour le soutien de leurs opinions, étaient, dit-on, déterminés, les femmes a sacrifier leur honneur par la prostitution, et les hommes leur existence par le martyre.
Un autre chef de convulsionnaires se présente sur la scène ; c'est l'abbé Bécheran; il a le double avantage de diriger Vœuvre des convulsions, et d'en éprouver lui-même d'assez remarquables. Cet abbé était secouru dans la crise par une femme appelée Magnan; car les convulsionnaires avaient leurs secourisies^ comme je le dirai bientôt. Cette femme fut, en 1731, renfermée à la Bastille, et, dans le même temps, la prison de Saint-Lazare reçut l'abbé Bécheran, qui en sortit au bout de trois mois.
Aux vaillantistes et aux augustiniens dont j'ai parlé il faut joindre d'autres sectes. Les mélangisies se composaient de ceux qui distinguaient dans les convulsions deux causes qui produisaient, l'une des actes inutiles, puérils ou indécents; l'autre des actes divins ou surnaturels. Voici comment un des chefs de ce parti développe son opinion. «J'ai vu, dit-il, dans les convulsions une multi- '^ tude de circonstances qui paroissoient puériles, vaines, insipides ; il y en » avoit de rebutantes, de choquantes, d'autres pénibles. Au milieu de tout cela » se montroient, la plupart du temps, des choses édifiantes, grandes, lou- » chantes, inimitables, des représentations des mystères de Jésus-Christ et des » souffrances des martyrs, des gémissements sur les maux de l'Église, sur l'hu- » miliation de la vérité, etc. >
Les discernants étaient les voyants, les prophètes du parti, et débitaient, dans l'accès de leur délire, des paroles dépourvues de sens. — Les figuristes étaient des personnes qui, pendant leurs convulsions, représ)3ntaient les différentes scènes de la Passion de Notre-Seigneur ou du martyre des saints.— Les secouristes^ espèce de frères servants administraient aux convulsionnaires en scène les petits et les grands secours. — Les petits secours consistaient, lors de l'agitation des convulsionnaires, à prévenir leur chute, les dangers auxquels les exposaient leurs mouvements violents, et à ranger leurs vêtements très-souvent en désordre. — Les grands secours ou secours meurtriers s'administraient en frappant rudement les convulsionnaires, en les foulant aux pieds, en les martyrisant, etc. Tels étaient les chefs, les fonctions des convulsionnaires, et les sectes qui les ont divisés.
Le gouvernement ruinait, exilait, exposait au carcan, et plongeait pendant de longues années dans des prisons et des cachots ces malades d'esprit et de
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corps, il les réduisait au dôsospoir, cl rxaltail leur Ame an point (pi'à l'exemple des premiers chrétiens et des prolestants du seizième siècle ils bravaient leurs persécuteurs et les supplices. Le remède à un tel mal était rindilVérence et le ridicule.
Depuis le mois de mai 17i>7, épocpie de la mort de PAris, justpi'au mois d'août 17;]1, les exercices du cimetière de Saint-Médard éprouvèrent uik» proj^ression d'intérêt et de merveilles. D'abord il ne s'y était présenté (pie de jiMines filles qui eurent de simples convulsions. On se bornait à prier ce bienheureux, à se coucher sur sa tombe, à recueillir soigneusement la terre qui l'enviroimait.
Au mois d'août 1731, les convulsions prirent un caractère nouveau, un caractère d'atrocité qui ne s'y était pas encore fait remarquer. « Dieu changea » ses voies, dit un partisan de ces extravagances : il voulut, pour opérer la gué- •> rison des malades, les faire passer par des douleurs très-vives et des convul- » sions extraordinaires et très-violentes. » Alors commença à être mis en usage ce qu'on appelait, en langage convulsionnaire, les grands secours^ les secours meurtriers; et le cimetière de Saint-Médard fut converti en lieu de supplice; les secouristes devinrent des bourreaux, et aux crises d'une maladie réelle ou factice succédèrent les transports de la rage. Les jeunes filles convulsionnaires appelaient les coups, les mauvais traitements, et demandaient des supplices comme un bienfait. Elles voulaient être battues, torturées, martyrisées. Il semblait que l'exaltation du cerveau avait produit une révolution totale dans leur sensibilité : les douleurs les plus vives avaient pour elles les attraits de la volupté.
Le gouvernement, instruit de ces scènes horribles, employa, suivant sa coutume, pour les faire cesser, des moyens de force. Par ordonnance du 27 janvier 1732, il prescrivit la clôture du cimetière de Saint-Médard, lit placer à la porte des gardes chargés de repousser la foule. L'archevêque de Paris, Vintimille, interdit le culte du diacre Paris, et plusieurs convulsionnaires furent emprisonnés. Ce théâtre des convulsions étant fermé, il s'en établit plusieurs autres à Paris, dans des maisons particulières, dans les environs de cette ville et dans plusieurs provinces de France; grâce aux persécutions, ce mal contagieux se propagea. Alors, au lieu des réunions publiques, il s'en forma de secrètes. Le nombre des convulsionnaires s'accrut, leurs exercices acquirent un nouveau degré de cruauté, et il s'y mêla beaucoup de désordres. Le gouvernement, par ordonnance de mars 1733, défendit à toutes personnes atteintes de convulsions, de se donner en spectacle, de faire des assemblées dans des chambres et dans des maisons particulières, et aux non-convulsionnaires d'y assister. Par cette ordonnance on pouvait atteindre les personnes, leurs propriétés; mais on n'atteignait ni les opinions ni les maladies.
La persécution fortifia même encore longtemps cette déplorable secte. Le lieutenant de police Hérault, homme violent, irréfléchi, et agent formidable des jésuites, prenait, pour anéantir cette secte, des moyens qui la faisaient prospérer. Ses perquisitions portaient la terreur dans toutes les familles; ses nombreux agents pénétraient, même pendant la nuit, dans l'asile des citoyens, enfonçaient les portes, ne respectaient ni âge, ni sexe, pour découvrir les fauteurs
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des convulsions. Mais plus la police était rigoureuse et active contre les convulsionnaires, plus ceux-ci, pour éviter ses coups, redoublaient de précautions, de subtilité. Ce parti avait ses assemblées mystérieuses, ses auteurs, ses imprimeurs, ses colporteurs, etc., que la police découvrait quelquefois, mais qui échappaient le plus souvent à son inquiète surveillance.
Cependant, malgré ses nombreux agents, une feuille périodique intitulée les ISouvelles ecclésiastiques, s'imprimait et se distribuait assez régulièrement. Les assemblées clandestines n'étaient point interrompues, et les convulsions même les plus horribles étaient toujours en vigueur. Aucun des moyens qu'employait le gouvernement ne pouvait arrêter le cours ni diminuer les ravages de cette contagion. Le parti qui dirigeait les convulsionnaires était donc, par son nombre, son habileté et ses ressources, et surtout par sa discrétion, devenu une puissance que le gouvernement ne pouvait dominer, et qui luttait contre lui avec d'assez grands avantages. Ce parti se composait de tous ceux dont la bulle r/w/^e?2/Yw5 contrariait les opinions; il se composait encore des ennemis des jésuites, auteurs de cette bulle, et enfin de plusieurs de ceux qu'on a nommés jansénistes. Je ne raconterai pas toutes les scènes de folies, de cruautés et surtout d'horribles débauches dont les maisons où les convulsionnaires tenaient leurs assemblées furent le théâtre. Je renvoie pour plus de détails sur cette matière à l'ouvrage de Carré de Maugeron et du docteur Hecquet. Je ferai observer seulement que les convulsions ont duré, à Paris, trente-cinq ans, depuis le mois de mai 1727 jusqu'au mois d'août 1762, époque où la société des jésuites fut dissoute. Alors elles cessèrent avec la persécution dont ces pères étaient les instigateurs.
A l'affaire des convulsions s'en joignit une autre qui eut les mêmes causes, les mômes chefs, celle des billets de confession. Le cardinal et ministre deFleury, qui, par faiblesse ou impéritie, avait laissé aux jésuites semer la discorde et diriger les persécutions, mourut en 1743. L'archevêque de Paris, Vintimille, prélat pacifique, et qui faisait moins qu'il ne laissait faire, étant mort trois ans après, les jésuites parvinrent à lui donner un successeur plus agissant. Le sieur Bellefond, fanatique et partisan outré des doctrines jésuitiques, fut leur homme. Déjà de nombreuses lettres de cachet étaient fabriquées, et les prisons allaient, au gré des jésuites, s'encombrer de victimes, lorsque la mort du nouveau prélat vint subitement suspendre ces sinistres préparatifs. La gloire de les faire exécuter était réservée à son successeur, Christophe de Beaumont, homme de mœurs austères, dont l'opiniâtreté surpassait l'ignorance. On avait déjà projeté, du temps de l'archevêque Vintimille, pour ôter toute influence aux jansénistes, de leur interdire les fonctions sacerdotales et de forcer ceux qui leur accordaient confiance, à s'adresser, pour les livres de piété, à leurs ennemis, aux jésuites. On avait même résolu de n'accorder la communion, le viatique, qu'à ceux qui seraient munis d'un billet de confession., billet qui devait attester que le porteur avait réellement fait sa confession à un prêtre du parti jésuitique, à un prêtre partisan de la bulle. Christophe de Beaumont ordonna la stricte exécution de son mandement sur les billets de confession. Les curés, soumis à ses ordres, s'y conformèrent, et n'administraient point les sacrements à ceux qui
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n'exhibauMit point, le billot oxip'. Uo parltMiuMïl inicrviiit «laiis ces alTairos cl (UVs-lors sVniinnroa une lutte violente entre le clergé jésuiti(nie cf la ma^rjstrature.
Ue 18 avril 1752, le parlement rendit un arrôt, en forme de réf^lement, (pii détendait aux ecelésiastiques de refuser aux fidèles les saerements sous prétexte du défaut de billet de confession et de non acceptation de la bulle Vniqp/nHm, Cet arrêt, quoique le parlement en poursuivît l'exécution avec rif^aieur, fut sans elTet. Les prélats, partisans des jésuites, soutenaient que le parlement n'avait pas le droit de s'immiscer dans cette affaire. Le ministère chercbait à tempérer l'extrême irritation des deux partis, et n'employait que des moyens impuissants. Des lettres patentes du 22 février 1753, en ordonnant au parlement de surseoir à toutes poursuites sur cette matière devinrent un nouvel aliment de discorde. Ce tribunal refuse d'enregistrer ces lettres, et annonce qu'il fera des remontrances. Le roi déclare qu'il ne les entendra pas; et le 5 mai suivant, il donne de nouvelles lettres en forme de jussion, prescrivant l'enregistrement. Le parlement arrête, le 7 ^du même mois, qu'il ne peut^savs manquer à son devoir et à son serment y obtempérer auxdifes lettres en forme de jussion, ï,e 9 mai, le parlement est exilé; quelques-uns de ses membres sont emprisonnés; et le 9 novembre suivant, le roi crée une chambre roijale de justice pour remplacer le parlement : elle fut installée le 13 suivant dans le couvent des Crands-Augustins.
Après plusieurs démarches, le parlement, par une déclaration du roi du 2 septembre 1754, fut rappelé à ses fonctions; on annula toutes les procédures commencées, on imposa un silence absolu sur les matières de religion, et le parlement fut chargé d'y tenir la main. Cet accommodement ne contentait pas le clergé jésuitique. Le roi manda près de lui ses principaux membres, et leur dit : Je vous défends toute réponse à ce que je vais vous dire. Je veux la paix et la Iran.quillilé dans mon roijauine. Je vous ai imposé silence, ceux qui y contreviendront seront punis suivant les lois. Ces ordres laissaient toujours subsister la cause des dissensions: les jésuites en furent irrités. Les prêtres, qui leur étaient dévoués, continuèrent à troubler les consciences, et le parlement continua à réprimer leur zèle turbulent.
Des prédicateurs déclamaient publiquement contre les actes et les principes du parlement. Le feu de la discorde faisait des progrès alarmants pour la tranquillité publique. Le roi alors, par une déclaration du 10 décembre 1755, recommande à tous ses sujets « d'avoir pour la constitution (la bulle IJniycnitus) " le respect et la soumission qui lui sont dus, sans néanmoins qu'on puisse lui » attribuer la dénomination, le caractère et les effets de règle de foi. » Il prescrit de nouveau le silence sur cette matière, renvoie aux juges ecciésiasliijues la cormaissance des refus des sacrements, permet cependant aux magistrats de punir les auteurs de ce refus, et accorde une amnistie générale pour le passé. Cette déclaration, comme on s'en doute, ne satistit aucun des partis. Le roi, qui craignait moins d'oiïenser le parlement que les jésuites, vint au Palais trois jours après, et y tint un lit de justice. Il fit d'abord enregistrer la déclaration précédente, puis une seconde sur la police du parlement, enfin un édit portant suppression de chambres du parlement et des présidents des enquêtes. Plu-
r»li HISTOIRE l)i: l'AUIS
sieiirs membres de cette cour donnèrent volontiers leur démission. Ce lit de justice répandit la consternation, ne contenta personne et ne remédia point au mal.
Les jésuites n'avaient pas obtenu ce qu'ils demandaient; ils murmurèrent contre le roi, et formèrent sourdement une sainte ligue dans laquelle ils obligeaient leurs pénitents de s'enrôler. — Les prêtres, leurs partisans, continuèrent à refuser les sacrements aux malades dépourvus de billet de confession.
Au milieu de ces débats survint un événement d'une haute gravité. Le 5 janvier 1757, sur les six heures du soir, Louis XV, montant en carrosse et partant de Versailles pour aller souper à Trianon, se sentant frappé, s'écria : On m'a donné un furieux coup de poing. Puis, passant sa main sous sa veste, et l'ayant retirée ensanglantée, il dit : Je suis blessé; alors apercevant un individu qui gardait son chapeau sur la tête, il ajoute : Cest cet homme-là qui m'a frappé, qu'on l'arrêle^ mais qu'on ne le tue pas. L'assassin est arrêté. Le roi remonte dans ses appartements; il est saigné deux fois dans la soirée. Les chirurgiens reconnaissent que la blessure n'est pas dangereuse. Le coup de couteau, dirigé de bas en haut, n'avait pénétré dans les chairs que d'environ quatre travers de doigt. Robert-François Damiens, auteur de ce crime, et qui, depuis plusieurs heures, s'était placé sur le passage de Louis XV, dans le dessein de le poignarder, fut aussitôt saisi par les valets de pied du roi, et conduit dans la salle des gardes. On trouva sur lui le couteau dont il s'était servi, couteau à deux lames, l'une de forme ordinaire, et l'autre semblable à celle d'un canif. C'est de cette dernière lame que l'assassin se servit. On trouva aussi sur lui trente-sept louis d'or, et quelque argent blanc, et un livre intitulé : instructions et prières chrétiennes. Questionné, torturé horriblement dans la salle des gardes, il dit à plusieurs reprises : Qu'on prenne garde à monseigneur le dauphin. Pressé d'avouer ses complices, il déclara qu'«/s étaient bien loin, quon ne les trouverait plus; que s'il les déclarait, tout serait fini.
Le 18 février seulement, Damiens fut transféré à Paris, il fut enfermé à la Conciergerie et dans la tour de Montgommery, où avait autrefois été détenu Ravaillac. Son procès fut instruit par une commission composée de conseillers et présidents du parlement, auxquels s'adjoignirent, pour le juger, des pairs de France. Il fut, comme chacun sait, condamné à mort et exécuté le 28 mars 1757 sans qu'on ait jamais pu pénétrer le mystère du crime dont le roi avait été victime. A vrai dire, on s'accorda généralement à en faire peser la responsabilité sur l'ordre des Jésuites.
Les jésuites, auteurs de la bulle Unigenitus, source de tant de troubles et violemment soupçonnés d'avoir dirigé le poignard de Damiens ; les jésuites, trois ans après cet assassinat, virent leur domination déchoir. En 1761 le parlement en effet rendit un arrêt qui enjoignit aux jésuites de déposer au greffe un exemplaire imprimé des constitutions de leur société, notamment de l'édition publiée, en 1757, à Prague, et ordonna que ces constitutions seraient examinées, et qu'il en serait fait un rapport. Ce rapport ne fut pas favorable aux jésuites. Le G août de la même année, un arrêt de cette cour or-
SOlîS LOUIS W M.',
(loinia «lue k\s livres approuvés par celte sociélé de Jésus, contenaiil «1rs inaxiuies innnorales et subversives «le l'ordre établi, <- seraient lacérés et brûles eu la » cour du Palais, au pie«l «lu ^n'aud escalier, par l'exécuteur de la baule jusiice, " comme séditieux, destructiCs de tout priucipe de la moiaie cbrélieiuie, ensei- » gnant une doctrine meur-trière, non-seulement contre la sûreté et la vie des
• citoyens, mais même contre celles des persoimes sacrées des souverains. » Il l'ut fait défense aux jésuites d'enseigner dans les collèges, et aux sujets du j«)i de suivre leurs leçons. Le 29 août, le roi donna des lettres patentes qui ordonnent au parlement de surseoir pendant un an à l'exécution de l'arrêt du 6 août. Le [)arlemenl tit diverses remontrances sur ces lettres i)atentes. Le 28 novembre suivant, le conseil des dé()ècbes entendit le rapport des commis saires du conseil, chargés d'examiner l'institut et les constitutions des jésuites. Il fut décidé que les évèques ou archevêques (jui se trouvaient à Paris seraient chargés de prononcer sur ces quatre points :
1» Sur l'utilité des jésuites en France, sur les inconvénients qui peuvent résulter des ditVérentes fonctions qui leur sont confiées; 2" Sur leur conduite; sur leurs opinions contraires à la sûreté de la personne des souverains, sur la doctrine du clergé de France, contenue dans la déclaiation de 1G82; 3" Sur la subordination que les jésuites doivent aux évéques, et leurs entreprises sur les fonctions des pasteurs; 4" Sur le tempérament qu'on pourrait apporter en France à l'autorité du général des jésuites. Le 31 décembre, l'assemblée de ces l)rélats prit une décision; sur cinquante et un évèques qui s'y trouvèrent, (juarante-cinq se déclarèrent en faveur des jésuites : tant ce corps mourant inspirait encore de terreur.
Le parlement demanda aux bailliages et universités de son ressort des mémoires sur les établissements des jésuites dans leurs arrondissements: il en reçut un très grand nombre. Dans les uns, on se récriait sur la conduite et l'enseignement de ces pères; dans quelques autres, on prouvait que les jésuites ne s'étaient établis dans certaines villes qu'à la faveur de faux, d'impostures et même de violences. De nouveaux documents sur cette matière étant parvenu"^ au parlement, cette cour rendit, le 5 mars 1762, un arrêt qui ordonne que les passages extraits des livres des jésuites surtout des Sécréta monita seront communiqués à tous les évèques et archevêques de son ressort, qu'ils seront présentés au roi avec leur traduction; ces passages approuvés par la société jésuitique, contenaient une doctrine « dont les conséquences, porte cet arrêt,
• iraient à détruire la loi naturelle, cette règle des mœurs que Dieu lui-même » a imprimée dans le cœur des hommes, et par conséquent à rompre tous les » liens de la société civile, en autorisant le vol, le mensonge, le parjure, rhnjm- » reté la plus criminelle, et généralement toutes les passions et tous les crimes, par » l'enseignement de la compensation occulte, des restrictions mentales, du >• probabilisme et du péché philosophique; à détruire tous sentiments d'huma- » nité parmi les hommes, en favorisant Vhomicideai le parricide...,^ par l'ensei- » gnement abominable du régicide..., à renverser les fondements et la |)rati(|ue " de la religion, et à substituer toutes sortes de superstitions, en favorisant la » magiCy le blasphème et Vidolâlrie. »
•516 HISTOIKE DE PARIS
Au mois de novembre 1764, un édit du roi décida l'expulsion générale et définitive des jésuites. Dès-lors cessèrent les troubles, les iniques et longues persécutions dont ils étaient les auteurs; dès-lors cessa la fureur des convulsions, ou du moins ce qu'il en resta fut imperceptible; dès-lors s'évanouit la tyrannie qu'ils exerçaient sur les consciences en exigeant des billets de confession, ainsi que cette puissance occulte et colossale qui dominait les rois, leurs conseils, la plupart des magistrats et la nation, ou qui aspirait à les dominer.
Cependant les jésuites ne perdirent pas l'espoir d'être rétablis en France avec tous leurs privilèges : ils y avaient laissé des partisans zélés et très-puissants. Le pape Clément XllI était aussi leur appui; il ordonna leur rétablissement par une bulle que le parlement supprima. Ils furent presque en même temps chassés du Portugal dont ils avaient tenté, en 1758, d'assassiner le roi; ils furent chas.«és de tous les États de l'Europe; ils furent même chassés, en 1773, des États du pape Clément XIV (Ganganelli), qui, le 16 août de cette année, fit arrêter leur fameux général Ricci.
Repoussés sous le nom de jésuites, ils cherchèrent à s'insinuer en France, en renonçant à leur nom, et en se cachant, en 1775, sous celui de Cordicoles ou du Sacré Cœur de Jésui>, et en 1777, sous celui de Frères de la Croix. Us ont depuis fait plusieurs autres tentatives, notamment en 1806, et employé plusieurs autres déguisements qui n'ont pas été plus heureux; enfin ils parvinrent plus tard, à la faveur d'un autre gouvernement, à se glisser furtivement en France et à Paris, et à y former quelques établissements sous la dénomination de Pères de la foi.