‹ Histoire de Paris et de ses monumentsChapitre 59 sur 96 · JI · texte numérisé non relu

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à rétablir l'exposition annuelle dette exposition, dans les premières aimées de son établissement, ne durait (|ue douze jours; ensuite sa durée lut portée à quinze jours, puis à un mois. En 1763, l'exposition dura oiiui semaines; sa durée s'est depuis prolongée jusqu'à deux mois. Ces dilTérences pro<îressives montrent la nécessité, rexcellence de l'institution, et les désavantages résultant du privilège qu'avaient les académiciens d'y placer leurs seuls ouvrages. IjAmdcmie de Saint-Lvc imita cet exemple utile : elle eut ses expositions, en 1762, à l'hôtel d'Aligre; et le 23 août 1774, à l'hôtel Jabach, rue Neuve-Saint-Méry, elle lit, sous les aucpices de M. de Paulmy, son protecteur, l'exposition des productions de ses membres, amateurs, officiers et agréés.

ORIGINE ET LOGES DES FRANCS-MAÇONS. L'origiuc de la franche -m açonupHe est inconnue aux maçons les plus instruits. Toutefois, la conformité qui existe entre les initiations des anciens et celles des modernes me semble suflisamment indiquer que les mystères se sont perpétués, en s'altérant, à la vérité, dans les rites maçonniques. Il se forma au moyen âge diverses associations qui eurent leurs formules et leurs pratiques secrètes. Les individus qui exerçaient des professions industrielles se réunirent aussi en société pour se soustraire à la tyrannie de la féodalité, et adoptèrent des mystères qui n'étaient pas étrangers à la religion.

L'origine de ces associations mécaniques, quoique les pratiques mystérieuses n en aient été entièrement découvertes que dans des temps voisins du nôtre, n'en est pas moins très-ancienne, parce que plus un usage est répandu, plus la source en est éloignée. Or, l'usage des mystères dans les professions mécaniques a existé et existe encore dans une partie de l'Europe. On sait que dans toute l'Allemagne les apprentis , les compagnons de divers métiers ont, pour se reconnaître réciproquement, des signes, des attouchements, des mots consacrés, qui sont propres à leur grade et à leur métier. Un compagnon arrivant dans une ville n'est point admis à y travailler, à y recevoir l'hospitalité, avant que le syndic du corps n'ait obtenu de lui les mots secrets, les signes de reconnaissance; cet usage se pratique même en France. « Depuis un temps immémorial, dit un » écrivain moderne, les charpentiers, les chapeliers, les tailleurs d'habits, les » selliers, les maçons constructeurs, et, en général, presque tous ceux qui » exercent des métiers de ce genre sont dans l'usage de se réunir, sous des for- » mes mystérieuses, pour recevoir compagnons les garçons qui ont fini leur « apprentissage. Les membres de ces coteries sont connus sous le nom de com- » pagnons du devoir, etc. Ces compagnons ont adopté un mode d'initiation , » dont l'objet est de former entre eux un lien universel, au moyen duquel tous >> ceux qui sont reçus deviennent membres adoptifs de la grande famille des » ouvriers. Ils sont secourus par leurs camarades, dans quelques parties du » monde qu'ils soient jetés par le sort; on leur procure du pain et du travail dans > un pays, lorsqu'ils n'en trouvent pas dans un autre. <> On trouve ici les caractères des mystères antiques, et, de plus, le motif que j'ai assigné à ces associations, celui de se protéger réciproquement.

Les initiations pratiquées par les compagnons de ces professions mécaniques n'ont, à la vérité été découvertes qu'au dix-septième siècle ; mais leur origine

remonte à des temps plus anciens. La partie ostensible de ces initiations, les règles des compagnons du devoir, leurs mots secrets et leurs signes de reconnaissance sont encore en usage dans une grande partie de l'Europe , et notamment dans les pays allemands; et, comme je l'ai dit, la grande extension d'un usage en prouve Tantiquité. La partie secrète de ces initiations doit être aussi ancienne que sa partie ostensible. D'ailleurs, pour confirmer mes présomptions à cet égard, j'offrirai la preuve de l'ancienneté des mystères d'une autre profession mécanique, de celle des maçons constructeurs.

L'association mystérieuse des maçons remonte, suivant quelques écrivains de l'Angleterre, jusqu'au troisième siècle ; mais ces écrivains, aveuglés par le désir de donner à ces établissements l'illustration de l'antiquité, n'ont pas assez solidement fondé leur généalogie pour qu'on y croie. Voici ce qui paraît moins douteux. Quelques maçons, au commencement du huitième siècle, quittèrent la Gaule, se réfugièrent dans la Grande-Bretagne, y construisirent plusieurs édifices et envoyèrent vers 1150 une colonie en Ecosse, qui s'établit le chef-lieu à York : ce lieu devint célèbre. Là était la loge- maîtresse de toutes les loges anglaises. Les membres prenaient le titre de free-maçons, ou maçons libres. Vers l'an 1150, l'association des maçons fit des établissements en Ecosse. Le plus connu fut celui du village de Kilwinning. Ces maçons construisirent la tour de l'abbaye de ce village, et dans cette contrée plusieurs autres vastes édifices dont on voit encore les ruines. Au treizième siècle florissaient en Allemagne des associations maçonniques. Elles se composaient, comme en Angleterre et en Ecosse, de véritables constructeurs d'édifice, et se nommaient pareillement maçons libres.

On a la certitude que ces associations obtinrent un état stable, une consistance honorable après l'an 1277, époque où fut commencée la cathédrale magnifique de Strasbourg. La société maçonnique à laquelle on confia la construction d'un si vaste édifice devait exister bien avant l'époque où il fut commencé ; mais on ne sait rien de certain sur son existence antérieure. Erwin de Steinbach fut le principal architecte de l'église de Strasbourg. La gloire de sa construction rejailHt sur les membres de la société maçonnique; ils furent invités à élever en Allemagne plusieurs édifices semblables. Les diverses sociétés de maçons répandues en Allemagne se réunirent entre elles par un règlement daté du 25 avril 1459, et confirmé, en 1498, par l'empereur Maximilien. La société maçonnique de Strasbourg eut le titre et la prééminence de mère-loge et une juridiction sur les autres loges de l'Allemagne.

De toutes les associations mystérieuses dont j'ai parlé, celle des francsmaçons a résisté aux atteintes du temps et des gouvernements, s'est maintenue avec considération jusqu'à nos jours, et a survécu aux persécutions, et cela peut-être en raison de la supériorité de l'art du maçon, de l'art architectural, sur les autres professions mécaniques.

La franche-maçonnerie fut introduite en France vers l'an 17-25. Lord Dervent- Waters, le chevalier Maskeline et quelques autres Anglais établirent une loge à Paris, dans la rue des Boucheries. Ensuite, fut fondée la loge deGoustand, lapidaire anglais. Dans l'auberge portant pour enseigne le Louis d'Argent, située

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rue des Boucheries, fut, le 7 mai 17'29, constituée, par un frère nommé Le Breton, une loge qui porta le nom de l'auberge et celui de Snint-Thowas. Kr\ 173i>, une nouvelle loge s'établit rue de Bussi. Elle porla d'abord le nom de la rue où elle était située, ensuite celui de loge dWnmont, parce que le duc de qv nom s'y était fait recevoir.

THKATUK-FiiANçAis, siluérue des Fossés-Saint-(iermain , ensuite au château des Tuileries. Les comédiens français jouèrent dans le jeu de paume de l'Étoile, rue des Fossés-Saint-Germain, depuis 1689 jusqu'en 1770, époque où, leur théâtre menaçant ruine, ils vinrent s'établir dans la salle des machines du château des Tuileries. Le 9 avril 1782, l'édifice de la nouvelle salle, construite sur l'emplacement de l'hùtel de Condé, salle depuis nommée de VOdcon, étant achevé, les comédiens français en firent l'ouverture.

Parmi les acteurs renommés pendant ce règne , on cite les sieurs Bellecour, Armand, Préville, Auger, Brisard, Mole, Le Kain; et, parmi les actrices, les demoiselles Gaussin, Dumesnil, Dangeville et Clairon.

En parlant, dans la période précédente, des théâtres de la capitale, j'ai cité quelques exemples d'acteurs tragiques qui se vêtirent d'habits appartenant au temps, au pays et à la dignité de ceux qu'ils représentaient sur la scène. Les exemples étaient encore rares ; ils devinrent dans la suite plus communs. Le Kain et la demoiselle Clairon ne négligèrent rien pour se conformer à l'exactitude du costume, si propre à augmenter l'illusion.

OPÉRA ou ACAOÉiMii: ROYALE DE MUSIQUE, situé au Palais-Boyal. J'ai parlé dans la période précédente de l'origine et du lieu de ce spectacle. Le duc d'Orléans, régent, voulut tirer un nouveau parti de ce théâtre, et lui procurer le double avantage d'être à la fois salle de spectacle et salle de danse. Le premier bal de l'Opéra fut donné le 2 janvier 1716. Telle fut l'origine de ces bals fameux.

L'édifice, le théâtre et ses dépendances éprouvèrent, dans la suite, un accident funeste. Le 6 avril 1763, dès huit heures du matin, le feu s'y manifesta. Toute la salle, l'aile de la première cour, et toutes les machines, devinrent la proie du feu. Deux mille hommes furent employés à l'éteindre. Trois jours après , la fumée s'élevait encore des souterrains de ce théâtre. En attendant la construction d'une salle nouvelle, les acteurs s'établirent au théâtre des machines des Tuileries , et y jouèrent jusqu'en 1770.

Le roi, par lettres-pal'Mites du 11 février 1764, donna une décision qui fixa le rétablissement du nouveau théâtre de l'Opéra. Alors commencèrent, d'après les dessins du sieur Moreau, architecte, les travaux de cette reconstruction sur le même lieu et sur un plan plus vaste. Ces travaux furent terminés en 1770; et, le 2 janvier de cette année, la nouvelle salle de l'Opéra fut ouverte au public, qui s'y porta avec une afiluence extraordinaire. L'Opéra, qui languissait depuis longtemps, prit quelque faveur sur ce nouveau théâtre, où brillaient plusieurs talents remarquables : ceux de Dauberval, de Le Gros et de Sophie Arnould, célèbre par la vivacité de son esprit.

En 1719, l'Opéra était encore éclairé par des chandelles; en cette année, par la munificence du fameux Law, on leur substitua des bougies.

HOTEL DES MEMUS PLAISIRS DU ROI , situé rue Bergère. Cet hôtel se com-

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pose de vastes cours et bâtiments destinés au service de V Opéra. Les bâtiments contenaient des magasins de machines , de décorations, et un théâtre où se faisaient les répétitions des pièces qui devaient être jouées sur celui de l'Opéra. Sous Napoléon, cet hôtel a reçu une autre destination ; on y a placé le Conservatoire de Musique, aujourd'hui norrjmé École royale de musique et de déclamation.

THEATRE DES ITALIENS, situévdaus l'ancicn hôtel de Bourgogne, rue Mauconseil, et sur l'emplacement du marché aux cuirs. Louis XIV avait, en 1697, expulsé les comédiens italiens ; en 1716, le duc d'Orléans, régent, en rappela d'autres qui s'établirent dans l'ancien hôtel de Bourgogne. Ce théâtre otîrait un mélange de scènes chantantes et boufïbnnes, de langage français et italien. Parmi les acteurs , on distinguait d'abord Antoine Vinentini , célèbre sous le nom de Thomassin, qui, pendant près de quarante ans, amusa les Parisiens par ses rôles d'Arlequin, où il faisait briller des saillies spirituelles et piquantes. Charles Bertinazzi , plus connu sous le nom de Carhn, lui succéda, el montra des talents pareils. Le célèbre acteur anglais Carrik voulut les connaître, et les admira. Carlin mourut en 1783. Parmi les autres acteurs, français d'origine, on distinguait La Ruette, Caillot, Clairval, qui jouaient les amoureux : ce dernier passa de l'Opéra-Comique aux Italiens; Audinot, qui peignait les mœurs de la classe inférieure du peuple , et qui depuis fut directeur d'un théâtre forain.

Madame Favard était célèbre par ses talents d'actrice, par son esprit et par ses liaisons avec l'abbé de Voisenon, qui, si l'on en croit la malignité publique , fut l'auteur d'une partie des pièces qu'elle publiait sous son nom ou sous celui de son mari. Elle fut longtemps l'héroïne de la comédie italienne; elle y avait débuté en 1749; elle mourut en 1772. Le théâtre des Italiens, qui jouissait des privilèges accordés aux comédiens du roi, fut, après de longs délais et de graves discussions, réuni en 1762, à celui de l'Opéra-Comique. Ces deux troupes réunies attirèrent la foule : leur spectacle fut le plus fréquenté de Paris. En 1780, il n'y eut plus d'Italiens dans cette troupe, qui cependant continua de porter le nom de Comédie Italienne.

Les comédiens italiens, en 1783, quittèrent Tancienne salle de l'hôtel de Bourgogne, pour occuper celle qui fut bâtie sur le boulevard des Italiens, dont je parlerai dans la suite.

OPÉRA-COMIQUE. Ce n'était qu'un spectacle forain, établi sur les boulevards du nord et à la foire de Saint-Germain. Son origine remonte à l'an 1714. Cette troupe, qui avait éprouvé beaucoup de persécutions de la part des théâtres supérieurs, et qui, pour échapper à leur tyrannie, opposait toujours de nouvelles ruses, obtint en cette année le titre à' Opéra-Comique j et l'Académie de Musique lui accorda la permission de jouer de petites pièces en vaudeville, mêlées de danses, à condition qu'aucune parole n'y serait proférée qu'en chantant.

Ce spectacle, conforme au goût du temps, offrait des scènes gracieuses, spirituelles ou bouffonnes, qui ravissaient la multitude. Le Sage, Fuzelier et Dorneval, auteurs des plus jolies pièces de ce théâtre, firent sa fortune : les comédiens français, jaloux de sa prospérité, se prévalurent de leurs privilèges, et parvinrent à ôter la parole aux acteurs de l'Opéra-Comique. Ceux-ci ne purent

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