PAPJS SOUS LOUIS XVI
Le 10 mai 1774, Louis XVI devint le successeur de Louis XV, son aïeul. Une année s'était à peine écoulée depuis que ce roi était monté sur le trône, que des révoltes , qui avaient pour cause la cherté et le monopole des grains , éclatèrent en même temps dans presque toutes les parties de la France. A Paris, des hommes armés de hâtons, entrés à la même heure par les diverses portes de la ville, pillèrent sans obstacle les boutiques des boulangers. On emprisonna beaucoup de personnes; et deux hommes, qui ne paraissaient guère coupables, furent pendus à la place de Grève.
Louis XVI, à son avènement au trône, s'environna de personnes probes et éclairées. Le choix de ses ministres fut assez généralement approuvé. Il rétablit le parlement : celui de Paris fit sa rentrée le 28 novembre 1774. Il fonda dans cette ville un Mont-de-Piété, supprima les corvées, la servitude personnelle dans ses domaines et la torture préparatoire. Il favorisa par de puissants secours Tinsurrection des colonies anglaises de l'Amérique : mais cette dernière action lui attira la haine du gouvernement anglais; et cette haine se manifesta par une guerre ouverte, et ensuite par une guerre sourde dont les effets furent bien plus funestes. L'abîme de la dette publique, qu'avait creusé la folle ostentation de Louis XIV, n'avait été comblé ni par l'espèce de banqueroute qu'avait faite le régent, ni par les moyens palliatifs du règne de Louis XV, ni par quelques économies. Les emprunts de Louis XVI, en retardant, par artifice, l'époque de l'explosion fatale, contribuaient à rendre cette explosion immanquable et plus terrible. Des ministres qui n'étaient plus ceux qui, au commencement de ce règne, avaient mérité la confiance publique, déclarèrent aux parlements, qui contrariaient leurs projets tyranniques , une guerre intempestive. Le public y prit une part active; les têtes fermentèrent; le gouvernement fut humihé et perdit de sa considération. Dans le même temps, un procès trop fameux, celui du collier, où l'on vit figurer des personnes très-éminentes à la cour, un cardinal, des filles pubfiques, des dupes et des escrocs en communauté d'événements ou d'intérêts, acheva de dissiper le prestige de la royauté.
Ainsi, la haine du gouvernement anglais contre la cour de France, l'extrême désordre des finances, l'impéritie du gouvernement, sa guerre contre les parlements, le procès du collier, furent les principales, mais non pas les seules causes de la révolution qui éclata violemment en 1789.
Les ministres convoquèrent, le 13 janvier 1787, une assemblée des notables : elle s'ouvrit le 22 février avec beaucoup de magnificence ; cette assemblée apprit que les emprunts s'étaient élevés à un milliard six cent quarante-six niillions, et qu'il existait dans les revenus de l'Ftat un déficit annuel de cent quarante
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millions. Les notables devaient chercher les moyens de réparer cet énorme déficit; ils découvrirent le mal, laissèrent à d'autres le soin d'y appliquer le remède, et demandèrent la convocation des états généraux.
Une lutte violente s'éleva entre les ministres et le parlement. Plusieurs membres de cette cour furent exilés. M. d'AgouIt, dans la nuit du 3 au 4 mai 1788, assiégea le Palais-de-Justice pour y arrêter les conseillers d'Éprémesnil et Goislard, qui furent conduits prisonniers à Pierre-Encise. Enfin, après plusieurs troubles à Paris et dans les provinces, les ministres convoquèrent, en 1788, une seconde assemblée des notables, qui s'ouvrit le 6 novembre. Elle s'occupa du mode de convocation des états généraux, qui entrèrent en session le 5 mai 1789 dans la ville de Versailles. Le tiers-état désirait sa réunion avec les deux ordres du clergé et de la noblesse; le roi l'avait ordonnée. Les deux ordres s'y refusèrent. Dans la séance du 17 juin , le tiers-état se constitua en Assemblée nationale. Le 20 juin , il ne put se réunir dans la salle des états : les députés en trouvèrent les portes fermées et le local entouré de gardes françaises; ils s'installèrent dans un jeu de paume à Versailles, et y prêtèrent le serment de ne jamais se séparer, jusqu'à ce que la constitution fût achevée. Le 22, ils s'assemblèrent dans l'église Saint-Louis; là ils reçurent la majorité du clergé. Le 23, il se tint dans la salle des états une séance royale. Le discours du trône ne contenta aucun parti. Le roi ordonnait aux députés des trois ordres de se séparer et de se rendre chacun dans leurs chambres respectives. Le tiers-état resta en séance.
Les ministres formèrent le projet de dissoudre l'assemblée, et d'employer pour cet effet une force armée imposante. Ils appelèrent des troupes, et bientôt Paris et Versailles se trouvèrent cernés par une armée de trente mille hommes : les ministres qui avaient la confiance publique furent renvoyés, et remplacés par des hommes odieux : l'indignation des habitants fut vive. Les meneurs secrets saisirent ce moment favorable, et donnèrent un nouveau degré d'activité à la fermentation. Le dimanche 12 juillet, les symptômes d'une insurrection prochaine apparaissent; le lendemain lundi, une garde nationale improvisée s'organise; le 14 juillet, on trouve des armes à l'Hôtel des Invalides, on assiège et on prend la Bastille. La révolution commence.
Je dois dire que des brigands étrangers, couverts de haillons, qui ^'étaient signalés, la veille de la première assemblée des états généraux, par le pillage de la maison de Réveillon, située au faubourg Saint-Antoine, brigands ap[)elés et soldés on ne sait par qui, se confondirent avec les Parisiens. Tandis que ceuxci se distinguaient par leur zèle et leur dévouement, ces étrangers s'occupaient à piller, à égorger, à couper des têtes, à pendre à un fer de lanterne les personnes qui leur étaient indiquées. Quelques jours après la prise de la Bastille, le vendredi 17 juillet, le roi vint à Paris, et trouva les habitants rangés depuis la barrière de la Conférence jusqu'à l'Hôtel de-Ville. Sa voiture marcha entre deux haies d'hommes armés à la hâte. Ingénieusement harangué par le maire Bailly, le roi ne fit aucune réponse positive ; il prit la cocarde tricolore qu'on lui présenta, et la plaça à son chapeau. Cette visite fut généralement considérée comme un assentiment aux événements des jours précédents.
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Des proj«îts de contre-révolution inconsidérés, une {TQcrre sourde, des tentatives partielles, le projet de conduire le roi à Metz, la cocarde nationale insultée à Versailles, produisirent les journées des 5 et G octobre 1789; toute la garde parisieinie et une multitude eirrénée de peuple se portent à Versailles, et ramènent à Paris le roi, qui depuis cette épocpie habita le château des Tuileries. L'Assemblée nationale, inséparable du roi, le suivit dans cette ville, et tint d'abord ses séances à l'Archevôché, où elle décréta que les biens du clergé étaient propriétés nationales. Puis elle occupa l'emplacement du manège, contigu à la terrasse du jardin des Tuileries appelée terrasse des Feuillants.
Je me tais sur divers événements sans importance, et je passe à la fédération du 14 juillet 1790, fête mémorable , majestueuse, où le roi jura librement de maintenir la constitution décrétée par l'Assemblée nationale. Je passe encore sous silence plusieurs événements, plusieurs travaux de l'Assemblée, pour mentionner le départ du roi. Dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, Louis XVI quitta Paris, et y laissa une déclaration dans laquelle il proteste contre tous les actes émanés de lui pendant sa captivité. C'est ainsi qu'il qualifie son séjour au château des Tuileries.
Malheureusement cette tentative, comme toutes celles qui avaient précédé, n'eut point le succès désiré. Le peuple de Paris, instruit, vers les huit heures du matin, de cette évasion du roi, fut agité, et dans son indignation brisa les armoiries royales qui se voyaient sur plusieurs édifices publics. Le mercredi, 22 juin 1791, l'Assemblée nationale fut informée de l'arrestation du roi à Varennes. 11 fut reconduit à Paris, et y arriva le 25 juin à sept heures du soir.
Dans Paris, des orateurs de groupes, des auteurs de pamphlets, des troupes armées, sont secrètement organisés et payés pour diriger l'opinion publique en faveur de la royauté. Des journaux, le Chant du coq, le Journal à deux liards, le Journal de la cour, VAiai du roi, forment un parti d'opposition. Le gouvernement paraît vouloir sourdement détruire un ordie de choses que cependant il promet publiquement de maintenir.
Le 3 septembre 1791, la constitution fut terminée. Le 13 du même mois, elle fut présentée au roi, qui écrivit à l'Assemblée nationale qu'il l'acceptait. Li; lendemain, 14 septembre, Louis XVI vint solennellement jurer dans l'Assemblée d'être fidèle à la nation, d'employer tout le pouvoir qui lui était délégué à maintenir la constitution et à faire exécuter les lois. Le dimanche 18 septembre, une fête aux Champs-Elysées, de magnifiques illuminations, célébrèrent cette acceptation et ce serment.
Cependant l'émigration redoublait. Les familles nobles se portaient en foule au-delà des frontières, persuadées que, réunies avec l'étranger, elles subjugueraient sans peine une nation audacieuse qu'ils croyaient sans moyens et sans courage. Paris fut alors le rendt-z-vous général des émigrants; ils y trouvaient des secours pécuniaires, et partaient ensuite pour Coblentz.
Le l'-'- octobre 1791, l'Assemblée nationale constituante ayant, le jour précédent, fermé sa session, fut remplacée par VAssetublée législative.
Pendant le mois d'octobre 1791, le nombre des émigrés s'accroît; tous passent par Paris pour sortir de France. Le 14 de ce mois, proclamation du roi