‹ Histoire de Paris et de ses monumentsChapitre 62 sur 96 · HISTOIIU: DE PA^IS · texte numérisé non relu

HISTOIIU: DE PA^IS

tendant à tempérer Ja manie de l'émigralion et à la désavouer. Les deux partis qui divisaient alors la France, les aristocrates et \q^ patriotes, interprétèrent diversement cette proclamation. Cependant le roi publia encore plusieurs lettres qui ne produisirent aucun résultat.

Je m'abstiens de mentionner un grand nombre d'événements résultant de la guerre souvent sanglante que se faisaient, sur presque tous les points de la France, le parti qui avait conquis la liberté, et le parti qui, par cette conquête, perdait ses privilèges. Je passe sous silence rétablissement d'une société des Feuillants qui eut lieu en juillet 1791, société ministérielle et rivale de celle des Jacobins, et bientôt après dissoute.

Les 14 et 15 janvier 1792, la France entière était dans l'état le plus violent de perturbation. A Paris, tout était dans le désordre; des assassins devaient remplir les tribunes de l'Assemblée nationale; et des cartes fabriquées exprès devaient favoriser leur entrée aux portes. D'autres assassins étaient chargés d'insulter les membres du Comité de surveillance lorsqu'ils s'introduiraient dans la salle, et de répondre aux plaintes de ceux-ci par des coups de poignard. Aux cris des députés frappés, quelques assassins postés dans les tribunes devaient descendre dans la salle et y égorger les députés les plus renommés par leur patriotisme. Des potences devaient être dressées dans Paris pour pendre les patriotes les plus énergiques. Ce complot, dont le Comité de surveillance recueillait chaque jour de nouvelles preuves, fut divulgué peu de jours avant son exécution. Les agents de ce projet changèrent leur plan d'attaque.

Dans la nuit du 20 au 2i janvier 1792, le feu fut mis à la prison de la Force : on arrêta les progrès de l incendie. Le 22, il se forma des groupes menaçants au faubourg Saint-Marcel : ils furent dissipés par la municipalité. Le 23 du même mois, des attroupements séditieux se montrèrent sur plusieurs points de Paris, dans les rues du cimetière de Saint-Nicolas-des-Champs, des Lombards, de Saint- Denis, de Beaubourg , Chapon et au Marais. Les hommes qui composaient ces attroupements se portaient sur les magasins à sucre placés dans ces rjies, et demandaient que cette marchandise leur fût distribuée à raison de 22 sous la livre. On voyait des instigateurs de ces mouvements exciter le peuple à résister à la garde nationale, etc. Le peuple ne répondait que mollement à ces suggestions perfides. Cependant quelques pierres furent lancées contre la garde. On parvint, sans beaucoup de peine, à dissiper ces attroupements. Le lendemain ils se renouvelèrent avec aussi peu de succès.

L'émigration continuait. Des orateurs payés tentaient de donner à l'opinion publique une direction favorable à la cour. Les partisans de la liberté publique se plaignaient alors de ce que les armées françaises étaient dans un grand dénûment; de ce qu'on corrompait les journaHstes patriotes, les membres les plus influents de la société des Jacobins, et ceux même de l'Assemblée législative. On répandait des pamphlets et des placards. On mit secrètement en jeu une armée de perturbateurs, d'applaudisseurs, de chanteurs, de distributeurs, d'orateurs de groupes, etc., etc. L'existence de ces nébuleux établissements et les sommes considérables qu'ils coûtaient à la liste civile sont attestées par des témoignages irrécusables.

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l'ji lévrier 170-2, l'Assemblée ié^islalive rend un décret iiui ordonne le séquestre des biens des émigrés. — Le 14 février 17î)2, les femmes du faubourg Saint-Marcel furent excitées à se soulever et à piller un magasin de sucre, situé rue des Gobelins. Le lendemain , nouveau rassemblement de fennnes que la force armée eut bientôt dissipé. Les mêmes jours, les villes de Mont- Ibéry, de Noyon, de Dunkerque, de Metz, d'Arras, etc., furent agitées par des séditions semblables.

Par décret du 5 avril 1792, toutes les congrégations séculières ecclésiastiques, telles que les prêtres de l'Oratoire, de la Doctrine cbrétienne, de Saint Josepb, de Saint-Sulpice, de Saint-Lazare, de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, du Saint-Esprit, des Missions-Étrangères, de Saint-Laurent, «du Saint-Sacrement, des sociétés de Sorbonne et de Navarre, des frères des Écoles cbrétiennes, des ermites du Mont-Valérien , de Senart, des frères tailleurs et cordonniers; enfin toutes les réunions d'hommes et de femmes furent supprimées.

Le 11 mai 1792, on vit à Paris le premier exemple d'un prêtre catholique se mariant, et venant solennellement avouer cet acte conforme aux lois de la primitive Église. Le vicaire de Sainte-Marguerite se présenta ce jour à la barre de l'Assemblée législative avec son épouse et son beau-père, et y reçut des applaudissements : il eut beaucoup d'imitateurs.

En avril 1792, les premiers arbres de la liberté furent plantés à Lille, à Auxerre et ailleurs. Paris ne tarda pas à avoir les siens, que Bonaparte a fait abattre. A la môme époque, la guerre fut déclarée à la Hongrie. En même temps la discorde éclatait entre les membres les plus influents du gouvernement. Robespierre, sorti de l'Assemblée constituante, après avoir séjourné pendant quelques mois dans Arras, sa patrie, revint à Paris. Sa réputation de patriote sévère et incorruptible le fit nommer à la fonction d'accusateur public. Dès qu'il vit la guerre déclarée, il se démit de cette fonction pour se livrer tout entier aux discussicms du forum et au nouveau système de conduite qu'il avait adopté. Le 27 avril 1792, il dénonça à la société des Amis de la Constitution tous ceux qui avaient combattu ses opinions dans la discussion sur la guerre offensive et défensive, et les accusa de conspiration et de coalition avec les enneiiiis de l'État. On lui demanda des preuves; il promit d'en donner dans une séance prochaine. On les attendait avec une impatiente curiosité. Robespierre, au lieu de preuves, fit l'étalage de ses services, l'apologie de sa conduite. 11 voulait qu'on le crût sur parole. Dès lors cette société fut divisée; et Robespierre parvint à en dominer une partie, et, dans la suite, à en chasser l'autre. — A la même époque, Marat reparut sur la scène politique, ainsi que son journal VAmi du peuple. Ce journal, précurseur ordinaire des troubles de Paris, attaquait, par ses dénonciations et ses calomnies, les plus purs amis de la liberté publique.

Une pareille division se manifesta parmi les membres de la Commune de Paris. Ces divisions furent la source de maux innombrables,

Robespierre, séduit par le parti de l'étranger dont il semble avoir été ragent, entraîna, par l'appât des emplois lucratifs, des hommes déshonorés qui n'avaient d'espoir que dans le désordre; et, par sa réputation de popularité et ses dénonciations continuelles, des hommes qui étaient de bonne foi, mais qui.

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dupes de leur tempérament inquiet et emporté, considéraient les exagérations et les moyens violents comme nécessaires; il entraîna, par des exemples de terreur, la multitude des faibles, et, ne pouvant dominer les patriotes purs, il les priva de la liberté et de la vie.

Ainsi, sous le masque de la liberté, le parti de l'étranger, pour avoir droit d'accuser cette même liberté, commit des crimes énormes et multipliés, alluma le feu des dissensions civiles, divisa les patriotes pour les affaiblir et les subjuguer, les porta à s'entre-détruire; excita des séditions dans toutes les parties de la France, et, à Paris, plusieurs émeutes, notamment celle du 20 juin, et la journée sanglante du 10 août qui renversa, avec le trône, toutes les statues des rois dans la capitale ; conduisit la famille royale dans la prison du Temple; souleva les journées plus sanglantes encore de septembre, journées de massa cres, où les prisons de Paris furent inondées du sang français.

Au 21 septembre, la Convention nationale succéda à l'Assemblée législative. Elle abolit la royauté, décréta le gouvernement républicain, mit Louis XVI en jugement. Ce malheureux prince, condamné à mort, fut exécuté le 21 janvier 1793.

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