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ANTIQUITÉS DE LA PARTIE MÉRIDIONALE DE PARIS

Cette partie, aujourd'hui moins étendue, moins peuplée que la partie septentrionale, était, pendant la période romaine, bien plus riche en monuments et en institutions religieuses, civiles et militaires. Alors, et longtemps après, elle était qualitiée de faubourg, et nommée Lucotitms ou LocotiUe, Qommç nous l'apprennent diverses pièces historiques; et ce nom, à la désinence près, est le même que celui de l'île de la Cité, appelée Lnletia ou plutôt Lucotetia.

Plusieurs routes ou voies, dont deux seules sont connues, traversaient ce faubourg. La principale, partant du Petit-Pont et suivant la direction de la rue Saint-Jacques, longeait à droite l'enceinte du palais des Thermes : ensuite, s'élevant comme le coteau, dont la pente était autrefois plus roide qu'elle n'est aujourd'hui, elle laissait, à gauche des vignobles et à droite, un lieu que je conjecture avoir été consacré à Bacchus, puis les places et avenues qui précédaient ce palais. Parvenue à la hauteur du plateau, cette voie, après avoir traversé les emplacements de la Sorbonne et des Jacobins, dans la direction d'une rue qui a existé entre l'emplacement de la Sorbonne et l'église Saint-Benoît, se prolongeait entre un camp romain et un vaste champ de sépultures, à travers l'ancien emi)lacement des Chartreux, et allait aboutir à Issv , et de là à Orléans.

La seconde voie naissait de la j)récédente, à peu près à l'endroit où la rue Calande débouche dans celle Saint-Jacques, et, suivant la direction de cette première rue et de celle de la Montagne-Sainte-(ieneviève, s'élevait au milieu des vignobles jusqu'au plateau. Arrivée à ce point, elle avait à gauche un lieu appelé ks Arènes, destiné aux spectacles publics. A droite, et sur l'emplacement même de l'édilice du Panthéon, étaient des exploitations de terres propres à

une fabrique de vases romains. Cette voie suivait ensuite la direction de la rue Mouiïetard, et, traversant le champ des sépultures, que je mentionnerai bientôt aboutissait à un lieu appelé Mons Cetardm. Ce lieu a reçu dans la suite le nom de Scmit-Marcel; mais la rue qui y mène a conservé, à quelques altérations près, sa dénomination antique; dni Nom Cetardiis ou a fait Mont-Cétard, puis ,youffetard.

Voici les objets contenus dans l'espace que je viens de décrire :

PALAIS DES TiiEKMES. Dcs rcstcs dc cct autiquc édifice sont situés dans le quartier compris entre les rues de la Harpe, du Foin , Saint-Jacques et des Mathurins. Ils sont une dépendance de l'hôtel Cluny, où se trouve une collection d'anticiuités, formée par M. Dusommerard, et acquise dernièrement par le gouvernement.

Depuis environ sept cents ans, les restes des Thermes de Paris ont porté le nom de Palais des Thermes et le portent encore. Ce palais était certainement le même que celui où quelques Césars ont, dans les troisième et quatrième siècles, passé leurs quartiers d'hiver. Trois écrivains de l'antiquité, donnant des détails sur ce palais de Paris, l'indiquent ou le qualifient honorablement. Julien le désigne sans le nommer, lorsque, dans son Misopôçiôn , qu'il composa à Antioche, il raconte un événement dont il faillit être la victime. « Autrefois, dit-il, » je passais mes quartiers d'hiver dans ma chère Liitèce; c'est ainsi que les « Gaulois nomment la petite forteresse des Parisiens. « Il ajoute que, pendant un hiver rigoureux, if se refusa d'abord à ce qu'on allumât des fourneaux destinés à réchauffer la chambre où il couchait, mais que, le froid devenant plus âpre, il consentit, atin de sécher les parois des murs couverts d'humidité, à ce qu'on y apportât des charbons ardents, dont la vapeur l'incommoda beaucoup. Junen,dans son manifeste adressé au sénat et au peuple d'Athènes, en racontant les événements qui précédèrent son élévation à la dignité d'auguste, parle plusieurs fois de ce palais, où il résidait avec son épouse Hélène, sœur de l'empereur Constance; de l'arrivée des troupes étrangères qui se rendirent à Paris, de leur soulèvement, et d'une chambre voisine de celle de son épouse, où il méditait sur les moyens d'apaiser le tumulte des troupes qui environnaient le palais.

Joignons à ces détails ceux (juc nous fournit l'historien Zozime, en décrivant les scènes tumultueuses dont le palais de Paris et ses environs furent le théâtre. Il lui doime la (lualilication honorable de basilique , qui signifie roijal; il raconte comment des troupes auxiliaires, récemment arrivées des bords du Rhin à l>aris, pourde làse rendre sur les frontières de la Perse , mécontentes d'une e\|)éditi()n aussi lointaine, résolurent d'élever le césar Julien, qui résidait alors à Paris, à la dignité d'auguste. Irritées des refus de ce prince, elles se portèrent avee fureur au palais, et en brisèrent les portes.

Ammien Mareellin entre dans de plus grands détails sur cet événement, qui se passa dans Paris en l'an lîGO. il (pialilie l'édilice où logeait le césar Julien de palais, pahitium ; iW maison royale, rrr/ia; il nous apprend que cet édifice contenait des appartements secrets ou souterrains, latcbras occultas, où Julien alla se renfermer pour se dérober aux poursuites des troupes auxiliaires, qui, fayani

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malgiv lui proclaniô auguslo, craijjjnaiout (|u'il ne renonçât à celle dignilé, et que (luelques hommes dévoués à l'eiiipereiir CoiislaïuT u'aUeulasseut à sa vie. Kusuile il nous parle d'une salie consacrée aux délibérations, salle qu'il (|ualifie de consistorium, où Julien, après avoir cédé au v(ini des troupes, tenait son conseil, et où ces troupes, soulevées par le bruit de sa mort, se portèrent tumultueusement, et linirent par s'apaiser en voyant (dans cette salle) ce prince vivant et revêtu des insignes de sa nouvelle dignité. Il ajout(^ que celui qui répandit le taux bruit de sa mort était le (Iccurion du palais, dont la Ibnction éminente faisait partie des dignités impériales.

Les empereurs Valentinicn et Valens ont S(\journé à Paris pendant l'hiver de 3G5. Trois de leurs lois , contenues dans le Code Ttiéodosien, sont datées de cette ville.

Ainsi il est certain qu'au quatrième siècle de notre ère il existait à Paris un palais impérial. On est en conséquence autorisé à dire qu'il avait toute l'étendue et la magnificence convenable à sa destination. Cet édifice, très-vaste, occupait l'emplacement où l'on voit encore ses principaux restes, et s'étendait fort au loin dans les quartiers environnants, où sont des traces nombreuses de maçonneries romaines. Une tradition constante y place un palais, qu'au sixième siècle Crégoire de Tours désigne sans le nommer. Clotilde l'habitait avec ses petits-fils lorsque les rois Childebert et CJolaire firent venir ses enfants, leurs neveux, dans un autre palais de Paris, qui ne peut être que celui de la Cité, elles y égorgèrent froidement pour s'emparer de leurs biens.

Au septième siècle, Fortunat indique ce i)alais, et le qualifie de vaste édifice, ou de citadelle distinguée par son élévation, arx celsa. Ce poète recommande aux Parisiens de chérir le roi Childebert, qui résidait dans ce magnifique bâtiment :

Dilige regnantem celsd, Parisius , arce.

Le même Fortunat, en décrivant les jardins qui accompagnaient ce palais, nous apprend que la reine Ultro(jolhe, veuve du même Childebert, roi de Paris, y logeait avec ses filles. La Chronique de Vézelay porte que des moines de ce monastère vinrent à Paris pour se plaindre de la tyrannie du comte de Nevers. En quittant le palais du roi, ils s'avancèrent jusqu'au Vieux-Palais (usque ad velus palalium) ; là les moines de Saint-Germain-des- Prés vinrent à leur rencontre.

Au douzième siècle, des monuments historiques remettent cet édifice en lumière. Un titre de l'an 1138, relatif à l'aumonerie de Saint-Benoît, porte que celte aumônerie était contiguë au palais des Thermes, juxla locum qui dicilur Thennœ. Jean de Uauteville, qui florissail à Paris en 1180, fait dans ses poésies, où il se donne la dénomination (ÏArchilrenius, un tableau pompeux de cet édifice, qu'il qualifie d'habitation des rois, Domus aula rcyum, «Ce palais des rois, dit-il, dont les cimes s'élèvent jusqu'aux cieux,et dont

» les fondements atteignent l'empire des morts Au centre se distingue

" le principal corps de logis, dont les ailes s'étendent sur le même aligne- ' ment, et, se déployant, semblent embrasser la montagne. » Avant 1218, Simon de Poissy jouissait de ce palais, et Philippe-Auguste, en cette année,

en lit don à Henri, son chambellan. « Nous donnons à perpétuité, porte l'acte ode donation, le palais des Thermes, palatlnm de Termmis^que possédait » Simon de Poissy, avec le pressoir situé dans le même palais. » Dans la Vie de saint Louis, écrite par le confesseur de la reine Marguerite, on lit que ce roi, . voulant fonder le collège de Sorhonne , acheta des maisons situées devant le ' palais des Thermes. » Dans le rôle d'une contribution levée en 1313 sur les habitants de Paris, à l'occasion delà chevalerie du fils de Philippe-le-Rel, on lit : « L'encloître Saint-Benoît d'une part, et d'autre le pcdais des Thermes. »

Il est inutile de citer un plus grand nombre de témoignages pour prouver que cet édifice a constamment reçu la qualification de palais, ou une autre équivalente. Il était d'une grande étendue. Les bâtiments et les cours (a^rm) qui en dépendaient s'élevaient, du côté du sud, jusqu'aux environs de la Sorhonne. La Vie de saint Louis atteste que ces bâtiments en étaient voisins; et Jean de Hauteville, (jui écrivait avant que Philippe-Auguste, pour édifier le mur de l'enceinte de Paris, eût fait disparaître plusieurs parties de cet édifice, nous en parle comme si la principale construction de ce palais fût située sur la partie la plus élevée de la montagne. Au delà et du môme côté devait être aussi la place d'armes, ou le campus désigné par Ammien Marcellin. Sur cette place, le césar Julien fut proclamé auguste, et harangua les troupes. Julien, dans son manifeste au sénat et au peuple d'Athènes, parle aussi de cette place publique en disant qu'un officier de son épouse, instruit des trames perfides des agents de ('onstance, lesquels avaient répandu de l'argent parmi les troupes pour les faire soulever, vint dans la place publique et crm : Brat^es guerriers, étrangers ou citoyens, gardez-vous de trahir votre empereur ! A cette place, que devaient occuper les emplacements de l'ancien couvent des Jacobins, de la place Saint-Michel, etc., aboutissait la voie romaine qui, venant d'Orléans, passait au village d'Issy.

Toute cette partie méridionale dépendait du palais des Thermes, puisqu'on a la certitude que les rois de France, qui ont succédé aux empereurs romains dans la propriété de ce palais, possédaient de même ces emplacements méridionaux, lesquels étaient sous leur censive. Au nord, en partant du point où gît aujourd'hui la Srdle des Thermes, les bâtiments de ce palais se prolongeaient jusqu'à la rive gauche du petit bras de la Seine. On assure que, dans les caves des maisons situées entre cette rivière et cette salle, il existe des piliers et des voûtes de la même maçonnerie; on ajoute qu'avant la démolition du Petit- Chàtelet, forteresse située au bas de la rue Saint-Jacques et à l'extrémité méridionale du Petit-Pont, on voyait des arrachements de murs antiques qui se dirigeaient vers le i)alais des Thermes ; et l'on en tire cette conséquence, que les l)àtiments de ce palais s'étendaient jusqu'à la rive de la Seine. La salle qui subsiste encore, uni([ue reste d'un palais aussi vaste, offre dans son plan deux parallélogrammes contigus qui forment ensemble une seule pièce. Les voûtes a arêtes et à pleins cintres qui couvrent celte salle s'élèvent jusqu'à 42 pieds au-dessus du sol. KUes sont solidement construites, puisqu'elles ont résisté à l'achon de (piinze siècles, et que pendant longtemps, sans éprouver de dégradations sensibles, elles ont supporté une épaisse couche de terre cultivée en jardin et plantée d'arbres. L'architecture simple et majestueuse de cette salle ne

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prôscnU' (juc ju'u (roniemciUs. lA'sfaocs tics murs sont ornées do (rois grandes arcades, dont celle du milieu est la plus élevée , genre de décoration (brt en usage au iiuatriéme siècle. La l'ace du mur méridional a cela de parliculier, que l'arcade du milieu se présente sous la l'orme d'une grande niche, dont le plan est demi-circulaire. Quelques Irons praticpiés dans cette niche et dans les arcades latérales ont l'ail présumer (pi'ils servaient à l'introduction des eaux destinées aux bains. Les arêtes des voûtes, en descendant sur les faces des murs, se ra|)proclienl , se réunissent , et s'appuient sur une console qui représente la poupe d'un vaisseau. Dans l'unc^ on distingue (fuelques ligures humaines.

On a constaté, dans ces derniers temps, que la maçonnerie, surtout du côté septentrional et dans la partie de la salle placée en retow, avait éprouvé à diverses époques des restaurations qui diffèrent du système général. Dans cette partie en retour, on a remarqué des bandeaux d'arcades à plein cintre , composés de pierres d'un grain fin, sculptées en cannelure, bien conservées. Dans cette même partie de la salle, qui vient d'être fouillée jusqu'à environ deux ou trois pieds de profondeur, on a observé, au rez-de-terre, un mur qui la séparait de l'autre partie : peut-être qu'en cet endoit était le bassin ou la piscine des bains. On a aussi mis à découvert , dans la partie occidentale de la grande pièce, la naissance d'un escalier par lequel on devait descendre poui' parvenir aux souterrains. On n'en connaît pas entièrement l'étendue; des amas de décombres s'opposent à ce qu'on y pénètre au delà de quatre-vingt-dix pieds. Ces souterrains sont à deux étages, l'un sur l'autre. Chaque étage est divisé en trois berceaux parallèles, soutenus par des murs de quatre pieds d'épaisseur, et communiquant entre eux par des portes. Ces souterrains qui, comme l'a reconnu M. de Caylus, s'étendaient jusqu'aux bords de la Seine, doivent aussi s'étendre jusque sous l'hôtel de Cluny, bâti sur une partie de l'emplacement du palais des Thermes, où plusieurs murs, plusieurs voûtes, sont de construction romaine, et sous le ci-devant monastère des Matlmrins, pareillement élevé sur une autre partie du même emplacement; deux établissements qui furent construits évidemment aux dépens du sol de ce palais et de ses matériaux.

^[aintenant que j'ai établi l'étendue et l'importance des Thermes de Paris, que j'ai décrit l'unique pièce qui subsiste entière, et les masures, ruines ou souterrains qui l'environnent , je vais rechercher à quelle époque et par quel prince fut fondé ce palais. Suivant la commune opinion, Julien le fit construire pendant son séjour dans les Gaules, c'est-à-dire depuis les derniers mois de l'an 355 jusqu'au printemps de 361. En conséquence de cette opinion, on nomme vulgairement cet édifice le Palais de Julien ou les Thermes de Julien. 11 est certain que ce césar a passé quatre ou cinq quartiers d'hiver à Paris , qu'il y habitait un palais considérable, mentionné par des écrivains de son temps, et qui ne peut être différent de celui qu'on vient de décrire; mais il ne s'ensuit pas qu'il l'ait fait construire. Julien , envoyé dans la Gaule pour en chasser les barbares qui la dévastaient depuis longtemps, employa les deux premières années de son séjour à organiser des armées, à créer des finances, à faire une guerre continuelle, et les années suivantes à réparer les maux innombi'ables que la guerre y avait I. ' 3

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causés. En raison de ces circonstances, on- doit penser que le palais des Thermes était piobablement construit avant l'arrivée de Julien dans les Gaules.

Il y a plus, c'est que l'addition du nom de Julien à ce palais est moderne. Le libraire Corrozet, qui publia, vers le milieu du xvF siècle, une description de Paris, est, je crois, le premier écrivain qui, pour faire preuve de savoir, ait écrit (jue Julien avait fait élever cet édifice. Son opinion, sans fondement, n'ayant point été combattue, s'est soutenue jusqu'à ce jour. On doit attribuer la construction de cet édifice à un souverain qui, pendant un long séjour dans les (;aules, aura joui du calme propre à cette entreprise. Constance-Chlore, collègue de Dioclétien, réunit ces conditions : durant quatorze ans consécutifs, depuis l'an 292 jusqu'en 306, il resta dans ces contrées. Il fallait de plus un palais impérial à un empire nouveau : Constance-Chlore eut le temps, et de plus le besoin d'en bâtir un, et à lui seul il convient d'attribuer les Thermes de Paris. Une autre remarque peut concourir à confirmer cette opinion et à déterminer à peu près l'époque de cette construction. Le genre de rarchitecture et de la maçonnerie des Thermes de Dioclétien à Home, a des conformités frappantes avec celui dé l'architecture et de la maçonnerie des Thermes de Paris. Toutes ces considérations nous autorisent donc à attribuer à Constance-Chlore, et non à Julien, la fondation du palais des Thermes de Paris.

.lARDiN DU PALAIS DES THERMES. A Romc , Ics palais dcs empereurs, les maisons des citoyens opulents étaient toujours accompagnés de vastes et magnifiques jardins, dont les Romains faisaient leurs délices. Les Thermes de Paris, construits par un empereur romain, devaient avoir également leur jardin.

Le poète Fortunat nous apprend, en effet, qu'au sixième siècle il existait, entre le palais habité j)ar Childebert, roi de Paris, et l'église St. -Cermain-des-Prés, de vastes jardins, qu'il décrit dans une pièce de vers intitulée : Des Jardins de la reine Ultrogofhe; il dit que Childebert traversait ces jardins pour se rendre à l'église :

Hinc itrr ejus crat , viim limina saiicta })eteh(it[\).

L'église que ce poète désigne par ces mots Urnlna sancta est celle qu'on nomme aujourd'hui Saint-Germain-des-Prés; elle était l'égfise chérie de ce roi ; il l'avait fondée ; il y fut enterré avec son épouse Ultrogothe. Le palais qu'habitait le roi Childebert à Paris était le palais des Thermes. Il serait possible, mais il n'est pas prouvé, que cette église ait été établie à l'extrémité occidentale de ce jardin, et compiise dans son encehite : c'est une conjecture que je donne sans m'y arrèlei'. Je passe aux limites de ce jardin.

Au midi, la limite du jardin est incertaine; elle devait partir des points les plus méridionaux du palais des Thermes, et, laissant en dehors l'emplacement actuel du Luxeml)ourg, qui avait une destination dont je parlerai , s'étendre jusqu'auprès de l'église Saint-(;ermain-des-Prés. A l'est, ce jardin était évidemment borné par les bâtiments des Thermes. Aii nord, le cours de la Seine le lunitait entièrement. A l'ouest, enfin, ce jardin était, eu tout ou en partie, bordé

(1) Fortunati Cannina, lib. G, de Uorto Ultrogotkonis rei^inœ, carinen 8.

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f)ar un canal qui partait (irs lossrs de Saint-(iermain-(les-Prés et de la rue SaintlUMioil, (ravei'sail là cour du couveul dos l»c(its-Aufj;uslins et gagnait le quai Mahuiuais pour de la se jeter dans la Seine. Ce canal, connu dans les anciens titres sous le nom de PeUte-Svinc, ne fut comblé (juc vers le milieu du seizième siècle. Knlin, on a la preuve cpie le terrain occupé par les jardins des Thermes a pris plus tard le nom de Clos de Laos ou de Lias. Les rues de la lïuchette, Poupée, de l'Ilirondelle, de Saint-André-des-Arcs , des Grands-Augustins, etc., ont été ouvertes sur l'emplacement de ce clos, à partir du dixième siècle.

AQDEDUC d'arcueil. Arcueil est un village situé à deux lieues et au midi de Paris; il doit évidemment son nom aux arches ou arcades qui supportaient l'aqueduc romain au-dessus du vallon l'orme par le cours de la Bièvre. Une partie de cet aqueduc antique subsiste encore auprès de l'aqueduc moderne, dont je parlerai dans la suite. Ces restes antiques offrent des masses assez considérables de maçonnerie romaine, toute semblable à celle du palais des Thermes. A diverses époques, et sur différents points, on a découvert des portions de son canal de conduite. « 11 suivait, dit M. Héricart deThury, les pentes de la » colline sur la rive gauche de la vallée de Gentilly ou de Bièvre. D'après toutes " les parties qui ont été reconnues par MM. Husset et CiUy, ingénieurs des mines, - il paraîtrait que, dans une grande partie de son cours, cet aqueduc n'était

> qu'un petit canal à découvert, ou un chenal fait en béton de chaux, sable, ' ciment, cailloux et meulières, broyés et pulvérisés. Des ponts avaient été jetés

> de distance en distance sur cette rigole. La direction de son cours a encore » été reconnue en 1811 sur le bord de la voie creuse (chemin qui se dirige du » faubourg Saint-Marcel au Petit-Mont-Bouge, nomifié depuis 1818 rue des Cata- « combes)^ où, en perçant un puits de service qui répond aux Catacombes, on a • retrouvé l'aqueduc romain à trois mètres de profondeur (1). »

Nous ajouterons que sur les talus d'un Chemin des prêtres, qui de Montsouris se dirige vers Arcueil, on voit encore deux fragments de cet aqueduc, qui ne paraît pas avoir été couvert dans cet endroit. De ce Chemiîi des prêtres, l'aqueduc se dirigeait à travers le petit jardin d'une maison de Montsouris, et traversait l'ancienne route d'Orléans, puis la rue des Catacombes, où il a été reconnu par M. deThury.

Voilà l'existence du palais des Thermes, de ses jardins, de son aqueduc établie par des preuves qui, particulières à chacun de ces objets, sont en même temps communes à tous, se fortiiient les unes par les autres, et ne laissent plus de place à l'incertitude. Il me reste à prouver l'existence d'un autre établissement déi)endant de ce palais des césars.

CAMP ROMAIN. Toujours des camps étaient |)lacés près des palais des césars et des augustes, et même des présidents de province. Ammien Marcellin (2) et Zosime (3), en racontant comment Julien fut, par des troupes auxiliaires, élevé à la dignité d'auguste, parlent pkisieurs fois du camp situé près de Paris. Les modernes sont d'accord sur l'existence de ce camp, mais ils ont beaucoup ditléré

(t) Description des Calacombes de Paris, par M. Héricart deThury, pag. 2(51.

(2) Ammiani MarcelL, \\h. 20, eap. 4. — (3) Zosim., lib. :j, pag. 152, édit. d'Oxoii.

sur sa position : los uns \v placent à la porte Baudet , oii commence la rue Saint- Antoine; les autres dans la Cité, devant le Palais-de-Justice.

Ce camp était situé près du palais des Thermes, D'après le récit d'Ammien Marcellin, on voit que les communications du camp à ce palais s'exécutaient avec prom[)tilude. Zosime atteste positivement que le lieu où campaient les troupes était voisin du palais. Je ne vois qu'un seul emplacement convenable à ce camp; les autres sont trop' éloignés : car il aurait fallu traverser la Seine pour s'y rendre; ils sont peu commodes , et on a la preuve que ces emplacements étaient, du temps des Romains, employés à des usages qui ne pouvaient convenir à un camp. Cet emplacement, presque contigu à l'enclos du palais des Thermes, est aujourd'hui occupé par quelques maisons des rues de Vaugirard et d'Enfer, et par la partie orientale et le parterre du jardin du Luxembourg. Les diverses antiquités qui y furent découvertes viennent encore à l'appui de cette conjecture. D'abord je dirai que les mouvements du terrain n'ont produit aucun indice de tombeaux, aucune fondation d'édifice romain, rien de stable, mais beaucoup d'objets mobiles et convenables à des campements. Déjà, avant ces travaux, on avait déterré quelques objets très-portatifs consacrés au culte. Sauvai nous api»rend que , lorsqu'on jeta les fondements du palais du Luxembourg, sous la régence de Marie de Médicis, on découvrit une figurine en bronze de cinq à six pouces de hauteur; elle représentait Mercure. M. de Caylus recueillit dans la suite une petite idole d'Apollon en bronze, trouvée près de l'angle oriental du même palais, du côté du jardin.

Dans les fouilles faites en 1801, on déterra quelques figurines de divinités, une petite idole de Mercure en bronze, une tête de Cybèle de même métal , et quelques instruments que l'on croit destinés aux sacrifices. Des objets qui appartiennent aux repas et aux aliments s'y montrèrent en abondance. Plusieurs ustensiles propres à la cuisine et à la toilette, des ornements de ceinturon , des harnais de chevaux et un bout de fourreau d'épée. On y a recueilli plusieurs médailles ; (luelques-unes celtiques , d'autres consulaires, et une suite d'impériales, depuis Jules César jusqu'à Honorius. Quelques fragments de mosaïque y furent aussi trouvés; ils pourraient avoir appartenu à l'estrade ou tribunal construit au milieu du camp, du haut duquel le chef militaire prononçait ses sentences , ses harangues ou allocutions. Tous ces objets furent découverts dans la partie du jardin du Luxembourg située à l'est du parterre. Ajoutons qu'en 1811 et en 1817 on a recueilli encore, en creusant le sol de ce môme jardin , des franjments de jioterie romaine, dont plusieurs étaient ornés de bas-reliefs. Tant d'anticiuités relatives au culte, à la cuisine, aux vêtements et aux usages des soldais, réunies sur un même emplacement, annoncent que, pendant la période romaine, cet emplacement fut habité, et le fut par eux; que ce lieu habité n'offrant aucune (race d'édilice solide, la surface ne devait être couverte que de ces légères conslruclions propres aux camps, et nommées par les anciens (pnforia, ffihrrnanila. C(Mte absence de constructions solides, la nature des anti- <|uil(>s découvertes, le voisinage du palais des césars et de la voie romaine, lonl concourt à i>rouver que cet emplacement était celui du camp romain qu'il osl , («n outre, Irès-embarrassant de placer ailleurs.

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CIIA^IP DES SKIH'LTITUES. Dans lo vaslo espace cornpiis dopuis les hauUnirs de la ruo Saiiil-.lac(pi(\s cl de celle du laubourg de ce nom, cl depuis la rue d'Knfer jusqu'au bas du levors du plaleau de Saintc-deneviève, oti a déterré, a diverses époques, un si grand n()nd)re de (ombeaux romains, (pi'on ne peut conlesl(M' à cet immense eniplacemenl le lilre de ('hamp des sépultures, ou de cimetière, (lorrozel , (pii écrivait ses Anliqiiitcs de l^aris vers le milieu du seizième siècle, dit : « De nostre temps avons trouvé des sépulcres au long des vignes, hors la -ville Saint-Marceau, et n'y a longtemps qu'en une rue, vis-à-vis de Saint- > Victor, en pavant icelle rue, qui ne l'avait onc été, nous fust monstre, au ' milieu d'icelle, un sépulcre de pierre, long de cincj ])ieds ou environ, au

- chef et aux pieds duquel furent trouvées deux médailles antiques de >' bronze (1). »

L'abbé Lebeuf nous api)rend (lu'en janvier 1656, dans un jardin formé vSur l'ancien cimetière de Saint-Marcel, presque derrière l'église Saint-Martin, un jardinier, en remuant la terre, trouva soixante-quatre cercueils de |)ierre, qui paraissaient appartenir à des personnes des premiers temps du christianisme. On sait de plus que c'est dans le même lieu que fut placé le tombeau de saint Marcel, qui donna son nom à un mémorial , puis à une église, et enfin à un faubourg de Paris.

De ces découvertes on peut hardiment tirer cette conjecture, que les alentours de l'église Saint-Marcel étaient, sous la domination romaine, consacrés spécialement à la sépulture des chrétiens. Près de là était un territoire dont le » nom ancien semble désigner le séjour des morts. Ce territoire, dans un titre de l'an 1:245, est appelé terra de loco cinerum, le lieu des cendres, peut-être parce qu'on y bridait les corps. H s'étendait le long de la rivière de Bièvre, et fut traversé par une longue rue qui , de ces mots de loco cineriim, a reçu le nom de Lourcine. En 1635, en fouillant le sol près du Marché-aux-Chevaux, on déterra plusieurs grands cercueils en pierre, remplis de corps d'une grandeur extraordinaire, et chargés d'inscriptions grecques. On a découvert encore des squelettes dans la rue des Amandiers et sur le sol où s'élève le Panthéon, mais il est didicile d'établir s'ils sont d'origine gallo-romaine.

Cette incertitude ne peut subsister à l'égard des nombreux monuments sépulcraux trouvés dans l'enclos des ci-devant Carmélites , autrefois nommé de Notre-4)ume-deS'Champs, et dans les environs de cet enclos. Cet emplacement , situé à l'est de la rue d'Enfer, paraît avoir été le point le plus vénéré du vast(^ cimetière que nous décrivons, et le véritable sanctuaire sépulcral. En fouillant à quinze pieds sous terre dans cet enclos, on rencontra, dit Sauvai, une grande voûte sous laquelle était un groupe de figures qu'il décrit ainsi : « La principale

- figure représentait un homme à cheval, suivi de trois autres figures à pied, » parmi lesquelles était un jeune enfant. Chacune d'elles avait à la bouche une '> médaille de grand bronze de Faustine ou d'Antonin-le-Pieux. Un des piétons

- tenait de la main gauche une lampe qui avait la forme d'un soulier garni de >> clous. La même figure avait à la main droite une tasse contenant trois dés

1) Antiquités de Paris, par Corrozet.

» et trois jetons d'ivoire, qui se trouvèrent presque pétrifiés. » L'enfant était représenté tenant à la main droite une cuiller d'ivoire dont le manche avait un pied de long; il dirigeait cette cuiller vers un grand vase encore rempli d'une li(iueur odoriférante, qui, répandue par la rupture fortuite de ce vase, exhala une odeur dont l'air était parfumé. Ce monument très-curieux appartient au deuxième siècle, comme le prouvent les médailles trouvées dans la bouche de chacune de ces ligures. Dans le môme enclos des Carmélites, lorsqu'en 1630 on travaillait à construire la fontaine de ce couvent, on déterra quelques restes d'un cercueil, et un bas-relief de deux pieds de haut où l'on voyait, dit Sauvai, \in sacrificateur debout, et à ses pieds un taureau prêt à être immolé. Aucun de ceux qui ont écrit sur Paris n'a fait attention à ce passage remarquable : Sauvai luimême ne se doutait pas qu'il décrivait un monument curieux et très-rare en France, un monument du culte de Mithra, dieu-soleil des anciens Perses, dont le culte passa avec quelques autres, à l'époque des Antonins, de l'Italie dans la (iaule, où des monuments semblables, mais en très-petit nombre, ont été découverts.

Dans le même quartier, un peu plus au sud, vers l'emplacement de la maison de l'institution de l'Oratoii-e, et sur la route d'Orléans, on découvrit, à quelques pieds sous terre, deux cercueils de pierre, sur l'un desquels était gravée une inscription, qui apprend qu'il fut érigé pour Lucius Gavillius, fils de Cneius Perpetus, par ses héritiers. « Je pourrais encore parler, ajoute Sauvai, de quantité » d'autres caveaux, de coITres, de squelettes et de tètes , ayant des médailles à » la bouche, qui auparavant et depuis ont été découverts à Notre-Dame-des- » Champs (enclos des Carmélites) et aux environs, ce qui donnerait lieu de » croire, vu le grand nombre qu'on en a trouvé en ce quartier-là, que peut-être » les Romains l'avaient choisi exprès pour leur servir de cimetière et y placer » leurs tombeaux, parce que c'était le grand chemin de Rome (t). »

L'abbé Lebeuf pense que non-seulement le champ des sépultures comprenait tout le plateau de la montagne Sainte-Geneviève et une partie de son revers oriental, mais qu'il s'étendait au midi jusqu'à Montsouris, oii se trouve la maison dite la Tombe- Isoire. Pour prouver que tout cet emplacement était consacré aux morts, il cite aussi, outre la Tombe-Isoire, le Fief des Tombes situé dans le même emplacement, ainsi que les contes populaires sur le diable de Vauvert, les esprits, les revenants, qui apparaissaient en ces lieux contigus à la rue iVKnfrr.

FABRIQUE DE POTERIE. Au milieu du champ des sépultures, les Romains cherchèrent et trouvèrent une terre propre à la poterie. A l'endroit même où s'élève rédihce du Panthéon, lorsqu'en 1757 on commença à travailler à ses fondations, il fut découvert plusieurs puits sans revêtissement, creusés dans l'uni- (juc^but d'y trouver des terres propres à la fabrication. On y trouva des âtres, des fours coiislruils pour la cuisson des ouvrages, des fragments de vase, des vnses enliors et imparfaits. On y employait deux sortes de terre; l'une, d'un blanc gris, était riTouverte d'un vernis noir et fort égal ; et l'autre, rouge, dont

(0 Antujnius dr Paris, pai Sauvai, loin. 1, paii. 20, et tom. 11, pay. 335 cl suivantes.

sons I.A DOMINATION UOMAINK. 23

le vernis avait un éelal Irès-hrillant. Sur les vases en terre roiif^e on remarquait des bas-reliels d'un Irès-hon i>où(. Dansées puils, on a trouvé aussi une médaille dWuiiUste, les anses d'un grand vase de bronze; de plus, (juelques l'ragmenls de bronze peu intéressants, et une meule de moulin à bras.

AUKNES. Vers la fin de la domination romaine, presque tous les cbeCs-lieux de la Caule avaient un emplacement destiné aux jeux, aux combats des <>ladiateurs, l't à ceux des luttes l'éroces. Ces emplacements, nommés Cinfues, Ataphilhcàlres Arènes^ étaient ordinairement construits avec plus ou moins de magnincence par des soldats légionnaires.

Sur le revers oriental de la montagne Sainte-Geneviève, entre la maison dite autrefois de la Doctrine chrétienne et la rue Saint-Victor, était un emplacement auquel un seul titre de l'an 1284 donne le nom de Clos des Arènes, Cette dénomination a t'ait croire qu'il y avait eu là un ampbitbéàtre; mais aucun reste de ce prétendu édifice n'a survécu pour témoigner de son antique existence. S'il a réellement existé, il fallait qu'il fût peu solidement construit, et qu'il se composât de palissades et de terrasses. A l'indication que donne le titre dont je viens de parler, on a rattacbé un passage de Grégoire de Tours; ce passage porte qu'en l'an 577, le roi Cbilpéric ordonna qu'il serait bâti des cirques à Paris et à Soissons. Suessoniis afc/ue Parisiis circos œdificari prœcrpit. Cet ordre suppose que Paris et Soissons étaient dépourvus d'un bâtiment destiné aux spectacles publics; car ce roi n'aurait pas ordonné la construction d'un édifice déjà existant. On ignore si cet ordre fut exécuté; mais, si Paris a possédé une construction appelée les Arènes ^ on peut assurer, puisqu'il n'en est resté que le nom, qu'elle n'était ni magnifique ni solide.

AUTEL A BACCHus. L'existence de cet autel n'est fondée que sur une conjecture; mais cette conjecture est très-vraisemblable. Près des vignobles qui garnissaient, au nord et à l'est, le penchant de la colline de Sainte-Geneviève, à l'endroit où est aujourd'hui située l'église Saint-Benoît, il est certain qu'on a pendant longtemps rendu un culte à un saint Bacchus, nommé en français sain Bach. Le nom du saint, le même que celui du dieu Bacchus; son culte établi dans les domaines du dieu du vin, au centre des vignes; la fête de ce saint, célébrée le 7 octobre, le jour même où, dans les environs de Paris, on célébrait encore, il y a peu de temps, la fête païenne des vendanges et de Bacchus; l'origine inconnue de saint Bacchus, qui n'a point de légende particulière, et qui n'a été ([u'un peu tard accolé à saint Sergius, et mis avec lui en communauté d'événements, parce que la fête de l'un et de l'autre était célébrée le même jour : toutes ces cii'constances réunies ne prouvent point , mais i-endent très-croyable, l'existence d'un autel à Bacchus, dieu auquel a succédé, dans ces vignes, le culte d'un saint de ce nom. D'autres exemples de métamorphoses de dieux en saints, opérées par l'ignorance et la force de l'habitude, rendent celle-ci trèsprobable (\).

(1) Depuis que rcnipereiiv l^rohiis eut permis aux Gaulois de planter des \i2;ues, le culte de linrchiis fut étal)li parmi eu\. Julien, dans sou Misopài^ôn, dit uiu' l'cs peuples rendaient ini cuile à eetle divinité; et l'abbé Lebeuf, dans deux dissertations , a décrit Ie< cérémonies païennes des fêtes Laclii-

Wi

KDiFiCE DU QUAI i)E LA TOURNELLE. Tfois fragments de marbre, représentant des figures en haut-relief, et un mur de cinq pieds d'épaisseur, construit de pierres de taille d'une grandeur considérable, trouvés, en 1735, indiquent un édifice antique, construit avec une sorte de magnificence. M. de Caylus conjecture (lue cet édilice était une chapelle bâtie par les négociants de Paris, vis-à vis de l'autel érigé dans la Cité par les mêmes négociants.

Telle était, au quatrième siècle, la physionomie et les étabbssements de la l)artie méridionale de Paris : le palais des Thermes, ses vastes jardins, un vignoble, un camp romain , un champ de sépulture, en occupaient presque la totalité.

DU CHAINCxEMENT DU NOM DE LUTECE EN CELUI DE PARTS.

Ea petite nation des ParisU, ou Parisiens, n'était point au rang des privilé-* ;.;^> giées de la (iaule, au rang des nations libres, alliées ou amies des Romains, jj^j^ comme il s'en trouvait plusieurs que Pline a dénombrées. Sa forteresse ou oh^ï- W^w ^Lulèce, ne fut jamais colonie, ni métropole de province; elle ne jouit, sous l'empire romain, d'aucune de ces prérogatives qui peuvent favoriser l'accroissement et la magnificence des villes; si elle devint niunicipe, ce ne fut que vers la fin du quatrième siècle; elle devait être auparavant réduite à la pire des conditions politiques, à celle des vecligales. Zosime, Ammien Marcellin et Julien lui donnent des qualifications équivalentes à pelite forteresse (caslellum, oppididm/i.)

A une époque inconnue, et pendant la période romaine, les Parisiens étaient, avec les Senones, les Tricassini, les 3feldi et les Mdui, soumis au même régime financier, et sous la direction d'un seul adjoint au procurateur général : un de ces adjoints est, dans une inscription, nommé Aurellus Demetrius. Ces nations faisaient, comme celle des Parisiens, partie de la province Lyonnaise. Deux préfets, vers la fin du quatrième siècle, résidaient à Paris : celui des navigateurs sur la Seine, établis à Andresy (prafectus classis Anderecianorum , Parisiis), et 1(^ préfet des Sari/iates , peuple étranger, vaincu, et chargé de cultiver des terres situées entre Paris et Chora (l). La province Lyonnaise, dont Paris dépendait, étant, vers la fin du troisième siècle, divisée en deux provinces, le territoire des Parisiens fut compris dans la première Lyonnaise. Vers la fin du (luatrième siècle, on divisa de nouveau la Lyonnaise en quatre provinces, et . les Parisiens se trouvèrent dans la quatrième, qu'on surnommait Senonia, parce que Sens en était la métropole. ^

Pouniuoi la forteresse des Parisiens a-t-elle perdu ou quitté son nom primitif de lAilèee, poui' prendre celui de Parisii? pourquoi le nom de la nation a-t-il

(|ucs célébrées de son temps, les 7 et [) oclobio, dans quelques vignobles des environs de Paris. Un Niiinobleprès d'Orléans, appt^ié RcbrcHnrn, doit ce nom à nn lieu consacré à Baccluis, area Bacchi. l'oyez ci-après, chapitre 'i, article Saint- licnoit , et arlide Établissement du christianisme à Paris. (I) r//'>/v/ ii'e\iste plus. Sa position, (|ui u'oflVe que des ruines, était, comme l'a prouvé M. Pasumol , dans ses Mémoires ^éo^raphifjues , située sur un tertre appelé T'ille-. tu. verre, près de la rivière de Cure, ù 1600 toises en\iroii au nord de Sermicelles, entre Vermantou et A\allon.

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remplacé celui du clicl'-licu ? à quelle ép()(|ue s'est opéré un changemenl (lui semble si extraordinaire, quoiqu'il lût commun à tous les chels-lieux de nations dans la (iaule? Il serait trop long de résoudre complètement ces (iuestions; je dois me borner à des résultats, à un exposé succinct des principales causes de ce cbangement, et à la fixation de l'époque où il s'est opéré.

Des Barbares d'outre-Rbin avaient passé ce (leuve, et, pendant cinq années consécutives, par le pillage, l'incendie, avaient presque entièrement ruiné, dépeuplé une grande partie de la Gaule. Les Parisiens durent beaucouj) soulïVir de ces désastres. Julien, envoyé exprès pour les faire cesser, parvint, pendant les années 356 et 357, h purger entièrement le pays de ces dévastateurs. Au lieu de rétablir l'ordre ancien , ce prince, à ce qu'il paraît, y substitua un nouveau plan d'administration plus uniforme et plus populaire. 11 fit disparaître toutes les dilYérences qui se trouvaient entre les diverses nations et les diverses cités; on ne vit plus de villes colonies, de cités alliées, libres, amies, vectigales, etc.; les privilèges disparurent, et furent remplacés par l'uniformité d'administration et l'égalité de droit.

Les cbefs-lieux des nations qui ne jouissaient d'aucune prérogative, d'aucune distinction, acquirent alors des droits égaux à ceux dont avaient joui les colonies, les métropoles, etc. ; les institutions de la cité, c'est-à-dire de la nation, furent concentrées dans son cbef-lieu, qui reçut dès lors le titre de c/7é, et de plus le nom de la nation. Le cbef-lieu des Parisiens, ainsi que tous les cbefs-lieux non l)rivilégiés, perdit son nom primitif, et fut appelé Parisii, les Parisiens. Ce cbangement de condition politique, qui amena un changement dans les noms de cbefs-lieux, s'opéra entre les années 358 et 360.

Les géographes, avant ces années, donnent toujours au chef-lieu des Parisiens, les noms de Lutccia, LuteUa : dans Strabon, on lit Lucototia; dans Ptolémée, Locotecia; dans Julien, Leuketia; Ammien Marcellin, en traçant le tableau géographique de la Gaule, nomme ce chef-lieu des Parisiens Lutetia; mais, dans le récit qu'il fait des événements postérieurs à l'an 358, il l'appelle Parisii. Le changement commençait alors à s'opérer. Un synode, tenu dans les mois de novembre et de décembre 360 ou 361 , donne à ce chef- lieu le titre de cité et le nom de Paris; apud Pariseam civitatem (1). Dans les mois de novembre et de décembre 365, les empereurs Valentinien et Valens, qui y résidaient, y publièrent trois lois rapportées au Code théodosien ; elles nomment dans chacune d'elles le chef-lieu des Parisiens, Parisii. Depuis, ce nom lui a été conservé dans les histoires et dans les actes publics (2). H faut conclure que le changement de régime et de nom, et l'érection de Lulèce en cité, opérés entre les années 358 et 360, pendant le séjour de Julien dans les Gaules, furent l'ouvrage de cet empereur.

Lutèce, comme les autres chefs-lieux de la Gaule qui éprouvèrent le même changement, dut alors être érigée en municipe ; elle portait le titre de cité; elle

(1) Le nom de celte cité est écrit dans la lettre synodale, Fariseain ; mais il n'a jamais existé dan4 les Gaules de cité ainsi nommée, et il est évident que c'est une erreur de copiste.

(2) Néanmoins , sous la seconde race des vois francs, on trouve quelques écrivains qui donnent au »lief-lipu (\v-> P;\ii>iens le nom de Lutèce.

dut en avoir les institutions; elle dut avoir un corps déjuges et d'adminislrateurs municipaux, corps appelé, au quatrième sièc\e, ordomunictpalis, curia, composé de drcuriones et de cur/ales; elle dut contenir un édifice propre aux séances du corps municipal et au dépôt de'ses actes, que les monuments histoii(jues nomment {/esta municipalia. Cet édifice était évidemment celui qu'on a depuis désigné sous le nom de palais de la Cité. Il est certain que l'ordre municipal et les bâtiments consacrés à cette institution étaient ordinairement, dans les villes anciennes, placés dans le quartier spécialement nommé CUé. Ainsi Paris, à la lin de la domination romaine, possédait deux édifices qui pouvaient porter le titre de palais, celui de la Cité, et celui où les césars et les augustes passaient leurs ([uartiers d'hiver lorscju'ils se trouvaient dans la Caule, c'est-à-dire celui des Thermes. Le^ habitants de Paris ne jouirent pas longtemps des bienfaits de Julien. En i06, une foule de peuples barbares fondirent sur la Caule et la ravagèrent pendant dix années consécutives : cette ville ne dut pas échapper à cette calamité. Vers Tan 494, elle devint la proie des Francs.

Voilà ce (fu'il m'a été possible de recueillir sur l'état de Paris pendant la période romaine. Tout ce qu'on a imaginé pour donner un plus grand lustre à cette ville doit être mis au rang des fictions. Quant aux mœurs des Parisiens à ces époques reculées, elles nous sont à ])eu près inconnues. ÎNous ne pouvons guère leur appliquer que ce que Julien, en comparant les mœurs des habitants d'Anlioche à celles des Caulois, dit de ces derniers : « S'ils rendent un culte à Véiuis, écrit-il, ils considèrent cette déesse comme présidant au mariage; s'ils adorent Bacchus et usent largement de ses dons, ce dieu est pour eux le père de la joie, qui, avec Vénus, contribue à procurer une nombreuse progéniture. On ne voit chez eux ni l'insolence, ni l'obscénité, ni les danses lascives de vos théâtres. »

Dans la disette de notions historiques sur Paris, il ne faut rien omettre de ce (lui peut faire connaître l'état moral de cette ville; c'est pourquoi nous ajouterons que Julien, qui cultivait les lettres, y avait amené un savant médecin, nommé 0//7M.sr, auteur de plusieurs ouvrages, et notamment d'un abrégé de ceux de (ialien. La réputation littéraire de Julien et celle de son médecin attirèrent à Paiis plusieurs savants qui, pendant les quatre ou cinq hivers que ce prince séjourna dans cette ville, y formaient une espèce d'académie. C'est Oribasehilmème qui nous transmet cette particularité (1).

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