FIN DU DEUXIEME VOLUHE
r*»!» — Typ(ii:ra(>»:!p Lâ-.ot'R. rut» 5<Mifao% IS.
PAR DULAURE
Nouvelle Édition
Z^ZS Œ>
TQME TROISIÈME
PARIS
H. BOISGâRD, LIBRAIUE-ÉDITEL II
i3, RUE SUGER, 13
PHYSIQUE. CIVILE ET MORALE
PAR DULAURE
PÉRIODE X Saiie) XI. Etat physique de Paris.
Pendant la captivité de François I«r on s'occupa beaucoup des fortifications de
Paris. En loâo, on fit abattre ou raser une partie des voiries ou monticules formés, au dehors de l'enceinte, par les dépôts successifs des gravois et immondices
Porte Saint-Germain
de cette ville. Cinq cents hommes furent employés à ce travail; on les payait, chacun, a raison de vingt deniers par joar. Du côté du nord, l'enceinte, en quel- vaillereut
III DUL.\URE
ques parties, était auparavant entourée d'un double fossé : ou en creusa un seul plus profond ; seize mille pionniers y tra-
On fit abattre, dans la même année, la I Porte aux Peintres, située dans la rue Ssint-Denis, porte qui appartenait à l'enceinte de Philippe-Auguste.
En 1541, l'approche de l'armée impériale détermina le gouvernement à fortifier de nouveau Paris. On y travailla avec ardeur.
En 1552, les habitants firent encore quelques fortifications du côté des portes Saint-Denis et Saint-Martin : quoique toutes les constructions, réparations el creusement de fossés se fissent à leurs frais, ils étaient néanmoins obligés d'obtenir, avant de les entreprendre, la permission du roi.
. En 1566, on commença à étendre l'enjieinte de Paris du côté de l'ouest, et on y comprit le jardin des Tuileries. Cette partie d'enceinte fut nommée Boulevard des Tuileries.
Le 6 juillet 1566, Charles IX en posa la première pierre. L'extrémité occidentale de ce jardin fut fermée par un large bastion, qui a subsisté longtemps. Entre ce bastion et la Seine, on établit dans la suite une porte appelée de la Conférence. Ces constructions s'exécutèrent avec beaucoup de lenteur. L'ancienne enceinte, qui se trouvait entre les châteaux du Louvre et des Tuileries, continua de subsister.
Le faubourg Saint-Germain, depuis les guerres du quinzième siècle, était presque ■entièrement ruiné : la charrue passait dans les lieux jadis couverts d'habitations.
En 1540, ou commença à le rebâtir, et, en 1544, à paver quelques-unes de ses rues.
Un groupe de maisons s'était élevé audelà de l'enceinte septentrionale de Paris, et formait un hameau appelé Villeneuve. Ce hameau ayant reçu, en 1552, le caractère d'un village, on permit aux habitants d'y avoir une église, laquelle fut remplacée par celle qu'on nomme aujourd'hui Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle.
Sous le règne de François I^f, plusieurs églises de Paris furent reconstruites, plusieurs rues pavées, plusieurs fontaines réparées; et, pour la première fois, on construisit le quai du Louvre.
Sous Henri II, le vieux Louvre, déjà commencé, fut achevé : on bâtit le château des Tuileries et Ihôtel de Soissons.
Dans la Cité, sur l'emplacement appelé la Ceinture-Saint-Eloi, plusieurs rues fu-
rent ouvertes et des maisons construites.
Diversévénements apportèrent des changements dans quelques parties de Pari-.
En 1536, le tonnerre tomba sur la tour de Billy, qui s'élevait à l'angle formé par la ligne des fossés de l'Arsenal et par celle du cours de la Seine, et ruina cet édifice (1).
En 1563, l'Arsenal presque tout entier fut détruit par l'explosion de quinze à vingt milliers de poudre qu'il contenait (2).
En 1547, le pontSaint-Michels'écroula.
En 1564, le palais des Tournelles fut démoli.
En 1566, le Pont-au-Change fut réparé.
En 1572, on s'occupa à construire le quai des Bons-Hommes, qui forme aujourd'hui la route de Paris à Versailles, au bas de Chaillot, Une ordonnance de police, du 18 avril de cette année, pert^ que tous les gravois provenant des démolitions faites dans le quartier des Halle-, Saint-Honoré, dans les rues Montmartre.
Saint-Denis et Saint-Sauveur, à l'Apport- Paris et à la Vallée-de-Misère, etc., seront portés sur le quai neuf des Bons- Hommes.
En 1578, le cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Germain-des-Prés, continua de faire au bourg de ce nom les changements et améliorations qu'avait commencés l'abbé de Tournon, son prédécesseur. Il fit paver quelques rues de en bourg. Dans la suite, on parvint à combler un immense cloaque qui se trouvait à l'extrémité orientale de la rue Taranne.
Le parlement, sur la requête de l'Université, ordonna, le 5 août 1587, que la rue du Colombier serait pavée aux dépens des propriétaires des maisons qui la bordaient.
Les environs du Louvre étant couverts de bâtiments, et le bourg de Saint-Germain-des-Prés reconstruit et peuplé, on sentit la nécessité d'établir, sur la partie de la Seine qui sépare ces deux quartiers de Paris, un moyen de coran.unication : on plaça d'abord un bac sur cette rivière, puis on se décida à y bâtir un pont.
Le 31 mai 1578,^ Henri III posa la première pierre de ce pont : on travailla sans relâche à cet ouvrage, sous la direction d'André du Cerceau, architecte célè-
(1) Voyez ci-dessus l'article Arsenal.
(2J Voyez, même article.
bre. Dan? cette année, les quatre piles du côté de Saint-Germain-des-Prés furent élevées à fleur d'eau. Voici le témoignage de VEstoile sur ce pont : « En ce même « mois (de mai), à la faveur des eaux, « qui lors commencèrent et jusqu'à la i Saint-Martin continuèrent d'être fort * basses, fut commencé le Pont-Neuf, de « pierres de taille, qui conduit de Nes'.e . a l'école de Saint-Germain, sous l'ordon- ^ nance du jeune du Cerceau, architecte « du roi, et furent, en ce même an, les « quatre piles du canal de la Seine, < fluant entre le quai des Augustins et « l'isle du Palais, levées environ une toise « chacune par dessus le rez-de-chaussée, c Les deniers furent pris sur le peuple, « par je ne sais quelle crue ou dace extra- ■ ordinaire; et disait-on que la toise de « l'ouvrage coûtait quatre-vingt-cinq li- 't vres (ly. » Mais les événements politiques firent abandonner les travaux de ce pont : on ne les reprit que sous le règne de Henri IV. J'en parlerai à cette époque.
XII, Etat civil et administratif de Paris.
Le parlement de Paris exerçait la haute police sur cette ville et sur celles de son vaste arrondissement.
Le prévôt de Paris exécutait avec ses archers les ordres du roi et les arrêts du parlement.
Le prévôt des marchands présidait à tout ce qui concerne la défense et le commerce de cette ville, et exerçait, notamment, la police sur la rivière et sur ses ports.
Quatre échevins et le procureur du roi, le greffier, le receveur, présidés par le prévôt des marchands, composaient le bureau de la ville, auquel étaient adjoints vingt-six conseillers et, de plus, dix sergents, qui exécutaient leurs arrêtés.
Seize quarteniers, quatre cinquanteniers et deux cent cinquante-six dizeniers commandaient la garde bourgeoise de Paris.
Troiscompagnies d'archers, arbalétriers, arquebusiers étaient commandées par les prévôts de Paris et des marchands :
eu 4350, on donna à ces compagnies un capitaine général.
Le guet, qui servait à la garde de Paris, se composait du guet royal, formé
(1) Journal de Henri III. en mai 1578.
d'un certain nombre d'hommes, à pied et à cheval, qui faisaient la ronde dans les rues de cette ville; et du guet assis, formé de bourgeois ou artisans, que l'on plaçiit, en divers quartiers de Paris, de manière à ce qu'ils pussent se prêter un mutuel secours.
Ces deux espèces de guets étaient commandés par un seul capitaine, qualifié de Chevalier du Guet.
Un gouverneur de Paris et de la province de l'Ile-de-France, lieutenant du roi, brochant sur le tout, avait le commandement de toute la force armée. Il est remarquable que, pendant cette période, plusieurs de ces gouverneurs militaires étaient des archevêques et des cardinaux. Ainsi les gardes parisiennes et royales de cette ville ont eu, en 1322, pour chef suprême, Pierre Filhoti, archevêque d'Aix; en 1336, Jean du Bellay, cardinal et évêque de Paris; en 1534, Antoine Sanguin, cardinal de Meudon, archevêque de Toulouse; en 1331 et 1337, Charles de Bourbon, cardinal et archevêque de Rouen : tous ces princes remplissaient l'office de militaires.
L'état militaire de Paris, outre la garde bourgeoise et les deux guets, pouvait être renforcé par les archers de la ville, les sergents du Châtelet, les Gardes de la connétablie, et notamment par les compagnies des arquebusiers et des arbalétriers, dont j'ai parle.
Ces diverses institutions, destinées à maintenir l'ordre public, ne le maintenaient point : elles étaient entravées dans leur action les unes par les autres, et surtout par cette multitude de justices seigneuriales, dont chacune avait son tribunal, ses prisons, ses sergents, ses gardes ou ses archers. Le Temple, le monastère de Saint-Martin, l'abbaye de Saint-Germaindes-Prés, de Sainte-Geneviève, etc. ; les chanoines de Notre-Dame, la justice épiscopale, l'officialité, et en outre le bailliage du Palais, la connétablie, l'amirauté, la chambre des comptes, la cour des aides, ^ la cour des monnaies, le Châtelet, etc., avaient aussi leur juridiction, leurs officiers, et leurs attributions (1). Mais ces institutions, surabondantes, inutiles, qui n'existaient que parce qu'elles avaient anciennement existé, ne servaient qu'à
fil riode
Voyez ci-dessus, t. III, article Prisons de Paris.
présente pe-
compliquer l'action administrative : leur attribution, vaguement limitée, donnait naissance à une infinité d'entreprises des unes sur les autres, à d'interminables et ridicules conflits de juridiction, à de continuelles querelles de préséances ; elles s'entravaient el se heurtaientsanscesse(l).
Les agents inférieurs, trop faiblement rétribués, remplissaient mollement leur devoir ; et plusieurs vendaient la liberté aux criminels qu'ils étaient chargés d'arrêter. Partout régnait la confusion, le désordre, et un arbitraire révoltant. Tout marchait avec une difficulté, une lenteur qui favorisait les attentats. Aussi Paris fut-il presque continuellement en proie au brigandage, aux séditions, aux abus les plus intolérables.
En 1 523, une bande de voleurs, appelés mauvais garçons, troupe de gens masqués, exerçait dans cette ville, même en plein jour, des pillages que les autorités ne pouvaient réprimer : elle volait les bateaux sur la rivière, battait le guet, et, pendant la nuit, se retirait hors de Paris, avec son butin.
A ces brigands se joignaient, dans le même temps, des aventuriers français, des bandes corses et italiennes, qui désolaient Paris et ses environs par des brigandages et des meurtres. Ces troupes, mal payées, vivaient de vol, et les gendar-
(1) Entre une infinité de preuves de cette vérité, je citerai celle-ci :
Le 12 décembre 1564, un avocat nommé Rnsé, qui accusait Tanchou, lieutenant criminel de robe courte, d'avoir pillé la maison du sieur Lonjumeau, située auprès du Pré-aux-Clercs, pendant que les catholiques l'assiégeaient, lui envoya un huissier, qui, en vertu d'une ordonnance de la connétablie, vint lui annoncer qu'il l'arrêtait prisonnier au nom du roi. Le lieutenant criminel se laissa conduire dans la prison du For-l'Evêque. Alors, ce lieutenant demanda à voir la commission : dès qu'il vit qu'elle émanait du prévôt de la connétablie, il arrêta lui-même, au nom du roi, l'htiissier qui l'avait arrêté. Le parlement ordonna bientôt après que le lieutenant criminel sortirait du For-l'Evêque et que l'huissier serait transféré aux prisons de la Conciergerie. Voilà le prévôt de la connétablie en opposition avec le lieutenant criminel du Châtelet, et le parlement en opposition avec la cunuttablie. (Mémoires de Condé, toœ. I, pag. 149.)
DE P.4RIS
mes du comte de Saint-Paul les imitaient. Ce ne fut qu'après qu'ils eurent fait des ravages énormes qu'on parvint à s'en débarrasser.
Au mois de mai 1323, on donna une nouvelle organisation au guet de Paris.
On recommanda aux Parisiens de placer des lanternes allumées devant leurs maisons, comme on avait fait l'année précédente; et on établit un lieutenant criminel de robe courte, chargé de juger les personnes prises en flagrant délit.
En 4541, tous les environs de cette ville étaient dévastés par des gens de guerre et des vagabonds. Le prévôt de Pa- ! ris se trouva sans force suffisante pour purger le pays de ces brigands. Il fallut recourir à des forces étrangères, qui n'arrivèrent que lorsque le mal était consommé.
En 1548, la route d'Orléans, la plas fréquentée de toutes celles qui partaient de Paris, était infestée par des voleurs, qui se retiraient dans les profondes carrières des faubourgs Notre -Dame- des- Champs et de Saint-Jacques : le parlement, au mois de mai de cette année, ordonna aux habitants de ce faubourg d'étabhr un guet, remède inutile. Ce ne fut qu'en i 563 que de nouvelles plaintes à ce sujet déterminèrent cette cour à faire clore l'entrée de ces carrières pendant les nuits et les jours de fêtes.
Les magistrats étaient aussi dépourvus de moyens pour maintenir l'ordre au dedans de Paris qu'au dehors de cette ville.
Le 4 juillet 1548, les écoliers se portèrent en armes contre l'abbaye de Saint- Germaiu-des-Prés, l'assiégèrent, firent des brèches aux murailles du grand clos et des jardins, en brisèrent tous les arbres fruitiers, les treilles, etc. ; ils firent de parfeils dégâts dans la ferme de cette abbaye et même dans quelques maisons voisines, bâties sur le Petit-Pré-aux-Clercs, dont ils se prétendaient propriétaires. II paraît que l'abbé* et quelques particulier* avaient envahi plusieurs parties de ce pré. Aucune force publique ne se présenta pour arrêter l'élan de cette jeunesse turbulente.
Ces écoliers ayant dévasté les propriétés de l'abbaye pendant la journée entière, s« retirèrent, commeen triomphe, chargés des branches d'arbres qu'ils avaient rompues.
Les jours suivants, les écoliers continuèrent leursdévastationsàS:iint-Germaiûdes-Prés, et ne rencontrèrent point d'obs-
ÉTAT
tacles, si ce u'est celui que leur opposèrent les officiers ou serviteurs de c^tte abbaye. Le parlement ordonna, le 9 juillet, qu'il serait fait des informations (1).
Cette mesure n'empêcha pas les écoliers dese porter, enjanvier 1549 et en mai looO, sur les bâtiments de Saint-Germain-des- Prés. et d'y renouveler chaque fois leurs dévastations : on ne leur opposa que des menaces (2).
Les habitants du faubourg Saint-Marcel, d'un côté, et ceux des faubourgs Saint-Jacques et de Notre-Dame-des- Champs, de l'autre, étaient entre eux dans un état de guerre continuelle. Ils se battaient, se mutilaient, rompaient les clôtures, dévastaient les propriétés. Le parlement n'a d'autres moyens à opposer que de défendre, le 11 octobre 1552, les rassemblements, et de faire planter quatre potences dans le faubourg Saint-Marcel, et deux autres dans les faubourgs Saint- Jacques et Notre-Dame-des-Champs (3).
Les écoliers, les voleurs du faubourg Saint-Jacques, les habitants de ce faubourg, en guerre contre ceux du faubourg Saint-Marcel, n'étaient pas les seuls perturbateurs : des pages, des laquais, des ouvriers, des variées de boutiques, des clercs du 1 alais et du Chàtelet troublaient aussi la tranquillité publique.
Ce fut inutilement que le parlement, par son arrêt de mars 1551 (1552', « dé- « fendit à tous les habitants, varlets de « boutiques, clercs du Palais et du Chà- « telet, pages et laquais, et à tous gens de « métier de porter bastons, espées, pistol- « lez, courtes dagues, poignards, à peine « de punition corporelle (4). » Les désordres continuèrent.
En juillet 1553, le parlement renouvela les mêmes défenses, et ajouta celle de fronder devant les Augustins, c'est-à-dire iç lancer des pierres avec la fronde (5).
Cette cour, toujours menaçante, toujours paralysée, rendit le 7 mars 1553 (4554), contre les clercs de procureurs,
(1) Histoire de Paris, par Féllbien, t. II. p. 1025.
(2) Histoire de Paris, parFélibien, p. 1026.
(3) Registres criminels^ registre coté 97, 11 octobre 1552,
(4) Registres de la TournelU criminelle, registre coté 96.
(5j Registres de la TournelU criminelle, registre coté 99.
' palefreniers, laquais et autres serviteurs, ; un arrêt qui leur défend de s'attrouper, ; de porter des armes, sous peine de la hart, 1 et ordonne au bailli de faire planter deux j potences dans la cour du Palais, où les contrevenants seront pendus sans figure de procès (1).
On verra tous ces moyens comminatoires, inspirés par l'impuissance, se reproduire sans succès pendant plus d'un siècle.
D'autre part, de nouveaux attroupements d'écoliers se manifestent ; et Pierre Séguier, lieutenant criminel, est chargé, le 28 février 1555, de faire informer sur les désâts qu'ils ont commis au Pré-aux- Clercs^(2).
On fait au parlement, au mois de mars suivant, de grandes plaintes contre le tumulte des écoliers : on ajoute que leurs attroupements sont tolérés parles juges (3).
Le parlement, ne pouvant se faire obéir, interroge les principaux des différents collèges, reclame la force armée dont le prévôt des marchands dispose, ordonne qu'il sera dressé une liste de tous les écoliers, et leur défend de loger dans les faubourgs: le tout fut inutile. Pour défendre leurs droits sur le Petit-Pré-aux-Clercs , sur lequel les moines de Saint-Germain avaient fait bâtir quelques maisons, ouvert une porte, etc., les écoliers, évidemment excités par les principaux et régents de collèges, continuèrent à se faire justice par des voies de fait.
Au mois de mai 1557. les prétentions des écoliers, et les moyens qu'ils employèrent pour les faire valoir, prirent un ca • ractère très sérieux. Le 1 2 de ce mois, ils affichèrent des placards tendant a former un attroupement: ils se rendirent en armes au Pré-aux-Clercs, mirent le feu à trois maisons voisines de ce pré, et tuèrent un sergent qui se présentait pour les contenir.
Le lendemain, le parlement appelle à st barre le recteur de l'Université, l'interroge. Il répond par un long discours en latin.
Le 20, nouvel attroupement, nouveaux dégâts: le parlement fait encore venir le
(1) Registres crimiixtls du parl-ement , r«g. coté 101, 7 mars 1554.
(21 Registres criminels du parlement, reg. coté 101, 28fëv. 1554.
(3) Registres criminels du parlement, reg» coté lOlj 28 fév. 1854.
recteur de l'Université, le=î principaux des collèges de Bourgogne, dii Mans, de La M^irche et de Justire. Le recteur interrogé répond qu'il a rassemblé l'Université, et fait les remontrances nécessaires pour calmer l'émeute; qu'il no sait plus qu'y faire; qu'il n'est pas obéi ; qu'il est mêmemenacé. On lui demande pourquoi il avait donné à quelques habitants du Pré-aux- Clers des billets de sauvegarde sous le scel de l'Université et n'en avait point accordé aux autres, et s'il s'était fait payer pour délivrer ces billets. Il répond qu'un marchand drapier était venu lui demander un moyen pour préserver sa maison de la démolition; qu'il lui avait accordé un billet, ainsi qu'à d'autres, et que, quoiqu'on lui eût offert de l'argent, il l'avait refusé.
Le président annonce qu'il a écrit au roi pour l'informer de cette émeute, et lui demander une force armée pour la réprimer : il se plaint de ce que l'on méprise les arrêts du parlement ; de ce qu'on affiche aux carrefours des placards et des libelles très séditieux ; que la veille au soir des écoliers en grand nombre ont démoli et abattu la barrière des Sergents, située près de la Croix des Carmes, avec menaces de mettre le feu en plusieurs autres endroits, qu'ils ont commis d'autres excès et maltraité des sergents. Enfin, le président ordonne au recteur, ainsi qu'aux quatre procureurs des Nations, de faire cesser l'émeute, sous peine d'être poursuiviscomme responsables ; de faire fermer les portes du collège dès six heures du soir, et clore leurs fenêtres basses avec des plâtres ou des grilles de fer; d'empêcher qu'on ne jette, des fenêtres hautes, des pierres, tuiles et autres choses qui puissent offenser les ministres de la justice.
Galandius, principal du collège de Boncourt, mandé au parlement, s'excuse en disant qu'il n'est pas maître de ses écoliers : il les qualifie de petit peuple et A'imperita multitudo, et assure qu'ils lui veulent beaucoup de mal de ce qu'il n'autorise point leur insolence.
Le soir, le recteur de l'Université se présente encore au parlement : il a essayé d'assembler les principaux et régents des collèges : quehjues-uns se sont rendus à son invitation, d'autres s'y sont refusés : il a présenté à ceux qui étaient présents l'ordonnance du matin; ils n'ont pas voulu y obéir. Les écoliers du Plessis ont menacé de mettre le feu au collège de ce
nom ; le principal s'en est évadé. Après cet exposé du recteur, le président lui commande d'assembler, le lendemain, l'Université aux Mal burins : le recteur répond qu'il ne sait plus que faire ; que les écoliers le menacent ; il voudrait bien n'avoir pas été nommé recteur, etc.
Le 26 mai arrive au parlement une lettre du roi, datée de Villers-Cotterets, du 24 de ce mois, lettre menaçante, portant qu'il va faire avancer des troupes, dix enseignes de gens de pied et deux cents hommes d'armes, pour soumettre les écoliers et leurs complices; enjoint au parlement de faire publier, dans tous les carrefours de Paris, que défenses sont faites aux écoliers, régents et martinets (1), de quelque nation qu'ils soient, et autres, de se rendre au Pré-aux-Clercs; « lequel « pré, portent ces lettres, de notre pleine « puissance, nous avons pris et mis, pre- « nous et mettons en notre main, pour « après en faire et disposer ainsi que bon « nous semblera. » Il ordonne aux écoliers martinets dese mettre, dans six jours, en pension dans les collèges. Les écoliers séditieux et natifs des pays étrangers, contre lesquels la France était en guerre, sortiront dans quinze jours du royaume, sinon lisseront faits prisonniers, etc. Cette dernière précaution prouve que le roi soupçonnait, ou avait la certitude que ces émeutes étaient suscitées par ses ennemis extérieurs.
Le lieutenant civil vint au parlement, et annonça que, la veille au soir, escorté de vingt à vingt-cinq hommes, il procéda à la publication d'un arrêt contre les écoliers; qu'arrivé au carrefour de Saint- Côme, il fut forcé de s'arrêter, parce qu'on lui jeta quantité de pierres; qu'il put cependant pénétrer dans quelques collèges, et qu'il y fit treize prisonniers : comme il était neuf heures du soir, et qu'il avait une faible escorte, il se retira. Les archers delà ville étaient absents; le chevalier du guel^, menacé par un comte de Garman, refusa de se joindre à lui.
Un des échevins est mandé au parlement : il s'excuse en disant qu'il s'était équipé ; our escorter le lieutenant civil, mais qu'il ne trouva dans l Hôtel-dj-Ville qu'un très petit nombre d'hommes armés.
On voit ici avec quelle molle.^se, quelle
(l) Oa nommait martinets des écoliers externes.
ETAT
discordance procédaient les rombreuses administrations civi'es et mi.ilaires de Paris.
Bientôt après, le roi fit clore de murailles le Pré-aux-Clercs, et, les 31 mai tt 12 juin, fit mettre en liberté les écoliers prisonniers, mais laissa dans les prisons ceux de leurs complices qui n'étaient pas étudiants \\).
Ainsi lePré-aux-Glercs cessa pour quel- ;que ;emps d'être le théâtre des exploits de la jeunesse des collèges; mais elle trouva d'autres lieux pour exercer sa turbulence.
Le to Q^oùt suivant, les écoliers s'attroupèrent, sortirent par les portes Saint-Jacques et Saint-Michel, se répandirent dans les viimes voisines, et les ravagèrent sans obstacle. Ils continuèrent leur dégât pendant les jours suivants. Ces dévastations durèrent jusqu'au 20, et ne cessèrent que par lassitude ou par défaut d'objets.
Au mois de janvier 1558, ils vinrent attaquer des maisons du Pié-aux-Clercs.
On eut beaucoup de peine à les empêcher de les démolir (2j.
S'il fallait rapporter toutes les expéditions de cette jeunesse brutale et incivilisée, tous les mouvements séditieux des écoliers et de leurs professeurs, on composerait des volun^es. (Jn verra dans la suite les mêmes desordres et la même impuissance de les réprimer se maintenir jusque sous le règne de Louis XIV.
Les désordres étaient si fréquents, les moyens de répression étaient si faibles, que Charles IX se vit obligé, par un édit de janvier 1572, de créer un bureau de poli. e. Mais ce bureau contrariait les attributions des autres tribunaux, blessait 'es intérêts, des amours-propres; il fallut y renoncer. Le roi, au mois de sepleml re de l'année suivante, supprima le bure u de police : il chargea lé prévôt de Paris, son lieutenant, e piévct des marchands et !es échevins. du soin de maintenir la tranquillité publique, qui continua à êt.etroubite commeauparavant.Legou- \erie»i eut manquait de force et d'organisation ; les institutions féodales et rovales
[\) Registres civils et mautiscrits du parlement, au 13, 21, 22, 24. 25, 26, 31 mai, 12 juin 1557; 23 mai 1 5B.
(2) Histoire de Paris, pur Félibien. t. II, p. 1058.
i Ainsi, pend nt cette lériode, la vilje de Paris, san.s ci's e gitée par des militaires indisciplines, par des vagabonds et des voleurs, [t;ir des i âge- et des laquais, par des ouvriers et garçons de bouti ues, par les écoliers et leurs régent-, puis par les prédicateurs et les dispensions |.olitiqueset religieuses, fut, au dehors copmc au dedans de son enceinte, dnns un état continuel de guerre et d'alarmes.
Population. Elle se composait, à Paris, de nobles, de gentilshommes, domestiques, pages, laquais, etc., suivant la cour; de prêtres, dignitaires, desservants, mornes, etc. : d'officiers de justice, | résidents, conseillers, avocats du roi, avocats, procureurs, solliciteurs, huissiers ; enfin de professeurs, écoliers, médecins, chirurgiens, libraires, tous membres de l'Université. Il serait difficile de déterminer le nombre de ces diverses classes de la population.
Quant à certains offices, l'ouvrage de Nicolas Froumenteau nous offre quelques données. Il nous apprend que. sous Louis XII. il n'existait dans le diocèse de Paris que quarante-huit ou quaranfeneuf huissiers ou sergents; et qu'en 1580. époque où il écrivait, il s'en trouvait plus de trois cents.
Le nombre des notaires, sous Louis XII. se montait, dans le même diocèse, à vingtcinq ou trente: et, sous le règne de Henri III. ce nombre avait plus que quadruplé.
Le nombie desavocats était, sous ce dernier règne, dix fois plus grand que sous celui de Louis XII (1).
Cet accroissement extraordinaire, opéré dans l'espace d'environ soixante ans, est dû à deux causes principales. Les rois de cette période, toujours assaillis par le besoin des finances, trouvèrent une ressource extraordinaire dans la vente des offices : ils en créèrent un très grsnd nombre pour en i étirer plus de profit. D'autre part, en 1560, aux états d'Orléans, il fut dtfendu aux prêtres d'exercer les fonctions de notaire, fonction- que depuis longtemps ils avaient envahies.
Cette défende, qui multipliait les t:av;iux des notaires laïques, dut aussi en multiplier le nombie.
La partie industrielle de la population
(1| Secrets des Finances, diocèse de Pari;, D. 103. ■
de Paris était divisée en six corps de marchands ou métiers. Ce nombre varia :
sous Louis XII, il était de cinq ; sous François pr, il fut porté à sept : les changeurs, les drapiers, les épiciers, les merciers, les pelletiers, les bonnetiers et les orfèvres.
Les changeurs, qui, anciennement, habitaient les maisons bâties sur le Pont-au- Change, et qui en furent chassés en 1 331 , se trouvant, au commencement du seizième siècle, réduits à un très petit nombre, cessèrent de faire corps. Les drapiers occupèrent alors le premier rang, et il n'y eut plus que six corps. En loSo, Henri III érigea un septième corps, celui des marchands de vin ; mais les autres corporations refusèrent de le reconnaître, et l'on ne compta dans Paris que six corps de marchands.
Chacun de ces corps était gouverné par des maîtres et syndics, forn^ait une confrérie, avait un saint particulier pour patron, des règlements, dont ht plupart des articles présentaient des obslacîes aux progrès de l'industrie, et des privilèges, qui, disputés par les autres corps, devenaieut une source d'altercations. Ces corps avaient notamment la prérogative utile de porter le dais dans les cérémonies des entrées des rois et des reines. Ils dépensaient alors beaucoup d'argent pour s'habiller avec magnificence : ils en dépensaient aussi pour leurs amples repas de corps. Ces règlements, ces repas, ces privilèges alimentaient la vanité et la débauche Tle commerce, l'industrie, la morale n'y gagnaient rien.
Il existait à Paris une classe moins utile et plus dangereuse. Nicolas Poulain, dans son procès-verbal de l'an 1588, dit qu'il se trouvait alors dans Paris « une « grande quantité de voleurs et gens mé- « caniques, qui passoient le nombre de <r six, voire de sept mille (1). »
Lorsqu'en 1552 Henri II vint au parlement tenir son lit de justice, l'avocat général Séguier dit à ce roi que la ville de Paris contenait huit à neuf mille pauvres; que ces pauvres étaient privés d'aumônes, parce que plusieurs riches, qui s'étaient engagés à fournir quelques petites som-
(1) ProcèS'isrbal de Nicolas Poulain, inséré îans le tom. II du Journal de Henri III, parTEstoile, édit. de 1744, p. 240.
mes pour les soulager, refusaient de les payer (1).
Six à sept mille voleurs, huit à neuf mille pauvres, offraient de puissants et effrayants moyens aux factions et aux perturbateurs de Paris.
On ne trouve dans les monuments his toriques que des données très insuffisante.sur la population générale de Paris, En 1553, le prévôt des marchands et les échevins délibéraient sur les moyens de fortifier cette ville. Pour fournir aux dépenses de ces fortifications, le prévôt proposa une imposition de cent sous sur chaque maison de Paris, et dit que, sur le pied de douze mille maisons, l'impôt produirait 60,000 livres (2).
Aujourd'hui Paris contient plus de vingt -sept mille maisons et plus de neuf cent mille habitants. Si les maisons du règne de Henri II contenaient autant d'habitants que celles du temps présent, et si le compte rond de douze mille maisons était exact, on pourrait, par une règle de proportion, obtenir un résultat approximatif ; et ceresultat donnerait environ deux cent soixante mille habitants; mus ce nombre est certainement trop fort, ; et ces maisons ne peuvent servir de terme de comparaison, attendu que presque toutes, ne se composant que d'un rez-dechaussée et d'un étage supérieur, n'étaieni point aussi populeuses que les nôtres. .Je crois m'éloigner peu de la vérité en accordant à la ville de Paris, pendant cette période, une population de deux cents l\ deux cent dix mille âmes.
Dans ce tableau de l'état civil, je ne dois pas omettre deux changements notables qui, dans le même temps, s'opérèrent en France dans le calendrier.
L'année, depuis longtemps, commençait à Pâques : Charles^ IX, par un édit de 1564, fixa le commencement de l'au^ née au l«f janvier; et Ton commença à exécuter cette ordonnance le l^r jour de janvier 1565.
On s'était déjà aperçu de la précession des équinoxes, et du dérangement qu'elle apportait dans les diverses époques de l'année; une correction dans le calendrier
(1) Registres manuscrits de la Tournelle criminelle du parlement, registre coté 96, au 12 novembre 1552.
(2j Histoire de Paris, pas Félibien , t. II, p. 1039.
TABLEA
était nécessaire et demandée. Plusieurs papes s'en occupèrent, et Grégoire XIII la fit exécuter. Après dix annexes de calculs de la part des plus habiles astronomes de ce temps, un nouveau calendrier, avec ses corrections, fut, en 1582, arrête et publié par ^ pape. Dix jours furent retranchés de cette année.
A Rome, le 5 octobre fut compté pour le 1 o de ce mois.
Eu France, c^tte correction fut admise