‹ Histoire de ParisChapitre 99 sur 261 · X. Paris sous Henri III · texte numérisé non relu

X. Paris sous Henri III

' Henri III succéda, le 30 mai 15U à sou I frère Charles IX. Elevé à la même école,

■ placé dans des circonstances pareilles, di-, rigé par les mêmes compères, les cours de Kome et d'Espagne., et par la maison de

■ Guise, ce roi dutlenir la même conduite,

il) Registres manuscrits de la Tournelle criminelle, registre coté 77.

(2) Registres manuscrils de la Tournelle criminelle, registre coté 96.

(3) Registres manuscrits de la Tournelle <riminelle. regi.stre coté 118.

FAftU. — Typofïipi.if î w '. R, rue • c.•.l'^ ^■, 18.

SODS HENRI III

avoir les mêmes principes. Aussi persécu- j acquise ou naturelle, qui le distingua de teur, aussi perfide, moins sanguinaire, ses autres frères. Mais les discours qu'il aussi superstitieux que son frère, il fut prononça en public étaient-ils son ouvrage? plus que lui livré à la débauche, même à Le peuple n'a pas besoin de belles phrases, la débauche la plus honteuse: il sut comme [ et que servent les discours d'apparat, les lui associer la cruauté et le libertinage à promesses séduisantes, s'il n'en résulte la dévotion. Quoique aussi ignorant que aucun effet ?

ceux de sa famille, quoique comme eux Henri III subit cruellement le châtiimbu de fausses idées et de principes per- , ment de sa faiblesse. Les cours de Rome vers, il était, dit-on, doue d'une éloquence et d'Espagne, et leurs agents prédicateurs.

L'hôtel de Sens.

voulaient que oe roi fût soumis à une religion étrangère à la morale évangélique. Henri IIÎ, très docile, suivit cette religion qui ne > ontrariait point ses goûts dissolus; il s'assu êttit même aux pratiques les plus ridicules. Rome et les Guises ne lui tinrent point compte de sa soumission.

Ils exigeaient encore qoe ce roi persécutât les protestants : il les persécuta jusque vers la fin de son règne. Rome, les Guises et lEspagne n'en lurent pas plus contents, et ne le livrèrent pas moins aux injures journalières de leurs prédicateurs.

II DLXADRE.

Rome, les Guiseîi et l'Espagne établirent la Liguecontre le parti protn^stant ; HenrilII se déclara le chef de cette ligue, obligea tous les fonctionnaires de son rovaum© à s'y engager par serment; Hc .li'lll n'en fut pas moins trahi, chassé de Paris par les Guises, qui le forcèrent à se jeter duns les bras des protestants qu'il avait tant persécutes. Enfin les Guises le firent assassiner à Sair.t-IJloui par uii moine. Qu»..que parti, quelque wroyance religieuse que le roi eût embrassés, les ambitieux qui aspiraient au gouvernement de la France

îussent fini par le détrôner. Le roi d'Espagne ;e pape et les Guises l'avaient ainsi résolu. Voici les établissements qui se formèrent à Paris pendant ce triste règne.

Capucins, communauté de religieux située rue Saint-Honoré.

La sanguinaire faction des cours de Rome et d'Espagne, alarmée des progrès lu protestantisme, renforça en France sa .nilice prêchante, enseignante et confessante. Déjà Paris était surchargé de moines seigneurs et de moines mendiants ; de couvents de lun et de l'autre sexe; de communautés religieuses de toute espèce, de toute couleur : la faction dont je viens de parler, trouvant ces forces insuffisantes, en envoya de nouvelles. Les jésuites vinrent les premiers ; les capucins suivirent. Les jésuites étaient, à ce qu'il parait, chargés d'exploiter les consciences des gens de la cour et autres hommes puissants ; âûx talents des capucins étaient abandonaés les gens du bas étage.

Le cardinal de Lorraine avait, à son retour du concile de Trente, amené en France quatre frères capucins; il les établit, en 1564, dans une partie de son parc ie Meudon. Après la mort de ce cardinal, ;es moines retournèrent en Italie.

En 1 574, Pierre Deschamps, qui de :ordelier s'était fait capucin, vint d'Italie établir à Paris une autre colonie de c^ttc espèce. Il forma au village de Picpus un couvent de frères mineurs nommés cap:icins, à cause de la forme pointue de leurs capuchons.

Bientôt après arriva de Venise en France le frère Pacifique, qui, en qualité de commissaire général de son ordre, et favorisé par la faction du pape, du roi d'Espagne et des Guises, et par Catherine :e Médicis, instrument de cette faction, réunit aux capucins de Picpus douze auu-es moines de la même espèce, qu'il avait recrutés en Italie, et les établit tous dans un emplacement que leur donna cette reine, au faubourg Saint-Honoré.

Henri III, par lettres patentes du mois de juillet 4 576, les prit sous sa protection et sauvegarde spéciale.

Ce couvent, dans son origine, situé sur un emplacement qui occupait la partie ouest de la place Vendôme, fut ensuite transféré dans la rue Saint-Honoré, au sud de cette rue. On commença en 1603 la ccnstruction de l'église, qui fut achevée en 1610.

De toutes les capucinières de France, celle de la rue Saint-Honoré était la plus considérable et la plus vaste. On v comptait jusqu'à C£nt ou cent vingt religieux de cet ordre, qui se montrèrent, sinon les plus subtils, au moins les plus zélés défenseurs des intérêts de la cour de Rome.

Leur église était soigneusement ornée. On y voyait un beau tableau de La Hire, un autre de Robert, et un Christ mourant, peint par Le Sueur.

Deux capucins fameux habitèrent cette maison, et furent enterrés dans son église : Henri, duc de Joyeuse, dit le père Ange, et Joseph le Clerc, fameux sous le nom du père Joseph. Après avoir- perdu son épouse, morte par un excès de dévotion, le duc de Joyeuse, de désespoir, se fit capucin. Dans la suite deux de ses frères furent tués à la bataille de Coutras, un troisième se noya dans le Tarn. Ces événements déterminèrent le père Ange à quitter le froc pour prendre le casque. De capucin qu'il était, il redevint militaire, fit la guerre au roi Henri IV ; et lorsque ce prince fut monté sur le trône, il lui ;vendit bassement sa soumission au prix du titre de maréchal de France. Il était souvent l'objet des plaisanteries de ce prince, d'humeur caustique. Un jour que le duc (le Joyeuse, placé avec Henri IV sur le balcon du Louvre, attirait les regards de quelques gens du peuple , ce roi lui dit :• '< Mon cousin, vous ignorez le motif de la surprise de ces bonnes gens, c'est de voir ensemble un renégat et un apostat. » Ces paroles firent un puissant ef'et sur l'esprit mobile de ce seigneur : il se retira brusquement aux Capucins, en reprit l'habit, se soumit à leur règle, et redevint père Ange. Dans un accès de sa dévotion intermittente, il entreprit de faire le voyage de Rome à pied et les pieds nus. Cette folie lui coûta la vie; il mourut en chemin. On croit que Boileau a voulu le peindre dans ces vers :

Il tourne aa moindre veni, il tombe an moindre choc. Aujourd'hui dans un casque et demain dans un froc.

C'est de lui que Voltaire, dans sa Henriade, a dit :

n prit»^ quUta, reprit la cuirasse el la haire.

Auprès de la tombe de cet homme inconstant, était celle du terrible frère Joseph, qui fut peut-être le plus intrigant, le plus audacieux des moines. Fécond en

sous HEîfRI m

ressources, le père Jo*eph, sous un extérieur de pénitence qui éloignait le soupçon, fortifia par ses conseils le cardinal de Richelieu dans sa marche ambitieuse M) ; le seconda par ses sourdes menées, par son espionnage, tendant dans tous ses ]^rojets à la destruction de ses ennemis et à l'affermissement de son pouvoir absolu. On a même écrit que le génie du capucin maîtrisait souvent la politique du cardinal. En l'an 1764, ce couvent fut le théâtre de plusieurs scènes scandaleuses, d'où résulta un procès qui excita vivement la curiosité publique. Les capucins se querellèrent et se battirent. Dans la capucinière, un parti accusait frère Dorothée de s'être fait trois mille livres de rente aux dépens de la communauté. On accusait frère Grégoire d'avoir séduit une jeune fille de quinze ans, nommée Madeleine Bras-de-Fer. de l'avoir rendue mère, et de l'avoir ensuite fait épouser à un cordonnier nommé Moutard. Les m.émoires publiés sur cette affaire, qui fut portée au parlement, déchirèrent le voile qui cachait les mœurs des capucins, et prouvèrent que ce couvent était dans un état très désordonné. Plusieurs autres faits contribuent à cette preuve.

On voit, dans le mémoire contre frère Athanase, que le couvent de ces capucins consommait par semaine douze cents livres de pain, de la %'iande. du vin, du bois à proportion, et que quatre quêteurs couraient les rues de Paris pour mettre les habitants à contribution (2).

Par un décret du 6 juillet 1790, l'Assemblée nationale chargea la municipalité de Paris de faire évacuer les bâtiments des Capucins, voisins du lieu des séances de cette assemblée; et, par un autre décret du 30 de ce mois, elle y établit ses bureaux. Dès que l'on put parcourir les diverses parties de ce couvent, on décomTÎt, j dans un lieu secret, à gauche et au fond I d'un corridor qui communiquait au cloître, ce qu'on nommait autrefois des oubliettes ou i?i pace. Aux deux angles d'une

(1) Le voisinage du tombeau du père Ange de celui du père Joseph a inspiré ce distique :

/ Passant, n'est-ce pas chose étrange

De Toir un diable auprès d'an ange?

(2) Mémoire contre frère Athanase présenté au parlement. — Dictionnaire philosophique, au mot Scandale,

pièce à demi souterraine, on voyait deux espèces de cachots, séparés l'un de l'autre par un intervalle d'une toise et demie ; deux côtés de chacun de ces cachots étaient fermés par les faces à angle droit (les murs du couvent ; les deux autres côtés par une cloison composée de gros madriers de chêne, unis entre eux par des liens de fer, le tout recouvert en maçonnerie. La seule ouverture par laquelle les vivres et le jour pouvaient momentanément pénétrer dans ce cachot as'ait environ un pied et demi de hauteur sur cinq pouces de largeur; celte ouverture était encadrée par des barres et des plaques de fer, et fermée par une petite porte toute en fer. Le guichet par où l'on introduisait le prisonnier n'avait pas plus de quatre pieds de hauteur ; il était garni d'énormes serrures et verrous.

Dans un de ces cachots obscurs, humides, infectés par le voisinage des tuyaux des latrines de la maison, on voyait encore, lorsqu'on était muni de lumière, un vieux chà'it. Là séjournèrent, gémirent, et peutêtre rendirent le dernier soupir, de malheureuses victimes de la superstition et du despotisme monacal.

Les bâtiments de ce couvent furent démolis en 180i, époque où l'on ouvrit, sur son emplacement, les rues de Rivoli, de Castiglione, et du Mont-Thabor. C'est aussi sur le même emplacement qu'on avait élevé la salle de spectacle dite Cirque olympique.

JÉSUITES DE LA RUE SaINT-ANTOIXE,

aujourd'hui Eglise de Saint-Louis et de Saint-Paul. Les jésuitçs qui occupaient le collège dit de CÏermont désirèrent avoir un second établissement à Paris, une maison professe. Le cardinal de Bourbon leur céda, en 1580, l'hôtel d'Anville, qu'il avait acheté de la veuve du connétable Anne de Montm.orency. Cet hôtel communiquait à la rue Saint-Antoine et à celle de Saint-Paul. Ce cardinal leur fit construire une chapelle, sous l'invocation de saint Louis. Les jésuites qui y logèrent prirent le nom de Prêtres de la maison de Saint-Louis.

En 1619, Louis XIII leur accorda un emplacement voisin, où se voyaient les vestiges des anciens murs et fossés de la ville, murs et fossés dont j'ai parlé ailleurs. C'est sur une partie de cet emplacement qu'on éleva l'église existante aujourd'hui, dont la construction, commencée en 1627,

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fut achevée en 1641, d'après les dessins et sous la conduite de Marcel Ange, jésuite lyonnais, mauvais architecte.

Cette église était richement ornés; le cardinal de Richelieu et Louis XIII lui prodiguèrent leurs dévotes libéralités. Ou y voyait un bas-relief en bronze, d'après les dessins de Germain Pilon. Deux chapelles étaient, chacune, ornées de deux anges en argent et de grandeur naturelle, qui supportaient,runlecœur de Louis XIII, l'autre celui de Louis XIV^.

Dans la chapelle de Saint-Ignace on voyait le monument funèbre de Henri de Condé, père de celui qu'on est convenu d'appeler le grand Condé. Ce monument se composait des figures en bronze des quatre Vertus, assises, de grandeur naturelle, et de quatre bas-reliefs ; le tout exécuté par Sarrazin.

Au même lieu était aussi le monument que Louis-Henri, duc de Bourbon, fit élever à la gloire de ses ancêtres. 11 représentait une urne cinéraire, accompagnée d'un génie tenant un cœur d'une main et une palme de l'autre. Il fut sculpté par Vanclèves. Ces monuments, transférés pendant la révolution au Muséum, en furent tirés en 1815, et déposés dans les remises de l'hôtel de Bourbon, et de là à Chantilli.

René de Birague , un de ces hommes perdus de mœurs que Catherine de Medicis attira d'Italie à Paris, un des auteurs et des acteurs des massacres de la Saint- Barlhélemi, couvert de crimes et de dignités civiles et ecclésiastiques, chancelier de France, cardinal, évêquede Lodève, etc. , aussi ignorant que cruel, mourut en 1583, et fut enterré dans cette église. Les sculptures de sou tombeau sont de Germain Pilon.

Les jésuites de cette maison, après avoir reçu des bienfaits de Henri III, qui, en 1584, leur donna dix à douze arpents de coupe de bois dans la forêt de Montargis. par une ingratitude familière à ces pères, conspirèrent secrètement contre l'autorité et la personne de ce roi. Ils prêtèrent leur maison aux chefs des ligueurs appelés les Seize , comme on le voit dans le procèsverbal de Nicolas Poulain. L'historien De Thou parle de cette maison de jésuites, de leurs intrigues adroites pour se faire des partisans, et en faire à la Ligue, et des abus qu'ils commettaient dans la confession. « Outre leur collège de la rue Saint- « Jacques, dit>il, ils venaient encore de

« s'établir tout récemment dans la rue ' Saint-Antoine, par les libéralités du « cardinal de Bourbon; et, par une mé- « thode toute nouvelle qu'ils avaient ima- « ginée, méthode jusqu'alors inconnue à « l'Eglise de France, ils étaient venus à « bout, en interrogeant leurs pénitents , « de les éloigner de leurs paroisses, d'atti- « rer à eux tout le peuple , et de fouiller « dans les seci-ets des familles (1). »

Les jésuites ayant été chassés de France et de presque toute l'Europe, cette maison fut accordée, en 1767, aux chanoines rcguliers de la Culture-Sainte-Gatherine qui furent supprimés en 1790.

D'après la démolition de l'église Samt- Paul, le culte de ce saint a été transféra' dons l'église de Saint-Louis, qui reçut alors le titre de Saint-Louis et de Saint- Paul , et qui est devenue la troisième succursale de l'église de Notre-Dame.

Dans la maison de ces jésuites fut, pendant longtemps, placée la bibliothèque de la Ville, qu'on a, en 1817, transférée a l'Hôtel-de-Vilie.

C'est dans cette maison qu'est établi e CûUége dit de Charlemagne.

Les Feuillants, monastère situé rue Saint-Honoré, en face de la place Vendôme. Jeau de La Barrière, abbé de Feuil lants, dans le .diocèse de Rieux, vint, en 1583, prêcher devant Henri III, qui, charme de son éloquence, voulut le retenir à Paris ; ce prédicateur s'y refusa. Le pape Sixte V, qui ne désirait que d'accroître dans cette ville le nombre de ses satellites, vit avec plaisir Jean de La Barrière céder plus tard aux désirsde Henri III. Cet abbé rangea ses soixante-deux religieux en deux colonnes, se mit à leur tête, et vint du diocèse de Rieux, en procession, jusqu'à Paris; et tous, chantant l'office, firent leur entrée dans cette ville, le 9 juillet 1 587. L'Estoile parle ainsi de leur arrivée : « Venue des feuillants à Paris . « espèce de moines aussi inutiles que le- « autres (2). »

Leur église, dont Henri IV posa en 1 60 1 la première pierre, était vaste, et son portail décoré de colonnes corinthiennes. Elle fut bâtie en 1676, d'après les dessins de François Mansard : ses défauts et ses beautés annonçaient à la fois la jeunesse et le génie naiàant de ce grand architecte.

(1) Hislor. Thuani, lib. 86.

(2) Journal de Henri Ul, t. II, p. 86.

sors Hi..\r.i ]ri

Cette église renfermait les cendres de quelques hommes distingués, tels que Raimond-Phelipeaux, Guillaume de Montholon, Louis de Marillac. etc. Le cardinal de Richelieu fit trancher la tête à ce dernier en place de Grève, le 10 mai 1631. Après son exécution . ce cardinal, qui avait ordonné sa condamnation, dit aux juges :

« Vous êtes bien ignorants ; il n'y avait pas de quoi le faire mourir. > Tel est le sort des serviles instruments de la tyrannie : ils sont méprisés , même par ceux à qui ils obéissent. C'est ainsi que Tibère, après avoir réduit le sénat de Rome a la plus abjecte servilité, lui reprochait son penchant à la servitude. O homines ad servitutejn paratos!

La famille de Rostaing avait une chapelle consacrée à la mémoire de plusieurs de ses membres. On y voyait les tombeaux et épitaphes de Tristan, Charles, Louis, Jean, Antoine, Gaston de Rostaing.

Cette famille, très zélée pour la gloire de son blason, avait, dit M. de Saint-Foix. offert aux pères feuillants de faire magnifiquement reconstruire le maître-autel de leur église, à condition que ses armoiries y seraient placées en soixante endroits. Les feuillants refusèrent de se prêter à ce caprice féodal.

On admirait l'élégance et même le luxe de la pharmacie de cette maison : luxe opposé à la règle austère que suivaient , dans leur première ferveur, les religieux feuillants (1).

Ce couvent a produit un moine très distingué parmi les boute-feu de la Ligue, c'est Bernard de Percin de Montgaillard, dit le petit Feuillant : il était boiteux, et d'une éloquence très emportée. A l'endroit de la Satire Ménippée oh se trouve décrite la revue ou procession de la Ligue, on remarque le portrait suivant du petit Feuillant : « Entre autres, six capucins, « ayant chacun un morion en teste, et auc dessus une plume de coq, revestus de « cottes de mailles, l'espee ceinte aux « costés, par dessus leur habit, l'un por-

(1) Les premiers religieux feuillants mardiaient nu-pieds, avaient la tête nue, dormaient tout vêtus sur des planches, mangeaient à genoux, buvaient dans des crânes humains, etc. En une semaine il mourut quatorze de ses extravagants religieux. Dans la suite, la règle fut fort adoucie, et ne fit plus mourir personne.

« tant une lance, l'autre une croix, l'autre « une arquebuse, et l'autre une arbaleste, « le tout rouillé par humilité catholique ; « les autres presque tous avoient des pi- « ques qu'ils branloient souvent par faute « de meilleur passe-temps, hormis un feuiK « lant boiteux, qui, armé tout à crud, se « faisoit faire place avec une espée à deux « mains et une hache d'armes à sa cein- « ture, son bréviaire pendu par derrière . « et le faisoit bon voir sur un pied faisant « le moulinet devant les dames (1), «

L'enclos du couvent des Feuillants occupait l'espace qui se trouve entre la rue Samt-Honoré et la terrasse du jardin des Tuileries, qu'on nomme encore Terrasse des Feuillants. Il était contigu a l'est de celui des Capucins. Les bâtiments des Feuillants furent démolis en / 804, et firent place a la belle rue de Rivoli.

Fontaine DE Biïl\gue. située rue Saint- Antoine, en face du collège de Charlemagne, sur un terrain appelé le Cimetière des Anglais. Le cardinal et chancelier Birague fit terminer, k ses frais, une Fontaine dont la construction était déjà commencée Elle fut achevée en 1 579. Dans les années 1 61' 9 et 1707, pour la troisième fois, elle fut rebâtie; et, malgré les changements qu'elle éprouva. elle n"a pas cessé de porter le nom deshonore de Birague, et d'offrir une architecture sans goût et sans caractère. Sa forme est un pentagone ; sur chacune de ses faces est gravé un distique latin. Cette fontaine, la dix-septième etrblie à Paris, est alimentée par les eaux de la pompe du pont Notre-Dame.

Théâtre de la Passion (2) Ce théâtre se soutint avec distinction sous le règne de François 1er. Ce roi lui accorda, en \^"\^ la confirmation de ses privilèges. En 1 5-40, les confrères, forcés de quitter l'hôpital de la Trinité, vinrent s'établir dans l'hôtel de Flandre, situé entre les rues Plàtrière, Coq-Heron, des Vieux-Augustins et Coquillière. Ce fut dans ce nouveau local qu'ils firent jouer, en 1547, le Mystère des Jpôtres. ouvrage des frères Greban, qui déjà, dès l'an 1537, avait paru dans la salle de la Trinité. Cette pièce fut imprimée, et eut plusieurs éditions. Dans la même année, Louis Choquet fit jouer sur ce théâtre son Mystère de l'Apocalypse,

(1) Sitire Ménippée, édit. de I7ll, p. 12 et 13.

(2) Voyez ci-dessus.

drame imprimé, et composé d'environ neuf mille vers.

Eu 1542, parut à l'hôtel de Flandre le Mystère de l' Ancien-Testament. De fortes licences , qui probablement se faisaient remarquer dans cette pièce , déterminèrent le parlement de Paris à en suspendre la représentation. On Yoit dans les registres de cette cour que, le 27 juillet de la même année, Charles Royer et ses consorts, qui prennent le, titre de Maistreset Entrepreneurs du jeu et mysfère de l' Ancien-Testament, vinrent demander la permission de jouer cette pièce. Le parlement rejeta sans doute leur demande, puisqu'ils la portèrent ensuite au roi qui, par lettres patentes, les autorisa à continuer la représentation de ce mystère.

Le parlement , obéissant aux lettres patentes , autorisa cette continuation; mais, en même temps, il rendit un arrêt par lequel il prescrivit aux comédiens « d'en user bien et dûment, sans y user « d'aucune fraude , ni interposer choses « profanes, lascives et ridicules. »

Cet arrêt contient quelques articles réglementaires, que voici; « Pour l'entrée « du théâtre, ils ne prendront que deux « sous par personne ; pour le louage de «■ chaque loge, durant ledit mystère, que « trente escus : n'y sera procédé qu'à « jours de festes non solennelles ; com- « menceront aune heure après midi, fini- « ront n cinq; feront en sorte qu'il ne « s'ensuive ni scandale ni tumulte: et, à « cause que le peuple sera distrait du « service divin, et que cela diminuera les « aumônes, ils bailleront aux pauvres la « somme de dix livres tournois, sauf à or- « donner plus grande somme (1). »

Les mêmes registres nous offrent une autre preuve de la célébrité du Mystère de l'Ancien -Testament. Antoine de A''endôme, qui devint roi de Navarre et père de Henri IV, passant à Paris, ne voulut! pas quitter cette ville sans jouir du spec-i tacle de ce mystère ; mais, comme le jour où il s'y trouvait n'était point un jour dej spectacle, il vint exprès au parlement pour prier cette cour de permettre que ce mystère fut joué le 1 3 juin 1 542 ; et le parlement ne craignit pas de compromettre sa gravité en dérogeant à ses propres arrêts, pour satisfaire la curiosité de ce prince.

(1) Registres manuscrits du parlement, au 27 janvier 1541 (1542).

En 1547, Henri II, par lettres patentes

du 20 septembre, ordonna la démolition de l'hôtel de Flandre et de plusieurs autres hôtels. Les confrères de la Passion furent alors obligés de transférer leur théâtre ailleurs. On ignore où ils l'établirent jusqu'en 1548, époque où ils acquirent quelques parties de l'hôtel de Bourgogne, , que le roi avait aussi mis en vente. Le contrat est du 17 novembre de cette année. Dans le même mois, ils crurent devoir demander au parlement la permission de continuer leurs représentations, et la confirmation de leurs privilèges.

Cette cour confirma et autorisa leur spectacle à cette condition remarquable, qui change entièrement son caractère originel :

« Il est défendu aux confrères de jouer « les mystères de la passion de Nostre- « Sauveur, ni autres mystères sacrés, sur « peine d'amende arbitraire; leur per- « mettant, néanmoins, de pouvoir jouer € autres mystères prophanes, honnestes « et licites, sans offenser ni injurier aucu- « nés personnes ; et défend ladite cour, à « tous autres, de représenter dorénavant, « aucuns jeux ou mystères , tant à la « ville, faubourgs et banlieue de Paris, si- « non que sous le nom de ladite confrérie « et au profit d'icelle (1). »

Peu d'années après cet arrêt, les confrères de la Passion louèrent leur théâtre à une troupe de comédiens ambulants , nommés les Enfants Sans - Souci , qui avaient déjà joué la comédi-e à Paris, et même sur le théâtre de ces confrères.

Ceux-ci se réservèrent alors, pour eux et leurs amis, deux loges qui ont longtemps porté le nom de Loges des maîtres.

Comme il n'était plus permis aux confrères, ni à ceux qui les remplaçaient sur leur théâtre, de puiser dans l'Ancien et le Nouveau-Testament la matière de leur drame, ils exploitèrent une autre carrière; et 'les vieux romans de chevalerie furent pour eux une mine féconde.

On voit qu'en 1557 ils jouaient Huon 1 de Bordeaux. Cette pièce , commencée depuis quelques mois, fut, on ne sait pourquoi, interdite par une ordonnance du prévôt de Paris. Alors les confrères se pourvurent au parlement : ils remontrèrent que, si on ne leur permettait point

(1) Registres civils manuscrits du parlement^ au 17 novembre 1548.

sous HENRI

le parachèvement de ce jeu, ils seraient dans l'impuissance de payer des créanciers qui les poursuiTaient", de payer les contributions extraordinaires auxquelles ils étaient imposés pour les fortifications de la ville. Le parlement les autorisa provisoirement à continuer la représentation de Huon de Bordeaux (1).

Jean Serre avait acquis de la célébrité <ur ce théâtre par son talent à jouer des tarées : Marot a fait son épitaphe; qui commence ainsi :

Ci dessoubs gist et loge en serre Cetrèspentil faUoi Jean Serre, Qui tciui plaisir allait suyvant, El grand joueur en son vivant, Non pas joueur de <lez, ne qaïUes, Mais de belles farces ^enii.li^s.

Marot nous apprend que Jœn Serre jouait parfaitement le-s rôles de badin et d'ivrogne.

. . . .Quand il entrait en salie

Avec sa cbemise sale,

Le front, la joneel la narine

Toute Couverte de farine,

Et coiffé d'un béguin d'enfant

El dun haut bonnu tri rapbanl,

Garny de plumes de cliappuns :

Avec tout cela je répons

Qa'en voyant sa grâce niaise.

On n'estoit pas moins.gay ni aite

Qu'on est aux Cbampe-Eljséens 2).

D'après ces traits on peut juger de l'état de la scène française au milieu du seizième siècle.

Jean du Pontalais devint le principal acteur de l'hôtel deBourgogne : il composait, jouait, faisait jouer des farces et des moralités, et se distinguait par un caractère facétieux, qui le rendit célèbre à Paris ^3).

René Benoît, curé de Saint-Eustache,

(I) Begistres civils manuscrits du parlement, au 14 décembre 1548.

|2) ŒuNTes de Clément Marot, épitaphe 9. (3) On a confondu cet acteur avec Jean Alais, qui, ayant contribué à la Téédification de l'église de Saint-Eustache, fut enterré auprès. Il paraît que. dans la suite, la pierre de sa tombe fut employée comme un pont sur un ruisseau voisin. Alors cette pi<»rre reçut le nom de Pont-Alais, nom qu'elle a porté longtemps. Du Verdier a débité une fable, en confondant un personnage avec un autre. Voici une historiette de Bonaventure du Perrier sur Pontalais : Il faisait battre le tambour près de l'église de Saint-Eustache, pour annoncer la pièce du jour. Le curé prêchait, et, à ce bruit, prêchait plus haut ; le tambour battait plus ^ fort. Le curé impatienté descend de sa chaire,

auteur de plusieurs pamphlets fanatiques, dès l'an 1370. vécut longtemps en mauvaise intelligence avec ses' paroissiens, les doyens et maîtres de la Passion de notre Sauveur : il présenta contre eux une requête dont l'objet ne fut point accueilli au parlement ; ensuite il suscita contre eux des commissaires du Châtelet, qui leur firent défense d'ouvrir les portes de leur théâtre avant que les vêpres fussent achevées.

Le o novembre 1574, les maîtres delà Passion présentèrent une requête au parlement, dans laquelle ils se plaignaient de l'animosité de ce curé et de l'injustice du règlement qui rendait leurs privilèges illusoires et sans effet. « Il seroit impossi- « ble, disaient-ils, étant les jours courts, « vaquer à leurs jeux pour les préparatifs « desquels ils auroient fait beaucoup de t frais, outre la somme de cent écus de « rente qu'ils paient à la recette du roi « po'jr le logis, et trois cents livres tour- « noisde rente qu'ils baillent aux enfants « de la Trinité, tant pour le service di- « vin et autres nécessités pour les pau- « vres. » Ils demandent la permission d'ouvrir leur théâtre à trois heures après midi, comme à l'ordinaire, heure a laquelle les vêpres doivent être dites. La cour leur accorde leur demande (I).

Un catholique zéle,qui composa. en I088, des remontrances au roi Henri III sur les desordres du royaume, fait dans cet ouvrage un tableau peu avantageux du spectacle de l'hôtel de Bourgogne. Il s'y récrie contre les jeux et spectacles publics qui se donnent les jours de fêtes et dimanches; contre le théâtre Italien et contre celuides Français , qu'il qualifie de « cloaque et « maison de Sathan, nommée l'hôtel de « Bourgogne dont les acteurs se disent « abusivement confrères de la Passion de « Jésus-Christ.

et va dire à Pontalais : " Qui vous a fait si «< hardi de jouer du tambourin pendant que " je prêche? » Pontalais lui répond : u Qui »< vous a fait si hardi de prêcher tandis que ^< je tambourine?» Le curé, en colère, crève le tambour à coups de couteau. Pontalais court après le curé, et lui couvre la tête de son tambour effondré. Le curé, ainsi coiffé, entre dans son église, et fait rire son auditoire.

(1) Registres manuscrits du parlement, au I 5 novembre 1574

« En ce lieu, continue-t-il, se donnent « mille assignations scandaleuses, au pré- « judice de l'honnêteté et pudicité des « femmes, et à la ruine des familles des « pauvres artisans, desquels la salle basse « (le parterre) est toute pleine, et lesquels, « plus de deux heures avant le jeu, pas- « sent leur temps en devis ( paroles) im- « pudiques, jeux de cartes et de dés, en « gourmandises et ivrognerie, toutpubli- « quement, d'où viennent plusieurs que- « relies et batteries. »

Notre auteur parle ensuite de ce qui se passe sur la scène.

« Sur l'échafaud (le théâtre) , l'on y « dresse des autels chargés de croix et or- « nemects ecclésiastiques ; l'on y repré- « sente des prêtres revêtus de surplis, « même aux farces, impudiques, pour faire « mariagesde risées. L'on y lit le texte de « l'Evangile en chants ecclésiastiques, « pour, par occasion, y rencontrer un mot « à plaisir qui sert au jeu (1); et au sur- « plus, il n'y a farce qui ne soit orde, « sale et vilaine, au scandale de la jeu- « nesse qui y assiste... Telle impiété est « entretenue des deniers d'une confrérie, « qui devraient être employés à la nour- « riture des pauvres. »

L'auteur reproche à Henri III d'avoir accordé des lettres patentes qui permettent la continuation de ce spectacle, et d'avoir ordonné au parlement de les enregistrer, et au prévôt de Paris d'en surveiller l'exécution. Il reproche au parlement de les avoir promptement enregistrées, tandis que, pour d'autres affaires plus importantes, il apporte tant de lenteur à l'enregistrement.

Il paraît que les prédicateurs ou curés de Paris avaient obtenu la clôture de ce spectacle, mais qu'un an après le roi permit aux comédiens de le rouvrir (2).

Les comédiens de l'hôtel de Bourgogne, en jouant une pièce où se trouvait un roi Mabriant qu'on installait sur son trône, avaient déplu au duc de Mayenne qui fit interdire leur théâtre. La Satire Ménippée

(1) Je me suis convaincu, par la lecture de plusieurs mystères manuscrits, que les auteurs chantaient sur le théâtre l'office du saint dont ils représentaient les actions.

(2) Remontrances très humbles au roi de France et de Pologne, Henri, troisième de ce nom, par un sien officier et subject, sur les désordres et misères du royaume, 1588.

mentionne cette interdiction, et dans les Mémoires de Nevers on lit : « A l'hôtel « de Bourgogne, où se jouent les tragé- « dies ridicules , jamais les badins conié- « dians n'y firent œuvre à establir un roi « Mabriant en son siège, »

Les privilèges de ces comédiens, comme tous les anciens privilèges, étaient des entraves pour les talents. Tant qu'ils furent en vigueur l'art dramatique resta dans un état de barbarie.

Théâtre Italien. Un nommé Albert Ganasse vint en 1570 à Paris, et y établit un théâtre où, sans être autorisé par le parlement, il jouait, avec ses compagnons, des comédies et même des tragédies. Le procureur général s'en plaignit le 15 septembre 15*70, et se récria surtout de ce que ce chef de troupe exigeait quatre, cinq, et jusqu'à six sous par personne, sommes excessives et non accoutumées, dit-il dans son réquisitoire. Chaque place ne coûtait alors que deux sous. Ganasse obtint du roi des lettres patentes qui autorisaient son spectacle : elles furent présentées, le 15 octobre suivant, au parlement, qui décida qu'il serait sursis à cos lettres jusqu'à la Saint-Martin, On ignore la destinée ultérieure de cette troupe.

Une autre troupe d'Italiens parut à Paris à la fin de l'année 1576, et joua publiquement pi usieursfarces;maisles doyens et maîtres de la Passion s'en plaignirent au parlement; 'et, quoique ces Italiens eussent été autorisés. par le prévôt de Paris, cette cour fit fermer le spectacle (1).

L'année suivante, Henri III fit venir de Venise à Blois des comédiens italiens appelés gli Gelosi : quelques partis protestants les firent prisonniers en route. Ce roi paya généreusement leur rançon, et leur permit de jouer leurs farces dans la salle même des états, et de se faire payer un demi-teston par chaque spectateur.

De Blois ils se rendirent à Paris, où ils établirent leur théâtre à l'hôtel Bourbon, près du Louvre. L'ouverture en fut faite le dimanche 17 mai 1577; ils prenaient quatre sous par tête. « Il y avait tel con- « cours , dit l'Estoile , que les quatre « meilleurs prédicateurs de Paris n'en « avaient tous ensemble autant quand ils « prêchaient. »

Le parlement ordonna, le 22 juin sui-

(1) Registres manuscrits du parlement, au 5 décembre 1576,

vant, aux Gelosi de cesser leur jeu, parce que, dit le même écrivain, ces comédies n'enseignaient que paillardises (1).

Alors les Gelosi obtinrent des lettres patentes du roi , qui autorisaient leur spectacle ; mais le parlement refusa de les enregistrer, et leur fit défense, par arrêt du 27 juillet 1577, d'obtenir ni de présenter à la cour de pareilles lettres, sous peine de dix mille livres d'amende. Cette défense menaçante n'empêcha point ces comédiens de rouvrir lear théâtre. Au mois de septembre suivant, en vertu d'une jussion expresse du roi, ils continuèrent leurs représentations sur le théâtre de Ihôtel de Bourbon. L'Estoile , qui me fournit ces détails, ajoute ces réflexions : « La corruption de ce temps estant telle « que les farceurs , bouffons , put.... et « mignons avoient tous crédit auprès du « roi (2), »

On vit de temps en temps , à Paris, quelques troupes nouvelles, qui essayèrent de s'y établir ; mais, repoussées par les privilèges des doyens et maîtres de la Pas- - ion, privilèges toujours fortement respectas par le parlement, elles n'eurent qu'une 'xistence temporaire. Tel fut le sort des comédiens qui s'établirent a l'hôtel de 1 abbé de Clugni, rue des Mathurins, et dont, le 6 octobre ioSi, le théâtre fut fermé, par ordre de cette cour.

Quelques pièces qui ont survécu au lemps nous donnent une idée de l'état ou, pendant cette période, se trouvait l'art dramatique en France. Les titres suffiront pour faire juger de ces pièces : La farce nouvelle et récréative du médecin qui guarist toutes sortes de maladies; aussi fait le nez a l'enjant d'une femme grosse, et apprend a deviner.

Farce nouvelle d^s femmes gui aiment mieux suivre et croire fol conduit, et vivre a leur plaisir que d'apprendre aucune bonne science.

Souvelle (arce de V Antéchrist et de trois femmes et deux poissonnières.

Farce oyeuse et récréative d'une femme qui demande des arrérages a son inari.

Farce nouvelle du débat d'un Jeune moine et d'un vieil gendarme, pardecant le dieuCupidon, pour une fille.

(1) Journal de Henri III. février, 19 mai et 26 jr.in 1577.

(2) Journal de Heréti III, 27 juillet 1577.

SOUS HE.NRi m

r La plus décente de ces

ter-

farces se mme par cette prière à Jésus :

Je supplie Jésus, de sa grâce.

Que nous décevons l'anneniv (le diable)

Qui est si rempli de falacê.

Que nul ne pregne en lui ennuy.

En prenant cjngé de ce lieuj

Une chanson pour dire adieu.

Cette chanson est si licencieuse qu'il m'est impossible d'en citer un seul couplet.

Quelques-unes de ces pièces étaient plus graves et surtout moins ordurières, mais n'étaient pas de meilleur goût. De C€ nombre il faut citer • Moralité nouvelle d'une pauvre villageoise, laquelle aima mieux avoir la teste coupée par son père que d'estre violée par son seigneur.

Le mystère du chevalier qui donne sa femme au diable, etc.

Cependant la scène française commençait à prendre un caractère de dignité qu'elle n'avait jamais eu. Le pape LéonX avait mis à Rome les tragédies en vogue ; et le cardinal de Ferrare, archevêque de Lyon, fit construire une salle dans cette dernière' ville, et dépensa plus de dix mille écus pour y faire représenter une tragi-comédie. Il fit venir d'Italie des comédiens et comédiennes pour la jouer.

Une tragédie italienne, intitulée Sophonisbe. jouée devant le pape, faisait beaucoup de bruit a Rome. Le poète Saint- Gelais traduisit ou plutôt recomposa cette tragédie en français. Elle fut jouée àBlois, devant la reine-mère, aux noces du marquis d'Elbeuf et du sieur de Cypierre,par les princesses, dames et gentilshommes de la cour. Catherine de Médicis, très superstitieuse, crut que cett€ tragédie avait porté malheur à la France : elb ne fit plus jouer que des tragi-comédies, des comédies et des farces, auxquelles elle prenait grand plaisir (1).

En 1552 , Jodelle fît jouer à Paris, à l'hôtel de Reims, et au collège de Boncour, sa tragédie de Cléopâtre et de Dldon, productions très imparfaites, quoique très applaudies, mais qui furent, à Paris, les premiers accents de la muse tragique (2).

(1) Drantûme, t. II, p. 2ôB; t. V, p. édit. de 1788.

(2) Jodelle fit jouer aussi une comédie. intitulée l'Ewjéne, pièce très immorale, où figurent uq abbé riche et libertin, et un cha-

Dans la suite et dans la même période, f^abriel Bounyn fit joner, en 1560, sa Scltane; Jean de la Péruse, sa Médée, qui lui mérita, de la part de Jacques Tahureau , le titre de premier tragique de France, etc. Pierre Mathieu, inspiré par

pdaîn qui, dans l'espoir d'obtenir un bénéfice, cocsent avec joie à servir honteusement la débauche de cet abbé, et à lui livrer sa propre sœur. Cet abbé obtient d'un mari parisien l'autorisation de partager le lit de sa femme. Nos comédies finissent ordinairement par un mariage ; dans celle-ci on ne se marie point : les amants prêtres et laïques terminent la pièce en allant, sans cérémonie, souper et coucher avec leur maîtresse. Si le théâtre est le tableau des mœurs, on peut juger d'après cette courte esquisse ^pielles étaient les mœurs du seizième siècle.

les affreux événements de son temps, composa sa Giihiade, en laquelle , au vrai et sans passion, est représenté le massacre du duc de Guise.

Une autre tragédie, qui avait pour objet de justifier les massacres delà Saint- Bar thélemi, fut composée par un gentilhomme bordelais , nommé François de Chantelouve. On ignore si elle fut jouée ; elle est intitulée : La tragédie de feu Gaspard de Colîgny, jadis amiral de France, contenant ce qui advint à Faris le 24 août 1572. Ces diverses tragédies, comme celles des Grecs, étaient entremêlées de chœurs.

Jamais les vices du gouvernement ne se firent mieux sentir que pendant cette pé' riode ; jamais temps no fut plus fécond en sujets de tragédies.

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