XIII. Tableau moral de Paris
Pour ceux qui observent les révolutions des mœurs, les progrès de l'esprit humain
icvrine
Armure en tt de la civilisation cette période est une des plus intére=So^ces de celles dont j'ai parlé. La marche rapide des connaissances vers leur perfectionnement, l'alarme que cette marche répandit dans l'empire de l'ignorance et de la routine, les cris de désespoir que poussèrent les nombreux partisans des abus, deserreuiset des institutions de la barbarie, l'acharnement des persécuteurs, la constance h -roïque des i persécutés, la lutte longue et sanglante i «jui s engagea entre la raison et la sottise ■■
xt' siècle.
entre la vérité et le mensonge, les lumiërea et les ténèbres, offrent un spectacle tour à tour péuibe et consolant, qui intéresse et iL'struit tout à la fois.
Les mœurs s épurent en raison de l'accroissement des lumières : je crois donc nécessaiie défaire précéder le tableau mo-
(li Sur les vices de cette correction on peut co.isuiter l'Art de vérifier Us dates, t. I; Distfrtation sur Its dates des Chartres, sectioa ^0, p. 31.
rai de Paris, pendant cette période, par quelques notions sur les cau?es qui accrurent soudainement les progrès des arts, le goût des études et de la littérature en France.
Les savants de la Grèce, repoussés de leur pairie par les conquêtes des Turcs, se réfugièrent en Italie, et y furent accueillis. En même temps la guerre attira dans ceUe contrée une foule de Français qui purent profiter des connaissances que répandirent ces réfugiés : ces déplacements sont toujours favorables aux lumières, et funestes aux vieilles habitudes (1). La publication, par la voie de l'impression, de plusieurs ouvrages de l'antiquité, que le temps avait respectés, la protection qu'à l'envi les uns des autres les souverains accordèrent aux littérateurs, aux savants et à leurs tiavaux, protection qui, chez la plupart d'entre eux, était moins l'effet d'un goût éclairé que de la mode, furent les prémices de la révolution qui, au seizième siècle, s'opéra dans les esprits.
François I^r fut de ce nombre : stimulé par le docte Guillaume Budé, il favorisa les lettres et les beaux-arts, attira dans Paris plusieurs savants étrangers, enrichit sa bibliothèque de Fontainebleau d'un nombre considérable de manuscrits, de livres imprimés (2), et fonda le collège de France. Les têtes en fermentation présageaient une explosion prochaine : ce roi la favorisa; et de nouvelles lumières brillèrent en France. Mais elles contrariaient les vieilles institutions: cllis mettaient au jour leurs vices, apprenaient au public à les juger, et menaçaient les intérêts de tous ceux qui vivaient d'abus.
Ce roi, qui avait contribué à l'extension des lumières, voulut ensuite en contenir le débordement. Sa tentative fut vaine et déplorable : les barrières que la barbarie et la routine opposaient aux progrès des sciences n'en turent pas moins brisées ; presque toutes les parties des connaissances humaines d'alors éprouvè-
(1)L-'S pai-tisans de la routine et des vieilles opiniot'S, les eniieinis des nouveautés, doivent soigneu.-en.ent éviter les grands dépla- Ctuienis de ia population : les conquérants et les nations conquises ou à conquérir font toujours quelqut^s échanges d'habitudes et d'o,.in OiiS, et leçoivent presque autantqu'ils ap.i.rtent.
[2) Vijyez ci-après Bibliothèque royale.
rent l'heureuse influence de cette révolution.
Olivier de Serre, surnommé le Père de l'agriculture, communiqua au public les fruits de sa longue expérience et de ses méditations, dans un ouvrage intitulé le Ménage des champs, ouvrage qui, malgré les grands progrès de ce premier des arts, a mérité l'hommage des agriculteurs modernes qui en ont donné une édition nouvelle. La France est redevable à de Serre de la culture du mûrier blanc et de l'éducation des vers à soie.
Ambroise Paré fut le père de l'art chirurgical, et ouvrit une carrière nouvelle aux jeunes étudiants. Malgré les progrès immenses de cet art, les ouvrages d'Ambroise Paré ont encore l'estime des savants (1 j.
Pour la première fois, en 1555, l'anatomie fit des progrès, et nous en sommes redevables à Richard Hubert, qui sollicita et obtint la permission de faire des démonstrations publiques sur le corps des hommes exécutés à mort par jugement des tribunaux, et sur ceux des personnes décédées à l'Hôtel-Dieu.
Bernard Palissy, potier en terre, peintre en verre, auteurs de plusieurs ouvrages sur la chimie, qui ont mérité d'être réimprimés de nos jours, pénétra assez avant dans les mystères de la nature pour en tirer des conséquences que le célèbre Buffon n'a pas hésité d'adopter. Il orna les palais des rois et se montra supérieur • à eux par son noble caractère (2).
L'architecture et surtout la sculpture éprouvèrent d'heureux changements : le genre grec prit faveur en France ; et on le vit, pour la première fois, employé à Paris dans la construction du Louvre et ensuite dans celle des Tuileries. Pierre
(1) J'ai dit, dans l'article des Massacres de la Sarnt-Barthélemi, pourquoi Ambroise Paré échappa à ces massacres,
(2) Henri 111 dit à Palissy, qiji professait la religion réformée, qu'il serait contraint de le livrer à ses ennemis. <• Vous m'avez dit plusieurs fois, sire, répondit Palissy, que vous aviez pitié de moi ; mais j'ai pitié de vous qui avez prononcé ces mots : Je SUIS CONTRAINT. Ce n'est pas parler en roi. Moi, je vais vous apprendre le langage royal : les gjxisarts, tout votre peuple, ni vous ne me sauriez contraindre à fléchir les genoux devant dts statues. »
TABLEAU MORAL
Lescot, architecte du premier de ces palais ; Androuet du Cerceau, celui du second (1), suient reproduire les belles formes de l'antique, s'ils n'en atteignirent pas toute la pureté. Jean Goujon orna Cd pa'.ais des gracieuses et admirables productions de son ciseau. Ce sculpteur n'a pas été surpassé.
Amyot traduisit Plutarque; et sa traduction, quoique dans un style vieilli, est encore recherchée : elle a obtenu de nos jours plusieurs réimpressions.
Michel de Montaigne composa et publia, pendant cette période, ses Essais. Nul Français, avant lui, n'avait pénétré si avant dans les replis du cœur humain, et n'en avait, avec autant d'originalité et de précision, dévoilé les secrets.
Cet écrivain, dont le nom, après l'intervalle de plus de deux siècles, s'est conservé dans tout son éclat, et sera immortel comme ses œuvres, est un des plus glorieux enfants de cette révolution du seizième siècle.
Les théâtres de Paris, qui, avant cette époque, n'avaient offert aux spectateurs que des mystères, des soties, des moralités, j des farces, s'ennoblirent, en quelque sorte par des tragédies, compositions informes mais qui naissaient pour être perfection nées. ' '
Clément Marot prouva que la poésie suivait la marche progressive des autres connaissances humaines. Par ses grâces i naïves, par la finesse de ses pensées, il a j survécu à tous les poètes ses contempo- | rains.
Rabelais, sous le voile d'une burlesque allégorie, traçant les mœurs deFrançoispr et de Henri II, a produit un ouvrage ori- ' ginal, où, à travers des contes ridicules, { des plaisanteries aujourd'hui indécentes, ' et des expressions grossières, en usage dans ces cours, il montre une raison exer- , cée et une profonde érudition. i
(1) Androuet du Cerceau joignait à la ' ferveur d'un protestant la noble tierté du i talent. Il quitta la cour et la France, re- I aonça à de nombreux avantages, à la fa- ' Peur du roi, à des promesses luagnifiques, à la construction de plusieurs édifices, et notamment à sa propre maison, ■. qu'il avait, •• dit TEstoile, nouvellement bâtie a\ec " grand artifice, au comu.encement du " Pré-aux-Clercs, plutôt que d'être coa- " traint dans l'exercice de sa relitrion. "
^ Les Etienne, savants imprimeurs, honorèrent la ville de Paris, leur patrie, par leur savoir, par des éditions soignées et des ouvrages de leur composition.
On essaya d'otablir à Paris, sous Charles IX, une Académie de deux sciences : la poésie et la musique. Les lettres-patentes qui autorisaient cet établissement furent, le 4 décembre 1570, présentées au parlement qui, sans doute, refusa de les enregistrer (1).
Mais est-ce au milieu des persécutions, des bûchers dévorants, des massacres, de toutes les horreurs des guerres civiles, que les lettres, les arts et les sciences peuvent prospérer ?
Néanmoins le mouvement des esprits était si fort que, malgré uue infinité d'entraves, de périls et de malljeurs, les connaissances humaines firent des pas assez rapides vers leur perfectionnement.
La terreur qu'imprimaient les horribles persécutions que les rois de cette période exercèrent contre les partisans des nouvelles opinions nuisit aux artistes, aux savants, aux littérateurs, mais ne porta que de faibles atteintes aux lettres, aux arts et aux sciences.
Ces rois, qui se montraient si zélés pour leur religion, si attaches aux anciennes pratiques du culte, avaient -ils des mœurs exemplaires, un plan de conduite tracé par la raison et l'équité? C'est ce que je vais examiner.
Le vice le plus exécré dans toute société, le vice qui imprime le plus profondément des sentiments d'horreur, est celui de la cruauté. François 1er, Henri II, Charles IX, Henri III se sont montrés presque aussi cruels que Néron, Caligula et autres monstres de l'antique Rome.
^ Comme ces empereurs, ils ont mêlé des fêtes pompeuses à d'affreux supplices:
comme eux, ces rois de France uni-saient à leur luxe ruineux pour le peuple, à leurs exploits sanguinaires, la [lus impudente déhanche : corrompus, ils devenaient
(1) Registres manuscrits du parlement, au 4 décembre 1570.
Henri II favorisait les musiciens .• ii accorda, en 1556, k Lambert, joueur ■!« vio- Ion, a l'occasion de son mari.ge av>.; .*ne denutis 11.-, la terre et seigneurie ie In ville de GaniiHt en Auver;rne : ceii^j sei licrie dépendait de son domaine Le parJemei.t refu^a d'enregistrer les lettres-patentes
HISTOIIVE DE PARIS
corrupteurs; et leurs exemples, pris pour modèles par les courtisans, et reproduits par ceux-ci, corrompaient à leur tour les clauses inférieures, malheureusement trop enclines à imiter les vices embellis par le prestige des richesses et du pouvoir.
Brantôme, l'apologiste de toutes les dissolutions, raconte qu'il eut, à Fontainebleau, un entretien avec un grand prince, qui, après avoir fait l'éloge de François I", « blasma fort ce roi de deux choses, dit-il, « qui avoient apporté plusieurs maux à « la cour et en la France,' non-seulement « pour son règne, mais pour celui des « autres rois, ses successeurs : l'une, pour « avoir introduit en la cour les grandes « assemblées, abords et résidence ordinaire «c des dames; et l'autre, pour y avoir ap- « pelé, instalé et arrestési grande affluence o de gens d'église (1). »
Brantôme justifie l'introduction des dames à la cour, en disant qu'elles n'étaient pas comme celles qu'Héliogabale réunit dans son palais à Rome, mais des dames de maison, des damoiselles de réputation; « que si elles favorisoient quelques fois « leurs amants et serviteurs, le roi n'en « pouvoit être blasmé. Je voudrois savoir « qu'esloit-il plus louable au roi, ou de « recevoir une si honneste troupe de dames « et damoiselles en sa cour, ou bien de « suivre les erres (les usages) des anciens « rois du temps passé, qui admettoient
« tant de p ordinairement en leur
a suite, desquelles le roi des ribauds
« avoit charge et soin de leur faire despar- « tir quartier et logis, et là commander « de leur faire justice si on leur faisoit « quelques torts. »
Pour justifier encore François pr d'avoir introduit les femmes des nobles à la cour, Brantôme fait aussi valoir cette considération, que ces dames et demoiselles ne sont point atteintes d'une maladie honteuse, qui faisait de grands ravages alors; et que ces dames, étant très nettes et saines, au moins aucunes (quelques-unes), ne pouvaient communiquer cette maladie aux gentilshommes de la cour, comme faisaient les prostituées des lieux de débauche.
Le prince, sans doute peu satisfait des raisons de Brantôme, lui répond et soutient que les dames de la cour diffèrent
(1) Brantôme, discours 45, François I«r, tom. V, pag. 220, édit. de 1788.
très peu de ces prostituées dont il a parlé. « S'il n'y eût eu que ces dames de cours « qui se fussent débauchées, c'eût été tout « un (c'eût été égal), mais elles donnoient « tel exemple aux autres de la France que, « se façonnant sur leurs habits, leurs t grâces, leurs façons, leurs danses et leur « vie, elles se vouloient aussi façonner à « aimer et à paillarder (1). »
Brantôme réplique au prince qu'avant le règne de François I«f il existait des femmes qui faisaient un métier de la prostitution par toute la France, et qu'il y en avait « de grandes, moyennes , petites, « communes, aussi bien en leurs pays et « maisons (Qu'ailleurs (2). »
Ainsi voila, dans cette discussion, par l'un et l'autre interlocuteur, les- dames de la cour assimilées aux femmes publiques. Ces dames, que Brantôme qualifie de très honnestes, lors même qu'il décrit leurs actes de libertinage, servaient évidemment, au moins pour la plupart, aux plaisirs du roi et ensuite à ceux de ses courtisans. On en trouve des preuves nombreuses dans cet auteur. Je vais en rapporter quelques-unes, en prévenant le lecteur délicat de se prémunir contre les paroles grossières de cette citation ; paroles qu'il faut produire pour faire connaître les moeur.* et le style des courtisans du seizième siècle, dont Brantôme se piquait d'être un des plus polis. Les paroles et les chosede cette citation contribuent à rendre plus exact le tableau des mœurs de ce temps.
Après avoir exposé les galanteries ou débauches de quelques rois de France, il ajoute : « Le roi François 1er aima fort « aussi, et trop : car, étant jeune et libre, « sans différence il embrassoit qui l'une « qui l'autre (comme de ce temps tel n'é- « toit pas galant qui ne fust putas...) in- « différemment; dont il en prit la grand»
(1) L'auteur de l'ouvrage intitulé la Fortune de la Cour juge de même. « Fran- " çois 1er, dit-il, s'apprivoisant avec des u dames, les fit devenir plus hardies ; et, « par son exemple, rendit la cour premiè' M rement desbordée ; puis, par une manière " de contagion, faisant couler ce venin dan» M les villes, et le respandant jusque dans les tt maisons particulières, gasta et corrompit « les mœurs publiques. >» [Fortune de la Cour, liv. 2, p. 568, édit. de 1713.)
(2) Brantôme, discours 45, François I^, édit. de 1788, t. V, p. 221, 222.
TABLEAU
• vérole, qui lui avança ses jours, et ne « mourut guère vieux... Après s'être vu « échaudé, et mal mené de ce mal, avisa « que, s'il continuoil cet amour vagabond, € qu'il serait encore pris; et, comme sage » du passé, advisa à faire l'amour bien « galamment; dont, pour ce, institua sa t belle cour, fréquentée de si belles et « honnestes princesses, grandes et damoi- € selles, dont ne fit faute ; que pour se « garantir de vilains maux, et ne souiller
• son corps plus des ordures passées, s'ac-
• commoda et s'appropria d'un amour « moins sallaud, mais gentil, net et pur. »
Ce qui suit ne laisse pas d'incertitude sur Ij nature de cet amour gentil, net et pur. Brantôme nous apprend qu'il prit pour sj principale maîtresse mademoiselle d'Iielly, qu'il créa depuis duchesse d'Etampes; laquelle, quoiqu'il lui prodiguât les dons et les richesses, dit-il, ne lui tint pas fidélité, comme c'est le naturel des dames qui font profession d'amour, u II ne R s'y arrèloit pas tant, ajoute-t-il, qu'il « en aimât bien d'autres. .. Il les aimoit « par discrclion et modérément ; quand il '< en avoit à faire, en prenoit à ses repas « comme d'autres viandes de son dîner et « de son souper. Bien leur donnoit et élar- « eissoit-il ses libéralités; car toute femme « d'amour, soit petite, soit grande, aime « qu'on lui donne. Aussi est-il raisonnable » qu'un bienfait se paie par un autre (I). »
Ainsi voilà François I^r entouré de dames, de princesses, duchesses, etc., non comme un sultan dans son sérail, mais, ce qui est pis, comme un roi au milieu d'une cour convertie en lieu de débauche. 11 ne se fait pas faute de ces femmes d"amour; il les prend quand il en a affaire, en change à son gré; il les paie; elles reçoivent le prix de leurs complaisances ou plutôt le salaire de leurs prostitutions.
Voici encore une similitude entre cette cour et un lieu de débauche. François l«r^ atteint d'une maladie vénérienne, n'en gu-'rit jamais, puisque cette maladie le conduisit au tombeau. Dans cet état, il dut la com.muniqucr à presque toutes les femmes de sa cour, comme il la communiqua à son épouse. Brantôme déclare assez positivement que les dames de cette cour n'en furent point préservées, lors-
(Ij Brantôvtg, àiscours 61, Henri II, •dit. de 1788, t. V, p. 329.
qu'il dit qu'elles étaient très nettes et très saines, au moins quelques-unes, c'està-dire que le plus grand nombre ne l'était pas.
Le langage, à la cour magnifique de François I^r, correspondait, comme on vient de le voir, aux mœurs des princes et courtisans de cette cour. On v parlait comme parle Rabelais dans son Gargantua et dans son Pantagruel; comme Brantôme dans ses Dames galantes, etc., écrivains qu'aujourd'hui on ne peut plus lire en bonne compagnie, et qu'on ose à peine citer. On jurait à cette cour comme on jure dans les cabarets : chaque roi, chaque grand seisneur avait sou juron habituel (1).
La cour de France, sous les règnes des autres Valois, fut à peu près la même que sous François I^r. Son Àls, Henri II, dominé par sa maîtresse, Diane de Poitiers, paraît avoir été un peu contraint dans ses débauches par cette femme dominatrice, et issue d'une famille illustrée par ses débordements. Cette femme hautaine, ennemie furieuse des protestants, excitée par le cardinal de Lorraine, qui avait, dit-on, part à ses bonnes grâces, poussa Henri U à persécuter ces sectaires, dont il fit brûler vifs un très grand nombre, pendant tout le cours de son règne.
Ces cruautés catholiques n'enipêchèrent pas le libertinage d'être en vogue à la cour; on s'y livrait sans pudeur; et Brantôme est notre garant.
Sous Charles IX, on poussa encore plus loin le catholicisme et la débauche : on fit les massacres de la Saint-Barthélemi, et Catherine de Médicis prostituait les honnestes dames et damoiselles de la cour, et les faisait servir à sa polit ique. Leurscharmes étaient des pièges que cette reirie tendait aux princes et seigneurs qu'elle voulait tromper, dominer ou attacher à ses
(1] Brantôme nous a conservé, dans ces quatre vers, les jurons de quatre rois :
Quand /« Pasque-Dieu décéda Louis XL
Par-leJour-Dieu lui succéda Cliarle» VIIL
Le diable m'emporte s'en linl pms. . . Louis XIL
Foi de gentilhommt riai après Franc .i» !**■.
(Discours ib, loni. v, p. 181.)
Charles IX jurait parle Sangdieu, parla Mondieu ; tous ses successeurs ont juré ; et Louis XIV jurait encore dans sa jeunesse, à l'exemple de ses courtisans. Mais il rougit de celle habitude grossière, et parvint à la surmonter.
intérêts. C'est dans ce motif qu'elle arriva à la cour du roi de Navarre, escortée de ses plus belles filles, et qu'elle livra à ce roi la demoiselle du Rouet, fille de Louis de La Bèraudière de La Guiche, dont ce prince eut un enfant (1). Elle fournit au prince de Condé Lsabelle de Linie lil, qui, en 1564, accoucha d'un enfant mort. Ces filles di'shonorées, que depuis on a nommées filles ou dames d'honneur, étaient au nombre d'environ deux cents. Brantôme a donné la liste de leurs noms qui appartiennent aux familles les plus illustres de France, selon les généalogistes.
En 1577, Catherine de Médicis mit encore en jeu les charmes et les talents de ces jeunes dames: Henri III donna, le
15 mai, à son frère et autres seigneurs qui l'avaient accompagné au siège de La Charité, un festin dans le château du Plessis-les-Tours. « Les dames, dit l'Es- « toile, y parurent vestues de vert, en « habits d'hommes, à moitié nues, et ayant « les cheveux épars comme épousées, fu- « rent employées à faire leur service, et y « furent tous lesassistantsvestus de vert : « pour quoi avoit été levé à Paris pour * 60,000 francs de drap de soie verte. »
Quelques jours après , Catherine de Médicis donna une pareille fête au château de Chenonceau, où figurèrent aussi les filles de sa cour vêtues de damas de deux couleurs (2).
Brantôme parle souvent de ces dames, demoiselles ou filles de la cour avec l'enthousiasme d'un amateur passionné. Elles étaient à ses yeux des femmes célestes, des divinités;" mais ce qu'il en raconte prouve qu'elles daignaient souvent s'humaniser, et restaient sur la terre pour y recevoir les fréquents hommages des mortels.'
« Toute beauté y abondoit, toute ma- «jesté, toute gentillesse, toute bonne « grâce, et bien heureux aussi qui en « pou voit échapper, et je vous jure que « j ■ n'ai nomme nulle de ces dames ou « damoiselles qui ne fussent fort belles, « agréables et bien accomplies, et toutes
(Ij Anecdotes des reines de France, ton:. IV; Catherine de Médicis, p. 3B8. Cet enfant, coiiuu sous le noai de Charles de Bourbon, fut fait arclie\ê4ue de Rouen. C'était un pauvre homme, quoique bâtard.
(2) Journal de Henri fil, t. I, p. 205, édit. de 1744.
nE PARIS
« bastantes pour mettre le feu pari- « le monde. Aussi, tant qu'elles ont « en leur bas âge, elles en ont bien bni'' ^ une bonne part, autant de nous autie< « gentilshommes de cour que d'autres qui <f s'approchoient de leurs feux... Je parle « d'aucune desquelles j'espère faire de « bons contes dans ce livre... le tout se «r couvrira sous le rideau du silence de « leurs noms (1)... Elles avoient leur libé- « rai arbitre, pour être religieuses, aussi « bien de Vénus que de Diane, mais que « (pourvu que) elles eussent de la sagesse, « de l'habileté et savoir, pour se garder «t de l'enflure du ventre (2). Cette reine « (Catlierine de Médicis), faite delamnin <' de ce grand roi François I", qui OM-it " introduit cette belle et superbe bom- « bance, n'a voulu rien oublier ni lai--er « de ce qu'elle avoit appris, mais l'a « voulu toujours imiter, voire surpa-- « ser, etc. (.3). »
Ainsi Catherine ne changea rien, ajouta plutôt aux désordres établis par Fruiçois [". 11 est impossible de douter de l'extrême libertinage de ces belles et honnestes dames ou damoiselles ou filles de la cour, lorsqu'on a Iules bons contes q T ■ • a faits Brantôme. Les scènes de lux que ce vieux courtisan a complaisamni décrites ressemblent à celles que p-uiraient offrir les annales d'un lieu de d»^ bauche (4).
Une de ces demoiselles composa et fit jouer dans la salle de l'hôtel de Bourbon
(1) Brantôme, Catherine de Médicis, édit. de 1788, t. II, p. 308.
(2) Brantôme, p. 305.
(3) Brantôme, p. 311.
(4) Ces bons contes se trouvent répand u> dans presque tous les Traités de Brantôxe ; mais ils abondent notamment dans les suivants :
1» Sur les dames qui font l'amour. principalement sur les cocus, et de leur= verses espèces ;
20 Sur le sujet qui contente le plus eu amour : ou le toucher, oula vue, ou la rrrole;
30 Sur la beauté de la jambe, et de vertu qu'elle a ;
40 Sur les femmes mariées, les veuves ^t les filles : savoir desquelles l«s unes sont plus portées à l'amour que iCs autres;
50 Sur aucunes daues vieilles 4U1 aiment autant à faire l'amour que les jeunes, etc.
une pièce deth'àtre, intitulée le Paradis i' Amour : pièœ très obscène si l'on en jose par la manière mysiéneuse dont en parle Dr^ntôme Elle fut jouée à huis clos, ?ans spectateurs, par trois acteurs et trois ictrice^, parmi lesquels on comptait un prince, une de ses maîtresses, un grand «eigneur qui jouait avec une grande dame ie riche matière, dit Brantôme: ce qui, lans sa manière de parler, signifie une princesse. Le troisième couple se composait d'un gentilhomme et dune fille de la cour, auteur de la pièce, qui, « certes, < toute fil!e qu'elle étoit, ajoute-t-il, joua , « aussi bien ou possible mieux que les
mariées : aussi avoit-elle vu son monde ' « ailleurs qu'en son pays (T.. " !
Ce fut au milieu de cette corruption que François 1er fi^Jt ses jours, que vécurent Henri IT, Charles IX, Henri HI: ; mais ce dernier roi se distingu3 de ses prédécesseurs par ses goûts efféminés, et surtout par ses débauches ultramontaines. Son règne fut celui des mignons.
L'infamie qu'avaient encourue les dames et les jeunes fille de la cour s'étendit, pendant ce dernier règne, sur les jeunes courtisans, qui, plus méprisables qu'elles, se livraient avec leur maître aux plus dégoûtants excès de la débauche.
Henri HI, doué du talent de !a parole, qui quelquefois avait montre du courage, s'amollit tellement dès quil fut roi, qu'on lui vit prendre toutes les affections, tous les goûts d'une femme faible et coquette. La nuit, il se couvrait les mains de gants, et le visage d'une toile préparée, afin de conserver la blancheur de sa peau. Il teignait en noir ses cheveux roux, se frisait, 5^0 fardait le visage de blanc et de rouge, se peignait les sourcils ; il était coiffé à à peu près comme les dames de sa cour, etc. (2); il s'habillait en femme,
(1) Brantôme, de l'Amour dfts Filles, discours 4, art. 2, t. IIL p. 305.
(2i Description de Vile des Hermaphrodites, Journal de i'Zstoile, t. IV, pièce première. Cet o.ivrage parut en 1605. L'auteur, Thomas Artus, y peint la coquetterie, la toilette recherchée du roi et ses goûts i:npurs. Henri IV voulut connaître ce livre, qui ôe vendait fort cher, et se iefitlire : « Eacore, .. dit l'Entoile, qu'il le trouvât un peu li- « bre et top hardi, il ne vouixt pas qu'on " recb rc-hât l'auteur, fa saut conscience, « disoit-ii, de fascher un homme poui a.oir
TAPT-F. vu MOP.A!, !o
ouvrant son pourpoint, découvrant sa gorge, et y portant un collier de perles avec trois collets de toile (1).
Instigués par une dame ou révoltés de c^s excès, deux courtisans, Siint-Luc et Joyeuse, pour déterminer Henri lïl à renoncer à ses crapuleuses habitudes, eurent recours à un stratagème, qui, quoique peu nouveau, opéra quelques changements dans la conduite de ce roi. Ils employèrent une sarcabane d'airain, dont une extrémité fut fixée près du chevet de son lit, et l'autre dans une pièce voisine. Lorsque Henri III fut couché, et parut endormi, l'un deux, par ce tuyau, qui donnait à sa Yoix un caractère étrange, fit entendre au prince des avis menaçants, lai aiîiKMîça un châtiment terrible s'il ne renonçait promptement à ses dissolutions.
Le lendemain matin, Saint-Luc vint, d'un air épouvanté, dire au roi que pendant la nuit un ange irrité lui était apparu, et l'avait menacé de la colère de Dieu s'il ne changeait de conduite.
Henri" III, à ce récit, lui raconta avec effroi les paroles terribles qu'il avait distinctement entendues pendant la nuit.
Cette fourberie fit une profonde impression sur l'esprit faible de ce roi: au moindre coup de tonnerre, il se cachait sous un lit ou dans les caves les plus profondes du Louvre. Quoique ses mignons, étonnés du changement opéré dans la conduite de Henri lïl, eussent recherché, découvert et dénoncé à ce prince la supercherie de Sainl-Luc, et obligé celui-ci à prendre la fuite et à se retirer dans son gouvernement, le coup était porté : l'impression ne s'effaça point (2). Le roi ne renonça point à ses vices ; mais, ce qui était plus facile, il se livra à ce qu'on nommait alors la religion, c'est-à-dire aux superstitions les plus ridicules.
Il institua, en mars 1583, une confrérie de pénitents ; et, sans gardes, sans distinction, vêtu d'un sac de toile, le chape-
« dit la vérité. »> (JoiiTûal de Henri IV. avril 1605.)
(L) Journal de Henri IIl, &u24 févTierl577 (21 Histoire de De Thou, liv. 74; et les restiiuîioas de ce lisTe de la traduction, t. VIII, p. 712. — Histoire de d'Aubigné, t. II, liv 4, chap. 5. — Confession de Sanci, chap. 7, p. 224, et les notes de Le Dachat, sur 03 chaoitre, p. 243. — Jour de lan. Henri Ul, t.*V, édit. de 1744.
let et la discipline pendus à sa ceinture, il assista à une procession composée de confrères pareillement -vêtus. Une pluie abondante l'accueillit pendant cette dévote cérémonie, et l'on fit à ce sujet le quatrain suivant :
Après avoir pillé la France, Etiouisoii peuple dépouillé, N'est-ce pas belle péiiilence, De se couvrir d'un sac mouillé?
Henri III devint pour toutes les personnes raisonnables un objet de risée et de mépris; et les prédicateurs de la Ligue profitèrent de cette dévote équipée pour déclamer contre lui (1).
Quelques jours avant celte procession, le roi avait parcouru les rues de Paris en masque avec ses mignons, avait commis mille insolences, rôdant de maison en maison, « faisant, dit l'Estoile, lascivités « et vilenies avec ses mignons, frisés, « bardachés et fraisés, jusqu'à six heures « du matin (2), »
Henri III ne borna pas sa dévotion aux confréries et aux processions de pénitents. Crédule par peur, il fit venir de Rome des chapelets bénits, des grains bénits, qu'il distribua à tous ses confrères du cabinet, c'est-à-dire à ses mignons; il faisait intervenir, comme des amulettes et despréser-
(1) Voici ce qu'on lit dans le Journal de l'Estoile : u Le dimanche 27 mars (1583), « le roi fit emprisonner le moine Poncet, « qui prêchoit le carême à Notre-Dame,' " pour ce que, trop librement, il avoit pves- *< ché, le samedi précédent, contre cette « nouvelle confrérie, l'appelant la confrérie « des hypocrites et des athéistes; et qu'il .< ne soit vrai, dit- il en cet propres mots : •* — J'ai été averti de bon lieu qu'hier au " soir, vendredi, jour de la procession la <• broche tournoit pour le souper de ces " bons pénitents, et qu'après avoir mangé .. le gros chapon, ils curent, pour collation i. de nuit, le petit tendron, qu'on leur te- .. noit tout prêt. Ah! malheureux hypo- «' crites, vous vous moquez donc de Dieu, « sous le masque, et portez pour contenance «« lin fouet à votre ceinture : ce n'est pas là, « de par Dieu, où il lefaudroit porter; c'est « sur votre dos et vos épaules, et vous en « étriller très bien ; il n'y a pas un de vous « qui ne l'ait bien gagné. « (Journal de Henri III, t. I, p. 392.)
{2) Joumaidt HenrilII, t. I, p. 387.
PiBis. — Typ. Lacovb, rue Soufflot, IS.
vatifs contre de honteuses maladies, ces objets de dévotion dans les actes les plus sales de ^"'' débauches. Si l'on en croit un p?- ' '-^Confession de Sanci,
que ' •-^. iCes me défendent de citer
ent' ,, ii se pratiquait dans ce cabi-
net du roi des profanations plus révoltantes encore. Aux chapelets et aux grains bénits, on ajoutait des messes célébrées sur le lit même de la plus effrénée luxure, on plaçait des reliques révérées sur le dos de ses infâmes acteurs, qui se purifiaient entre eux avec de l'eau bénite, et s'en donnaient des cly stères (4).
Je n'oserais affirmer la vérité de c^ faits parce qu'ils sont avancés par un écrivain prolestant, suspect de partialité, par d'Aubigné , grand-père de madame de Maintenon ; mais j'ai lu tant d'autres faits aussi étranges, et qui, rapportés par des protestants, se trouvaient confirmés par les plus graves autorités; j'ai vu tant de preuves du mélange de la magie avec le catholicisme, que je n'oserais pas non plus dire que ces faits sont des mensonges.
La Mole, un des courtisans de ce roi.
qu'on nommait le baladin de la cour, et dojjt le libertinage était passé en proverbe, chr^'^c oamè.'- parce qu'il se montrait, dit(J^\. -'ULC, mcàlleur champion de Vénus que de Mars,'%lendait quatre, cinq, jusqu'à six messes par jour. Il fut, en 4 574, décapité à cause de ses succès galants auprès de la reine Marguerite. Après son exécution, on trouva sur son corps une chemise de Notre-Dame de Chartres, qu'il portait ordinairement ; et dans son hôtel, une figure de cire fabriquée par Cosme Ruggieri, magicien de la reine-mère (2). Dans la branche des Valois, il ne faut point chercher des exemples de probité, de bonne foi, ni la religion des serments, François I" emprunte à la ville de Paris des granges de l'Arsenal , donne sa parole qu'if les restituera au plus tôt ; il viole sa promesse. Ses successeurs l'imitèrent ; et les massacres delà Saint-Barthélemi n'ol-
(1) Confession de Sanci ; Journal de l'Estoile, t. V, p. 225. L'Estoile nous apprend que HenrilII portât à sa ceinture, en 1588, un grand chapelet, garni de têtes de morts dont on se moquait ; il disait en le montrant : Voilà le fouet de mes ligueurs.
(2) Mémoires pour servir France, par l'Estoile, t. I, tion de 1744.
l'Histoire dt 65, 66, édi-
TABLEAU
frent-ils pas, de leur part, la preuve la plus manifeste de leur perfidi '-^ ^eur penchant à violer leur sei..
Aucune considération hiriainc tait les passions de ces princes ; le i le vol, tous leurs crimes étaient considères comme des actes léijitimes.
« En septembre 1573, j'ai vu nos trois • rois, celui de France, c-:*lui de Pologne, « celui de Navarre : ils mandèrent à Xin-
MORAL f7
feuillet, prévôt de Paris, qu'ils vouloient aller prendre la collation chez lui , comme de fait ils y allèrent, quelques excuses que sût alléguer Xantouillet pour ses défenses. Apre? la collation, la vaisselîo d'argent de Xantouillet et ses coffres furent fouillés, et disoit-on dans Pariô qu'on lui avoit vo'è plus de oO,000 livres, et qu'il eût mieux fût. le hnn homm?, de pren 're à feinmj la Chù-
Saint-Julien- de « teauneuf, fille de joie du roi de Pologne, « que de l'avoir refusée (1), qu'il eût
« mieux fait aussi vendre sa terre au duc
(1) Renée de Rieux Châ teauneuf, Bretonne, était une des nombreuses tiiles ou suivantes de la reine -mère ; le roi, qui en était rassasié, voulait que Xantouillet l'épousât. On voit ici comment il se vengea de son refus. Il voulat la faire épouser à François de Luxembourg, et que le mariage se conclxlt aussitôt la proposition faite ; Luxembourg icmanda huit jours pour s'y décider; le roi . m DULAUr.E
•Ménétriers.
« de Guise, que de se laisser ainsi piller « à de si puissants voleurs (1). »
Il est vrp.Tsemb'able que Xantouillet,
lui en accorda trois, pendant lesquels il s'échappa furtivement de la cour. Dans la suite elle épousa Philippe Aîtovity, seigneur de Castellane, qu en 1577 elle tua de sa main. [Journal de Henri III, t. I, p. 121, 217).
(1) L'hôtel de Xantotiillet, pillé par ces trois rois, était situé sur le quai des Augustins ou de la Vallée, à l'angle oriental de la ruedesGrands-Augustijas.il portait, en U99,
48 iiiSTOine de papis
homme très violent, opposa à ces trois
rois et à leur suite de la résistance. Sau- ' val dit que ces princes faillirent à y être tués (1).
Le roi de Navarre, qui participa à cette honteuse action, pouvait donner pour excuse sa jeunesse, le peu de liberté dont il jouissait à la cour de Charles IX, et la mauvaise compagnie qu'il était forcé d'y fréquenter.
Le lendemain, le premier président du parlement se présenta devant le roi, et lui dit que tout Paris était ému par la nouvelle du vol commis chez Nantouillet ; qu'on répandait que Sa INIajesté était un des voleurs, mais que plusieurs croyaient qu'elle n'avait agi de la sorte que par plaisanterie. Charles IX répondit en jurant S.... D.... qu'il n'en était rien ; que ceux qui le disaient eu avaient menti.
Alors le président répliqua qu'il ferait informer contre les auteurs du vol, et qu'ils seraient punis. Non, non, dit le roi, ne vous en mettez pas en peine ; dites seulement à Nantouillet qu'il aura trop forte partie s'il en veut demander raison (2).
Les rois de France de la branche de Valois corrompirent jusqu'aux beaux-arts, qu'ils rendirent complices de leurs dépravations. Plusieurs maisons royales étaient ornées de tableaux, de peintures, de tapisseries, de sculptures, qui représentaient des scènes alarmantes pour la pudeur des
lorsque l'archiduc Philippe d'Autriche vint y loger, le nom d'hôtel deClérieu. Fran,<>is Icr^ en 1515, le donna au cardinal Duprat, grand-père du sieur de Nantouillet.
Cet hôtel était vaste, et portait le nom d'hôtel d'Hercule, parce qu'en dedans, comme à l'extérieur, on voyait des peintures représentant les travaux de ce demidieu. Depuis, on construisit sur cet emplacement l'hôtel de Nemours, qui fut démoli en 1671, lorsqu'on ouvrit la rue de Savoie. (1) Antiquités de Paris, t. II, p. 149. (2J Journal de Henri III, édit. de 1744, t. I, p. 61 et 62.
Depuis que Louis XI, de dévote et odieuse mémoire, eut proclamé de principe : Qui ne sait pas dissimuler ne sait pas régner, les rois ses successeurs se sont crus autorisés à la dissimulation ; mais ce rôle est difficile à jouer avec succès : « Finesse prévue, finesse «• découverte, dit Rabelais, perd de finesse " l'essence et le nom : nous la nommons « lourderle. » (Ptratagruel, liv. 5, cliap. 27.)
uns, et ( ropres à enflammer les désirs des autres. Le château de Fontainob eau -tait rempli de ces objets indécents. « On y « voit, dit Sauvai , des dieux, des hom- « mes, des femmes, et des dées-es qui « outragent la nature, et se plongent dans « les dissolutions les plus monstru uses. » Il ajoute qu'en 1643, Anne d'Autriche, à son avènement à la n^gence, fit brùkr de ces peintures ou effacer de ces sculptures pour plus de 100,000 tcus; il parle d'un tableau de Michel-Ange, que François 1er avait acheté du duc de Ferrare, représentant Léda, dont la passion était si chaudement exprimée, que l'intendant des bâtiments, Sublet des Noyers, le voyant à Fontainebleau, en fut scandalisé, et le fit brûler |l).
Brantôme parle d'une coupe d'argent doré qu'un prince acheta d'un orfèvre, sur laquelle étaient gravées les scènes les plus libidineuses, et dans laquelle, lors des grands festins, ce prince avait la coutume de faire boire les dames (i2).
Dans l'hôtel du sieur d'Adjacet, comte de Châteauvillain, était une galerie ornée de tableaux précieux ; Brantôme décrit avec complaisance les actions indécentes représentées dans un de ces tableaux. Je renvoie le lecteur à la description et au récit qu'il donne de l'émotion que la vue de cette peinture produisit sur les sens d'une dame (3).
Je ne rappelle ici qu'une faible partie des traits qui caractérisent l'immoralité de cette cour, j'ai presque honte de les reproduire; mais je cède ii la nécessité de détruire une erreur trop accréditée, pour prouver que chez les personnes puissantes les vices et la déraison sont inséparables de l'ignorance.
Si l'on jette un coupd'œil sur les talents, la conduite et le caractère des hommes
(1) Sauvai, Galanteries des rois de France, ouvrage qui se trouve souvent réuni aux Antiquités de Paris du même auteur.
(2) Brantôme, Dames galantes, t. III, p. 35 de l'édit. de 1788.
(3) Bran/ô»je,p. 39, édit. de 1788.
L'hôtel du sieur Adjacet appartint au
marquis d'O, un des mignons de Henri III, et gouverneur de Paris. Ses créanciers firent vendre cet hôtel, qui fut, en 1655, adjugé aux religieuses de Sainte-Anastase. Cette propriété est située Vieille-rue-du-Temp!e, no 60.
TABLRAU MOBAL
qui ont pi^rlagé l'autorité, e[ figuré avec le plus de distinction dans les événements de cette période, on est tout étonné de les voir plongés dans la plus profonde ignorance.
Une cuisinière d'aujourd'hui rougirait d'écrire en français avec des fautes d'ortiiographe aussi 'grossières que celles que l'on" trouve dans un billet de la main du duc de Guise. Il écrit à M. de Connor, après s'être emparé de quelques fortifications de la ville d'Orléans : « Mon bon « homme, je me mange les dois de panser « que , si j'eusse heu iv qaanons pour en « tirer 2 raille coups , ceste ville étoit à « nous. Ils n'avoient qu'ung seul parapet
« qui vaille Ils n'ont pas quatre caiis
« soldas bons.... Je ne puis fere mieux < que de essaier de gagner le pont, qui « couppent; ce qui m'est mallezé, etc. {\). »
Charles de Gossé, comte de Brissac, maréchal de France, ne pouvait qu'avec peine former les lettres de sa signature. « On voit à son seing, dit Le Laboureur, « qu'il écrivoit fort mal. et qu'à peine « foraiait-il ses lettres, et il a voit cela de « commun avec les plus grands hommes « de son temps (2), y> c'est-à-dire les plus puissants.
Lorsqu'au mois d'août lo73, les ambassadeurs de Pologne vinrent offrir au duc d'Anjou la couronne de Pologne, ils furent reçus à Paris avec magnificence. La plupart ne pariaient que le polonais, le latin et l'italien ; il ne se trouva personne a la cour de Charles IX qui fût capable d'entretenir une conversation latine avec ces étrangers. Le roi fit venir exprès d'Auvergne Antoine d Alègre, baron de Milau, le s.ul qui sut la langue latine. Pour répondre au discours latin que ces ambassadeurs adressèrent à la reine, on ne trouva, dans toute la cour, aucun homme; on eut recours à une femme savante de cette époque, nommé Claude-Catherine de Clermont, duchesse de Retz, qui répondit pour la reine; et son discours fut jugé préférable à celui du chancelier Birague et de Chiverny, en réponse aux discours adressés au roi et au duc d'Anjou (3;.
Le connétable Anne de Montmorenci,
(1) Mémoires de Conde^ t. iV, p. 22ï).
(^) Mémoires de Cai>(elnau. auditions, t. II, p. 307.
(3) Histoire de Paris, par Félibien, t. II, p. 1125.
] un des premiers hommes de la France par ses fonctions, ses richesses et sa nai-sance, en était le dernier par la dureté, la férocité de son caractère, par son orgjeil, ses superstitions, et surtout par son ignorarce (1).
Il parlait très impérieusement à ses inférieurs : « Assurez-vous qu'il leur faisoit « boire de très belles hontes, non-se de- « ment à eux, mais à toutes sortes d'es- « tats ; comme à messieurs les présidents, « conseillers et gens de justice, quand ils « avoient fait quelques pas de clerc. La « moindre qualité qu'il leur donnoit, c'é- « toit qu'il les appeloit asnes, veaux, sots. « qu'ils vouloiect faire les suffisants, et « n'étoient que des fats (2). »
Cet homme si insolent, si fier, ce courtisan maladroit, qui passait d'un {:arti à l'autre, sans savoir se fixer à aucun, ni choisir le plus convenable, ce guerrier brave, mais souvent battu, n'obtint de succès rée's qu'en exerçant son courage contre des hommes sans armes, et en faisant brûler les bancs et les chaires du temple des protestants de Paris : ce qui lui valut le titre glorieux de capitaine Brûle-Bancs.
(IjBrantôme, tout en le comblant d'éloges, nous le peint comme superstitieux et cruel : .< Il a bien su en soi entretenir le christia- '< nisme (c'est-à-dire le catholicisme), tant « qu'il a duré, et n'en a jamais dérogé : ne " manquant jamais à ses dévotions, ni à ses " prières ; car tous les matifts, il ne faiiloit " de dire et entretenir ses patenostres, fut " qu'il ne bougeast du logis ou fut qu'il « montaàt à cheval et allast parmi L.^s " champs, aux armées ; parmi lesquelles on «• disoit qu'il se falloit garder des patenos- « Ires de monsieur le connétable : car, en « les disant, ou marmotant, lorsque les oc- « casions se présentoient..., il disoit : Allez- .. moi prendre un tel ; attachez celui-là à i< un arbre; faites passer celui-là par les .< piques tout à cet'e heure, ou les arque- « busez tous devant moi; taillez-moi en « pièces tous ces marauts qui ont soulu teis nir ce clocher contre le roi ; brûlez-moi ce « village ; boutez-moi le feu partout à un .. quart de lieue à la ronde..., sans se dé- .. baucber nullement de ses Pater, jusqu'à .. ce qu'il les efit parachevés. » {Brantôme^ t. V, p. 275, édit. de 1788.)
(2) Brantôme, discours 62, t. V, édit.
de 1788.
Du reste, cet homme plein d'orgueil était dépourvu de toute espèce d'instruction ; il donnait aux autres d'injurieuses qualifications qu'il méritait plus que personne : il ne savait ni lire ni écrire, et signait ses dépêches avec une marque. Sa moralité était en harmonie avec son ignorance. Son chapelet , qu'il récitait en ordonnant d'incendier des villages et de massacrer leurs habitants, ne le rendit pas plus honnête homme, et l'on connaît de lui quelques actions peu propres à illustrer sa mémoire (1).
(1) Lorsqu'en 1539 François pr envoya le dauphin son fils prendre possession de la Bretagne, les états, de cette province lui demandèrent la faveur d'établir un port dans la ville de Rennes. Le roi consentit spns peine à cette demraide, et affecta certains revenus de la Bretagne aux frais des travaux (Je ce port. M. de Chateaubriand, gou\erneur de la province, fut chargé de faire la recette et l'emploi de ces revenus. Pendant onze ou douze ans, il reçut les deniers, ne ftt point, ou ne fit que très faiblement travailler au port projeté ; l'argent destiné à ces travaux, il l'employa à dos consti'uctions, embelliss(ments qu'il fit exécuter dans son château, ou s'en servit pour ses autres affaires.
Le connétable de Montmorenci, instruit du crime de péculat dont le sieur de Cliâtsaubriand s'était rendu coupable, songea, non à le forcer à une restitution, mois a s'emparer des profits de ce crime. Sous prétexte de visiter les gouverneurs de province, il vint en Bretagne, où il s'était fait précéder par un affidé, qui déjà avait jeté l'alarme dans le cœur de Chateaubriand^ et qui avait peint la colère du roi (qui ignorait toute cette intrigue). Le connétable fit dire de plus à ce seigneur qu'il avait ordre de lui faire rendi'e compte des sommes qu'il avait perçues, et, au besoin, de se saisir de sa personne. Enfin, on l'engagea à faire au connétable une cession de sa terre et de sa maison de Chateaubriand, Ce seigneur, coupable et effrayé, consentit à tout; et le connétable obtint des secrétaires d'état un brevet portant quittance générale de tous les deniers perçus par le ?ieur de Chateaubriand, à quelques sommes qu'ils aient pu njonter, desquels deniers sa majesté lui faisait don : un trompeur trompait l'autre.
Par l'effet d'intrigues aussi criminelles, dépourvues de tout motif plausible, le con-
Si l'on excepte les principaux chefs du parti protestant, qui avaient reçu une éducation soignée, on trouve parmi la noblesse de celte période beaucoup d'ignorance, de superstition, et tous les vices de la féodalité.
Les fanfaronnades, l'avidité, la cruauté des uns n'étaient tempérées que par les fanfaronnades, l'avidité et la cruauté des autres. La conversation des courtisans ne roulait ordinairement que sur des anecdotes peu favorables à l'honneur des dames, sur les bonnes fortunes obtenues auprès d'elles, sur des combats, sur le jei!, sur les chiens, les chevaux et les habits. Ce dernier article était en grande considération. Voyez avec quel plaisir Brantôme, courtisan raffiné, se plaît à décrire le luxe des habits, la magnificence des fêles, la pompe des cérémonies; comme il s'extasie devant ces robes rouges des cardinaux (1 ), ces étoffes d'argent, d'or, surchargées de perles et de diamants, qui composaient, dans les circonstances éclatantes, les vêtements des hommes et des femmes de la cour. Rien ne lui paraît plus digne d'admiration que ces futilités que 1a raison dédaigne, et qui tiennent lieu de mérite k ceux qui n'en ont point.
Les mœurs sont parvenues au dernier degré de dépravation dans le siècle où il se trouve des hommes qui font publiquement l'apologie des vices, qui vantent leurs crimes ou ceux des autres comme des actes de vertu. Depuis la première race jusqu'à la fin du dix-septième siècle; depuis Grégoire de Tours, qui, après avoir rapporté les atrocités dont Clovis se rendit coupable, ajoute que ce roi marchait dans les voies du Seigneur, jusque vers le milieu du règne de Louis XIV, on trouve une infinité d'écrivains qui ont loué les desordres, les perfidies, les attentats aux
nétable parvint à s'emparer de la succession de Claude de Villeblanche, sieur de Brou. (Voyez les Mémoires de La Vieill ville, t. I, chap. .31, 32 et 33.)
(1) «« J'ai ouï dire qu'on a vu dans une » procession générale, à Paris, vingt ou « vingt-deux cardinaux marcher m leur « grand pontificat, et grandes robes rouges. « Ne faisoit-il pas beau voir cette vénérable »< troupe aupiès du roi?. , Hélas! aujour- « d'hui, il n'y en a qu'un, qui est l'évêque « de Paris ; le loup Ïj pourroit manger, étant <. ainsi seul. >> {Brantôme, t. V, p. 225.)
personnes et aux biens des faibles. Ils prouvent, par ces éloges, que la corruption des mœurs, surtout chez les classes puissantes, s'est maintenue au m -medegré pendant ce long espace de temps.
Dans la période qui nous occupe, on voit marcher sur les mêmes traces le maréchal Biaise de Montluc, qui raconte d^ns sa vieillesse, avec des transports de joie et de fureur, ses exécutions féroces, le nombre de ceux qu'il a fait égorger ou fait pendre, qu'il a égorgés ou pendus de ses propres mains.
On voit Rabelais plaisanter sur les escroqueries, le vol et autres bassesses.
Brantôme, persuadé que la puissance autorise, absout tous les crimes, nous peint dans leur affligeante nudité les mœurs des hommes puissants de son siècle; les louanges qu'il leur donne sont démenties far les actions qu'il en raconte. Le tableau qu'il nous a laissé, et qu'il s'efforce de rendre aimable, est à la fois dégoûtant et curieux; mais il contrarie un peu les opinions de nos apologistes du bon fieux temps.
N'a-t-on pas \'u. dans cette malheureuse période, des écrivains assez lâches, assez aveuglés par l'esprit de parti, ou assez pervertis par les mœurs des cours, pour essayer de justifier les massacres de la. Saint-Barthélemi?
Comment les mœurs d'une nation seraieut-el'.es pures quand ses chefs, placés dans la plus grande évidence, comme des modèles aux yeux de ceux qui les copient, n'offrent que des exemples de corruption, et d'une corruption embellie par tout ce que le pouvoir et l'opulence ont de plus séduisant?
Comment seraient-elles pures, lorsque ceux-là même qui, par devoir et par état, doivent enseigner, propager la morale, n'offrent dans leur conduite que scandales et perversités? On va voir que le clergé était aussi corrompu que les gens de la cour, et que les devoirs de 1 autel étaient aussi mal remplis que ceux du trône.
Jean de Montluc, tout évêque qu'il était, dans un discours que, le 23 août
• o60, il prononça au conseil du roi, dit : « Les évêques (j'entends pour la plupart^ « ont été paresseux, n'ayant devant les
• yeux aucune crainte de re-'dre compte « à Dieu du troupeau qu'ils avoient en « charge ; et leur plus grand souci a été « de conserver leurs revenus,en abuser en
MORAL i\
" folles dépenses et scandaleuses; telle- -< merjt qu'on en a vu quarante résider à « Paris pendant que le feu s'allumoit en « leurs diocèses; et, en m-^me temps, l'on « voit bailler les evèchés aux enfants et à « des personnes ignorantes, et qui n'a- « voient le savoir ni la volonté de faire « leur estât.. .Les curés, avares, ignorants, « occupés à tout autre chose qu'à leurs « charges, et, pour la plupart, étant pour- « vus de leurs bénéfices par des moyens « illicites... Les cardinaux et les évêques « n'ont fait difficulté de bailler les béne- « fices à leur maître d'hôtel, et, qui plus « est. àleurs valets de chambre, cuisiniers, « barbiers et laquais. Les mêmes prêtres, * par leur avarice, ignorance et viedisso- « lue, se sont rendus odieux et contemp- « tibles (méprisables) à tout le monde (1'.»
Les 12 et i3 décembre 1575, la ville de Paris, autorisée par le roi, tint une assemblée dans la grande salle de l'Hôtelde-Ville, et, après de mures délibérations, rédigea des remontrances, où se trouvent ces passages •.
. Quant à l'état de l'Eglise, la simonie « y est publiquement et si impudemment « soufferte, que l'on ne rougit point d'in- « tenter un procès et actions pour l'entre- « tennement des conventions simoniales « et illicites... Les bénéfices ecclésiasti- < ques sont à présent tenus et possédés « par femmes et gentilshommes mariés, « lesquels emploient les revenus à leur « proufit particulier, et ne font aucune- « meut célébrer le service divin, frustrant « en cela l'intention de l'église et des fon- « dateurs, et n'exerçant "aucune charité « envers les pauvres... Les évêques et cu- « rés ne résident sur leurs bénéfices et « évêchés: ainsi délaissent et abandonnent « leur pauvre troupeau à la gueule du « loup, sansaucune pasture ou instruction, « et sont les ecclésiastiques si extrême- « ment débordés en luxure, avarice et * autres vices, que le scandale est en pu- . blic (2).
« Y a-t-il gens plus débordés en vices, « pour le jou^rd'hui, que les prélats d'é- « giise?dit un autre écrivain catholique... « Mais c'est assez à messieurs les évêques, « abbés et prélats courtisans, de porter de
il) Mémoires de Condé, 1. 1, p- 560.
(2) Remonslrances très humbles de la viDe de Paris et des bourgeois et citoyens d'icelle au roi, leur souverain seigneur, p. 6.
i? II STO'I\F
« lît^lles croix d'or, bif^n erfbâi-séo? de « 1 eaux rubis et per!^'^ prérifusrs, et ne « se .<:rii\enir de In ciO'X pleine d'ry ines <r de nrtre Sei2;neur. Ce leur rst as>ez de « p'offer et conrtisrr sloiiei ^em( nt sans « a\oir «Gin de kurs ouail es, desquelles « ils rendront connpte un jour, lorsque le <^ Fils de Dieu tiendia ses giandts hssi-
Le même écrivain nous apprend quelques par icnlaritéssurles curés, lesmoincs, auxquels il reproche de fiécuenler les cabarets, les tripots, les bordeaux : « Il n'est « pas séant à un hon^me d'église d'avoir « ni de porter des mouchoirs frises et « musqués, ni toutes autres telles choses « délicieuses... L'habit et les [ aro'es de « nos mignards cordeliers et prescheurs, « curés et religieux musqués, représentent « plutôt des com'^diens et joueurs déguisés « que des personnages graves, siniples et « modestes, commelenrétat le requiert 1). »
De pareilles plaintes se trouvent reproduites dans une infinité de monuments historiques. Les évèques, partout accusés d'orgueil, de vanité s'adonnaient à la guerre, ne s'occupaient que de chevaux, de chiens et d'oiseaux de chaise, et se livraient à toutes sortes de débauches. Ce qui esi remarquable, et ce qui prouve les défauts de l'institution, c'est que les vices que Grégoire de Tours et saint Boniface reprochîîient aux évèques gaulois des septième et huitième siècles, et tous ceu^ qu'on leur a reprochés depuis, sont les mêmes dont ils sont entaches au sei7ième.
Brantôme dit qu'avant le concordat les évècues étaient fort scandaleux. « Dieu « sait quelle vie ils m'noKnt, Certaine- « ment ds étoient bien plus assidus en « leurs diccèses qu'ils n'ont p !• t été de- « puis : car ils n'en bougeoicnt. Miisquoi! « c'etoient pour mener une vit t u^e disû solue après chiens, oiseaux, lestes, ban- « que s, confraires, noces et p.... dont ils «inf;fi>oent des sérails, ainsi que j'ai « oeï ptu'ler d'un de ce vieux temps (jui « fais it n chercher de jeunes belles petites « 11 s de l'âge de dix ans, qui promet- « ! oient quelque chose de leur beauté à « \ nir, et les donnoit à nourrir et élever ■ <iui cà, qui ià, parmi leurs paroisses et « Kurs villages, comme les gentilshommes
\1) f^evwiiitrui'Cfs au peuple français sur la divii.- lé des \ic\.s t,\ii règlent eu ce temps, par C. Marchand, 1575, p. 6, 7, 10.
« ffo- li des p t ts chiens, pour s'en servir « Icrqu'i U' s .srroi'~o! grandes.
« N'sé\è- esdaujourd'hi;i,r!Jou!e-t-il, « SOI l plus discr ts, au n"oins p a- -âges « hxpociites qui c:.chent mieux h\\v> vices « noirs. »
Brantôme, qui vtut faire l"; pi k gie du C( incorda I, dtcrit les abus qui jé- .1 1. lient des<lectons. Les moines, les chanoines, pour élire leur abb , leur prieur, se livraient à des cabales, à des séductions, se querellaient, se battaient; ils choisissaient le plus débauché d'entre eux ou, comme dii grossièrement notre auteur, « le meil- « leur compagnon, qui aimoit le plus les « garces, les chiens et les oiseaux, qui « étoit le meilleur biberon, afin qu il leur " fût permis de faire pareilles dibau- « ches. «
Les abus ne provenaient point des élections, mais plutôt de l'organisa! ion vicieuse du clergé, et très ce lainement de l'immoralité générale. En donnart, par l'effet du concordat, les abbayes et prieurés aux g'-ntilshommes laïques, aux militaires, aux femmes. Françoiï? l^f ne pensait pas à l'épuration des maurs; et cette mesure ne devait pas y contribuer.
Les nioeurs des prélats qui ont, pendant leur vie, exercé une grande influence sur les événements publics, devaient servir de modèle a et Ik s il s pré ats d'un rang inférieur, et à tout le cierge subalterne; car, dans l'i tat d'ii:nerance où laniiuiss,.it ce corps, il dexait plutôt, par imil;ilion, se diriger d ; près l'exemple de ses chefs, que d'jtprès des règles qu'il ne connaissait guère. Le cardinal Charles de Lorraine fut certainement, par ses intrigues, >a puis- -ai ce, et les ru h sr's (pie lui pmcu; aient ses nombn uxeNèch* sel sev riches abbayes, le personnage le plus intluent du royaume. Ses vices :urent respectés et sou\ent imites. Je ne parlerai point de ses nombreuses perfidies, ni de ses projets sanguinaires, que des écrivains avilis par leur respect pour la puissance appellent qualités d'un grand politique ; mais j'exposerai quelques traits qui caractérisent ses mœurs privées, mœurs qui, dans son temps, firent autorité.
Ce cardinal, avide de pouvoir et de richesses, avait, contre l'esprit et la lettre des canons de l'Eglise, accumulé sur sa tête un nombre infini des bénéfices les plus riches de France. A l'avarice il joignait un orgueil ridicule, et qui fut souvent humilie.
TABLEAU MORAL
oacile de Tr-nîe, il
A son retour du voulut faire à Paris une entrée triomphale. ' Le 8 janvier [-ISo, ac^onn-agné de son j nevou, de plusieurs seigneurs, escorté d'une j troupe de gentilsho nmes, domestiques, et j de sa garde arm e, il s'avança vers c-^tte ville. Le mar-chal de Monlmorenci, gou- j verneur de Paris et de lIle-de-Fi-auce, | qui n'aimait pas ce cardinal, le fit avertir j de ne point exécuter ce projet, attenduque le roi venait, par une ordonnance, de défendre le port d'arm.es à tous ses sujets. Le cardinal répondit à cet avertissement que le roi lui avait accordé un brevet d'exception ; le maréchal demanda la communication de ce t revêt: le cardinal la refusa, et marcha pompeusement à la tête de sa t taupe. Il était déjà entré dans la rue Saint -Denis, lorsque le maréchal de Montmorenci arrive, trouble la cérémonie, ordonne à la troupe commandée par ce prêtre de mettre bas les armes ; elle refuse. Il fait tirer sur elle quelques coups de pistolet et d'arquebuse; elle pren j aussitôt la fuite. Le cardinal et son neveu effrayés mettent pied à terre, se sauvent en magnifiq\^ équipage dans la maison dun marchand appelé Garrot, en face ou à côté de l'église du Saint-Sépulcre. Il y eut cinq ou six hommes tues ou blessés. Le cardinal et son neveu sortirent pendant la nuit de leur asile, furent contraints d'aller à pied depuis l'église du Saint -Sépulcre jusqu'à l'hôtel de Cluny, rue des Mathurins, où ils couchèrent el ne dormirent pas tranquilles. Montmorenci fit pendant le jour suivant diverses patrouilles dans les rues de Paris, passa plusieurs fois devant l'hôtel de Cluny ; et ses gens, en y passant, tenaient des propos nAaçant's contre le cardinal, qui, assailli par la peur, fit solliciter et obtenir du gouverneraentJpi permissio^de sortir de Paris : il se retira à Meudcm (1;.
Outré de cette humiliation, le cardinal fit répandre un écrit contre le maréchal de MontmorAci ; on y répondit pj| un
(l) Mémoires d&Condé,x. I, avertissement, p. 2, et p. 150 du texte. — Histoire de De Thou, liv. 37, traduct., t. V, p. 15. M. de Saint-Foix dit que le cardinal et son neveu se réfugièrent dans la rue Trousse -Vache, et se cachèrent dans l'arrière-boutique d'un marchand, sous le lit d'une servante, d'où ils ne sortirent que la nuit. J'ignore ou il a puisé ces détails.
aulre écrit qui le couvrit de confusion. Il ne fut pas plus heureux dans le dessein de détacher du royaume de France l0iit< s les baron nies de T'évèché de Melz, et de les placer sous la sauvegarde de l'empire. Celui qui en était gouverneur pour le roi s'opposa à cette entreprise. Cette 0[ position à main armée fit naître une guerre entre le cardinal et ce gouverneur, laquelle fut nommée guerre cardinale ,1;. Ce prélat prit les armes contre le roi, donna des combats, et assiégea des places. Cette entreprise audacieuse, digne des temps où la féodalité conservait sa plus grande énergie, ne valut au cardinal ni glô:re, ni succès, ni la punition qu'elle méritait : le gouvernement était sans force.
Sous le règne de François II, ce prélat, étant à Fontainebleau, se trouva assailli par un grand nombre d'officiers estropiés et de veuves de gentilshommes tues pendanr4«^, guerres, qui lui demandaient quelques petites pensions pour vivre. Voici comment il répondit aux justes demandes de ces malheureux : il fit élever des potences dans une cour de Fontainebleau, et ordonna aux solliciteurs de sortir dans vingt-quatre heures de ce lieu, sinon qu'il les ferait tous pendre (â).
Ace trait barbare, digne du tempsetdu cardinal, joignonsles massacres de la Saint- Barthélemi, auxquels il concourut, sinon par son poignard, au moins par ses intrigues, et l'on sera convaincu que le cardinal était cruel.
Après sa honteuse équipée à Paris, il se retira dans la:wil|^de Metz, dont il possédait l'cvéche. Il apprit que les dominicainsavaient dansle trésor de leur sacristie une couroiflae d'or massif enrichie de pierreries, et il voulut la voir. Les moines ne purent se refuser à son désir : il la vit, la garda, et ne la restitua jamais (3).
Ce fait, s'il est vrai, ne prouve pas eu faveur de sa probité.
Sa (^astete n'est pas mieux établie. Je ne citerai point ce qu'ont dit sur ses débauches les protestants auxquels il 'it tant de mal; mais je m'appuierai de l'autorité de Brantôme, ^ui, ^oique mauvais chré-
(1) Mémoires de Condé, t. VI. article Guerre cardiiule^ p. 1.37.
(2, Vie de François- de Guise, p. 65.
(3j Mémoires de Condé, t. VI, avertissement. D 4. et 126.
lien, élait pour le temps très bou catholique.
« Quand il arrivoit à la cour quelque « fille ou dame nouvelle qui fût belle, il «. (le cardinal) la venoit aussitost accoster;
- et, la raisonnant, il lui disoit qu'il la
< vouloit dresser de sa main. Quel dres- « seur!.. Aussi, pour lors, disoit-on qu'il « n'y avoit guère de dames ou filles ré- •< sidantes à la cour, ou fraischement ve- •< nues, qui ne fussent desbauchées ou «> attrapées par la largesse dudit monsieur « le cardinal, et peu ou nulles sont-elles " sorties de cette cour femmes ou filles <> de bien. Aussi voyoit-on pour lors leurs
* coffres et grandes" garderobes plus plei-
- nés de robes et de cottes d'or et d'ar- '< gent et de soie, que ne sont aujourd'hui
< celles de nos reines et grandes prin- « cesses de ce temps. J'en ai fait l'expé- ■« rience pour l'avoir vu en deux ou trois ■' qui avoient gagné toWt^S^ par leur.. ^(i); ■< car leurs pères et mères et maris ne '. leur eussent pu donner en si grande » quantité.
« Je me fusse bien passé, se dira quel- ^ qu'un, de dire ceci de ce grand cardi-
< nal, vu son honorable habit et révéren-
* dissime état : mais son roi le vouloit f ainsi, et y prenoit plaisir ;et, pour com- « plaire à son roi, on est dispensé de
* tout. »
C'est par cette pernicieuse maxime de courtisan que Brantôme prétend justifier les moyens corruptf^irs et le libertinage de ce prélat. Dans c^ passage remarquable, il accuse le f^î^pPCour et lui-même, et ne justifie personne.
On voit qu'alors, sans génie, sans but d'utilité publique, av^ de médiocres talents, du pouvoir, des richesses, de l'ambition, de l'audace et beaucoup de vices, on pouvait , même en commettant de grands crimes, de grands attentats contre l'ordre public, acquérir le titre de grand homme. Malheureusement pour la mémoire du cardinal de Lorraiq^, la postérité n'a point confirmé le jugement inique d'une partie de ses contemporains; le faux mérite de xe prélat s'est bientôt évanoui, et il n'^ resTé de réel que ses vices et ses actes criminels.
Les autres prélats de cour n'avaient pas des mœurs plus exemplaires.
(1) Le courtUan Brantôme est ici grossier comme ailleurs.
Si l'on en croit quelques historiens, Jean Du Belloy, évèque de Paris, pour ne pas imiter le scandale de ses semblables, épousa Blanche de Tournon, veuve de Jacques de Goligny , oncle du célèbre amiral de ce nom. Ce mariage, qui paraît étrange aujourd'hui, « était, dit Amelot « de la Houssaie, chose dont on ne faisait « pas grand scrupule en ce temps-là(1 ).»
Voici ce qu'on lit dans les registres du parlement :
Le 23 mai 1558, l'archevêque de Sens, garde-des-sceaux de France (Jean Bertrandi), vint au parlement suivi de plusieurs évêques, fit au nom du roi une belle harangue qui roula sur la nécessité de conserver la religion de nos pères, disant que le roi regarderait comiwe»des eniRem'is ceux qui en changeraient, etc.
Le premier président ('Le Maistre) lui répondit que tous ces maux provenaient (iuc^ojicordat ; que le peuple restait sans instruction, parce qu'on n'avait que do mauvais évèques. On en voit quarante eit cette ville qui n'y font rien que mal édifier... « Ils sont vêtus de cappes... cou- « pent leurs bois de hautes futa^s, abat- « tent la moitié de leurs églises ; leurs « fautes sont cause qu'on les méprise, et « ce mépris rejaillit sur l'Eglise. »
L'archevêque de Sens répondit que les hérésies ne venaient pas du concordat, mais de ce qu'on vendait la grâce du Saint-Esprit (2).
Cette réponse ne justifiait ni la cour de Rome ni le haut clergé.
D'après celte esquisse des mœurs de la cour et du clergé, mœurs voilées par ce qui séduit facilement le vulgaire, et parce qui com^^nde son admiration, le' prestige du pouvoir et l'éblat des richesses ; d'après cette esquisse, dis-je, on peut jugerquelles étaient les mœuis d^Paris. ^
Les habitants de cette ville copiaient aussi exactement qu'ils le pouvaient. les mœj.u's de la cour ; ils imitaient, pour la jlCpart, sa dévotion, ses^Traliques supcrstaieuses et magiques, ses débauches, son luxe et autres immors^tés. Nulle législation fixée; un mélange confus des lois romaines et de coutumes barbares; des ordonnances de circonstance, incohérentes,
[1) Mémoires historiques, politiques, etc., d' Amelot de La Houssaie, t. II, pag. 50, 51.
(2) Registres manuscrits du parlevHnty au 23 mai 1558.
TABLEM
souvent contradictoires; le tout mis a exécution avec une lenteur, une mollesse favorables aux crimes, par des gens incapables, mal payés et faciles à corrompre. La seule digue à opposer au torrent de la corruption, la religion, telle qu'elle était alors enseignée, autorisait plutôt les désordres des passions qu'elle ne les pre-
venait. Des expi.ilions commodes tranquillisaient les coupables sur les châtiments futurs, et bannissaient de leurs penséesjusqu'aux remords.
Toutes les parties de l'adminis^^^ratior. étaient dans le plus grand désordre.
« En ce temps, dit l'Estoile (en 1578), « tous les étals de Francese vendoientaa
Première pierre trouvée dans le cbœuc de Notre-Dame.
plus offrant, principalement de la justice, qui étoit la cause que l'on revendoit en détail ce qu'on avoit acheté en gros, et qu'on épiçoit si bien les sentences aux pauvres parties, qu'elles n'avoient garde de pourrir. Mais ce q li étoit le plus abominable étoit la cabale des matières béneficiales : la plupart des bénéfices éloient tenus par femmes et gentilshommes mariés , auxquels ils etoient conférés pour récompense, jus qu'aux enfants auxquels les bénefîcesse trouvoientle plus souvent aff ctésiiv:tnt qu'ils fussent nés, en sorte quils ve-
« noient au monde crosses et raitrés (1). » Le bas clergé était alors fort ignorant et très pe'i réglé dans ses mœurs; je parle en général, car il est toujours, même dans les temps les plus désordonnés, d'honorables exceptions (2). La plupart étaient
(1) Journal de Henri Ùl, t. î, p. 251, é<lit. de 174t.
(2) Le \) .rlemeiitde Paris ayant, en 1557, i ji^ei . 11 rêire du Poitou, appelé Jean C a e.u, a ctisé <le fau-sc' moniiai^i, l'interr.i,uei<.-ii a in et en fruiçais sur la définili -n des iuuis prêires, diacres, sous-diacres;
lermiersou seulement commis du luuiaiie des bénéfices qu ils desservaient: ne recevant qu'une faible partie de leurs revenus, ils étaient obligés, pour vivre, de recourir à des moyens peu délicats, et à ces impostures appelées fraudes pieuses. C'étaient des reliques découvertes, des miraclesnouveaux, de nouvelles fêtes de saints qui attiraient des offrandes, des confréries, des bénédictions niultijiliées.Ils vendaient aux croyants le privilège d'emporter chez eux, et de garder pendant une année entière, telle "ou telle relique qui portait bonheur, etc. Ils faisaient argent de tout: aucune cérémonie religieuse n'était gratuite.
C'est à ces misérables, que par dérision on nommait Custodi-nos, qu'il convient d'attribuer les scènes nocturnes et épouvantables pour les esprits des femmes et des enfants, lesquelles ont donné lieu à tant de contes ridicules; c'est à eux qu'il faut attribuer ces apparitions de revenants et de morts, qui ressuscitaient quelque temps pour effrayer les vivants et les engager à porter de l'argent aux piètres, afin qu'ils dissent des prières et des messes, ou pour engager leurs parents k léguer quelques biens à l'Eglise, ce qu'ils avaient négligé de faire en mourant. On sait que les cordeliers d'Orléans, convaincus d'une pareille fourberie, en furent exemplairement punis. Enfin ces prêtres exploitaient le plus habilement qu'ils pouvaient la crédulité des faibles et des ignorants.
Ils profanaient les cérémonies le? plus saintes par leur mélange avec des opérations magiques.
Des magiciens fabriquaient encore des
il ne put répondre. On lui demanda ce que signifiaient les mots presbytère, et sahe, sancta parens ; il ne sut le dire : « Ne pou- . « vant répondre à d'autres interrogations, « lit-on dans les registres de cette cour, se « seroit trouvé plein d'ignorance et insufti- « sance, a ordonné et ordonne que remons- " trances très humbles seront faites au roi " sur l'ignorance, mauvaise et scandaleuse « vie de plusieurs prêtres et clercs de ce «< royaume, qui, sous ombre dudit titre de « prêtre et de clerc, se veulent soustraire de « son obéissance et juridiction, commettant « plusieurs grands crimes, sous espérance u d'impunité ou de punition légère. " {Registres crimir^eh du parlement de Paris, registre coté 105, au 18 mars 1556 |1557).
morale de l'Evangile ne fut recom-
imaues de cire, soit pour se faire aimer d une personne, soit pour en faire languir ou périr une autre; opération depuis longte ps pratiquée sans succès, et au succès de laquelle on ne ce.-sai' de croire. Les prêtres de cette époque, comme ceux des époques antérieures, et dontj'ai parlé plus haut, prostituaient leur ministère en conférant à ces imagesmagiques le sacrement du baptême.
Dans la période suivante, on trouvera encore des preuves de ces pratiques à la fois ridicules et sacrilèges.
Les prêtres les plus instruits, les curés, les prédicateurs de Pans, pensionnaires de la cour d'Espagne, organes de sa politique ambitieuse, instruments de ses projets de destruction, de ses fureurs fanatiques, étaient plus dangereux encore : ils prêchaient le trouble, la sédition, le meurtre. Presque jamais, pendant cette période calamiteuse, des paroles de paix ne sont sorties de leur bouche; jamais la doue. - -
mandée par ces furieux.
Ils ne faisaient consister la religion que dans quelques jeûnes, quelques ab>tinences de chair ; que dans des offrandes et surtout dans de fréquentes et nombreuses processions ( 1 ) , où les acteurs marchaient pieds nus, souvent nus en chemise, et quelquefois dans la plus entière nudité.
Dès les premiers progrès du protestantisme, les prêtres catholiques cherchèrent des moyens extraordinaires, inventèrent des impostures nouvelles pour en arrêter les progrès. Ils comptèrent assez sur la crédulité publique pour faire jouer des farces de revenants. Depuis qu'en 1328, dans l'église des religieuses de Saint-Pierre de Lyon, apparut à plusieurs reprises l'es-
(l)Le 9 septembre 1568, il se fit à Paris une belle procession, où assistèrent le cardinal de Lorraine, plusieurs évêques, et un grand nombre de prêtres et de moines, tous pieds nus. On y vit figurer un homme, \êtu d'une vieille robe de drap d'or, portant la bannière de Saint-Denis ; peut-être cette bannière était-elle l'ancienne oriflamme. Toutes les reliques des églises de Paris et des environs furent portées à cette procession. L'évêque de Saint-F]our port;iit la sainte éponge; celui d'Evreux, le lait de la Vierge; l'archevêque de Sens, le sangmii-aculeux, etc. [Registres manuscrits du parlement, au 29 sept. 1578.)
prit d'une uonne defunlo; depuis I friponnerie des côrdeliers d'()rl*^ans, découverte et punie en ï"34, jusqu'à la révocaticn de Tédi} de Nautes, ver- la fin du i-ègne de l.ruis XIV-, on vit paraître sur la scène du n^.onde un<* nfinité de mrrveil-'s, de visu ns.d'ar'iariticns, de diableries, de i ossessons, dont la fourberie fut toujours mi.-e à recouvert. Paiisfut aussi le théâtre de queq^es prodig's <'e cette nature.
\'i mois 'a ùl IdT2, pen<iani les mas-
s oe la Saint-Barlhélemi, on vit dans
el ère des Innocents une aubépine
ir. Les massacreurs crurent que. par
et j , !. ihiu miracle, Dieu manifestait son
a] piolialion de I ur rage saneuin.jire {\).
Le 19 n ars io78, un laquas, désespéré d'avoir perdu tout son araent au jeu, jurait le niieu.x quil pouvait. Aussitôt af.parut le diable qui lui dit ; « Laquais, ne « sois I lus en émoi : je te donnerai beau- « coup plus que tu n'as perdu, si tu veux « te don lier a moi. » Le laquais consentit à se donner au diable pour dix ecus qu'il en reçut. Alors notie démon se transforma en draiion ou long serpent, prit po.^ession du laqunis en s'iutroduiaânt par sa bou- -che ; « lequel laquais, dit la relation, s'est « toujours depuis escrié, temj^esté et tiré r les cheveux, et fait acte dun homme . :ené i2). »
■1 ai lu quelque part que le diable vint à Paris, et y enleva un chevalier du guet.
Bodin, sa\ant en diableries, nous as- ,sure que la nièce dun passementier, demeurant rue Saint-Honoré , à l'enseigne du Cheval-Rouge, vit en priant Dieu'sur la tombe de .^on père, dans l'église de Saiil Gervais, uu grand homme noir qui se dit t^tre Satan, et qui lui conseilla de fa;r.' liire des mtsses et d'exécuter un pèlerinag à Xotre-Dame-des-Veitus ^3}. Voila Saibn devenu dévot.
Pendant la nuit du 28 au 29 septem-
(ly C« miracle arrive fréquemment à la fin d août , lors de la seconde pousse des arbrv^, Surtout lorsque les étés sont pluvieux et claiids. Depuis la fin d'août jusqu'au mois ue d. cen tre 1818, on a vu, dans le jhrLÎn du Luxembourg, une \-ingtaine de jeu t-s n-arroiHjiers donner une seconde fois eiconsers.r nés fleurs.
(2 Cui-ie d\iHe Itttre au sieur de La Bonde, à C rluiis, 1578.
(-0 hémonomanie des Sorciers, liv. 3, p. 359, éùit. 1598.
T .C:XAf iîOîlAL 27
biv îoTo, une aurore boréale parut :i Paris et dan« le voisinage: alors les sa^•anfs du terrps écrivirent en vers et en pro.«e que ce phénomène était un S'gne mirveillcux, rù on avait vu des nuage< combattre, des armes, des javelots, des dards, qui se ^ risaient, etc. Cette apparition glaça d'« ffroi tous les esprits : il était évidemment une preuve de la colère de Dieu contre les crimes des hommes ^1).
En 1589, parut un imprimé intitula S ignés merveilleux apparus sur la m'Àt de Blois et sur Paris, le 1 2 janvier Ces signes . s'ils ont réellement paru, ne sow merveilleux qu'aux yeux des ignorants.
Cescontesetplusieursautresquejomets.
et dont on connaît la fabrique, avaient pour but de maintenir ou de renforcer a crédulité publique.
On croyait beaucoup aux revenan;s, aux démons, aux possessions, aux sorciers, aux divinations, aux présages, aux noueurs d'aiguillettes, aux enchantements, aux prédictions, avant les règnes des Valois; mais Catherine deMeuicis,iiifatuée de ces misérab'es croyances, les propagea par son exemple et par la faveur qu'elle accordait aux magiciens et astrologues : elle en amena même d'Italie à Paris. Parmi ces imposteurs, se distinguait CosraeRuggieri, qui, accusé d'avoir fabriqué une image de cire pour le seigneur La Mule, dans le dessein de captiver pour lui le cœur d'une princesse (la reine Marguerite), ou de faire mourir le roi Charles IX, fut, en \ 574, arrêté et condamne aux galères par arrêt du parlement, Catherine, "alarmée pour le sort de son cher compatriote, écrivit au procureur général de cette cour, parvint à soustraire Ruggieri au supplice qu'il de\«it subir; et pour le dédommager des peines de sa prison, elle lui donna l'abbaye de Saint-Mahé en Bretagne (2].
J'ai déjà dit que cette reine, effrayée de la prédiction d'un de ses ast-^olo-ues,
(1 Discours des signes merceilîeux, xus au ciel, en la ville de Paris, etc., avec Jcux pièces de vers, Tune latine, l'autre franvaise, sur le même sujet.
(2j Mémoires pour servir à l Histoire de France, par l'Esioiie, t. I, p. 67 et suiv.
Cosme Ruggieri vivait encore au cuiuraencement du règne de Louis Xl.l, qui lu; accorda une pension c:e trois mule li^re-. Il mourut, en 1615, d'une manière peu édifiante.
abandonna les Tuileries, qu'elle venait de faire construire à grands frais, et fit ériger cettecolonneobservaloirequi existe encore, et où elle montait pour consulter les astres sur ses futurs destinées.
On a conservé les dessins d'une médaille magique ou talisman qu'elle portait toujours sur elle, et qu'avait fabriquée un de ses magiciens appelé Régnier, qui lui conseilla de faire élever la colonne dont je viens de parler (1).
Lorsqu'en 1574 elle apprit la mort du cardinal de Lorraine, elle en eut une grande peur, et croyait le voir revenir pendant le jour, et surtout pendant la nuit ; elle le voyait passer devant elle et monter en paradis (2).
Le 7 novembre io77 apparut une comète. Les astrologues dirent qu'elle présageait la mort d'une grande dame. La reine crut que cet astre était exprès apparu pour lui annoncer son trépas; elle fut saisie de frayeur, et s'attira une épigramme latine, où on lui dit que, sa vie étant un tissu de crimes, elle n'a déjà que trop vécu (3).
Les éclipses étaient aussi des objets d'épouvante pour les princes et princesses.
Marguerite de Valois se croyait inspirée par un esprit divin qui l'avertissait de tous les événements fâcheux qu'elle devait éprouver. « J'avouerai, dit-elle dans ses « Mémoires, n'avoir jamais été proche de « quelques signalés accidents, ou sinistres « ou heureux, que je n'en aie eu quelque M avertissement , ou en songes ou autre- « ment, et puis bien dire ce vers :
• De mon bien, de mon mal, mon esprit m'est oracle (4).»
Il y a beaucoup de faiblesse et d'orgueil dans les partisans de ces croyances.
René Benoît, curé de Saint-Eustache à Paris, crut nécessaire de publier, en 1579, un traité sur les maléfices, sortilèges et enchanteries, tant de ligatures et nœuds d'esguillettes, pour empescher l'action du mariage, qu'autres, etc. , où il dit au chapitre II : « Nous sommes à présent tant « affligés et inquiétés des sorciers et autres » personnages diaboliques et ministres de
(1) Une planche de ce talisman, que l'abbé Fauvel Ht graver, se trouve dans le Journal de Henri lll, par l'Estoile, t. II, p. 160.
(2) Journal de Henri III, p. 114.
(3) Journal de Henri HI, p. 114.
(4) Mémoires de la reine Marguerite, liv. 1, p. 84, 85, édit. de 1713.
DE PARTS
« Satan; » et au chapitre IH : « Nou« « sommes affligés et molestés des esprits « malins et faux dieux... Le diable avec « ses ministres d'impureté, d'erreur, d'hé- « résie, de magie, d'idolâtrie, de sorcelle- « rie, de superstition et de toute ignorance, « se remet sus Dieu. »
Le nombre des sorciers, magiciens ou faiseurs de magie était en effet très considérable à Paris pendant cette période.
Les imposteurs abondent où la crédulité domine. L'Estoile, en parlant d'un magicien appelé Miraille, qui fut pendu en 1587, dit : « Du temps de Charles IX, cette ver- « mine étoit parvenue à Paris à une telle « impunité, qu'il y en avoit jusqu'à trente « mille, comme le confessa leur chef, en « 1572 (1). » Mais certainement ce chef exagérait.
Dans les registres criminels du parlement, on trouve des arrêts prononcés contre des sorciers. A la fin de décembre '1573, Jeanne Collier, veuve Basin, et, le 16 février 1574, Jeanne d'Avesnes dt Beauvais furent pendues comme sorcières.
Chaque année il paraissait à Paris des espèces d'almachs ou pronostications, qui contenaient des prophéîies qui ne se vérifiaient jamais, mais auxquelles ou ne cessait pas de croire (2).
(1) Journal de Henri UI, au 22 février 1587.
(2) L'ordonnance d'Orléans, de l'an 1560, art. 26, avait prohibé ces almanachs et pronos'.ications; mais alors aucune ordonnance n'était observée.
J'ai sous les yeux quelques ouvrages de ce genre, publiés à Paris pendant cette période. Tels sont :
En 1571, Description de toute la disposition du temps advenir sur les climats de France ;
Eu 1575, Prévoyance pour six années jusqu'à Van 15B2, par Jean Maria Coloni, Pied-montais, excellent mathématicien ;
En 1574, Prédictions des choses plus mémorables qui sont à advenir depuis ceste année jusgu'enlôSS, etc., par Michel Nostradamus le jeune, docteur en médecine ;
En 1578, \' Advertissement et présage fatidique pour six ans, etc., par Edmond Lemaistre, provincial mathématicien très expert;
En 1588, l'Almanach ou Pronoslication des laboureurs, par Jean Vostet, breton. On y trouve mentionnés les années et les jours dangereux.
En 1588, le Comput et Manuel^ calendritti
L'ignorance portait les Parisiens à tout
roire'et les disposait aussi à tout admirer.
letfe admiration constante pour les choses
[ui en étaient peu dignes leur a valu le
urnom de Badauds. Rabelais, avec la
>rusque franchise de son temps, dit : « Le
peuple de Paris est tant sot, tant badaud
et tant inepte de nature, qu'ung baste-
leur, un porteur de rogatons, un mulet
avec ses cvmbales. un vielleux au milieu
d'un carrefour, assemblera plus de gens
que ne feroit un bon prédicateur évan-
gélique fl). »
Les Parisiens adoptèrent les croyances t les superstitions de la cour : ils firent pis ncore : ils imitèrent ses manières et son uxe. Cette imitation ruin.nise causait de ;rands désordres dans les familles. Les ois tentèrent d'arrêter les progrès d'un icedont ils donnaient eux-mêmes l'exem- )le. Dans les années 1543, 1547, ils pu- )lièrent des lois somptuaires toujours mal 'xécutées.
Henri II, en 1549, rendit une ordonlance contre le luxe; on lit, dans son )réambule, que les gentilshommes et leurs emmes faisaient des dépenses excessives, iour leurs habits. « en draps ou étoffes ' d'or et d'argent, pourfilures, passeaients, ' bordures^ orfèvreries, cordons, canetil- « les, velours, satins ou taffetas barrés < d'or ou d'argent. » Il prohibe ces superluités comme ruineuses et tendantes à 'onfondre tous les états de la société, et 'ègle le plus ou moins de richesse des labits sur h différence des états des personnes. D'abord il ordonne de ne porter l'étoffés de soie qu'aux manches, au-de-
TABLEAU MORAL 29
tanné. Les femmes et filles des présidents et conseillers des diverses cours de justice ne doivent porter aucune robe de velours, ni drap de soie, si ce n'est à leurs cottes et manchons. Les gens d'église, à moins qu'ils ne soient princes, ne porteront point des robes de velours. Tous ceux qui ne sont ni gentilshommes ni gens de guerre ne doivent point mettre soie sur soie, c'està-dire une saye de soie sur une robe de la même matière, ne doivent avoir ni bonnets ni souliers de velours, ni fourreau d'épée de la même étoffe. Il est de plus défendu k tous artisans -mécaniques, paysans, gens de labeur, de porter pourpoint de soie, ni chausses bandées ni bouffantes de soie. « Et parce qu'un grand « nombre de bourgeoises se font d'un jour « à l'autre damoiselles, il leur est défendu « de changer leur état, à moins que leur « mari ne soit seutilhomme. Donné à « Paris, le 12 juilfet 1549. >
Quelques jours après, on fut obligé de donner a cette ordonnance des interprétations et développements. En 1561 et 1563. il fallut encore la renouveler.
A cette dernière époque, on trouve dans les registres manuscrits du parlement ces mots r « Le roi sera supplié de ne donner « dispense à personne, et de défendre « l'usage des coches par cette ville. »
Ces coches étaient les carrosses du temps; ils existaient avant 1563; j'en parlerai ci-après.
Cette loi, mal exécutée, fut de nouveau pro.mulguée, avec quelques changements, dans les années 1571, 1573 et 1576.
L'ordonnance de cette dernière année
-•Qupées, et sur les bordures seulement di a largeur de quatre doigts. Il permet aux :)rinces et princesses de se vêtir d'étoffes le soie rouge- cramoisi ; aux gentilslommes, d'en phcer à leurs pourpoints et lauts-de-chausses : aux dames et damoiselles, sur leurs cottes et manchons. Les tilles qui servent les reines ne pouriont avoir des robes de velours d'une cou-
ant du corps, sur les sayes qui seront dé- est motivée sur ce que « les simples gen-
tilshommes se montrent autant supeibemeiit parés, comme s'ils étoient ducs ou barons et les roturiers et commun populaire font telle dépense de leurs habits, qu'ils sont contraints de survendre leurs marchandises. Il n'y a à présent aucune distinction entre les" roturiers et les nobles (I), etc. »
Ces ordonnances toujours inutilement
leur autre que le rouge-cramoisi : celles qui renouvelées, le furent encore dans la suite •«nt au service des princes et dames ne avec le même succès. Il est certains abus [•ourront se vêtir que de velours noir ou | que les lois ne peuvent atteindre; mais les
}>ar Thoinot Arbot. Il explique, taut bien que mal, la cause de la réformation du calendrier par Grégoire XIII, et du retranchement de dix jours de l'aRnée 1582.
(l) Garganturi^ liv. 1, cliap. 17.
(1) Déclaration du roy sur le faict et réformation 'les habits, Paris, 1577.
On composa sur ce sujet une pièce en vers, intitulée le Pasquil^ ou plainte sur la réformation des habits.
IliSTOlRE DE PARIS
nobles mettaient une grande importance à la ricfipsse et à l'éclat de leurs habits, leur principal mérite, et la marque la plus apparente de leur prétendue supériorité sur les autres classes de la société. Leur orgueil provoquait des lois somptuaires .
La découverte du Nouveau-Monde avait produit au seizième siècle, en Europe, une grande abondance de numéraire, qui contribua beaucoup à la propagation du luxe dans les classes seconiiaires, et au renchérissement des denrées et objets manufacturés. Plusieurs contempoiains se récrièrent contre ce nouvel état de choses; ils en sentaient les effets sans en voir la cause. Un écrivain qui, en 1588, a publié un ouvrage curieux sur cette matière., se plaint à la fois du débordement du luxe, du haussement du prix des denrées, et de celui des immeubles, qui, depuis environ quatre-vingts ans, dit-il, ont plus que quadruplé (1).
Cet écrivain s'élève fortement contre les funestes exemples que les princes donnent au peuple en étalant des richesses superflues dans leurs maisons, en les garnissant de tableaux, en ornant leurs habits de dorures et de pierreries : « C'est, « dit-il, la coutume de France que legen- « tilhomme veut faire le prince; et s'il « voit que son maître se pare de pierrc- « ries, il en veut avoir aussi, deut-il ven- « dre sa terre, ses prés, ou s'engager « chez le marchand. Les princes ne de- « vroient briller que par leurs vertus, sans « chercher à briller par de vanis orne- « ments. »
Il se plaint de ce que l'abondance de l'argent n'est dirigée que vers un côté, et n'arrive guère parmi les classes utiles, où il contribuerait puissamment à la prospérité publique; de ce que le piaiple des campagnes, peuple dont le fisc et la féodalité arrachent la subsistance pour alimenter leur luxe et leur débauche, est plongé dans une misère extrême. Les
(1) Dans la réalité, le blé n'est pas plus cil V qu'au quinzième siècle, quoiqu'il faille aujourd'hui une somme cinq fois plus forte qu'alors. 11 ue coûte pas à présent plus de travail aux hommes qu'il n'en coûtait autrefois. C'est l'argent qui est devenu cinq fois moins cher qu'il ne l'était à cette époque. Le blé n'a point monté : l'argent a baissé de valeur.
guerres ont enseigné aux soldats leur insolent ' habitude, dit-il : « Ils pillent, brù- « lent, ravagent tout aux piuvres labou- « reurs, en enlevant h'urs grains, leurs «^volailles, leurs bcs'iaux .-ervant a:i la- «'bourage ; ce qui fait que ces laboureurs « quittent leur patrie, et les terres restent « sans culture (î). »
(1) On trouve partout les mêmes plaintes : dans les remontrances que fit au roi, en 1576, la ville de Paris, les habitants se plaignent notamment des excès de la gendarmerie >< et " de la garde du roi, de leurs rançonnements " et pilleries ordinaires, inhumanités et " cruautés plus que brutales et barbares- " ques, forcement de filles et femmes; se " donnant au surplus si grande et efFi'énée " licence que de lever taille en quelques pro- " vinces de ce royaume, sans votre permis- " sion et sans aucun respect de votre jus- « tice, ni conséqueraraent de votre autorité.
'< Lesquels pilleries et rançonnements sont *' pratiqués non -seulement par votre gen- « darmerie, mais aussi par aucuns de votre " suite et gardes de votre corps, par lesquels " les fermes de vos sujets et maisons de •' pauvres laboureurs sont ordinairement dé- " truites et pillées; entre autres les fermes " des ecclésiastiques, jusqu'à celles qui ap- « partiennent aux hôtcIs-dieu et hôpitaux, " même celui de votre dite ville de Paris, en .' manière que les pauvres demeurent sans « nourriture; et entêté contraints les gou- " verneurs de vendre plus de quarante raille " livres de leurs héritages pour fournir aux «< nécessités des pauvres... et qui pis est, " ne sj contentent vosdits gardes et gens " de votre suite, de loger et vivre à discré- " tion ; ains, abusant de votre autorité, lo- " gent sous faux titres leurs parents, ami?, « voisins ou autres personnes, lesquelles .« semblablement vivent à discrétion, pillent " et rançonnent les pauvres gens du plat « pays, lequel demeure à présent inhabité et u abandonné en plusieurs endroits, sans au- « cune culture ni labeur.
" Au regard des bourgeois vivant de leurs n rentes et revenus, ils ne jouissent aucuue- .< ment de leurs biens, à cause de la licence u effrénée de votre dite gendarmerie et des u soldats; toutes leurs fermes sont pillées a et saccagées, etc. >» (Remotistrances très humbles de la ville de Paris et des bourgeois el citoyens d'icelleau roi, leur souverain seigneur^ p. 6,7, 8, 10.)
Lorsque le sieur d'Alègre se présenta au
TABLEAU MOR-iL
ai.
Le luxe des bàliments est aussi un objet de c usure : « Il n'y a pns trente ans, « dit-il, (jue cette superbe façon de bâtir € est venue en France.
« Les meubL'S étoient simples; ou ne
cessive corruption des mœurs de cette cour ; elle autorisa leur d'ébauche. Malgré les calamités, les désastn-s épouvantables' de cette période: malgré les nombreuses et belles processions, et les sermons des-
r ce que c'etoit que tableaux et prédicateurs pensionnés par le roi d'Espagne, les lieux ; ublics de prostitutioQ étaient fort nombreux à Paris.
Une ordonnance du 13 juillet 1558, citée par Miraumont, prouve qu'outre les dames et damoiseiles dont parle Brantôme, et que François l^r avaient attirées près de lui, il existait dans sa cour, sans doute pour le service des officiers subalternes, une corporation de filles de joie soumises à des règles de police, et dirigé-js rar une dame; que ces : lies étaien't indociles, couraient les villages, etc. : que, de plus, d'autres filles du même métier s'introduisaient furtivement parmi celles de la cour, ce qui occasionnait du désordre. C'est pour le faire cesser que cette ordonnance « enjoint et commande à toutes filles de « joIl' et autres, non étant sur le rôle de * la dame desdites filles, vuider la cour « inc€ntii;en! après la p iblicalion de cette " ordonnance, avec défenses à celles étant « sur le rôle de ladite dame d'aller par « les villages; aux charretiers, muletiers « et autres, les mener, retirer ni loger: « jurer et blasphémer le nom de Dieu.
« sur peine du fouet et de la marque : et « injonction, par même moyen, auxdites « fiiles de joie d'obéir et suivre ladite *■ dame, ainsi qu'il est accoutumé, avec « défense de l'injurier, sur peine du « fouet (l). »
Un édit de janvier 1560 enjoint aux femmes publiques de Paris d'abandonner les rues et les maisons où depuis longtem.ps elles étaient en possession d'exercer leur infâme métier; mais, par la c-onnivence des "agents subalternes, de pareils édits restaient alors sans exécution.
Dans la Vieille-rue-du-Temple. près du point où celle de Bretagne y débouche, existait une réunion de lieux de prostitution : sur la muraille d'une de ces maisous, ftait appliqué un grand crucifix en
€ sculp ures; on ne voyoit point une sm- « mensilé de vaisselle d'argent et d'or, « por t de chaînes. bagues, joyaux. comme « aujourd'hui... Pour entretenir ces exces- « si \ es dépenses, il faut jouer, emprunter « et se déborder en toutes sortes de vo- « luplés, et eufin payer ses créanciers par « des cessions et faillites. »
L'auteur passe ensuite au luxe de la table : u On ne se contente plas à un « dîner ordinaire de trois services, con- « sistant en bouilli, rôti et fruits ; il faut « d'une viande en avoir cinq ou six fa- I « çons, des hachis, des pâtisseries, salmi-
• gondis et autres excès; et quoique les] « vivres soient plus chers qu'ils ne le , « furent jamais, rien n'arrête; il faut i « de la profusion; il faut des ragoûts so- ' « phistiqués pour aiguiser l'appétit et ir- j « riter la nature. » .
« Chacun veut aujourd hui aller dîner « chez Le More, chez Samson, chez Inno- « cent, chez Havart, ministres de volupté « et de profusion, et qui. dans unroyaume •^ bien policé, seroient bannis et chassés
• comme corrupteurs des mœurs (1). »
Si la dévotion et le luxe de la cour de
France offraient des exemples funestes i aux Parisiens, il en fut de même de l'ex-
parlement, le 5 juillet 1525, en qualité de prévôt de Paris, le président Guillard lui dit que son devoir était de défendre cette ville, lui recommanda de maintenir sa troupe dans la discipline militaire, et de ne pas souffrir quMle mangeât le peuple; car aujourd'hui, ajouta- t-il, le nom de gens d'armes est tant estimé, qu'il semble, quai.d on en parle, que ce soit l'ennemi de Dieu et delà nature. (R gistres manuscrits du parlement, au 5 juillet 1525.)
Pour se faire une idée des extorsions, \.'o-
lences et mauvais traitements des nobles
envers les laboureurs, il faut lire le Com- ' t>ois peint et doré. Cet objet vénère qui •mentiiire de Joachim du Chalard sur l'ordonnance d'Orléans , et notamment sur
l'article 107, p. 175.
(Ij Discours sur l'excessive chèreté, pré- 82ûté à la reine, mère du roi, par un sien fidel serviteur. Bordeaux, 1586, Fwecue 1 A, B. C, etc., vol. G, v>. 125.
I par .sa position, devenait une enseigné de Il débauche, avait reçu du peu, Te une
quaiihcation grossière et sacrilège. Pierre
ii) Mémoire de Pierre de Miraumont, p. 96. — E-taircstfement sur la char je du roi des Ri» bauds, par di Loaguemare, p. 192.
de Gondi
évcque de Paris, fit, pendant à prouver l'immoralité de cette époque. iTiiuirdu 10 mars 1580, enlever ce cru- ; Le parlement, dans une ordonnance de cifix parles gens du guet, qui le trans- ' police du6 août 1544, enjoint aux officiers portèrent dans la maison épiscopale(l). | du Chètelet d'informer soigneusement Les rues de Glatisni ou du Val-d'A- : contre ceux qui séduisent et violent plumour, d'Arras ou Champ-Gaillard, de sieurs jeunes filles de huit à neuf ans (1). Froidmantel ou Fromenleau, etc., con- ^ On condamnait les bigames, les uns à tinuèrent à offrir des repaires à la débau- être fouettés publiquement; d'autres à die. Voici ce qu'on lit sur cette matière subir ce supplice joint à celui de la podansun écrit composé en 1588 par un tence. Dans ces deux cas, le patient était
zélé catholique.
« H n'y a si petit fripon qui ne veuille « se mêler, je ne dis pas de paillarder, en « la simple fornicalion, mais en l'adul- « tère, péché très énorme, et si fréquent, « toutefois, que c'est merveille combien « le nombre en est grand : et des hommes « et femmes mariés qui se mêlent de ce « métier... Les femmes néanmoins y sont « tantôt les plus hardies... Oserai-je ra- « mentevoir les violences qu'on dit avoir « été faites en des cloîtres de nonains?.. « Parlera i-je de sodomies qui se commet- « tent vulgairement (2) ? »
Dans les registres civils manuscrits du parlement, on" lit au 4 décembre 1555 : « Les eens du roi ont fait plainte qu'au « Charnp-Gaillard (rue d'Arras), au Champ « d'Albiac (vers la rue Gracieuse), aufau- « bourg d'icelle (faubourg Saint-Marcel), « se retirent des vouleurs et même des « femmes débauchées qui ont baillé la « vér... à dix-huit ou vingt écoliers. »
Je trouvedans les registrescriminels du parlement plusieurs faits qui concourent
(1) Voici ce que rapporte l'Estoile : « La .< nuit du jeudi 10 mars 1580, de l'ordon- « nance de l'évêque de Paris, et d'un secret « consentement de la cour, fut enlevé du 4, lieu où il étoit, un crucifix, surnommé « Maqu..,, et, par les gens du guet, porté » en l'évêcLé, à cause du scandaleux sur- « nom que le peuple lui avait donné, à rai- « son de ce que ce crucifix de bois peint et « doré, de la grandeur de ceux que l'on voit « ordinairement aux paroisses, lequel étoit « plaqué contre la muraille d'une maison « sise au bout de la Vieille-rue-du-Temple, « vers et proche les égouts, en laquelle, et « ez environs, se tenoit un bordeau, en sorte « que ce vénérable instrument de notre ré- « demption servoit d'enseigne aux bordeliers M repaires. » [Journal de Henri JII.)
(2) Remonstrances très: humbles au roi de France et de Pologne; imprimées en 1588, pag. 212, 213.
exécuté ayant a ses côtés deux quenouilles (2).
Les personnes convaincues du crime de bestialité étaient ordinairement condamnées au supplice du feu : l'animal complice innocent subissait la mêmepeine(3).
La débauche des femmes ne restait pas toujours impunie; et il se trouvait des maris qui n'étaient pas aussi complaisants que d'autres. Un gentilhomme de la Brie, rommé de Haqueville, fut, le 14 juillet 1574, décapité aux Halles de Paris pour avoir tué sa femme et son amant, nommé La Morlière (4).
René de Villequier, baron de Clairvaux, homme perdu de débauches, en septembre 1577, étant à Poitiers et dans le logis même du roi, poignarda sa femme, Françoise de La Marcïc, ainsi que sa suivante.
Françoise de La Marck était enceinte lorsqu'elle reçut le coup mortel. « Ce « meurtre, dit l'Estoile, fut trouvé cruel
(1) Registre criminel, coté 82.
(2) Registres criminels, registres cotés 89, 90, 93, 121, etc.
(.3) Registres criminels, registres cotés 89, 105. Dans un compte de la prévôté de Paris, on trouve qu'un prêtre appelé Gillet Soulart fut condamné à être brûlé vif et exécuté à Corbeil, pour avoir cohabité avec une truie, qui fut gardée pendant onze jours à Paris. {Sauvai, t. III, p. 387.)
Guyot Vuide fut, le 26 mai 1546, pendu et brûlé pour cohabitation avec une vache qui fut assommée avant l'exécution. [Registre manuscrit de laTourneUe criminelle, coté 84.)
Jean de La Soille, coupable du même crime avec une ânesse, fut, le 5 janvier 1556, brûlé vif; lanesse fut condamnée au même supplice ; mais, par faveur, elle' fut assommée avant d'être jetée sur le bûcher, [Registre manuscrit de la Tournelle criminelle, reg. coté 105.)
Je pourrais citer plusieurs autres exemples de ces turpitudes.
(A) Journal de Henri HI, au 24 juillet 1574.
Paris, — Typ. Lacour, rue Soufiiot, {«,
TAULMAU
« comme commis en une femme grosse de .. deux enfants, et étrange comme fait au .. logis du roi, sa majesté y étant, et en- - core en la cour où la paillardise est pu- « bliquement pratiquée entre les darnes « qui la tiennent pour vertu; mais l'is- « sue et la facilité de la rémission qu'en « obtint Villequier sans aucune diffi- « culte firent croire qu'il y avait en ce . fait un secret commandenient du roi qui
MOÎIVL 3?
« haïssait cette dame pour un refus en ras « pareil. »
La demoiselle Renée de Rieux-Ghàteauneuf, une des mignonnes du roi avant qu il allât en Pologne, dit l'Estoile, « s'é- « tant mariée par amourette avec nn « gentilhomme florentin, nommé Anti- «< notti (Âltovity), trouvé paillardant, le « tua virilement de sa propre main. »
Dans les registres criminels de cette pé-
Tour de l'Horloge riode, on trouve plusieurs particulierscondamnés à Paris, pour avoir tué leurs femmes. Laurent Constant fut, le 3 octobre looo, exécuté pour ce crime (I).
D'autres accablaient de coups leurs pères, comme Nicolas Jousse, qui fut pour ce délit, le 22 juin loo4, condamné aux galères.
Dans la même année, celle 1554, se trouvent trois parricides. Odet et Guil-
(1) Registres criminels manuscrits, reg.
coté 105, RU 3 octobre 1555.
ni nr. M-RE
de la Conciergerie.
iaum3 Tarquex font assassiner leurs pères : un ecuyer , nomm2 Urbain le Pauvre, égorgj lui-même son père : il est décapité le 12 mars looi; et l'épée avec laquelle il avait commis ce parricide fut brisée par le bourreau (1).
Le 14 juillet 1559, fut exécuté Nicolas Migaard, comme meurtrier de son père(2;.
(1) Begistres criminels manuscrits, reg. coté 101, au 12 mars et 6 avril 1554.
(2) Registres criminels manuscrits, reg. coté 10«.
Un piètre, nommé Hector Lepelletier, tue mue jeune fille âgée de six ans(i).
Miclui de La Croix, Parisien, abbé d'Orbais, avait avec ses gens, vers l'an 1567, assassiné le seigneur du Breuil ; il fut à son tour, en \ 577, assassiné par les deux fils de ce seigneur.
Si j'entreprenais de rapporter les meurtres commis de guet-apens, dans les rues ou places de Paris, pendant la nuit, ou même en plein jour, par des seigneurs de la cour, ou même par de simples gentilshommes, qui, pour des haines particulières, ou quelquefois par des ordres secrets du roi, s'entre-tuaient impitoyablement, j'aurais à remplir une tâche ennuyeuse, à composer un tableau désagréable aux lecteurs; il suffira d'annoneer que ces assassinats, presque toujours impunis, étaient très fréquents à Paris, comme le prouvent les monuments historiques de cette période (2).
Henri II, en mettant les duels en vogue, Charles IX, en donnant l'exemple des massacres en masse, autorisèrent les meurtres particuliers.
Je quitte sans regret cette esquisse des mœurs d'une partie du seizième siècle : esquisse qui, tout incomplète qu'elle e?t, suffit pour montrer l'état déplorable de l'espèce humaine dégradée par l'ignorance et la barbarie, et pour accuser hautement les institutions du passé. Je vais donner des notices sur les usages qui, dans ce même temps, étaient en vigueur à Paris. Usages. Chaque année, la veille de la fête de saint Jean, les magistrats de la ville faisaient entasser, sur la place de Grève, des fagots, auxquels le roi, accompagné d'une partie de sa cour, venait, lorsqu'il se trouvait à Paris, solennellement mettre le fou. Le plus ancien témoignage de la participation des rois à cette cérémonie remonte à l'an 1471. Louis XI, en cette année, vint satisfaire à cet usage, à l'imitation sans doute des rois ses prédécesseurs. Presque tous les rois, dans la suite, suivirent cet exemple. Henri IV et Louis XIII y manquèrent rarement; Louis XIV ne s'y trouva qu'une seule fois, en 1648.
(1) Registres criminels manuscrits, reg.
coté 103, 28 marb 1555.
(2) Voyez les Registres civils et criminels du parleinent, le Journal de VEstoile, les Mémoires de Condé les Mémoires de Brantôme^ etc.
niSTO»E DE PAR S
Celte cérémonie, nommée feu de la Saint-Jean, ce célébrait avec beaucoup de pompe et de dépense. Voici quelques détails sur celle qui eut lieu en 1573.
Au milieu de la place de Grève était plante un arbre de soixante pieds de hauteur, hérissé de traverses de bois auxquelles on attacha cinq cents bourrées, deux cents cotrets : au pied étaient entassées dix voies de gros bois et beaucoup de paille. On y plaça un tonneau, une roue, dont j'ignore l'usage. On dépensa 44 livres pour des bouquets, des couronnes et des guirlandes de roses.
On employa beaucoup de cordes, des feux d'artifice, composés de lances à feu, pétards, fusées ; des pièces d'artillerie, boîtes et arquebuses à croc, etc.
Cent vingt archers de la ville, cent arbalétriers, cent arquebusiers y assistaient pour contenir le peuple.
On attacha à l'arbre un panier qui contenait deux douzaines de chats, et même un renard; animaux destinés à être brûlés vifs , pour faira plaisir à sa majesté, porte le compte d'où je tire ces détails (1).
Les joueurs d'instruments, notamment ceux que l'on qualifiait de la grandebande, sept trompettes sonnantes accrurent le bruit de la solennité. Les magistrats de la ville, prévôt des marchands, échevins, armés de torches de cire jaune, s'avancèrent vers l'arbre entouré de bûches et de fagots, présentèrent au roi une torche de cire blanche, garnie de deux poignées de velours rouge: et sa majesté, armée de cette torche, vint gravement allumer le feu.
Le bois et les chats consumés, le roi monta à l'Hôtel-de-Ville, où il trouva une collation composée de dragées musquées, de plusieurs espèces de confitures sèches, de cornichons, de quatre grandes tartes, de massepins, où l'on voyait des armoiries royales de sucre et dorées, deux livres
(1) Voici l'article concernant ces animaux : A Lucas Pommereux, l'un des commissaires des quais de la ville, cent sous parisis, pour avoir fourni durant trois aînées.... tous les chats qu'il fallait audt feu, commode coutume; même pour avoir fourni, il y a un an, où le roi assista, un renard, pour donner plaisir à sa majesté, et pour avoir fourni un grand sac de toile, où étaient lesdits chats. »
tableal: moral
et demie de sucre fin pour mettre sur les /rèmes et fruits, etc.
Le résultat de tant d'apprêts, de fanfares et de magnificence, n'était que de la fumée, des cendres et des tisons, que les Parisiens enlevaient et plaçaient dans leurs maisons, persuadés qu'ils portaient bonheur.
Nul ne se doutait que ce'te cérémonie, en usage à la même époque dans plusieurs autres lieux, remontait aux temps les plus reculés, et qu'elle était un reste de la fête solsticiale du soleil dans sa plus grande exaltation.
Louis XIV n'ayant assisté qu'une fois à cette cérémonie. Louis XV n'y ayant jamais paru, elle perdit de sa splendeur ; et, dans la suite, elle devint très simple. Les prévôts des marchands, les échevins et leur sui^e allaient, sans savoir pourquoi, mettre le feu à un amas de fagots, et se retiraient après cet exploit. Cet usage s'est continué jusqu'à la révolution.
On commença, pendant cette période, à faire usage dans Paris d'une espèce de carrosse grossier, appelé coche; d'oii est venu le nom de cocher. Ces voitures étaient déjà assez multipliées en 1-563, puisqu'en cette année le parlement demanda au roi de défendre l'usage des coches par cette ville (\\
Les registres du parlement, à propos de l'évasion du duc d'Alençon, détenu en quelque sorte prisonnier au Louvre, évasion qui eut lieu le 13 septembre 137.3, portent que ce prince laissa son coche à Vdugirard, monta à cheval, et prit le chemin de Viroflé et de Versailles.
En 1382, l'usage des coches se maintenait encore. Lors d'un des combo^s qse donnèrent en cette année les cordeliers dans leurs couvents, on voit que le duc de Nevers prêta son coche au général de l'ordre pour aller rétablir la paix parmi ses moines combattants (2 .
Sur la fin du règne de Henri IV, cette voiture fut perfectionnée. On commença à y placer des portières avec des vitres'; et Bassompierre fut. dit-on, le premier qui se procura ce raffinement.
Les rues de l'intérieur de Paris étaient
(1) Registres manuscrits du parlement, au 10 janvier 1563 : et ci-dessus, présent volume, pag. 68.
(2j Registres manuscrits du parlement, au 4 août 1582.
trop étroites pour que les voitures pussent y circuler, et trop boueuses pour que des courtisans proprement chaussés pjssent les parcourir à pied; ils se servaient le plus souvent de cheval ou de mulet. Les courtisans se rendaient ordinairement à la cour à cheval, ayant quelquefois leurs dames en croupe. Les présidents et conseillers du parlement allaient au Palais montés sur des mules. On lit dans les registres de celte cour que, 'e 9 mai 1360, on fit bâtir un montoir devant la Sa nte- Chapelle du Palais, pour servir aux présidents et conseillers à monter sur leurs mules. Ce montoir coûta cent sous.
1 Ce fut pendant cette période que l'usage ; de porter la barbe longue s'établit en 'France. J'ai dit que François 1er, en 1321, dans un combat simulé, ayant reçu une \ blessure au visage, laissa croître sa barbe ' pour en cacher la cicatrice . Tous les cour- ' tisans l'imitèrent : les évèques en firent I autant; et, de proche en proche, toutes les classes de la société adoptèrent cet usage.
Mais la mode des longues barbes trouva, dans les chapitres métropolitains et dans les parlements, des ennemis puissants. Les chapitres refusèrent de recevoir dans leur église des évê^ues a longue barbe. Il fallut souvent que les rois interposassent leurs prières ou leur autorité pour les y contraindre. Guillaume Duprat à Clermo'nt, Antoine Caraccioli à Troyes, le cardinal d'Anjou au Mans, Jean" de Morviller à Orléans, Charles Guilljrd à Chartres.AntoinedeCréquy à Amiens, etc., furent autant d'évêques refusés d'abord, ou admis ensuite avec de grandes difficultés [vnr leurs chapitres, à cause de la Ion- ■' ^■;mr dQ leur barbe (1). -j
Pi .ne Lescot, abbé de Glagni, habile architecte, sur les dessins d'uquel fut construit le vieux Louvre, ayant obtenu un canonicat à Notre-Dame de Paris, éprouva, en 1333, pour être installé, de grandes difficultés de la part de ce chapitre, à cause de sa longue barbe.
Une affaire aussi grave dut occuper la Sorbonne. La matière mise en délibération au prima mensis de juillet 1381, il résulta un décret portant que la barbe
(1) Pogonologie, ou Histoire philosophique de la barbe, par .J. A. D,, pag. 155 et suiv. — Mémoires pour servir à Vhisloivede la barbe de Vhomme, par dom Frangé, p. 266etsuir,
est contraire à la modestie, qui doit être la principale vertu d'un théologien. Non déférant barbas, et ventant tonsi, dit le fatal décret (1).
Le parlement de Paris, qui avait approuvé les massacres de la Saint-Barthélemi, désapprouva sévèrement la mode des longues barbes. Ses graves présidents et conseillers s'obstinèrent à garder leurs mentons rasés, tandis qu'à la cour, à la ville tous les mentons virils étaient barbus; et, après avoir ridiculement bravé la mode, ils finirent par s'y soumettre; mais ils ne cédèrent au torrent qu'après une longue et glorieuse résistance. Ils rendirent un arrêt contre la barbe : malheur à l'avocat qui se présentait au barreau sans être rasé! on refusait de l'entendre ; et lorsqu'en 4 536 François Olivier, qui fut depuis chancelier de France, se présenta au parlement pour être reçu maître des requêtes, il ne le fut qu'à condition qu'il déposerait sa longue barbe(2).
Le 6 juin 1548, un religieux bénédictin, appelé Antoine Doré, osa se présenter dans la salle du parlement de Paris avec une longue barbe et une chemise froncée. II fut aussitôt traduit devant la cour, interrogé ; et, après une mûre délibération, il se vit solennellement condamné « à être « renvoyé au monastère de Saint-Martin- « des-Ghamps en cette ville de Paris, « pour là êtrerez (rasé), ébarbé et mis en « état décent, convenable à ladite religion, « et, ce fait, lui a été enjoint soi présen- « ter. vendredi prochain, par devant « MM. Annet, Chabot et Jacques Verjus, «. conseillers en ladite cour, à peine de « prison ; et, sur ladite peine, lui a la- « dite cour défendu de porter doresra- « vant tel habit, et se conduire en te>lle « indécence et irrégularité (3j. »
Lorsque l'on vit le parlement, le clergé de différentes villes, la Sorbonne, au mi-
(1) Histoire des modes françaises, p. 192.
(2) Histoire des modes françaises, p. 17 9. (3i Registres manuscrits du parlement, au
6 juin 1548. Les moiues qui alors portaient le nom de Doré n'étaient pas heurv ax dans leurs écarts. Je trouve, dans le ii êm ■enips, un cordelier de Parie, appelé l'i' rra D )rë, qui, déjà accusé de faire le n. i. r d\ .trometteur de débauche, fut rencoiia j, en habits dissolus, couché avec une te. ..lue publique. {Registre criminel, coté 104, 30 octobre 1556.J
lieu de si graves, de si déplorables circonstances, s'occuper de modes, discuter sérieusement sur la question de savoir si les mentons des hommes devaient être barbus ou rasés, plusieurs écrivains, entraînés par leur exemple, composèrent un grand nombre de traités sur cette frivole matière (1).
Louis XIII, monté jeune sur le trône, n'offrit aux imitateurs qu'un menton imberbe : ce modèle fut fatal aux longues barbes; elles diminuèrent de volume^ et furent bientôt réduites à la moustaolie, É que l'on portait encore sous Louis XIV.
L'usage des masques, quoique ancien, n'était que circonstanciel. Les seigneurs, pour se soustraire aux poursuites de la justice, et n'être point connus, prenaient des masques pour voler les passants sur les chemins. On a vu des personnes de la cour de France, dans les fêtes données à Saint-Denis, après le mariage de Charles VI, prendre des masques pour se livrer sans rougir à la débauche (2).
On prit des masques pour aller jouer au momon ou jeu de hasard. Le parlement ordonna, le 26 novembre loSo, à deux de ses huissiers d'enlever tous les masques qui, dans Paris, se trouveraient exposés en vente : le lendemain, cette cour rendit une autre ordonnance, par laquelle la fabrication et la vente des masques sont prohibées ; « et il est défendu à « toutes personnes, de quelque qualité et « condition qu'elles soient, de porter mas- « ques, ni jouer au jeu de momon en « masque, ou autrement déguisées (3). *
Vers la fin du règne de François I^r, on adopta l'usage des masques par un autre
(1) Pierrius Valerianus publia à Rome, en 1531, un traité intitulé : Pro sacerdotum barbis defensio. Gratien Hervet composa, en 1560, trois discours sur la barbe ; le premier : De radenda barba Oratio ; le deuxième, De alenda barba, et le troisième, De vel alenda vel radenda Oratio. Hoffman publia dans le même temps son Pogonias. En 1539, on vit paraître la Pogonologie, par R. D. P. ; en 1576, un éloge des barbes rousses, en vers. Adrien Junius, savant hollandais, publia à cette époque un commentaire intitulé : De coma et barba, etc.
(2) Voyez le Tableau moral de la IX^ période.
(3) Registres manuscrits de la TournelU, r«2- coté 73.
motif: les femmes de la cour commencèrent à s'en servir pour préserver leur peau des atteintes de l'air.
Le désir de conserver la beauté et la fraîcheur de la jeunesse dut être l'objet principal des soins, des recherches et de l'émulation de cette troupe de nobles courtisanes dont ce roi peupla sa cour. C'est à l'institution nouvelle de cette espèce de gynécée qu'il faut attribuer les progrès de l'art des toilettes, et l'origine des mas- , ques destinés à conserver la blancheur du I teint. !
Dans les temps qui ont précédé le règne de François le"", je n'ai découvert aucun [ témoignage de l'existence de ces masques ' féminins ; j'en ai trouvé plusieurs sous les règnes suivants. J'en parlerai dans la suite.
L'usage des bas de soie naquit pendant cette période. Henri II en porta le premier en France : ce fut a l'occasion des noces de sa sœur, noces qui furent célébrées en 4 539 (1).
Il paraît que, sous Henri III, commença l'usage des fourchettes à table : c'est ce qu'indique le passage d'une pièce satirique de ce temps. L'auteur, parlant des mets que l'on servait à la table de ce roi, et notamment d'une salade qui ne ressemblait en rien aux salades ordinaires, dit : « On « te servoit dans de grands plats émaillés, « qui étoient tous faits par petites niches : < ils (les convives) les prenoient avec des « fourchettes : car il est défendu , en ce « pays-là, de toucher la viande avec les « mains, quelque difficile à prendre qu'elle • soit, et aiment mieux que ce petit ins-
(l) Âvû à messieurs de l'assemblée des riotabUs de 1626 ; procès-verbal de ce qui s'est passé pendant cette assemblée, pag. 47.
Avant l'usage àes bas de soie, on se couvrait les jambes avec des étoffes de Hn, de soie ou de laine. Ensuite on tricota des bas à l'aiguille; enfin, un garçon serrurier de la Basse-Normandie inventa le métier à faire des bas. N'ayant pu obtenir un privilège excluiif du loi de France, qui ne se doutât ' pas alors qu'il fût nécessaire de protéger ! l'industrie, il passa en Angleterre où sa dé- ' couverte fut accueillie. Dans la suite, un ' autre Français se rendit à Londres, vit le métier, et, à son retour en France, en 1656, : en établit plusieurs dans le château de Ma- <irid, au bois de Boulogne, où le roi autorisa l'établissemem de sa manufacture.
MORAL Xt
« truraent fourchu touche à leur bouche « que leurs doigts (1). »
Le 8 août 1548, Henri II ordonna que l'effigie du roi serait désormais placée sur les monnaies, au lieu d'une croix qui s'y trouvait dans les anciennes pièces. Cett« nouveauté eut pour motif de rendre plus difficile la contrefaçon de ces monnaies. Les faux monnayeurs étaient alors fort nombreux : l'usage de placer l'année de la fabrication sur chaque pièce fut introduit dans le même temps.
Sous cette période . la littérature fit de grands progrès ; et la civilisation, dont elle est le véhicule , malgré les obstacles multipliés qu'on opposa constamment à sa marche , les surmonta tous , et s'avança d'un même pas. L'instruction devint un goût dominant, une nécessite : on étudia par curiosité, par émulation, par amourpropre, par esprit de parti ; on étudia pour s'affermir dans son opinion ; on étudia pour attaquer les abus et les erreurs; on étudia pour les défendre.
On exhuma des vieilles bibliothèques l^ productions antiques de la Grèce et de Rome: on commenta, on éclaircit, on corrigea leur texte; tous les écrits échappés aux ravages du temps reçurent une nouvelle vie et , pour ainsi dire, un culte religieux.
Au milieu des ténèbres et des erreurs qui dominaient encore, il était naturel aux savants d'être pénétrés d'admiration pour ces restes précieux de l'antiquité, pour les lumières nombreuses qui en jaillissaient ; mais cette admiration eut ses excès. Si elle a produit des érudits qui, par leurs travaux, leur zèle étonnant, ont mérité la reconnaissance de la postérité, elle a produit aussi des pédants sans goût : presque tous les ouvrages des contemporains, toutes les harangues, tous les discours d'apparat offraient une bigarrure de phrases françaises et de phrases latines, grecques ou hébraïques. Ces écrivains ne pensaient, ne raisonnaient qu'avec les pensées et la raison des anciens. Ils se soumettaient servilement à leurs décisions , ne reconnaissaient de vérités que celles qu'avaient proclamées les écrivains de la Grèce et de Rome, et en faisaient la base de tous leurs jugements.
(1) Description de Vile des Hermaphrodites^ suite de la relation. — Journal de Henri III, t. IV, p. 138, 139.
Ce vice n'eut point de fâcheux résultats : il jeta quelques ridicules sur les savants, sans nuire aux progrès de la science. C'est en s'écartant de temps en temps de la voie droite pour s'y replacer ensuite, c'est en passant même par des erreurs, que l'esprit humain s' avance vers sonperfectionnement.
Ces savants, pour se donner un air antique, altérèrent leurs noms propres, les traduisirent en langues anciennes, ou leur donnèrent une désinence latine ou grecque : ainsi Dubois prit le nom de Sylvius; Mouchi celui de Démocharès; la Ramée celui de Ramus; Galland celui de Gallandius, etc.
Les prodigalités, le faste ruineux, l'insouciance de François 1er pour ses devoirs ; les bûchers qu'il alluma ; les perfidies et les massacres exercés par Charles IX et par sa mère; la conduite faible, dévote et crapuleuse et la fin malheureuse de Henri 111, offrirent au monde des leçons frappantes qui durent exalter l'imagination des uns, exercer le jugement des autres. Ces événements étranges fixent une forte impression, et donnèrent une allure plus ferme à la marche de l'esprit humain.
Déjà la nécessité et le temps avaient adouci ce que les vices du gouvernement offraient déplus choquant. Les préambules des édits, des ordonnances, contenaient des motifs d'intérêt -public : on cherchait à cacher l'objet souvent inique de ces lois ; ou employait, surtout dans les édits bursanx , un prétexte plausible pour ne pas exciter l'indignation : il existait donc parmi le peuple une opinion publique dont le gouvernement commençait à redouter la censure.
Si l'on juge des mœurs générales d'après celles de la cour, il résultera qu'elles étaient parvenues au dernier degré de dépravation; en les comparant aux niœurs du règne de Louis XII, on décidera qu'au 1 eu de s'améliorer elles ne devinrent que jlus corrompues ; mais, si l'on prend hors I Je la cour d'autres termes de comparaison; I i l'en considère que les protestants, dont , a si-cle prit naissance pendant cette péïiude, se soumirent à une rigidité de mœurs
jusqu'alors inconnue; que, pour se montrer supérieurs à leurs adversaires, ils leur donnèrent presque toujours des exemplea de pureté, de vertits et d'uni constance héroïque (1) ; que ces exemples, multipliés par la persécution, produisirent d'utiles effets, et fructifièrent même chez les persécuteurs, honteux de leur infériorité morale, on se convaincra facilement que le protestantisme contribua à opérer un changement heureux dans les mœurs publiques.
D'un autre côté, la culture des lettres, à laquelle se livrèrent un très grand nombre d'individus, absorbant toutes les pensées, les détournant des voies de l'ambition et du crime, et leur offrant, dans les écrits de l'antiquité, des maximes de morale, des exemples de vertus, dut aussi concourir beaucoup à l'amélioration des mœurs. Ainsi, les grandes catastrophes politiques, le protestantisme et l'étude des lettres diminuèrent la corruption, et commencèrent à fonder la morale publique, car ce résultat ne fut certainement dû ni au clergé, dont les mœurs étaient très dissolues, ni à la cour, foyer de corruption, ni aux pratiques minutieuses et magiques mêlées à la religion qu'on y professait, ni aux processions nombreuses, au scandale des nudités qui s'y faisaient remarquer, ni aux déclamations des prédicateurs qui, gagnés par l'Espagne, ne prêchaient que la sédition, la vengeance et le meurtre.
Cette amélioration dans les mœurs fut considérable, mais ne devint néanmoins sensible qu'à la fin de cette période et plus encore dans la période suivante.
(1) Je parle ici des protestants qui, pendant trente-sept années consécutives, subirent patiemment les plus horribles persécutions, et non de ces gentilshommes et capitaines qui, par circonstance, pour s'enrichir par le pillage et fairr", leur fortune, ou seconder celle des maîtres auxquels ils appartenaient, se jetèrent, au commencement de la guerre civile, dans le parti appelé huguenot, le défendirent les armes à la main, et souillèrent ce parti par leurs brigandages et les excès de leur cruauté.
sous LA LIGUR
PERIODE XI