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I. Paris sous la domination de la Ligue

Objet derindignation des gens de bien, par sa participatiou aux massacres de la Saint-Barthelemi, objet de mépris par ses excès de débauche et sa dévotion ridicule, Henri III inspirera bientôt le sentiment de la pitié. On va le vo:r se la'ssant envelopper dans les filets de ses perfides ennemis, s'y débattre avec faiblesse, employer, pour s y soustraire, tour à tour de lâches et inutiles condescendances, et même des crimes qui précipitèrent sa ruine.

On va voir la cour de Rome, la cour d'Espagne, la maison de Lorraine, faire une guerre ouverte au parti protestant et travailler sourdement à détrôner Henri III.

Le motif de la guerre contre le parti protestant est évident. La cour de Rome avait sa puissance à défendre ; celle d'Espagne, son fanatisme et sa croyance à sjtisfaire. De plus, ces deux puissances voyaie:it Henri III sans enfants, et, après sa mort, la couronne de France passer par droit héréditaire au roi de Navarre, chef du parti protestant : elles devaient craindre qu'alors le protestantisme ne devînt la reli.i;ion dominante en France.

Mais le projet de détrôner Henri III n'avait point pour motif, ne pouvait avoir même |)Our prétexte l'intérêt du catholicisn.e. Henri III, sur le trône, n'offrait aucun- danger pour cette religion. Jamais aucau reproche fondé ne s'est" élevé sur sa croyan e, jamais il ne cessa de ae montrer ce qu'on nommait alors un bon catholique.

Sous le rapport de la dévotion, il allait au-del de ce qu'on exigeait de lui : il assistait aux processions couvert d'un sac de peni:e;il, ayant piudusà sa ceinture une (Iisci;pline e\ un chaptlet garni de têtes de morts (-1); il faisait nu-pieds des peleri-

(1) 11 paraît que ce roi ne se livrait à ces pratiques r.uicules que pour écaruProus les soupçons qu'on aurait pu concevoir sur sa

nages à Notre-Dame de Chartres. De plus, il avait pris une part très active aux massacres de la Saint-Barthéle ni, et signala son règne par plusieurs autres actes de cruauté contre les protestants. Qu'avaient donc à lui reprocher les catholiques ? Qu'exigeaient -il s de plus? Il ne cessa de seconder leurs desseins; il fit tout pour leur complaire : toutefois, ces droits à leur bienveilbnce lui devinrent inutiles. La religion était donc étrangère au projet de le perdre; mais il occupait un trône ambitionné, et sur lequel le duc de Guise aspirait à monter.

Le roi d'Espagne, Philippe II, qui fournissait les finances nécessaires au détrônement projeté de Henri III, espérait aussi réunir la couronne de France à la sienne. ou plutôt obtenir sur la France un grand ascendant, en mariant sa fille Isabelle à Charles de Lorraine, duc de Guise, qu'il espérait bien voir sur le trône à la place de Henri III. Le pape l'entretenait dans cette espérance, et favorisait secrètement le duc de Guise. Le premier objet était de détrôner ce roi. Pour y parvenir, les conjure^ . d'accord sur ce point, imaginèrent de former une ligue qui se composerait de la plupart des Français; ligue dont le but apparent consistait à combattre les j rctestants, et dont le but caché devait ctre la ruine du roi de France.

Dès l'an 1562, le cardinal de Lorraine avait conçu le plan d'une ligue de catholiques, dont l'objet principal était de placer son frère, François, duc de Guise, sur le trône de France : il avait même entamé plusieurs négociations à cet égard; mais la mort de ce duc, assassiné à Orléans, par

catholicité, et ne laisser aucune prise à ses eiiueii.is. Voilà, disait-il un jour, en montrant son grand chapelet garni de têtes de morts, voilà le fouet des ligueurs. (Journal de Henri III^ par rEstoiie au 5 avril 15B7.]

Pollrot, dcroricerta ce projet : néanmoins il ne fut point abandonné.

Henri de Lorraine, duc de Guise, fils du duc François, gouverneur de Champagne et de Brie, fit, pour la première fois, composer une formule de serment, par laquelle les signataires s'engageaient à sacrifier leurs biens et leur vie à la défense de la religion catholique envers et contre tous, excepté contre la famille royale et les princes de son alliance. Cette formule fut signée par la noblesse de son gouvernement, et ensuite, le 25 juillet I068, par l'évêque et le clergé de l'église de Troyes. Cette association est nommée, dans la formule : sainte Ligue, Ligue chrétienne et royale (1).

Les massacres de la Saint-Barthélemi occupèrent assez la maison des Guises pour suspendre l'exécution entière du plan de la Ligue : elle ne franchit pas alors les limites de la Champagne, et fut tenue secrète jusqu'à une occasion plus favorable.

Le 14 mai 1576, fut publié un traité de pacification entre les deux partis qui divisaient la France. Le mécontentement qu'il fit naître parmi les catholiques parut convenir à l'ambition du duc de Guise. A son instigation, le sieur d'Humières et ses autres partisans entraînèrent la noblesse et la plupart des habitants de la Picardie. Tous jurèrent, à Péronne, de maintenir la nouvelle association. Dans d'autres provinces, les mêmes intrigues produisirent les mêmes effets.

A Paris, un parfumeur, nommé Pierre Labruyère, et Matthieu Labruyère son fils, conseiller au Chàtelet, furent, en cette ville, les premiers apôtres de cette association : ils sollicitèrent des signatures dans toutes les classes; enrôlèrent sans peine des hommes perdus de mœurs et de réputation, qui n'avaient qu'à gagner dans les troubles publics, ainsi que de riches bourgeois aveuglés par leur haine contre les protestants (â).

Les Guises ne se bornèrent pas à ces perfides manœuvres : ils dépêchèrent à Rome, en juin 1576, Jean David, avocat intrigant, diffamé au Palais de Paris,

(1) Cette formule de serment, munie des signatures du clergé de Troyes, est insérée dans le troisième voulume du Journal de %enri III, édit. de 1744, p. 31.

<2) Histoire de De Thoti, liv. 63.

chargé de solliciter auprès des cardinaux une décision qui devait servir à leurs projets ambitieux. Jean David, à son retour en France, tomba malade à Lyon, et y mourut au mois de novembre de la même année. On trouva, parmi ses papiers, une pièce qui prouve la réalité des projets ambitieux des chefs de cette Ligue. Cette pièce déclare Hugues Capet usurpateur, et ses successeurs des rois illégitimes, maudits de Dieu et réfractaires à la sainte Eglise, par l'erreur que les Français nomment libertés de l'Eglise gallicane, etc. : elle déclare encore Henri HI incapable de régner, et destiné à être enfermé dans un monastère; elle invite le peuple à obéir aux ordres du duc de Guise, chef de la Ligue et rejeton de Charlcmagne; elle veut qu'il ordonne à tous les habitants des villes et dos campagnes de prendre les armes, et qu'on emploie des prédications pour émouvoir le peuple (1),

Pour prouver son droit au trône et sa descendance directe des rois de la seconde race, la maison de Lorraine avait déjà, en 1535, fait fabriquer une généalogie qui, à l'aide de titres falsifiés, établissait cette descendance. Le duc de Guise en fit depuis fabriquer une nouvelle par François de Rosière, prieur de Bonneval, dont l'objet était de prouver que les ducs de Lorraine descendaient en droite ligne de l'empereur Charlemagne. Cet ouvrage, rempli de fausses pièces, parut in-folio, en 1580. L'auteur, en 1583, fut condamné à faire amende honorable, et son livre fut proscrit par arrêt du parlement (2).

Voilà la Ligue et les prétentions du duc de Guise au trône de France autorisées par la cour de Rome, et signalées par une fausse généalogie; voilà le but où tendait, ce duc : on verra les manœuvres qu'il employa pour y parvenir.

Cependant la Ligue s'établissait dans presque toutes les provinces de France avec une rapidité qui effraya Henri IIL . Il voulut en arrêter les progrès, comme le prouve une instruction du 30 août 1576, adressée au duc de Montpensier, gouverneur de Bretagne (3); mais bientôt ce roi, indolent et crédule se laissa persuader, donna son adhésion à la Ligue, et l'auto-

(Ij Mémoires de la Ligue, t. I, pièce première.

[2S^ ■Mémoires delà Ligue, p. 7.

(3) Mémoires de Nevers, t. I, p. 114.

sous

risa, par acte da 1 1 décembre 1576, dans les provinces de Champagne et de Brie (1 ). Bientôt après ce roi, étant aux états de Blois, signa lui-même cette association avec un grand nombre de seigneurs qui s'y trouvaient; et, pour contrarier les projets du duc de Guise, il se déclara le chef de ^ la Ligue ou de la sainte union Chose étrange! un roi ravalait sa dignité jusqu'à se déclarer ouvertement l'ennemi

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